Chapitre 2 : Premier lien
Notre préfète-en-chef se réveilla en sursaut : les images de la veille au soir la hantaient. Elle regarda autour d'elle et fut soulagée de se retrouver dans son lit, entourée de tenture rouge. Elle se demandait comment elle était arrivée dans son lit. Tout ce dont elle se souvenait, c'était d'avoir dit « merci » à Zabini. Blaise Zabini, celui qui l'avait sauvé du pire. Est-ce lui qui l'avait ramené dans sa chambre ? Sûrement. Pourquoi l'avait-il sauvé ? Etait-il plus gentil qu'il ne le montrait ? Tant de questions sans réponse tant qu'elle ne parlerait pas à son homologue masculin. Mais elle lui devait tellement qu'elle ne savait pas comment l'aborder. Elle n'avait jamais eu avec lui de vraies discussions de plus de cinq mots ses six dernières années. Il l'intimidait, elle, la courageuse Gryffondor. Elle sourit à cette pensée mais le perdit vite en voyant l'heure qu'il était. Il fallait qu'elle sorte de son petit coin de sécurité et qu'elle fasse face aux serpents qui lui avaient fait si mal. Pas physiquement mais psychologiquement. Elle, Hermione Granger, la forte, qui avait combattu aux côtés d'Harry Potter et qui trouvait toujours une solution à tout, avait peur de sortir de son lit, peur du monde. Peur d'avoir ses deux meilleurs amis en face d'elle et d'éclater en sanglots devant eux. Peur de leurs réactions s'ils venaient à l'apprendre. Peur qu'ils la rejettent car c'était sa faute. Oui entièrement sa faute s'ils l'avaient attaqué. Elle n'avait pas fait assez attention. Elle n'aurait pas dû s'approcher d'eux. Mais voilà les faits étaient là et la vie continuait avec ou sans elle.
Elle sortie de son lit et se rendit compte qu'elle était habillée d'une chemise d'homme verte par-dessus ses sous vêtements. Zabini avait-il osé la déshabiller ? se demanda-t-elle avec horreur.
- Il est comme les autres hommes finalement, souffla-t-elle, toujours à profiter de la situation.
En se dirigeant vers la salle de bain elle vit son uniforme de la veille posé sur le fauteuil. Le chemisier était déchiré avec trois boutons en moins reposant sûrement encore sur le sol de ce couloir. La jupe était froissée. Elle retira mentalement ses dernières paroles. Il avait eu raison de lui enlever ses vêtements qui lui rappelait ce qui c'était passé. Il avait un cœur en or pour s'être occupé d'elle ainsi. Elle posa à nouveau son regard sur les tissus et fut remplie de colère. Les voir la rendait malade. D'un coup elle les prit et fila dans la salle commune. Elle ne fit pas attention à Zabini qui lisait assis sur le canapé, trop aveuglée par la rage. Elle fonça droit vers la cheminée où elle jeta les vêtements dans le feu qui brûlait. Elle regarda un instant les flammes crépiter en détruisant la preuve de son malaise puis elle retourna dans sa chambre sans voir le regard triste du Serpentard.
Blaise l'avait regardé faire sans rien dire. Sans savoir pourquoi, cela l'avait rendu triste de la voir ainsi : perdu, en colère, fragile tout en essayant d'être forte. Il enrageait contre les personnes qu'il appelait « ami » depuis six ans mais qui n'en avait jamais été. Seul Draco Malfoy s'en approchait le plus avec Pansy Parkinson. Oui, il leur en voulait d'avoir fait ça à Hermione Granger, une grande femme, qui avait eu le malheur de naître dans la mauvaise famille. Elle était pourtant si douée. Il lui avait toujours envié sa capacité à tout retenir et à s'intéresser à tout. Blaise Zabini jalousait secrètement la miss Je-sais-tout de Poudlard. Blaise secoua la tête. Qu'est-ce qui lui prenait d'avoir pitié d'elle. Il ne pouvait se le permettre, pas en bon Serpentard qu'il était. Mais … c'était plus fort que lui. Pourquoi ?
Pendant les tourments de Zabini, Hermione avait prit une douche pour enlever la sensation des mains de Nott sur sa peau. Mais les images, elles, ne voulaient pas partir. Elles étaient gravées à jamais. Même si elle se sentait mieux dans son corps, elle n'était plus elle-même. Elle regarda dans son armoire, hésitant à mettre son uniforme qui ressemblait tant à celui qu'elle venait de brûler. Elle souffla un bon coup avant de prendre les vêtements. Pourquoi avait-elle aussi peur bon sang ? Avec Harry et Ron à ses côtés, ils n'oseraient rien lui faire. Elle enfila donc l'uniforme réglementaire de l'école puis sa robe de sorcier par-dessus bien large qui cachait ses formes. Elle ne voulait plus les montrer. Elle prit la chemise verte et se dirigea vers la salle commune pour voir si Zabini était là mais il n'y avait personne. Elle la déposa alors sur le fauteuil puis se dirigea vers la sortie pour rejoindre ses amis. A l'entrée de la grande salle, elle ne pouvait plus bouger comme paralysée. Tout le monde, où tous les Serpentards étaient-ils au courant ? Allaient-ils se moquer d'elle ? Au moment où elle allait enfin franchir les portes, une main se posa sur son épaule. Elle sursauta tout en s'éloignant des personnes l'interpellant. Elle regretta tout de suite son geste quand elle vit Harry, Ron et Ginny, la regardant avec un air inquiet.
- Ça va Hermione ?
- Oui vous m'avez fait peur c'est tout, je croyais que vous étiez déjà à l'intérieur. Allons manger.
Les garçons crurent à ses paroles maladroites sauf Ginny, qui fut soupçonneuse comme toujours mais laissa passer. Cette dernière pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert mais cette fois-ci elle ne le voulait pas, elle ne pouvait pas. Il fallait qu'elle fasse plus attention. Ils se dirigèrent alors vers la table des Gryffondors où ils s'attablèrent aux côtés de Neville et Seamus qui parlait Quidditch. Personne ne réagit à son arrivée et elle en fut soulagée. Quand elle fut sûre qu'elle ne se ferait pas capter par la rousse, elle jeta un vif coup d'œil à la table des Serpentards mais rien d'anormal. Toujours aussi morne. Elle se força à manger pour ne pas attirer plus l'attention sur elle.
- Vous avez entendu ce qu'on dit chez les Serpentards ? demanda Seamus.
Le cœur de la préfet-en-chef ne fit qu'un tour et elle arrêta de respirer attendant la suite. Elle se força quand même à rester décontractée.
- Non choi donc ? demanda Ron la bouche pleine.
- Ronald ! ne pu s'empêcher Hermione, ne parle pas la bouche pleine. Qu'est-ce qu'on raconte alors ?
- Qu'il y avait leur première soirée de l'année hier soir et ils ont presque tous finit bourré. Ça se voit à leur tête pour certain.
Hermione fut soulagée de savoir que ce n'était que ça. Mais elle se demanda si Nott était bourré la veille. Elle regarda de nouveau les verts et argents et c'était vrai que si certains tiraient une tête affreuse, d'autre rayonnait la forme : sûrement une potion anti gueule-de-bois.
- Tu n'as rien entendu Hermione hier soir pendant ta ronde ?
- Quoi ? se tourna-t-elle vers Ginny. Non c'est Zabini qui fait les cachots.
- Bien sûr, pourquoi serais-ce autrement ? dit Harry.
- Oui mais je préfère ainsi, je n'ai jamais aimé les cachots encore moins le soir.
Tous hochèrent la tête pour montrer leur accord avec ce qu'elle venait de dire. Il ne faisait pas bon pour une fille de trainer dans les cachots le soir. Une fois le petit déjeuné avalé, ils se dirigèrent vers leur cours d'histoire de la magie tandis que Ginny se dirigeait vers les serres pour son cours de botanique. Une fois devant le professeur Binns avec sa voix monotone, elle ne réussit pas à suivre comme elle le faisait d'habitude. Elle n'arrêtait pas de revoir les images alors elle se mit à discuter avec Ron et Harry sous leurs yeux étonnés mais ravis que leur amie se dévergonde un peu.
A la fin des deux heures elle suivit les garçons qui se dirigeaient vers leur cours de Métamorphose. En chemin elle aperçut le groupe de Serpentard composé de Nott, Greengrass, Goyle, Crabbe, Parkinson, Malfoy et Zabini. Son cœur battait la chamade. Qu'est-ce qu'ils allaient lui dire ? Malgré ses peurs elle ne les montra en gardant la tête haute. Arrivée à leur niveau, ils ne dirent rien ce qui l'étonna autant que ça la soulagea. Elle croisa le regard de Zabini qui marchait à la traine. Il lui fit un hochement de tête ni vu ni connu. Un signe de tête qui voulait dire tellement de chose pour la Gryffondor. Tout d'abord qu'elle avait le silence des Serpentards et le sien. Par ce signe il essayait aussi de la rassurer ce qui lui fit chaud au cœur et par-dessus tout cela signifiait qu'elle avait son respect qu'elle était son égal car jamais un Serpentard n'avait un jour fait quelques moindres signe à un Gryffondor et encore moins à une Sang-de-Bourbe. C'est comme si, par ce signe, ils signaient un pacte, un pacte de non agression et de silence sur ce secret si lourd pour elle mais maintenant qu'elle partageait avec son homologue masculin. Pour lui répondre elle lui sourit discrètement. Sourire timide mais sincères. Elle venait de signer le pacte.
Mais qu'est-ce qui lui prenait de sympathiser avec elle ? En présence d'autant de personne en plus. Il devenait fou, ce n'était pas possible. Mais son sourire. Si beau et si sincère l'avait touché, malgré tout ce qu'elle venait de subir, elle lui souriait, à lui, Blaise Zabini, son ennemi. Elle lui accordait une chance malgré les préjugés qui persistaient entres les deux maisons. Pour la première fois, il avait l'impression d'exister pour ce qu'il était vraiment. Chez les Serpentards, il avait toujours été que l'unique descendant des Zabini, famille de Sang-Pur et le meilleur ami de Draco Malfoy. Oui il était plutôt dans l'ombre du prince des verts et argents que son ami. Il n'avait jamais eu d'ami avec qui il n'avait parlé d'autres choses que du Seigneur des ténèbres ou des études et des mariages organisés par leurs parents. Jamais quelqu'un ne lui avait sourit sincèrement et pas par hypocrisie. Jamais il n'avait pu être lui-même, toujours un masque de froideur sur le visage ou une carapace soit disant infranchissable mais pourtant fissuré de partout. Les Serpentards étaient avant tout des Hommes et chacun avaient ses faiblesses. Et par le pur des hasards, il fallait que ce soit Hermione Granger qui lui apporte ce qu'il désirait tant sans le savoir.
Le reste de la journée se passa calmement. Plus personne ne lui parla de sa ronde ni des Serpentards et cela la soulagea. Après le repas elle retourna vite fait dans son appartement avec comme excuse de vouloir commencer son devoir de métamorphose reçu le matin même. Il fallait qu'elle bosse pour oublier. Elle prit alors ses affaires pour s'installer dans la salle commune. En passant elle vit que la chemise verte était toujours là. Zabini n'était toujours pas rentré depuis le matin. Elle toucha le tissu si soyeux, l'air pensif. Elle sourit en pensant qu'elle avait dormit en portant la couleur de la maison adverse. Elle secoua la tête, des images non souhaitées commençaient à apparaître à son esprit. Elle s'installa sur la table basse devant la cheminée puis commença à travailler à en perdre toutes notions de temps.
Vers onze heures du soir, Blaise rentra dans ses appartements après une soirée avec Draco et Pansy dans la salle commune des verts et argents. Il pensait que la Gryffondor serait dans sa chambre en train de dormir vu l'heure qu'il était mais il fut surpris de la voir installée en train d'écrire son devoir. Elle était tellement concentrée qu'elle ne remarqua pas tout de suite sa présence. Il en profita pour la détailler. Elle était si belle quand elle fronçait les sourcils signe de sa grande concentration. Ses cheveux brun retombant sur le parchemin en une vague ondulé. La couleur oranger des flammes lui donnait meilleure mine que celle qu'elle avait le matin même. Soudain elle releva la tête. Elle avait senti son regard sur elle. Leurs regards se croisèrent sans se lâcher pendant plusieurs secondes. Aucun des deux ne voulait rompre le lien. Mais réveille toi Blaise, elle est à Gryffondor ! Il rompit le lien qui s'était créé. Il vit sa chemise, il l'a prit et dit :
- Bonne nuit Granger.
Puis il disparu dans sa chambre laissant Hermione à ses réflexions.
Chapitre corigée par Julia Erwelin
