Chapitre 2


Dans la nuit, éclairée par la lune, la proie ignorait ce qui l'attendait. Traquée depuis des heures, sans qu'elle ne le sache, elle broutait calmement, avant d'aller se faufiler dans les feuillages. A quelques mètres de là, le prédateur fixait la fourrure de l'animal de son regard de lynx. Dégainant sa flèche, il arma son arc, et d'un geste rapide et silencieux il relâcha le tout, offrant toute son énergie à l'arme de bois. L'animal s'effondra alors dans la seconde sans avoir eu le temps de voir son assaillant.

« -Je l'ai eu ! Ahah ! Tu ne t'attendais pas à ça ! » s'écria la prédatrice. Cette dernière, d'une chevelure brune intense nouée en un chignon lâché, était vêtue d'un pantalon en daim sur lequel des bottines épaisses brunes venaient s'ajouter. Son haut en cuir était simple mais solide, donnant à la jeune femme un aspect guerrier. Enfin, un carquois venait par dessus sa cape légère, laissant deviner sa présence dans les bois pour la chasse.

« -Je dois bien l'avouer, tu deviens douée.

-Et c'est tout ?!

-Que veux-tu, le pauvre chevreuil ne va pas te féliciter.

-Tu es vexé parce que je suis meilleure que toi ! Tu deviens vieux Ô mon Roi ! » rétorqua la jeune femme d'un ton ironique tout en effectuant une courbette.

« -Saïnika... » soupira l'elredorien.

« -Je plaisantais ! » répondit-elle avant de déposer un baiser sur la joue du souverain.

« -Bien. Alors rentrons maintenant. La nuit est déjà bien entamée.

-Heu Hodin ?

-Hm ?

-Le chevreuil ?

-Et bien quoi ? Tu l'as tuée cette pauvre bête, et elle ne sera pas morte en vain. Elle fera le repas de demain.

-Oui je veux bien, mais tu vois, je ne serais pas contre un coup de main.

-Tu n'es pas en robe brodée, mais en pantalon et cuirasse. Tu peux bien te salir un peu. Et puis, toi qui étais si fière de ta chasse...Un chasseur s'occupe lui-même de son butin. C'est comme pour tout.

-Quelle galanterie ! » maugréa la jeune femme brune.

« -Allez, vah ! Une fois au château tu pourras à nouveau te comporter en princesse et ne pas avoir à lever le petit doigt pour quoi que ce soit.

-Soit...Mais je te ferais rappeler ton mauvais comportement vis à vis d'une femme.

-Si tu le dis... »

Sur ces mots, le drôle de duo prit la route menant au château.

Une bonne heure plus tard, les deux chasseurs arrivèrent à destination, éclairés par la seule lumière de la pleine lune.

« -Enfin ! » s'exclama Saïnika une fois devant les portes du château. Elle relâcha son butin au sol et prit appui sur Hodin.

« -Je suis exténuée ! Tu aurais quand même pu me donner un peu d'aide.

-Tu veux de l'aide ? » répéta le Roi en riant. Sans laisser le temps à la jeune femme de répliquer, il l'a saisit et la porta contre lui, l'emmenant jusqu'à l'intérieur du palais. La belle brune se débattit alors tout en rigolant.

« -Hodin ! Tu sais que je déteste ça !

-C'est bien pour cela que moi j'adore.

-Espèce de...

-Votre Majesté ? » Le conseiller apparut au fond du couloir. Il s'avança vers les deux grands enfants tout en se raclant durement la gorge.

« -Miguel ! Vous ne dormez pas ? » répondit surpris Hodin en reposant Saïnika au sol.

« -Non, j'ai à vous parler d'un fait extrêmement important.

-Je vais vous laisser dans ce cas » chuchota la jeune femme au Roi.

« -Ce ne sera pas nécessaire, tu peux écouter.

-Bien...

-Alors, qu'y a t-il Miguel ?

-Leurs altesses royales la Reine Elsa d'Arendelle, la princesse Anna d'Arendelle et le prince Kristoff sont arrivés durant la nuit il y a quelques heures. Je leur ai dit que vous n'étiez pas là, mais que vous les recevriez demain. »

Le Roi parut quelques instants déstabilisé, puis se mit à rire en donnant une tape dans le dos de Miguel.

« -Soyez sérieux mon ami, il est tard pour plaisanter de la sorte.

-Il ne s'agit pas là d'une plaisanterie, votre Altesse. Je ne me le permettrais pas. Je suis on ne peut plus sérieux. »

Un silence pesant s'installa alors. Saïnika fixait les deux hommes l'un après l'autre sans comprendre la soudaine gêne du Roi, jusqu'à ce que ce dernier ne lui pose une main sur son épaule.

« -Saïnika, vas demander aux cuisinières d'aller récupérer le résultat de ta chasse, qu'elles s'en occupe pour demain midi.

-A cette heure-ci ?

-Oui. Et vas te coucher, il est temps de dormir.

-Et toi ?

-J'ai...quelques petites choses à faire. On se revoit demain au déjeuner.

-Bien. A demain Hodin.

-Attends Saïnika !

-Oui ?

-Demain, il faut que tu sois parfaite.

-Comme toujours, mon Roi » répondit la jeune femme d'un ton amusé.

« -Ce n'est pas une plaisanterie cette fois. Je veux que tu mettes la plus belle robe que tu possèdes, sans toutefois qu'il y ait trop d'artifices. Il faut que ce soit simple et élégant.

-Pourquoi te montrer si exigent d'un coup ?

-J'y tiens, voilà tout.

-Mais...

-Tu veux me faire plaisir ?

-Bien sur !

-Alors fais ce que je te dis. Et surtout, attention à ta tenue, tes dires et...

-...comporte toi en bonne princesse.

-Oui.

-Bien. Je ferais de mon mieux. Mais je te préviens, tu ne m'empêcheras pas de retourner à la chasse.

-Ce n'est pas ce que je souhaite non plus. Allez, vas. Bonne nuit Saïnika.

-Bonne nuit Hodin. »

La jeune femme embrassa l'elredorien sur la joue et quitta le couloir pour emprunter un petit escalier menant au sous sol.

Le Roi se tourna à nouveau vers son conseiller, le regard trouble.

« -Où sont-ils ?

-Je leur ai attribué des chambres.

-Montrez-moi. »

Miguel acquiesça et guida le jeune homme à l'étage. Il s'arrêta alors au fond du corridor et montra une première porte « La princesse Anna et son époux, le prince Kristoff ». Hodin hocha la tête et le conseiller prit un second couloir pour s'y arrêter un peu plus loin « La Reine Elsa »

-Merci Miguel...Leur avez-vous parlé de Saïnika ?

-Non votre Majesté, je ne me serais pas permis.

-Bien. Vous pouvez disposer pour cette nuit.

-Votre Majesté. »

Hodin observa l'homme s'éloigner jusqu'à ne plus l'apercevoir. Son regard se tourna par la suite sur la porte close. Sa main alla au contact de la poignée en argent et après avoir vérifié que personne ne le surprendrai, il pénétra dans la pièce. Il eut l'impression un bref instant de commettre la même infraction qu'un an auparavant. Mais une fois qu'il vit la silhouette de la jeune femme, il en oublia son erreur. Il s'approcha calmement d'un pas qui se voulut sûr de lui.

Arrivé au pied du lit, reconnaissant la chevelure blonde et bouclée de la souveraine, il ne put retenir un sourire heureux, qu'il avait cru à jamais perdu. Il contempla la jeune femme endormie, devinant les formes de son corps sous les draps fluides et légers. Le bout de ses doigts allèrent se mêler aux doux cheveux de l'arendellienne, provocant le réveil de cette dernière.

« -Hodin ! » cria t-elle, surprise en se redressant. Le Roi précipita alors sa main sur les lèvres rosées d'Elsa, la fixant d'un air amusé.

« -Je suis moi aussi heureux de vous revoir. Mais si vous pouviez ne pas crier, cela m'arrangerai, ma Reine. » Sur ces mots, il libéra la bouche de son interlocutrice, qui le regardait d'un air sévère. Il remarqua alors la présence d'une épaisse couche de glace qui encerclait la souveraine.

« -Comment osez-vous ?!

-Quoi donc ?

-Vous êtes partis comme un voleur, il y a un an ! Vous nous avez laissés ! Vous m'avez laissée ! Et vous osez venir me parler la bouche en cœur ?!

-Vous m'aviez tellement manqué... » répondit le principal intéressé, ignorant les reproches qui lui avaient été fait.

« -Vous n'êtes qu'un mauvais Roi ! Un mauvais gentleman ! Un mauvais...

-Continuez donc.

-Continuer quoi ? Vous vous moquez de moi !

-Non, j'aime vous voir énervée. Tout ces petits flocons volants autour de vous, c'est si beau.

-Ces flo... ? Oh non !

-Oh, si. Mais continuez donc.

-Non ! Non ! Non ! » paniqua la jeune femme, observant les flocons voler autour d'elle.

Hodin leva les yeux au ciel, amusé et satisfait d'avoir fait basculer la souveraine dans l'angoisse. Voyant que cette dernière empirait les effets de sa magie en voulant au contraire les arrêter, il s'assied à ses côtés et la saisit par la taille, la serrant contre son torse. Les poussières de glace cessèrent immédiatement de tomber, la jeune femme ressentant un long frisson la parcourant. La plaque de glace s'étant formée quelques minutes auparavant disparu alors avec les nombreux flocons.

« -Puisque je vous dis que j'aime cela.

-S'il vous plaît... » Implora la souveraine.

« -Je souhaite juste parler. J'ai très bien compris votre réticence.

-C'est que...

-Chut... »

L'elredorien enfouit son visage au creux du cou de la jeune femme, et d'un mouvement lent, il caressa sa chevelure blonde, mêlant ses doigts aux boucles rebondies et savourant ce moment de tendresse. La Reine sentit sa respiration saccadée devenir plus régulière au bout de longues minutes, et cet instant qui d'abord la gênait lui sembla plus plaisant. Elle se laissa alors retomber contre lui, se détendant complètement, appréciant pleinement ces gestes doux et affectueux.

Finalement, après un long silence, les yeux d'Elsa se refermèrent, et le Roi replaça les couvertures pour la couvrir. Relevant la tête, il observa le visage paisible de la souveraine, heureux qu'enfin elle ne le rejette pas. Il repensa à l'année qui était passée depuis son retour à Elredor, et regretta d'avoir dû quitter Arendelle pour son rôle de Roi. Il soupira et profita un temps du contact de la jeune femme contre son corps.

Plus tard, se sentant partir lui aussi au royaume des songes, il se redressa et réveilla délicatement la souveraine.

« -Votre Majesté ? Me voici navré de devoir vous éveiller au beau milieu de la nuit » chuchota t-il d'un air faussement solennel. Elsa peina à ouvrir ses yeux bleutés et se blottit contre l'elredorien, trop fatiguée pour se relever.

« -Qu'y a t-il ? » articula t-elle tant bien que mal, provoquant un nouveau sourire chez le Roi.

« -Je ne peux m'empêcher de me poser une question..Pourquoi être revenu à Elredor ? » demanda t-il.

L'arendellienne, en entendant ces mots, se redressa, oubliant sa fatigue.

« -Vous vous moquez de moi !

-Mais non, pas du tout...Je me demande juste...

-C'est vous qui nous avez mandés !

-Non, je vous assure que non !

-Nous avons reçu une lettre signée en votre nom. Vous nous invitiez à venir à Elredor durant quelques jours.

-Avez-vous la lettre avec vous ? »

Elsa regarda autour d'elle puis arbora un air déçu.

« -Non...Elle a dû rester dans la veste de Kristoff.

-Nous verrons cela demain alors.

-...Vous ne vouliez donc pas que l'on vienne ?

-Non...Enfin, maintenant que vous êtes ici, je suis heureux de vous retrouver, c'est un magnifique présent que vous me faites ! Seulement, je ne vous ai pas envoyé de lettre.

-Bien...Nous repartirons demain dans ce cas.

-Comment faut-il vous le dire ?! Je suis heureux que vous soyez ici !

-Mais si cette lettre n'est pas de vous, c'est que vous ne vouliez pas nous voir. Si nous ne l'avions jamais reçue, qu'est-ce qui me dit qu'un jour nous nous serions revus ? Aviez-vous déjà pensé à revenir à Arendelle ?

-J'y ai pensé, oui. Mais certains événements ont fait que je n'ai jamais pu venir. En rentrant à Elredor, j'ai aidé mon peuple à reconstruire tout ce qui avait été détruit. Il a fallu des mois pour obtenir ce résultat de village neuf, avec des maisons encore couvertes d'un toit.

-Mais à présent que c'est fini ?

-Il y a eu autre chose qui m'a empêché de partir.

-Quoi donc ?

-Je ne peux pas vous le dire ce soir.

-Vous n'avez pas changé...

-Ne le prenez pas mal Elsa. »

Hodin rapprocha à nouveau la Reine contre lui, et chuchota à son oreille.

« -Cela fait si longtemps que j'attendais de pouvoir vous tenir contre moi »

Elsa tressaillit en sentant le souffle de l'elredorien, mais finit par répondre d'un ton léger et hésitant.

« -Vous repousser fut ma première erreur ». Le Roi passa à nouveau sa main dans la chevelure blonde de la jeune femme, repensant à cette fois où elle l'avait rejeté.

« -Et je n'aurais pas dû partir comme je l'ai fait.

-Était-ce de ma faute ?

-Non, j'espérais soulager votre esprit en agissant ainsi.

-Vous l'avez troublé. Vous m'avez laissée dans l'ignorance.

-C'était nullement mon intention. Lorsque vous avez parlé de traditions, j'ai compris qu'il ne pourrait rien se passer. Et je le pense toujours...

-...nos rôles nous empêcheront de faire quoi que ce soit. » chuchota la Reine. Elle baissa son regard sur le sol alors qu'un court silence s'installait. « Vous devriez me laisser à présent.

-Est-ce là ce que vous souhaitez ?

-Non...

-Alors permettez moi de rester, et de nous autoriser ce moment ensemble. Demain, je vous laisserais. »

Elsa hocha la tête, retenant un soupir déçu, et laissa Hodin la serrer contre lui d'un geste tendre. Alors, au bout d'un certain temps, la jeune femme s'endormit paisiblement dans les bras de l'elredorien, sa tête reposant contre la poitrine de ce dernier. Le Roi savoura pleinement cet instant qui devait se terminer le lendemain matin, et finit lui aussi par succomber au sommeil, tandis qu'une de ses mains venait se reposer de manière protectrice sur le front de la Reine.