Hello, hello,

Je suis contente que More Human Than Human plaise pour l'instant, surtout que je suis pas encore entrée dans le vif du sujet du tout, du tout. Comme j'ai déjà pu le dire, mes prévisions sont totalement obsolètes et ce qui devait se passer dans le chapitre 4 n'arrive même pas dans le chapitre 20 donc... bon !

Un gros merci à LiliEhlm pour la correction de ce chapitre (et des autres !)

Comme la semaine dernière, ce qui ne se passe pas dans le présent-réel est en italique. C'est même la suite directe du chapitre 5 (d'où le "partie II" bien sûr).

Bonne lecture !

PS. Je réponds aux anonymes sur papionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme


Evidemment, Teen Wolf n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. Je me contente de faire mumuse avec le tout.


Chapitre 06 - Repas d'anniversaire (partie II)

Ils avaient décidé, d'un accord qui n'avait rien de très commun et qui ne concernait que Leonard et Robin, de laisser aux autres le soin de trouver un moyen de tuer Peter sans le blesser. C'était totalement à l'encontre des règles du jeu mais tant pis. Il fallait accepter de faire quelques sacrifices, parfois.

La partie de Loups contre Chasseurs avait réellement commencé quelques huit minutes plus tôt. Les deux groupes essayaient de se tendre des pièges, de prendre l'adversaire par surprise afin de mieux pouvoir l'éliminer. Laura avait déjà essayé de griffer son frère mais Derek s'était échappé au dernier moment, se faufilant entre les jambes de son aînée. Jenna avait tenté, elle, de tuer Zachary alors que celui-ci escaladait un arbre pour se mettre à l'abri tout en restant dans le jeu. Là encore, l'attaque échoua.

Depuis le temps qu'ils jouaient ensemble à ce jeu, ils savaient comment réagissaient les autres. Seul Peter était novice. Robin lançait régulièrement un coup d'œil vers le plus jeune fils de ses Alphas. Il s'inquiétait. Il comprenait pourquoi Leonard avait été aussi catégorique dans son refus de jouer avec Peter. Parfois, trouver l'humain n'était pas aussi facile qu'il l'aurait cru et ça rassurait Robin. Beaucoup. Il croisait les doigts et espérait de tout cœur que les autres se souviendraient qu'ils ne pouvaient tuer Peter comme n'importe quel autre de leurs adversaires.

Peter, c'était un peu comme le Big Boss de fin de niveau d'un jeu vidéo et il fallait trouver une botte secrète pour en venir à bout.

Il savait, et les autres avaient intérêt à ne pas l'oublier eux non plus, que ramener Peter blessé à ses parents était une idée aussi mauvaise en théorie qu'en pratique. Le loup-garou était persuadé, quoi qu'en pense l'humain, que Kieran et Hestia considéraient Peter comme n'importe quel autre membre de la meute Hale. Peut-être était-ce pour ça qu'ils oubliaient si souvent l'humanité de leur fils ? Robin en savait rien.

« Jen' ! Éliminée ! » Se réjouit Zachary. En cochon pendu sur sa branche d'arbre, toutes griffes dehors, le jeune blond était fier d'être le premier à avoir tué quelqu'un, fut-ce un jeu.

Mécontente d'être éliminée aussi tôt de la partie, la louve quitta l'espace de jeu en traînant des pieds et maudissant le canari-garou sur son perchoir. Elle shoota dans une motte de terre, rageuse, puis alla prendre place sur le perron, là où Robin et Peter s'étaient parlés quelques minutes plus tôt. Le menton dans les mains, Jenna regardait les autres courir, rire, crier. Ses lèvres se retroussèrent quand elle vit Derek poursuivre sa sœur, son bâton au-dessus de la tête, criant qu'il allait la tuer si elle ne se mettait pas à genoux devant lui en disant qu'il était le roi du monde. Brave Derek. Jenna sursauta quand la porte d'entrée s'ouvrit sur Kieran.

« Peter ! » Cria l'Alpha.

Le jeu s'arrêta net. Quel qu'il fut, l'enfant avait aussitôt stoppé tout mouvement, se figeant telle une statue de pierre. Peter à l'entente de la voix grave de son père ; Cora, Derek et Laura face à leur grand-père ; ou bien Leonard, Robin, Anna, George, Sally, Zachary, Oscar et Liz qui reconnaissaient aisément l'appel d'un Alpha – quand bien même étaient-ils rarement en sa compagnie – plus personne ne bougeait. Tous attendaient la suite.

« Non mais à quoi tu joues, hein ? »

« À Loups contre Sasseurs. » Répondit la petite voix innocente de Cora.

S'il y avait une réponse à ne pas dire, c'était bien celle-ci. De tous les jeux auxquels ils auraient pu jouer, et qui consistaient à se courir les uns après les autres pour s'éliminer, il avait fallu qu'ils optent pour celui qui laissait une place de premier ordre au surnaturel. Le plus dangereux.

« Tu rentres. »

« Mais... »

« Pas de mai... » Coupa Kieran, sec. « Tu rentres, et sans faire d'histoire. »

« Je peux attendre de me faire tuer, au moins ? » Tenta un Peter plein d'espoir.

Le patriarche Hale inspira un coup, fusillant du regard son rejeton. Les poings serrés, la mâchoire crispée, il en voulait à toute cette petite brochette, sans exception. Comment pouvaient-ils avoir si peu de considération pour un des leurs ? Qu'on puisse sciemment en danger le plus faible de la meute, et tout ça pour un stupide jeu, lui échappait.

« Qui sont les Loups ? » Demanda Kieran.

Six petites mains timides se levèrent. Ça allait barder pour leur matricule d'ici cinq... quatre... trois...

« Question : comment comptiez-vous éliminer Peter de la partie ? »

Les jambes ballottant dans le vide, Zachary se gratta l'oreille et grimaça. George et Sally, mal à l'aise, se dandinaient d'un pied sur l'autre, comme s'ils avaient tout à coup une envie pressante. Anna, Liz et Laura, quant à elles, se jetèrent un petit coup d'œil. Ils espéraient tous les six qu'un autre réponde et se fasse tirer les oreilles à leur place. Les Chasseurs, solidaires, étaient silencieux eux-aussi. Au milieu de tout ça, Cora qui cherchait à comprendre où était le problème et pourquoi Kieran était pas content. Bien sûr, personne allait le lui expliquer !

« Je vois... » Soupira l'Alpha, la déception teintant sa voix. « Peter, tu rentres maintenant. Allez, hop hop. Zou. Pas de discussion. Jenna a qu'à retourner dans le jeu pour te remplacer. »

« Sinon on peut changer de jeu. » Proposa-t-on.

Robin écarquilla les yeux. Que ce soit Leonard qui fasse cette suggestion l'étonnait.

« Non, non. Vous avez qu'à continuer. Peter va rentrer, de toute façon. »

Le dos voûté et les épaules basses, le petit humain quitta sa place pour s'en aller rejoindre son père. Son pas était exagérément lent. Il espérait qu'on se rétracte, qu'on lui dise, avec un petit sourire, qu'il pouvait rester du moment qu'ils jouaient à un jeu non-surnaturel... mais rien ne vint. Tous les loups alentours, quel que soit leur âge, sentaient sa déception de quitter la partie alors qu'elle venait de démarrer – et même pas parce qu'il avait été tué !

Robin essaya d'attraper le bras de Peter. Il voulait lui dire que, sitôt la fin de la partie, il viendrait le retrouver à l'intérieur. Peter l'ignora prodigieusement. Pis encore ! Il alla jusqu'à fusiller Robin du regard et cracher qu'il préférait encore rester seul, que c'était ce que l'Alpha voulait, de toute façon.

« Allez Peter. » Pressa Kieran. La lenteur de son plus jeune l'ennuyait. Sa bêtise aussi. Comment avait-il pu accepter de jouer à Loups contre Chasseur en se sachant humain et pas de taille à les confronter ?

« Pas la peine de faire les yeux rouges avec moi. Ça marche qu'avec les loups. Avec les membres de ta meute. » Cracha Peter, assassinant du regard son paternel lorsqu'il eut à passer à côté de lui.

o o o

La porte d'entrée claqua derrière Peter, Kieran toujours dehors. Les conversations, autour de la table qui avait été dressée dans la salle à manger spécialement pour l'occasion, s'arrêtèrent nettes. Hestia soupira. Elle avait écouté, d'une oreille distraite mais ça ne changeait rien, l'échange entre son cadet et son époux. Les autres convives ne s'étaient pas donnés cette peine et ne comprenaient pas ce comportement.

Sans prendre la peine d'enlever ses chaussures, ni même sa veste, Peter se précipita à l'étage. Le jeune humain fit un maximum de bruit tandis qu'il gravissait les treize marches des escaliers. Il tenait à agacer le plus de mon possible et le plus longtemps possible. Il réussirait ! Talia disait toujours qu'il était depuis longtemps passé maître dans l'art d'agacer son monde.

« Je vais aller le voir. » S'excusa Alex.

Talia essaya de le retenir. Elle lui fit remarquer que son frère ne souhaiterait voir personne et qu'il était préférable de le laisser se calmer avant de tenter une approche. Alex l'ignora. Il quitta la meute Hale pour monter rejoindre Peter.

« Je peux entrer, mon grand ? »

« Si c'est Kieran ou Hestia qui t'envoient, non. Si tu es là parce que t'as envie de te taper un crétin d'abruti d'humain à la gomme... c'est toi qui vois. »

Outch. Peter n'utilisait les prénoms de ses parents que quand il avait vraiment quelque chose à leur reprocher, qu'il avait une dent contre eux et que Kieran et Hestia auraient besoin de plus qu'un petit « pardon mon chéri » pour effectivement être pardonnés.

Kieran et Hestia c'était pour quand on lui reprochait de toujours monter le chauffage alors qu'il ne faisait pas si froid que ça, franchement ; quand ils venaient le chercher à l'école et lui reprochaient d'avoir fait semblant de ne pas se sentir bien pour rater son contrôle de chimie ; quand ils soupiraient parce que Peter descendait leur demander quand est-ce qu'ils mangeaient, deux heures après le dîner.

Le père du trio des petits monstres Hale qui couraient, criaient, riaient dans le jardin fut conforté dans sa décision. Laisser Peter se calmer seul dans sa chambre n'était pas une bonne idée. Tali' avait tort. La poignée de porte s'abaissa et Alex mit un pied dans l'antre de son tout jeune beau-frère.

Les chaussures humides de Peter avaient laissé des traces de pas sur la moquette de la chambre. Elles n'allaient pas tarder à en faire de même avec les draps, qui seraient bons pour être changés ce soir. Refermant derrière lui, Alex alla prendre place sur le bord du lit. Il fixa Peter. Ni plus, ni moins.

« Tu sais, je suis presque sûr que, si tu lui demandais, Robin accepterait de laisser tomber le jeu pour venir jouer avec toi ici. » Sourit Alex. « T'es pas obligé d'être seul. »

« Leo a proposé de changer de jeu. De faire un truc plus classique, du genre qu'on fait dans la cours de récré en primaire. Mais il a dit qu'ils avaient qu'à continuer à jouer parce que je devais rentrer quoi qu'il arrive. » Cracha Peter. « Il me sort toujours ses grands discours comme quoi je suis pas si différent qu'vous, que la seule différence c'est la différence que je créée, bla, bla, bla. » Il agita ses mains au niveau de oreilles et tira la langue. Tout ce que son père racontait, c'était des conneries auxquels même lui ne croyait pas. « Si c'était vrai, je pourrais jouer avec eux. »

« Ton père a peur que tu sois blessé. »

« Mais je m'en fous, de ça, moi ! Je peux être blessé sans loups-garous ! Je me suis cassé le bras tout seul, comme un grand ! Je suis différent parce que je me pense différent... mais je me pense différent parce que je suis différent. C'est comme ça. Et lui... lui, il... il accentue tout ça. » Peter expira bruyamment. Irrité par le comportement de son père, tout en ne perdant pas de vue que sa mère n'aurait pas agi différemment. L'enfant oubliait qu'au rez-de-chaussé, quiconque tendait un minimum l'oreille et se concentrait sur leurs voix pouvait les entendre. « Si les autres m'acceptent, c'est parce que je suis le fils des Alphas. Et je parle pas que de Leo, Jenna et tout. Tout le monde. »

« Je ne t'accepte pas parce que tu es le fils des Alphas, Peter. Te dénigre pas autant...3

« Parce que c'est pas tes Alphas. Je sais que tu fais pas réellement partie de la meute. Que tu fais juste partie de la famille... aussi. » L'humain ramena ses jambes contre lui, faisant plus de traces sur sa couverture verte. « Mais tu es un loup. Pas moi. Je fais chier tout le monde, tout ça parce que je suis un satané humain. Mais j'ai rien demandé, moi ! J'ai pas demandé à être humain. Je veux pas être humain ! »

Alex l'écoutait parler.

« La morsure est un cadeau. Pourquoi j'y ai pas droit, moi ? » Peter planta son regard dans celui de son aîné. Sa question attendait réponse. Il n'y en avait pas, pourtant. Ou beaucoup trop.

« La morsure n'est pas un cadeau. Elle peut l'être, mais elle peut aussi être une malédiction. » Alex s'approcha un Peter. « N'oublie pas qu'on ne survit pas forcément à la morsure. Un cadeau qui a cinquante pour-cent de chances de te tuer est vraiment un cadeau, pour toi ? »

Le menton sur ses genoux, les joues gonflées, l'air embêté, le corps entier de Peter criait « non, un cadeau qui peut tuer n'est pas un cadeau ». En revanche, Alex pouvait toujours courir pour qu'il le dise distinctement.

« Tu veux que je te laisse ? »

« M'en fiche. » Peter haussa les épaules. « Mais tu devrais, je pense. Mon père veut que je reste seul, aujourd'hui. »

« C'est pas ç- »

« M'en fiche. » Coupa-t-on. « Je. M'en. Fiche. Dès que je peux, je me casse de Beacon Hills et je reviens plus jamais de la vie. » Sa conversation avec Robin lui revint en mémoire. « Je peux aller loin, moi, si j'veux. Je peux aller à Harvard. C'est bien Harvard, c'est loin Harvard. J'irai à Harvard et j'vous verrai plus. »

o o o

Comme prévu, Peter s'était occupé tout seul. Dans un premier temps, soucieux de bien faire chier son monde, il s'était emparé de sa balle rebondissante, gagnée dans une pochette surprise lors d'une kermesse d'école, et qu'il gardait rangée dans le tiroir de sa table de chevet, et entreprit de la faire claquer contre le mur, la porte, qu'importe. Deux fois. Trois fois. Quarante-deux fois. Il s'était lassé.

Pour faire du bruit, Peter n'avait pas obligation de mettre la main à la pâte. Il débrancha son radio-réveil pour aller le brancher à la prise dans le couloir, celle qui servait en règle générale à l'aspirateur. Il bidouilla un instant. Peter ne se fatigua pas à le remettre à l'heure. Il avait juste à mettre la radio à fond. Lui n'entendrait rien, les loups si. Tant pis si son idée était stupide et gamine. C'était ce qu'il était, un gamin !

Avant de s'en retourner dans sa chambre, Peter retira enfin ses chaussures et les lança du haut des escaliers. La droite arriva tout en bas, rebondissant une paire de fois. La gauche s'arrêta sur l'avant-dernière marche. Bof. Ce n'était pas grave, ça non plus.

« Il se fout du monde. » Marmonna Hestia. Le premier ne l'entendit pas.

« Il s'ennuie. » Alex, assis à la droite de Talia, se mordait les doigts d'avance. Il aurait mieux fait de se taire – et c'était pour ça qu'il ne l'avait pas fait.

« S'ennuyer ne l'autorise pas à ennuyer tout le monde. » Asséna Kieran. « On l'a laissé faire mumuse avec sa balle et voit ce qu'il nous fait ensuite. La radio et les chaussures qui cavalcadent dans les escaliers. »

« Si vous l'aviez laissé jouer avec les autres, peut-être qu'il ne tournerait pas en rond dans sa chambre, tel un fauve en cage. » Talia donna un coup de coude dans les côtes de son époux, qui n'en eut cure. Le bougre souriait, fier de lui. « Vous ne croyez pas ? »

« Alex. » Souffla Kieran, condescendant. « Je ne peux pas laisser un humain jouer à Loups contre Chasseurs. Ce serait irresponsable de ma part. »

« Votre fils. L'humain est votre fils. » Siffla à son tour Alex.

« Raison de plus. »

« Sauf que, apparemment, ils avaient proposé de changer de jeu. Un où il n'est pas question de pouvoirs ou non. » Susurra le loup de la meute Ito. « Puis-je donc me demander pourquoi Peter n'a pas pu rester dehors, avec les autres ? »

Petit à petit, les conversations s'étaient arrêtées. L'attention des invités avait dérivé. L'échange entre Kieran et Alex en était la cause. Peu de loups osaient aussi ouvertement remettre en question les décisions de Hestia et Kieran. La raison était fort simple, ils étaient les Alphas et, aussi bons soient-ils, ils avaient tendance à user et abuser des yeux rouges. Sitôt un loup montrait un peu trop ouvertement son désaccord qu'ils le soumettaient d'un regard. N'était pas né celui qui ferait plier ces deux-là tout en appartenant à la meute Hale.

C'était plus difficile de faire taire Alex. Ils n'appartenaient pas à la même meute. L'allégeance d'Alex ne leur revenait pas – même s'il ne les trahirait pas pour autant et était aussi convié aux réunions de meute. Alex avait Satomi pour Alpha et ne se privait pas de leur rappeler à l'occasion. Quand le couple Hale éprouvait quelques difficultés, voire impossibilités, à faire taire ou flancher le Bêta, par exemple.

« Avant d'être des loups, nous sommes humains. Vous avez tendance à l'oublier. »

« Changeons de sujet, Alex. » Conseilla calmement Kieran, verre de vin en main.

Alex serra des dents. Il accepta d'un signe de tête sec. Il ne dirait plus rien mais n'en penserait pas moins.

o o o

Après une paire d'heures passées seul dans sa chambre, en tailleur au pied de son lit, sa console portable entre les mains, Peter avait fini par se calmer. Oh, il en voulait toujours à son paternel pour l'avoir contraint à un après-midi d'ennui – ou presque –, de l'avoir obligé à rester seul alors même que la maison était pleine de monde et pleine de vie. Il en avait aussi voulu à Robin, et à tous les autres, d'être restés dehors. Il en avait voulu à sa sœur de l'avoir ignoré comme ça. Peter en avait même voulu, mais pas longtemps, à Alex d'être le seul à se soucier de ce qu'il pouvait ressentir. Mais si, si, pour de vrai, Peter s'était calmé !

Le ventre de l'enfant commençait à grogner. Ou ne commençait pas, en fait. Ça faisait un moment déjà qu'il appelait à l'aide sans que Peter daigne toutefois lui donner ce qu'il réclamait à corps et à cris. Battre la Ligue Pokemon pour la cent quarante-cinquième fois, c'était tellement plus amusant et plus important que de s'occuper des « grrrblbl-grrrbl » de son estomac. On ne dirait pas, comme ça, mais jouer ça creusait. Beaucoup. Ou alors pas du tout. Mince alors, il avait quand même rudement faim, là !

Peter décida de repointer le bout du nez au rez-de-chaussé. Debout en haut des escaliers, le nez froncé, pas tout à fait certain d'avoir raison, il finit par inspirer un grand coup. Le jeune adolescent se préparait à prendre l'air le plus adorable possible qu'il avait en stock. Il songeant un instant à jouer les cartes « yeux de chiot » et « toute petite voix » pour aller rappeler à sa sœur que l'heure du gâteau était peut-être arrivée, non mais ! À courir dehors, les autres devaient être tout aussi affamés que lui, si ce n'était plus !

« Taliaaaaa ? »

Au beau milieu du salon, Peter, pourtant, s'arrêta. Robin était avachi sur le canapé en train de jouer à la Game-Boy, tandis que Zachary zyeutait par-dessus son épaule et commentait chacune de ses actions et décisions « Mais... mais non, tu dois pas rappeler Pikachu pour mettre Carapuce à la pla-... mais t'es bête ? ». Laura inaugurait son jeu d'énigmes avec Leonard, Oscar, Liz et Derek. Elle était d'ailleurs occupée à râler après son frère qui lisait comme un manche. Les autres avaient, quant à eux, envahis le salon avec les vieux Lego de Talia, auxquels Peter n'avait jamais accroché. Ce qu'il préférait, lui, c'était construire sans devoir tout démonter ensuite. Des voitures, des vaisseaux spatiaux, des dinosaures, des tas de trucs avec des modèles qu'il pouvait ensuite entreposer et exposer dans sa chambre et dans celle de Talia – qu'il envahissait peu à peu.

« Hey, Peter ! » Sourit Robin en tournant la tête vers lui. « Dis, t'es toujours d'accord pour faire des échanges ? J'ai une paire de Pokemon qui attendent de l'être pour évoluer. »

Peter bloquait. La ribambelle de loups était à l'intérieur depuis combien de temps, au juste ? Pourquoi personne était monté pour venir le chercher ? Robin aurait très bien pu le faire. Il avait l'air de l'attendre, en plus. Ce n'était cependant pas ça qui dérangeait le plus le jeune fils des Alphas Hale.

Des assiettes étaient abandonnées sur la table basse du salon. À côté d'Oscar. Sous le pied de Cora, qui se faisait rouspéter par Anna à ce propos car elle mettait des miettes partout.

« T'as déjà soufflé les bougies ? »

« Baaah, ouais. » Sourit Laura. « M'man nous a appelé tout à l'heure pour le gâteau. Papy, il a fait les photos, et tout, et tout pendant que je soufflais. Et Ricky a dit qu'il retoucherait les photos pour qu'elles soient biens ! »

« Vous... avez fait les photos ? »

« Ouais. » Laura regardait son oncle sans comprendre sa moue perdue et déçue. « Moi, papa et maman. Moi, Derek et Cora. Moi et touuut le mooonde. »

« Oh. »

Depuis la table, Talia suivait son frère du regard. Elle écoutait ce qui se disait dans le salon. Peter, une minute plus tôt, cavalcadait dans les escaliers et l'appelait, tout content. Il donnait à présent plutôt l'impression d'avoir envie de retourner s'enfermer dans sa chambre et ne plus en sortir, cette fois. Talia décrocha totalement de ce qu'était en train de lui raconter sa cousine au sujet de ce voisin un peu trop envahissant avec ses nains de jardins, qui n'avaient de nains que le nom.

Timide et peu assuré, Peter contourna la construction foireuse d'Oscar et s'approcha de la table. Là aussi, des assiettes à dessert devant chaque invité. Des assiettes sales. Des assiettes utilisées. Toutes. Sauf la sienne. Il arriva au niveau de sa sœur et son mari. La main à quelques centimètres de l'épaule de la première, Peter se ravisa au dernier moment et dérangea à la place Alex. Talia tiqua. Cette préférence était douloureuse.

« Qu'est-ce qui se passe ? » Souffla Alex.

« Y-y reste du gâteau ? »

« Je vais voir ça. » Le premier sourit. « Viens. Prends ton assiette avec toi. »

« Je peux m'en occuper, Al'. »

« T'occupe. » Marmonna-t-il à Talia. « Je m'occupe de ton frère. »

Alex recula sa chaise. Il attira quelques brefs regards sur sa personne, avant qu'on ne comprenne qu'il ne se passait rien d'important. Une main se posa sur l'épaule de Peter qu'il incita ainsi à avancer.

Dans la cuisine, la vaisselle s'amoncelait. L'humain, horrifié, se demanda comment ses parents pourraient venir à bout de tout ça ! Une quantité astronomique de verres, à pieds, flûtes et autres joyeusetés, patientait près de l'évier. Des montagnes d'assiettes avaient été posées sur la table de la cuisine. Plats, casseroles, fouets et passoires traînaient ça et là. Ils allaient passer une éternité les mains dans l'eau et un torchon entre les doigts ; et tout autant de temps à tout ranger, nettoyer, astiquer pour que ce soit parfait et bien comme il faut. Peter grimaça. Pourvu qu'il ne sont pas invité à leur donner un coup de pouce. Ce qu'il pouvait avoir horreur de la vaisselle avec sa mousse qui gratte. Et le nettoyage ! Et tout le reste !

« Vous en avez pour six mois de nourriture, là. » Plaisanta Alex. « T'en fais pas, tout le monde va repartir avec un petit peu. T'auras pas à manger des haricots verts jusqu'à ta mort. » Il lui donna une petite tape dans le dos. « Bon alors... le gâteau. Si jamais tu le vois, dis-le moi, hein. »

Ils ne le trouvèrent ni l'un, ni l'autre. Le plateau de fromage, oui. Le reste de purée aussi. La viande également. Les cadavres de sodas, de champagne, de vin, assurément. Les emballages de l'apéritif, pas de problème. Tout ce qu'ils ne cherchaient pas était là. Alex, de nature impatiente, eut tôt fait de baisser les bras. Au contraire de Peter qui, poussé par son ventre et sa gourmandise naturelle, continuait à fouiner un peu partout dans la cuisine.

Plutôt que de regarder partout et nulle part à la fois, le loup-garou trouvait plus judicieux d'aller demander directement à celui qui avait été le ranger.

« Kieran ? Est-ce que vous savez où est le gâteau aux fruits rouges ? » Demanda-t-il, léger. « Chocolat y a plus, mais l'autre n'était pas... »

« Il n'y en a plus non plus. » Sourit l'Alpha Hale. « Zachary est venu m'en redemander une part tout à l'heure. »

Pas besoin d'une ouïe hors du commun pour entendre, depuis la cuisine, ce qui se disait dans la pièce voisine. Aussi nombreuses fussent les conversations qu'il y avait à côté et qui parasitaient tout, aussi forts les rires des uns et des autres, la grosse voix de Kieran ne passait jamais inaperçue. Et certainement pas aux oreiller bien habituée de Peter.

« Peter n'en avait pas eu. »

« Peter boudait dans sa chambre. Il ne peut pas bouder et espérer qu'on arrête tout, le temps que Monsieur cesse ses caprices. »

Il serra les poings, serra les dents. C'était pas juste.

« Ses caprices ? » S'indigna Alex, encore une fois. « Il voulait jouer avec les autres et vous l'avez stoppé. Vous les avez empêché de changer de jeu et obligé Peter à rentrer. Faut pas s'étonner qu'il saute pas au plafond. »

« Il n'avait qu'à descendre lorsqu'on l'a appelé. »

Alex était dans l'encadrement de la porte entre la cuisine et la salle à manger. Peter se faufila pour retourner dans la pièce à vivre. Son père le regarda, l'air à peine désolé.

« J'ai pas entendu. J'avais mis mon casque et... »

« Casque ou non, quand on est en haut et que quelqu'un, en bas, nous appelle... on l'entend distinctement. »

La bouche entrouverte, le petit humain dévisageait son père. Trahis. Il se sentait trahis, pour la seconde fois de la journée. Peut-être était-il un peu trop dramatique, sa mère et sa sœur avaient tendance à dire qu'il l'était, mais c'était pas un problème. Il estimait avoir le droit d'être dramatique. D'autant plus que Peter n'avait jamais trouvé que la maison était si mal insonorisée que ça.

« J'ai pas entendu. » Se contenta de dire Peter.

« Tu n'as pas... »

« Je suis humain ! » Tant pis s'il venait de couper la parole à Kieran. « J'ai, j'ai pas entendu parce que je suis humain. J'j'ai pas entendu parce que vous êtes des l-loups-garous et qu'en tant que loups-garous, vous pensez que tout le monde peut vous entendre, tout le temps. Mais non. Nàn ! Tout le monde peut pas. Les humains peuvent pas. On voit moins bien que vous. On sent moins bien que vous. On entend moins bien que vous. » Sa voix chevrotait. « J'entends moins bien que vous. Parce que vous m'avez lou-loupé. » S'énerva Peter, les larmes aux yeux.

Tout ça pour un gâteau. Il se retrouvait à hurler après son père car il n'avait pas eu de gâteau. C'est clair que, vu de cette manière, il était totalement en tort. Ou tort ou pas, Peter s'en moquait. Il continua sur sa lancée. Il avait passé l'après-midi à ruminer, à essayer de ne pas voir le mal partout, de se dire qu'Alex avait raison et que c'était juste parce que son père s'inquiétait... mais c'était trop.

« Je suis pas différent, hein ? C'est ça que tu m'dis tout le temps ? Alors pourquoi j'ai dû rentrer tout à l'heure ? » L'enfant souffla. Vu le regard noir de son père, et celui de la même teinte de sa mère, ça allait barder pour son matricule une fois tout le monde parti. Foutu pour foutu, autant poursuivre sur sa lancée et se faire plaisir. « Parce que je suis différent. Parce que je suis un putain d'humain de merde ! » Kieran le regardait, impassible. « Mais je suis humain que quand ça t'arrange. Ou que quand tu y penses. Et c'est pas mieux. Je trouve même ça pire. » Peter se frotta le visage et essayait d'empêcher ses larmes rageuses de couler. « Si c'est que quand ça t'arrange, c'est que tu le sais et que tu t'en fous. Si c'est quand t'y penses, c'est juste que tu t'en fous. Et toi aussi tu m'as oublié. »

Peter s'était tourné vers Talia. Il la regardait, déçu. La foudroyait des yeux, elle aussi. Muette, sa sœur n'avait pas perdu une miette de ce qui s'était dit. De ce que Peter avait dit. Kieran n'avait rien ajouté. Il n'avait même pas cherché à interrompre son fils ou lui faire baisser d'un cran. Sa serviette dans la la main, il la serrait, énervé, mais se taisait.

« J'te déteste. » Cracha Peter à son aînée. « Et vous aussi. » Cette fois, il regardait ses parents. « Je vous déteste. »

« Dans ta chambre. » Ordonna Hestia, calme. « Je ne veux plus te voir. »

Ses doigts jouaient avec le bout de son sweat au même titre que son père triturait sa serviette. Peter mordillait sa langue. Nerveux. Juste un petit peu. Cet ordre faisait mal. Les mots de sa mère plus encore. 'Je ne veux plus te voir'. 'Je ne veux plus te voir'. Après ce qu'il venait de dire, avait-il encore le droit de s'en plaindre et d'être blessé ?

Son regard se durcit et, après un coup d'œil bref vers Alex, qui le regardait désolé et faisait de petits signes de tête « Non. Ne fais pas ça, Peter. N'envenime pas la situation. Montre-toi plus malin ». Peter fit ça. Il en avait marre d'être plus malin, de jouer l'intelligent pour compenser la force et les capacités qu'il n'avait pas.

Peter alla chercher ses chaussures, les enfila en vitesse, sans prendre la peine de les lacer... puis quitta la maison, non sans oublier de claquer la porte d'entrée une dernière fois.

o o o

Peter se débattait contre ses draps. Enroulée autour de sa jambe, la couverture le faisait paniquer. Il se sentait privé de mouvements. Il était privé de mouvements. S'il ne pouvait plus bouger à sa guise, c'était qu'il l'était. Ça ne le rassurait pas. Il en oubliait presque l'endroit où il se trouvait. Presque. L'odeur de Stiles, endormi à ses côtés, bavant, encore une fois plus, sur l'oreiller qu'il serrait sous sa tête, le rassurait à un point que Peter n'aurait pas cru possible. Malgré ceci, l'avocat quitta tout de même la chaleur du lit pour se risquer à l'air libre.

Les jambes flagadas dans un premier temps, toujours pas parfaitement rassuré, Peter s'aida du mur pour avancer jusqu'à ce qu'il se sente plus sûr. Ce ne fut pas long. En un claquement de doigts, griffes et crocs s'étaient rétractés. De sa récente panique, il n'y paraissait. Il se massa le cou, inspira un coup, ferma les yeux. Tout allait bien. Il était à la maison. En sécurité. Il ne risquait rien. Ne détestait personne. Peter passa rapidement par la salle de bain, se passer un peu d'eau sur le visage pour définitivement quitter Morphée et ses idées de rêve à la con, puis descendit à la cuisine.

Le loup-garou remplit la bouilloire et la mit à chauffer. Appuyé contre le plan de travail, le regard fixé sur la pendule grise accrochée au-dessus de la porte – et qui l'avait toujours prodigieusement agacé avec ses tics et ses tacs incessants – Peter attendait que l'eau soit prête. Des question plein la tête, il se demandait ce qui lui arrivait.

Et il n'était pas certain de vouloir savoir.


Fin du sixième chapitre.

Encore une fois, Alex est celui qui a le beau rôle. Kieran est pas très doué/maladroit avec son fils. Talia et Hestia ne sont pas beaucoup mieux elles non plus.

Bon ? Pas bon ? Moyen ? Autre ? Pas assez long ? Trop long ? Manque de description ? Surtout pas plus de description, nom de dieu !? Pas assez de zombies-renards ?

Si jamais quelque chose vous échappe ou vous semble aussi clair qu'un poney rose... n'hésitez surtout pas à le dire !

A bientôt pour le septième chapitre, Réunion.

Skayt