Chapitre 5 : Grand doute

Le soleil se levait doucement sur Poudlard et tout semblait calme et serein. Tous les élèves étaient encore plongés dans les bras de Morphée, au fin fond de leur lit. Les rêves n'étaient pas tous joyeux en ces temps de guerre, par contre deux personnes dormaient paisiblement, le visage détendu, la respiration calme éliminée de tout sanglot présent pourtant plusieurs heures auparavant. Hermione Granger avait fini par tout lâcher, abandonner ce masque de bonheur qu'elle avait mit depuis l'incident. Et tout ça pour une phrase. « Ce n'est pas ta faute … Hermione ».

Cette phrase, elle avait tellement voulu l'entendre depuis deux jours. Elle l'avait libéré de cette pression constante qui s'était insinué en elle. Et cette phrase avait été prononcée par son ennemi, Blaise Zabini, à qui elle devait déjà tellement. Il l'avait appelé par son prénom avec tant de sincérité que cela l'avait touchée. Elle s'en voulait déjà d'avoir été si idiote face aux Serpentards mais elle l'avait été encore plus face à ce Serpentard, son serpent, son homologue. Elle avait craqué.

Les larmes avaient coulé une à une jusqu'à ce qu'elles ne s'arrêtent plus de tomber. Le fait de pleurer face à son ennemi, l'avait fait encore plus pleurer. Même s'il ne l'était plus vraiment, tout en le restant, elle s'en voulait de lui montrer ses faiblesses. Elle n'arrivait pas à lui faire totalement confiance. Quand il était venu la prendre dans ses bras pour la consoler, elle avait été tout d'abord surprise puis toutes ses hésitations et toutes ses questions avaient disparu. Elle était bien là, dans ses bras, et elle s'abandonnait à cette étreinte, pourtant interdite, mais si paisible. Les flots d'Hermione s'étaient taris petit à petit. Elle avait retrouvé son calme avant de tomber dans un sommeil sans rêves et sans cauchemars.

De son côté, Blaise s'était surpris lui-même à se rapprocher de la Gryffondor. De la voir ainsi alors qu'il avait voulu la rassurer lui fit mal. Il ne supportait pas de la voir aussi mal en point à cause d'une phrase qu'il avait dite. Il savait qu'il n'était pas la cause mais il ne comprenait pas pourquoi ni comment cela se faisait. Mais les faits étaient là, elle pleurait. Alors comme sa mère le faisait avec lui quand il était petit, il l'avait prise dans ses bras et l'avait bercé. Cela lui faisait étrange d'avoir ce petit corps fragile dans les bras. Il n'avait jamais trop eu de relation avec la gente féminine, ne s'y intéressant pas plus que ça, mais sur les quelques filles qu'il avait eu dans les bras, Hermione était bien la première à lui faire tellement de bien. Son bien être était complet. Il ne savait pas ce que cela voulait dire ou plutôt il ne voulait pas le comprendre, ni y réfléchir. Il s'était donc laissé aller à cette étreinte pleine de douceur. Cela le changeait de son habitude. Lui, qui vivait dans un monde sombre, où aucun sentiment n'était admis à part la haine, un monde de brute où la mort était reine. Tandis que là, la Gryffondor lui montrait son monde à elle. Un monde de lumière, où l'amour, l'amitié, le bonheur et la vie régnaient en toute harmonie. Un monde de douceur. Tous les deux, ils étaient totalement opposés et pourtant à ce moment là ils étaient si proches. « Les opposés s'attirent » comme dit un vieux dicton. Quand il sentit que la respiration de la lionne redevenait calme, il se rendit compte que son cœur battait à cent à l'heure puisque celui-ci se calmait à son tour. Cela le troubla un peu mais il fut content de voir que son action avait réussi. Il l'avait rassuré et calmé. Il fut surpris au moment où elle s'endormie. Etait-elle si bien, là, dans ses bras ? Tout comme lui était bien. Ne voulant pas la réveiller, il s'installa plus confortablement, la prenant encore plus dans ses bras et s'endormit à son tour.

Quand les rayons du soleil frôlèrent le visage d'Hermione. Elle ouvrit les yeux doucement. Elle était bien et ne voulait pas se lever mais les cours ne l'attendraient pas. Elle regarda autour d'elle et vit qu'elle n'était pas dans son lit mais tout contre le Serpentard. Ils s'étaient finalement endormis dans les bras de l'autre. Elle essaya de se dégager doucement pour ne pas réveiller son homologue masculin mais au premier mouvement de sa part, ce dernier resserra l'étreinte dans laquelle ils étaient, empêchant tout déplacement. Elle n'avait plus le choix maintenant, il fallait le réveiller.

- Blaise, dit-elle tout bas à son oreille, réveille-toi…

Le Serpentard grogna mais ne bougea pas. Alors elle répéta l'opération tout en le secouant un peu. Au bout d'un moment, il ouvrit enfin les yeux et leurs regards se croisèrent sans se lâcher. C'était comme un coup de jus pour la lionne qui ne s'attendait pas à ce regard si intense.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il après quelques instants.

- Bah… Est-ce que tu pourrais me lâcher, s'il te plait, j'aimerais aller me laver avant d'aller en cours.

Il la regarda intensément sans pour autant desserrer les bras qui étaient autour de sa taille. Puis avec un regard déçu il la libéra.

- Je prends la salle de bain, dit-elle en se dirigeant vers celle-ci.

- D'accord, répondit-il vaguement.

Blaise était repartit dans ses pensées. Il resta sur le fauteuil, immobile. Malgré ses grognements, il avait aimé se faire réveiller par la Gryffondor. Elle était si belle au réveil et s'il l'avait pu il ne l'aurait jamais lâché. Il n'était personne, juste le vrai Blaise, là, dans ses bras. Il voyait dans ses yeux qu'il ne la dégoutait pas et cela le rendait heureux. Heureux au point qu'il aurait pu rester des heures, installé ainsi, rien que tous les deux, rien qu'elle et lui. Elle l'avait ensorcelé comme les sorcières des contes moldu qu'il avait lu en cachette.

- Tu peux y aller Blaise, dit-elle en le sortant de ses pensées.

- Merci.

Il se leva en souriant. Elle venait le l'appeler par son prénom et en y repensant c'était avec son prénom qu'elle l'avait réveillé. De sa bouche, son prénom lui paraissait tout à fait normal. Avec elle il n'était plus l'unique héritier des Zabini, il était juste Blaise.

Hermione souriait, elle aussi. Elle était heureuse. Aujourd'hui était sa journée et rien ne la gâcherait. Elle avait décidé de donner sa chance au Serpentard et de créer une amitié avec lui ou du moins quelque chose qui y ressemblait. Sans savoir pourquoi, cela la mettait en joie. Une fois habillée, elle décida de l'attendre dans la salle commune.

Blaise fut surpris de la voir appuyer contre le fauteuil où ils avaient dormi la veille. Elle l'attendait et cela le touchait. Il lui sourit, sourire qu'elle lui rendit. Puis sans un mot elle sortit dans les couloirs suivit de près par le Serpentard. Ils ne parlaient pas de peur d'être surpris par les autres mais la présence de l'autre leur suffisait. Hermione marchait un pas devant lui, quand elle fut happé par une tête rousse qui lui sauta au cou, pas loin de la Grande Salle.

- Joyeux anniversaire Hermione ! cria Ginny.

C'était son anniversaire et cela le blessa de ne pas être courant. Alors il dépassa le duo bientôt rejoint par le reste du trio d'or pour rentrer dans la Grande Salle et rejoindre son enfer.

Hermione remercia la cadette des Weasley puis prit à son tour Ron et Harry dans ses bras. Elle regarda son homologue partir sans même qu'il ne lui accorde un regard. Elle fut blessée. Mais à quoi pouvait-elle s'attendre dans le hall du château ? A un sourire, un signe de la main ou tout simplement un « Joyeux anniversaire Hermione »... Elle savait que cela était impossible mais elle ne put s'empêcher d'être déçue. Qu'est-ce qu'elle pouvait détester cette guerre lui interdisant d'être naturelle envers les personnes qu'elle voulait. Elle rentra alors dans la Grande Salle et rejoignit sa table suivie de près par les autres. Beaucoup de monde vinrent lui souhaiter son anniversaire et cela lui fit plaisir. Elle était vraiment heureuse.

- On a choi tout de chuite ?

- Ronald, quand est-ce que tu apprendras à manger correctement ? demanda Hermione, feignant l'exaspération, faisant rire plus d'un autour d'eux.

- Bah quoi ? Je mange.

- Oui c'est ça le problème, dit sa sœur qui s'empêchait de rigoler.

- Et tu as dit quoi, alors ? demanda Harry.

- On a quoi tout de suite ?

- Métamorphose et on devrait se dépêcher si on ne veut pas être en retard, répondit Hermione.

- Hermione, tu ne changeras jamais hein ? dit Harry en mettant un bras sur ses épaules.

- Non, pourquoi, je le devrais ?

- Non surtout pas, ils seraient tout le temps en retard, répondit Ginny à la place d'Harry qui lui lança un regard, mi vexé, mi amusé.

- Oui c'est vrai, dit la lionne en rigolant.

Suite à cette parole elle se leva pour rejoindre la salle de métamorphose au troisième étage, suivie de presque tous les élèves de Gryffondor de son année. Après que McGonagall leur donna 75 centimètres de parchemin à faire sur la métamorphose humaine, ils allèrent à leur cours de sortilège où le petit professeur Flitwick leur donna autant de devoir. C'est un peu dépités, qu'ils rejoignirent la Grande Salle pour le déjeuner. Hermione regarda la table des Serpentard, en cherchant son homologue masculin. Elle voulait croiser son regard mais celui-ci regardait son assiette comme si les petits pois qu'elle contenait étaient plus intéressants que les conversations qui se déroulaient autour de lui. Alors avec un pincement au cœur elle se retourna vers Harry et rigola quand celui-ci sortit une idiotie. Ils s'étaient donné le mot aujourd'hui pour la distraire et s'était réussi, elle en oublia presque son Serpentard et sa mésaventure.

Blaise avait senti son regard se poser sur lui, mais il refusa de lever la tête. Il regardait ses petits pois, les trouvant soudain très intéressant. Pourquoi faisait-il cela ? Il ne le savait pas. Mais un sentiment bien étrange se développait dans sa poitrine. Sentiment qu'il ne connaissait pas, mais qui lui faisait mal. Il ne supportait pas de la voir si heureuse avec les autres même si, d'un côté, il en était heureux. Il ne se comprenait plus.

L'après-midi était réservé aux options, alors Hermione se dirigea vers son cours d'étude de runes tandis que les garçons se dirigeaient vers leur cours de divination. Seul une quinzaine d'élève suivait le cours des runes. Hermione était la seul de Gryffondor à suivre celui-ci, les autres préférant la divination, l'arithmancie ou encore l'étude des moldus. Quelques uns avaient encore le courage de suivre le cours de soins aux créatures magiques avec Hagrid.

Des autres maisons, il y avait trois Poufsouffles, deux Serpentards et sept Serdaigles qui étaient les plus nombreux. Les deux Serpentard étaient bien sûr Draco Malfoy et Blaise Zabini. Quand ils arrivèrent devant la salle, ils la dépassèrent sans même un regard. Hermione se sentit blessé devant l'ignorance de son homologue. Pourquoi était-elle si blessé quand il ne la regardait pas ? Elle savait que ce n'était qu'une apparence mais elle trouvait que quelque chose clochait. Elle n'arrivait vraiment pas à croiser ses beaux yeux bruns.

Le professeur Vector, une jeune femme brune, apparut à l'embrasure de la porte et les fit entrer. Les deux heures qui suivirent lui parurent, pour la première fois, interminables. Elle n'arrivait pas à se concentrer sur le texte de runes que leur professeur leur avait donné à traduire, mais heureusement pour elle, ils devaient finir la traduction comme devoir à rendre au prochain cours. Quand la cloche sonna, elle rejoignit ses amis dans le Hall pour aller rendre une petite visite à Hagrid. Ils ne l'avaient toujours pas fait depuis le début de l'année. Le demi-géant fut heureux de les voir. Il leur offrit du thé et des gâteaux pour l'anniversaire de la Gryffondor. Ils firent semblant, bien sûr, d'apprécier les cookies immangeable et burent leur thé qui était comme toujours délicieux. Ils passèrent une bonne fin d'après-midi. Le soir après le repas, Hermione se dirigea vers ses appartements. Quand elle y entra, il était là assis sur le canapé à regarder les flammes. Elle s'assit sur le fauteuil d'à côté et le regarda un instant. Il ne bougea pas d'un millimètre et elle se demanda s'il l'avait entendu rentrer.

- Salut, dit-elle pour lui signaler clairement sa présence.

Il ne releva pas et continua à regarder les flammes. Qu'est-ce qui se passait ? Elle avait de plus en plus peur.

- Blaise ?

- Mais qu'est-ce que tu me veux à la fin ? cria-t-il, réagissant enfin. Tu ne peux pas me laisser tranquille une minute ?

Cette question toucha en plein cœur la Gryffondor qui fut extrêmement blessée, encore une fois.

- Bah …, commença-t-elle mais elle s'arrêta ne sachant quoi dire.

- La miss Je-sais-tout ne trouve plus rien à dire, étrange, dit-il froidement.

- Mais qu'est-ce que je t'ai fais bon sang ? demanda-t-elle en criant aussi. Ce matin tu me souris et ce soir tu me cries dessus, faudrait peut-être savoir Zabini.

Blaise la regarda un instant sans répondre, lui aussi venait de prendre sa phrase en plein cœur. Elle l'avait appelé par son nom de famille qui lui faisait tant horreur à l'instant même. Et le ton froid de sa voix l'avait refroidit. Il n'était qu'un idiot. Elle lui laissait une chance et lui, la repoussait. Mais il était un Serpentard, il ne montrerait rien de ce qu'il pensait.

- Toi non plus, tu n'as rien à dire à ce que je vois. Je pensais que tu étais différent mais en faites non, tu es toujours le même. Tout dépend de ton humeur.

Une nouvelle flèche venait de se planter dans son cœur, Blaise ne savait quoi faire, ni quoi dire. Il était vexé mais elle n'y était pour rien, enfin …

- Tu ne me connais pas Granger.

- Oui justement, c'était ce que j'essayais de faire. Te connaitre. Mais j'ai eu tord. Comment j'ai pu être aussi stupide.

- Toi stupide ?

- Oui je pensais …

- Tu pensais ? Il ne suffit pas de penser, Granger. Je suis un Serpentard et je crois que tu l'as oublié. Je ne serais jamais celui au cœur d'or et courageux comme tu penses que je le suis, dit-il d'un ton presque triste.

- Si tu l'as été alors pourquoi changer ? demanda-t-elle curieuse du changement de ton de Blaise.

- Ça ne te regarde pas, reprit-il avec son froid et distant.

- Mais bon sang j'en ai marre de tes sauts d'humeurs. Qu'est-ce que je t'ai fais … Blaise ? demanda-t-elle presque en suppliant.

L'utilisation de son prénom et son ton suppliant fini par achever son cœur. Elle le rendait fou. Il n'était plus lui-même ou celui qui qu'il essayait d'être.

- Rien, finit-il par répondre.

- Quoi ?

- Rien, tu es sourde ou quoi ? Tu n'y es pour rien. C'est moi, juste moi.

Il partit dans sa chambre en laissant derrière lui une Hermione complètement déboussolé par cet échange.

Il était idiot, un triple idiot. Idiot de lui en vouloir pour cela, alors qu'elle n'y était pour rien. Ce n'était pas elle qui était responsable de sa condition de fils de Mangemort qui faisait de lui son opposé et son ennemi, celui qui ne pouvait être proche d'elle. Il lui avait crié dessus alors qu'elle voulait être gentille avec lui, lui donner une chance. Mais une chance de quoi ? Cela n'avancerait à rien, cette histoire. Même s'ils devenaient amis, ils souffriraient le jour de la bataille où chacun serait dans son camp où ils devront peut-être s'affronter. N'y avait-il que lui pour réfléchir à cela ?

A penser que s'il se rapprochait encore plus d'elle, il aurait du mal à l'anéantir si on lui en donnerait l'ordre de le faire. C'était sa vie ou la sienne et il n'aurait pas le courage de dire non à ce monstre sanguinaire qui servait de maitre à ses parents, et ce ne serait tarder, à lui-même. Jamais il n'aurait dû la sauver, ni se lier à elle par ce secret qui le rongeait constamment surtout quand il devait mentir à son soi-disant meilleur ami…Meilleur ami à qu'il ne pouvait rien dire, du secret comme de ses sentiments, comme bon Serpentard. Dans leur maison, le mot « ami » était banni… Ou plutôt sa signification.

Mais pourquoi n'arrivait-il pas à regretter quoi que ce soit de ce qui s'était passé ces derniers jours ? Pourquoi regrettait-il plutôt sa colère contre la lionne ? Pourquoi quand elle souffrait, il en souffrait aussi. Non cette situation n'était plus possible. Il fallait qu'il fasse quelque chose. Mais quoi ? S'éloigner de la Gryffondor en lui faisant du mal ? C'était la meilleure solution. Mais il ne le pourrait définitivement pas, il avait eu trop mal lors de cette échange. Quand il l'avait vu perdre pied face à lui, quand elle lui avait envoyé ses paroles à la figure.

Alors quoi faire s'il ne pouvait pas l'éloigner ? Devait-il tout simplement oublier qui il était dans cet appartement ? Accepter cette relation?


Chapiter corrigé par Julia Erwelin