Chapitre 25 : Jalousie quand tu nous prends

- Hermione, souffla-t-il pour lui-même en un soupir, regrettant tant que sa petite sœur de cœur n'ait rien dit plus tôt.

Après cette supplication, Harry n'avait pas bougé pendant de longues minutes. Il fixait le sol d'un regard presque vide. Les révélations de Ginny faisaient leurs chemins dans son esprit. La vérité prenait de plus en plus d'ampleur et cela était douloureux. Après la surprise et la colère contre Nott, c'est le remord qui remplit son cœur. Il s'en voulait énormément de n'avoir su déceler cette blessure chez sa meilleure amie. Il s'en voulait de l'avoir laissé seule pendant une semaine avec un Ron et une Ginny pas très compréhensifs. S'il n'était pas partit, cela ne serait jamais arrivé, enfin il se plaisait à le croire. Cela lui donnait une raison de plus pour se dire qu'il était le pire grand frère qui soit. De plus dans tout cela, c'est qu'il avait laissé Malfoy et Ron l'influencer. Jamais il n'aurait dût mettre la parole de sa meilleure amie en doute. Oui, jamais. Il avait sentit qu'elle avait plus besoin de lui que le rouquin.

- Tu n'as pas à t'en vouloir Harry, l'interrompit soudain la voix de Ginny toujours face à lui.

Il releva la tête et croisa son regard plein de compréhension. Il savait qu'elle avait ressentit exactement la même chose que lui quand elle l'avait su. Il voyait le remord ronger son âme ainsi qu'un autre sentiment qu'il n'arrivait pas à définir. Ou plutôt il ne comprenait pas pourquoi cette émotion était présente dans ses yeux bruns. Il hésitait entre de la culpabilité et de la confiance. Oui, ces deux sentiments plutôt opposés le perturbaient. Mais il ne fit aucun commentaire, cela était peut-être dût à son imagination. Celle-ci sentit son hésitation et approcha sa main de sa joue, comme lui avait fait quelques instants auparavant.

- Tu n'y es pour rien, car tu as fais ce qu'il fallait. Tu as agis comme ton cœur te l'a dicté pour te protéger. Tu es humain Harry. Cela est normal d'avoir le doute devant certains évènements quand on n'a pas les explications et toutes les données. Crois-moi, on ne les a pas toutes.

- Oui mais …

- Mais quoi ? Ron est ton meilleur ami Harry, au même titre qu'Hermione. Comment pouvais-tu ne pas douter ? Tu étais absent pendant une semaine, il aurait put se passer plein d'autres choses et bien pire encore que cette histoire.

- Et quoi ?

- Voldemort aurait pu venir te chercher directement ici, une bataille aurait pu avoir lieu sans toi, ni Dumbledore à Poudlard. Mais voilà, tu vas arranger cette histoire et tout sera oublié.

- Mais comment ? Je n'arriverais jamais à lui faire oublier ce que ce sale type lui a fait.

- Je ne parlais pas de ça, Harry. C'est certain qu'elle ne pourra pas oublier mais Ron, lui, pourra ignorer ce mois qui vient de s'écouler et vous pourriez reformer le trio d'or, s'il te plait …

- Tu as raison.

- Toujours, dit-elle avec un sourire voyant qu'il acceptait de l'aider.

- J'y vais de ce pas.

Il lui fit une bise rapide sur sa joue puis courut vers les grandes portes du château, motivé pour trouver Ron. Une fois arrivé, il faillit renverser deux Poufsouffles qui avaient eu le même courage que lui pour sortir dehors. Il s'excusa puis continua sa course dans les couloirs en direction de la tour des Gryffondors. Il réfléchissait en même temps à ce qu'il pourrait dire à son meilleur ami très têtu. Il hésitait encore sur la meilleure façon d'amener le sujet sans qu'il se braque. Il arrêta le cours de ses pensées devant le tableau de la Grosse Dame. Il ferma les yeux et prit une grande inspiration. Il fallait qu'il garde son sang froid.

- Le mot de passe ? demanda le tableau en voyant qu'il ne parlait pas.

- Strangulot, dit Harry en rouvrant les yeux.

- Contente de vous voir revenir chez vous monsieur Potter.

- Moi aussi, moi aussi, répondit-il en passant à travers l'entrée lorsqu'elle l'ouvrit.

Une fois dans la salle commune, il la balaya de son regard cherchant une tête rousse. Ne voyant pas Ron, il se dirigea directement vers les escaliers menant à son dortoir. Il n'y avait pas mit les pieds depuis une semaine et y revenir lui procurait de drôle de sensation. Il pouvait dire que l'endroit lui avait manqué, surtout son lit. Les élèves présents dans la salle commune le regardèrent monter les marches, heureux de voir l'élu rentrer chez lui. A une table près des fenêtres, Dean, Neville et Seamus se regardèrent, soulagés. Ils avaient compris que si Harry revenait dans leur dortoir c'était que le trio d'or allait mieux. Tous avaient remarqué qu'ils ne trainaient plus ensemble mais surtout les trois camarades de dortoir qui s'étaient inquiétés de ne pas voir revenir Harry le soir, de ne pas le voir à leur table pendant les repas. Mais ils espéraient que Ron ne ferait pas l'idiot.

Harry monta les marches une à une, avec une certaine appréhension. Il dût faire appel à tout son courage Gryffondorien pour ouvrir la porte de la chambre des septièmes années.

- Neville, ton rappel-tout est devenu rouge, dit le grand rouquin en se retournant vers la porte.

- Faudra lui dire tout à l'heure, répondit Harry en faisant comme si de rien n'était.

- Oh c'est toi.

- Oui.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Je n'ai pas le droit de venir dans mon dortoir ?

- Si mais …

- Je veux juste parler.

- Et si je ne veux pas ? Cela fait une semaine que tu m'ignores alors je ne vois pas pourquoi j'accepterais de te parler.

- Tu n'es pas obligé de parler. Je te demande juste de m'écouter.

- Je ne veux pas t'écouter ! Harry, je te croyais mon ami !

- Je le suis Ron, je n'ai jamais cessé de l'être.

Ron ne répondit pas. Il ne voulait pas lui parler, ni l'entendre. Harry l'avait abandonné. Il avait choisit Hermione. Du coup, il se refusait de croire une seule de ses paroles, la Gryffondor avait dût l'embobiner et ça, c'était inadmissible. Dans un sens, il voulait protéger l'élu, l'éloigner d'elle. Mais dans un autre, il en voulait tellement à son meilleur ami, il n'avait qu'à se débrouiller seul. Il l'avait prévenu après tout. Que pouvait-il faire de plus ? Rien. Mais malgré tout, il sentit la curiosité l'envahir. Il voulait savoir ce qu'Harry avait fait pendant cette semaine quand il quittait les cours puisqu'il ne venait plus dormir dans son lit et ne mangeait plus dans la Grande Salle. Il voulait poser des questions et comme Harry se bornait à garder le silence, il ne put empêcher les mots sortir de sa bouche malgré sa rancune.

- Alors où as-tu dormi ? Sur le canapé de la salle commune des préfets-en-chef ? C'est Zabini qui a dût être content.

Harry tourna son regard vers lui. Il fut dépité quand il entendit ses paroles. Ron ne réfléchissait pas, il fonçait comme un bon Gryffondor.

- Tu es si aveugle que ça ? Je n'ai pas parlé aux filles de toute la semaine.

Ron regarda Harry, surprit par ce qu'il venait de dire. Il savait déchiffrer son ami. Dans sa posture, son regard, ses gestes. Et à ce moment là, c'est tout ça qui le surprenait. Il savait reconnaitre quand il lui mentait et là … Harry était plus que sérieux. Aucun mensonge, juste la vérité. Le brun savait qu'il venait de marquer un point. Ron réfléchissait et c'était bon signe. Il arriverait peut-être à lui prouver qu'Hermione était bien des leurs.

- Alors où ?

- Dans la salle sur demande.

- Pourquoi ?

- Pour réfléchir et pour ne pas avoir à choisir entre vous deux.

- Et tu en as conclus quoi ?

- Que tout cela est invraisemblable, ridicule ! Regarde-nous ! Le célèbre trio d'or qui a survécu à tant de péripéties et d'aventures n'existe plus ! T'y crois-toi ? On a vécu tellement de choses tous les trois qu'on se connait mieux que quiconque. Cette histoire est tout simplement impossible !

- Eh bien si.

- Non. Qu'est-ce que je dois faire ou dire pour que tu veuilles changer d'avis ou au moins écouter mes arguments ?

- Je ne sais pas.

Harry réfléchissait. Il connaissait trop bien Ron pour savoir que s'il lui déballait tout ce que Ginny lui avait dit, il ne le croirait pas. Il lui fallait une preuve mais quelle preuve ? Il n'en avait pas, lui-même on ne lui en avait pas donné mais il faisait confiance. La confiance est ce qui remporte sur tout même sur le doute. Bien sûr il savait qu'une personne pouvait le tromper mais pas Ginny, pas elle. C'était sa moitié. Mais pour Ron c'était autrement, il ne parlait déjà plus à sa petite sœur. Alors que faire ?

Hermione. Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire pour qu'elle aille mieux ? Que cette histoire se règle ? Il pensa soudain qu'il avait justement besoin d'elle. Elle était la voie sage du groupe, celle qui avait toujours raison et qui avait les meilleurs arguments. Peut-être qu'ensemble, ils convaincraient Ron de changer d'avis. C'était décidé, il emmènerait Ron à l'appartement des Préfets-en-Chef.

- Allez suis-moi, je vais te prouver que tu as tort, dit-il en prenant la main du rouquin et en le tirant vers la porte.

- Et pourquoi ce serait moi qui aurais tort.

- Tais-toi et suis-moi, s'il te plait, supplia-t-il en le regardant dans les yeux.

- Ok, c'est bien parce que c'est toi.

- Merci Ron tu ne le regretteras pas je te le promets.

- C'est ainsi qu'Harry et Ron marchèrent côte à côte en silence dans les couloirs de l'école.

- Où on va ?

- Tu verras, éluda Harry.

- Donc pour toi, elle est innocente et c'est toujours la même Hermione qu'on connait.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi tu en es si sûr ?

- Tu verras.

- Mouais, marmonna Ron dans sa barbe, pas convaincu du tout par les dires de son ami.

L'attitude du rouquin commençait à énerver Harry. Il doutait de plus en plus sur le fait de pouvoir un jour convaincre Ron de son erreur stupide. Tant de choses étaient gâchées par sa faute et tout d'abord, l'amitié qui unissait leur trio.

- Je suis sûr de toute manière que tu n'as aucun argument valable à me montrer, dit soudain Ron plein de mauvaise fois.

- Tu vas me dire au moins un argument qui te fait dire qu'elle nous a trahis ! cria Harry, ses nerfs lâchaient.

- Elle était tellement distante avec nous et puis … puis …

- Et puis quoi Ron ?

Il ne répondit pas, cherchant surement un autre argument. Un argument qui ne le rendrait pas ridicule devant son ami qui essayait de le convaincre coûte que coûte qu'Hermione n'était pas une traitresse. Il en était certain et il fallait qu'il le prouve …

- Tu ne t'es jamais demandé pourquoi ? demanda Harry pour rompre le silence qui ne les mènerait nulle part.

- Pourquoi quoi ? Pourquoi elle nous a trahis ?

- Non Ron. Pourquoi elle était distante avec nous ?

- Oh ! Elle a dût trouver un Serpentard à son goût. Un putain de Mangemort. Et elle n'avait plus le temps pour nous.

Harry en resta abasourdi, la bouche pendante, devant l'absurdité de son meilleur ami. Mais jamais, oh non jamais, tout deux ne se serait doutés une seule seconde que Ron était bien plus proche de la vérité qu'il ne le croyait. Car au fond de lui, il espérait plus que tout qu'il se trompait.

- Alors c'est ça ?

- Ça quoi ? demanda Ron énervé parce qu'il venait de dire.

- Tu es simplement jaloux de quelque chose dont tu n'es même pas sûr ? Tu es jaloux du garçon qui aurait pu conquérir le cœur d'Hermione avant toi ?

Ron rougit. Harry venait de lui faire comprendre le vrai fondement du problème. Oui son ami avait comprit avant lui qu'il était … jaloux. Il se sentait bête, extrêmement bête tout d'un coup. Il sentait depuis toujours qu'Hermione ne l'aimait pas de la même façon que lui l'aimait. Il savait qu'elle en aimait un autre mais qui ? Il été persuadé que toutes ses absence étaient liées aux rendez-vous secrets qu'elle avait. Il fallait que ce soit interdit, mal vu, pour qu'elle garde ça secret. C'est pour ça que l'idée du petit copain Serpentard avait germé dans sa tête. C'est l'image d'une Hermione enlacée à un Malfoy tout sourire qui l'avait mis dans une colère noire contre sa meilleure amie. Oui, tout était clair maintenant pour lui.

Un rire le sortit de ses pensées. Il regarda Harry avec une expression de surprise. Il ne comprenait pas pourquoi celui-ci riait plié en deux à ses côtés. Voyant que Ron ne comprenait pas il se sentait obligé de s'expliquer.

- Bon sang Ron, tu te fais des films ! Je sais qu'elle n'est pas amoureuse de toi car Ginny me l'a dit. Mais ça ne veut pas dire qu'elle sort avec quelqu'un d'autre. Elle nous l'aurait dit ...

« Ou pas, pour ne pas te faire de mal »

- … surtout à Ginny, ou même à moi, rajouta-il pour faire taire sa pensée.

Oui, car Hermione était bien capable de faire ça pour protéger Ron. Mais pourquoi n'avoir rien dit à lui ? Ginny lui aurait dit quelque chose à lui aussi. Elle lui disait tout. Bon ça y est, lui aussi se faisait des films. Rien ne disait qu'elle avait un petit ami.

- Donc Ron, elle n'est pas une traitresse. Elle est toujours notre amie comme depuis la première année. Ne laisse pas tes sentiments nous détruire s'il te plait.

- Oui mais …

- Mais quoi ? … Ron ? Qu'est-ce que tu regardes ? demanda-t-il en se tournant dans la direction du regard du rouquin.

Il tomba des nues quand ses yeux rencontrèrent une forme au sol contre le mur. La lumière était faible dans ce couloir peut fréquenter menant aux appartements des Préfets-en-Chef mais elle permettait tout de même de distinguer que c'était une personne. Une personne qui avait la tête posé sur les genoux, repliés contre elle. Les bruits sourds qu'on pouvait entendre montraient que cette personne pleurait. Mais qui cela pouvait bien être ? Quelqu'un de Gryffondor vu les couleurs rouges et or de son écharpe. Harry eut peur que ce soit sa meilleure amie. Et cette peur lui serra le cœur quand la personne releva la tête montrant qui elle était. A ce moment là il pensa qu'il ne pouvait avoir meilleure preuve pour convaincre son ami. Son visage était ravagé par les larmes. Ses yeux étaient tout gonflés et rouges. On pouvait y apercevoir un sentiment de peur et de désespoir. Ses joues étaient trempées par l'eau salée qui coulait de ses yeux. Harry jeta un regard à Ron et il su que celui-ci pensait la même chose que lui. Hermione Granger n'était plus la personne forte qu'ils connaissaient. Elle était détruite.


Chapitre corrigé par Julia Erwelin