Hello, hello,
Je suis vraiment contente de voir que cette fic vous plaît !
Un gros groooos merci à LiliEhlm pour sa correction !
Bonne lecture !
PS. Je réponds aux anonymes sur papionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme
Evidemment, Teen Wolf n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. Je me contente de faire mumuse avec le tout.
Chapitre 15 - Tout va bien
Stiles se jeta pratiquement sur le téléphone du poste dont il était le plus proche. Il n'avait eu le temps de sonner qu'une seule fois. Une seule et unique petite fois. Jordan sourit. Il était vrai que le poste était plutôt calme, aujourd'hui. La veille aussi, d'ailleurs. Qui disait journée calme disait également – et malheureusement – paperasse à remplir, et Stiles, comme n'importe lequel de ses collègues, préférerait faire à peu près n'importe quoi d'autre. Le champ des possibilités était vaste.
« Non. On ne peut pas venir obliger votre petit-fils à sortir de la piscine, monsieur. » Soupira le jeune homme. Il se tourna vers Parrish, occupé à lui sourire et à se moquer de lui. Stiles roula des yeux, amusé lui aussi. « Mon pè-le shérif Stilinski vous répondra la même chose. » L'hyperactif fut sur le point de reposer le combiné quand on lui posa une nouvelle question. « Vous n'avez qu'à menacer de lui envoyer son téléphone portable pour qu'il s'ennuie pas trop, tout seul, dans l'eau. Je pense qu'il sortira en un clin d'œil. » Il semblait fier de sa bêtise. « Mais de rien monsieur. Bonne journée. »
Jordan, tournant son siège vers son coéquipier, un stylo dans la bouche et quelques traits noirs sur le visage qui lui enlevaient bien du sérieux, haussa un sourcil.
« Je déteste les vieux. » Souffla juste Stiles. « Ils sont parfois pires que les gosses. Et j'en ai un à la maison. »
« De gosse ou de vieux ? »
Le fils du shérif en fonction pouffa. « Les deux, je suppose. »
« Il y en a un qui serait ravi d'entendre ça. »
L'humain souffla son désaccord tout en se laissant lourdement retomber sur sa chaise. Le coude sur le bureau et la joue écrasée dans sa paume de main, Stiles jouait désormais à faire rouler le capuchon d'un crayon égaré – mais forcément quelque part par terre, ce qui limitait déjà considérablement les zones de recherche. L'avantage d'une telle journée creuse, c'est qu'il était à peu près certain de ne pas avoir à faire d'heures supplémentaires.
« Ça va pas mieux, vous deux. » Comprit de suite Jordan, la visite de Lydia encore bien en tête.
« J'ai l'impression d'essayer de le guérir de la grippe en lui injectant le cancer. » Grommela Stiles, faisant claquer sa tête sur son clavier d'ordinateur et bougonnant un petit 'aoutch'. « J'ai presque envie qu'une couille nous tombe dessus, là, tu vois ? J'me dis que ça le pousserait peut-être à demander de l'aide. » À trop fréquenter les Hale, on en attrapait les manières, Stiles grogna. « Il le fera jamais. Demander de l'aide, ça sait pas faire, un Hale. Putain de Hale. » Il tapa du poing sur le bureau, à une paire de centimètres de son oreille. « J'sais plus quoi faire, là. J'vais finir aussi taré que lui, à ce rythme. »
D'ordinaire, Jordan aimait bien entendre Stiles maudire son compagnon. Tout le monde aimait bien entendre Stiles maudire Peter et l'accabler de divers noms d'oiseaux dont ils ignoraient le plus souvent jusqu'à l'existence. Stiles maudissait tout le monde. Son père, qui profitait d'être seul pour manger cochonneries sur cochonneries – Parrish était d'ailleurs presque sûr que John mentait sur son régime alimentaire pour le plaisir de faire râler son fils unique. Scott, qui était un peu trop Scott pour Stiles qui n'arrivait plus à mettre son ami sur un piédestal comme autrefois. Derek qui grognait plus vite que son ombre. Lecter qui était un abruti de crétin de première qui ne méritait absolument pas de porter un nom aussi cool que Lecter et qui devrait plutôt s'appeler... qui ne devrait même pas s'appeler, tout compte fait. Oui. Stiles aimait râler et maudire les gens qu'il appréciait presque autant que ceux qu'il dépréciait. Et celui qui remportait la Palme d'or était, sans commune mesure, Peter.
o o o
La porte d'entrée claqua puis, une seconde après, fut fermée à clé. Un trousseau vola ensuite à travers le hall et glissa sur quelques centimètres, ne s'arrêtant qu'après une malencontreuse rencontre avec une pile de dossier abandonnés là depuis une paire de jours par un Stiles qui se moquait bien du fait que Peter puisse les voir et s'en agacer.
L'avocat était déjà rentré. Stiles s'en était douté en voyant l'heure et, surtout, l'absence de messages sur sa boîte vocale. Catherine avait tendance à virer Peter du bureau lorsqu'il s'y attardait un petit peu trop et ne voyait pas l'heure tourner. Il ne voyait jamais l'heure tourner. Le lycan avait également pris l'habitude de le prévenir quand il comptait passer un peu plus de temps au bureau, histoire de ne pas voir Stiles débarquer à l'entrée et faire un scandale auprès des vigiles. Merci pour lui mais c'était plutôt gênant. Très gênant.
« Tu savais que Jason Beghe avait fait parti de L'église de la Scientologie ? » Demanda le loup-garou en guise de bonjour.
« Ah ? Non. Et j'm'en fous. »
« Moi aussi. »
Stiles sourit. Ça n'avait pas été une bonne nuit mais ça avait dû être une journée pas trop mauvaise pour Peter. Une fois n'est pas coutume, c'était lui qui avait essayé d'engager la conversation sur un sujet qui ne les intéressait ni l'un, ni l'autre – ou peut-être juste un peu, alors. L'humain retira sa veste et, tentant le diable, alla la déposer sur la tête de celui qui était à moitié allongé sur le canapé, comme un Romain sur son triclinium.
« J'ai une tête de portemanteau ? »
Le sourire du cadet grandit un peu plus encore. Stiles ignorait ce qui s'était passé pour avoir droit à un tel changement mais en était fin content. Il ne saurait assurément pas ce qui était arrivé, d'ailleurs, à moins de mener sa propre petite enquête. Il ne le ferait pas. On lui avait toujours déconseillé de le faire et, une fois n'est pas coutume, Stiles allait suivre ces conseils.
Derek et son père lui avaient à maints reprises dit de ne pas fouiller le passé de Peter. Ni celui de quelqu'un d'autre, hein, faut pas croire, mais ils craignaient davantage pour celui du loup-garou que celui du boulanger qui exerçait au centre-ville. Pas de recherches. Aucune. Même pour donner suite à un défi stupide ou trouver une idée de cadeau. Deaton aussi le lui avait déconseillé. L'émissaire, se mêlant de choses qui le regardaient autant que la couleur des chaussettes du maître du chien qu'il venait de stériliser, l'avait mis en garde. Si tout le monde s'y mettait... ça ne devait pas être pour rien, quand même ?
L'humain éloigna le vêtement de sur la tête de son compagnon, qui grogna de contentement.
« Tu manges avec moi, ce soir ? » S'enquit Stiles, croisant les doigts pour que son désespoir ne soit pas trop évident – oui, il avait de l'espoir.
« Je comptais faire des pâtes à la carbonara. » Peter était distrait, l'attention du loup de nouveau tournée vers le téléviseur. « Tu saurais pas où est la multiprise USB, par hasard ? Pas moyen de mettre la main dessus. »
« Sous le canap'. » Réponse immédiate de la part d'un Stiles qui se versait un grand verre de lait. Merci le radar de Peter qui savait systématiquement quand il s'en passait et les 'Nous avons des verres, Stiles, et ce n'est pas pour encombrer les armoires'.
Le lycanthrope accepta la réplique sans ciller et, à tâtons, chercha l'objet à l'endroit indiqué. « Ah ouais. Au temps pour moi. »
Désaltéré, mais la bouteille et son verre quand même en main pour pouvoir être abandonnés sur le programme télé, Stiles alla rejoindre Peter dans le salon. Il préféra ne pas jouer avec le feu comme il l'aurait encore fait quelques semaines plus tôt et s'abstint d'attraper la télécommande, posée près de la jambe droite du lycan, afin de changer de chaîne. S'il le faisait, au mieux, il ne se passait rien ; au pire, Peter prenait la porte, sans un mot, et ne revenait pas avant le lendemain soir, au moins ! Va pour la Scientologie, même si Stiles ne comprenait pas pourquoi – ni comment – ce programme avait eu la préférence de Peter. Soit.
« Bonne journée ? »
L'humain ne se mouillait pas trop. Le loup semblait de bon poil.
« Je t'ai appelé, ce midi. »
Le fils Stilinski, qui venait d'abandonner ses chaussures derrière le canapé, pour ne pas se prendre les pieds dedans tout à l'heure – oui, il était prévoyant – se contenta d'un « Hmm » faussement étourdi. Que l'autre mette ces appels passés sur le tapis ne lui disait rien qui vaille. Stiles était passé en mode enquête et regarda Peter du coin de l'œil, guettant ses réactions.
C'était une de leurs mauvaises habitudes communes, ce qui la rendait plus difficile à vivre. En plus de toujours vouloir avoir raison sur tout et n'importe quoi, et avoir le dernier mot à chacune de leurs disputes – ce qui les faisait s'éterniser – l'un comme l'autre cherchaient à analyser le comportement de l'adversaire afin de savoir à quoi s'attendre de sa part. Prévoir pour parer. Deviner ce qu'il voulait entendre pour savoir quoi répondre. Pourquoi ne jouaient-ils pas aux échecs ensemble ? C'était à se le demander.
Enfin non. Pas vraiment. Si Stiles et Peter jouaient aux échecs ensemble, ils finissaient, là encore, par se disputer et, évidemment... ils voulaient avoir le dernier mot ! Évidemment ! Trop facile sinon ! Ooh, le couple avait bien trouvé un semblant de solution mais ce système était loin d'avoir fait ses preuves et tenait plus du prototype que d'une solution miracle susceptible de résoudre tous leurs maux.
L'idée était simple. Basique, même. Elle avait déjà été revue, modifiée, ajustée, améliorée plusieurs fois. Les deux étaient partis du principe qu'une année avait cinquante-deux semaines et que, donc, ils pouvaient avoir le dernier mot vingt-six semaines par an. Mauvaise solution. Ils avaient commencé à calculer pour savoir quelle semaine était leur semaine, mettant en lumière une faille. Derek les avait insultés de « gros tarés » quand il l'avait appris – difficile de lui donner tort. Peter avait proposé d'avoir raison chacun son tour « Comme si on nommait une tempête. Tantôt un prénom masculin, tantôt un féminin. Tantôt tu as le dernier mot, tantôt j'ai le dernier mot. » Isaac avait manqué se décrocher la mâchoire en les surprenant au milieu d'une dispute explosive, se criant dessus des « C'est mon tour d'avoir raison, andouille poilue » et « Tu as eu le dernier mot la dernière fois, je suis prêt à me refaire couper le doigt si j'ai tort. » Le fait étant que ça avait bel et bien été au tour de l'humain d'avoir le fin mot de l'histoire.
Stiles, en mode observation, vit Peter se tendre. Un peu. C'était suffisant pour que ce soit noté dans un coin. Un tic nerveux anima brièvement es lèvres de l'avocat. Ses yeux changèrent de bleu. Bleu surnaturel. Nouvelle nuance que Stiles recommençait à craindre.
« Tu as perdu le contrôle. » Ce n'était pas une question. « S'est passé qu... mince... non, je, désolé. »
« Je sais pas ce qui se passe. Les rêves. Les pertes de contrôle. Je deviens dang-... je redeviens dangereux. »
« Les pertes de contrôle arrivent à tout le monde. » Souligna Stiles. Qui voulait-il convaincre ? Rassurer ? Elles arrivaient à tout le monde mais Peter était champion dans sa catégorie. « Ça veut pas dire... tu dois pas... je pense pas que tu ais à t'inquiéter pour ça. Tu n'es pas seul aujourd'hui. On laissera pas ça se reproduire. » Le sourire de l'hyperactif brillait par sa fausseté. « Et pour la nuit... au pire je t'assomme et je te ligote. » Peter, lui, ne souriait pas. Encore moins à la mention des liens. « Hey ! Je plaisante. Je t'arracherai pas. C'était une blague. Pas drôle. »
« Je vais faire à manger. »
Leur moment était fini. Stiles n'en avait pas profité. Il s'injuria mentalement.
« Pet ! » L'arrêta-t-il, agrippant son poignet mais le relâchant immédiatement à cause du regard du lycan. « Tes rêves, c'est... ils parlent de quoi, au juste ? »
« Je sais pas. »
Terminé. Plus que terminé. Plus terminé que ça, c'était pas possible ! Peter n'avait plus envie de parler et ne s'en cachait pas. Il ne s'en cachait jamais. Stiles avait laissé passer sa chance d'en savoir plus sur ce qui se tramait ; ou de simplement profiter du loup dans une bonne passe. Il était comme ça, l'humain, incapable de profiter et de se taire ; de ne pas en vouloir davantage. Fermer sa grande gamelle, pour une fois, et profiter d'un Peter un peu plus ouvert ne lui avait même pas effleuré l'esprit.
Stiles s'insultait. Se maudissait. Tout le monde pensait que Peter était celui qui, le plus, faisait les frais de ces insultes parfois alambiquées. C'était faux. Il n'était que second. Tous n'avaient cependant pas à le savoir.
Le jeune agent finit tout de même par se redresser et fila rejoindre le loup-garou dans la cuisine. Il se figea de suite, la bouche entrouverte, une jambe en l'air et la main sur la porte. Stiles s'était arrêté et regardait juste. Il ne contourna pas la table comme il l'aurait fait en temps normal. N'essaya pas, en vain, à arriver derrière Peter pour essayer de le faire sursauter, l'agacer alors qu'il était au téléphone. Les épaules tendues, inquiet, il écoutait plutôt la discussion téléphonique qu'était en train d'avoir Peter. Du moins... la moitié de celle-ci.
« J'ai oublié ! » Claqua Peter de mauvaise humeur. « Ne mêle pas Stiles à ça. »
Celui dont le nom venait d'être prononcé ne comprenait pas ce qu'il venait faire dans la conversation. Il n'aimait pas ne pas comprendre. Il ne comprenait pas pourquoi il ne comprenait pas. Pourquoi on l'empêchait de comprendre.
« Si tu viens, je te jure que je te tue et que je ne te louperai pas, cette fois... à moins que tu ne me tue le premier. Dans ce cas, tu as tout intérêt à avoir une bonne excuse sous la main. » Peter ricana. Que lui avait-on répondu ? « Pas de ça avec moi. »
Scott. Génial. C'était bien leur veine. L'Alpha avait un talent tout particulier pour débarquer dans leur quotidien aux pires moments. Stiles toussota. C'était une habitude perdue, faute de l'utiliser. Vivre entouré de loups-garous, à l'ouïe plus qu'excellente, faisait qu'on oubliait qu'il fallait parfois s'annoncer auprès d'eux. Que notre présence en un endroit n'allait pas toujours de soi. Même si Peter n'était pas le meilleur exemple en matière de lycan. Plus le temps passait, plus Stiles s'en apercevait sans se l'expliquer.
« Je te laisse. » Ni une, ni deux, l'avocat raccrocha au nez et à la barbe de son Alpha.
« Comment tu ferais sortir un gosse de la piscine s'il veut pas sortir de l'eau ? »
Question hors sujet pour ne pas le braquer. Stiles marchait constamment sur des œufs avec Peter, ce qui n'était pas l'expérience la plus agréable qu'il eut tenté. L'autre le regarda, étonné. Rassuré et reconnaissant aussi.
« J'irais manger une glace sur le bord de la piscine. »
« Ah ouais, tiens. C'est moins radical que jeter son portable à la flotte. »
« Et si c'est la dernière glace, c'est encore mieux. »
o o o
Derek avait rapatrié une partie des documents, écrits comme photographies, entreposés sous le lycée. Malgré sa conversation avec Liam, et son oncle ensuite, il n'avait pas abandonné l'idée d'en savoir plus. De trouver cet humain oublié de tous. Quelque chose ne tournait pas rond dans l'histoire ! Il y avait un problème dans l'énoncé et il était décidé à mettre le doigt dessus. Derek se savait moins doué pour les recherches que Stiles ou Peter, que Lydia ou Jordan, mais il était le seul à vouloir s'y mettre.
Liam et Peter avaient d'ailleurs vraiment eu le chic pour titiller sa curiosité, pourtant nettement moins facile à piquer que celle des autres membres de la meute. L'un avec ses questions hyper précises qui laissaient supposer qu'il en savait plus qu'il voulait le dire. Pourquoi se taisait-il était une question sur laquelle Derek se pencherait plus tard. L'autre avec ses refus catégoriques qui, encore une fois, laissaient entendre que son damné oncle ne disait pas tout. Peter ? Refuser de retrouver un membre de leur famille ? On ne lui ferait pas avaler pareille absurdité, même sous la torture.
Après avoir poussé ses quelques rares meubles afin de dégager un maximum d'espace, le loup-garou avait étalé, devant le canapé, toutes les photographies retrouvées puis ramenées. Derek avait même été jusqu'à dessiner une frise chronologique pour y faire figurer les diverses réunions de la meute, s'aidant des rapports retrouvés dans les cartons mais dont il n'arrivait pas à se rappeler le rédacteur. Stiles et Peter faisaient toujours comme ça. Ils mettaient tout sous leur nez, dans le bureau du second, puis reliaient les différents éléments entre eux... et ça marchait !
Enfin, ça marchait quand ça marchait, surtout. Mieux valait ne pas y penser. Partir défaitiste ne l'aiderait pas. Les fesses sur le bord du canapé, les coudes sur les genoux et les mains jointes sous le menton, le lycan soupira. Il n'arrivait pas à avancer ; faisait du sur-place depuis des heures. Son cerveau refusait de relier divers éléments tant qu'un soupçon de doute subsistait.
S'il avait rapidement conclu que sa frise avait été pure perte de temps et ne lui apprendrait rien sur l'humain, Derek avait cependant noté qu'on avait stoppé net les rapports de réunions de meute suite aux décès de ses grands-parents. Ça l'étonnait qu'à moitié. Sa mère n'avait pas vraiment eu la tête à ça, à l'époque.
Le loup-garou ouvrit les yeux un peu plus grand. Ils se plissèrent quasi de suite. Peter était venu vivre avec eux suite aux décès de ses grands parents – ses parents. Derek se souvenait des difficultés de sa mère à gérer l'adolescent qu'était alors son jeune frère. Peter qui perdait, à l'époque déjà, régulièrement le contrôle. Combien de fois avait-il malencontreusement blessé son neveu ? Ça ne se comptait plus.
Derek commença à regarder d'un peu plus près les photos où tous les cousins et cousines étaient regroupés. Son oncle se trouvait régulièrement à leurs côtés, ayant pour ainsi dire le même âge que Robin et Leonard. Il souriait plus par devoir que par envie.
Reconnaître Peter au fil des années n'était pas difficile. Derek avait presque grandi avec son oncle. Il l'avait longtemps considéré plus comme un grand frère avec lequel il lui était interdit de chahuter que comme un oncle. Pourquoi ne pouvait-il pas chahuter ? Pourquoi le grondait-on, sa mère comme son père, davantage quand il se battait avec Peter qu'avec ses sœurs ? Pas moyen de retrouver pourquoi et ça dérangeait Derek. Ce n'était pas le genre d'éléments que l'on oubliait.
Peter n'avait jamais été bien loin, aidait Derek pour ses devoirs, se moquait de son neveu qui était une vraie catastrophe au basket – et avait continué même après, quand il était devenu doué. Peter était là. Toujours. Tout le temps. Un peu comme aujourd'hui, le frère de sa mère avait toujours fait en sorte de traîner dans ses pattes. Sauf après son entrée à Harvard. Là, il avait commencé à s'éloigner. Il rentrait rarement sur Beacon Hills et avait toujours mieux à faire que passer du temps avec Derek. Leur complicité s'était fragilisé. Paige avait tout fait voler en éclat.
Leonard. Anna. Robin. Sally. Zachary. Il revoyait les autres enfants de la meute. L'un d'entre eux était peut-être l'humain qu'ils cherchaient. Qu'il cherchait. Derek attrapa, fébrile, deux photos. Plusieurs années les séparaient. On repérait toujours facilement les différentes fratries et devinait les affinités des uns et des autres. Robin et Leonard qui, comme d'habitude, avaient dû être en désaccord sur un sujet quelconque. Laura qui embêtait gentiment une petite Cora boudeuse, son visage renfrogné rentré dans son cou. Sur l'autre, la même chose, ils étaient juste un peu plus âgés. La 'panoplie du parfait petit-garou', comme disaient Mason et Stiles lorsqu'ils se sentaient exclus d'une conversation surnaturelle, plus visible. Derek jeta les deux clichés et en attrapa deux autres, au hasard.
Il y avait un problème. Sur toutes les photos, ou presque. Comment avait-il pu ne pas le remarquer tout de suite ?
o o o
Les yeux d'Alex s'écarquillèrent d'horreur lorsqu'ils tombèrent sur ce qui ne pouvait qu'être Peter. À même le sol, en boule, les mains liées, l'adolescent avait triste mine et n'avait rien de l'humain que le loup avait toujours connu. Exit les sourires moqueurs et l'éclat amusé dans les yeux. Son jeune beau-frère ne bougeait pas. Seul son torse qui se soulevait et les rares gémissements de douleur qui quittaient les lèvres du lycéen rassuraient Alex, lui signifiant par-là que Peter était toujours bien vivant.
Sans plus réfléchir, incapable d'attendre que Kieran et Hestia arrivent pour lui prêter main forte, Alex dévala les marches qui menaient à la cave et se précipita vers Peter. Prudent, il ne l'avait jamais autant été qu'en cet instant. Le lycan redressa l'adolescent, tant pour voir l'étendue des dégâts que pour s'enquérir de l'état véritable du plus jeune.
L'humain grogna de douleur sitôt le toucha-t-on. Il ne sut retenir un sanglot quand on le bougea. L'ouïe lupine d'Alex lui permit d'entendre les petites suppliques murmurées par Peter. À bout. Il était à bout. Il n'en pouvait plus. Difficile de lui en vouloir. Il avait tenu dix jours entre les mains de chasseurs qui se moquaient bien de l'état dans lequel était leur prisonnier, quand bien même fut-il humain.
« C'est Alex, Peter. » Souffla Alex à son oreille.
Comme s'il avait peine à y croire, le lycéen tourna légèrement la tête et entrouvrit les yeux pour vérifier si, oui ou non, c'était bien son Alex qui le maintenant en position assise et qui allait bientôt le sortir de là. Un léger sourire illumina un court instant son visage tuméfié. Oui. C'était Alex.
« Je savais que vous viendriez. » Marmonna Peter.
Les épaules du cadet étaient désormais collées contre le torse de l'aîné. Ce dernier sortit ses griffes, doucement afin de ne pas effrayer le benjamin, afin de le défaire de ses liens. Alex ferma les yeux en voyant à quel point ses poignets pouvaient être abîmés.
Peter n'aurait jamais dû vivre ça. Personne ne devrait jamais le vivre, Peter encore moins. Il était simplement humain. Il n'avait rien de surnaturel. Seule sa famille l'était. Les chasseurs avaient, une fois encore, prouvé qu'on ne pouvait se fier à ce qu'ils disaient. Alors même qu'ils affirment, depuis des décennies, qu'ils chassent les loups-garous pour protéger les humains... voilà qu'ils venaient de séquestrer et torturer un humain pour ajouter quelques lycanthropes supplémentaires à leur tableau de chasse.
« Tu te sens de marcher ? »
Peter grimaça. Il paraissait désolé. Non.
« Tu peux dire que non. » Assura Alex, caressant les cheveux de l'adolescent qui grimaça à ce contact. « Dans tous les cas, ton père et moi on t'aidera. »
« P'pa ? »
Les larmes, jusqu'alors assez peu nombreuses, apparurent à grands flots. Coulaient le long des joues crasseuses et abîmées de Peter. Ses doigts essayaient de s'accrocher au sweat qu'Alex avait sur les épaules mais il en était incapable. Pire encore, c'était trop douloureux pour qu'il se le permette et insiste.
Sans rien dire, sans rien demander non plus, les doigts d'Alex s'enroulèrent autour des poignets, rougies et sanglants, de l'humain et commença à le soulager de sa douleur. D'une partie de celle-ci. Le loup-garou ferma les yeux. Il n'aimait pas cette pratique, aussi utile soit-elle. Elle ne faisait pas disparaître la douleur du blessé mais faisait souffrir le loup qui l'en déchargeait. Alex ne pouvait pourtant pas nier que, dans les faits, ça soulageait tout de même.
« Pa' où ? »
« Ils sont encore en haut. Ils mettent tout le monde hors d'état de nuire pour que l'on puisse partir en limitant les risques. » Expliqua Alex, sans chercher à mentir et enjoliver la situation.
Peter aurait tôt fait de comprendre, de toute façon. Il n'était pas capable de discerner les battements de cœur irréguliers d'un menteur mais avait déjà prouvé à sa famille qu'il n'avait pas besoin de ça pour savoir lorsqu'on le menait en bateau. Pas quand c'était un proche qui mentait.
« Sont ? » Releva l'adolescent.
« Ta mère aussi est là. »
Peter hocha la tête. Il commença à se tortiller, à essayer de bouger, un peu, plus était trop douloureux, pour changer de position et, dans l'idéal, se coller un peu plus à Alex. Le loup-garou dut comprendre ses intentions puisqu'une seconde plutôt, c'était chose faite. Ses deux bras étreignaient Peter aussi fort qu'il pouvait se le permettre. Son menton était posé sur le haut du crâne du plus jeune qui, de son côté, s'apaisait de plus en plus. Il était enfin en sécurité. Rien de grave ne pouvait arriver.
« Pet', tu restes avec moi, hein ? » S'inquiéta Alex.
« Mal. »
« Tiens encore un peu. Quand tu seras à l'hôpital, je ne te casserai plus les pieds et tu pourras te reposer. »
« T'seras p'là. Qu'toub'b. »
Alex soupira. Le gosse avait certainement raison. Les médecins allaient prendre Peter en charge et ils ne pourraient pas le revoir tout de suite. S'ils pouvaient le revoir. Vu l'étant dans lequel était le gamin, le bureau du shérif serait certainement prévenu et une enquête ouverte. Le nouveau shérif en fonction ne laisserait pas passer ça !
« Peter ! »
Comme Alex quelques minutes avant lui, Kieran dévalait les escaliers, manquant plusieurs fois en rater une – ce qui n'aurait, certes, pas été plus grave que ça – afin de retrouver son fils. Son fils sain et sauf. Il pilla net et n'osa pas aller plus loin. Recroquevillé contre Alex, incapable de stopper ses pleurs, Peter semblait plus fragile que jamais et certainement pas sain et sauf.
Kieran préféra ne pas approcher davantage, ne pas établir le moindre contact de peur d'envenimer la situation. Non. Vraiment. Bien que ça lui en coûte, l'Alpha choisi de ne pas les rejoindre. Il se connaissait. Il empirait toujours les choses, avec Peter, quand il voulait bien faire. Les poings serrés, il essayait de rester calme. C'était une chose de récupérer un loup-garou blessé, c'en était une toute autre de retrouver son fils, humain, torturé.
Torturé car humain, justement.
L'homme avait toujours bêtement cru, mais Hestia aussi, que Peter serait protégé des chasseurs de par sa nature humaine. Ces derniers n'allaient pas s'en prendre à leur cadet, puisqu'il entrait directement dans la catégorie de personnes qu'ils étaient supposés protéger des Grands Méchants Loups.
Avait-on jamais vu pires Alphas qu'Hestia et lui ? Incapables de protéger leur fils et leur petit-fils. C'était Peter, l'humain, qui avait protégé Derek, le loup-garou. Ça aurait presque pu faire rire Alex, si ça n'avait été qu'une histoire rapportée et pas ce qui leur arrivait.
Hestia était sur les pas de son époux. Les vêtements tachés d'un sang qui n'était, la plupart du temps, pas le sien, elle resta, elle aussi, bien à l'écart. Son fils avait assez souffert. Il n'avait pas besoin de savoir que certaines personnes étaient mortes ce soir. Elle voulait le protéger, au moins un peu. Un peu, c'était tout ce qu'elle pouvait se permettre.
« 'Man ? »
« Je suis là, mon chéri. » Souffla Hestia, la gorge nouée.
Ce fut presque à regret qu'Alex éloigna Peter afin de l'aider à se mettre debout. Il passa le bras droit de Peter derrière son cou, le gauche derrière celui de Kieran. Les deux loups-garous soutenaient le jeune homme autant qu'ils pouvaient le faire. Ils tâchèrent de ne pas faire le moindre commentaire en voyant l'état des doigts de l'adolescent. Ils étaient à l'image du reste, à l'image de leur propriétaire... brisés.
Hestia ouvrit la marche et s'assurait qu'aucun chasseur n'était là pour venir leur mettre des bâtons dans les pattes. Kieran et Alex ne pourraient pas lâcher Peter pour lui venir en aide. Elle était seule pour protéger les trois autres. Peut-être auraient-ils dû accepter la venue de Talia, tout compte fait.
« Chérie ! »
Ils venaient à peine de sortir de la cave que, déjà, il leur fallait revoir leur plan de fuite. Alex et Kieran venaient d'aider Peter à s'asseoir par terre, l'adossant contre un mur. Les éclaboussures rouges qui coloraient le papier blanc aux rares motifs ne trompaient personne. Le plus jeune était à mille lieues de les remarquer. Il gémissait, pleurait, suppliait qu'on l'achève. Il essayait de chasser les mains de son père et son beau-frère, qui commençaient et recommençaient à vouloir lui prendre de sa douleur. Marcher faisait trop mal. Respirer faisait trop mal. Il n'en pouvait plus.
Il avait su que ses parents, que sa famille, que sa meute viendrait l'aider. Plus les jours passés, moins il avait cru en ses chances de s'en sortir et partir d'ici. En sa famille, oui, toujours. En ses chances, non.
Hestia commençait seulement à se demander comment Peter pourrait guérir. Comment son fils pourrait se remettre de ce qu'il avait vécu. Physiquement et mentalement. Ça allait prendre des mois pour le premier point, voire davantage encore. Combien pour le second ? Combien d'années seraient nécessaires à Peter pour être en mesure de reprendre une vie un tant soit peu normale. Elle ne le serait jamais plus.
« Il faut qu'on y aille, mon grand. » Murmura Kieran à son fils, retirant quelques mèches un peu trop longues et qui allaient se coller au sang qui coulait encore de certaines blessures.
« Peux pas. Teplait. »
Alex tenta le tout pour le tout. Il demanda à Kieran et Hestia de l'aider à mettre Peter sur son dos. Kieran aurait qu'à rester à côté pour s'assurer que Peter ne tombe pas. De plus, l'Alpha serait disponible si jamais une paire – ou plus – de chasseurs se décidaient à leur tomber dessus.
« Déso'. » Marmonna Peter à l'oreille du mari de sa sœur, son menton niché dans son cou.
« Cht. Tu n'as à être désolé de rien, Pet'. »
« Mais, je... »
« Tu as sauvé Derek. »
Le lycéen souffla. Il n'avait plus pensé à Derek depuis des jours !
« Et, à en juger ton état, tu n'as pas dû dire ce qu'ils voulaient entendre. Tu as tenu tête à ces enfoirés... tu n'aurais pas dû. » Peter grogna. « Tu aurais dû penser à toi, avant. Personne ne t'aurait tenu rigueur d'avoir balancé deux-trois petits secrets. Tu ne l'as pas fait. » Alex sentait le souffle du lycéen, il le sentait aussi pencher vers le mur. « Tu n'as pas. À être. Désolé. »
Peter hocha la tête. Il ne dit rien. Il ne s'en sentait plus capable. Ses yeux se fermèrent. Sa prise autour d'Alex se fit moins forte, moins franche. Il recommençait déjà à basculer sur le côté. Kieran le remit correctement, gardant toujours pour lui ce qu'il pensait. Il se risqua tout de même à passer une main sur la joue de son garçon qui entrouvrit un œil et lui sourit.
« Peter ? » Appela Alex, inquiet, aveugle à ce qu'il venait de se passer. « Faut que tu tiennes le coup jusqu'à l'hôpital. Peter ? »
« Mal. »
Le père de Derek se remit en marche, pressé par le couple d'Alphas. Ils n'avaient pas le temps de s'attarder. C'était une question de vie ou de mort. N'eut-il pas fait trois pas, Peter sur le dos, qu'Alex sursauta. Son fardeau également. Un coup de feu venait de retentir. Un corps venait de tomber, tombant lourdement contre le mur. Ni le loup, ni l'humain n'avaient envie de savoir qui. Il n'y avait pas beaucoup de possibilités qui s'offraient à eux.
Hestia ou Kieran ? Kieran ou Hestia ?
Qui venait de perdre la vie avec, pour seul crime à son actif, l'envie de sauver son fils ?
« On presse le pas, allez, allez. » Murmura Hestia à son beau-fils, prenant sur elle pour ne pas craquer. Cette journée était définitivement trop riche en émotion.
« Kier- »
Le prénom de l'homme à terre se coinça dans la gorge du Bêta. Ils n'auraient pas dû être trois. Seulement trois. Il aurait pu demander des loups à Satomi. Quelques Bêtas en renfort n'auraient pas pu leur faire de mal. Les Bêtas Hale vivant trop loin pour leur prêter main forte ce soir.
« Dépêche-toi, Alex ! File à la voiture. Ne m'attends pas. »
Les yeux ronds, il se tourna vers sa belle-mère. On ne pouvait pas lui demander ça. Hestia ne pouvait pas. Elle... elle ne pouvait pas. Comment Peter pourrait-il se remettre de tout ça si, en plus, il devait se retrouver orphelin ce soir ? Et comment pourrait-il, lui, expliquer à Talia qu'il avait laissé sa mère derrière. Seule face à l'inévitable.
« Je saurai m'en sortir. » Assura-t-elle, fixant le visage crispé de son fils, plus faible que jamais. « File, Alex. »
Ils savaient tous les trois que ce n'était pas vrai. Qu'elle ne pourrait pas s'en tirer si Alex s'en allait. La louve comptait servir d'appât, de distraction pendant que les deux plus jeunes filaient loin d'ici. Ce que ces chasseurs voulaient, ce n'était pas Peter, c'était les Alphas de la meute Hale.
Et il fallait croire qu'ils les auraient si ça pouvait signifier que Peter vivait.
« 'Man. » Sanglota Peter, la suppliant du regard.
« Je t'aime, mon chéri. »
Les pleurs de Peter reprirent de plus bel.
Fin du quinzième chapitre.
Bon ? Pas bon ? Moyen ? Autre ? Pas assez long ? Trop long ? Manque de description ? Surtout pas plus de description, nom de dieu !? Pas assez de pissenlits masqués ?
Si jamais quelque chose vous échappe ou vous semble aussi clair qu'un poney rose... n'hésitez surtout pas à le dire !
A bientôt pour le seizième chapitre, Mission suicide
J'ai une page facebook (lien disponible sur mon profil). Dessus ? Un calendrier prévisionnel des chapitres et OS. Des extraits des prochains chapitres (et des OS aussi, nous ne les oublions pas). L'annonce de certaines fics/OS. Des articles avec l'avancée générale de tout ce qui est en cours (ou presque tout). Brefouille ! Le truc bien ? C'est que je ne pourrais pas vous y mordre !
Skayt
