CHAPITRE VINGT QUATRE
Warning : je rappelle que j'ai mis cette fic en drama. C'est particulièrement pertinent pour ce chapitre.
- « Et maintenant ? » fit Ron en s'asseyant sur sa couchette, dans la tente heureusement chauffée grâce à la prévenance d'Hermione.
- « Eh bien, » fit celle-ci désormais calme mais sur un ton un peu pincé, « notre passage à Godric Hollow n'aura pas été inutile. Nous avons à nouveau repéré ce signe… » Hermione tendit son livre de Contes à Ron. « Nous pensons que nous devrions aller voir monsieur Lovegood pour en savoir plus. »
- « … Très bien. De mon côté, j'ai découvert aussi quelque chose, en écoutant des gens… Vous-Savez-Qui a… »
- « Ron, franchement, tu peux l'appeler… »
- « SURTOUT PAS ! »
Ron leva les mains, paniqué, et la surprise fit taire Hermione – et lui fit froncer les sourcils, aussi.
- « Surtout, surtout, il ne faut plus prononcer son nom. Il est redevenu Tabou. Si vous le prononcez, vous l'attirerez immanquablement, lui ou ses sbires, juste à vos côtés… »
- « Il n'existe pas de sorts assez puissant pour faire ça, Ron… » déclara Hermione, agacée.
- « Je ne te savais pas spécialiste de la Magie Noire. Enfin, voilà. Il ne faut pas prononcer le nom de Celui-Dont-On-Ne-Prononce-Pas-Le-Nom. Croyez-moi… » Et au moment où il dit cela, il se demanda si ses amis auraient suffisamment confiance en lui pour le croire.
- « Soit. Très bien, » fit Harry avec un sourire en coin. « Eh bien, je l'appellerai Tom. Après tout, c'est son vrai nom. »
Cela dérida un tantinet l'atmosphère, et les trois amis allèrent se coucher.
Le lendemain matin, ils quittèrent leur tente, Hermione renouvela les sortilèges de Protection, de Repousse-Moldu et de Camouflage, puis ils marchèrent un moment sur les sentiers enneigés de la forêt de Dean avant de trouver un endroit assez éloigné pour Transplaner.
Ils arrivèrent devant la tour qu'occupait la famille Lovegood – et qui était également le siège du journal Le Chicaneur, édité par Xénophilius Lovegood. Mais à peine furent-ils invités à entrer que Ron eut un mauvais pressentiment. Il essaya de mettre le doigt sur sa mauvaise impression, et rumina un moment avant de comprendre.
C'étaient les vacances de Noël. Luna Lovegood aurait dû être là. Il n'imaginait pas que l'ambiance soit si agréable à Poudlard sous l'autorité de Rogue que son père la laisse y rester pendant quinze jours… Ron laissa Hermione et Harry s'engager dans une grande discussion avec le père Lovegood, ils ne semblaient pas s'être aperçus de quoi que ce soit, mais Ron était sur ses gardes.
Aussi lorsque Xénophilius Lovegood prononça le nom de Voldemort – après un infime instant d'hésitation que Ron nota néanmoins, celui-ci réagit immédiatement. Il agrippa les bras d'Hermione et Harry, les entraîna en catastrophe dans les escaliers, les fit sortir de la tour au moment où une dizaine de figures noires encapuchonnées se matérialisaient à quelques mètres d'eux. Hermione recouvra ses esprits, et tandis que Ron tirait quelques sortilèges, elle les agrippa par l'épaule et les fit Transplaner.
Dans la sécurité de leur tente, Harry, Ron et Hermione, un peu hébété, laissaient l'adrénaline quitter leur système – ils se retrouvèrent bientôt avachis sur leurs couchettes, en proie à la déprime.
- « Il nous a trahis, » fit Ron d'une voix morne.
- « Il n'a sans doute pas fait exprès… » tenta Harry.
- « Oh si. Il a fait exprès. Il a réfléchi, il a pesé le pour et le contre, et il a choisi de te trahir. J'ai fait attention, Harry. Crois-moi. »
- « Mais pourquoi aurait-il fait ça ? » demanda Hermione.
- « … Vous n'avez pas remarqué que Luna n'était pas là ? C'est les vacances de Noël, elle aurait dû être là. Je crois que c'est pour sa fille qu'il nous a trahis. » Il se tut un moment, puis releva la tête. « Est-ce qu'au moins vous avez appris quelque chose d'intéressant ? »
Hermione et Harry le regardèrent un long moment, puis Harry sourit.
- « Tu surveillais, » murmura-t-il. « Eh bien, oui et non. Ce sigle correspondrait… »
oOo
Draco se rendit d'un pas lourd aux cachots. Il avait reçu l'ordre qu'il craignait. Il avait appris que Luna Lovegood servait de levier pour empêcher son père d'éditer le Chicaneur, défenseur de Potter, et pour qu'il leur livre ce dernier si l'occasion se présentait… L'occasion s'était présentée, les Mangemorts n'avaient pas su la saisir, et maintenant que le père Lovegood était grillé, sa fille ne servait plus à rien.
La fureur du Seigneur des Ténèbres à l'énième échec de ses sbires n'avait pas été belle à voir, et il avait donné l'ordre à Draco d'aller « s'amuser » avec la fille. Draco sourit hypocritement à son maître, et adressa un sourire mesquin (pas simulé, celui-là !) aux Mangemorts en faute – pour une fois que ce n'était pas lui… Puis il perdit tout sourire lorsqu'il arriva aux caves où étaient retenus leurs prisonniers. Il fit ouvrir, par le Mangemort de garde, la geôle enfermant Luna et quelques autres.
- « Lovegood, » commença-t-il d'une voix blanche.
- « Tiens. Bonjour Draco. Comment vas-tu aujourd'hui ? »
Draco soupira. Cette fille était-elle totalement inconsciente de ce qui se passait autour d'elle ?
- « … Je vais bien. Dis-moi, Lovegood, aimerais-tu jouer à un jeu avec moi ? »
- « … Oh, oui, bien sûr ! Je suis plutôt bien installée, ici, mais je m'ennuie un peu… »
- « Très bien. Alors suis-moi. »
La Serdaigle le suivit docilement, Draco adressa au garde un sourire de connivence tandis que celui-ci tonnait d'un rire gras. A travers des corridors de pierres grises, Draco mena Luna jusqu'à la salle de torture. Sur le chemin, elle lui demanda.
- « Quelles sont les règles du jeu ? »
Draco se retourna vivement, la jaugea un petit moment et répondit avec un léger sourire qui ne rejoignait pas ses yeux.
- « C'est très simple. Je vais te lancer des sortilèges, et toi tu vas crier. Le but du jeu, c'est que tu n'aies plus de voix à la fin. »
Elle le fixa longuement de son regard de moins en moins flou, un regard que se fit pointu, aigu, qui transperça Draco de part en part. Elle baissa finalement les yeux tandis que ses épaules s'affaissaient.
- « Oh. Ça a l'air rigolo. »
- « Oui, tu vas voir, on va bien s'amuser. »
Arrivés dans la salle de torture, Bellatrix les attendait déjà, et avec elle quelques Mangemorts désœuvrés. Draco amena Luna au centre de la pièce et l'attacha aux menottes qui pendaient du plafond. Il se dressa devant les Mangemorts, sortit sa baguette et se tourna enfin vers sa victime avec un sourire un peu contraint.
Draco se concentra. Il savait ce qu'il voulait faire, mais il ignorait s'il en était capable. Il se remémora les instructions de Théodore : il devait prononcer à voix haute un des nombreux sortilèges de torture de son répertoire, tout en lançant, avec la gestuelle de la baguette, un sortilège inoffensif. La plupart des sortilèges n'ayant pas de couleur (contrairement à l'Avada et au Doloris), les Mangemorts derrière lui ne se rendraient pas compte de la supercherie – pour peu que Lovegood joue le jeu – et pour peu qu'il parvienne à dissocier la parole, la pensée et le geste.
Le sortilège d'Elongation pour cheveux avait ceci de magnifique qu'il était si commun dans sa gestuelle qu'il pouvait ressembler à une bonne centaine de sortilèges. Il choisit comme sortilège de torture la malédiction du Cauchemar – qui donnait à sa victime l'impression qu'elle était dévorée vivante. Les gestuelles étaient proches, les deux sorts étaient incolores, s'il ratait, Lovegood en serait quitte pour un sale cauchemar : pas de douleur réelle, pas de trace physique… Draco se prépara à l'effort mental.
Il pointa sa baguette, se concentra, prononça à voix haute le sortilège de torture tout en faisant la gestuelle de celui d'Elongation, toutes ses pensées focalisées sur ce dernier. Le sort frappa Luna à la tête, comme prévu, puis la blonde resta là un moment sans rien faire, son regard bleu rivé aux yeux argentés et anxieux. Au bout de quelques secondes, Draco haussa un sourcil, et la Serdaigle sembla se souvenir des règles du jeu. Alors elle cria, cria, cria, tandis que ses cheveux poussaient d'un centimètre et que les Mangemorts derrière Draco riaient à la vue de sa douleur factice.
Quinze faux sortilèges de torture. Quinze centimètres de cheveux en plus. Cet allongement capillaire passa inaperçu parce que, Luna s'étant prise au jeu – et ayant manifestement compris son intérêt vital – elle se démenait comme un diable, tirant sur ses menottes au point de se blesser les poignets, et criant à tue-tête, ne s'arrêtant que lorsque Draco abaissait sa baguette, essoufflée, la tête renversée, ses cheveux désordonnés. Draco était en sueur, sa concentration et ses pouvoirs mis à rude épreuve. Chaque fois, il craignait de rater le sortilège suivant – et il peinait à trouver des malédictions et des enchantements proches sur la gestuelle. Lorsqu'enfin, la voix de Luna se brisa sur un dernier cri, il baissa sa baguette avec un soulagement qu'il cacha sous un masque de dédain, et annonça à la cantonade.
- « Ah, non ! Ce n'est pas drôle quand ils ne peuvent plus crier… »
- « C'est vrai, c'est vrai ! » reprit un Mangemort derrière lui. « Et puis, c'est l'heure de dîner ! Allons-y ! »
Les Mangemorts sortirent les uns après les autres, puis Bellatrix enfin, non sans avoir jeté à Draco un regard suspicieux : la scène manquait cruellement de sang à son goût. Une fois seul, le blond s'avança vers la Serdaigle et la détacha. Elle ne tenait pas debout, elle était à bout de souffle, et tomba à genoux aux pieds de son tortionnaire. Elle leva sur lui en regard étrange – étrangement focalisé aussi – à la fois terrorisé, navré, admiratif et implorant. Draco lui lança un sort de légèreté et la prit dans ses bras pour la ramener à sa geôle. Sur le trajet, elle lui serra l'épaule – au point de lui faire mal. Draco le prit comme un remerciement tacite – car c'en était un. Il la déposa finalement sur le sol de sa prison puis, au moment de sortir, elle murmura d'une voix éraillée.
- « Ce n'était pas aussi drôle que je l'espérais… Mais plus que je ne craignais ! »
Draco referma la lourde porte derrière lui tandis que Luna éclatait d'un rire brisé, et s'y adossa un long moment pour réfléchir. Jamais il ne pourrait répéter cet exploit. Et si un autre Mangemort la choisissait comme victime… Il remonta dans sa chambre et ne dîna pas ce soir-là. A la place, il prépara des quantités astronomiques de potion de Désintérêt. Il allait la répartir dans d'innombrables fioles lorsque l'adrénaline qui l'avait porté jusqu'ici chuta finalement. La fatigue se saisit de lui, ses jambes flageolèrent tandis que ses mains tremblaient de manière incontrôlable. Il s'assit sur un fauteuil, épuisé.
- « Tinna ! » appela-t-il en désespoir de cause.
L'elfe se matérialisa dans un « pop » discret et le fixa, interrogative.
- « Tinna. Met cette potion dans les flasques, là… »
Ce fut fait dans un claquement de doigts, et dans le silence.
- « … Bien… Tinna, lequel des elfes apporte leur nourriture aux prisonniers ? Ou bien, ce sont les geôliers, peut-être ? »
- « Pas les geôliers, maître Draco. Les elfes. A tour de rôle. »
- « Bien… A partir d'aujourd'hui, ce sera toi exclusivement. Et dans la boisson que tu amèneras à la prisonnière Luna Lovegood, tu verseras chaque jour dix gouttes de cette potion… Tu as compris ? »
- « Oui, maître. »
- « Très bien. Va, maintenant. Et cache ces fioles. »
Les bouteilles disparurent instantanément, le chaudron fut nettoyé et briqué, les ingrédients et appareils nécessaires à la préparation rangés, puis l'elfe partit dans un claquement, tandis que Draco s'endormait sur son fauteuil confortable, d'un sommeil lourd et heureusement sans rêve.
Les quelques jours restant avant la rentrée, Draco s'assura que sa potion était bien administrée et fonctionnait. Il accompagnait les Mangemorts pour choisir un prisonnier, qu'il torturait ensuite, et ce n'est qu'en fin de journée qu'il se rappelait que ni lui, ni les Mangemorts n'avaient fait attention à la Serdaigle. La veille du retour à Poudlard, il prépara sa malle avec un soulagement mâtiné d'une certaine fierté.
oOo
- « Je ne crois pas qu'on pourra continuer longtemps, à ce rythme, » murmura Blaise.
Les cours avaient repris, l'ambiance scolaire était exécrable. D'après les quelques informations que Blaise avait pu glaner, certains élèves quittaient leurs dortoirs, mais participaient toujours aux cours. Des camps se formaient lors des repas, des patrouilles avaient lieu dans les couloirs – qui parfois se transformaient en échauffourées.
Les élèves que les Carrows emmenaient aux sous-sols pour discipline étaient systématiquement « enlevés ». On les retrouvait en cours, frais comme des gardons, surveillés, accompagnés, suivis par une ribambelle de Gryffondors, Poufsouffles ou Serdaigles, baguettes à la main et prêts à s'en servir sur ceux ou celles qui feraient un commentaire ou un geste pour faire appliquer les ordres des Carrows.
Théodore pensait qu'ils se rassemblaient dans un lieu secret – et jouaient aux espions/rebelles/résistants sous la houlette d'une éminence grise (termes prononcés avec un mépris absolu, mais avec aussi un sourire en coin). La situation semblait l'amuser follement – d'autant que pour accéder aux sous-sols, zone Serpentard par excellence, il fallait passer entre les mailles des patrouilles Serpentard, que Théodore régissait à sa manière. Et curieusement, lorsque des élèves se retrouvaient punis par les Carrows, les Serpentard se retrouvaient à patrouiller partout ailleurs que sur le chemin menant aux cachots.
Pour ces vacances de Noël, Millicent avait ramené sa Malle-Trois-Fonds dans la chambre des garçons, discrètement, et Blaise avait libéré ses prisonniers chez sa Grand-mère au Kenya. Mais la situation devenait critique : il n'y avait plus tellement de place chez sa Grand-mère, ni beaucoup de sorciers aptes à recevoir ces fuyards. Et chaque nouveau sorcier que l'on mettait au courant de ce trafic représentait un risque pour leur secret et leur sécurité. Blaise avait renvoyé sa Malle à Millie, n'osant pas mettre de message compromettant au cas où sa roussette serait interceptée.
Mais deux semaines après la reprise des cours, lorsque Millicent vint furtivement déposer sa Malle réduite pendant que tous dormaient, Blaise attrapa son bras. A son crédit, elle ne fit aucun bruit, et à part un raidissement, rien de marqua sa suprise. Elle lui répondit, dans un murmure, presque inaudible.
- « Je sais. Mais les Rafleurs sont toujours en maraude, partout. »
Blaise soupira.
- « Laisse-là dans ma malle. Je l'enverrai demain. »
Millie s'exécuta, puis sortit, plus silencieuse qu'une ombre. Blaise se tourna dans son lit, et avisa, par un interstice entre les rideaux des lits à baldaquins, le visage blanc et serein de Draco. Il poussa un autre soupir, puis s'endormit.
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Plusieurs semaines passèrent, dans une morne ambiance, la déprime, le découragement et l'incertitude rongeaient Harry, Ron et Hermione. Mais le pire, c'était l'inaction. Aucun des trois ne savait quoi faire.
Harry passait son temps à manipuler leur petite radio. Il passait des heures à écouter la litanie des noms des disparus, le regard dans le vide. Puis il changeait la fréquence et tombait sur des radios plus officielles, et écoutait les mensonges et la propagande du Ministère sous influence.
Hermione lisait. Dès qu'elle avait fini un ouvrage, elle en prenait un autre. Mais elle avait fait depuis longtemps le tour de sa bibliothèque restreinte. Et ses genoux tressautaient tandis qu'elle se forçait à suivre un texte qu'elle connaissait déjà.
Ron aurait voulu avoir des nouvelles de sa famille. Il écoutait avec Harry les noms crachotés par la radio, il écoutait aussi attentivement les nouvelles « officielles » et parfois le nom de Percy était mentionné.
- « Je me demande, » fit Harry en éteignant machinalement la radio, « si je ne pourrais pas utiliser ma connexion mentale avec Voldemort pour nous sortir de cette impasse… »
Aucun de répondit. Puis Ron se redressa brusquement, le teint blafard. Il se leva et se précipita vers l'entrée.
- « Vite ! Vite ! Il faut partir ! »
- « Quoi ?! Mais… »
Hermione écarquilla les yeux tandis qu'elle sortait de sa léthargie. Dans un grand geste et avec une grimace, elle fit basculer ses livres dans son sac en perle, elle jeta un œil autour d'elle, s'empara de l'Epée de Gryffondor pour la ranger également, puis se saisit de sa baguette et enfila sa v
- « Tu as prononcé son nom, Harry ! » fit Ron, tandis qu'il revenait vers Harry et le forçait à se lever. « Il faut fuir, ils vont arriver d'une minute à l'autre ! »
Les trois sortirent précipitamment de la tente, tandis qu'entre les arbres, au loin, des formes noires apparaissaient. Ils ne portaient ni capes, ni masques, ce devaient être des Rafleurs. Une course forcenée s'engagea. Ron et Hermione se tournaient de temps en temps pour lancer des sortilèges, mais Harry n'avait plus de baguettes, aussi se contentait-il de fuir – Merlin, s'ils les attrapaient…
Dans leur course, ils approchèrent la combe où ils savaient se trouver Dean et ses amis gobelins et sorciers. Catastrophé, Harry vit Dean sortir d'une des tentes et le fixer un instant, interdit. Harry ne s'arrêta pas, mais secoua la tête, et tenta de dévier sa course pour attirer les Rafleurs hors de vue, mais c'était trop tard. Le groupe des Rafleurs se divisa, une partie, menée par Fenrir Greyback poursuivit le trio, tandis que l'autre se dirigea droit sur la tente.
Harry s'enfuit. Il entendit des hurlements, des sortilèges criés, le son amorti par les arbres et le feuillage de printemps. Hermione se maintenait difficilement à son niveau, et Ron restait derrière pour ralentir les chasseurs. Mais un sort atteignit Harry et il tomba, Hermione trébucha sur lui. Elle se redressa dans une roulade, mais à son regard, Harry savait que tout était perdu. Elle lui décocha un sortilège qui le toucha en plein visage. Alors que Fenrir s'approchait, victorieux, Harry sentit ses traits se modifier. Un Rafleur vint relever Hermione sans cérémonie, elle lui lança un regard désespéré, blanche comme un linge.
oOo
Draco n'aurait jamais cru un jour dire cela, mais le pire d'une année scolaire, c'était en réalité les vacances. Fin Mars, Draco revint au manoir Malfoy pour Pâques. Quelque chose avait changé dans l'ambiance, les Mangemorts semblaient en état d'alerte. Les nouvelles concernant l'intrusion de Potter et de ses comparses au Ministère n'expliquaient pas, à elles seules, les fréquentes colères de Vous-Savez-Qui, preuve que, quelles que soient les manigances du Trio Maudit, elles commençaient à porter leurs fruits.
Draco se demanda comment faisaient ses parents pour supporter la tension. Narcissa était toujours en alerte, sa baguette toujours à portée de main. Bellatrix était fébrile, plus cruelle et plus malveillante que jamais. Lucius, qui semblait s'être remis depuis son évasion d'Azkaban, restait morose et tirait une tête de trois pieds de long, aux aguets.
Dès son arrivée, Draco vérifia auprès de son elfe Tinna qu'elle administrait toujours la potion de Désintérêt à Luna Lovegood, puis, après un repas silencieux et tendu, Draco alla se coucher. Le lendemain matin, il se réveilla avec les rayons du soleil filtrant par les rideaux clairs de sa chambre. Pendant quelques instants, il profita de cette paix apparente, se souvenant que cette maison était la sienne, et qu'elle avait été le lieu d'agréables souvenirs avant… Draco se redressa, un frisson le parcourant tandis qu'il chassait cette fausse impression de sécurité et de bien-être. Il ne devait pas baisser sa garde, ici. C'était un nid de vipères. Depuis l'extérieur, dans la fraîcheur de cette aube claire, des cris lui parvinrent. Il se leva et s'habilla rapidement, et descendit au salon pour voir ce qu'il se passait.
Les clameurs se faisaient plus pressantes, maintenant. Lucius et Narcissa étaient rassemblés dans le salon, indécis sur la conduite à tenir. Depuis les portes-fenêtres du salon, un groupe d'hommes s'approchait, Fenrir Greyback à leur tête, mais derrière lui, ce n'étaient pas des Mangemorts. Des Rafleurs, comprit Draco. Et ils menaient un groupe assez important de prisonniers, des Nés-Moldus pour la plupart, et un Gobelin – et une tête rousse que Draco aurait reconnue n'importe où : Ronald Weasley ! Narcissa Malfoy interrogea Greyback sur la raison de leur venue chez eux.
- « On a trouvé ces types dans la forêt de Dean, » repondit le loup-garou avec un regard concupiscent sur la sobre et hautaine dame Malfoy. « Et ils se sont débiné un peu trop vite, on a même dû en tuer deux ou trois pour pouvoir récupérer les autres, et la fille a lancé un sort à celui-là ! Ça nous a paru bizarre, et je suis sûr que ça cache quelque chose ! Peut-être bien qu'on a attrapé un gros poisson cette fois ! Un gros poisson qui pourrait bien faire très plaisir au Maître… »
Narcissa fit entrer les Rafleurs, circonspecte, et examina les prisonniers tandis que Draco avisait la fille mentionnée : Hermione Granger. Bellatrix se leva, et les Rafleurs obligèrent les prisonniers à s'agenouiller devant elle. De sa baguette tordue, elle força Granger à relever la tête. Draco ferma les yeux un instant. Weasley et Granger. Alors entre les deux, ça ne pouvait qu'être…
- « Ton nom, jeune fille… »
- « … Pénélope. Pénélope Dauclaire. »
- « Et pourquoi fuyais-tu devant ces hommes, garants de la paix et de l'ordre dans ce monde chaotique ? »
- « Epargnez-moi vos mensonges stupides. Je sais ce qu'ils sont. Je suis Née-Moldue. »
Bellatrix se redressa, puis d'un coup, gifla la fausse Pénélope, avant de s'essuyer les mains sur ses lourdes robes noires, avec une grimace de dégoût. Elle se détourna et s'avança vers Draco. Granger écarquilla les yeux en l'apercevant, et blanchit. Mais Bellatrix empoigna le bras de son neveu et l'entraîna vers le garçon à côté de Granger.
- « Tu le reconnais, Draco ? Est-ce lui ? Est-ce Harry Potter comme le suggère ce sac à puces de Greyback ? Cette fille ment, je le sais, et pourquoi mentirait-elle, si ce n'est pour protéger le Survivant ? Regarde le bien, Draco, et n'oublie pas que le destin de la famille Malfoy est en jeu ! »
Elle poussa rudement le blond vers le brun au visage tuméfié méconnaissable, il faillit perdre l'équilibre mais se reprit avant de tomber sur lui. Les yeux étaient bruns et non verts, et une boursouflure du front masquait habilement la cicatrice, mais Draco n'était pas stupide. Les traits étaient différents, bien sûr, mais de très simples sortilèges pouvaient avoir cet effet… Et ces cheveux noirs en désordre, ces affreuses lunettes rondes typiques, ses amis Granger et Weasley, et derrière lui un autre Gryffondor, Dean Thomas, s'il ne se trompait pas… C'était Harry Potter, c'était évident. Merlin, si Harry Potter était livré à Voldemort… ce n'était pas possible… Incapable de parler, suffoqué à l'idée de perdre tout espoir, il secoua la tête non, non, il ne faut pas que Potter tombe entre ses mains, il ne faut pas…
Bellatrix se méprit, renifla et écarta Draco.
- « Ha ! Si ce n'est pas Potter… »
Bellatrix tourna un long moment autour des prisonniers, puis avisa le sac en perle d'Hermione, qu'elle lui retira avec brusquerie. Elle farfouilla longuement dedans, puis le vida, et découvrit avec effarement l'Epée de Gryffondor, qui tomba sur le damier du salon dans un bruit clair. Bellatrix se tourna, furieuse, vers la jeune fille.
- « L'Epée de Gryffondor ! Que fait-elle ici ? Comment l'as-tu eue ? Parle ! »
- « … Ce n'est pas l'Epée de Gryffondor… » tenta Hermione.
Bellatrix plissa les yeux, furieuse. Elle attrapa le Gobelin salement amoché, et lui mit l'Epée sous le nez.
- « Toi ! Les Gobelins ont forgé l'Epée. Dis-moi si c'est la vraie ! »
Le Gobelin examina la lame, puis la poignée, et les rubis sertis dans la garde, alors qu'il semblait tout entier occupé à examiné, il jeta un œil en coin à Harry, qui le fixa d'un regard suppliant.
- « C'est une contrefaçon, » déclara-t-il enfin.
- « Vraiment ? » Le soulagement qu'exprima Bellatrix sembla alerter Harry et Hermione, mais elle poursuivit. « Ça n'explique pas comment ces vermines ont obtenu cette contrefaçon. » Elle se tourna vers les quelques Mangemorts présents. « Enfermez-les avec les autres ! Sauf la fille ! Je la garde ! Elle ment donc elle sait quelque chose ! Et vous, bande de rats, » fit-elle à l'intention des Rafleurs, « quittez cette demeure, vous avez dix secondes ! »
Les Rafleurs, qui ne s'étaient guère attendu à voir Bellatrix Lestrange en personne, ne demandèrent pas leur reste et s'enfuirent en une pitoyable débandade. Fenrir Greyback emmena les prisonniers, riant aux insultes et aux faibles coups qu'ils purent lui lancer malgré leurs entraves, et Bellatrix se tourna vers Hermione.
- « Alors, ma petite. J'écouterai attentivement tout ce que tu voudras bien me dire… »
Elle se jeta sur la brunette, la plaquant au sol sans ménagement, et sortit des profondeurs de ses robes un immense poignard au manche d'ébène, doté d'une longue lame affutée qu'elle fit courir sur la gorge de sa proie.
- « … Et quand j'en aurais terminé avec toi, tu regretteras de n'avoir plus rien à ajouter ! »
Draco observa, hypnotisé, la lame tracer ses courbes et ses arabesques sur le poignet blanc, tandis que sa tante partait dans de grands éclats de rire, et que Granger, après avoir serré les dents, craquait et criait, criait, criait. Il se demanda distraitement si les taches de sang qui maculaient le tapis de soie partiraient – ah, probablement que les elfes de maison parviendraient à les nettoyer malgré la quantité. Au bout d'un interminable moment, Bellatrix se redressa brusquement, Draco ne s'en rendit pas compte tout de suite, puis il sortit de sa transe.
Des bruits, des cris, une cavalcade. Potter et Weasley arrivèrent, se précipitèrent sur eux, les bousculant sans ménagement. Dans un état second, Draco sortit sa baguette pour se défendre, mais Potter la lui arracha des mains et le repoussa. Dans sa chute, il aperçut Weasley faire de même avec Bellatrix – lui collant son poing dans la figure dans le même mouvement – puis aider Granger à se relever. Un elfe apparut brusquement – Draco reconnut Dobby, leur ancien elfe – et les trois Gryffondors se précipitèrent sur lui. Au moment où ils disparaissaient dans un lourd craquement, sa tante se redressa, furie brune, et lança son poignard en direction des fuyards. Draco eut le temps de voir la lame s'enfoncer dans la poitrine menue de l'elfe, puis il n'y eut plus personne.
- « Imbécile ! Imbécile ! C'était Potter ! Et tu ne l'as pas reconnu ! »
Bellatrix, enragée, courait d'un angle à l'autre, renversant meubles et fauteuils, son mari Rodolphus Lestrange accourut pour tenter de la calmer. Elle se précipita sur lui et lui vola sa baguette, qu'elle tendit vers Draco.
- « Crucio ! Crucio ! Crucio ! Imbécile ! Incapable ! Tu rates toutes les missions, tu es la honte de notre famille, tu es le plus inutile des Mangemorts ! Et que va dire le Maître quand il l'apprendra ? A quoi ça nous a servi, à ta mère, Rogue et moi, de te protéger ? A chaque fois ! A chaque fois tu rates tout ! Crucio ! »
- « Expelliarmus ! »
La baguette d'emprunt de Bellatrix eut un sursaut, mais la sorcière ne la lâcha pas, raffermissant au contraire sa poigne. Narcissa s'avança et se dressa entre elle et son fils.
- « Tu le protèges encore ! » cracha la brune. « Quelle infamie ! Entre un mari pleutre et lâche, et un fils stupide, quels beaux partis que ces Malfoy ! Ils ont une belle gueule, et rien derrière ! Tu as traîné le nom des Black dans la boue ! »
Narcissa ne répondit rien et, écœurée par son silence, Bellatrix se détourna et quitta le salon, claquant la porte derrière elle. Draco leva des yeux humides sur sa mère. Il reprit sa respiration et se releva.
- « Au moins, tu n'as pas crié, » murmura Narcissa.
Draco eut besoin de quelques secondes pour rétablir son masque d'indifférence, et de quelques minutes supplémentaires pour faire cesser ses tremblements. Puis il observa son environnement : Rodolphus Lestrange se découvrait une drôle d'affinité avec Lucius maintenant que lui aussi se retrouvait privé de baguette et dépendant de son épouse. Des Mangemorts et des loups-garous arrivaient depuis les cachots et les étages, certains rameutés par le bruit, d'autres parce qu'ils s'étaient trouvés sur le chemin de Potter et Weasley durant leur évasion.
- « Peter Pettigrow… » commença un geôlier qui se tenait son front ensanglanté, « … il est mort… Sa main… C'est sa main… Et les prisonniers… Ils ont disparu… »
Draco se demanda un instant si Luna Lovegood aussi avait disparu, ou si la Potion de Désintérêt que lui donnait Tinna avait…
- « C'est un elfe qui les a emmenés… » termina le Mangemort essoufflé.
Dobby, songea Draco avec soulagement. Les elfes sont insensibles aux effets de cette potion. Il l'a forcément vue, il l'a forcément prise avec les autres prisonniers. Forcément.
Les Mangemorts s'égaillèrent, les loups-garous repartirent en chasse, et bientôt le manoir Malfoy retrouva son calme en attendant la prochaine tempête – car après tout, il allait bien falloir prévenir le Seigneur des Ténèbres de cet odieux échec…
Draco remonta lentement dans sa chambre, les effets des Doloris rendant ses mouvements saccadés, et s'assit sur son lit.
- « Tinna ! »
- « Maître Draco ? » fit l'elfe apparaissant brusquement devant lui.
- « Tinna… Les elfes sont insensibles à la Potion de Désintérêt, n'est-ce pas ? »
- « Maître ? » interrogea l'elfe, qui ne comprenait pas vraiment le sens de la question. Draco soupira.
- « Va vérifier si Luna Lovegood est partie des cachots, s'il-te-plaît. »
L'elfe lui fit un signe de tête et disparut, puis se matérialisa au même endroit quelques secondes plus tard.
- « Il n'y a plus personne dans les cachots, Maître. Pas de Luna Lovegood non plus. »
Draco ferma les yeux et soupira de soulagement.
- « Bien. Très bien. Tu peux partir… »
A peine l'elfe partie, Draco sentit ses forces le quitter. Il lui fallait s'allonger. Quelques instants de repos lui feraient le plus grand bien. Il se réveilla plusieurs heures plus tard. Il avait sauté le déjeuner, et l'après-midi touchait à sa fin.
Et il était attaché aussi.
Ses bras étaient tirés en arrière, et des cordes serrées reliaient ses poignets aux montants de la tête de lit. Maîtrisant sa panique, il étudia son environnement et avisa sa tante Bellatrix, sortant de la salle de bains. Elle était nue, sa masse de cheveux noirs contrastant avec sa peau livide. Lorsqu'elle s'aperçut qu'il était réveillé, elle lui adressa un regard mauvais, assorti d'un sourire cruel.
- « Mon cher neveu. Petit Malfoy. Des belles gueules mais rien dans le ventre… Alors j'ai décidé de corriger ces petits défauts, que tu tiens évidemment du minable qui te sert de père. Je vais t'apprendre la fermeté ! Et l'endurance ! Des qualités qui te serviront toute ta vie… »
Draco ouvrit la bouche pour protester.
- « Silencio ! »
Il écarquilla les yeux tandis que ses paroles mouraient sur ses lèvres, étouffées par le sortilège. Bellatrix s'avança et monta sur son lit, Draco lui lança un coup de pied qui la déséquilibra – ses jambes étaient libres après tout. Bellatrix poussa un cri de dépit – puis rit longuement.
- « Bien ! Très bien ! Alors puisque c'est comme ça… »
Elle tendit sa baguette d'emprunt vers le matelas, et Draco le sentit frémir et se soulever avec horreur – et douleur, car ce qui sortait maintenant du matelas éventré, c'étaient des pointes, d'innombrables pointes acérées qui lui perçaient le dos, les fesses et les cuisses s'il avait le malheur de se reposer dessus. Pour éviter de se faire embrocher, il dut tirer sur les cordes de ses poignets, prendre appui sur ses pieds et ses jambes, et bander tous les muscles de son corps pour rester bien à plat, le corps tendu, horizontal, à quelques centimètres au-dessus des pointes.
- « Première leçon : la fermeté ! Car j'aime les corps fermes… » susurra Bellatrix.
Elle pointa sa baguette sur Draco et marmonna un sortilège qui eut pour effet de réduire tous ses vêtements en charpie. Draco rougit violemment : il était nu, exposé sous le regard enchanté de sa tante, la sœur de sa propre mère. A cet instant, il crut qu'il allait mourir de honte, mais ne croyait pas réellement qu'elle allait faire ce qu'elle donnait l'impression de vouloir faire, elle ne pouvait pas, n'est-ce pas, elle est de la famille, c'est sa tante, elle ne peut pas…
- « Et maintenant, deuxième leçon : l'endurance ! »
Bellatrix ne perdit pas son temps en préliminaires, elle monta sur le lit, enjamba Draco et, maintenant son pénis à la verticale, s'empala dessus sans ménagement. Draco était trop choqué pour réfléchir ou pour réagir, lorsqu'elle remonta et redescendit brusquement, il oublia de maintenir sa contraction : les pointes sortant du lit s'enfoncèrent de plusieurs millimètres dans sa peau – et dans un sursaut, Draco rebanda tous ses muscles, serrant les dents.
Puis la danse odieuse commença, Bellatrix le chevaucha brutalement, riant comme une démente, se tournant parfois, lançant vers le plafond des cris inarticulés, rejetant la tête en arrière tandis que ses orgasmes se succédaient. Sous elle, Draco serrait les mâchoires à s'en briser les dents, le corps tendu à se rompre, les poignets bleuis, les articulations de ses genoux et de ses pieds blanches sous la pression. S'il se relâchait, les pointes l'aiguillonnaient, et du sang coulait sur toute leur longueur jusqu'aux draps de soie. La torture dura une heure ? Deux ? Draco aurait été incapable de le dire, mais finalement, alors qu'il était plongé dans une torpeur mâtinée de honte et de terreur, sous l'action mécanique des va-et-vient, il éjacula, le visage et la poitrine en feu.
- « Ah, enfin ! Ah ah ah ! Enfin ! »
Bellatrix se releva, laissant Draco sortir d'elle dans un bruit mouillé, et descendit du lit, essuyant sur le drap les quelques gouttes de sperme qui sortaient de son vagin. Elle adressa un sourire victorieux à son neveu.
- « Eh bien voilà, mon cher Draco. J'ai pris une potion de Fertilité. Je te promets que j'éduquerai notre enfant de manière adéquate, et j'en ferai notre digne héritier. Il bénéficiera de la beauté des Malfoy – car vous n'êtes bons qu'à ça – et de la force de caractère des Black. Des qualités dont tu aurais dû bénéficier, mais que ma sœur et son lâche de mari n'ont pas su cultiver chez toi… Nous allons rectifier tout ça ! »
Elle s'interrompit lorsque la porte de la chambre s'ouvrit.
- « Draco, prépare-toi pour ce soir, car… »
Narcissa se figea sur le seuil, laissant sa phrase en suspens. Derrière elle, Lucius se pressait et blanchit à la vue de la scène. Bellatrix, triomphante, se tourna vers eux.
- « Nous avions fini de toute façon ! Et que se passe-t-il donc ce soir ? » demanda-t-elle tandis qu'elle ramenait d'un accio ses vêtements et les enfilait nonchalamment.
Narcissa sortit sa propre baguette et rendit au matelas sa forme originale. Draco se détendit précautionneusement sans pour autant se reposer complètement : son dos le faisait souffrir, il entendait ses muscles et ses os crier de protestation. Sa mère, de quelques coups de baguette experts, défit les liens de ses poignets, retira le sort de silence, et soigna les perforations sanguinolentes. Lucius, légèrement hébété, répondait à Bellatrix.
- « Ce soir, le Seigneur des Ténèbres organise une réunion… Ici même. »
Bellatrix, à moitié vêtue, renifla.
- « Eh bien, Draco, ce n'est pas plus mal que j'aie pris l'initiative de renforcer les liens entre les Black et les Malfoy, non ? Avec tes défauts et ton erreur de ce matin, qui sait si tu en sortiras vivant ? »
Draco ne répondit rien, son dos était maintenant guéri, il rejeta sa mère avec brusquerie et se dirigea en titubant vers la salle de bains. Là, dans la cuvette des toilettes, il vomit.
- « Pauvre petite chose, » fit Bellatrix, amusée.
Elle ferma le col de sa longue robe noire.
- « J'espère, Lucius, que tu ne m'en voudras pas d'avoir profité de ton fils tant qu'il est encore vivant… Et puis dis-toi qu'au moins, il ne mourra pas puceau ! Et avec un peu de chance, il laissera un fils derrière lui. Une fille me décevrait un peu, je l'avoue… »
Narcissa se tourna vers elle, remarquant enfin son sourire reptilien.
- « Quoi ? Que veux-tu dire ? »
- « J'ai pris une potion de Fertilité… »
Narcissa se leva, une grimace commençant à déformer ses traits aristocratiques, mais les deux sœurs furent interrompues par Draco qui sortait de la salle de bains. Il était blafard, et s'était sommairement habillé : un pantalon, une chemise, des chaussures. Il avança lentement vers elles et Narcissa fronça les sourcils : quelque chose n'allait pas. Le sourire de Bellatrix, lui, ne cessait de s'élargir, mais elle recula tout de même. La honte, le dégoût, et la terreur s'estompaient dans le regard argenté, à leur place pointait une émotion rarement vue : la rage. Une rage pure, brûlante, qui balayait tout sur son passage.
Bellatrix eut un petit rire émerveillé puis sortit de la chambre en courant. Draco se précipita sur sa mère d'abord, lui arracha sa baguette des mains et poursuivit la brune folle dans les couloirs. Lui restait silencieux, tandis qu'elle riait et ameutait tout le manoir. Elle se précipita dans les escaliers mais dans la dernière descente menant au Hall d'entrée et à sa cheminée salvatrice, Draco prit son élan et lui tomba dessus, la plaquant sur les dalles froides. Une courte lutte eut lieu sous les encouragements, les cris et les rires des Mangemorts et des loups-garous, et sous le regard horrifié de Lucius et Narcissa restés sur le premier palier. D'un coup violent, Draco fit valser la baguette de Bellatrix et, dans le chaos, releva ses jupes noires. Elle se débattait et ne riait plus désormais, et elle poussa un cri de douleur tandis que Draco insérait la baguette dans le vagin trempé.
- « Esplodare ! » cracha-t-il.
Il y eut une explosion, contenue dans le vagin, l'utérus et le ventre. Bellatrix hurla, hurla, hurla, se recroquevillant sur elle-même tandis que son sang et ses chairs dégoulinaient entre ses cuisses. Draco se releva et la regarda avec haine et mépris.
- « Pas de bâtard chez les Malfoy ! » Il essuya la baguette de sa mère sur un coin de robe de sa tante, puis lui empoigna les cheveux. « Et tu nettoieras tes saletés quand tu auras fini de geindre ! »
Il la repoussa violemment et remonta lentement les escaliers, insensible aux gémissements de Bellatrix, et inconscient du silence régnant dans le Hall – le voile rouge de la rage l'aveuglait toujours. Lorsqu'il passa devant ses parents, Lucius se posta devant lui.
- « Draco. Rend sa baguette à ta mère. »
Draco raffermit sa poigne sur la baguette. La précieuse baguette. Sans elle, il était à la merci de tous les tarés psychopathes qui peuplaient son manoir. Sans elle…
- « S'il-te-plaît. Draco. »
Sans elle, il était impuissant, vulnérable, sans défense…
- « Pense à ta mère ! Rend-lui sa baguette ! S'il-te-plaît… »
Draco se passa une main sur la figure, le voile rouge se levant enfin, puis, sans un mot, tendit sa baguette à Narcissa, qui la prit avec soulagement et un léger signe de tête pour tout remerciement. Il adressa un regard morne à son père puis se redressa.
- « Je vais me préparer pour la réunion de ce soir. »
Il n'attendit pas sa réponse, ignora l'agitation – le professeur Rogue venait d'arriver, pris à parti par Rodolphus Lestrange, qui l'enjoignait de soigner Bellatrix toujours prostrée – et remonta dans sa chambre pour prendre une douche et s'habiller.
Et surtout, ne penser à rien.
oOo
Dans la Grande Salle de Poudlard régnait un silence de mort.
Merlin.
Ces souvenirs leur avaient fait l'effet d'un coup de poing dans la figure. Le Ministre Jonathan Jones s'aperçut qu'il avait la mâchoire décrochée, il referma la bouche dans un claquement sec. Un regard autour de lui le rassura : il n'était pas le seul à arborer son ahurissement.
Sur l'écran, les souvenirs continuaient à défiler.
NOTE DE L'AUTEUR
Remarques diverses et variées :
Chapitre plus long, cette fois-ci, car je risque de ne pas pouvoir poster la semaine prochaine (j'ai un salon ce week-end, et je ne suis pas sûr que j'aurais le temps d'écrire sur les Rowane…) Je m'en excuse d'avance ! Bonne lecture, et j'espère que ce chapitre vous a plu.
Réponses aux reviews :
Kimwii : bon, j'espère que ce chapitre rattrapera un peu la faiblesse des précédents… Je t'en souhaite une bonne lecture.
Ashtana3 : ben, oui, j'ai changé un peu le texte d'origine pour le plier à ma fanfiction (parce que sinon, c'est compliqué). Pour le tome 2 des Lignées Parallèles, la relecture et les corrections, c'est fini, et j'ai envoyé le texte (en plus du tome 1) à des éditeurs (parce que j'aimerai repasser dans le circuit classique). L'un d'eux devrait me répondre d'ici fin Juillet… Je croise les doigts ! Bonne lecture !
Le Poussin Fou : alors honnêtement, le sort de Rusard m'est totalement inconnu. Je crois me souvenir que sa qualité de Cracmol n'était pas forcément connue de tous, d'une part, et qu'il s'entendait plutôt bien avec Rogue, d'autre part. Donc je l'ai laissé à Poudlard, mais honnêtement, je ne suis pas sûre qu'il y était (et je n'ai pas trouvé plus de précisions sur son sort durant la 7ème année sur les sites dédiés à Harry Potter…) Enfin, bonne lecture !
Shanatora : merci pour ta review, j'espère que ce chapitre t'a plu !
Noooo Aime : eh bien, voilà ce que j'avais en réserve pour les lecteurs… Bon, j'avais mis la fic en Drama, hein… En tout cas, merci pour ta review, et à bientôt !
hathor2 : et voici la suite ! J'espère qu'elle te plaira… A bientôt !
Loursa : Ah la la. Les différences entre ce que j'écris et le texte d'origine vient du fait que je me base à la fois sur mes souvenirs des livres (lus en anglais et il y a longtemps) et sur mes souvenirs des films (vus il y a longtemps aussi). D'autre part, utiliser tel quel le texte original ne serait pas pertinent (pour rappel : Harry n'est pas homo ! Donc, bon…) Donc je le modifie en fonction de ce dont je me souviens, mais surtout de ce dont j'ai besoin pour la fic… tout en essayant de rester assez proche du déroulé des évènements… Enfin, voilà, je suis contente que, malgré mes infidélités, cette fanfic te plaise. Merci pour ta review, et je croise les doigts pour tes examens !
Luffynette : Luna ne s'en sort pas si mal, finalement… Mmh ? Bonne lecture.
cat240 : merci pour ta review. J'espère que ce chapitre t'a plu. A bientôt !
Faenlgiec : euh… oui… On peut le dire, ça va être très dur de les juger… A bientôt pour la suite !
Guest : oh la là, oui, il s'agissait bien de la tombe d'Ignotus Peverell, mais j'ai préféré parler de la tombe de Godric Gryffondor, parce que sinon il m'aurait fallu introduire l'histoire des Peverell-Potter, etc… Et ce n'était pas exactement le propos… Enfin, encore une de mes infidélités à l'histoire originale, pardon, pardon, pardon ! Bonne lecture, malgré tout !
Magouille : bon, j'imaginais que les deux autres prisonniers étaient deux Poufsouffles de première ou deuxième année, mais je n'ai pas développé, parce que sinon, je ne m'en sors plus… J'espère que ce chapitre t'a plu.
Guest : fan de Neville ? Il y a de quoi. Il est trop badass !
Janedory : ouch, tu es dure avec ton hors-sujet ! J'ai longtemps hésité à écrire les Rowane, parce que justement, reprendre tous les évènements de la chasse aux Horcruxes représentait un travail monstre. Je ne modifierais pas tous les passages qui posent problème, non pas par manque de respect envers madame Rowling, mais parce que c'est le principe même de la fanfiction que de prendre un texte original et de le tourner à sa sauce. Je trouve au contraire que reprendre mot pour mot, évènement pour évènement, ce qu'elle a écrit serait là un vrai manque de respect : autant lire le texte original, tout ce que je pourrais écrire ne serait qu'une pâle copie, à la limite du plagiat (et pour les lecteurs, ce serait d'un ennui…) Cependant, il est vrai que la situation de Bathilda Tourdesac pose problème (et là, il n'est effectivement pas question de sens de l'histoire mais de cohérence), et je n'aurais pas dû la faire parler comme ça… vu qu'elle est Nagini. Aussi, j'ai suivi ton conseil et refait cette partie-là du chapitre 23. En tout cas, merci pour ta vigilance (parfois, quand on a la tête dans le guidon, on ne voit plus le reste). J'espère que ce chapitre te plaira, bonne lecture !
Clairehime : aïe aïe aïe ! Oui, effectivement, la situation de Bathilda Tourdesac posait problème, aussi ai-je modifié le chapitre 23 en conséquence. C'est un peu plus cohérent… Enfin, merci pour ta review et à bientôt !
