CHAPITRE TRENTE


Les yeux rivés au corps d'Harry porté par Hagrid, Draco n'écouta que vaguement Voldemort – qui évidemment ne comptait pas se retirer sans s'assurer de sa suprématie sur ces rebelles, et qui leur offrait généreusement la possibilité de changer de camp… Avaient-ils vraiment cru qu'il partirait et laisserait les choses en l'état ?

Draco détacha son regard du cadavre de Potter, et avisa, parmi les Mangemorts, ses parents Lucius et Narcissa, qui l'aperçurent eux aussi – et le soulagement qui apparut sur les traits de sa mère le marqua. Alors qu'un silence d'équilibriste répondait à l'offre de Voldemort, Lucius s'avança de quelques pas.

- « Draco… Viens. Viens avec nous… »

Il en aurait pleuré. Peut-être s'attirait-il le mépris, peut-être que sa défection en provoquerait d'autres, mais à vrai dire, il n'avait jamais fait partie de leur camp, alors quelle importance ? Le poids des regards était lourd, cependant, tandis qu'il traversait la cour, passait à proximité d'Hagrid et de son fardeau.

Quelle surprise lorsque, au lieu de le faire se tenir fièrement parmi les Mangemorts, ses parents se détournèrent et l'entraînèrent à l'écart, sous le regard méprisant des Mangemorts cette fois, mais loin, loin de ces fous sanguinaires, loin de cette bataille inepte, loin du cadavre d'Harry Potter et de cette Communauté Sorcière qui ne serait plus jamais comme Avant.

Ils n'étaient pas encore arrivés aux grilles de Poudlard que le combat reprenait derrière eux. Les trois Malfoy passèrent les battants de fer forgé, arabesques gracieuse enlaçant le blason de l'école, puis à la surprise de Draco, Lucius s'arrêta et se tourna vers l'école.

Lucius ferma les yeux et de la Lumière jaillit de ses mains, prenant la forme d'un… d'un chandelier…

- « Ce qui appartient aux Malfoy doit revenir aux Malfoy, » murmura son père avec un sourire pervers, tandis que la Lumière s'intensifiait au-dessus de sa paume.

Petit à petit, le chandelier devint solide, les copeaux d'argent se rassemblaient. Draco jeta un œil à Narcissa, qui souriait dangereusement.

- « Ils ont trouvé notre ragout excellent, nos invités loups-garous, » fit-elle sur le ton de la conversation. « Greyback, en tant que chef de la meute, s'en est même attribué la plus grosse part… »

Depuis le château… Depuis les corps des loups-garous Mangemorts… Draco ferma les yeux en imaginant le parcours des particules métalliques, perforant estomacs et intestins, volant au dessus des herbes, se débarrassant sur le trajet du sang et des chairs, avant de se réunir au-dessus de la paume de son père – sur la paume, une tache rouge s'élargissait…

Un rugissement fit sursauter Draco, lui et Narcissa se retournèrent vivement. Fenrir Greyback, enragé par la douleur, se ruait sur eux, préférant accompagner les copeaux d'argent qui entraînaient son corps plutôt que de se voir perforer ou éventrer. Ecumant, hurlant, il courait à leur rencontre, leur promettant, au milieu d'une pluie d'insultes, une mort délicieusement pénible et douloureuse. Comme un aigle fondant sur sa proie, Narcissa se précipita sur la grille de Poudlard, et la ferma juste sous le nez du loup-garou.

Alors que l'argent attiré par Lucius plaquait Greyback contre la grille, Narcissa la maintenait fermée de tout son poids. Elle adressa au loup-garou un sourire qui ressemblait trait pour trait à celui de Bellatrix – et qui horrifia Draco autant que Greyback. Il eut un dernier soubresaut, et une masse argentée s'extirpa de ses chairs pour rejoindre le chandelier – désormais complet, dans la main de Lucius.

Greyback, mort, s'effondra le long de la grille.

- « C'est bon. Partons, » fit Lucius, qui sortait de sa transe, et s'essuyait la main sur un mouchoir brodé d'un M tarabiscoté.

Draco lui emboîta le pas tandis qu'il s'éloignait, puis les deux hommes se rendirent compte que Narcissa ne les suivait pas. Elle avait rouvert la grille, et sorti sa baguette. La pointant sur le loup-garou, elle le fit léviter avant de se mettre en route.

- « Euh… Narcissa ? » demanda Lucius, pas très rassuré.

Elle lui lança un regard indifférent, et le dépassa, poursuivant son chemin. Elle bifurqua sur un côté menant en pente douce, à travers les arbres, vers le lac. Alors, elle fit léviter le corps de Greyback le plus loin de la rive possible, et le laissa tomber dans les eaux sombres.

- « … Etait-ce nécessaire ? »

- « Mmh ? Non, bien sûr. Mais crois-tu, Lucius, que nous échapperons à toute sanction ? Que, quoi que nous ayons pu faire, nous ne serons pas perçus comme coupables ? »

Lucius ferma les yeux et se détourna. Draco comprit que, par ces quelques mots, Narcissa leur faisaient comprendre à tous les deux qu'il était hors de question de partir. Il avait lui-même songé à fuir le pays – maintenant il savait qu'il resterait en Angleterre, et que tous, ensemble, subiraient les conséquences de leurs actes.

- « … Non, » souffla Lucius, finalement.

- « Alors, laisse-moi me faire plaisir en laissant croire à la Communauté Sorcière que le terrible loup-garou Fenrir Greyback s'est échappé, laisse-les craindre son retour, laisse-les le chercher désespérément et stresser en vain… Ce sera ma pensée positive si nous allons à Azkaban. »

- « Azkaban ? » demanda Draco. « Si Voldemort gagne, nous serons tués, nous n'irons pas à Azkaban. »

- « Le Maître va perdre, Draco. »

- « Mais… Potter est mort… »

- « Non, il faisait juste semblant. »

- « Mais tu as dit au Maître que… » commença Lucius. Narcissa l'interrompit.

- « J'ai menti. »

Narcissa leur adressa un bref et mince sourire avant de reprendre son expression froide et indifférente, puis se détourna et commença à remonter le talus pour rejoindre le chemin. Draco et son père échangèrent un regard circonspect, puis la suivirent lentement.

Elle s'arrêta brusquement, se plaquant au sol derrière un des arbres parsemant la pente, et fit signe à son époux et son fils à faire de même : sur le chemin, une troupe de sorciers et de sorcières, nombreuse, baguette à la main, courait en direction du château.

Des renforts pour les Mangemorts ? Ou pour les assiégés ? Aucun des Malfoy ne releva la tête pour vérifier. Après le passage de cette foule, tous trois se relevèrent et rejoignirent le chemin. Arrivés au-delà de la zone de sécurité, ils transplanèrent pour se rendre au Manoir Malfoy, où ils attendraient que les futurs vainqueurs de cette bataille décident de leur sort.


oOo


Neville fixait le visage d'Hagrid, incapable de regarder plus bas. Il enregistrait le visage aux pommettes rougies, les larmes qui se perdaient dans la barbe broussailleuse, les épaules qui tremblaient, la respiration saccadée.

C'était comme un rêve, surréaliste, pendant quelques instants, tout lui sembla cotonneux et flou, le monde entier tournait autour du visage défait d'Hagrid – et cela uniquement parce que Neville n'avait pas la force, ou refusait, de baisser les yeux, de voir ce qu'il y avait plus bas, dans les bras énormes mais fébriles. C'est à peine s'il se rendait compte qu'il boitait, et il serrait dans sa main un chiffon étrange. Après un énorme effort de concentration, il se rappela que c'était le Choixpeau Magique – mais il aurait été incapable de dire comment il était arrivé là.

Les paroles de Voldemort lui parvenaient de très loin. Que disait-il donc ? Ah. Oui. Il leur proposait de le rejoindre, de se soumettre, de placer sa foi en lui puisqu'Harry leur avait fait défaut… Il vit du coin de l'œil quelqu'un sortir de leurs rangs et s'avancer vers les Mangemorts.

La réalité reprit alors le dessus. Bon. Harry était mort. Et ils avaient déjà une défection. De qui ? Ah. Juste Draco Malfoy. Pas grave. Neville regarda ses camarades, évaluant leur détermination… Ce qu'il vit ne lui plut guère. La fatigue, la peine, la souffrance, le désespoir… Il fallait…

Neville s'avança. Vers les Mangemorts. Vers Voldemort.

Ils crurent qu'il voulait les rejoindre, comme Malfoy. Neville pensait à ses parents, torturés et rendus fous par ces monstres. Quand il leur donna son nom, ils rirent de lui. Mais Voldemort jubilait, et lorsqu'il réclama de parler, il le laissa faire.

- « Harry est mort. » Lentement, Neville se tourna vers ses camarades, ses compagnons d'armes. « Mais des gens meurent tous les jours. Des amis, des frères. Nous avons perdu Harry. Et Remus Lupin. Et Tonks. Mais ils ne sont pas morts en vain ! » Alors, il se tourna vers Voldemort. « Mais vous oui ! Vous mourrez en vain, parce que vous avez tort ! » Dans sa main, le Choixpeau Magique se fit lourd, et Neville s'éclaira, se souvenant des aventures d'Harry et de l'arrivée miraculeuse de l'Epée de Gryffondor. Il se campa devant les Mangemorts, et sortit l'Epée du Choixpeau. « Ce n'est pas fini ! »

Il brandit l'Epée, conscient des cris de soutien, d'espoir et de terreur derrière lui, qui se muèrent en une surprise qui étreignit les deux camps : Harry venait de dégringoler des bras d'un Hagrid choqué, et s'éloignait vers des arcades menant vers les cours intérieures du château. Dans un cri de rage, Voldemort le poursuivit, tandis que les Mangemorts se pressaient vers les défenseurs de Poudlard, les forçant à rentrer à l'intérieur.

Le combat reprit de plus belle. De l'extérieur provenaient des explosions que Neville imaginait le fruit des maléfices de Voldemort, à l'intérieur, c'était le chaos et la ruine : les Mangemorts furieux les repoussaient, agressifs et violents. Du coin de l'œil, il avisa Ginny en difficulté, aux prises avec Bellatrix Lestrange, mais sa mère s'interposa et d'un coup de baguette, lui fit littéralement exploser le ventre. Elle parut surprise par la propre force de son sortilège, puis sourit machiavéliquement à la folle brune qui s'effondrait, son visage exprimant autant la haine que la surprise.

Le Hall était un lieu de carnage, Neville s'élança vers l'escalier, essayant de prendre un peu de hauteur pour avoir une vue d'ensemble – et eut la surprise de voir Ron et Hermione, épuisés et affalés sur les marches, attaqués par Nagini. Il ne réfléchit pas et bondit, brandissant l'Epée de Gryffondor, et d'un coup violent, lui trancha la tête.

Puis les grandes portes s'ouvrirent brusquement, sous la poussée d'une foule en colère, et une clameur s'éleva dans les rangs des assiégés : les renforts arrivaient ! Des parents d'élèves, des habitants de Pré-au-Lard, des sorciers Nés-Moldus excédés d'être traqués, ils les rejoignaient enfin, et les aidaient dans le combat. C'est avec un sourire jusqu'aux oreilles que Neville se rua sur les Mangemorts sidérés. Ceux qui tentèrent de fuir durent passer par un barrage de Centaures – qui s'occupaient principalement de régler leur compte aux Acromentules, mais trouvaient toujours un ou deux sabots de libres à lancer sur un Mangemort.

Le nombre de combattants diminua drastiquement en quelques minutes, l'arrivée des renforts avait inversé le cours de la bataille, l'espoir donnait des ailes à Neville, il était sur une sorte de nuage inaccessible, rien ne pouvait l'atteindre, rien ne pouvait lui arriver. Il ne se rendait même pas compte du poids de l'Epée de Gryffondor dans sa main, ne savait même pas quel sortilège il lançait. L'euphorie le faisait rire pendant qu'il se battait, et il ne le sut jamais, mais la lueur de plaisir sauvage qui brillait dans son regard fit reculer un certain nombre de ses adversaires – et surprit beaucoup ses amis, aussi.

Mais ce qui faisait sourire Neville, principalement, c'était de savoir Harry vivant.

A l'intérieur de Poudlard, la bataille prit bientôt fin, les derniers Mangemorts se rendaient, et l'on immobilisait ceux qui étaient tombés mais encore vivants. Epuisé mais content, Neville s'assit sur les marches de l'escalier principal, l'Epée de Gryffondor sur ses genoux. A sa surprise, Luna Lovegood vint le rejoindre, s'assit à ses côtés, lui adressant un vague sourire – et poussant un soupir de bien-être incongru dans cette salle jonchée de corps et tachée de sang.

Neville sortit de sa brume bienheureuse, et ferma les yeux, se demandant comment Harry s'en sortait, dehors.


oOo


Harry ne s'en sortait pas excessivement bien. Cela tenait au fait que la fureur de Voldemort, combinée à sa puissance, incitaient ce fou à lancer les sortilèges les plus destructeurs qu'il connaissait. Harry apprit à ses dépens qu'approcher de trop près le Seigneur des Ténèbres n'était pas une bonne idée, il avait pris des coups, avec peu d'opportunités pour les rendre, et sa baguette était d'une piètre utilité face à un sorcier capable, dans une certaine mesure, de s'en passer.

Et puis, il y avait une grande différence entre eux. Voldemort était empli de haine et de colère, c'était chez lui une inépuisable source de pouvoir. Il s'en nourrissait, baignait dedans depuis si longtemps, toute sa magie dégoulinait de noirceur et de souffrance. Parfois, même, il se contentait de le frapper, comme un vulgaire moldu.

Ils avaient parcouru des escaliers, des couloirs, des galeries, l'un poursuivant l'autre – ou plutôt, Voldemort et son familier Nagini poursuivant Harry au milieu des gravats. Harry ne pouvait pas lutter contre les deux, il manœuvra désespérément pour les séparer, jusqu'à emporter Voldemort avec lui dans le vide.

La chute parut durer des heures, il crut que Voldemort allait lui arracher la tête. Ils atterrirent lourdement dans une cour dévastée. Autour d'eux, une tour s'était écrasée, les galeries longeant la cour intérieure avaient été pulvérisées, tout n'était que ruine.

Harry, lui, n'était pas rongé par la haine. Lui n'arriverait jamais à mobiliser une puissance aussi destructrice. Il avait eu trop de preuves de l'amour de ses proches, de ses amis, en commençant par sa mère, en terminant par le soutien indéfectible de Neville, et en passant par toutes les nuances de l'amitié : Ron, Hermione, Dumbledore… Non, il ne pouvait pas nourrir sa magie de haine comme le faisait Voldemort. Il avait peur, il se sentait seul, abandonné dans cette cour déserte, face à un meurtrier à moitié fou et surpuissant.

Mais il fallait tout de même se battre. Parce que cette folie devait cesser. Et parce qu'il n'y avait pas le choix. Chacun, sonné par la chute, rampa pour récupérer sa baguette.

- « Expelliarmus ! »

- « Avada Kedavra ! »

Les deux sortilèges se heurtèrent au milieu des deux adversaires. Harry, déstabilisé par la riposte instantanée de Voldemort, perdit du terrain, mais tint bon. Ce serait un duel de volonté plus que de puissance, Harry énuméra dans sa tête toutes les raisons qui le faisaient tenir.

Les deux ennemis mirent fin à cette première salve, et dans l'accalmie, Harry observa Voldemort. Il semblait en proie au désarroi. Harry devina que l'homme venait de perdre son familier Nagini. Il était désormais vulnérable. C'était maintenant ou jamais. Harry se redressa, mobilisa ses dernières forces et son courage, et lança son sortilège.

- « Expelliarmus ! »

- « Avada Kedavra ! »

Mais alors que la première salve avait été d'une intensité difficilement soutenable, celle-ci, bien que puissante, ne parvint pas à faire reculer Harry. Il mit dans son sortilège toute sa détermination, le nourrissant d'amour, d'espoir, de sa soif de vivre, et Voldemort recula. Son visage difforme exprimait une détresse poignante : il savait qu'il allait perdre. Il savait qu'il allait mourir.

Il comprenait, tandis que le sortilège d'Harry repoussait le sien, qu'il avait commis une grave erreur. Sa baguette, la Baguette de Sureau, qu'il avait eu tant de difficulté à s'approprier, tremblait dans sa main, le brûlait, puis elle lui fut arrachée, autant du fait de sa désobéissance que sous l'impact du sortilège d'Harry. Crachant toujours son sortilège de mort, la Baguette de la Mort tournoya dans les airs, accomplit un arc de cercle qui vint la placer directement dans la main gauche d'Harry, pointée sur lui.

L'Avada le heurta dans un éclair vert.

Harry cligna des yeux, haletant. Dans ses mains : deux baguettes. Devant lui : le corps de Voldemort. Il n'en revenait pas. Il ne réalisait pas. Que c'était terminé. Que c'était fini. Et bien fini. Et qu'il était vivant.

Exténué, il leva les yeux vers les ruines et les cimes des arbres de la Forêt Interdite qu'il apercevait au-delà. L'adrénaline refluait lentement, sa respiration s'apaisa, son regard se voila. Pendant quelques instants, il ne pensa à rien. Puis il ne pensa plus du tout, immobile au milieu de la cour déserte, le cadavre de son ennemi à ses pieds.

Combien de temps resta-t-il là ?

Il tressaillit finalement, fronça les sourcils, revenant à la réalité, à la vie. Et se dirigea péniblement vers les grandes portes de Poudlard.


oOo


- « Ce n'était pas Théodore. Je me demande où il est ? » fit Blaise pensif, en amenant Grégory vers les fauteuils occupés par les autres Septièmes Années de Serpentard.

Draco venait de refermer la porte de leur Salle Commune, puis les murs avaient tremblé, puis le silence avait régné un long moment avant que Blaise ne le rompe avec cette question.

- « Il n'était pas avec nous, » marmonna Grégory en s'asseyant lentement, surpris de se sentir si… entouré.

Millie lui jeta un coup d'œil, puis l'attente reprit dans le silence parfois interrompu par des coups violents qui se répercutaient dans tout le château.

Au bout de longues heures, on vint leur ouvrir et le professeur Minerva McGonagall s'encadra dans l'entrée.

- « Il y a une trêve temporaire dans les combats. Le… Seigneur des Ténèbres a proposé à Harry de se rendre en échange de la survie de tout le monde ici. Harry… a accepté… »

- « Tout ça pour en arriver là ?! » fit Pansy, outrée. « Ça valait bien la peine de vous faire trucider, hein ? »

Elle se tut soudainement face au visage figé du professeur, les lunettes carrées lançant des éclairs glacés. Il y eut un long moment de silence embarrassé, puis McGonagall s'éclaircit la voix.

- « Bien. Nous estimons que la parole de Vous-Savez-Qui n'est pas digne de confiance, et que, même si Harry se rend, il est fort probable qu'il décide de nous massacrer. Aussi avons-nous décidé de vous laisser partir. Suivez-moi. »

Les Serpentards se levèrent précipitamment – aucun, effectivement, n'avait l'illusion que Voldemort respecterait sa parole. Ils la suivirent à travers le château, atterrés par les dégâts et les morts, jusqu'au bureau du Directeur, où McGonagall les invita à prendre la Cheminette pour fuir, en commençant par les Première Année.

Lorsque son tour arriva, Millie se saisit d'une poignée de poudre, et la lança dans l'âtre, en annonçant sa destination : Maison Bulstrode.

Arrivée chez elle, Millicent resta immobile quelques instants avant de se décider finalement. Elle se saisit d'une autre poignée de poudre, et la lança à nouveau, avec un soupir fébrile.

- « Demeure Nott. »

C'est la première fois qu'elle venait chez Théodore Nott. Elle sortit de la vaste cheminée surmontée d'un manteau gravé du blason des Nott. Sur les murs couverts de boiseries sombres, des portraits étaient accrochés, leurs sujets en pleine discussion, presque au bord de la panique, s'interrompirent à sa vue. Deux elfes de maison arrivèrent, catastrophés, et la fixèrent, se tordant les mains.

- « Théodore Nott est ici ? »

- « Oui, ma… madame… »

- « Je voudrais le voir. »

- « C'est que… Madame… »

- « Le petit est en danger ! » fit l'un des tableaux. Millie s'en approcha d'un pas pesant.

- « En danger ? Où est-il ? »

- « Dehors. Il se bat contre un vampire. »

Millie se figea – ce qui ne se vit pas de l'extérieur, en fait.

- « Mais, il fait jour. »

Au moment où elle disait cela, elle comprit que Théodore était effectivement en danger. Un vampire capable de supporter la lumière du jour… Le portrait confirma ses craintes.

- « C'est l'un de ces vieux vampires… Dis-moi, petite, tu es Terre, n'est-ce pas ? Tu veux l'aider ? »

- « … Oui. »

- « Alors retire tes chaussettes et tes chaussures, s'il te plaît. Et ensuite, va le voir. Il est dehors. »

Millie ne s'appesantit pas sur la requête incongrue, et obéit docilement et rapidement. Pieds nus, elle demanda à l'un des elfes de la guider jusqu'à Théodore. L'elfe l'emmena, à travers la bâtisse ancienne et pleine de recoins, jusqu'à la baie vitrée donnant sur le jardin. Là, un spectacle époustouflant accueillit Millicent.

Le ciel était un maelström de gris, de noir et de blanc, le vent soufflait dans tous les sens – dès qu'elle mit le pied dehors, l'air la fouetta littéralement, emportant dans un tourbillon son élastique. Ses longs cheveux noirs, libérés, se plaquèrent sur son visage, pour en être ensuite immédiatement retirés et envoyés valser en arrière. La pluie martelait le tout avec une puissance qui la rendait douloureuse, et l'aveuglait.

Mettant ses mains en visière pour empêcher l'eau de lui couler dans les yeux, Millie aperçut, au loin, son camarade de Serpentard. Il illuminait littéralement la scène. Même s'il lui tournait le dos, Millie pouvait voir qu'il était dans un état lamentable, lui toujours impeccablement coiffé et habillé, ses manches étaient arrachées, ses cheveux étaient dressés sur sa tête, des éclairs sortaient de ses doigts, et une aura brillante l'entourait, soulignée de vapeur. Il n'y avait pas trace du vampire, mais Millie voyait bien que Théodore Nott était… était fich… fichu. Il allait mourir. Si la foudre ne sortait pas, elle le grillerait vif, il fallait faire sortir ce surplus d'électricité.

Millie regarda ses pieds. Ses pieds nus. Ses mains. Nues. Oui.

Elle s'élança vers Théodore, s'arrêta net derrière lui avant de lui rentrer dedans, prit quelques secondes pour enfoncer ses pieds dans la terre rendue boueuse par la pluie, puis une fois installée, agrippa les bras du garçon devant elle.

Elle sentit le courant quitter le corps de Théodore, faisant tressauter le brun et le mettant K.O au passage, entrer dans ses mains, la traverser et atteindre ses pieds, puis se disperser dans le sol. Elle resta ainsi quelques secondes, le temps que toute la foudre résiduelle s'éparpille, retenant Théodore inconscient, qui s'effondrait lentement.

Elle considéra bientôt que c'était terminé, et allongea le garçon sur l'herbe mouillée. Regardant vers la demeure lugubre, elle vit les deux elfes, qui s'agitaient et gesticulaient, leurs paroles et leurs cris emportés par le vent. Elle leur fit signe de venir, l'un d'eux courut vers elle.

- « Madame ! Derrière vous ! »

Millie se retourna. Sur une zone de pelouse brûlée et boueuse à laquelle elle n'avait pas prêté attention, quelque chose bougeait. Elle écarta d'un geste l'eau de ses yeux et les cheveux qui virevoltaient autour de sa tête, et s'aperçut qu'il s'agissait de morceaux de corps. Qui bougeaient. Et se rassemblaient. Au-dessus, une forme sombre s'élevait, une espèce de fantôme, le reliquat du vieux vampire qui se souvenait de sa forme physique et essayait de la remplir avec ses propres chairs carbonisées. L'être maléfique prenait peu à peu consistance, et lorsqu'il se tourna vers Millie, elle distingua, au milieu d'une figure translucide et noire, le sourire blanc de crocs acérés. Millie plissa les yeux.

- « Elfe. Toi et ton congénère, amenez-moi le plus gros couteau que vous trouverez, ainsi que des bocaux que l'on peut fermer. Va. »

Cela ne prit que quelques minutes à l'elfe terrorisé pour partir et lui ramener un couteau – un énorme couteau de boucher, à la lame affutée et coupante comme un rasoir – et pendant ces quelques minutes, Millie ne put s'empêcher de le houspiller par la pensée. Plus vite, plus vite, songeait-elle tandis qu'elle observait le vampire se reconstituer en un amas de chairs mortes dégoulinantes d'eau et de substances peu ragoutantes.

Elle respira mieux lorsque l'elfe lui mit le couteau dans la main, tandis qu'un autre faisait léviter des dizaines de bocaux, des pots de confitures vides en majorité. Alors elle se mit au travail.

Et trancha un morceau de pied.

Un sang noir gicla, qui l'éclaboussa, tachant sa robe et son visage. Elle prit le morceau et le mit dans l'un des bocaux, qu'elle referma avant de se retourner vers le corps, dont elle découpa un autre morceau.

La forme du vampire au-dessus semblait paniquer. Il s'agita – et en conséquence, des chairs éparses se rassemblèrent pour former un semblant de cordes vocales.

- « Misérable ! » fit une voix étranglée, mal modulée, qui oscillait entre les aigus et les graves. « Je t'ordonne d'arrêter ! Arrête ! Immédiatement ! »

Mais Millie ne s'arrêtait pas. Son couteau se levait et s'abaissait méthodiquement. Le sang noir et la boue la maculaient maintenant de la tête aux pieds. Elle ne répondit rien au vampire, qui continuait ses imprécations. Voyant que cela ne l'impressionnait guère, le vieil être adopta une autre stratégie, qui avait fait ses preuves sur bon nombre de ses conquêtes. Il y mit toutes ses forces, car il ne pourrait pas tenir longtemps à ce rythme. Il modifia son apparence et adopta un corps de femme, vêtu de robes riches étincelantes, puis déforma son visage pour lui donner les traits de Millicent.

Une Millicent belle. Extraordinairement belle. Une chevelure toute de boucles voluptueuses, un menton fin, des pommettes saillantes, des yeux noirs et brillants. Grande, mince, les jambes interminables, au galbe parfait. Une taille de guêpe, un ventre plat, des seins fiers et fermes. Puis le vampire sourit.

- « Vois ! Vois ce que je pourrais faire de toi, jeune sorcière. Vois ma puissance, je peux te donner ce que tu désires le plus au monde. La beauté, et la jeunesse éternelle. Ne souhaites-tu pas devenir cette femme-là ? »

Millie jeta un coup d'œil à cette apparition tentatrice, séductrice, pinça les lèvres, et se remit au travail. Dans un hurlement de rage, le vampire tenta de se jeter sur elle, mais il n'était qu'une forme intangible, et son corps éparpillé et enfermé dans des bocaux ne pouvait plus alimenter sa puissance. Ses mains passèrent à travers Millie, sans lui faire le moindre effet. Sa voix, de plus en plus lointaine, se dispersait au vent.

- « Idiote ! Imbécile ! Tu pourrais tout avoir : la vie éternelle, le pouvoir et la richesse ! Pourquoi ? Pourquoi ? »

Millicent releva la tête pour observer le vieux vampire au bord de la disparition.

- « Les choses mortes doivent rester mortes. »

Le vampire écarquilla les yeux – puis disparut lorsqu'un dernier coup de l'énorme tranchoir brisa le crâne et le cerveau, mettant fin à l'existence de cet être qui avait si longtemps échappé à la mort.

Millie inspira et expira longuement. Puis mit les derniers morceaux dans les bocaux restants. Elle se releva dans le ciel orageux. Le vent se calmait, la pluie s'était arrêtée. Elle était trempée, couverte de boue et de substances immondes. Elle se tourna vers Théodore, toujours inconscient, mais n'osa pas le toucher. Elle sortit sa baguette, le fit léviter, et revint ainsi jusqu'à la demeure Nott. Là, elle s'adressa aux elfes.

- « Vous allez installer votre maître dans sa chambre, et vous le soignerez. Ensuite, vous irez enterrer ces bocaux un peu partout en Angleterre. »

- « Oui, mada… Oui, Maîtresse. »

Millicent se rendit alors au salon, récupéra ses chaussures et ses chaussettes, adressa un signe de tête au portrait qui lui avait donné ces instructions, puis quitta la demeure Nott grâce à la poudre de Cheminette.


oOo


Théodore se réveilla dans son lit. Les rayons du soleil filtraient par les voilages de la haute fenêtre de sa chambre. Il resta là de longues minutes, immobile et silencieux, puis son cerveau se reconnecta, les souvenirs affluèrent, il se redressa d'un coup.

- « Lago ! »

L'elfe se matérialisa instantanément à ses côtés. Le craquement de son apparition fit grimacer Théo de douleur et il porta ses mains à ses oreilles.

- « Monsieur ? » demanda l'elfe dans un murmure respectueux.

- « … Le dernier vampire ? »

- « … Il n'existe plus, monsieur. »

- « … Il… ne s'est pas régénéré ? »

- « Il n'en a pas eu le temps, monsieur. »

- « Pas eu le temps ? Que veux-tu dire ? »

- « La Dame l'en a empêché. »

- « La Dame ? »

- « Celle qui vous a ramené au manoir, monsieur. »

- « Qui était-ce ? »

- « Je l'ignore, monsieur. Je ne l'ai pas vue. Mais les autres elfes disent qu'elle était immense et belle comme une déesse, avec de longs cheveux noirs. Elle a mis les morceaux du vampire dans des bocaux, et leur a ordonné de les enterrer dans des coins retirés du pays… »

- « Et toi ? Tu étais où ? »

- « Je réparais la toiture. Tout est nettoyé. »

Théo déglutit et, le soulagement drainant ses maigres forces, il se laissa retomber sur ses coussins moelleux. Il avait un drôle de goût dans la bouche, il y reconnut le baume de Deirdre, cette pommade miraculeuse qui guérissait tout – et il avait les mains et les pieds bandés – des bandages sans doute badigeonnés de cette même crème. Il soupira et se tourna finalement vers Lago.

- « As-tu des nouvelles de père ? »

- « Le Maître est vivant. Les Aurors l'ont arrêté. »

- « … Oh. » Théo ferma les yeux, navré. « Je crois… qu'il ne reviendra pas à la maison… »

L'elfe ne répondit rien, son regard cependant lui faisait le reproche tacite de douter du Maître de la maison Nott. Théodore sourit amèrement.

- « Merci, Lago, » le congédia-t-il d'un signe de tête. Une fois l'elfe sorti – par la porte, pour ne pas incommoder son maître – Théo réajusta ses coussins et sa couverture.

- « Une grande Dame brune, belle comme une déesse… » murmura-t-il pensivement.

Dans son imagination fertile mais brumeuse, il visualisait une femme aux longues jambes déliées, à la chevelure brune et bouclée, auréolée de lumière tranchant sur l'obscurité, en proie à la malignité et à la cruauté de ce vieux vampire en cours de reconstitution, résistant à ses discours tentateurs et vils par des paraboles enflammées, vertueuses et parées de cette Vérité certaine et absolue, indubitable, indiscutable… Et alors qu'il élucubrait sur cette scène d'ange contre démon, la femme finit par prendre les traits de sa défunte mère. Théo secoua la tête pour chasser cette vision inopportune, puis, avant de sombrer dans le sommeil, grommela :

- « … Je ne vois pas du tout qui ça peut être… »


NOTE DE L'AUTEUR


Remarques diverses et variées :

Je ne suis pas totalement satisfaite de mon découpage de ce chapitre et du précédent. Je vais voir avec le prochain si ça se goupille bien. Sinon, ne soyez pas étonnés si je modifie les chapitres concernés (il ne s'agira que de la forme, et pas du fond, ceci dit.) Bonne lecture à tous !

Réponses aux reviews :

Shanatora : qui a sauvé Théodore ? Eh bien réponse dans ce chapitre ! Bonne lecture !

Le Poussin Fou : encore un peu de patience pour les conséquences du Jugement… En attendant, bonne lecture !

Tinetinetina : voici la suite ! Bonne lecture !

hathor2 : alors ça va. Voici la suite, bonne lecture !

melu49 : pour les loups-garous, c'est dans ce chapitre ! Bonne lecture !

cat240 : un peu de Blaise mais surtout du Millie ici, j'espère que ça t'a plu ! A bientôt !

vampyse : merci pour les compliments et les encouragements. Pour être honnête, ce récit devrait avoir une troisième partie comprenant la vie des Rowane, leur quotidien, etc… mais je ne sais pas si j'aurais l'occasion de l'écrire, hélas. Enfin, bonne lecture !

Faenlgiec : ah oui, un concept de Seigneur des Ténèbres intéressant que celui qui s'attaquerait aux Sangs-Purs… Je n'ai pas lu Delenda Est, j'ai vu que c'était une fic anglaise à la base – et elle a plus de 6000 reviews ! Woah ! Bon, j'essaierai de m'y mettre. Bon, je n'atteins pas de tels sommets… J'espère que ce chapitre te plaira.

Ashtana3 : moi, sadique ? Si peu… Et pour le sauvetage de Théo, c'est dans ce chapitre ! Bonne lecture !

Guest : merci pour les compliments ! Pour les sentiments des membres du Clan face à ces révélations, les intercaler aurait beaucoup ralenti le rythme, donc, on verra plus tard… Bonne lecture !

Kalila78 : merci ! Voici la suite, à bientôt !

Magouille : oui, on arrive à la fin… En tout cas, voilà le chapitre qui « boucle les boucles », j'espère qu'il t'a plu ! A bientôt !

CutieSunshine : c'est MON Théo NA MOI, d'abord ! Oui, il est classe. Mais Millie… Bonne lecture !

Luffynette : merci, voici la suite ! Bonne lecture !

Mel-In-E DL : voici la suite, et très bientôt la fin… hélas ! Bonne lecture !

Marie la Petite : merci ! C'est un plaisir d'avoir une review de quelqu'un qui lit tout d'une traite, parce que, quand on est dedans, on n'a plus vraiment une vue d'ensemble, et parfois on ne sait plus très bien si ce qu'on écrit est bien ou juste pas mal… En tout cas, bonne lecture !

Elorah : bon cette fois, comme on est dans la bataille proprement dite, les points de vue de Neville et d'Harry sont incontournables… Mais pas que ! Bonne lecture !