Hello, hello,

C'est "déjà" le huitième chapitre. Ca me fait bizarre (surtout que je suis en train de terminer le chapitre 17 et que mon brouillon du chapitre 23 a été bouclé hier). Je suis contente que ça vous plaise pour le moment, même à des gens pourtant pas attirés par le Steter à la base !

Un graaaaaaaaaaaaaaand et groooos merci à Liliehlm pour ses corrections !

Ce qui ne se passe pas dans le présent-réel est, comme les fois précédentes, en italique. Ce qui revient, cette fois encore, à une bonne partie du chapitre.

Bonne lecture !

PS. Je réponds aux anonymes sur papionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme


Evidemment, Teen Wolf n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. Je me contente de faire mumuse avec le tout.


Chapitre 08 - Oncle et neveu

Stiles et Peter rentrèrent séparément. L'un dans la Jeep, l'autre dans la Chrysler. Il n'était pas difficile de deviner qui se trouvait au volant de quoi. Ils s'étaient rendus chez les McCall directement après le travail – l'un avait presque dû s'enfuir à quatre pattes du bureau pour réussir à être à l'heure. Ils avaient, de ce fait, chacun leur propre véhicule à ramener. Aucun des deux ne voulait abandonner sa chère et tendre voiture sur le parking devant chez les McCall. Même pour une nuit.

Ils arrivèrent à bon port à quelques minutes d'intervalle seulement. Le second ayant eu la chance de se taper la moitié des feux rouges de la ville. Après avoir verrouillé sa voiture, le loup-garou n'avait pu manquer l'hyperactif à quatre pattes dans le parterre de fleurs, devant la maison. Malgré les années, Peter arrivait encore à s'étonner des imbécillités de son compagnon, notamment son talent inné pour faire tomber ses clés dans les pires endroits imaginables pour un humain. Peter fronça les sourcils. La tête penchée sur le côté, il se garda bien de faire connaître sa présence à son cadet. Autant profiter du spectacle !

« Ah. ah. Aaaah ! Attrapées ! » S'enthousiasma Stiles, brandissant son trousseau de clé telle un quelconque trophée fictif mais durement gagné. Sans omettre la danse de la victoire, de rigueur dans de pareils moments, l'humain se précipita sur le perron – se prenant les pieds dans la marche et manquant de se fracasser le nez sur la poignée entre-temps. Il commença à pester, ne trouvant pas la serrure, et fit un bond lorsqu'on souffla dans son cou. « T'es là depuis quand, toi ? »

« Suffisamment longtemps pour savoir que tu as encore fait tomber tes clés dans les rosiers. » Peter ricanait. S'il y avait bien une qualité qui manquait à l'avocat, c'était la compassion.

« T'es au courant que c'est pas drôle ? » Stiles ronchonnait. Il avait le droit de se moquer des autres mais les autres n'avaient certainement pas celui de rire de lui. « Bon. D'accord. Peut-être que si, mais c'est pas une raison. » Le lycan le fixait, sans un mot, sans un bruit. Peter se contentait de le regarder. « D'aaaccord. C'est peut-être totalement une raison. Mais être une raison n'est pas une raison pour se moquer. Je suis formel. » Peter ne détournait toujours pas le regard. « Et arrête de me regarder avec tes yeux, là, c'est flippant. T'es flippant. »

« Bon, il ouvre la porte, le flippé, ou il souhaite passer la nuit dans le jardin ? »

« Y risque de faire froid, dehors, non ? »

Tout occupés qu'ils étaient à se chamailler et se donner l'illusion que tout allait bien entre eux, ils ne portèrent nulle attention à l'homme debout de l'autre côté de la rue et qui ne les quittait pas des yeux.

o o o

Pour la seconde fois consécutive, le couple avait préféré commander plutôt que de se casser la tête à préparer le dîner. Ils ne savaient même plus ce qu'il y avait dans le réfrigérateur, de toute façon, excepté une bouteille de jus d'orange, deux litres de lait, un demi-pot de confiture de poire et du beurre. Ils iraient loin, avec ça ! Peut-être y avait-il davantage dans les réserves du garage ? Tant pis. La flemme d'aller voir. De cuisiner. De réfléchir à quoi faire.

Calé sur le canapé, la tête de Peter sur les genoux, Stiles l'avait laissé choisir le programme télé de la soirée. Il n'avait pas protesté, pas même pour la forme. Dans un rituel, inusité ces dernières semaines, le loup-garou avait laissé la lumière de la salle à manger allumée avant de venir s'installer dans le salon et squatter les jambes de son compagnon. Si jamais l'humain avait, pour une raison quelconque, envie ou besoin de bouger, mieux valait qu'ils ne soient pas dans le noir total. Stiles avait la fâcheuse manie de se cogner dans tous les meubles à sa portée – ou à l'opposé total, allez comprendre.

« Tu réponds pas ? » S'étonna Stiles. Son attention quitta momentanément Criminal Minds pour se diriger vers le portable, égaré entre deux coussins du canapé, qui sonnait.

« Bien vu, Sherlock. » Marmonna Peter. La voix étouffée par le pantalon de Stiles. Somnolant. « C'est Catherine. »

« Comment tu peux savoir ? »

« Cath' et toi êtes les seuls susceptibles d'appeler à cette heure-ci. Et, puisque de toute évidence ce n'est pas toi... c'est elle. » Le loup soupira et bailla. « Je suis parti sans rien dire, tout à l'heure. J'ai laissé mes dossiers à Harry et... elle doit m'en vouloir. » Ça n'avait pas l'air de beaucoup l'inquiéter. « Demain, elle mettra probablement du sucre dans mon café. Je suis sûr que c'est pour ça qu'elle insiste tant pour me l'apporter. Pour m'obliger à être gentil. » Peter souriait. « Elle a toujours fait ça. »

Curieux de voir si l'autre avait tort ou raison, Stiles se pencha pour saisir le téléphone du lycan. Sans devoir demander le code de déverrouillage, ce qui fit grogner Peter qui allait encore une fois devoir en changer, l'humain alla voir dans l'historique d'appel. Il put constater que Peter avait eu raison, ce qui le fit sourire.

« Catherine, c'est ton Scott, en fait. En plus féminine. Et plus intelligente. Et plus grande. Et plus mignonne. Et plus fiable. Et plus tout, en fait. » Conclut Stiles. « Je peux te la piquer ? »

« Pas touche. Tu as Lydia, toi, niveau fiabilité. »

« Tu as Lydia aussi, j'te ferais dire, mon cher. »

« Tu parles. »

o o o

Sac en bandoulière sur l'épaule. Casque sur les oreilles. Baladeur dans la poche. Peter zyeutait, de temps en temps, vers les quelques collégiens qui attendaient leurs amis devant la grille en faisant les andouilles. Il soupira, effaré. Quelle plaie ! Pourquoi était-il celui chargé de ramener Derek après les cours ? Sérieusement, quoi ! Tout ça parce qu'il finissait une demi-heure avant son neveu, que Talia était encore avec ses élèves à cette heure-ci et qu'Alex rentrait tout juste avec Laura et Cora.

Il ratait un entraînement de basket exprès pour cette tête de pioche, en plus. Heureusement que le coach était compréhensif et l'avait laissé filé – après quelques secondes de silence, pour faire grimper la tension, qu'il disait, le timbré. Peter avait beau adorer son unique neveu, et être plus proche du gamin de onze ans que de ses nièces de quatorze et neuf ans, ou sa propre sœur... ça n'en devenait pas moins casse-pied pour autant. Entre jouer au basket ou poireauter comme un gland devant une grille fermée, le choix était simple.

Après un rapide coup d'œil à sa montre, Peter constata que ça n'allait plus tarder à sonner. Il arrêta sa musique et rangea tout son attirail pour, à la place, se concentrer sur l'immonde bâtisse devant laquelle il attendait. Le lycéen se redressa quand, enfin, la sonnerie résonna. Il grimaça. Ils avaient gardé l'affreux carillon qui donnait envie de se tirer une balle à chaque fois qu'on l'entendait – donc plusieurs fois par jour – la bande de crevards !

Peter ricana quand il vit le flot de collégiens, les plus vieux comme les plus jeunes, qui se hâtaient vers la sortie. À croire qu'ils attendaient de s'y précipiter depuis des heures. C'était certainement le cas. Le matin, leur deuxième pied ne devait pas encore avoir franchi la grille qu'ils devaient déjà mourir d'envie de faire demi-tour et retourner se lover sous leur couette.

« Der' ! »

Le petit loup-garou regarda rapidement vers son oncle, ne pouvant ne pas réagir suite à son appel, et l'ignora. Il parlait avec Jason et Emma, là, et ce n'était pas Peter qui allait l'empêcher de traîner un peu devant les grilles et couper court à leur conversation. Ce dernier avait beau ne pas être responsable de la situation, il la subissait même autant que lui – voire plus car il n'était même pas surnaturel – mais Derek lui en voulait quand même.

Il n'avait pas besoin que l'on vienne le chercher à la sortie. Il avait onze ans, mince alors ! Ce serait quoi, une fois au lycée ? Laura qui venait lui renouer ses lacets défaits ? Peter qui arrivait au galop sur son noble destrier pour le défendre contre les grosses brutes de terminale qui chercheraient à le tourmenter car il était un Hale, et qu'ils ne supportaient pas les manières de Laura l'année précédente ? La bonne blague. C'était lui le loup-garou. Peter n'était qu'un humain.

« Derek ! »

Derek, encore, tourna la tête vers Peter. Il s'en détourna immédiatement. Pas question de perdre le fil de la discussion à cause de son oncle. Jason et Emma n'avaient guère besoin de plus de deux secondes quatorze centièmes pour le perdre quand il était concentré... alors quand il ne l'était pas...

L'humain regardait son loup-garou de neveu agir et n'en voulut que plus encore à sa famille de lui imposer ça.

« Y a quelqu'un qui t'appelle. » Jason souriait, content de pouvoir, pour une fois, dire ce genre de chose à Derek qui semblait toujours tout voir, tout entendre.

« Pff, laisse. C'est qu'mon oncle. »

« Ton oncle ? On dirait qu'il est à peine plus vieux qu'ta sœur. » Le lycan fusilla la petite rousse du regard.

« Il est à peine plus vieux que ma sœur. »

Peter, plus à son aise dans la rue, ou perdu au milieu d'une bande de collégien en l'occurrence, qu'auprès de sa famille, se fraya un chemin parmi la horde de gosses qui parlaient, criaient, couraient, se sautaient dessus comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des lustres. Il évita une paire de fois de se faire bousculer, leva les yeux au ciel à chaque « pardon » machinal qu'il recevait et n'appréciait pas davantage les fois où il n'y avait pas droit alors qu'on venait de lui donner un coup de coude dans le ventre. Il. Détestait. Ce. Collège. Et plus encore les microbes qui y étudiaient.

« Bon, Derek, on y va. » Il attrapa le fils de sa sœur par la capuche et le tira en arrière.

« Mais attends, je... »

« Je fais que ça, t'attendre. » Siffla Peter. « Et je t'ai assez attendu. Je pourrais être rentré à l'heure qu'il est, sauf que j'ai dû poireauter comme un crétin pour t'attendre. Alors maintenant t'es bien gentil, mais t'arrêtes de faire chier ton monde et tu te magnes. »

La prudence est une qualité trop souvent mise de côté. Pas chez Jason. L'ami de Derek recula prudemment d'un pas. Il dépassait d'une bonne tête le loup-garou, qui n'avait jamais été très grand fallait dire, et avait des cheveux bruns coupés courts. Son sac à dos Batman entre les jambes, le collégien était un ami de longue date de Derek. Ils étaient dans la même classe depuis la première année et ne s'étaient jamais vraiment quittés, avaient toujours dû se supporter – et souvent en tant que voisin de pupitres –, juste disputés à plusieurs reprises.

De la famille de Derek, il connaissait les parents. La très sérieuse Talia, qu'il aurait aimé avoir comme institutrice, et l'intimidant Alex. S'il venait à les croiser dans la rue, Jason saurait aussi reconnaître les sœurs Hale, Laura et Cora. L'oncle était peut-être nouveau dans le paysage, mais Jason préféra d'office s'en méfier et s'en écarter. C'était un Hale et tous les Hale étaient inquiétants. Derek compris. Règle vérifiée.

« Peter... » Grogna Derek, se dégageant de la prise de son oncle.

La petite rousse et le grand brun ne voyaient plus que le dos de leur ami. Derek s'était tourné vers le fameux Peter, certainement pour le foudroyer du regard et lui cracher une ou deux bêtises qu'il regretterait dans l'instant. Mal à l'aise, c'était toujours délicat de se faire spectateur d'un différend familial. Emma, comme Jason, fut surprise quand Peter fit un pas en arrière suite au grognement de son neveu. La bouche entrouverte, comme choqué par la réaction de son cadet, le lycéen était sans voix. Pas pour longtemps.

« On y va. » Son regard manquait d'assurance. Pas son ton. « Derek. On y va. »

« Sinon quoi ? » Le plus petit avait conscience de la limite avec laquelle il jouait, de la frontière sur laquelle il dansait. S'il ne s'arrêtait pas bientôt, Peter lui en voudrait pour de vrai. Ses parents aussi... enfin, ça, c'était seulement si Peter caftait. « Tu crois que toi tu m'fais peur ? »

À peine eut-il posé sa question que Derek la regretta. Beaucoup. Pas parce qu'elle blessait Peter, c'était là tout le but de la manœuvre, après tout. Pas non plus parce que son père le tuerait s'il venait à apprendre son comportement. Sa mère aussi. Si Derek se mordait les ongles maintenant, c'est parce que Peter n'avait plus l'air aussi inquiet qu'une seconde plus tôt. Sa peur s'était envolée sitôt Derek avait-il voulu jouer au grand – à l'abruti, surtout.

« Si tu veux jouer à ça, n'oublie pas tout ce que je sais et que ta mère ignore. » Le lycéen parlait d'un ton posé. Sa menace à peine voilée. « On y va, Derek. »

« J'crois que tu dois y aller. » Jason souriait, toujours peu à son aise. Ce qu'il pouvait abhorrer les Hale et leur étrangeté !

o o o

L'oncle et le neveu avançaient côte à côte, sans une parole. La mâchoire crispée, une main tenant fermement la bretelle de son sac de cours qui n'avait de cesse de glisser de son épaule, Peter marchait d'un bon pas. Il ne faisait rien pour aider Derek, lui simplifier la tâche. Rien non plus pour pour lui permettre de le suivre facilement, sans puiser dans ses facultés de loup-garou. Le morveux voulait lui rappeler qu'il était un lycanthrope, à son contraire ? Qu'à cela ne tienne, qu'il assume à présent ! Le collégien suivait. Pas une plainte de sa part. Peter ne serait que trop heureux d'en entendre une.

« Peter ? Je pense q- »

« La ferme. » Coupa l'aîné. Il se tourna vers son neveu qu'il fusilla du regard. « Tu avances et tu te tais. Tu ne coures pas. Tu ne grognes pas. Tu ne sens pas. Tu n'entends pas. Tu ne parles pas. Entendu ? »

« Tu viens de dire que j'ent- » Sourit Derek, se ravisant. « Oui. Entendu. Mais je pense que... »

« Et tu ne penses pas ! » Le cœur de Peter battait un peu trop rapidement. Il n'était pas seulement en colère, il était blessé. Il avait souffert, et souffrait, des mots de Derek, de celui qu'il considérait comme son petit frère. « Je dirai à Tal' que je ne peux plus passer te chercher le soir et sacrifier des entraînement. Tu te débrouilleras pour rentrer. Tu resteras à l'étude pour attendre ton père, Laura viendra te chercher, je m'en tamponne... mais je. Ne viendrai. Plus. » Au milieu de la réserve, l'endroit était idéal pour se libérer d'un poids. « Tu veux faire ton malin, Derek ? Paies-en le prix ! »

Les yeux fermés, Derek ne répondit pas. L'oreille aux aguets, il n'avait pas écouté les dernières paroles de son oncle furax. Il s'était détourné du cœur trop rapide de son aîné pour, plutôt, se focaliser sur le reste. À quelques mètres, encore trop loin pour que l'oreille humain de Peter les perçoivent, des pas et des branches que l'on écrase. Des voix. Inconnues, les voix. Des bruits comme dans les films. Le loup-garou rouvrit grand les yeux et, sans réfléchir, attrapa la main de Peter.

« Faut qu'on y aille. »

Peter repoussa son neveu. Un peu trop brusque ? Le lycéen n'en avait cure. Le mioche l'avait mérité. Il n'aurait même pas mal ! Fesses au sol, les mains de part et d'autre, Derek n'émit aucune protestation. Il était trop inquiet pour y songer. Ses jambes tremblaient. Les yeux ronds, il fixait, sans ciller, la même direction depuis tantôt. Ça s'approchait. Ça n'était plus très loin. Ça sentait le roussi.

« Der' ? » Les sens humains de Peter se mettaient à leur tour en alerte. Le plus vieux s'approcha de son cadet et l'aida à se redresser. Tout en regardant partout alentours, Peter, une main dans le dos de Derek, le fit avancer. « Viens, on y va. On s'en va. »

Ils n'étaient pas supposés croiser qui que ce soit dans cette partie de la réserve, surtout si proche de la maison. À l'occasion, quelques randonneurs égarés – les sentiers étant, par endroit, mal délimités – mais ce n'était pas la meilleure période de l'année pour se balader dans les bois. Les voix se faisaient de plus en plus fortes. Les pas de plus en plus proches.

Oncle comme neveu craignaient la même chose, chasseurs.

« Si je te dis de courir, tu balances ton sac dans les feuilles et tu cours. » Murmura, entre ses dents, Peter, faisant passer Derek derrière lui. « Tu te retournes pas. Tu regardes pas si je te suis. Tu fais comme ta mère t'a appris, tu cours, tu fuis, tu sauves ton cul. »

« Et toi ? » Chuchota le petit loup.

« Moi ? » Le lycéen n'était pas certain de ce qu'il allait répondre. « Je suis humain. »

Peter reculait. Un pas. Arrêt. Il relevait les yeux pour s'assurer qu'ils étaient toujours seuls. Un pas. Arrêt. Peut-être devraient-ils courir, plutôt que reculer. Un pas. Arrêt. Pas moyen. Il avait déjà du mal à reculer d'un pas alors courir à toutes jambes ? Un pas. Arrêt. Il vérifia par-dessus son épaule que Derek était toujours bien caché derrière lui. Un pas. Arrêt. Le gamin entendait les battements frénétiques du cœur de son oncle. Sa peur montait crescendo. Un pas. Arrêt. Un pas.

« Là ! »

Arrêt total. La main droite cachée dans son dos, la prise que Peter avait sur le blouson de Derek se fit plus forte. L'humain tremblait. Était terrorisé. Il n'aurait pas agi différemment face à une bête sauvage. Ou peut-être que si. Depuis tout petit, il avait dû vivre au milieu des loups. Des hommes, sa famille, des loups quand même. Les bêtes sauvages, ça faisait tout de suite nettement moins peur que des humains effrayés par les-dites bêtes sauvages – oui, bon, toujours sa famille.

« Prépare-toi. » Murmura Peter.

S'il continuait à le tenir comme ça, Derek ne voyait pas trop comment il pourrait s'enfuir à toutes jambes.

« Y en a deux ! » Cria un des hommes de tête, chargé d'alerter ceux qui suivaient pour qu'ils se préparent au besoin. « Dont un gamin. »

Peter ferma les yeux. Il priait pour un miracle. Suppliait une force supérieure quelconque de leur filer un petit coup de pouce. N'importe quoi ! Une branche qui tombe sans raison apparente, qui attirerait l'attention des chasseurs – c'était ce qu'ils étaient, sinon pourquoi les repérer ? - et leur offrirait une issue de secours fort appréciable. Un extra-terrestre qui passe au-dessus de leur tête et décide d'enlever précisément ces gaillards-là, qui paraissent être de parfaits spécimens du genre humain, candidats idéaux pour une dissection en bonne et due forme.

« Pet' ? On devrait courir, je pense. »

« Attends un peu. Si c'est des chasseurs et qu'on reste là, y vont peut-être penser qu'on est humain. »

« Mais je suis pas... »

« Tu es humain. » Asséna Peter. « Pas que... mais humain. » Sa voix déraillait. Il n'avait pas été préparé, lui, à faire face aux chasseurs. Il n'était pas supposé en avoir peur et trembler de tout ses membres à leur vue. Il était plutôt de ceux qu'ils étaient censés protéger, sauver en tuant les lycans. « Tu es humain. Tu es humain. Tu es humain. Tu es humain. Tu es hu- »

Le lycéen répétait encore et encore ces trois mots et oubliait de continuer à reculer. Derek tenta de reprendre la cadence. Un pas. Arrêt. Machinalement, Peter entama le même processus que son neveu. Un pas. Arrêt. Un pas. Arrêt. Un pas.

« Hep ! Vous deux, là ! On bouge pas ! »

« Tu es humain. Tu es humain. » continuait l'humain, la voix de plus en plus chevrotante, une larme coulant sur sa joue. « Oublie pas. Tu cours. »

« Mais... »

« I-ils voudront d'a-d'abord le plus v-vieux. M-moi. » Souffla-t-il, se passant nerveusement une main sur le visage. Quand bien même l'aurait-il voulu, Peter n'aurait pu s'enfuir, tétanisé qu'il était. « Q-quand ils... se rendront compte que... que je suis qu'hu-qu'humain... y, y m'laisseront partir. » Derek le trouvait aussi convaincant qu'un dentiste qui promettait que ses soins n'allaient pas être douloureux. Menteur ! « Y m'laisseront partir. »

« Et s'ils te laissent pas partir ? »

Peter jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et souffla par le nez.

« Tu m'aides pas, là. »

o o o

Ils étaient proches. Très proches. Trop proches. Beaucoup, beaucoup trop proches. Derek n'aimait pas se savoir aussi près d'un groupe de chasseurs. Il n'aimait pas non plus savoir Peter aussi proche d'eux. Lui, à part s'il se prenait une balle en argent, il guérirait vite. C'était monsieur Deaton, le vétérinaire, qui l'avait rassuré à ce propos – oui, dans le genre rassurant, c'était pas très bien placé, les câlins de Peter étaient nettement plus efficaces – à l'époque où il faisait des tonnes de cauchemars sur des chasseurs qui voulaient le tuer avant de le manger tout cru – ou cuit à la broche. Peter ne guérissait pas rapidement, lui. C'était lent. C'était douloureux.

« Le grand est un Hale ! »

Les dents plantées dans sa lèvre inférieure, au lieu de mordre sa langue, il n'était pas sûr que ce soit mieux, l'humain inspira un coup et bloqua sa respiration un instant. Calme. Il devait rester calme. Ne pas céder à la panique. Son père lui avait appris ça. Ses bouquins aussi. À situation désespérée, il y avait toujours une solution du moment que l'on gardait la tête assez froide pour y penser. Pourquoi était-ce toujours plus facile sur le papier qu'en vrai ?

« Faut qu'on s'en aille. » Gémit Derek, le tirant par la manche. « On est pu très loin. Papa y nous protégera. Y les laissera pas te faire du mal. Peter. J'ai p- »

« Tant que tu te contrôles, Der', tout ira bien. Répète-toi le mantra. »

« Celui de papa ou celui de maman ? »

« Celui qui marche. »

« J'arrive pas avec celui de papa. »

« Alors fait avec celui de maman. » Grinça Peter.

Une paire de chasseurs souriaient, l'air carnassier. Celui qui avait identifié Peter comme un Hale jubilait. Un Hale ! Deux Hale, à tous les coups ! Le mioche était forcément un autre de leurs rejetons. Un gosse de l'aînée, à coups sûrs. Le plus grand devait, quant à lui, être le plus jeune fils des Alphas. Pas étonnant qu'il sache aussi bien se contrôler et qu'il n'y laisse rien paraître. Ils étaient tombés sur le gros lot alors qu'ils partaient sans grands espoirs. Comme sa sœur, l'adolescent était destiné à devenir Alpha d'ici quelques années, à la mort de son second parent. Il sortit son arme de sa poche et retira le cran de sécurité.

« Montre-toi, microbe. »

Derek allait s'exécuter mais Peter le maintint derrière lui.

« J'ai dis. Montre-toi. Microbe. » Répéta l'homme, plus lentement, exagérant sciemment sa prononciation. « Maintenant. » Personne ne bougeait. « Montre-toi ou c'est le grand qui trinque. »

Le loup-garou répétait inlassablement le mantra que lui avait appris sa mère. Celui pour l'aider à se contrôler. Pour focaliser son esprit sur quelque chose et enrayer la transformation. Peter lui avait demandé de se concentrer dessus, de ne penser à rien d'autre, de rester derrière lui. Derek comptait bien obéir sans faire de vague, cette fois.

Peut-être que s'il n'avait pas tant traîné devant le collège, peut-être que tout ça ne serait pas en train d'arriver. Ils ne seraient plus qu'à quelques minutes de la maison et les chasseurs ne les auraient pas croisés. Peter n'aurait pas de flingue pointé sur la tête parce qu'il refusait d'obéir.

« Bien. »

La menace fut mise à exécution. Le coup partit. Toucha sa cible.

La concentration de Derek vola en éclat quand la panique de Peter eut atteint son paroxysme. Tout ça, c'était sa faute. On venait de tirer sur Peter par sa faute. Parce qu'il ne s'était pas montré, n'avait pas obéi. Derek n'avait pas su protéger un humain. Il était un monstre, les chasseurs avaient raison. Ce fut pire encore lorsque l'odeur du sang arriva à lui, titillant ses narines. Peter s'effondra en un rien de temps, incapable de rester debout – il y avait que dans les films que les héros étaient capables de traverser tout Hollywood Boulevard avec une balle dans la cuisse, la jambe, n'importe où. Ses mains étaient plaquées sur sa blessure. Derek entendait distinctement – trop – les appels à l'aide de Peter. Alex était le prénom qui revenait le plus souvent. Allongé sur le côté, ses larmes atterrissaient dans les feuilles qui jonchaient le sol. Son sang aussi.

« Reste pas planté là. » Grogna Peter entre ses dents. « Dégage. »

Courir sans pouvoir voir si Peter suivait était déjà apparu comme difficile, insurmontable, tout à l'heure, aux yeux de Derek... courir en sachant que Peter ne le suivrait pas était pire encore. Derek se frotta les yeux, essuyant d'un geste rageur les larmes qui coulaient depuis un moment. Ses griffes sortaient. Ses griffes sortaient. Ses dents s'allongeaient... il allait se faire tuer s'il restait. Impossible de se concentrer sur le mantra, ou n'importe quoi d'autre, alors que Peter était à terre.

« 'bruti. » Gémit Peter.

Il pouvait s'en aller. Il devait s'en aller. Il devait le faire maintenant, car les chasseurs avaient recommencé à s'approcher. Ils venaient de mettre le plus dangereux à terre, après tout, non ? S'ils savaient ! S'ils savaient qu'ils venaient d'abattre un simple humain. S'ils savaient qu'ils se réjouissaient et se félicitaient d'avoir su mettre à terre un gosse de dix-sept ans désarmé et figé par la peur.

Derek pouvait s'en aller. C'était maintenant ou jamais. S'il partait et parvenait à trouver une cachette, peut-être pourrait-il appeler son père à l'aide. Peut-être qu'ils pourraient revenir et aider Peter avant qu'il ne soit trop tard.

En tout cas, s'il restait là... il ne risquait pas d'aider Peter.

Derek se mit à courir.


Fin du huitième chapitre.

Bon ? Pas bon ? Moyen ? Autre ? Pas assez long ? Trop long ? Manque de description ? Surtout pas plus de description, nom de dieu !? Pas assez de salade meurtrière ?

Petit à petit, Derek gagnera en importance. Dans mes dernières pages de brouillon, il prend même carrément son indépendance en me balançant à la tronche un "je fais ça et tant pis si c'était pas dans tes plans, tu les modifieras". Qui suis-je pour le contredire ?

Si jamais quelque chose vous échappe ou vous semble aussi clair qu'un poney rose... n'hésitez surtout pas à le dire !

A bientôt pour le neuvième chapitre, Soupçon d'inquiétude.

Skayt


J'en profite pour dire que, dorénavant, j'ai une page facebook (lien disponible sur mon profil - parce que, oui, les liens vers facebook marchent mais pas vers wordpress & co). Un calendrier prévisionnel des chapitres et one-shot s'y trouvera ; des extraits des prochains chapitres (ou des one-shot aussi) ; l'annonce de certaines fics et/ou OS avant. Des petits concours aussi, parfois. Fin bref ;)