Hello, hello,

Après le chapitre 8, arrive le chapitre 9. Logique, non ? Si si !

Merci à LiliEhlm pour la correction de ce chapitre :D

Pas de scène(s) en italique(s) aujourd'hui... désolée !

Bonne lecture !

PS. Je réponds aux anonymes sur papionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme


Evidemment, Teen Wolf n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. Je me contente de faire mumuse avec le tout.


Chapitre 09 - Soupçon d'inquiétude

Des coups de pieds. Des tas de coups de pieds. Une ribambelle de coups de pieds, et même pas des petits, s'il-vous-plaît ! Stiles n'y était pas familier. Il était davantage celui qui les donnait que celui qui les recevait d'ordinaire... et pour cause ! Peter ne bougeait pas pendant la nuit. Ou à peine. C'était à le penser mort. Un peu effrayant les premières nuits. Carrément flippant après un combat contre une meute ennemie. Combien de fois s'était-il retrouvé à mettre sa main devant le nez du loup-garou pour sentir sa respiration ? Et collé son oreille sur Peter pour sentir sa poitrine monter et descendre, surtout que c'était un très bon prétexte pour que le loup lui serve ensuite d'oreiller. Ce soir, Peter compensait largement toutes les nuits où il avait eu à subir l'humain gigoteur.

Il s'avérait plutôt difficile de dormir dans des conditions pareilles. Vraiment. C'était insupportable. Stiles n'exagérait pas. Et hop, un pied cognait malencontreusement dans le genou de l'autre. Il se tournait pour que ça ne se reproduise plus... et paf, un genou sauvage, sorti de nulle part, était allé à la rencontre de son dos. Il se décalait un peu et ooh, le bord du lit se rapprochait. Pas vraiment reposant, en somme.

Le jeune Stilinski, à tâtons, chercha sa lampe de chevet. Elle n'était jamais là où il pensait qu'elle se trouverait, ce n'était pas croyable, ça ! À croire qu'elle bougeait durant la nuit, toute seule, avec ses petites jambes de lampe de chevet. La bonne blague.

Stiles avait essayé de prendre sur lui. De ne pas râler – ou, alors, de le faire discrètement. Il s'était retenu de donner un coup de coude agacé dans la masse à ses côtés pour lui signifier que, oh, il était bien gentil, mais ses coups de pieds... ça commençait à bien faire ! Stiles s'en était abstenu. Peter ne réagirait pas bien, c'était une évidence.

« Ah. Enfin. »

La lumière fut. Bien que faible pour éclairer l'ensemble de la pièce, tout juste suffisante pour permettre de bouquiner un peu avant de dormir, elle suffisait amplement lorsqu'il s'agissait de voir ce qui se passait dans le lit, à quelques petits centimètres de lui. Stiles ne prêta pas attention aux ombres monstrueuses qui se dessinaient sur les murs. Ce n'était pas drôle de s'en amuser quand personne n'était là pour lever les yeux au ciel et lui rappeler qu'il n'était qu'un adorable idiot.

« Et ça doit arriver pile quand je dis à Scott que tout va bien... » Souffla Stiles, dépité, évitant de justesse la main qui manqua percuter son nez.

Lorsqu'il était môme, Stiles avait, une paire de fois, dû faire face aux cauchemars de Scott. Son meilleur ami, belle époque où celui-ci était on ne peut plus humain, fiable et asthmatique, avait tendance à faire d'étranges rêves – cauchemars – farfelues et qui amusaient grandement l'hyperactif qu'il réveillait. Une fois Scott calmé, bien entendu. Il n'était pas un monstre sans cœur, merci pour lui. Stiles ignorait juste comment rester sérieux alors que son ami lui expliquait, d'une petite voix geignarde, qu'une armée de canards s'apprêtait à envahir la ville et mangerait tout le monde, « et même que tu étais dedans et qu'ils t'avaient mangé la moitié de la joue et qu'on voyait ta langue bouger quand tu parlais ». Ou encore quand Scott sanglotait sur son épaule en suppliant Gargatrouche – Stiles n'avait jamais trop su qui c'était – de ne pas le transformer en Lilliputien.

Peter ? C'était une autre paire de manche.

Scott et lui ne jouaient pas dans la même catégorie.

« Tali'. » Suppliant. « Der'. »

La décision que prit Stiles fut mauvaise. Très mauvaise. Elles avaient l'avantage de toutes l'être.

À califourchon sur Peter, il plaqua ses mains tremblantes sur les épaules agitées d'un lycanthrope en panique. Oui, dans la catégorie « mauvaise idée », c'était une mauvaise idée très bien placée. Stiles le bloqua du mieux qu'il put. Ce n'était pas fameux. C'était au moins ça. Les sanglots de Peter ne tarissaient pas. Pas plus que ses appels. Les noms qu'il murmurait avaient beau varier, il s'agissait toujours de celui d'un Hale. Stiles ne savait pas ce qui se passait dans la tête de l'endormi, mais ça ne devait pas être joli-joli. Ce qu'il paierait cher pour avoir de nouveau droit aux canards amateurs de chair humaine et aux Lilliputiens. Ça, au moins, c'était sympathique !

Au bout d'un moment, Peter parut se calmer. Il cessa, peu à peu, de gigoter. De pleurer. D'appeler à l'aide. Sa respiration se calma. Ce n'était pas terminé pour autant. À la place, le loup-garou grimaçait, comme s'il souffrait. Stiles craignit que ce fut le cas. Mais comment ? Peter allait bien, tout à l'heure, au moment où ils étaient montés se coucher. Du bout des doigts, l'humanité frôla la joue de l'avocat. Stiles se sentait impuissant et inutile, comme d'habitude.

« Chhht » Chuchota-t-il. « Chht. Tout va bien, Peter. Tu es à la maison. Dans ton lit. Dans notre lit. Bref, dans le lit. Tout va bien. » Il espérait que ça aiderait. Il rêvait. « Pet' ? »

Tout lui filait entre les doigts. Stiles avait depuis longtemps fait une croix sur le fait de mener une petite vie normale et bien rangée dans un quelconque patelin dans la périphérie de Beacon Hills – voire à Beacon Hills même, mais il n'y tenait pas plus que ça. Il avait mis de côté ses rêves improbables et avait, de manière un peu abrupte certes, remit pied à terre pour revoir ses idéaux à la baisse. Accepter tout ça n'était pas bien compliqué quand ça le condamnait à vivre de folles aventures dignes des romans qu'il dévorait étant ado. Stiles avait vite déchanté.

Accepter tout ça n'avait rien de facile. On lui demandait toujours plus de sacrifice.

Les drames vécus au lycée étaient ce qu'ils étaient. Dramatiques. Il avait fini par faire son deuil sans pour autant oublier. Allison, sa faute. Aiden, sa faute. Scott le loup-garou, sa faute. Oui, beaucoup de choses étaient sa faute... mais à quoi bon ressasser le passé indéfiniment au point d'en oublier le présent et le futur ? Il avait perdu des amis de manière horrible. Il en perdrait encore. Stiles avait fini par accepter que ça faisait partie de sa vie (et c'était quand il l'avait enfin accepté qu'il avait compris qu'il ne l'avait pas encore fait, quoi qu'il en pense, il était parfois un peu long à la détente). Tout contrôler était impossible, surtout quand on batifolait avec le surnaturel.

Tout continuait pourtant à lui filer entre les doigts. Il en avait fallu du temps, à Scott et Stiles, pour reconstruire leur amitié ! Les souvenirs étaient là, la confiance ne l'était plus. Ils auraient toujours cette petite rancœur, l'un vis-à-vis de l'autre. Pour un peu, ils trinqueraient à leurs actes manqués, les non-dits et les oublis.

Les deux inséparables avaient été séparés. Couille droite et couille gauche avaient appris à vivre séparément. C'est le professeur Harris qui aurait été heureux de ce changement. Sauf qu'il n'avait pas eu le temps de l'être. Il avait été sacrifié avant. Sa faute, ça aussi.

Rester dans la même pièce que l'Alpha sans se mettre à lui hurler dessus à la première bêtise dite n'avait pas été facile pour Stiles. Accepter que le fils du shérif soit au courant des nouveaux problèmes surnaturels, et s'en approche, y mette son grain de sel, non plus. Scott craignait que Stiles « dérape » de nouveau. Déraper. Ça l'avait fait rire jaune, Stiles, quand il avait entendu ça. Comme si on pouvait dire qu'il avait dérapé avec Donovan. Quoi qu'en disent, quoi qu'en pensent Peter et Derek, exceptionnellement d'accord, Stiles n'arrivait pas à ne pas se considérer coupable de cette mort supplémentaire.

Et ça lui filait entre les doigts. Scott lui avait filé entre les doigts. Stiles avait eu du mal à l'accepter. À définitivement l'accepter. Arrêter d'essayer de recomposer un puzzle désormais incomplet c'était la meilleure chose à faire et celle qu'on se plaisait à ignorer. Puis ça s'était fait. D'un coup. Comme ça. Paf. Un matin, Stiles ne l'acceptait toujours pas et puis, finalement, le soir... c'était fini. Emballé, pesé, réglé, tout ce qu'il fallait.

L'élément déterminant était celui allongé aux côtés de Stiles. Peter.

C'était à l'époque où Scott avait encore du mal à accepter que Peter assiste aux réunions. L'homme qui l'avait mordu et avait, de manière purement anecdotique bien sûr, essayé de le tuer ? En leur compagnie ? Et puis quoi encore ! Derek avait insisté, argué que son oncle pouvait être un membre utile à la meute. Qu'il avait les connaissances qui manquaient à la plupart d'entre eux, y compris Stiles et Lydia.

Stiles, mal à l'aise, évitait d'intervenir. Déjà qu'il n'avait pas totalement la confiance de Scott de son côté, alors prendre le parti des Hale ? Non. Mauvais plan.

« Si t'es si convaincu que Peter pense encore qu'il est le grand méchant Loup et toi le petit chaperon rouge, ou un chevreau... t'as qu'à te dire que ça te permettra de le garder à l'œil. »

Même quand il savait qu'il ferait mieux de garder sa langue dans sa poche, Stiles n'était pas capable de le faire. Peter ricana. Scott se vexa.

« Je peux pas garder tout le monde à l'œil, Stiles. Déjà que je dois te surveiller, toi, alors si lui s'ajoute. »

C'est à ce moment-là que le déclic se fit.

« J'ai qu'à surveiller Stiles pendant que Stiles me surveille. » S'était moqué Peter. « Il restera en bonne compagnie et moi aussi. »

« Tu te fous de moi ? »

« Moi ? » S'horrifia Peter, une main sur le cœur. Derek roula des yeux. « Certainement pas, Scott. Parole d'honneur. »

« Tu veux rester avec Stiles ? » Reprit l'Alpha, troublé. « Stiles ? »

« Stiles est intelligent. Je te trouve stupide. Rien que pour ça, je choisirai toujours Stiles. » Le loup souriait. « Et il vient d'emménager chez moi... donc ce sera une très bonne surveillance. De chaque instant. »

Une chose était sûre : Scott n'était pas supposé l'apprendre comme ça.

Et, vraiment, tout lui filait entre les doigts. Scott. Son père dont il s'était éloigné, sans savoir ni pourquoi, ni comment. Lydia qui faisait les recherches seules de son côté et abrégeait au maximum leurs réunions de travail. Peter maintenant.

Stiles avait tout accepté. C'était inévitable, tout ça. Qui restait aussi proche de son meilleur ami toute sa vie durant ? Qui s'amusait à aller chasser du loup-garou les soirs de pleine-lune avec son père passé un certain âge ? Qui ?

Ce n'était pas supposé arriver avec Peter. Les chasseurs, Scott, c'était eux qu'il fallait blâmer. Donc Stiles les blâmait.

o o o

Il s'avéra qu'éveillé, Peter était encore moins rassuré qu'endormi. Le visage de Stiles, si proche du sien, inquiéta plus qu'il ne rassura. Trop près. Trop près et pas assez bien réveillé. Le loup-garou attrapa les hanches de l'humain et le poussa sur le côté. Choqué, l'autre ne chercha pas à l'en empêcher et atterrit sur le matelas, à sa place habituelle. Au moins n'était-il pas assommé par terre. Ou égorgé, se noyant dans son propre sang. Réveiller, même en douceur, un lycanthrope perdu dans un mauvais rêve était une expérience que Stiles ne réitérerait pas. Ou peut-être que si. Qui sait de quoi demain sera fait ?

« Peter ? » Glapit Stiles.

Mais Peter n'était plus dans le lit. Peter était allé se réfugier dans un coin de la chambre. Les jambes ramenées contre lui, les serrant fort, la tête dans les bras, le loup-garou inspirait et expirait lentement. Il se sentait en danger et essayait d'enrayer sa transformation. Une grande respiration. Deux grandes respirations. Trois grandes respirations. Ses mains continuaient à trembler. Les larmes continuaient à couler.

Toujours sur le lit, assis sur ses pieds, Stiles le regardait. Il ne pouvait pas approcher. Il le savait. Ça n'aiderait pas. Il n'y avait qu'une seule chose qu'il pouvait faire. Égoïstement, Stiles repoussait et repoussait l'échéance. Laisser Peter seul était tout ce qu'il pouvait se permettre de faire pour lui rendre service. Lui donner un peu d'intimité pour qu'il puisse se calmer.

« Je vais te faire du thé... » Soupira l'hyperactif, mettant pied à terre. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi. » Passant à côté de lui, Stiles manqua poser une main sur son épaule.

Non. Ne pas le toucher.

o o o

Il ne se précipita pas au rez-de-chaussé. Stiles préférait prendre son temps. Vu l'état dans lequel était Peter, ce ne serait pas du luxe. L'humain prit donc la peine de remettre correctement le cadre au bas des escaliers, qui tendait à toujours pencher d'un côté ou d'un autre, à force de monter, descendre. Il en profita pour replier la couverture dont il s'était servi dans la soirée et s'assurer que les portes étaient toutes bien fermées. Curieux, il jeta un coup d'œil entre les rideaux pour voir s'il y avait encore de la lumière dans le quartier. Rien. Ils étaient, comme d'habitude, les seuls à ne pas faire comme tout le monde.

Scott avait eu raison de ne pas le croire, tantôt. L'argument qui avait été avancé avait fortement déplu mais, dans les faits, l'Alpha avait raison. Raison d'insister ; de penser que Stiles lui mentait ; de douter de la parole de Peter, qui confirmait celle du premier. Scott n'était plus la gentille andouille, un peu trop naïve, du lycée. Il avait mûri, grandi, appris. Les événements passés l'avaient changé, lui aussi.

Stiles tira sa chaise. Peter avait la fâcheuse manie de toujours vouloir s'asseoir à la même place. À la maison, chez Scott, n'importe où, il avait ses habitudes. La cuisine ne faisait donc pas exception. Les rares fois où l'humain avait eu le malheur d'y poser son illustre postérieur, le loup-garou l'avait regardé fixement, tasse en main, jusqu'à ce que le plus jeune daigne changer de place. Ça ne mettait pas bien longtemps. Manger avec Peter, debout à un mètre, qui le regarde bizarrement, comme s'il tentait d'envoyer télépathiquement le message « Tu es à ma place, bouge de là » n'était pas si facile. Stiles s'installa sur le bord de la table, les pieds sur le siège. Il attendait que l'eau soit chaude. Profitait aussi du petit répit qu'il s'était offert.

« Qu'est-ce qui se passe, bon sang. » Chuchota-t-il au plafond.

Lui qui ne voulait pas descendre... le voilà fin heureux de ne plus être dans la chambre.

Les coudes posés sur les genoux, les mains jointes sous son menton alors que sa jambe droite tressautait, Stiles ouvrit grand les yeux et se redressa d'un bond. Il pensait avoir compris ! Il espérait avoir compris. Debout sur la chaise, les bras levés en V de Victoire, il sauta par terre quand la bouilloire se rappela à son bon vouloir.

o o o

« Tiens. »

Stiles attrapa la main droite de Peter. Le contact entre eux dura plus longtemps que nécessaire pour passer un mug bouillant d'une personne à une autre. Le loup releva les yeux et le regarda faire, l'air ailleurs. Ils se sourirent.

« Merci. » Chuchota Peter.

Quand il était revenu, Stiles avait machinalement allumé la lumière de la chambre pour y voir plus clair, et éviter d'en mettre partout. Il ne s'agissait pas de trébucher sur le fil de la chaîne hi fi dans le coin ou se prendre les pieds dans les jambes de Peter. Le fils du shérif était maintenant en tailleur sur le lit et se battait, distraitement et silencieusement, avec la couverture dans laquelle il souhaitait s'enrouler. La nuit était faite pour s'enrouler dans une couverture comme dans un cocon, point.

« Ça va mieux ? »

Le lycanthrope confirma d'un signe de tête. Ses yeux rouges et gonflés et les traces laissés par les larmes – wow – sur son visage rappelaient que la question était loin d'être stupide... et que la réponse était certainement un mensonge.

« C'est pour ça que depuis deux jours tu dors dans le canap' ? » S'enquit Stiles, décidant de le croire quand même.

Peter haussa les épaules, son thé entre les doigts. Il en but une longue gorgée.

« Tu veux pas en parler ? »

Encore les épaules... et un regard qui le fuyait. C'est sûr que fixer la penderie allait arranger les choses.

« Tu veux que je te foute la paix ? » Proposa enfin Stiles, du bout des lèvres, croisant les doigts sous sa couverture pour avoir droit à un 'non'. « Si tu veux aller dormir dans le salon parce que t'y dors mieux... vas-y. »

« Non. » L'hyperactif tiqua. Il n'avait pas l'impression d'être face à Peter, cette nuit. Il était pourtant habitué à ne plus être avec son Peter. « Je. Je vais aller bosser un peu. »

« Bosser ? Il est genre quatre heures... quarante-huit. » Signifia Stiles, après avoir zyeuté vers son radio-réveil. « Je voudrais rien dire mais... tu risques de pas être très efficace, hein. »

Peter sourit. C'était bizarre de le voir sourire alors que ses yeux paraissaient tristes.

« Je suis toujours efficace. Tout ce que je fais, je le fais bien. »

« Sauf tuer Kate. »

Stiles avait envie de se taper pour avoir dit ça.

« Sauf tuer Kate. »

Ils se regardaient et s'évitaient. Mal à l'aise. Ils ne savaient pas quoi se dire, comment le dire. Ils avaient peur de ne pas dire la bonne chose. D'en dire trop ou pas assez. D'envenimer la situation. Stiles ramena un peu plus ses jambes contre lui, afin de couvrir ses pieds de la couverture polaire blanche. Il faisait frisquet dans la chambre, ce soir. Peter ne semblait pas gêné. Toujours par terre, dans son coin, à peine calmé, pas décidé à bouger.

« Quitte à ne pas retourner dormir, ce que je peux comprendre vu que ton portable va pas tarder à sonner... » Plus d'une heure mais c'était un détail à ne pas mentionner. « Tu ferais autant d'aller te doucher. Je t'autorise même à prendre toute l'eau chaude. »

« Je prends toujours toute l'eau chaude. »

« Et c'est un tort. »

Les conseils de Stiles n'étaient pas toujours mauvais. Souvent. Pas toujours. Peter l'approuva, pour une fois.

« Merci. » Murmura le loup-garou. Il approcha du lit et sembla vouloir passer une main dans les cheveux de l'humain. Il ne le fit pas. Il se contenta d'un petit sourire avant de rejoindre la salle d'eau.

C'était pas gagné.

o o o

« Toi. Moi. Tout de suite. »

Jordan leva les yeux de la paperasse qu'il était en train de remplir. Il mordait, de temps en temps, quand il y pensait, dans le sandwich tout près qu'il était allé acheter à la supérette au bout du quartier. Note à lui-même : ne plus le faire. Il était pas fameux. L'adjoint se demandait s'il était bien celui à qui on s'adressait. Vu qu'il n'y avait personne d'autre dans la pièce, tout portait à croire que oui. Stiles était, dieu soit loué, parti déjeuner avec son père et les autres étaient soit en patrouille, soit encore en pause. Le calme. Le silence. La solitude. Parrish en oubliait leur existence à force de supporter Stiles à longueur de journée.

Plongé dans son travail, son repos touchant bientôt à son terme, il avant manqué le bruit des talons qui claquaient sur le carrelage du poste et arrivaient vers lui. Il n'avait pas entendu non plus le toussotement supposé attirer son attention. Jordan sourit en reconnaissant Lydia... avant de s'inquiéter. Lydia ? Pourquoi Lydia ?

« Un problème ? » Les réflexes. Maudits soient-ils. Lydia était associée, à plus forte raison encore que Stiles – un tort – à 'soucis surnaturel'. « Un oméga ? Un cadavre que vous voudriez faire disp-. Oublie ça. Plus de cadavres, s'il-vous-plaît. »

« Tu travailles avec Stiles. »

Parrish haussa un sourcil.

« Et avec son père, aussi. Techniquement. »

« Aussi. Mais je veux dire que tu travailles avec Stiles. »

L'homme se recula sur son siège et se massa la nuque. Sa pause était finie plus vite que prévue. La raison pour laquelle il aimait bien être seul, et celle qui le poussait à fuir un maximum de réunions de meutes, lui revenait d'un coup. Il n'avait pas besoin de cette piqûre de rappel mais elle était là.

Les trois-quarts du temps, Jordan n'arrivait pas à suivre le mode de fonctionnement des membres de cette meute. C'était pas faute d'essayer mais la logique lui échappait. Derek grognait tout le temps, pareil à un homme de Neandertal – bien qu'il n'y connaisse pas grand chose à ce sujet. Malia était un beau mélange entre Derek et Peter, tantôt elle grognait, tantôt elle suggérait d'éliminer un problème de la manière la plus radicale qui soit. Rassurant. Mason avait l'art et la manière de se mettre deux Hale et demi à dos. Liam et Kira avaient l'air de trouver tout ce petit monde parfaitement normal. Rien que pour ça ces deux-là entraient d'office dans la catégorie des personnes étranges. Peter et Stiles étaient... Peter et Stiles. L'un commençait à peine à se défaire de l'étiquette « Taré. Psychopathe. Sociopathe. Danger public. Fou. Assassin. Mort. Mort-vivant. Génie du mal. » qui le suivait telle une ombre. L'autre parlait avant de penser, pensait avant de parler, pensait à parler mais ne parlait pas de ce qu'il pensait, parlait de ce qu'il lui faudrait penser mais ne pensait pas à ce dont il fallait parler.

Et le pire... le pire était la logique de Stiles, Peter et Lydia. Bon sang... non. Juste non. Pas moyen que Jordan s'y fasse. Aussi intelligents soient-ils, les suivre relevait parfois du pur génie. Scott y arrivait d'ailleurs étonnamment bien.

« Vous parlez ? »

« Stiles parle. Je me contente de faire semblant d'avoir une conversation avec lui. » Il se moquait d'elle, le bougre. « C'est mon coéquipier. On parle, ouais. »

« Parfait. »

Pas parfait du tout.

L'air de ne pas y faire attention, Lydia posa le sac qu'elle portait à bout de bras sur un coin de bureau, face à celui de son interlocuteur. Le bordel monstre qui s'y accumulait lui firent hausser un sourcil avant même de l'amuser. La tour de Pise, plus haute que l'écran d'ordinateur, version dossiers de police. Les colliers de trombones qui pendaient à sa lampe de bureau. Les vaisseaux spatiaux règles-stylos. Les emballages de gâteaux. La gourmandise de son humain favoris quand il travaillait – Mason ne lui arrivait pas à la cheville. Stiles. Évidemment. Il y avait au moins une chose qui continuait à ne pas changer et à correctement fonctionner

« Est-ce qu'il parle de Peter et lui ? »

Les joues de Jordan se gonflèrent d'embarras. Lentement, il expira l'air qui s'y trouvait prisonnier. Un sourire crispé aux lèvres, la logique de cette question – comme prévu – lui échappait. Pas pour longtemps.

« C'est un oui. » Comprit Lydia. « Dis m'en davantage. »

« Non. »

« Je ne te demande pas de me raconter leur vie sexuelle, Jordan. »

« Tu es certainement plus au fait que moi à ce sujet. » Grommela l'adjoint.

« Jordan... » Elle avait ce ton. Celui qui inquiétait. Celui qu'utilisaient les parents quand ils attendaient que leur rejeton avoue une faute.

N'importe qui d'autre aurait déjà cédé et répondu à la Banshee.

Kira avait un gros soucis avec le mot « Non », ce dont tout le monde avait conscience, malheureusement pour elle. Malia, qui était assurément une Hale, lui aurait donné tout ce qu'elle voulait avant de mettre Lydia à la porte avec la promesse – en l'air – de l'éliminer si l'envie lui reprenait de venir l'embêter à ce propos. Isaac et Liam auraient voulu se débarrasser d'elle avant qu'elle n'ait le temps de découvrir quoi que ce soit de compromettant à leur sujet – et pouvant, à l'avenir, faire l'objet d'un chantage fort mal avisé. Scott était Scott et savait que l'on ne pouvait rien refuser à Lydia Martin. Mason... ah... tiens... comment réagirait Mason ? Parrish savait que Stiles appréciait le second humain. Stiles était de ceux qui considéraient le plus Mason comme un ami, Liam mis à part. Au point de parler de Peter et lui ? Peut-être pas quand même.

« Y a deux jours, j'ai dû passer prendre Stiles car Peter était parti avec sa voiture pour se venger parce qu'il s'était moqué de lui. C'est ça que tu veux savoir ? »

« Possible. Oui. »

« À part ça, je vois pas ce que tu veux entendre. » Dit-il sincère et désolé. « S'il se passait quoi que ce soit d'important, il y a plus de chances pour que Stiles vous en parle, à Scott et toi, qu'à moi. »

« Pas Scott, non. » Lydia soupira. « Stiles a reproché à Scott d'être en partie responsable de ce qui s'est passé le mois dernier. Et c'est moi qui ajoute le 'en partie'. » Elle le fixait. « Y a rien qui te revient ? Il a pas parlé que... que Peter était bizarre ? »

« Peter est toujours bizarre. » Marmonna Jordan entre ses dents. « Mais non. Rien. » Il releva un peu la tête.

« Ton rien vient de se transformer en quelque chose. »

« Il était bizarre, ce matin. »

« Stiles est toujours bizarre. » Le cita Lydia, amusée.

Déçue, la Banshee avait cependant compris qu'il n'y avait rien de plus à apprendre au poste. Elle se prépara à partir. Jordan ne savait rien. Rien qui concernait Stiles et Peter et le problème qu'elle pensait – non, elle en était persuadée – qu'ils rencontraient, en tout cas. Et puis, Parrish devait s'en ficher comme d'une guigne de ce qui se passait chez eux... du moment qu'ils ne s'entre-tuaient pas et ne laissaient pas une tâche de sang de vingt centimètres de diamètre sur le tapis.

« Lydia ! » Jordan n'avait pas haussé le ton. Attirer l'attention de la jeune femme qui s'apprêtait à se lever suffisait. « Stiles ne me dit rien. Mais il n'a pas besoin de dire quelque chose pour qu'il y ait quelque chose. Il dort mal. »

« Qui ça 'il' ? Lequel ? »

« Ils dorment mal. » Corrigea l'agent. « Stiles c'est flagrant, vu que je le vois tous les jours. Et Peter c'est certain. Il n'a jamais parlé de ce qui s'est passé là-bas. Il évite toujours le sujet. Élude les questions. Se mure dans son silence. Et un silence comme ça, c'est jamais bon. » Jordan soupira. « Quand on l'a trouvé, il a refusé de lâcher Derek toute la durée du trajet. Scott, Chris et moi, c'est comme si nous n'étions pas là. C'est quand il a vu Stiles qu'il s'est enfin éloigné. Il s'est senti en sécurité seulement en présence de Stiles et Derek. »

Elle se mordait la lèvre. Il n'y avait pas que Peter qui évitait le sujet. Ils le faisaient tous... jusqu'à l'explosion de la veille.

« C'est peut-être un loup. Pour lui, il a peut-être connu pire... mais n'oublie pas qu'il est resté dix jours avec eux et qu'on ignore ce qu'ils lui ont fait subir durant ce laps de temps car il n'en parle jamais. Si Stiles et Peter vous assurent que tout va bien... j'ose espérer que vous ne les croyez pas. »

« Pourquoi suis-je ici, selon toi ? »

o o o

« Tu devrais pas manger tout ça... »

« Occupe-toi de tes frites au lieu de baver sur les miennes. » Ronchonna John Stilinski en ramenant sa barquette vers lui – simple précaution. « Et il faudra qu'on ait une petite discussion dans la voiture, toi et moi. »

Une paire de nuggets dans la bouche, Stiles interrogea son paternel du regard. Il ne pouvait pas faire mieux pour l'instant. Installés dans un coin du Dinner le plus proche du poste, père et fils passaient un peu de temps rien que tous les deux, loin des sujets qui fâchent. Peter et le surnaturel. Le surnaturel et Peter. Là se trouvaient leurs deux sujets de conversations préférés... et ceux qu'ils aimaient le moins. Le plus jeune craignait pourtant la suite.

« Scott m'a appelé ce matin. »

« Chérieugement ? » Bingo ! Ses angoisses se confirmaient vites. Stiles n'arrivait pas à en croire ses oreilles. Il avala en vitesse ce qu'il avait dans la bouche, et promit trois cent sept morts différentes et douloureuses à Scott pour l'avoir empêché de pleinement savourer son repas. Et pour s'être plaint à son père, accessoirement. Ils avaient passé l'âge !

« La réunion s'est pas très bien passée, hier. Je me trompe ? »

Stiles haussa les épaules, feignant s'en moquer. C'était pas non plus si terrible. Scotty, toujours dans l'exagération, ce petit !

« Il s'inquiète pour toi. » Soupira le shérif. « D'où son appel. »

« Il a pas à s'inquiéter pour moi. » Grommela Stiles. Il passait sur la défensive. « C'Peter qu'a été séquestré quinze jours, hein. Y bouffait que dalle pendant que je mangeais les bons petits plats de Kira et Liam. Génial. »

« Peter est compris dans le lot. Scott s'inquiète pour toi car il pense que Peter va mal... et Peter est loin d'être un modèle de droiture et de bonne conduite lorsqu'il va mal. »

Quoique la situation ne s'y prêta pas, l'hyperactif commença à sourire. « Je t'ai montré le cadavre que j'avais dans le coffre de 'ma' voiture et tu m'as cramé la tronche en retour. On a dépassé tout ça, tu crois pas ? ».

« Comment il pourrait aller bien, papa ? » Le visage de Stiles avait toujours été particulièrement expressif. Parfait reflet de son état d'esprit. Ou presque. Il le devenait quand on connaissait ses plus gros secrets – les loups-garous, par exemple. « Il a été enlevé à cause de Scott. Il a été torturé à cause de Scott. Il a failli mourir à cause de Scott. »

« À cause de chasseurs, Stiles. »

Stiles secouait la tête. Son père ne devait pas finir de dire ce qu'il avait en tête !

« Scott n'y est pour rien. »

« Mais est-ce que tu peux arrêter, s'il-te-plaît, de penser que Scott est un saint ? » Siffla le fils à son père. « Il est loin d'être le loup-garou parfait et irréprochable en tout point que tu t'imagines qu'il est. »

John s'enfonça sur sa banquette. Une serviette en papier, grasse et chiffonnée, entre les doigts, il soupira.

« Tu penses à quoi exactement quand tu dis ça ? Quand il a utilisé la petite-amie de Liam comme appât ? Quand il a planté tout le monde pour aller vivre à l'autre bout du pays pour ses études ? Ou quand il t'a cru responsable de la mort de Donovan ? »

« Quand il m'a abandonné des heures dans une piscine gelée avec un Derek paralysé dans les bras et une Erica, pas en meilleur état, sur le côté. Quand il m'a menacé, et promis mille tortures, si je ne le libérais pas. Pendant un peu plus qu'une paire de pleine lune. Quand il m'a appelé pour venir lui filer un coup de main parce qu'il avait kidnappé le mec qu'on avait blessé dans la journée et qu'il venait de transformer en loup-garou. » Énuméra Stiles. « Je continue ? J'en ai encore plein en stock. Quand il a envoyé Peter et Derek tout droit à l'abattoir, alors que Chris et Jordan lui soufflaient à l'oreillette que c'était une belle idée de merde. Quand il a voulu enfermer Peter, et pas à Eichen, juste après qu'ils l'aient retrouvé car il avait peur qu'il perde le contrôle. Quand il a demandé à Isaac de l'attaquer par surprise à la sortie du boulot pour voir comment il gérait ça. Scott n'est pas méchant. Il n'est pas idiot non plus. Mais l'enfer est pavé de bonnes intentions, bordel ! »

Leur table resta silencieuse. Père et fils grignotèrent, sans entrain, les quelques frites qui restaient sur leur plateau. D'une même voix, ils refusèrent la carte de dessert. Pas aujourd'hui.

« J'aimerais pouvoir te dire ce qui va pas avec Peter. » Avoua Stiles juste avant de régler la note. « Mais tu me dirais de partir. De rentrer à la maison. Qu'il est dangereux, instable. Tu dis déjà qu'il l'est sans que j'ai à te dire quoi que ce soit donc. Voilà.»

« Mon grand... »

« Il était complètement paniqué cette nuit. » C'était dit. « Il paniquait au point de me réveiller et... et, je sais pas si tu sais, probable que tu saches pas d'ailleurs, mais Peter y bouge pas la nuit, tu vois. Genre... pas du tout. Et... et je pense que c'est pas la première fois. Ça fait deux jours que je le retrouve sur le canap'. Et y m'réveille pas. Et tu sais pourquoi ? » Le shérif secoua la tête. Négatif. Pas la moindre idée. « Parce qu'il veut me savoir reposé vu le boulot de timbré que je fais. Quatre-vingt dix pourcents de mon boulot consiste à faire la paperasse pour raconter ce que j'ai fais les dix pourcents restants. Je risque plus d'être blessé à tourner sur ma chaise en mâchouillant le capuchon de mon stylo qu'autre chose. Non que je me plaigne, mais... mais voilà. »

Les coudes sur la table, Stiles se passa une main dans les cheveux et soupira.

« Il a peur quand je le touche. Il a peur des portes qui claquent. Et tu sais que pour un loup-garou, une porte est très vite considérée comme claquante. C'est phénoménal, ça. » Stiles ne riait pas. « Il s'enferme dans son bureau pour y bosser pendant des heures. Il zappe la moitié des repas, et l'autre moitié il grignote à peine. C'est con mais... il me rappelle toi... y a quelques années... quand tu me fuyais. Tu m'aimais encore mais... c'était tout. Plus d'affection. Plus de marques d'affection. »

« Il a certainement besoin de temps. »

Stiles hocha la tête.

« Il a surtout besoin d'en parler, ouais. Et je suis absolument pas celui qui devrait l'écouter. »

« Tu devrais demander à Jordan ou Melissa. » Conseilla John. « Christopher éventuellement mais... vu leurs antécédents, je suis pas certain que ce soit judicieux. »

« Si je le force il va se braquer et me tuer. » Stiles vit son père se tendre à ces mots. « Papa ! Façon de parler ! Peter me tuera pas. On en a déjà parlé. »


Fin du neuvième chapitre.

Bon ? Pas bon ? Moyen ? Autre ? Pas assez long ? Trop long ? Manque de description ? Surtout pas plus de description, nom de dieu !? Pas assez de bièraubeurre empoisonnée ?

Si jamais quelque chose vous échappe ou vous semble aussi clair qu'un poney rose... n'hésitez surtout pas à le dire !

A bientôt pour le dixième chapitre, Coeur de meute.

J'en profite pour dire que, dorénavant, j'ai une page facebook (lien disponible sur mon profil - parce que, oui, les liens vers facebook marchent mais pas vers wordpress & co). Un calendrier prévisionnel des chapitres et one-shot s'y trouvera ; des extraits des prochains chapitres (ou des one-shot aussi) ; l'annonce de certaines fics et/ou OS avant. Des petits concours aussi, parfois. Fin bref ;)

Skayt