Chapitre 30 : Le revers de la médaille
Le paysage défilait comme un film en noir et blanc. La neige était toujours présente sur les collines et dans les prairies, le ciel noir au loin annonçait une tempête sur l'Ecosse. Lieu vers lequel le train rouge se dirigeait à toute allure. A son bord, des élèves étaient tranquillement en train de discuter entre eux, ravis de retrouver leur deuxième maison. Mais de son côté Hermione n'entendait rien de ce que disait ses meilleurs amis. Elle observait le paysage en silence. Elle ne voulait plus parler de ses vacances. Elle laissa donc Harry et Ron décrire leur aventure à Neville, Luna et Ginny. Cette dernière avait déjà entendu plein de fois ce récit mais elle souriait en voyant que son frère changeait à chaque fois un détail, et en voyant Harry lever les yeux au ciel en entendant son meilleur ami. Après quelques instants à les écouter, elle détourna la tête en direction d'Hermione assise en face d'elle. Elle ne comprenait pas pourquoi sa meilleure amie était si mélancolique de rentrer à Poudlard sachant qu'ils avaient vaincu encore une partie de Voldemort et qu'elle allait revoir son petit-ami. Elle ne dit rien, ne voulant pas attirer l'attention sur elles. Elles parleraient en privé. Elle reporta donc son attention sur le reste du groupe toujours joyeux.
De son côté, Blaise était entouré de ses amis de Serpentard. Il observait le même paysage par la fenêtre. Il s'empêchait d'écouter Pansy parler avec les filles de cette soirée donnée par leur maitre. En tournant la tête il vit que Draco était aussi déconnecté que lui. Assis en face de lui, il fixait la vitre comme si elle n'existait pas. En voyant de plus près, il lui ressemblait par ses cernes sous les yeux et son air songeur et préoccupé. Draco dû sentir son regard car il se détourna de la fenêtre pour ancrer ses yeux dans les siens. Ils savaient tous deux ce que pensait l'autre. Ils savaient à quel point cette nouvelle mission les rongeait. Car malgré le plan B, il fallait déjà penser au plan C et ainsi de suite. Les Gryffondors étaient des coriaces rien n'était sûr que ce que Blaise allait faire le soir même allait marcher. C'était surtout ça qui rongeait le Serpentard car la réussite de la mission, sa survie ainsi que celle du blond dépendait de lui, de ce qu'il allait devoir faire. Tout reposait sur ses épaules. Il n'était pas courageux et il avait juste envie de fuir aussi loin que possible. Serpentard n'était pas sa maison pour rien même si parfois il en doutait. La ruse était une des qualités renommés des verts et argents et en ce moment, il lui fallait une ruse et pas qu'une petite. Mais voilà, il ne trouvait rien. Ce talent lui faisait défaut quand il en avait le plus besoin. Il était foutu. Il retourna au paysage noir et blanc pour ne plus voir ce regard qui avait tant confiance en lui.
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Hermione avançait derrière Harry et Ron au milieu de la grande salle pour rejoindre leur table. Elle s'y assit sans faire attention à ce qui l'entourait, toujours dans ses pensées.
- Bon sang Hermione qu'est-ce qui t'arrive depuis tout à l'heure, lui souffla à l'oreille la rouquine.
- Hein ? dit la brune en se retournant vers elle.
Ginny insista du regard pour lui éviter de répéter la question et ainsi d'attirer tous les curieux autour d'eux.
- Rien Ginny, tout va bien, dit Hermione en comprenant la question.
- Ne me ment pas.
- Plus tard, dit d'un ton sec la brune pour couper court à toutes conversations incongrues dans cet endroit.
Ginny ne se fâcha pas car elle comprenait donc elle hocha la tête avant de s'intégrer dans les discussions qui allaient bon train autour d'elles. Hermione retourna à ses pensées, à cette sensation de malaise qui la dévorait depuis quelques jours. Elle ne savait pas pourquoi mais après leur petite victoire sur Voldemort par la destruction de l'Horcruxe, elle avait un pressentiment que la chance pouvait tourner. Comme si chaque camp allait faire une avancée. C'était souvent le cas dans les guerres. Un camp avançait d'un pas, l'autre aussi. Les deux étaient prêt à s'entre tuer, sans reculer, prêt à défendre avec ferveur ses principes et ses valeurs. Alors Hermione attendait, depuis une petite semaine, le revers de la médaille. Mais elle ne voulait pas inquiéter ses amis. Elle les voyait si heureux de cette réussite qu'elle ne voulait pas détruire leur moral avec sa moralité. Alors elle gardait tout en elle. Pour oublier tout cela elle écouta avec attention le professeur Dumbledore faire son discours de rentrée. Sentant des yeux poser sur elle avec insistance, elle tourna la tête dans leurs directions. Elle croisa le regard de Blaise, qui le détourna aussi sec. Elle eut juste le temps de voir, les sentiments de tristesse et d'amour dans ses yeux. Ce regard la perturba comme il lui fit accélérer les battements de son cœur.
- Il est beau ce bracelet. Tu l'as eu où ?
Hermione releva la tête vers Lavande qui regardait son poignet. Elle le regarda à son tour et s'aperçut qu'elle jouait avec comme elle le faisait depuis qu'elle l'avait.
- Oui c'est un cadeau de mes parents.
- Oh !
- Je croyais que c'était de ta tante ? demanda Ron les sourcilles froncé.
Hermione fut prise au dépourvu et elle sentit son cœur se serrer. Elle allait devoir encore mentir sur la provenance de ce bracelet. Elle venait de faire une gourde et seul Ron pouvait retenir ce genre de détail sur elle. Elle en était certaine, il l'aimait toujours. C'est cela qui lui serrait le cœur.
- Oui en fait … ils se sont cotisés pour me l'offrir. C'est un très beau cadeau … alors … mes parents … ont demandé à ma tante de participer puisqu'elle … ne savait pas quoi m'offrir. C'est pour ça qu'ils ont pu m'offrir des livres en plus.
Le rouquin hocha la tête satisfait de la réponse mais l'hésitation dans la voix d'Hermione fit froncer les sourcils à sa sœur. Ginny sentait le mensonge à plein nez mais heureusement pour la brune, la rouquine était au courant de son secret. Il lui serait facile de lui expliquer la vérité. Que ce bracelet venait de l'homme qu'elle aimait et non de sa famille.
Blaise s'était assis entre Draco et Daphné. Il le regretta aussi sec quand sa voisine commença à essayer d'attirer l'attention de son voisin. Il savait que Draco avait passé la nuit avec elle lors de la soirée du maitre mais Blaise espérait qu'elle ne soit pas aussi conne pour espérer avoir plus du prince des Serpentards. Mais apparemment l'ainée des Greengrass avait bien l'intention de le reconquérir. Elle lui parlait tout en lui faisant les yeux doux. Blaise était mal à l'aise surtout quand Draco marcha dans son jeu pour mieux la remballer ensuite. Il avait juste envie de changer de place ou d'aller directement à son appartement. Il en avait marre de voir le visage de la Serpentard tout près de lui alors il essaya de regarder ailleurs mais ce fut une grave erreur car il tomba sur sa belle. Elle fixait le directeur avec attention comme si elle buvait ses paroles mais ses petites mimiques lui dit le contraire. Elle essayait juste de penser à autre chose. Il la connaissait tellement. Mais à quoi pensait-elle pour ne pas vouloir y penser. C'était quelque chose qui la contrariait ou l'angoissait car elle faisait souvent cela dans ses situations. Sachant cela, son cœur se serra. Ce soir elle le sera encore plus … Soudain elle tourna la tête vers lui. Il croisa ses beaux yeux brun l'espace d'une seconde puis détourna les siens aussi sec. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il la fixait avec autant d'intensité pour qu'elle sente son regard posé sur elle. Oh qu'est-ce qu'il pouvait se détester en ce moment …
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Hermione quitta la grande salle avec ses amis. Elle les accompagna un bout de chemin avant de les quitter pour rejoindre son appartement. Elle sentit Ginny la suivre donc elle s'arrêta. Elle se tourna vers elle puis attendit que les garçons tournent au coin d'un couloir avant de parler.
- Oui Ginny ?
- Tu vas pouvoir me dire enfin ce qui te trotte dans la tête.
- Juste des mauvais pressentiments Ginny. Je n'aime pas me réjouir trop vite comme le font les garçons. Peut-être qu'après une bonne nuit de sommeil cela passera ne t'inquiète pas.
- Oui bien sur une bonne nuit de sommeil, dit-elle en souriant.
- Oh Ginny tu es irréparable, répondit la brune en rougissant.
- Bon en tout cas tu oublies tout ça, on est à Poudlard maintenant il ne peut rien nous arriver.
- Oui tu as sans doute raison, dit Hermione sans trop y croire.
- Oui j'ai toujours raison. Allez à demain ! dit-elle en partant dans le sens opposé.
- A demain.
Hermione soupira. Elle savait très bien que l'école était le lieu le plus protégé grâce à Dumbledore mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il pouvait quand même se passer quelque chose. Elle avait participé à la fête que donnait Voldemort pour ses fidèles. Les autres membres de l'Ordre n'avait pas vu ce qu'elle avait pu entrevoir. Beaucoup d'élèves de Serpentard appartenant à sa promotion et à la sixième année y étaient présent. Elle voyait encore leur fierté sur leur visage d'avoir été invité. Elle voyait le danger que cela pouvait avoir sur son camp. L'ennemi était dans l'enceinte du château et avec ça comme avantage, Voldemort pourrait entamer les lignes de défense du camp de la lumière. Mais bon elle avait un allié : Blaise. Ils s'aimaient et une partie d'elle espérait malgré tout qu'il changerait d'avis. Qu'il viendrait dans son camp pour empêcher une quelconque rupture mais la vision du Serpentard à cette soirée lui dit qu'il ne le ferait sûrement pas. Mais fallait qu'elle soit forte. Elle ne s'appelait pas Hermione Granger pour rien. C'était sa nouvelle révolution de l'année. Finit Nott, et Voldemort. Elle serait forte et combattrait pour ses amis, sa famille et sa vie jusqu'au bout. Elle ne laisserait pas tomber tous ceux qui auraient besoin d'elle. C'est en pensant à ça qu'Hermione atteignit son appartement. Elle entra doucement et elle fut heureuse de voir Blaise. Il observait le paysage coléreux par la fenêtre. Puisqu'il n'avait pas réagit à son arrivé elle décida de l'observer en douce un instant. Même de dos elle le trouvait plus beau que jamais. Qu'est-ce qu'il avait pu lui manquer pendant ses deux semaines. Elle s'avança vers lui, le cœur battant la chamade.
- Coucou, dit-elle en l'encerclant de ses bras.
Hermione sentit Blaise se raidir. Mais ne comprenant pas pourquoi elle attendit qu'il parle. Simplement avait-il eu peur ? Elle l'entendit soupirer. Qu'est-ce qu'il avait ?
- Granger.
- C'est Granger maintenant ? demanda-t-elle totalement surprise.
- Oui, dit-il froidement.
La Gryffondor le lâcha et recula de plusieurs pas. Choquée. Par la fenêtre, un éclair brisa la noirceur de la nuit. Cela reflétait tant l'instant présent. Hermione venait de se recevoir un coup de jus, un éclair. Blaise s'imaginait très bien le visage de la brune et il était content de ne pas le voir, il ne voulait pas faillir à sa tache. Il avait raison. Hermione était en plein combat intérieur. Son visage montrait toute l'incompréhension, la tristesse et aussi la colère que ce simple mot provoquait en elle quand il était ainsi prononcé par lui. Granger. Son nom de famille lui avait paru tellement honteux à cet instant. Elle qui en était si fière avant d'entrer dans l'appartement. Pourquoi s'appelait-elle Granger ? Pourquoi maintenant ? Elle ne voulait pas. Il ne pouvait pas. Elle était totalement confuse à l'intérieur. Elle voulait se mettre face à lui et l'embrasser. Le forcer à lui dire le contraire mais elle ne pu s'empêcher de poser la question.
- C'est le moment ? demanda-t-elle d'une voix distante, fallait qu'elle soit forte, elle se l'était promis.
- Oui. Je me suis bien amusé maintenant c'est finit.
Hermione venait de se prendre un coup de point en pleine poitrine. Elle avait le souffle coupé et resta sans voix. Son courage et sa force s'évapora comme eau au soleil. Ce qu'il venait de dire était encore pire que tout. Comment pouvait-il dire une chose pareille ? Son histoire avec lui n'était pas réelle ? Pourtant si. C'était comme dans un rêve mais c'était la réalité. Pour elle c'était plus que réelle mais pour lui ? Pensait-il vraiment ses paroles ? Elle s'était donnée à lui, et après deux semaines de séparation, il la jette avec ses paroles. Non ce n'était pas possible. Elle se sentait trahie même pire, elle se sentait rabaisser au rang de conquête. Et lui, qui lui tournait le dos comme s'il ne voulait pas l'affronter. Avait-il peur qu'elle déchiffre ses expressions sur son si beau visage ? Elle le connaissait. C'était forcément ça, il lui mentait, cela ne pouvait être autre chose. Mais pourquoi lui disait-il ça ? Une lueur d'espoir avait réapparu dans son cœur, tout n'était pas perdu. Il jouait la comédie, elle en était sûre.
- Dit-le-moi en face et là je te croirais, dit-elle voulant plus de réponse à ses questions si nombreuses qui se bousculaient dans sa tête.
Blaise ferma les yeux tout en soupirant. Quand il les rouvrit, son visage était devenu impassible, n'exprimant aucune émotion.
- Regarde-moi ! dit-elle en haussant la voix. Elle commençait à perdre son sang froid.
Il se retourna et la regarda dans les yeux. Elle fut choquée par ce qu'elle voyait. Son assurance en prit un coup car elle ne l'avait jamais vu ainsi, pas avec elle en tout cas. Comment pouvait-il être aussi impassible ? Même ses yeux n'exprimaient rien. Cet homme n'avait rien avoir avec le Blaise qu'elle connaissait, avec celui qui était son petit-ami. Qui était cet homme là ? Elle n'était plus du tout sûr de le connaître celui-là.
- Dit-le, insista-t-elle dans un murmure.
Pour elle c'était comme une supplication. Elle le suppliait de lui dire le contraire. Elle voulait qu'il la prenne dans ses bras et qu'il lui dise qu'il l'aimait toujours. Que tout cela n'était qu'une malheureuse blague.
- Nous deux c'est finit. J'ai eu ce que je voulais donc maintenant ne m'approche plus.
Cette réplique fut cette fois-ci cinglante. Pour elle, c'était comme un poignard qui s'enfonçait profondément dans son corps jusqu'à atteindre son cœur. Son cœur s'effritait jusqu'à tomber en miette. Hermione était désemparée. Son assurance avait totalement disparue et son espoir aussi. Tout cela était tellement réel qu'elle n'arrivait plus à croire la petite voix dans sa tête qui lui disait que tout ça n'était que mensonge. Elle ne discernait plus la réalité dans toute cette histoire. Est-ce que ses quatre derniers mois n'étaient qu'un rêve ? Elle ne comprenait pas. Comment pouvait-il l'abandonner après tout ce qui c'était passé entre eux ? Il ne pouvait pas, ce n'était tout simplement pas possible. Elle se sentait trahie, abandonnée, honteuse. C'était finit. Toutes ses bonnes résolutions s'étaient envolées avec sa propre estime. Comment avait-elle pu se donner à lui, se faire avoir ainsi. Elle n'avait été qu'une débutante sur ce coup là. C'était son ennemi, un serpent vicieux, prêt à tout pour arriver à ses fins même à coucher avec elle, une Sang-de-Bourbe. Pourtant elle le savait que ce jour arriverait. Mais … Mais elle pensait avoir plus de temps. Plus de temps à passer avec lui, à l'aimer, à se faire aimer. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi la vie était-elle si injuste et dure avec elle. Après ce beau rêve éveillé, elle avait l'impression d'entrer dans une phase de deuil. Une tristesse sans nom venait d'envahir son cœur. Elle avait perdu quelqu'un, comme s'il venait de mourir, on venait de le lui arracher sans pitié. C'était le cas mais pourtant la personne était bien vivante, là devant elle, la fixant avec ses yeux inertes de touts sentiments. La mort avait envahit l'homme qu'elle aimait. Elle espérait pouvoir gagner mais elle venait de perdre haut la main son combat contre elle. Elle pensait être plus forte que la mort mais non c'était toujours elle qui gagne … quoi qu'on fasse …
- Et puis sèche tes larmes, tu ne m'auras pas ainsi, claqua-t-il.
Le gout salé dans sa bouche, le gout des larmes, lui apparut enfin. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle pleurait. Elle était trop abasourdie pour ça mais une fois cette constatation faite, elle eut honte. Honte de pleurer devant lui … son ennemi …
- Les apparences sont parfois vraiment ce qu'elles sont, dit-elle en allant s'enfermer dans sa chambre.
Dans la pièce inhibée de toutes lumières, elle essaya de rester forte mais se fut peine perdue. Elle laissa donc sa peine et les ténèbres qui l'entouraient la submerger. Elle s'approcha de sa fenêtre et observa les torrents d'eau qui tombaient dehors. Cela reflétait exactement les larmes qui coulaient sur ses joues. Elle avait renoncé à les essuyer sachant qu'elles revenaient de plus belles à chaque fois. Les gouttelettes d'eau étaient vite remplacées par d'autre, sur sa peau comme sur la vitre. C'était un spectacle plein de bon sens. Cela montrait que personne n'était irremplaçable. On pouvait toujours être remplacé par quelqu'un d'autre et plus rapidement qu'on ne le croyait. Elle savait que c'était faux mais son cœur en miette ne pouvait penser autrement. Elle était tellement absorbée par la contemplation des goutes qui glissaient contre le verre qu'elle sursauta quand un éclair déchira le ciel sombre. Du coup elle cogna brutalement la table à côté d'elle et le vase qui y était posé tomba en mille morceaux sur le sol. Elle pleura de plus belle en voyant le résultat. Voir tous ses petits bouts de verre éparpillés à ses pieds lui fit mal. C'était l'exacte copie de son cœur en ce moment. Il était en pièce … brisé …
Chapitre corrigé par Julia Erwelin
