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La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre
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L'entretien à plusieurs zéro
Tony s'ennuyait à mourir, enfin façon de parler. Il pianotait avec sa main sur son genou, signe de son impatience alors qu'il avait promis à Steve de se tenir tranquille, de le laisser parler avec la conseillère et surtout de ne pas ouvrir sa bouche. Bref, Steve s'occupait de tout ce qui l'agaçait et lui évitait – aussi – de dire une ânerie. Il faisait juste acte de présence voilà tout. Mais LA présence de bon goût ! Tony avait mis un complet gris perle, une chemise anthracite pour faire ressortir la cravate turquoise qui se mariait divinement bien avec les lunettes qu'il avait gardées sur le nez sans aucune gêne visible. Il allongea ses jambes devant lui pour s'étirer un peu avant de pencher la tête sur le côté et de centrer son attention sur Steve.
A travers ses verres turquoises, son regard intense remonta des jambes jusqu'au visage de son mari qui discutait avec la femme derrière le bureau, son ton et son discours étaient emprunt de sa patience d'ange. Cap était diablement sexy dans son costume brun avec une chemise écru et une cravate rouge bordeaux. Il était aussi diablement sexy sans rien... Un petit soupir échappa à Tony et il capta un bref regard en coin dans sa direction sans que Steve ne rompe la discussion avec son interlocutrice. La perfection même ce Steve. Tony s'en étonnait toujours et la preuve était dans le creux de sa main. Son amant avait glissé une de ses mains vers lui pour prendre la sienne et la serrer, la caresser du bout des doigts pour le remercier de sa grande patience pour un entretien qu'il supportait visiblement de plus en plus mal. Ou pour le faire patienter…
Mais c'était des pensées beaucoup moins approprié qui lui venait à l'esprit donc Tony décida d'essayer d'écouter un peu la conversation tout en caressant la main de son amant.
-Bien j'ai tous les renseignements qu'il me faut, votre dossier est complet Mr Stark Rogers, fit-elle avec son sourire commercial.
-Vous avez… une estimation du temps d'attente ? Je sais que c'est long et que cela peut varier selon mes renseignements mais j'aimerais l'entendre de vous puisque vous êtes chargée de notre dossier.
La femme se fendit d'un sourire compatissant.
-Les démarches sont longues, monsieur. Le délai du moment est d'au moins un an et ne cesse de se rallonger.
-Un an ? répéta Tony en sortant de son ennui léthargique.
Ce qui eut pour effet de faire ouvrir de grands yeux surpris à leur interlocutrice. Tony n'avait effectivement pas ouvert la bouche parce que Cap le lui avait demandé avec une savante combinaison de baisers, de câlins et aussi des yeux suppliants. Impossible d'y résister mais là… C'était un paramètre vraiment intolérable.
-Vous voulez dire que vous allez faire patienter un an ou plus deux hommes absolument charmants qui cherchent à adopter une adorable frimousse et que cette dite adorable frimousse devra attendre un an ou plus avant d'avoir des bras pour la rassurer et lui apporter tout l'amour qu'elle se doit de recevoir ?
Tony baissa ses lunettes sur son nez pour planter son regard dans celui de la femme, ce qui eut pour effet de la déstabiliser davantage. Il se redressa de sa position un brin avachie sans pour autant lâcher la main de Steve qui avait cessé toute activité de caresse, un peu crispé. Le milliardaire se pencha en avant avec un sourire charmeur et un brin carnassier aux lèvres.
-Allons, nous ne sommes pas n'importe qui. Vous avez été vous-même surprise lorsque vous avez ouvert la porte et vous nous avez dévisagés avec attention avant de rependre votre souffle. Madame…
Ses yeux se baissèrent sur le bureau pour chercher le nom de la femme qui était heureusement écrit sur une plaque.
-Madame Peabody, Nancey quel adorable prénom que vous avez là. Je suis sûr que vous pouvez influencer notre dossier pour qu'il aille un peu plus vite.
-Je… Non, je ne peux pas me permettre avec tout le respect que je vous dois. Vous n'êtes pas les seuls à faire cette démarche, je…
-Oh oui oui je comprends. On est les seuls super héros à faire cette démarche en revanche, appuya-t-il.
-Tony, tenta Steve.
Son amant lui adressa un regard par dessus ses lunettes et vit la tête désabusée de Steve. Il sut à cet instant qu'il avait fait une boulette mais tant pis ! Il était hors de question qu'il laisse un an ou bien plus séparer Steve de son envie d'avoir un enfant. Et lui aussi même si c'était encore un facteur d'angoisse… La femme en profita pour raffermir sa position en ouvrant la bouche avec plus d'assurance.
-Il y a encore votre profil psychologique par rapport à cet événement et…
-Steve y a répondu à ma place et je suis très équilibré merci de vous en inquiéter.
-Ce n'est pas ce que je…
-Ecoutez je sais ce qu'on va faire !
Tony lâcha la main de son amant pour sortir un chéquier de sa veste. Il le posa sur un coin du bureau et prit un stylo à la conseillère qui le fixait avec des yeux médusés.
-Vous… Vous me soudoyer pour votre dossier ? Balbutia-t-elle paniquée.
-Noooon, cela ne me viendrait pas à l'esprit, répliqua Tony avec un sourire en coin.
Il commença à rédiger son chèque tandis que la femme levait un regard incertain sur le mari du milliardaire. Cap laissa échapper un lourd soupir.
-Tony arrête, souffla doucement Steve en posant une main sur son bras.
-Steve chéri, laisse-moi faire.
Tony avait relevé la tête vers son amant pour lui adresser un sourire rassurant. Il détacha le chèque et le tendit à Nancey Peabody qui le prit avec une main tremblante.
-Que… Non, je vais le déchirer Mr Stark…
-Stark Rogers, corrigea-t-il avec indulgence. Non, ce serait gâcher du papier et je n'ai pas envie de le refaire. Ecoutez Madame Peabody, considérez cela comme un don très généreux de ma part pour venir en aide aux orphelinats de la ville voir du comté qui sont en difficulté, d'accord ? Et en échange, je vous demanderais juste de poser notre dossier sur le haut de la pile par un hasard tout à fait fortuit bien entendu, et par ce même hasard que vous considériez à la lettre notre demande écrite noir sur blanc concernant notre future adorable frimousse.
Il débita sa tirade tout en rangeant le chéquier, le stylo abandonné sur le coin de table, adressant un large sourire charmeur à la femme qui avait perdu quelques couleurs. Elle posa le chèque sur la table tout en déglutissant avec malaise. Cet homme venait de lui donner un chèque d'un million de dollar pour… Pour aider les orphelinats certes mais aussi pour accélérer le processus de leur adoption. Tout le monde connaissait la réputation de Tony Stark qui obtenait toujours ce qu'il souhaite mais elle en restait proprement abasourdie. Nancey Peabody n'en revenait toujours pas et devant son mutisme choqué, Tony rompit le silence.
-Bien si nous sommes d'accord, je pense que l'on peut clore l'entrevue. Madame Peabody, ce fut un réel plaisir de discuter avec vous.
Tony se leva et la salua d'un mouvement de la tête avant de pousser ses lunettes sur son nez et la dévisager derrière les verres turquoise. Il ne se défit pas un seul instant de son sourire charmeur et fit signe à Steve de le suivre en dehors du bureau. Le super soldat se leva à la suite de son amant mais son regard doux, quoi qu'un brin blasé, n'avait pas quitté la femme qui avait salué le milliardaire avec hésitation, son regard retombant sur le chèque avec un malaise évident. Il devait arrondir les angles. Steve attrapa le bras de Tony qui porta un regard étonné sur lui avant qu'un sourcil ne se fronce.
Cap se pencha pour venir déposer un baiser sur sa tempe.
-Je te rejoins.
-Mais…
-Tony, coupa-t-il avec douceur et fermeté.
Il resta silencieux une brève seconde avant de marmonner :
-Ne ruine pas mes efforts.
Et il sortit avec une grimace contrariée, la porte du bureau se refermant derrière lui. Steve porta alors son regard sur Nancey Peabody qui avait relevé la tête au son de la porte. Elle semblait surprise de le voir encore dans son bureau. Captain America se rapprocha avec un sourire d'excuse aux lèvres.
-Vous n'avez pas eu le temps d'aborder les autres réunions auxquelles nous devons assister.
-Oh… Et bien… Je…
Elle le dévisagea et comprit sans mal que Steve Stark Rogers était l'homme à la naissance du projet et celui qui porterait le tout jusqu'à sa conclusion. La conseillère avala sa salive et osa lui adresser un sourire embarrassé.
-Je suis désolée, j'ai été désarmée.
-Tony fait cet effet-là à beaucoup de monde, répondit-il en guise d'excuse.
Un rire nerveux échappa à la conseillère puis elle sortit quelques papiers d'un tiroir.
-Il y a quelques réunions pour les futurs parents auxquelles vous devez assister. C'est obligatoire et cela nous permet de répondre aux questions, d'aider les futurs parents, qu'ils se rencontrent surtout quand c'est un premier enfant. La multitude d'informations qui circulent dans les livres, les magasines ou encore le net ne valent rien contre des conseils et des démonstrations.
-Cela vous permet aussi de juger les futurs parents ?
-En quelque sorte, répondit-elle avec une grimace devant la perspicacité de Steve.
-Merci Madame Peabody.
Steve prit les papiers avec soin, les mettant dans la poche intérieure de son costume.
-Y'a-t-il autre chose encore à faire ?
-Et bien…
Les yeux de la femme tombèrent sur le chèque puis se relevèrent vivement sur Captain America qui était décidément un interlocuteur des plus attentifs comparé à sa moitié.
-Non, c'est tout. Je vous recontacterai prochainement.
-Très bien. Passez une excellente journée Madame.
Steve lui serra la main et se dirigea vers la sortie. Nancey avait suivi le large dos disparaître derrière le bois de sa porte avant que ses yeux ne reviennent sur le chèque qui trônait au-dessus de ses papiers. Un million de dollar… Une telle somme pour… Un don qui était des plus intéressé elle l'avait bien comprit au regard sombre qui s'était planté dans le sien, à ce sourire charmeur mais avec une incurvation des lèvres un peu menaçante. Le milliardaire lui avait donné le chèque comme on donnerait un billet d'un dollar à un clochard.
Ses tripes se nouaient devant son dilemme… Mais c'était évident qu'elle ne pouvait pas décevoir un généreux donateur, même si c'était payer pour avoir ce qu'il voulait… Un enfant n'était pas une marchandise mais avec ce bout de papier sous les yeux, accepté donc, que pouvait-elle faire d'autre. Nancy Peabody ferma les yeux et songea à tous les orphelins qui avaient besoin d'un tel don pour rénover les orphelinats, leur offrir plus de vêtements, de jeux, de moyens convenables. Un lourd soupir lui échappa et son regard s'ouvrit sur le dossier Stark Rogers. Cet homme au sourire bienveillant qu'était Captain America aurait rapidement de ses nouvelles… très rapidement même. Et pas pour lui parler des autres réunions obligatoires qu'elle n'avait pas eu le courage de lui citer quelques secondes avant qu'il ne sorte.
Cap émergea enfin de la porte du bâtiment et chercha Tony du regard. Celui-ci était accoudé à sa nouvelle Porsche noire, garée un peu plus loin. Ses pas le conduisirent rapidement vers son amant qui lui lança un regard de reproche pour le temps infiniment trop long qu'il avait prit pour arrondir les angles.
-Laisse-moi deviner, commença-t-il avec sarcasme, tu…
Tony ne put finir sa phrase car Steve le fit taire d'un baiser. Il releva un sourcil interrogateur lorsque le délicieux moyen de lui clouer le bec fut rompu.
-Je n'ai fais que demander ce que nous devions faire après cet entretien.
-Et ?
-Réunions.
Une grimace éloquente indiqua à Steve que ce n'était pas la peine de compter sur lui. Un sourire étira les lèvres de Cap et il déposa derechef un tendre baiser sur ses lèvres.
-J'irais seul ne t'en fais, ce ne sont que des réunions d'informations et d'échange entre parents qui adoptent. Et tu auras les travaux de la chambre à superviser, lui trouva-t-il comme excuse.
-Exactement ! D'ailleurs faut qu'on rentre que j'engueule l'entrepreneur. Non mais me faire attendre deux semaines avant de se pointer au manoir Avengers, aujourd'hui et à l'heure de ce rendez-vous important, avec le culot de me dire qu'il était sur un chantier important pour je ne sais quel patron de je ne sais quoi.
Cap ne put s'empêcher d'avoir un léger rire. Il déposa un baiser sur son front et se décolla de Tony pour monter dans le véhicule tandis que celui-ci en faisait le tour. Le brun prit place au volant et entama la route du retour avec une conduite des plus sportives comme à son habitude. Les limitations de vitesses n'étaient pas pour Tony Stark Rogers… Jamais. Steve resta un instant silencieux avant de porter son regard sur son amant. Et sous le regard insistant sur sa personne, Tony haussa un sourcil, lui adressant un regard de biais.
-Tu n'as pas respecté ta promesse.
-Je sais mais tu ne m'en voudras plus si dans deux mois on a…
Tony grimaça. Dire « adorable frimousse » ou « donner de l'amour » devant la conseillère pour plaider leur cause, bien que dit de manière très dramatique, était autre chose que de le dire en la seule présence de l'amour de sa vie. Son cœur accéléra de quelques battements, son regard vissé sur la route. Il s'humidifia les lèvres, preuve de sa soudaine nervosité. Steve ne dit évidemment rien pour lui laisser dire ces mots.
-Notre… enfant…
Un sourire doux étira les lèvres de Steve, son regard dévorant Tony même si celui-ci était mal à l'aise. La route qui restait s'acheva rapidement et le milliardaire gara la voiture pour en sortir avec une nonchalance évidente. Sauf qu'il ne s'arrêta pas pour réclamer un baiser ou une attention de la part de Cap, il fila vers la porte du garage.
-Tony !
-Faut que je voie l'entrepreneur !
Steve grogna et se mit à courir pour rattraper son fuyeur de mari qui n'arriva pas à atteindre la porte de sortie. Les deux bras puissants de Cap l'avaient attrapé par les hanches et ses mains se coulèrent immédiatement autour de sa taille pour le coller contre lui. Un grognement lui parvint, ce qui n'arrêta nullement Steve qui déposa un baiser tendre sur sa tempe, amplifiant alors le grondement.
-Je ne t'en veux pas Tony.
-C'était pas vraiment ce que tu laissais sous-entendre Capsicle.
Le retour des surnoms et du ton sarcastique. Steve desserra sa prise sur son corps maintenant qu'il ne pouvait plus partir et Tony se retourna de lui-même, levant son regard dans le sien. Il porta rapidement une main vers son visage pour retirer ses lunettes et pouvoir profiter du regard azur de son soldat parfait sans aucun filtre.
-C'était plus fort que moi… Je sais que plus tard je serai confronté à ma paternité inexistente mieux c'est mais c'est intolérable que toi tu attendes autant de temps.
Cap lui adressa un sourire rayonnant. Il glissa une main sur la nuque de Tony pour venir l'embrasser avec tendresse.
-Merci…
Tony répondit d'un baiser du bout des lèvres. Le soldat ne répondit rien quant à la « paternité inexistante » de sa moitié. Il était persuadé que Tony ferait un excellent père, il avait simplement trop peur d'être fait sur le même modèle que le sien. Lutter maintenant ne servirait à rien têtu comme il était. Il fallait que le petit soit là pour qu'il constate par lui-même qu'il était capable d'être une figure paternelle digne de ce nom.
Et voir son amant débiter ces paroles, même pour plaider leur cause de manière théâtrale, avait son petit effet sur lui… Steve trouvait ça terriblement mignon et quelque part il savait que sous la couche d'acier désinvolte, Tony était bien plus concerné qu'il ne voulait bien le montrer.
Ils échangèrent quelques baisers avant que le milliardaire ne se détache un peu.
-Faut vraiment que j'aille voir ce crétin d'entrepreneur mais si tu veux après je reviens m'occuper de toi sur le capot de la Porsche, déclara-t-il d'un ton suave et d'un sourire enjôleur.
Steve le fusilla du regard en rougissant légèrement, ce qui tira un rire amusé à Tony. Il déposa un baiser joueur sur les lèvres de son amant avant que les bras puissants ne lui offrent enfin la liberté de partir. Tony fila rapidement et en voyant des civils sur le côté du manoir avec tout leur attirail, il commença à incendier quelques personnes sous le regard tendrement blasé de Captain America.
Steve lâcha un soupir et il dirigea ses pas vers le manoir en ressortant les papiers que lui avait donné la pauvre madame Nancey Peabody. Il avait cela à régler pendant que Tony organisait les travaux de la chambre de leur future « adorable frimousse ».
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Merci pour les reviews, à ceux aussi qui rajoutent cette fanfic à leur alerte!
J'espère que ce chapitre vous a plu autant que je me suis bien marré à l'écrire! Tony est vraiment incroyable et impossible... Je ne sais pas encore trop quand le baby va arriver, j'essaie de faire ça un poil réaliste tout de même! Même si le délai cité et loin d'être le délai actuelle d'une adoption malheureusement pour tous les parents dans ce cas-là.
Patience pour la suite donc! Je pars en vacances sur Paris puis à Londres (où j'aimerais bien croiser Sherlock mais je rêve éveillé!).
Je vous dis à Septembre!
