Hello, hello,
Je suis vraiment contente de voir que cette fic vous plaît, vous fait vous interroger etc. J'aime bien lire vos suppositions/conclusions :)
Eeeeeeet... merci à LiliEhlm pour la correction de ce chapitre !
Bonne lecture !
PS. Je réponds aux anonymes sur papionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme
Evidemment, Teen Wolf n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. Je me contente de faire mumuse avec le tout.
Chapitre 13 - Le déjeuner des révélations
Catherine recula d'un bon pas lorsque Peter sursauta à cause d'une malheureuse main posée sur son épaule sans qu'il s'y soit attendu. Dans son regard, un éclair de panique qu'elle n'avait pas vu depuis de nombreuses années. Depuis le meurtre de ses parents. Depuis qu'il avait manqué y passer, lui aussi. Depuis qu'il avait changé après s'être installé chez sa sœur. Un regard que la femme avait cru ne plus jamais voir.
« Blaise t'attend dans son bureau. » Annonça-t-elle pour donner suite au regard interrogateur, et un chouïa réprobateur, qu'il lui jetait. « Tu devrais y être depuis vingt minutes. »
Le loup-garou se leva d'un coup. Sa chaise roula, jusqu'à rencontrer l'étagère sous la vitre de son bureau et où étaient posées quelques plantes, photos et bouteilles. Quelques bricoles furent renversées, il s'en moquait. Sans un mot, comme s'il avait le feu aux trousses, Peter prit la porte. Au pas de course, il partit retrouver le Name partner, qui ne saurait manquer l'occasion de lui faire une remarque sur sa ponctualité. Elles étaient si rares.
« Tout va bien ? »
La première question désarçonna Peter. Bien qu'ils entretiennent de bons rapports, tous les deux, ça s'arrêtait toutefois là. Il n'était pas comme Stiles qui s'entendait comme larron en foire avec Jordan, et à peine moins avec ses autres collègues – à quelques exceptions près. Il n'était certainement pas comme Scott non plus, qui voyait davantage en son patron un ami qu'un patron, justement.
« Depuis ton absence du mois dernier, ça n'a pas l'air. » Expliqua Blaise, analysant correctement le regard perdu du partenaire associé. « Tes dossiers traînent, Peter. Parker est même venu se plaindre de toi. »
« Parker est un connard. »
Blaise soupira. Il connaissait l'avis tranché de Peter au sujet de leur client ; qui n'appréciait pas davantage l'avocat de son côté. Bien qu'il n'en comprenne pas les tenants et aboutissants, Blaise connaissait la situation et essayait de faire au mieux, d'arrondir les angles entre les deux. Le fait étant que Parker était un de leurs plus gros clients et que lui déplaire desservirait le cabinet.
« Tu n'as pas une mauvaise nouvelle à m'annoncer ? » Hasarda Blaise, faisant rouler les yeux de son locuteur. « La santé, ça va ? Tu n'as pas de... soucis particuliers qui pourraient... »
« Si. Je suis en très bonne santé et tu es bon pour me supporter encore un bout de temps. »
Silence dans le bureau. Seuls les cadres accrochés derrière Blaise et les fournitures de bureau pourraient témoigner au sujet de ce qui se disait. Des questions posées aux réponses, moqueuses, données. De l'inquiétude affichée au détachement feint de l'associé. Sidéré par les derniers mots de Peter, Blaise n'eut, sur le coup, rien à répliquer.
« Où tu en es concernant Parker ? »
Donc il changea de sujet.
« Harry est sur le coup. »
« Harry. » Répéta Blaise. Il ne retint pas sa grimace. « Tu crois vraiment qu'il est... sage de confier ce genre de dossier à Harry ? »
« Oui. Sinon je ne l'aurais pas embauché. Et encore moins gardé en tant qu'associé. » Élémentaire, mon cher. Peter commençait à être agacé d'entendre tout le monde remettre Harry en question. « Il vérifie juste deux-trois petites choses pour moi. »
« Tu es sûr de ça ? Il ne fait que vérifier ? »
Le loup-garou haussa les épaules. Être cru n'était pas sa première priorité. Partir l'était.
« Le dossier sera sur ton bureau ce soir. » Peter attendit que Blaise fasse un signe, n'importe lequel, afin de signifier qu'il acceptait la promesse faite. Le signe en question fut, en l'occurrence, un hochement de tête. « Je ne m'occuperai plus de Parker, dorénavant. Refile-le à Rachel, Neil, qui tu veux... pas moi. Ce sera mieux pour tout le monde. »
La bouche entrouverte, prêt à faire une réflexion amplement méritée – à défaut de pouvoir décemment claquer la tête de Peter contre la vitre – Blaise s'abstint. L'autre homme venait de tourner les talons et, s'il n'avait pas claqué la porte en sortant, c'était tout comme. Le name partner reviendrait à la charge plus tard. Peter aurait tôt fait de comprendre, de lui-même, qu'il avait dépassé les bornes ; ce n'était qu'une nouvelle fois à ajouter à la liste déjà bien longue. Las, Blaise se laissa tomber sur son siège de bureau et retourna à ses propres dossiers.
o o o
« Peter ! » Héla Catherine. « Tu espères aller où, comme ça ? »
Le lycanthrope serra les poings. Il n'avait pas besoin qu'on vienne lui poser ce genre de question à deux francs six sous ; encore moins si on l'arrêtait au beau milieu d'un repli stratégique. Peter n'avait pas besoin que Catherine l'arrête, inquiète. Il n'avait pas besoin que cette dernière lui démontre par A+B qu'il avait un problème, qu'il le savait et qu'elle le savait tout autant. Partir, fuir même, était la seule chose qui, présentement, l'intéressait un tant soit peu. Peter avait l'impression d'étouffer dans les bureaux. De ne plus savoir comment s'y prendre pour respirer correctement.
« Attends ! »
L'avocat enfonça une main dans la poche intérieure de sa veste et, du bout des doigts, sortit son téléphone. Il avait failli l'oublier, en partant de la maison. En fuyant, une fois encore. Ce matin, après s'être réveillé au pied du lit, contre Stiles, le loup s'était préparé aussi vite que possible, sautant tout bonnement la case « cuisine » histoire de ne pas laisser à son compagnon le temps de le questionner sur les événements passés. Et si Peter ne s'expliquait pas avec Stiles, les chances qu'il le fasse avec Catherine étaient au plus bas. Ça, il devait se garder de le mentionner. Sa vieille amie ne lui pardonnerait pas ce genre de remarque.
« Ne m'oblige pas à te coincer dans l'ascenseur pour t'obliger à répondre ! » Menaça-t-elle, lui attrapant le coude, se moquant des quelques regards interloqués qui la suivaient. « Tu peux mentir à qui tu veux mais pas à moi, Peter. Pas à moi. Jamais à moi. »
« Manger. Je vais manger. » Peter soupira. Il espérait que cette réponse suffirait. Il n'avait pas grand espoir.
« Parfait. On va où ? »
Ses épaules s'affaissèrent. Il avait le chic pour s'entourer de parfaits enquiquineurs incapables de lui lâcher les baskets sous prétexte que ce n'était pas bon pour lui.
« Riddle ? Ça te va ? »
o o o
Derek fouillait. Il regardait, lisait et relisait les carnets, cahiers, livres et livrets qui avaient pu être sauvés des flammes et ceux qui avaient pu être préservés, de par leur emplacement initial. Le caveau familial était toujours une valeur sûre, bien que peu réjouissante. Derek savait que ce n'était là qu'une infime partie des informations que sa famille avait pu récolter au sujet du surnaturel, il savait aussi que Stiles et Peter avaient une part considérable des informations sur leurs ordinateurs personnels, mais le loup saurait se contenter de ce qu'il avait pour le moment.
Qu'il était étrange de tout retrouver après tant d'années. De laisser son regard parcourir des pages et des pages remplies par sa mère elle-même. De se rendre compte que, malgré les années, cette écriture sonnait toujours aussi familière. Bien plus que celle illisible, plus proche de la ligne non droite que des lettres qui, parfois, venait ajouter quelques renseignements complémentaires. Derek sourit en reconnaissant l'écriture de son oncle. Ce n'était pas étonnant qu'il en sache autant s'il avait lui-même participé au référencement du surnaturel et à l'actualisation des données familiales. Voilà au moins un point qu'il partageait avec Stiles !
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Liam se tenait debout à l'entrée du caveau. Les bras croisés sur son T-shirt trempé de sueur, le plus jeune membre de la meute fixait le loup de naissance et attendait sa réponse de pied ferme. S'il souhaitait l'avoir – et Dieu sait qu'il en voulait vraiment une – Liam avait tout intérêt à se montrer sûr de lui et à ne laisser aucune porte de sortie possible. Un Hale, quel qu'il fut, semblait doué de naissance pour envoyer paître quiconque venait l'importuner. Changer de sujet sans n'y rien paraître était un art qu'ils maîtrisaient à la perfection.
« Je vérifie certaines petites choses. » Derek avait répondu. Derek ne l'avait pas envoyé promener tel un malpropre. C'en était presque miraculeux ! Suspicieux, même.
« Comme quoi ? »
« Les archives familiales. » Marmonna le premier. « Il m'a foutu le doute, ce con. »
« Tu les crois pas quand ils disent que ça va ? » Cette question n'avait pas l'air d'en être une, constata Derek. Elle tenait davantage de l'affirmation, du constat.
« Il est venu me voir et m'a... il m'a posé une colle. Et ça n'aurait pas dû en être une. Donc je... vérifie. »
« Et c'était quoi ? »
Derek leva les yeux du carnet où, cette fois, trois écritures se partageaient la page. L'arrondie de sa mère. L'illisible de son oncle. Il n'arrivait pas à identifier la dernière, par contre. Était-ce son père ? Ses grands-parents ? L'émissaire ? Quelqu'un d'autre ? Le regard de Derek mit vite Liam mal à l'aise. L'obscurité des lieux n'aidait en rien à se sentir serein. Sombre, exiguë, poussiéreux... non, vraiment, les conditions n'étaient assurément pas optimales.
« Il a parlé d'un humain dans notre famille. » Murmura Derek. Dire à voix haute aidait à comprendre, affirmait Peter. Restait à voir si c'était vrai ou pure élucubration de son aîné. « Au début, je pensais qu'il divaguait mais... il... »
« Il t'a mis le doute quand même. »
Après que Derek eut hoché la tête, positif, le plus jeune lycan n'ajouta rien. Il avait encore quelque chose à dire, une réflexion à faire, un détail à donner à l'autre – même un peu plus qu'un détail en y réfléchissant bien – mais une promesse faite à la va-vite la veille l'en empêchait. La coïncidence était trop grosse. Bien trop pour en être une, de coïncidence. Peter ne pouvait pas aller voir son neveu, l'interroger sur l'existence d'un humain Hale, quelque part, n'importe où... puis rêver en être un. Pas sans que ça signifie quelque chose.
« Et y en a... y en a un ? »
« Peter a l'air d'en être convaincu. Et je pense qu'il pourrait avoir raison. Sauf que je ne trouve rien à ce sujet dans les notes si ce n'est des lignes par-ci, par-là. » Un livret en main, Derek ne savait que penser. « Y a juste assez pour que le doute soit bien là... trop peu pour confirmer. » Il soupira. « Et je ne comprends pas comment on peut l'avoir tous oublié, bon sang ! Peter n'en a que des bribes. Laura ne devait rien savoir à son sujet, sinon on serait allés le retrouver. Cora ne me croit pas et m'a rit au nez quand je l'ai appelé. »
« Il... il peut pas... excuse, hein, mais... être mort lors de l'incendie ? » Hasarda Liam.
« Non. » L'autre paraissait étonnamment sûr de lui, sur ce coup. « Mais... il peut ne plus... » Derek ignora son locuteur qui souhaitait le voir plus rapide, savoir à quoi il était en train de penser. « Il peut avoir été transformé. »
Le début d'agacement qui prenait Liam s'évapora. Cette nouvelle remarque n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Le coach sportif haussa les sourcils. Un coin de sa lèvre se retroussa. Cette supposition lui semblait bien dangereuse mais Ô combien plausible.
« Pourquoi le transformer sachant que la morsure peut ne pas prendre ? Et pourquoi vous le faire oublier ? »
« Y a dû lui arriver quelque chose. » Avança Derek. « La morsure devait être inévitable. Sa seule chance de s'en sortir. Comme pour toi. »
Le regard plongé sur ses baskets défaites, Liam se maudissait de tenir à honorer cette promesse faite sur un coup de tête. Il avait le sentiment d'avoir une carte maîtresse en sa possession et de ne pas la jouer. Quelles en seraient les conséquences ?
« Et on lui aurait fait oublier qu'il était humain, avant ? »
Derek confirma. Le sang de Liam ne fit qu'un tour.
« Est-ce que des souvenirs qui ont été pris peuvent être restitués ? »
Il était arrivé plus tardivement dans la meute et, même s'il en avait traversé beaucoup, certains événements lui avaient été épargnés. À Kira et Malia aussi, mais être respectivement sortis avec Couille droite et Couille gauche leur avait permis d'être plus au fait de ce qu'elles avaient eu la chance de manquer. Être proches de Lydia aussi. Liam, lui, savait pour Peter – difficile de l'ignorer – mais c'était à peu près tout. Il ne connaissait pas les détails de l'épisode du Kanima, de la meute d'Alphas et du Darach. Il ne connaissait pas toutes les ficelles de ces scènes. Il ne savait pas que Deucalion avait privé Isaac d'une partie de ses souvenirs concernant ce qu'il avait pu voir à la banque. Il ignorait, de ce fait, que Peter s'était chargé de les récupérer.
« Oui. »
« Et est-ce qu'un événement extérieur pourrait les faire revenir, par exemple ? »
L'ancien Alpha resta muet. Il ignorait la réponse. Peter la saurait certainement, lui. Difficile, toutefois, d'aller lui poser la question. L'avocat se braquerait aussitôt. Refuserait de répondre. Le maudirait avant de l'envoyer voir ailleurs. N'importe où tant que c'était loin de lui.
« Derek ? »
Ce qui demeurait incroyable, à la limite de l'inconcevable, c'était cet oubli généralisé. Peter. Cora. Laura. Lui. Qui avait à y gagner à leur faire tout oublier de ce genre de chose ? Et, surtout, quel intérêt y trouvait-on ?
« Derek ? »
Peut-être qu'une seule personne avait véritablement à gagner dans l'affaire. L'humain devenu loup.
« Derek ? »
Devait-il continuer à chercher à en savoir plus ? À le retrouver ? À, éventuellement, renouer contact et retrouver un peu de cette meute décimée ? Dit comme ça, la réponse se devait d'être positive. Elle ne l'était pas. Tellement de choses pouvaient mal tourner.
« Derek ! » Liam avait haussé le ton. « Si les souvenirs sont pris pour une bonne raison... qu'est-ce qui... »
« Il y a trois choses que l'on ne peut cacher : le soleil, la lune, la vérité. » Souffla le lycan, se tournant vers son cadet et se relevant finalement, les mains chargées. « C'était le mantra de mon père. »
« Satomi ? »
Bien sûr... Liam connaissait Satomi grâce à Brett !
« Cacher la vérité n'est jamais la solution. Elle finit toujours par éclater. » Trop catégorique ? Tant pis. C'était vrai. C'était ce qui s'était passé avec Stiles et Peter, ce qui rendait leurs rapports avec Scott aussi mauvais. « Cette solution a une date de péremption. On ignore juste laquelle. »
« Mais tu crois que c'est possible que ta famille ait... ait pu... qu'un membre de ta famille ait pu modifier la mémoire de tout le monde pour cacher un truc aussi énorme ? » Dans le genre gros mensonge, on faisait difficilement pire, quand même.
« J'espère que non. » Avoua Derek. « J'espère que personne n'a été assez idiot pour faire ça. »
o o o
Catherine et Peter étaient attablés dans un coin de leur restaurant de prédilection, celui dans lequel ils s'étaient retrouvés quelques temps plus tôt, le Riddle. Un peu à l'écart, loin de l'entrée, on pouvait les oublier. On ne les remarquait pas. C'était bien là le but de Catherine en allant s'installer à cet endroit – presque stratégique –, et précisément ce que Peter avait craint. Elle l'avait coincé de la pire des manières et il ne pouvait pas s'en plaindre.
« J'ai l'impression de retrouver mon Peter de dernière année. » Avoua-t-elle, à mi-mot, engageant les hostilités d'emblée. « C'était un con. »
« Cath'. »
« Mais c'était après la mort de tes parents. » Termina-t-elle, faisant semblant de ne pas remarquer la grimace douloureuse et le recul de son ami. « Et je me souviens dans quel état tu étais alors. » Elle lui attrapa la main. « J'aime à penser que tu as toujours un élément déclencheur, quelque chose qui te pousse à être un con et t'invite à dépasser la limite. Pour toi, en tout cas. »
Si elle savait...
« Alors dis-moi ce qui se passe. J'ai besoin que tu me dises ce qui se passe. On trouvera une solution. À deux, on trouvera bien. On en a toujours trouvé une, non ? »
Le lycanthrope soupira. Il regarda alentours. Il cherchait leur serveur des yeux, espérait que leurs commandes arrivent... et vite, si possible. Très vite ! Peter souffla par le nez et observa brièvement le plafond. Pourquoi la personne qui pourrait le mieux l'aider et le conseiller était également celle à qui il devait taire l'ensemble du problème ? Celle à qui il ne pouvait rien dire ; ne devait rien dire. Catherine ne savait pas. Elle ne savait pas. Elle. Ne. Savait. Pas... et ça allait rester ainsi. Ça devait rester ainsi. C'était pour le mieux.
« Peter. » Elle serra ses doigts. « Je peux tout entendre. »
Elle ne le pouvait pas. Qui le pourrait ? Le loup leva légèrement la tête et vit le sourire confiant et rassurant sur les lèvres de Catherine. Ah ça oui, y avait pas à dire, elle savait s'y prendre avec lui. Elle savait comment il fonctionnait.
« Non. »
« Non ? »
« Tu ne peux pas tout entendre. » Apprit Peter, à voix basse.
« Tu m'avouerais avoir tué quelqu'un que je te demanderais si tu as besoin d'aide pour te débarrasser du corps. » Le sourire qu'avait la femme à cet instant jurait avec ses funestes paroles.
« Je n'ai pas de corps à faire disparaître. » Rictus. Pour une fois.
« Merci, mon dieu ! » S'écria Catherine, s'enfonçant dans sa chaise, les mains jointes sous son nez, rassurée. « Parce que, honnêtement, je préférerais que tu demandes de l'aide à Stiles plutôt qu'à moi. »
« Stiles est flic... »
« Justement ! » Amusée, loin de son air grave d'un peu plus tôt, elle savait le mettre à l'aise. « Mais je ne t'encourage pas à tuer quelqu'un, hein. Loin de moi l'envie de te voir avoir du sang sur les mains. »
Trop tard.
Le restaurant était loin de faire salle comble, ce midi. Quelques groupes ça et là. Un ou deux dîners d'affaire. Deux familles. Trois couples. Eux. Une bonne partie des tables restaient inoccupées, pour le plus grand plaisir de leurs oreilles.
« On se connaît depuis quand, Pet ? » Sourire. Encore. Toujours. « Dis-moi. »
« Toujours ? » Suggéra Peter. « Ou pas loin. Pourquoi ? Tu veux une médaille ? »
« En chocolat, sinon tu l'oublies. »
« Je comprends pourquoi Stiles voudrait que je te partage. »
Elle haussa un sourcil mais restait amusée. Catherine l'était toujours, amusée, du moment qu'elle aimait ce qu'elle entendait et gardait un minimum de maîtrise sur la conversation.
« Ah oui ? Et tu lui as répondu quoi ? »
« Qu'il en était hors de question. Je t'ai, je te garde. »
« Vous êtes adorables, tous les deux. » Souffla-t-elle, rayonnante. « Mais oui. On se connaît depuis toujours. Et je ne compte pas te laisser filer encore une fois. » Elle devint plus grave, tout à coup. Le sujet l'exigeait. « Une fois c'était trop. »
Peter serra, à son tour, serra les doigts de Catherine. Pourquoi se sentait-il tellement plus à l'aise avec elle ? Avec celle qui, précisément, ignorait tout d'un large pan de sa vie ?
Les plats, dans un timing quelque peu douteux, arrivèrent. Catherine et Peter, simultanément, se reculèrent pour laisser les assiettes se poser. La conversation aurait pu dévier à ce moment-là. Elle déviait, en règle générale. Catherine aurait pu chercher, fidèle à elle-même, à piocher dans l'assiette de son vis-à-vis et là, oui, la discussion aurait radicalement changé. En mieux. En pire. Affaire de point de vue.
« Est-ce que je me suis déjà cassé le bras ? »
La question arrivait tel un cheveu dans le potage, Peter s'en rendit vite compte. On fronça les sourcils, perplexe. La fourchette pleine de courgettes à quelques centimètres de la bouche, Catherine dévisagea son plus vieil ami. Le seul avec qui elle avait gardé contact après le lycée, pour autre chose que les « Joyeux Noël et bonne année » et les « Bon anniversaire » d'usages. Le seul avec qui elle avait renoué lorsqu'il l'avait recontacté.
La secrétaire juridique s'imaginait – difficilement – le lien qu'il pouvait y avoir entre la précédente conversation et la dernière question. Catherine se garda de la moindre moquerie. Quelque chose venait de se débloquer. Peter commençait à lui raconter, lui expliquer. À quand les explications des débuts d'explications, par contre ? Parce que, là, ce n'était pas vraiment clair.
« Euh... ouais. Je crois. » Elle réfléchit. « Au collège, il me semble, non ? Ouiiii ! Tu avais même râlé pendant des semaines parce que tu loupais le cycle de basket, en cours de sport. »
Aurait-on remplacé Peter par un sosie de cire qu'on aurait eu besoin d'un instant de réflexion pour s'apercevoir du changement effectué. La supercherie aurait été parfaite. Le lycanthrope avait lâché couteau et fourchette, faisant se tourner vers eux nombre de regards réprobateurs. Balbutiant quelques excuses, Peter se leva, reculant sa chaise jusqu'à percuter le mur, puis disparut aux toilettes et s'y barricada.
Respiration saccadée. Sensation d'étouffement. Ongles enfoncées dans les paumes de mains. Griffes dans les paumes de mains. Maladroit dans ses mouvements, le lycan activa l'eau pour s'en passer sur le visage. Ça n'aidait en rien. Toujours peu sûr dans ses gestes, Peter chercha à attraper son téléphone. Il le rattrapa avant qu'il ne tombe dans le lavabo. Amer goût de déjà vu. La même chose s'était passée un peu plus tôt. Juste avant que Catherine l'arrête et le suive pour manger.
Un bouton sur lequel on appuie. Un doigt qui glisse sur l'écran pour le déverrouiller. Un raccourci vers le numéro de Stiles sur l'accueil. Biiiiip. Peter murmurait, espérait qu'on lui réponde.
« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Stiles. Je ne suis pas disponible pour le moment. Merci de laisser un message après le bip... biiiiip. »
Dos au mur, Peter se laissa glisser au sol. Le portable coincé entre l'index et le majeur, il se prit la tête entre les mains. L'attirail du parfait petit loup-garou était presque entièrement de sorti, ce midi – le monstrueux visage en moins. Peter ne saurait pas s'en sortir seul. Pas ce midi.
« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Hale Derek. Je ne suis pas disponible pour le moment. Merci de laisser un message après le bip... biiiiip. »
« Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Stiles. Je ne suis pas disponible pour le moment. Merci de laisser un message après le bip... biiiiip. »
« Allô ? »
« S-Scott ? » Parler avec les crocs n'étaient pas des plus faciles.
« Peter ? Merde ! »
À l'autre bout du combiné, une porte claqua. Peter entendit la clochette, celle accrochée au-dessus de l'entrée qui l'agaçait tant, tinter. Évidemment. La porte de sorbier derrière laquelle Deaton se protégeait bloquait également Scott lorsqu'il était seul. Aaah ! Il était fort, le doc, très fort.
« Où es-tu ? Peter ? » Le ton de l'Alpha était pressant. « Tu as besoin que je vienne te chercher ? »
« Res-resto. » Le sien plutôt erratique. « Travail. »
Bon. D'accord. Pas vraiment. Pas tout à fait. Pas loin. Presque. C'était plus facile de l'expliquer de cette façon. À l'heure actuelle, tous les raccourcis étaient bons !
« D'accord. D'accord. Euh, hmm... cale ta respiration sur la mienne. D'accord ? » Scott prit une grande inspiration. Bloqua. Expira. Il exagérait les sons afin d'aider le Bêta à se concentrer dessus. L'Alpha entendit Peter faire de même de son côté. Ils recommencèrent. Encore. Encore. Encore. « C'est bien. Continue comme ça. Continue. »
Le loup Hale continua donc. Scott avait réussi. Peut-être même plus rapidement que ne l'auraient fait Derek ou Stiles s'ils avaient répondu à son appel. Peter esquissa un sourire. Le jeune Alpha avait retenu – avec du mal mais il l'avait retenu – que les stupides « Alpha, Bêta, Oméga » et « Le soleil, la lune, la vérité » le bloquaient plus qu'ils ne l'aidaient.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demanda Scott lorsque Peter parut calmé. Il s'en mordit les doigts. La respiration de l'autre lycan redevenait saccadée. La transformation recommençait. Il n'avait pas à voir l'aîné pour le savoir. « D'accord. Oublie. Oublie, Peter ! » L'Alpha reprit une grande inspiration. La bloqua un instant. La libéra. Le Bêta l'imita, une nouvelle fois.
« Merci. » Souffla Peter, d'une petite voix fatiguée.
« Tu devrais passer à la maison ce soir. »
« Pas la peine. »
Scott soupira. Faire changer Peter d'avis était à peu près aussi plaisant que de se prendre une porte en plein dans le nez avant de dévaler les escaliers et atterrir, nu, dans un champ d'orties peuplés de rats mangeurs d'hommes – merci Stiles pour cette charmante comparaison. Le loup-garou aux yeux rouges n'avait, ce midi, pas la foi pour un long débat. Il passa directement à l'étape « menaces ».
« Sois tu passes, sois je passe ce soir quand Stiles sera là aussi. »
Ce n'est pas bien de faire chanter les gens. Peter n'est pas n'importe qui. Le passé avait déjà prouvé que c'était, si ce n'était la seule méthode, la meilleure pour le faire flancher et l'avoir de son côté. Surtout pour Scott que Peter avait coutume de contredire pour son grand plaisir.
« Crétin d'Alpha. » Siffla l'avocat.
« À ce soir. » Lança Scott, soulagé par la réaction de son Bêta.
o o o
Peter esquissa un infime sourire lorsqu'il constata que Catherine était restée à leur table plutôt que de se lever pour aller faire le pied de grue devant les toilettes pour hommes. Elle avait accepté de ne pas immédiatement lui sauter dessus pour lui demander – comprendre ici : exiger – des explications. Les lèvres closes, elle le regarda s'asseoir et le soulagement se lut dans son regard. La pauvre ne devait pas comprendre ce qui venait de se passer. Comment confirmer qu'il s'était bel et bien cassé un bras plus jeune pouvait le mettre dans pareil état ?
« On en parle pas. » Promit-elle à voix basse. « Tu devrais manger. Ça va être froid. »
« Je... »
« Non. » Coupa Catherine, couverts posés, mains croisées. « Sauf si tu comptes tout m'expliquer, ne m'explique rien. »
« Je ne peux pas tout t'expliquer. »
« Alors continue à ne rien me dire. Ça te réussit si bien. » Cassante à souhait.
« J'aimerais pouvoir te dire, mais... »
« Si tu comptes dire que c'est mieux pour moi de tout ignorer : ne termine surtout pas ta phrase. »
Silence. Réfléchir rapidement, peser le pour et le contre en un minimum de temps, prendre une décision – idéalement bonne – sans y passer le réveillon, Peter savait faire. Il faisait même souvent. Un peu trop de l'avis de Blaise. Le loup se plaisait à penser qu'il se trompait rarement. Aujourd'hui, pourtant, il jouait gros. Il jouait une personne qu'il n'était pas prêt à perdre.
Ce qu'il avait à perdre, en révélant à Catherine ce qu'il était, était tout aussi conséquent que ce qu'il avait à y gagner.
Le jeu en valait-il la chandelle ?
« Je suis un loup-garou. »
Fin du treizième chapitre.
Bon ? Pas bon ? Moyen ? Autre ? Pas assez long ? Trop long ? Manque de description ? Surtout pas plus de description, nom de dieu !? Pas assez de corail cannibale ?
Si jamais quelque chose vous échappe ou vous semble aussi clair qu'un poney rose... n'hésitez surtout pas à le dire !
A bientôt pour le quatorzième chapitre, Vie de mensonges ?
J'ai une page facebook (lien disponible sur mon profil). Dessus ? Un calendrier prévisionnel des chapitres et OS. Des extraits des prochains chapitres (et des OS aussi, nous ne les oublions pas). L'annonce de certaines fics/OS. Des articles avec l'avancée générale de tout ce qui est en cours (ou presque tout). Brefouille ! Le truc bien ? C'est que je ne pourrais pas vous y mordre !
Skayt
