Warning : scènes violentes ! Je rappelle que j'ai mis cette fic dans la catégorie Drama…
CHAPITRE TRENTE ET UN
La nouvelle de la victoire d'Harry Potter sur Voldemort faisait le tour du monde. Les journaux de tous les pays ne parlaient que de cela. Cependant, après les titres et articles débordant de joie, de soulagement, et de fierté retrouvée, venaient quelques bémols.
FENRIR GREYBACK EN CAVALE. Les Aurors le traquent dans toute l'Angleterre, était la première nouvelle dissonante dans ce concert de louanges et d'autocongratulations.
LA FRATRIE CARROW INTROUVABLE. Le Ministère a requis la coopération des autorités étrangères pour les retrouver, était la seconde – et une version bulgare de cette information était en ce moment même lue par un Viktor Krum passablement énervé.
Viktor n'avait pas participé à la Bataille de Poudlard directement. Lorsque la montée en puissance de Voldemort en Angleterre ne fit plus de doute, il avait sondé son entourage personnel et professionnel pour savoir dans quelles eaux il se trouvait.
Il avait constaté, à son grand désarroi mais malheureusement sans trop de surprise, qu'une grande majorité de ses coéquipiers soit ne se souciaient pas de l'affaire, soit étaient de base anti-Nés-Moldus. Ce qui était logique, quelque part, Durmstrang n'acceptant pas les Nés-Moldus, véhiculait encore aujourd'hui l'idée que ces derniers étaient inférieurs…
Mais ce qui l'avait le plus choqué – et le plus énervé, aussi – c'est que ses propres parents étaient non seulement anti-Nés-Moldus, mais aussi quasiment partisans de Voldemort et de ses idées.
Ça avait été comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu.
Ses propres parents qui soutenaient quasiment les mêmes thèses qui avaient coûté la vie à son grand-père.
Viktor avait essayé de comprendre leur raisonnement, vraiment, il avait tenté de se mettre à leur place, s'était fait l'avocat du diable, mais au final, cela se résumait à une seule et unique phrase : les Nés-Moldus n'étant pas inférieurs aux Sangs-Purs, ils n'avaient pas à être traités comme tels. C'est sur la première partie de la phrase qu'ils n'étaient pas d'accord, et comme elle conditionnait la deuxième partie…
Viktor s'était senti très seul après ces réflexions. Et commençait à voir le mal partout. Les petites blagues qui s'échangeaient dans les vestiaires après les matches où les équipes adverses avaient aligné des joueurs Nés-Moldus, par exemple… Jusqu'ici, il les avait prises comme une sorte de défouloir un peu vulgaire. Après tout, lorsqu'on est fatigué, éreinté, après deux voire trois heures d'efforts intenses, il ne faudrait pas non plus s'attendre à un humour très raffiné.
Maintenant, il les voyait pour ce qu'elles étaient : des blagues anti-Nés-Moldus. Une des nombreuses formes que peut prendre le racisme. Certes, on n'était ni xénophobe, ni homophobe, et la couleur de peau ne provoquait pas de rejet chez les sorciers, mais on était anti-Nés-Moldus.
Et maintenant que Viktor avait pris conscience que son entourage était viscéralement anti-Nés-Moldus, il avait de plus en plus de mal à faire les concessions nécessaires pour vivre avec eux, parmi eux.
Au Quidditch, cela se traduisait par des entraînements pris à la légère, et des matches où Viktor laissait sa maîtrise du Vent faire le boulot à sa place. S'il en avait conçu de la honte et de l'angoisse au départ, maintenant il s'en souciait comme d'une guigne. Il maintenait son niveau de joueur reconnu mondialement en trichant, il le savait, mais s'auto-justifiait en se disant qu'il quitterait un jour l'équipe de Bulgarie, retrouverait l'esprit d'équipe ailleurs, et fournirait les efforts nécessaires à ce moment-là. Il considérait que ce passage à vide ne devait pas le pénaliser, pour la simple et bonne raison que les autres étaient en tort. Et parfois, il se détestait de penser comme ça.
Chez lui, les discussions avec ses parents étaient réduites au minimum. Il mangeait, puis partait dans sa chambre. Il n'avait pas encore franchi le pas de quitter le vieux manoir familial, pris comme il l'était dans un cercle sportif qui accaparait tout son temps et toute son énergie, mais désormais, il songeait sérieusement à prendre son indépendance.
Il avait commencé quelques démarches, avait visité quelques appartements, et découvert à cette occasion que le sentiment anti-Nés-Moldus gangrenait la majeure partie de la communauté sorcière bulgare – quand bien même on y trouvait fort peu de Nés-Moldus au demeurant. Lorsqu'il arpentait les allées commerçantes sorcières de Sofia, la capitale, il se sentait oppressé, entouré qu'il l'était de gens qui, manifestement, ne pensaient pas comme lui.
Il était rentré chez ses parents, énervé contre tout et tout le monde, mais surtout contre lui, pour ne pas avoir vu ça avant. Et lorsque, le lendemain de la Bataille de Poudlard, les journaux se firent l'écho de la victoire des pro-Nés-Moldus sur les anti, il fut le seul à s'en réjouir. Il songea à Hermione – citée dans le journal d'ailleurs. Qu'auraient dit ses parents si les choses étaient allées plus loin entre eux, il n'osait y penser.
Les choses, en Angleterre, s'étaient passées si vite… S'il avait su que la veille, il se livrait un combat avec cette cause en jeu, il aurait fait le déplacement pour défendre le château avec Harry, Ronald et Hermione. Mais tout s'était passé trop vite, loin de toute médiatisation aussi, et il n'avait appris le combat que ce matin. Cela l'avait autant dépité que l'indifférence de ses proches, et le regret de ses parents.
Viktor ferma le journal et le déposa rudement sur son bureau, tandis que l'elfe du manoir Krum venait l'informer que le dîner était servi. Avec un soupir, il se dirigea vers la salle à manger.
Ses parents recevaient de la visite, manifestement. Et Viktor eut un coup au cœur en reconnaissant, chez ces visiteurs, les traits d'Amycus et Alecto Carrow, les professeurs qui avaient fui Poudlard, que l'on soupçonnait d'être Mangemorts, et dont la photo ornait le journal qu'il venait de lire…
Les Carrow chez… mes parents ?
Cette pensée le frappa alors qu'il se trouvait dans l'entrée de la salle à manger, observé par toutes les personnes présentes – fixé avec appréhension. Il y eut un moment de flottement, puis Viktor tenta de dégainer sa baguette – il fut pris de cours par Amycus Carrow.
- « Impero ! »
Le sortilège incolore percuta Viktor de plein fouet.
Flou.
Vide.
Néant.
Rien.
Et puis…
Qu'allons-nous faire de lui ?
Je.
Il va vouloir nous livrer à…
Je suis.
Mais pourquoi ne pas le…
Suis. Vik
Je propose qu'on lui fasse oublier…
Viktor.
Ce serait mieux de…
- « Je suis… VIKTOR ! »
Dans un élan de rage et de volonté, Viktor secoua l'effet de l'Impero, voulut sortir sa baguette – pour s'apercevoir qu'elle se trouvait entre les mains de son père. Sa rage monta de dix crans.
- « Mes propres parents ! Soumis à l'Imperium, une deuxième fois, avec votre assentiment ! Traîtres de sang ! »
Viktor fit un geste, et les fenêtres de la salle à manger volèrent en éclat. Sur sa commande, l'air s'engouffra dans la pièce, faisant dévier les quelques sortilèges que les Carrow, revenus de leur surprise, lui envoyaient. Une violente bourrasque sépara ses adversaires, ses parents, surpris et paniqués d'un côté, les Carrow surprise et en colère de l'autre. Viktor se tourna vers ses parents – avisant du coin de l'œil les Carrow prendre la fuite.
Il eut une hésitation, puis, avec un regard noir à ses parents signifiant je m'occuperai de vous plus tard, il se lança à la poursuite des Carrow.
Dans le vieux manoir Krum, ils n'avaient pas beaucoup d'options. Le manoir était une vieille bâtisse fortifiée, mais alambiquée. On pourrait y passer des jours entiers à y chercher un angle droit, sans succès. Les murs étaient penchés, les sols jamais totalement plats, aucun couloir ne gardait sa rectitude plus de deux mètres d'affilée… Entre les tours, les pièces atypiques, les culs-de-sac et les escaliers tordus, on pouvait se perdre juste en essayant d'atteindre la pièce d'à côté.
Viktor sourit en entendant le bruit de leur course folle dans ce petit mais efficace labyrinthe, et leur emboîta le pas. Il ne les poursuivit pas longtemps. Les Carrow étaient arrivés à l'entrée de l'ancienne tour de guet. C'était une tour ronde, étroite, et pas très haute, munie de meurtrières, et d'un escalier intérieur longeant les murs. Elle n'était pas très bien entretenue, sa configuration ne permettant pas vraiment de la transformer en habitation, notamment en raison de l'impossibilité de placer des solives et des planchers. Le haut de la tour, couvert d'une toiture de tuiles rouges, était un entrelac de chevrons débordant sur l'extérieur, avec de nombreuses et larges ouvertures aux endroits où la maçonnerie n'avait pas tenu. C'était l'une de ces ouvertures que les Carrow visaient – et il était hors de question qu'ils l'atteignent.
Viktor se figea, au pied de l'escalier, son regard mauvais dardé sur les fuyards. Il se campa au centre de la tour, et appela le vent à lui. Depuis la petite porte, les meurtrières et les échancrures de la maçonnerie, l'air s'engouffra, faisant vaciller le frère et la sœur, là-haut. . Puis Viktor imprima à l'air une giration, d'abord lente, puis accéléra. Comprimé dans cet espace circulaire, le vent adopta une forme tourbillonnante, un cyclone miniature.
Dans l'œil du cyclone, Viktor n'en subissait quasiment aucun effet, à l'exception notable d'une pression douloureuse sur les tympans. Mais en hauteur, sur l'escalier étroit et périphérique…
Les Carrow se plaquèrent contre le mur, au début, ils purent gravir encore quelques marches, mais lorsque la pression de l'air augmenta, ils furent d'abord drainés contre les pierres mal équarries et rugueuses, puis, lâchant prise, ils furent emportés dans le tourbillon. La force centrifuge les plaquait contre le mur, la puissance croissante de la trombe les traînait le long du mur, en un mouvement abrasif qui les écorcha, les dépeça littéralement. Lorsque les corps rencontraient l'escalier, ou la rambarde, le bruit des os brisés parvenait parfois à surpasser le sifflement aigu du tourbillon.
Viktor ralentit son rythme, laissant le vent adoucir sa course, et repartir par les ouvertures. Alors que le souffle faiblissait, deux corps disloqués, en charpie, retombèrent l'un sur les marches où il rebondit un moment avant de s'immobiliser, l'autre sur la rambarde, où il glissa presque jusqu'au sol. Sur le mur, presque à mi-hauteur de la tour, une longue traînée rouge s'étalait sur les parois, décrochait un moment sur l'escalier, puis reprenait pour former un anneau de sang et de chair quasi parfait.
Viktor s'approcha du premier cadavre. Etait-ce le frère ? La sœur ? Impossible à dire vu l'état. Seule certitude : il ou elle était mort. L'autre aussi. Viktor pinça les lèvres et se détourna. Il lui fallait maintenant s'occuper de ses parents, mais…
La traîtrise dont ils avaient fait preuve – et leurs idéaux stupides – l'incitèrent à s'entourer d'une vague d'air quasiment solide, seul bouclier contre d'éventuels sorts offensifs.
Grand bien lui en prit. Lorsqu'il pénétra dans la salle à manger, ses parents le visaient, apeurés, et lui lancèrent le premier sortilège qui leur vint à l'esprit.
- « Impero ! »
Le sortilège rebondit sur la carapace venteuse.
- « Impero ! Impero ! Impero ! »
Les deux criaient maintenant le sort comme un mantra, comme si cela pouvait les protéger de l'avancée calme mais inéluctable de leur fils. Arrivé devant eux, presque à bout portant, ils criaient encore, terrorisés.
D'un geste, Viktor imprima un mouvement sec à l'air, et les baguettes leur sautèrent des mains. Il s'approcha de son père, et lui retira sa propre baguette, que l'homme avait rangée à sa ceinture. Puis brusquement, il se saisit de son poignet gauche et releva rudement la manche.
La Marque Noire s'étalait là, hideuse, éloquente. Il n'y avait rien à ajouter. Viktor leva sur son père un regard de pur mépris que l'homme eut du mal à soutenir.
- « Tu ne peux pas comprendre… » tenta de s'interposer sa mère.
- « Vraiment ? »
Viktor se tourna vers elle, à elle aussi il souleva la manche gauche, et là aussi il trouva la Marque infamante.
- « Non ! Tu ne comprends pas ! »
- « Oh, mais si, je comprends, et c'est peut-être ça le plus triste, en fait. Savez-vous ce qui va se passer, maintenant ? »
Aucun des deux n'osa répondre.
- « Eh bien, maintenant, je pense que je vais garder vos baguettes. Je vous invite par ailleurs à nettoyer la tour – vous-mêmes, hein, pas les elfes, histoire de comprendre quel genre de sale boulot vous étiez prêts à faire. Si la vue ou l'odeur vous incommodent, vous n'aurez qu'à faire semblant de croire qu'il s'agissait de Nés-Moldus. »
- « Et… Et ensuite ? Est-ce que tu vas… nous… »
- « Vous tuer ? Non. Vous dénoncer ? Non. J'ai mieux pour vous deux. A partir de maintenant, il va falloir abandonner vos idées racistes. Je ne veux plus jamais vous entendre dénigrer les Nés-Moldus, les rabaisser ou les insulter. Lorsque je vous dirai que les Nés-Moldus sont des sorciers normaux, intelligents et en aucun cas inférieurs, vous direz : oui, oui bien sûr, oui tu as raison Viktor, c'est exactement ce que nous pensons. Ça fait quand même deux décennies que vous me balancez vos idées nauséabondes à la figure, vous allez maintenant voir ce que ça fait de devoir acquiescer à des idées qui ne sont pas les vôtres. »
- « Et… Et si nous refusons ? »
Viktor s'approcha de son père, et lui saisit le poignet brutalement.
- « Si vous refusez de jouer à ce petit jeu, vous irez faire un séjour à Nurmengard. Entre vos magnifiques Marques et les deux cadavres de la tour, vous risquez d'y rester un bon moment… »
- « C'est… c'est du chantage ! C'est indigne ! »
- « Indigne ? Et laisser des inconnus lancer un Impero sur votre fils, ce n'est pas indigne ? »
- « C'est toi qui les as tués ! Nous le dirons à tout le monde ! »
- « Vraiment ? Vous voulez vraiment mesurer l'impact de la parole d'un Viktor Krum, l'un des meilleurs joueurs de Quidditch du monde, contre la vôtre, vous qui n'avez pas d'autre titre de gloire que d'être mes parents, et qui portez la Marque ? »
Le couple resta silencieux, puis ils baissèrent les yeux, se sachant vaincus.
- « Au travail. »
Déconfits, les épaules affaissées, le père et la mère sortirent de la salle à manger en silence. Viktor les regarda partir, l'expression sévère et fermée. Mais dès qu'ils furent hors de vue, toute sa physionomie changea. Son regard se fit hagard, il se passa une main dans ses cheveux presque rasés, et dut s'asseoir. Un sanglot monta, qu'il réprima difficilement.
Il avait eu peur. Il s'était senti – non, pire : il avait découvert la traîtrise. Comment faire confiance à ses parents ? Ils étaient imperméables à la logique et à la raison, comment les faire changer d'avis si ce n'est par la force et la menace ? Chaque fois qu'ils diraient oui, il saurait qu'ils pensaient en réalité non.
Et ça ne marcherait pas, il était bien placé pour le savoir. Ça ne marchait jamais, ce genre de méthode. Des méthodes dignes d'un Seigneur des Ténèbres… Il avait agi sous le coup de la colère, et même si elle grondait encore derrière le désespoir, Viktor savait qu'il ne pourrait évidemment pas la mobiliser en permanence… Il ne voulait pas être obligé de la mobiliser en permanence.
Solution bancale, et précaire. Ça ne pourrait pas durer longtemps. Et après ?
Viktor se passa une main sur la figure, fatigué, et resta longtemps là, seul dans la salle à manger, à essayer de trouver un moyen de se sortir de cette situation.
oOo
Théodore Nott fit plusieurs démarches auprès du Ministère de la Magie, pour pouvoir rendre visite à son père. Il était pour le moment enfermé dans une des cellules de la section des Aurors, prison temporaire pour les suspects en attente de procès – ou pour les peccadilles comme ivresse sur voie publique et autres incivilités.
L'autorisation ne lui fut pas accordée.
Il se retrouva seul, à la Demeure Nott, attendant de quelconques nouvelles. D'après la Gazette du Sorcier, les procès se tiendraient assez rapidement, mais aucune date n'était décidée.
En réactivant discrètement quelques contacts au Ministère, Théo eut quelques informations : son père n'était pas blessé, raisonnablement bien traité (si l'on excepte les insultes et autres vexations mineures), mais semblait bouillonner de colère.
L'un de ses contacts lui révéla cependant que le Ministère œuvrait dans l'ombre pour influencer les juges : beaucoup de fonctionnaires préféreraient que les prévenus ne parlent pas de certaines choses et des implications des uns et des autres… Aussi, il ne faudrait pas s'étonner que les accusés soient, pour la plupart, condamnés au Baiser du Détraqueur.
Théodore réagit sans hésitation dès qu'il eut connaissance de cette information : il prit un parchemin, une plume, de l'encre, et rédigea un superbe courrier, anonyme, à l'intention de la Gazette du Sorcier.
LE MINISTERE ESSAIE-T-IL DE FAIRE TAIRE LES MANGEMORTS ? Le Baiser du Détraqueur, instruction officielle ? Que cache le Ministère ? titrait la Gazette le lendemain matin.
Face à ce mini-scandale, le Ministre Jonathan Jones, fraichement élu, fut contraint d'une part de nier toute influence sur la Justice Magique, et d'autre part de rappeler – au bon moment – que le Baiser du Détraqueur n'était qu'une sentence de dernier recours, pour les pires criminels ou les plus dangereux, et que les prisonniers actuels ne répondaient ni à l'une, ni à l'autre des conditions. Le Ministre admit cependant avoir souhaité que cette sentence soit appliquée à Fenrir Greyback si ce dernier était retrouvé.
Jolie pirouette, songea Théodore, mais mieux vaut prévenir que guérir.
Le lendemain matin, son elfe Lago déposa un autre journal sur la table tandis que Théodore terminait son petit déjeuner. Lorsqu'il aperçut la tête de son elfe, Théo comprit qu'il s'était passé quelque chose. Il termina sa tranche de pain beurrée en silence, puis avança la main vers le journal.
LE MANGEMORT AUGUSTE NOTT SE SUICIDE !
La section des Aurors dans un état indescriptible !
Hier matin, alors que votre dévouée correspondante enquêtait au Ministère sur l'affaire du Baiser du Détraqueur, des clameurs ont retenti depuis la section des Aurors. Rameutés par l'éclat, fonctionnaires, Aurors et journalistes, nous sommes dirigés vers la section, et avons pu, dans le chaos, nous approcher au plus près de l'évènement.
« Des lâches qui jugent des salauds ! », hurlait l'un des prisonniers. Il s'agissait d'Auguste Nott, Mangemort avéré, arrêté lors de la Bataille de Poudlard. L'homme hirsute qui nous haranguait ainsi se trouvait hors de sa cellule. Après enquête, il semble que le prisonnier ait profité d'un transfert de cellule pour échapper à ses geôliers.
Nous étions tous un peu surpris par l'absence de réaction des Aurors présents dans la pièce. Mais nous avons compris qu'ils étaient maintenus à l'écart par un puissant tourbillon d'air, a priori généré par Auguste Nott lui-même. Nous sentions, arrivant de derrière nous, de puissants courants d'air, qui charriaient papiers et plumes, et a mis sens dessus-dessous tous les locaux du Ministère.
Des Aurors nous ont fait signe de sortir, pour tenter de reprendre la situation en main. Mais il devait en être autrement : Auguste Nott ne semblait pas vouloir tout détruire autour de lui, mais se détruire lui-même. Son tourbillon d'air devenait presque un mur solide, mais au lieu de l'étendre, il le compressait, le resserrait sur lui-même. Nous ignorons ce qui se passa, mais soudain, la trombe se disloqua et nous projeta tous contre les murs.
D'après les Aurors Analystes, le tourbillon a agi comme une barrière infranchissable, l'oxygène ne pouvant plus passer la trombe d'air, et ayant épuisé la réserve intérieure, Auguste Nott serait donc mort d'asphyxie. Des études sont en cours pour confirmer cette théorie.
Le Ministère décline toute responsabilité dans ce qui apparait clairement comme un suicide, même si la cause n'en est pas très claire. Certains estiment que la perspective du Baiser du Détraqueur aurait pu être le déclencheur de cet acte désespéré. La présence de notre journal dans la cellule faisant état des supposées instructions du Ministère appuie cette hypothèse, mais reste à confirmer.
De votre envoyée spéciale, R.S.
Théodore ne pouvait plus lâcher le journal, les yeux rivés à l'article qui se gravait dans sa mémoire. Des larmes lui montaient, inarrêtables, et coulaient sur ses joues.
Apprendre ça… comme ça… Merlin que ça faisait mal. Et le plus douloureux, c'était d'imaginer que, s'il n'avait pas fait état de cette rumeur de Baiser du Détraqueur, peut-être que son père ne se serait pas suicidé. Théodore lâcha le journal, et alla s'enfermer dans sa chambre.
Il s'attendait à recevoir un hibou de la part du Ministère. Sûrement, ils n'allaient pas se contenter de la Gazette pour annoncer une telle nouvelle au seul fils du défunt ? Mais aucun hibou ne vint ce jour-là. Ni le lendemain.
Une colère sourde remplaça la culpabilité et la tristesse. Il envoya une lettre aux autorités pour obtenir le droit de voir son père – cette fois, on le lui accorda.
Il arriva au Ministère, on le fit attendre près de deux heures dans la salle d'enregistrement des plaintes de la section des Aurors, pour l'informer que le corps de son père se trouvait dans le bureau des Analystes, au troisième sous-sol.
Là, on le fit attendre encore une heure. Puis ce fut l'heure de déjeuner, alors, vous comprenez, on ne peut pas vous recevoir… Théodore attendit.
Au retour de déjeuner, eh bien, le temps d'un petit café et on est à vous… Théodore attendit.
Et enfin, on le reçut. On le dirigea vers la salle blanche et froide où son père gisait, sur une couche de pierre dure, son corps a priori nu recouvert d'un simple drap jusqu'aux épaules.
Pris d'une suspicion aussi soudaine que sordide, Théodore retira le drap entièrement.
oOo
L'écran devint blanc. La dernière image n'était restée qu'une fraction de seconde, mais s'était imprimée dans les esprits, de manière subliminale et indélébile – et allait sans doute être responsable de nombreux cauchemars. Ça, et le sentiment qui l'accompagnait. Les dernières émotions de Théodore Nott, que chaque spectateur ressentait.
La haine absolue.
L'envie de détruire tout le monde.
Le regret d'avoir empêché les vampires de participer à la bataille. Le regret de s'être battu et d'avoir risqué la mort pour eux qu'il considérait comme des déchets de l'humanité.
Et cette horrible impression d'être effectivement des déchets de l'humanité. Combien d'entre eux s'étaient réjouis de la mort d'Auguste Nott ? Combien avaient fait le déplacement pour sa crémation, juste histoire d'humilier encore le défunt et de se moquer encore du fils ?
C'était effrayant de savoir que quelqu'un les tenait pour responsables, que quelqu'un n'admettait pas leurs excuses, leurs circonstances atténuantes, leurs compromissions. Et c'était encore plus effrayant, après avoir subi le point de vue de Théodore, de devoir admettre qu'effectivement, il avait raison de les détester ou de les mépriser.
Un silence pesant régnait sur la salle. Les spectateurs, épuisés par ce déluge d'émotions violentes, s'attendaient à tout désormais. L'écran allait-il reprendre la dernière image ? Allait-on voir encore d'autres horreurs ? De quel crime, de quelle abjection allait-on à nouveau être le témoin privilégié ?
Plusieurs minutes passèrent, mais l'écran resta blanc.
Le Ministre Jonathan Jones attendit encore quelques instants, puis fit signe aux Langues-de-Plomb de s'approcher. Après un court conciliabule, les Langues-de-Plomb se dirigèrent vers le sceau. Les bougies noires ne fumaient plus autour du diagramme de lumière, et les hommes en gris s'affairèrent à mettre un terme au rituel du Jugement.
Les membres du Clan Rowane retrouvèrent leurs esprits. On les détachait, les uns après les autres. Les Langues-de-Plomb firent disparaître fauteuils de pierre et bougies, puis effacèrent le sceau tracé au sol. Enfin, ils installèrent des sièges normaux, toujours au centre de la pièce mais tournés vers le comptoir et non vers l'écran, et invitèrent les Rowane à s'y asseoir.
Le silence reprit ses droits, interrompu après un petit moment par le Ministre Jones.
- « Bien. C'est enfin terminé. Ou du moins la partie témoignage. A présent, nous allons passer à la partie juridique proprement dite du Jugement… Les huissiers, sur ma gauche, ont » – le Ministre leur jeta un regard suspicieux – « bien évidemment noté toutes les infrac… heu… tous les crim… hum… enfin, tous les cas qui nécessitent d'être examinés. Nous allons prendre quelques heures pour en discuter en détail et vous informer des suites que nous leur donnerons. »
Il n'ajouta pas qu'il était bien content que cette torture soit terminée, mais son empressement à quitter son siège et à rassembler les dignitaires étrangers, juges et huissiers dans un coin discret était assez révélateur de son désir d'en finir avec cette affaire.
NOTE DE L'AUTEUR
Remarques diverses et variées :
Fichtre, une semaine de retard pour ce nouveau chapitre ! Bigre. Ma seule excuse, c'est que c'est les vacances ! J'espère que vous en profitez. Bon, sinon, pour les choses un peu désagréables, je pense que le prochain chapitre sera le dernier des Rowane, alors préparez-vous, psychologiquement… A part ça : bonne lecture à tous !
Réponse aux reviews :
Faenlgiec : eh oui, la pauvre, mais maintenant, il sait ! A bientôt !
hathor2 : et voici la suite (et bientôt la fin…) ! A bientôt !
melu49 : oui, c'est vrai, pour un elfe de maison, tous les humains sont grands… Mais le terme de déesse aurait pu interpeler Théodore. Après tout, une déesse, ce n'est que très récemment que l'on considère qu'elle devrait être mince et longiligne… Bonne lecture !
Shanatora : ah ha ! On va voir les décisions du Ministère au prochain – et dernier – chapitre… A bientôt !
Le Poussin Fou : ah oui, c'est un peu gore, et ce chapitre aussi, un peu… Pour l'effet de l'argent sur les loups-garous, je m'imaginais que l'argent devait pénétrer les chairs pour avoir de l'effet. Donc une simple ingestion, tant que l'argent reste dans l'estomac, ne pose pas de problème. Son absorption se fait naturellement par les intestins, et ensuite, effectivement, c'est le fait de les en retirer violemment qui provoque la mort… C'est très pseudo-scientifique tout ça, mais c'est ma logique. Bonne lecture malgré tout !
Elorah : merci pour ces compliments, et de m'avoir suivie jusqu'ici ! J'espère que ce chapitre t'a plu, à bientôt pour le dernier !
Ashtana3 : hé hé hé, eh bien non. Un peu de Viktor, un zeste de Théo, et on voit les réactions du Ministère au prochain et dernier chapitre ! A bientôt !
Magouille : merci pour ces compliments ! Oui, les Malfoys sont quand même généralement vicieux, le coup du chandelier leur correspond bien, je trouve. En tout cas, j'espère que ce chapitre t'a plu également. A bientôt !
Kalila78 : voici enfin la suite ! Et oui, hélas, la fin approche… A bientôt !
Luffynette : voici la suite, j'espère qu'elle te plaira. A bientôt !
Ruby : merci pour ta review ! Je suis ravie que ces deux fics t'aient plu. On arrive à la fin, hélas, mais il faut bien conclure, quand même. Et par contre, je proteste énergiquement : Théodore est à moi ! Bonne lecture !
CutieSunshine : ah ah ! Oui, je les ai un peu améliorés par rapport à la version originale… Mais bon. Je suis contente que ça t'ait plu. A bientôt !
Dea Artio : tu sais, j'aime les reviews, et j'aime encore plus les longues reviews ! J'avais à peu de chose près la même vision que toi de Narcissa, je me suis donc bien amusée à la mettre par écrit. Concernant la partie Neville/Harry, c'est le problème de l'insertion du canon : je n'ai pas relu les livres ni relu les films, et je me base sur mes souvenirs un peu lointains maintenant. Et peut-être aussi que les choses paraissent fades parce que c'est une histoire qu'on connaît déjà. Je ne veux pas m'appesantir dessus parce que c'est ennuyeux, et que j'ai plus de facilité – forcément – avec les morceaux originaux… Pour Pansy, je suis aussi d'accord avec toi, et au final, si on raisonne avec le cerveau et non avec les émotions, ben elle avait quand même raison. Sauf que ça se dit pas ! Rah, le pouvoir du politiquement correct ! Et pour les vampires badass et indestructibles… JE VAIS EN METTRE PLEIN PARTOUT ! Non, rassure-toi, je ne prévois pas d'en mettre à nouveau dans une fic Harry Potter. En tout cas, merci pour la review et les – nombreux, woah – compliments, et à bientôt pour le prochain et dernier chapitre…
tsumy-malnewca : merci pour la review, bon, je suis désolée si certaines parties du Jugement te lassent, mais il faut bien en passer par là… En tout cas, bonne lecture, et j'espère que ce chapitre te plaira !
Maolisama : ah la là, pour la fin, je vais faire de mon mieux, et « boucler les boucles » comme on dit… Je suis ravie que cette fic t'ait plu, à bientôt pour le prochain chapitre !
Guest : Cruel, cruel… Quelque part, c'est logique, Millie n'est pas la plus belle des filles, hein… Et à cette époque de leur vie, Théo n'avait aucune raison de penser à elle… Enfin. Bonne lecture !
K.S : ah oui, ni l'une ni l'autre ne sont de faibles femmes… Bonne lecture !
Lily-Sisi : eh oui… les vampires. Ils sont tellement peu traités dans Harry Potter, qu'on peut en faire à peu près n'importe quoi… J'espère que ce chapitre t'a plu !
Nour : merci pour ta review et tes compliments ! bon, ce chapitre est le dernier des souvenirs du Clan, et le prochain est le dernier, donc on y verra ce que tu attends : le résultat du Jugement, et les réactions du Clan. Je suis contente que mes fics t'aient plu, et pour la Purge, j'avoue, ça a été un plaisir de décrire la corruption sorcière… Bonne lecture !
Mel-In-E DL : hélas, hélas, hélas, il faut bien mettre un terme à cette histoire… Courage pour le prochain chapitre, dernier de cet arc. A bientôt !
MeianTsuki : ah ah ah ! Oui, je me suis effectivement inspirée d'Avatar, le dernier Maître de l'Air, pour la maîtrise des quatre éléments, j'avais déjà été grillée à ce sujet par des revieweurs du Clan Talos… J'en ai fait quelque chose d'un peu moins « art martial » et plus tiré sur la danse, mais oui, c'est l'inspiration de base, combinée à l'univers d'Harry Potter… En tout cas, merci pour les compliments, et j'espère que ce chapitre te plaira. A bientôt pour le prochain – et hélas dernier – chapitre !
