Chapitre 21 : Quand rien ne va plus
Hermione sortit tard de l'infirmerie, suivie de près des deux Weasley. Après qu'Harry leur ait raconté en détail sa semaine, madame Pomfresh les avait renvoyés dans leurs dortoirs. Après tout ça, elle était bien contente qu'il soit encore en vie et qu'il est réussi à détruire l'Horcruxe tant recherché, le véritable médaillon de Serpentard. Cette guerre leur demandait beaucoup trop pour des adolescents de leur âge, vraiment beaucoup trop et elle fatiguait. Oui, elle était fatiguée de toujours devoir surveiller ses arrières, d'être la voix de raison du trio d'or, et surtout de protéger son ami de la dispute entre elle et Ron. Toute la soirée, elle l'avait évité tout comme lui mais elle faisait en sorte qu'Harry ne se rende compte de rien. Cela le détruirait de voir son meilleur ami détester à ce point celle qu'il considérait comme sa petite sœur. Mais ce qui la rongeait le plus c'était que Ron avait en partie raison. Elle fraternisait par amour avec l'ennemi.
Jusqu'où serait-elle prête d'aller pour Blaise maintenant qu'elle savait qu'elle l'aimait bien plus qu'elle avait cru aimer le rouquin ? Cela lui faisait peur. Peur de décevoir Harry, peur de ne pouvoir être utile à cette guerre et surtout peur de ne plus être raisonnable. Elle était depuis toujours celle qui ramenait chacun dans le droit chemin mais quel chemin prenait-elle ? Le bon ou tout simplement le mauvais ? Elle, si intelligente, regrettait de rien savoir sur ce sujet, de ne rien savoir de la vie ou pas suffisamment pour l'aider à faire les bons choix. Tout ce qu'elle savait, c'était que Blaise faisait partie d'elle maintenant, beaucoup trop pour ne pas se sentir déchirée s'il venait à la laisser tomber. Il avait prit la même place que ses amis dans son cœur si ce n'est plus …
C'est donc en pensant qu'elle marchait vers son appartement. Elle n'avait pas vu Ginny suivre son frère vers la salle commune des Gryffondors. Tous étaient dans leurs pensées et c'était leurs pieds qui les guidaient vers les lieux habituels. Quand elle s'en rendit compte, Hermione fut presque soulagée. Ce n'était pas ce soir qu'elle répondrait aux questions de la rouquine. Questions auxquelles elle n'était pas sûre d'avoir les réponses. Et cela faisait qu'elle était plus que fatiguée, elle était totalement dépassée par les évènements qui arrivaient tous en même temps. Elle ne savait plus où donner de la tête entre Blaise, Ron, Ginny et Harry. C'est dans un faible souffle qu'elle dit le mot de passe ouvrant le tableau cachant l'appartement. Il n'y avait personne dans la salle commune, mais l'eau qu'elle entendait couler lui indiquait que Blaise était dans la salle d'eau. Alors elle se dirigea vers sa chambre pour revêtir sa chemise de nuit. Elle s'allongea sur son lit tout en fermant les yeux.
Elle repensait à ce que lui avait avoué le Serpentard quelques heures auparavant. Malfoy savait à propos de Nott. Il savait la douleur qui la rongeait ou du moins il pouvait s'en douter. Et surtout il pouvait s'en servir. Il y avait une mission contre elle, peut-être dirigée par Malfoy. S'il jouait de ce secret, elle n'était pas sûre de sortir gagnante de ce énième combat. Blaise avait dit qu'il serait là pour combattre avec elle le démon qui logeait à l'intérieur d'elle-même mais c'était qu'illusion d'y croire. Pour combien de temps encore pourrait-il rester à ses côté sans risquer sa vie ? Et si c'était lui qui devait accomplir la mission ? Il avait doublement de chose sur lesquels jouer pour la blesser ou pire … la détruire. Soudain, elle sentit des bras s'enrouler autour de sa taille. Elle mit sa tête au creux du cou du Serpentard car c'était lui. Cela ne pouvait être que son odeur. Odeur qui lui faisait perdre la tête.
- Tu es la plus forte, la plus belle et la plus pure des femmes que je connaisse, lui souffla-t-il à l'oreille. Garde ça en mémoire, surtout quand je ne pourrais pas être là, sinon je te le répèterais sans arrêt. Tu ne peux que gagner.
Cette phrase lui fit chaud au cœur. Une petite once d'espoir dans ce ciel si gris. Comment avait-elle pu douter de lui ? Comment avait-elle pu remettre en cause tout ce qui la maintenait en vie ? Elle s'écarta alors suffisamment de lui pour lui montrer tout son amour dans un baiser tendre. Puis tout deux s'endormirent.
oO0Oo
Dans les jours qui suivirent, l'annonce du retour d'Harry Potter fit le tour de l'école comme une trainée de poudre. Tous furent heureux de voir revenir leur espoir, l'élu. Seuls les Serpentards avaient cet air renfrogné sur le visage, montrant leur déception. Pour Blaise, ce retour ne présageait rien de bon non plus. Il savait que cela énerverait Draco et il avait peur de le voir en tête à tête. C'était pour cela qu'il l'avait évité ces deux derniers jours mais il ne pouvait le faire trop longtemps au risque de semer le doute dans l'esprit de ses camarades verts et argent. De plus, l'éviter n'avait fait que retarder la confrontation. Un jour ou l'autre il devra lui faire face et sortir encore une excuse pour le calmer.
C'est donc pour cela qu'il se dirigeait vers la salle commune des Serpentards. Il longeait les murs sombres des cachots quand il se fit happer par une personne. Il la reconnu vite par la blondeur de ses cheveux. Draco l'attrapa par le col et le colla au mur avec force. Sa tête cogna la pierre créant une douleur mais il ne rouspéta pas pour autant. Il ne voulait pas empirer encore plus la colère de son « ami ».
- Tu es content de toi ? demanda Draco d'un ton calme, trop calme.
- Pourquoi ? réussit-il à dire.
- Pourquoi ? Je me pose aussi la question. Est-ce que tu es content de m'avoir porté la poisse ? dit-il du même ton.
- La poisse ? Voyons Draco, de quoi tu parles ?
- De tes mises en garde à la noix qui se réalisent ! Toujours à dire de faire attention et du coup ça se réalise ! Tu me portes la poisse, dit-il en frappant le mur juste à côté du visage de Blaise avant de s'éloigner un peu.
Blaise regarda Draco tourner en rond devant lui d'un pas rageur. Il savait qu'il paniquait plus qu'il ne le laissait paraître mais comme tout bon Malfoy, il faisait le fier et le fort. Il avait eut peur sur le moment d'être découvert sur sa relation avec la Gryffondor mais heureusement cela ne concernait que Draco et lui. Il regarda tout autour d'eux pour voir s'il n'y avait personne avant d'aborder le sujet plus profondément.
- Ecoute … cela faisait plus d'une semaine qu'il …
- Tais-toi ! dit Draco en posant la main sur la bouche de Blaise. Tu veux faire tout foirer encore une fois ?
- Mais j'y suis pour rien ! C'est …
- Suis-moi, s'exclama le blond d'un ton autoritaire.
Blaise ne releva pas l'ordre et le suivit tout de même. Draco l'entraina dans le dédale de couloir allant beaucoup plus profondément qu'il n'avait l'habitude d'aller. Ils rentrèrent dans un cachot vide avant d'insonoriser la pièce. Blaise attendit qu'il prenne la parole ce qu'il ne fit pas. Il prit donc son courage à deux mains pour affronter le serpent en face de lui.
- J'avais une chance sur deux de me tromper Draco. Cela faisait plus d'une semaine qu'il était partit. C'était soit il revenait bientôt soit il ne revenait pas du tout. Je regrette que ce soit la première solution qui c'est réalisé mais que veux-tu que j'y fasse ?
- Tu regrettes ? J'espère vraiment que tu regrettes car tout est ruiné par son retour ! Souvient-toi que si j'échoue, tu échoues aussi, ajouta-t-il en s'approchant dangereusement de lui.
- Donc tu n'as plus de plan ? osa demander Blaise.
- Non mais j'en retrouverais un. Et puis leur trio est toujours brisé alors j'ais mes chances pour qu'il fonctionne quand même.
- Et que dois-je faire pour le moment ?
Blaise regretta tout de suite sa question quand il vit ses yeux gris qui l'observaient. Il avait la désagréable impression qu'il lisait au-delà de lui-même, qu'il lisait son âme et donc tous ses secrets. Qu'allait lui demander Draco qui nécessite ce regard ? Il le vit ouvrir la bouche pour dire quelque chose puis la referma sans un mot prononcé. Il hésitait. C'est que c'était un grand service qu'il voulait lui demander et cela effraya encore plus Blaise. Qu'avait-il prévu de faire dans son plan initial ?
- Je n'ais pas besoin de toi. Je verrais déjà ce qu'il adviendra de notre ami Potter et ses amis.
Sur ces mots, il fit demi-tour puis sortit du cachot laissant Blaise seul avec sa solitude et son soulagement. Oui, il était soulagé de n'avoir rien à faire contre celle qu'il aimait et ses amis. Plus Draco retardait à lui demander de l'aide plus il pouvait rester avec sa Gryffondor. Mais au fond de lui il craignait par-dessus tout ce que son « ami » avait en tête …
oO0Oo
Blaise venait de partir rejoindre les Serpentards avant leur ronde quotidienne. Elle décida donc de profiter d'avoir la salle commune pour elle toute seule afin de s'avancer dans ses devoirs. Elle installait ses affaires sur la table quand quelqu'un toqua au tableau. Vu qu'elle n'attendait personne, elle se demanda qui cela pouvait bien être. Elle se dirigea donc vers l'entrée pour ouvrir à son visiteur. Ou plutôt sa visiteuse puisque c'était sa meilleure amie qui se trouvait derrière le tableau.
- Qu'est-ce qu'il y a Ginny ? demanda Hermione curieuse.
- Je n'ai pas le droit de rendre visite à une amie ?
- Si bien sûr que si mais …
- Mais que vaut l'honneur de ma visite c'est ça ?
Hermione hocha la tête pour affirmer les dires de la rouquine.
- Je venais voir si t'étais beaucoup occupée ? Zabini est là ?
- Non il est parti chez les Serpentards pourquoi ?
- Donc tu peux venir avec moi voir Harry ?
- Bien sûr mais tu sais que même si Blaise était là je serais venu. Vous comptez autant pour moi tu le sais.
- Oui je sais mais … j'avais peur.
- Je sais que j'ai manqué le départ d'Harry mais tu sais très bien que c'est la seule journée où je ne vous ai pas vu.
- C'est vrai, dit Ginny en souriant, rassurée par les paroles de la brune.
- Allez viens, allons voir Harry, mes devoirs attendront bien un jour de plus.
- Oh miss Granger vous vous dévergondez ce n'est vraiment pas bien, dit Ginny en imitant leur professeur de Métamorphose, faisant rire Hermione.
- Mais professeur, ce sont les devoirs que vous nous avez donné à faire dans trois semaines sinon tout est fait, répondit Hermione en jouant le jeu.
- Oh, je comprends mieux miss, c'est bien.
C'est en rigolant que les deux filles sortirent de l'appartement en direction de l'infirmerie. Hermione se sentait bien dans ces petits moments où elle était seule avec elle. Ginny avait toujours eu le don de la faire rire quelque soit la situation. Et rire ainsi la libérait. De plus, comme la rouquine était au courant de tout, elle ne devait plus mentir, ne plus faire attention à ce qu'elle disait, c'était un soulagement. Arrivées devant les portes du dispensaire de Pom-Pom, Hermione souffla un bon coup avant d'entrer. Mais sa respiration fut coupée net quand elle aperçut Ron au près d'Harry. Depuis que ce dernier était de retour, elle avait toujours évité les heures de visite réservée à Ron. D'un accord tacite, ils le visitaient chacun leur tour mais jamais en même temps. Elle refusait qu'Harry apprenne leur dispute. Elle tourna la tête vers Ginny et vit le regard désolé de celle-ci. Elle non plus ne savait pas que son frère se trouverait là. Reprenant un visage joyeux, elle se dirigea vers le lit et enlaça son ami sans accorder un regard ni un mot à Ron.
- Comment ça va Harry aujourd'hui ?
- Bien, mieux qu'hier en tout cas, répondit-il après avoir enlacé sa petite amie dans ses bras.
Après ces quelques mots échanger, le silence retomba dans l'infirmerie. Ron n'avait pas bougé du fauteuil près du lit. Ginny resta dans les bras du brun, couchée à ses côtés. Hermione resta debout. Elle ne savait pas quoi faire ni quoi dire.
- Qu'est-ce qui c'est passé pendant mon absence ? demanda Harry curieux de connaitre les bases de cette tension qu'il sentait entre ses amis.
- Rien, à part que tu nous as beaucoup manqué, répondit Ginny en changeant de sujet tout en se serrant un peu plus contre lui. Désolé, ajouta-t-elle en le voyant grimacer.
- Elle a raison, dit à son tour Hermione en s'approchant pour lui faire un bisou sur la joue.
- Si ce n'est que ça, murmura Harry, un peu gêné.
- Si ce n'est que ça ? s'outragea Ginny. On s'est inquiété pour toi quand tu as disparu comme ça sans rien dire et surtout sans te voir revenir.
- Désolé, dit-il penaud.
- Pas grave, le principal c'est que tu sois là, en vie, souffla Hermione pour le rassurer.
- Mais pas indemne, grommela soudain Ron tout en fixant Hermione d'un regard plein de reproche avant de regarder Harry.
Harry le regarda d'un regard que seul Ron pouvait comprendre. Il savait ce que pensait son ami sur son départ. Il savait que ses amis voulaient partir avec lui mais c'était trop dangereux. Dumbledore non plus n'était pas revenu indemne. L'Ordre avait dut intervenir pour le sauver. Mais il ne comprenait pas ce regard envers Hermione. Il n'était pas dupe, il savait que ce n'était qu'une excuse pour changer de sujet de la part de Ginny. Et cette diversion lui fit penser au pire. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer de si grave pour qu'il le lui cache ?
De son côté, Ron comprenait la décision d'Harry mais ne pouvait s'empêcher d'avoir de la rancœur envers lui et surtout envers elle. Il en voulait au brun de ne pas avoir assez confiance en eux pour l'aider. Il n'arrivait pas à empêcher cette petite voix dans sa tête de dire que s'il avait été là, Harry ne serait pas dans cet état. Mais il se disait aussi qu'il n'était pas Hermione. Il était maladroit, moins doué qu'elle. Il n'aurait été qu'un poids pour son ami. Mais il voulait faire quelque chose, n'importe quoi tant que ça servait à détruire ses monstres de Mangemorts. Mais maintenant il en voulait tant à Hermione que pour lui elle n'était plus une personne de confiance. Elle les avait abandonné, sans savoir pourquoi, dans un moment important. Il n'arrivait plus à la croire. Sans savoir pourquoi, son cœur lui dictait de la fuir. De l'éloigner le plus possible d'Harry car elle serait une source de danger pour eux comme pour elle. Avait-il tort ou raison ?
Chapitre corrigé par Julia Erwelin
