CHAPITRE VINGT TROIS


Neville avait du mal à respirer. Il se racla la gorge et cracha le sang qui encombrait sa bouche. Ses bras tendus au-dessus de lui étaient douloureux. Il ne sentait quasiment plus ses mains ligotées. Il était dans l'un des cachots de discipline, suspendu à un crochet du plafond, comme un jambon mis à sécher en cave. Il portait des traces de coups, et quelques bleus, mais la plupart des châtiments imposés par les Carrow n'étaient pas visibles et ne laissaient pas de marque…

Depuis combien de temps était-il là ? Un jour, deux jours ? Plus ? On le nourrissait et on l'hydratait à coups de sortilèges, mais à intervalles irréguliers qui ne correspondaient pas aux heures habituelles des repas. Il n'y avait pas de fenêtre, pas la moindre ouverture qui aurait pu lui indiquer le passage du temps. Après certaines séances, il s'évanouissait, il ne savait jamais pour quelle durée… Et cela risquait de continuer tant qu'il n'accepterait pas « officiellement » de tester les sortilèges enseignés par les Carrow sur ses camarades…

Ce qu'il refuserait toujours, quel que soit le prix à payer.

Il grimaça – douloureusement – lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir, et ferma les yeux, prêt au pire.

- « Neville ? » chuchota une voix féminine. Neville ouvrit les yeux brusquement, essayant de se tourner vers l'ouverture – et provoquant un léger balancement qui le fit gémir.

- « Gi… Ginny ? C'est toi ? »

- « Oui, c'est moi. Attends. »

Elle lança quelques sortilèges, et Neville se trouva finalement assis sur les dalles froides, libre, il se frictionna les bras et les mains pour faire circuler le sang. Ginny se pencha sur lui et murmura.

- « On ne peut pas rester ici ! Seamus et Luna font le guet, mais les Carrow ou Rusard peuvent revenir à tout moment. Tu peux te lever ? »

- « Je crois que oui, » fit Neville en joignant le geste à la parole.

Il se retrouva finalement debout, sur des jambes flageolantes, soutenu par Ginny. Ils sortirent cahin-caha, et Seamus remplaça Ginny lorsqu'il vit la rouquine peiner sous le poids.

Les quatre jeunes sorciers, avec un luxe de précautions, quittèrent les sous-sols du château, et montèrent vers les étages dans le silence et l'obscurité – c'était la nuit, une nuit froide d'automne, constata Neville. Quelle heure pouvait-il bien être ? Quel jour ? Etait-on encore en septembre, ou était-ce déjà octobre ? Et où l'emmenaient-ils ? Il était gelé et avait mal partout. Malgré son état, Neville reconnut l'endroit : la Salle sur Demande.

Ginny marcha de long en large, trois fois de suite, et prononça une sorte de mot de passe, puis la porte apparut. Les quatre sorciers s'engouffrèrent dans la pièce.

A l'intérieur, il faisait chaud et clair. Des torches et des bougies éclairaient les personnes présentes, et tandis que Luna refermait prestement la porte derrière eux, un tonnerre d'applaudissement éclata, arrachant un sourire au pauvre Neville.

Tous les membres de l'Armée de Dumbledore étaient là.

Il y avait un lit de camp près d'un mur, et Seamus installa Neville dessus. Il resta là, pantelant, reprenant son souffle et ses esprits tandis que Luna et Cho Chang lançaient sur lui quelques sortilèges de soin. Ses bras fourmillaient mais n'étaient plus douloureux, et ses mains avaient repris une couleur chair rassurante. Bientôt, il eut les idées assez claires, et jeta un œil à l'assemblée.

- « Alors ? Vous aussi, vous êtes entrés en résistance ? »

Il y eut quelques raclements de gorge signifiant qu'ils avaient pris quand même un peu de temps pour y réfléchir, et Seamus déclara finalement.

- « L'école, c'est devenu invivable. Entre les Carrow, et Rogue, et le Ministère qui fait n'importe quoi… Des types soi-disant officiels sont même venus nous interroger sur Dean. »

- « Dean ? »

- « Oui. Il est recherché par les Rafleurs. Il en aurait tué un, » ajouta Seamus avec un mélange d'inquiétude et de plaisir suspect.

Neville ne se demanda pas si c'était vrai ou faux – il était persuadé que, sous pression, les gens étaient capables de faire n'importe quoi. Et on ne pouvait imaginer meilleure pression que les Rafleurs…

- « Et maintenant ? »

- « Maintenant ? Ben… On a décidé de… faire quelque chose. Rogue a instauré des règles de discipline plus stupides les unes que les autres : un couvre-feu à vingt et une heure, silence absolu dans la Grande Salle pendant les repas, les uniformes doivent être impeccables en permanence, et la dernière : entre les cours, les élèves doivent marcher au pas, et rester en formation, interdiction de mélanger les maisons… Il n'y a que les Serpentards que ça amuse, tout ça. »

- « Ah oui, c'est vrai, les Serpentards s'amusent beaucoup, » fit Luna d'un drôle d'air.

- « C'est ce que je viens de dire, ça les amuse… » fit Seamus, légèrement contrarié.

- « D'ailleurs, quand ils marchent au pas, certains ont les larmes aux yeux tellement ils se retiennent d'éclater de rire, » l'interrompit-elle.

- « Euh… Oui ? Euh… »

- « J'en ai même vu deux ou trois qui faisaient tourner leurs baguettes, un peu comme des majorettes pendant une parade… »

- « … Quoi ? »

Neville éclata de rire, tandis que Seamus fixait la Serdaigle, sourcils froncés. Dérangé dans ses certitudes, Seamus reprit lentement.

- « Enfin… C'est bien connu que les Serpentards ne respectent rien, pas même leur propre camp… »

- « Peut-être que certains nous rejoindraient si on ne les… »

- « Hors de question qu'un Serpentard mette les pieds ici, » trancha Ginny d'un ton acide, jetant un regard noir à Luna. « On ne peut pas se permettre d'avoir confiance en eux. »

- « Et les profs ? » demanda rapidement Neville pour dissiper la tension.

- « Pfouh… C'est… compliqué, avec les profs. Ils ne font rien. Ou s'ils font quelque chose, ils le font discrètement, » fit Seamus, légèrement découragé.

- « On peut malgré tout compter sur McGonagall. Elle est sûre, » fit Ginny.

- « Et sur Flitwick, » ajouta Cho Chang. « Je sais qu'il a transformé plein de retenues en retrait de points pour éviter aux élèves de se retrouver aux cachots. »

- « Il y a d'autres élèves aux cachots ? » demanda Neville, brusquement en alerte.

Il y eut un silence.

- « Au moins deux autres, » avoua Ginny finalement.

Neville leva les yeux sur l'Armée de Dumbledore.

- « Vous savez, je suis quelqu'un d'assez… simple. Simplet, diraient certains, même. Et pour moi, la situation actuelle est très simple : on ne peut pas laisser des élèves se faire « discipliner » par les Carrow. Aussi, si vous voulez bien m'aider, nous allons les libérer. »

- « Tu risques d'avoir des problèmes, tu le sais ? » fit Seamus.

- « Je n'avais pas l'impression de ne pas en avoir. »

Seamus sourit, et Ginny s'approcha, ravie.

- « Oui, nous allons préparer ça. Mais toi, Neville… Il faudra que tu restes ici, dans la Salle sur Demande. C'est plus sûr, et tu as besoin de repos. Et si tu veux bien… »

- « Mmh ? » fit Neville, dont l'adrénaline était retombée aussi brusquement qu'elle était montée, et n'aspirait qu'à se coucher et dormir.

- « Tu veux bien remplacer Harry et être le nouveau chef de l'Armée de Dumbledore ? »

- « Mmh ? Oh, oui, bien sûr. Pourquoi pas ? Si vous êtes tous d'accord… »

Ginny eut un sourire tandis que le jeune sorcier s'endormait. Elle imaginait sa tête demain, lorsqu'il se rendrait compte de ce qu'il venait d'accepter si nonchalamment.


oOo


La forêt de Dean était un lieu chargé d'histoire, et de fait, recelait de nombreuses pistes de randonnées. Les promeneurs se faisaient rares cependant, en ce début d'Octobre froid et pluvieux. Dans cet environnement mystérieux, des langues de brumes s'accrochaient aux troncs et l'on n'y voyait pas à vingt mètres. Dès que la brume se levait, la pluie prenait le relai, noyant le paysage, s'infiltrant entre les feuilles jaunissantes, noircissant les branches. Harry, Ron et Hermione s'étaient installés dans un coin à l'écart des lieux de passage, dans une tente dotée d'un espace sorcier, dont l'apparence modeste n'attirerait pas l'attention des Moldus si, par le plus grand des hasards, l'un d'eux passait de leur côté.

Harry et Hermione tentaient de trouver un moyen de détruire le Médaillon de Serpentard, mais pour l'instant, rien n'avait marché. Lorsqu'ils ne l'étudiaient pas ou ne le trafiquaient pas, ou lorsque chacun vaquait à ses occupations (Hermione s'était attelée à la traduction des Contes de Beedle le Barde, écrit en runes) le Médaillon était confié à Ron, qui montrait de plus en plus de mauvaise volonté, et s'énervait pour un rien. Harry et Hermione mirent sa mauvaise humeur sur le compte du temps, et de la pluie qui rendait tout humide malgré les sortilèges qu'Hermione renouvelait régulièrement.

Deux mois passèrent sans grand changement. Le découragement gagnait tout le monde, Ron se montrait imbuvable, à cela s'ajoutait la litanie des disparus que crachait leur petite radio branchée sur Potterveille, ainsi que les informations « non officielles » déprimantes… L'ambiance devint tellement étouffante qu'Harry sentit le besoin de sortir. Hermione s'empressa de l'accompagner, et Ron finit par les suivre, à contrecœur. Sous les arbres sombres, le paysage était lugubre, les masses noires d'un orage obscurcissaient tout, et le long des quelques sentiers qui serpentaient dans cette zone reculée de la forêt, la pluie tombait en un rideau dense gris et blanc, de cette pluie solide, à la limite de l'eau et du grésil. Ils furent rapidement trempés et gelés, provoquant de nouvelles récriminations de Ron, qui se terminèrent dans un silence pesant lorsque ni Harry, ni Hermione ne daignèrent lui répondre.

Quelque chose attira l'attention d'Hermione, finalement : une vague lueur, loin dans les sous-bois. Intrigués, les trois sorciers se dirigèrent vers elle, étouffant les sons et se lançant mutuellement des sorts pour passer inaperçus.

Là-bas, malgré la pluie, un feu crépitait, au fond d'une petite dépression de terrain bordée d'arbustes. Il n'y avait pas de protection au-dessus, aussi Hermione comprit-elle immédiatement qu'il s'agissait de sorciers. Elle incita Ron et Harry à se baisser, et à n'avancer que sous le couvert des arbres.

Ils furent finalement assez près pour savoir à qui ils avaient à faire – et furent infiniment soulagés de reconnaître leur camarade Dean Thomas parmi ces gens : deux sorciers adultes, deux Gobelins – qui avaient sans doute fui la « réorganisation » de Gringotts. Il ne s'agissait donc pas de Rafleurs, mais de fuyards, comme eux. Ils eurent un instant la tentation de les rejoindre, ne serait-ce que pour sortir de leur huis-clos et voir de nouvelles têtes, mais le nom de Dumbledore, prononcé par l'un des Gobelins, les interpela.

- « Ah, le Directeur de Poudlard était un sacré malin, ça oui, » disait le Gobelin qu'Harry reconnut comme Gripsec, une fois suffisamment près. « Il a dupé son monde, et le Ministère en prime ! »

- « Que voulez-vous dire ? » demanda un homme en qui Harry distingua des traits familiers – et qui lui firent immanquablement penser à l'Auror Tonks.

- « Hé hé hé ! Il a créé une fausse Epée de Gryffondor ! Il a remis la contrefaçon au Ministère, qui nous l'a rendue sans se douter de la supercherie, mais il en faut plus pour duper un Gobelin ! »

- « Mais… Et la véritable épée ? Qu'en a-t-il fait ? » demanda Dean.

- « Il l'a gardée. Il l'a cachée. D'après nos sources, il en aurait eu besoin pour détruire des objets particuliers. Mais connaissant la duplicité du bonhomme, nous nous doutons que ce n'est qu'une rumeur qu'il a fait courir, et que son unique préoccupation était de conserver cet objet au sein de Poudlard – pour le prestige, probablement… »

Ron sentit qu'on le tirait par la manche, et n'aima pas du tout le regard déterminé d'Harry. Ils se retirèrent discrètement, et retournèrent rapidement à leur tente.

- « L'Epée de Gryffondor ! » disait Harry, enthousiaste. Il mit ses baskets et ses chaussettes sur le paillasson, laissa Hermione lancer des sortilèges de séchage, tout en poursuivant : « Albus m'a révélé qu'il avait utilisé l'épée pour détruire la Bague ! Il nous la faut ! Avec elle, nous pourrons détruire le Médaillon ! »

- « Sauf que personne ne sait où elle est, cette fichue Epée, » fit Ron d'une voix morne.

- « Je suis sûr qu'on peut la trouver ! Il suffit de réfléchir ! Voyons, voyons… »

- « C'est ça, oui… » fit Ron tandis qu'il contemplait Harry s'exciter tout seul. Il jeta un œil à Hermione pour essayer de deviner ce qu'elle en pensait…

- « S'agissant de l'Epée de Godric Gryffondor, » fit celle-ci pensivement, « il me paraît logique de chercher d'abord à Godric Hollow. En plus, c'est la ville où vivaient les parents d'Harry… »

- « Ah ! Ce serait bien de lui de faire ce coup-là ! Alors allons-y. »

Cette fois, Ron bondit de colère.

- « Vous n'êtes pas sérieux ?! Vous voulez aller à Godric Hollow ?! Là où Vous-Savez-Qui a été défait une première fois ?! Vous prenez les Mangemorts pour des idiots ? Vous croyez qu'ils ne vont pas surveiller cet endroit symbolique ? Sérieusement ? »

- « Ron, il faut qu'on avance, je n'en peux plus de piétiner ainsi, et nous devons trouver les… »

Ron leva les deux mains pour faire taire Harry, le foudroyant du regard. Il sembla se retenir de dire tout un tas de choses, et opta finalement pour :

- « Vous êtes… complètement… fous ! Ce sera sans moi ! »

Il se débarrassa du Médaillon et le jeta sur son lit de camp, puis s'empara de son manteau trempé, et sortit dans la nuit, sous la pluie glaciale. Il transplana, emporté par sa colère et son angoisse.


oOo


Quelques jours avant les vacances de Noël, Draco reçut un hibou de la part de sa mère. La Grande Salle était silencieuse – nouveau directeur, nouvelles règles, et il ne savait pas bien quoi penser de celle-ci. En effet, le matin, lorsqu'il était mal réveillé, le brouhaha de la Grande Salle au petit-déjeuner lui portait sur les nerfs. Il avait été sincèrement satisfait de cette nouvelle règle. Et puis, il s'aperçut que les bavardages du matin lui manquaient…

Enfin, l'arrivée des hiboux était toujours un moment agréable et agité, il détacha le parchemin enroulé à la patte du hibou de la famille Malfoy, et le déroula. Il espérait contre toute logique que sa mère allait l'inviter à rester à l'école pendant les vacances…

« Pourquoi ne pas inviter la jeune demoiselle Luna Lovegood au Manoir pour les vacances ? » disait le parchemin.

Draco resta extérieurement impassible, mais dans sa tête tournaient des visions de sang et de chairs lacérées, de visages tuméfiés dans lesquels il reconnaissait les traits doux et le regard flou de la blonde Serdaigle. C'était un ordre évidemment. Un ordre auquel il ne pouvait désobéir – une mission qu'il ne fallait pas voir échouer.

Il prit le Poudlard Express avec les autres élèves, puis, arrivé à la gare 9 ¾, il profita de l'agitation des retrouvailles pour lancer à la Serdaigle un sortilège de Camouflage, un autre de Silence, et un autre de Sommeil. Enfin, grâce à un sortilège de Lévitation, il l'entraîna dans un recoin, à l'écart, écouta son père Xénophilius Lovegood appeler sa fille, de plus en plus paniqué en ne la trouvant pas parmi les voyageurs. Puis alors que monsieur Lovegood se ruait dans les wagons dans une recherche frénétique et désespérée, avec la famille Weasley restée en arrière pour aider, Draco transplana, la jeune fille inconsciente serrée dans ses bras.

Il fut félicité pour cet enlèvement impeccable.

Deux semaines de vacances. Deux semaines de torture. Deux semaines à supporter ces infâmes loups-garous incontrôlables. Deux semaines à se rendre chaque jour dans les geôles, sélectionner un prisonnier, répondre aux salutations ingénues de cette folle de Lovegood. Deux semaines à se demander pourquoi elle était là, à trembler à l'idée qu'elle serait la prochaine, à se demander quand tomberait la protection dont elle semblait bénéficier pour l'instant.


oOo


Hermione était d'accord avec Harry : il fallait faire quelque chose. N'importe quoi plutôt que de rester là, à ruminer. Mais elle était aussi d'accord avec Ron : Godric Hollow serait forcément surveillé de près par les Mangemorts.

Harry et elle apparurent sur la place où se dressait un monument aux morts – un monument qui, après le sortilège adéquat, se révélait être une statue de James et Lily Potter, avec Harry bébé dans leurs bras. A l'approche de Noël, la place était illuminée et décorée joyeusement, mais il faisait encore nuit, il neigeait, et il n'y avait personne dans les environs.

Inutile de fouiller la maison des Potter elle-même, Hermione se doutait qu'Albus Dumbledore, aussi excentrique fut-il, n'irait pas cacher l'Epée dans la bâtisse fragile. Après s'être concertés, ils se dirigèrent vers le cimetière du village, et arpentèrent les allées en quête de la tombe des Potter.

Alors que l'aube pointait, ils trouvèrent la stèle de James et Lily, et Hermione eut un choc lorsqu'Harry lui révéla que c'était la première fois qu'il venait ici, qu'il voyait leur tombe… Elle trouvait cela complètement anormal, et était sur le point de le lui faire remarquer, mais s'aperçut qu'Harry avait délaissé la tombe de ses parents et arpentait les allées les plus anciennes du cimetière. Il s'arrêta et se pencha sur une des stèles, puis l'appela d'un ton urgent.

- « 'Mione ! C'est la tombe de Gryffondor ! » Hermione s'empressa de le rejoindre, et alors qu'elle arrivait, Harry l'invita d'un geste à venir derrière la stèle. « Regarde ce signe ! Ce n'est pas le talisman que portait monsieur Lovegood ? »

Hermione examina la gravure presque complètement estompée, et acquiesça finalement.

- « Ce signe… Il est aussi mentionné dans le dernier conte de Beedle le Barde… » fit-elle lentement. « Mais je ne comprends pas. Si c'est le signe de Grindelwald, comme le dit Viktor… »

- « Je n'imagine pas un seul instant que monsieur Lovegood ait pu soutenir Grindelwald, de près ou de loin. Ce machin a sans doute une autre signification. Je crois qu'il serait bon d'aller voir monsieur Lovegood, bientôt… »

Harry s'interrompit, avisant une figure humaine, au loin. Il se redressa lentement, tandis que la personne s'approchait. C'était une vieille femme voûtée, mal fagotée, aux cheveux blancs que sa propriétaire avait vainement tenté de coiffer en chignon. Elle se dirigeait vers eux d'un pas curieusement leste pour son âge, et se planta devant Harry, sa tête arrivant juste à son torse. Elle leva vers lui des yeux laiteux, obscurcis par la cataracte. Elle l'examina un moment puis eut un mouvement de recul lorsqu'elle vit la fameuse cicatrice. Hermione se tança pour avoir oublié de la grimer.

L'apparition ne dit pas un mot, ne fit pas un geste, mais finalement se détourna et repartit vers la sortie du cimetière. Elle se retourna un instant, puis leur fit un petit signe, l'invitant à la suivre.

Harry se mit en route, suivi d'une Hermione plus circonspecte. Elle n'oubliait pas l'avertissement de Ron, et cela sentait le piège. Elle aurait eu du mal à expliquer ce qui la mettait ainsi sur la défensive. Mais cette femme âgée marchait trop vite. Et puis… même les moldus savent soigner la cataracte, alors une sorcière devrait aussi en être capable – ou les Médicomages, au minimum, alors pourquoi… Et puis, il y avait l'odeur. Elle avait beau se dire qu'il s'agissait de l'odeur de vieux, elle ne pouvait s'empêcher de la définir comme une odeur de décomposition… A l'extérieur, dans le cimetière, elle n'était pas gênante, presque imperceptible, mais dans la maison toute proche, c'était une véritable infection. Elle jeta un œil à Harry… Ah. Oui. Lui aussi se méfiait.

Harry la précédait dans les couloirs et les escaliers de la maison biscornue. En examinant les quelques ouvrages et des lettres restés là, Hermione se rendit compte que la propriétaire était probablement Bathilda Tourdesac, source principale des ragots rapportés par Rita Skeeter dans son torchon sur Albus Dumbledore – mais s'il y avait une chose d'intéressante dans ce fatras, c'était de savoir que cette femme était censée être la tante de Gellert Grindelwald, l'homme qui avait pris pour signe de ralliement ce curieux sigle qu'ils avaient trouvé sur la tombe de Godric Gryffondor…

Hermione espérait sincèrement qu'elle pourrait donner des informations à Harry – cette vieille femme ne semblait vouloir parler qu'à lui… Hermione lança à son ami un regard d'avertissement tandis qu'il la suivait à l'étage.

L'attaque ne les prit pas entièrement par surprise, Harry avait déjà sa baguette en main, Hermione avait déjà un plan pour sortir de là, alors que le corps de Bathilda Tourdesac se vidait de sa substance et qu'il en sortait la forme fuselée et gigantesque du serpent Nagini.

Le combat fut brouillon, rendu malaisé par la vieille maison étriquée, ses coins et recoins, mais dans le chaos, Hermione brisa malencontreusement la baguette d'Harry. Ils parvinrent à distancer le serpent, et sortirent juste à temps pour voir Voldemort surgir du néant, près d'eux. Hermione se saisit du bras d'Harry et les fit transplaner tous deux. Ils apparurent dans la forêt de Dean, restèrent un instant silencieux et immobiles, s'assurant que personne ne les avait suivis, puis, rassurés, regagnèrent leur minuscule tente vide.


oOo


Ron rumina de sombres pensées pendant plusieurs minutes, alors qu'il arpentait machinalement les rues d'une petite ville dont il ne connaissait même pas le nom. Parmi toutes ces idées déprimantes qui tournoyaient dans son esprit, l'une se détachait, plus éclatante que toutes les autres.

Tu as abandonné tes meilleurs amis.

Et bientôt, il n'y eut plus que cette pensée-là. D'autres essayaient de se faire entendre : « oui mais les conséquences pour tes parents… » ou : « ils n'étaient pas raisonnables, » et la pire : « ils s'en sortiront très bien sans toi, rassure-toi… »

Aucune ne tenait face à cette idée glaçante : « tu avais promis, tu les as trahis. »

Alors il transplana, et se retrouva dans la forêt de Dean, à nouveau. Mais… il était complètement perdu.

Hermione avait entouré leur tente de plus d'une dizaine de sorts assurant la discrétion, la protection et la désorientation de tous ceux qui essayeraient de les chercher dans ces bois. Et cela fit rager Ron de savoir qu'il passait peut-être en ce moment-même juste à côté d'eux, de savoir qu'il tournait certainement en rond depuis des heures, qu'ils pourraient parler juste à son oreille et qu'il ne les entendrait même pas…

La nuit tomba, tôt en ce jour de Noël. Noël, déjà ? Songea Ron, transi de froid. Il fourra ses mains dans les poches de son manteau pour les réchauffer, et fut surpris par le contact froid au fond de sa poche. Il sourit, se souvenant qu'il avait mis là le Déluminateur de Dumbledore, et le sortit, pour se rassurer, se raccrocher à quelque chose, n'importe quoi… Il actionna l'objet, sans y penser – après tout, il n'y avait pas de lampadaire à éteindre dans le coin – et fut surpris de la lumière qui s'échappa de l'embout métallique. Intrigué – et un peu paniqué à l'idée de se faire repérer, il la suivit prestement.

Au bout de plusieurs minutes, il avisa au loin une lueur. Il y avait une lanterne que quelqu'un déposait sur un rocher. Dans la lumière orangée, Ron fut ravi de reconnaître la silhouette d'Harry avec ses cheveux ébouriffés, et hésita entre presser le pas et rester figé de honte. Puis il prêta attention à la scène.

Qu'est-ce qu'Harry faisait là ? Où était Hermione ? Il y avait une sorte de trou d'eau recouvert d'une fine couche de glace, dont Harry s'approchait dangereusement. Il y avait aussi une biche d'un bleu translucide, qui disparut instantanément. Ron vit Harry casser la glace puis plonger.

Alors il courut, avec pour seule pensée : « putain, putain, putain, mais qu'est-ce qu'il fiche, merde ! »

Arriver au trou d'eau lui parut durer des heures, des heures pendant lesquelles Harry ne refaisait pas surface. Tout en courant, Ron se débarrassa de son manteau, du Déluminateur, puis plongea, tête la première, dans l'eau glaciale – et heureusement, sa colère lui tenait chaud.

Le trou d'eau n'était pas si profond que ça, mais Harry semblait… comme lesté d'un poids. Alors que Ron s'approchait, il distingua deux choses : d'abord le Médaillon, qu'Harry portait autour du cou et qui l'entraînait vers le fond, et ensuite l'épée, plantée verticalement dans la vase. D'une main, il saisit l'épée. De l'autre, il saisit Harry, le coinçant sous son bras, puis d'un coup de pied, il se propulsa vers la surface. Il jeta l'épée sur le sol de feuilles décomposées, et tira Harry hors de l'eau.

Harry expulsa l'eau de ses poumons, chassa ses cheveux de son visage, tandis que Ron lui hurlait dessus.

- « Mais qu'est ce qui t'a pris ? Qu'est-ce qui se passe dans ta tête ? Tu as des tendances suicidaires, ou quoi ? »

Harry éclata de rire, ce qui stoppa net Ron, qui se tourna vers lui, furieux.

- « Tu es revenu ! »

- « Est-ce que tu m'écoutes Harry ? »

- « C'est le Médaillon, tu sais ? »

- « … Quoi ? Qu'est-ce que le Médaillon… »

- « C'est le Médaillon qui te faisait penser mal. Je l'ai senti, je l'entends encore. Que ce serait plus facile de me laisser aller, de sombrer, de laisser les gens se débrouiller, de… »

Ron se précipita sur Harry, lui retira le Médaillon du cou et le jeta sur la pierre, à côté de la lanterne.

- « Je m'excuse Ron, je m'excuse, je n'aurais pas dû te laisser le porter, j'aurais dû… »

Ron l'interrompit rapidement.

- « Hey, vieux, reprends-toi, tu veux ? »

- « Tu es revenu. »

- « Ben, ouais. J'ai voulu revenir quasiment au moment où je partais, mais avec tous ces sortilèges de protection, je me suis perdu. C'est le Déluminateur qui m'a ramené vers toi – un coup de Dumbledore, ça… »

Ron n'ajouta pas, parce que ça faisait mal rien que de le penser, que Dumbledore avait prédit sa trahison.

- « Et toi, qu'est-ce que tu fais là, au juste ? »

- « Hermione et moi sommes allés à Godric Hollow, et… ben t'avais raison, en fait, c'était surveillé. On s'est enfuis in extremis. Et ce soir, je suis sorti faire un tour, et j'ai vu cette biche, là… C'est un Patronus. Enfin, c'était. Alors je l'ai suivi. »

Ron se pinça l'arrête du nez, il avait tellement de choses qui… qui… Il ne savait même pas par quoi commencer.

- « Bon. Tu es sorti tout seul. »

- « Oui… »

- « En pleine nuit. »

- « … Oui… »

- « Pour suivre un Patronus. Envoyé par un sorcier inconnu. Tout seul. En pleine nuit. Dans la forêt. »

- « Ecoute Ron… »

- « Oui, là, je t'écoute, je suis très curieux de ce que tu vas me dire, là. »

- « Hem. C'était juste une biche. C'est pas méchant, les biches. Et puis, tu vois, elle m'a mené… »

- « … A un trou d'eau glacée où tu as failli te noyer ? »

- « … A l'Epée de Gryffondor ! » fit Harry en tâtonnant sur le sol à la recherche de l'épée.

Il trouva finalement la poignée, et la ramena péniblement vers lui pour la brandir d'un air qui se voulait victorieux, mais qui était un peu gâché par son épuisement et son affaissement pitoyable.

Ron le fixa longtemps, mais Harry, aussi épuisé fut-il, ne baissa pas les yeux.

- « On va détruire ce foutu Médaillon, » fit Ron lentement.

Il prit l'Epée des mains sans forces d'Harry, et se tourna, résolu, vers le Médaillon. Au fur et à mesure qu'il s'en approchait, celui-ci se défendait en suscitant chez lui les pensées les plus infâmes, les visions les plus déprimantes, Harry et Hermione qui dansaient dans les flammes, le laissant seul, loin, abandonné.

Il abattit l'Epée sur le Médaillon, qui se brisa d'abord en deux, puis les deux moitiés furent pulvérisées, et ne resta de l'objet qu'un petit tas de cendres noires. Alors Ron se tourna vers Harry.

- « Tu sais que ce n'est pas vrai, » fit ce dernier, dans un murmure las.

- « Non. Je ne sais pas. Mais même si ça l'était, ça ne justifierait pas que je vous abandonne. »

Harry haussa les sourcils, puis saisit la main que Ron lui tendait, et se releva. Harry prit la lanterne, Ron ramassa son manteau et le Déluminateur, puis Harry les mena jusqu'à la tente où les attendait Hermione.

Elle dut sentir une variation dans les sortilèges de protection, car elle sortit alors qu'ils approchaient. Elle se précipita sur eux, et donna une gifle à chacun – l'aller pour Ron, le retour pour Harry, avant de se détourner, furieuse, et de rentrer sous la tente. Les deux garçons s'entre-regardèrent.

- « Ça aurait pu être pire, » fit Ron.

Harry acquiesça. Puis tous deux suivirent Hermione.


NOTE DE L'AUTEUR


Remarque :

Ce chapitre a été ré-édité pour la bonne raison que la rencontre entre Bathilda Tourdesac-Nagini et Harry-Hermione ne pouvait pas se passer comme ça.

Réponses aux reviews :

Mel-In-E DL : merci, voici la suite, bonne lecture !

hathor2 : voilà la suite ! A bientôt !

Ashtana3 : ah pas de Théo (enfin, disons, en filigrane), mais du Harry, Ron, Hermione… J'espère que ça t'a plu, à bientôt !

CutieSunshine : merci pour ta review, j'espère que ce chapitre te plaira tout autant, même si on revient un peu à Ron, Hermione et Harry, et un peu moins sur les Serpentards… Bonne lecture !

Faenlgiec : la désartibulation de Ron ? Oh la là ! Je ne me souvenais absolument pas de ça… Je me souvenais juste de sa moitié de sourcil pendant l'examen de transplanage, mais ça, non. Pour tout te dire, je fonctionne surtout d'après mes souvenirs (confus) des livres et (encore plus confus) des films. Et il me semblait (avec toutes les précautions qu'imposent mes souvenirs confus) que dans le film au moins, ça se passait un peu comme ça : Yaxley se précipitait sur eux, et était transporté avec eux jusqu'à la Maison Black… Mais j'avoue, je ne me suis pas replongée dans les films ou les livres depuis bien longtemps… Enfin, désolée pour cet oubli. Bonne lecture, et merci pour ta review !

Ah, renseignement pris, il apparaît que Ron perd aussi deux ongles lorsqu'il transplane en abandonnant Harry et Hermione dans la forêt… mais je ne vais pas corriger, parce que les ongles, c'est sacré (ouch, ça me fait trop mal rien que d'y penser, ouch ouch ouch).

Noooo Aime : Merci pour ta review ! Aaaah, Draco et ses cheveux, c'est une longue histoire d'amour. Et sinon, oui, j'ai changé quelques petits détails de l'histoire originale (parce que je suis fichtrement incapable de me souvenir de tout, donc je pallie ma mémoire défaillante en comblant les trous avec ce que je peux, ou ce dont j'ai besoin pour cette fic). Tu t'apercevras d'ailleurs certainement d'autres modifications de l'histoire dans ce chapitre… Bonne lecture.

Kalila78 : ça, je confirme, Gryffondors et Serpentards viennent de deux galaxies différentes. Encore un petit exemple dans ce chapitre… bonne lecture et à bientôt !

Elorah : oui, je trouve aussi dommage que Neville n'ait pas compris la manœuvre des Serpentards – mais il faut aussi coller un peu au récit d'origine, et dans le récit d'origine, les élèves ne font pas semblant… dommage. Bonne lecture !

Guest : merci, c'est une approche qui était indispensable avec douze membres de clan. J'espère que ce chapitre t'a plu.

Luffynette : re-ouille pour ce pauvre Neville, mais bon, il faut souffrir pour être un héros ! Bonne lecture !

Magouille : ah ah ! Oui, c'est bien Théo qui dit « Mais quel con ! » à la fin du chapitre précédent, bien sûr ! Il a un plan génial, et un de ces crétins héroïques de Gryffondor vient tout gâcher ! Zut alors ! Et oui, Ron est le plus raisonnable, face à un Harry un peu inconscient… Merci pour ta review et bonne lecture !

Meian : je suis contente que ma fic te plaise à ce point, voici d'ailleurs le chapitre tant attendu. J'ai encore pas mal de choses à dire pour le procès, donc encore quelques chapitres avant de conclure… Mais il y aura des parties originales (pour ce chapitre, j'ai essentiellement repris l'histoire de Ron, Hermione et Harry telle qu'on la connaît… Mais il le faut bien). En tous cas, merci pour ta review (même coupée en deux, c'est pas grave !) et je te souhaite une bonne lecture !