Saïnika errait dans les couloirs du château à la recherche du Roi. Couverte d'une robe rouge rubis aux motifs crèmes sur son bustier, elle ressemblait en tout point à une parfaite princesse. Sa chevelure, retenue en un chignon retombant, lui donnait ce côté féminin qu'elle perdait lorsqu'elle partait à la chasse.
Ce matin-là, elle avait fouillé toutes les pièces du premier étage. Hodin n'était nulle part. Elle entreprit alors d'aller au palier du dessus, allant chercher dans les différentes chambres servant habituellement à loger les invités. C'est alors qu'elle repensa à la dernière discussion qu'elle avait eu la veille avec le souverain. Elle se demanda de qui pouvaient bien s'agir ces personnes venues d'Arendelle. Ce pays qu'elle ne connaissait d'ailleurs pas. S'il était question de la Reine de ce royaume inconnu, alors leur venue devait être pour d'importantes raisons.
Saïnika se demanda bien à quoi cette souveraine, la princesse et le prince devaient ressembler, mais, en vue de la gêne apparente qu'avait eu Hodin, ces mystérieux personnages ne devaient pas être n'importe qui. Ce qui était sûr, c'est que le Roi d'Elredor lui avait semblé déstabilisé en apprenant leur arrivée. Les craignait-il ? Ne souhaitait-il aucunement leur venue ?
Saïnika s'interrogeait toujours lorsque, après avoir monté l'escalier, elle tomba nez à nez avec une jeune femme aux longs cheveux roux. Cette dernière, habillée d'une simple mais élégante robe verte, la fixait avec ses deux yeux bleus d'un air étonné. Toutes deux se regardèrent un long moment, hébétées. Finalement, se souvenant des recommandations que lui avait fait Hodin, Saïnika s'inclina prestement et brisa le silence.
« -Saïnika, pour vous servir. » La rouquine l'observait sans rien dire avant de se reprendre et de lui répondre.
« -Je...Heu...Anna d'Arendelle, enchantée...
-D'Arendelle ?
-Oui...
-C'est donc vous qui êtes arrivée cette nuit !
-Oui, après un long voyage et...
-C'est donc à ça que ressemble une véritable princesse ! » la coupa la jeune femme, « Hodin exagère lorsqu'il dit que je ne suis pas à la hauteur.
-Heu...
-Mais je suppose que personne ne peut égaler une princesse. »
Anna se tût face aux paroles déplacées de la brune. Gênée, elle se tint droite, ses mains se joignant sur son estomac, et elle demeura muette comme une tombe. Saïnika, se rendant compte de sa maladresse, tenta quelque peu de se rattraper.
« -Hm...Vous cherchiez quelque chose ?
-Heu...Oui...Ou plutôt, je cherche quelqu'un...
-Et bien dîtes moi, je pourrais peut-être vous aider.
-Je ne suis pas sûre que...
-Je vis ici, je pense être bien informée de ce qui se passe au château.
-Vous...vous vi...vez ici ? » demanda l'arendellienne pour qui le visage s'était décomposé en entendant cette nouvelle.
« -Oui, pourquoi ? Cela vous étonne ?
-Oui, enfin non, c'est juste que...
-Bon, qui est-ce que vous cherchez ? » la coupa Saïnika d'un ton agacé.
« -Je...Heu...Ma sœur, la Reine Elsa... » répondit Anna déstabilisée, « J'ai complètement oublié où se trouvait sa chambre, avec la fatigue je...
-Ah ! La Reine...Je ne sais même pas à quoi elle ressemble » l'interrompit la brune.
« -C'est bien pour cela que je doutais que vous puissiez m'aider... »
La jeune elredorienne regarda, excédée, la princesse.
« -Parce que je suis une incapable ?
-Quoi ? Non ! Bien sur que non ! Vous déformez mes propos !
-Je déforme vos propos ? Ce que je crois surtout c'est que vous vous pensez supérieure à moi à cause de votre rang ! »
Anna serra ses poings en entendant les reproches infondés de la jeune femme.
« -Non mais pour qui vous prenez-vous pour m'agresser de la sorte ?! Je cherche juste ma sœur ! Je n'y suis pour rien si vous avez une si faible estime de vous-même ! Zut alors, mais c'est quand même pas possible de tomber sur quelqu'un d'aussi bornée et impolie ! » fulmina l'arendellienne en tournant les talons. Sans laisser le temps de répondre à Saïnika, elle passa l'entrée d'une chambre et claqua la porte.
La brune resta dans le couloir, ahurie, se rendant compte de sa nouvelle erreur. Elle soupira et continua ses recherches pour trouver Hodin. Elle frappa à plusieurs portes sans jamais avoir de réponse. Alors, arrivant à l'entrée d'une énième chambre, elle toqua puis entra sans attendre une quelconque réponse.
Elle pénétra dans la pièce aux rideaux fermés, fronçant les sourcils en apercevant une silhouette dans le lit à baldaquin.
« -Hodin ? Est-ce que tu es là ? » chuchota t-elle. Voyant que personne ne lui répondait, elle s'avança jusqu'au lit et reconnu le Roi, endormi, tenant une jeune femme entre ses bras. Prenant un air sévère, elle haussa la voix, appelant à nouveau l'elredorien.
« -Hodin ! »
L'homme ouvrit ses yeux d'un air surpris et se tourna aussitôt vers celle qui était blottie contre lui, vérifiant qu'elle ne s'était pas réveillée. Une fois rassuré, son attention alla vers Saïnika.
« -Chut, ne fais pas de bruit.
-Ne me dis pas...
-Que quoi ? »
L'elredorienne observa silencieusement la jeune femme blonde, encore au pays des songes, puis son regard se dirigea vers le Roi. Un grand sourire venait s'afficher sur son visage, et elle dû se retenir de rire en comprenant la situation.
« -C'est donc pour ça que tu m'as plantée hier soir ?!
-Non, non, ce n'est pas ce que tu crois, et s'il te plaît, ne parle pas trop fort.
-Ce que je crois ? Ben dis, je te vois dans un lit, avec une femme qui m'a l'air confortablement installée contre toi, et dans une robe on ne peut plus inappropriée pour les entrevues diplomatiques.
-Mais il ne s'est rien passé ! Nous avons parlé, et elle s'est endormie !
-Vraiment ?
-Oui, vraiment.
-Je vais pouvoir aller dire à la princesse Anna que sa sœur est ici alors.
-Attends, quoi ?!
-Et bien oui, je viens de la croiser dans les couloirs, elle recherchait sa sœur. Et je suppose que celle qui est en ce moment même dans tes bras est bien la Reine, non ?
-Oui heu...
-Alors, je vais la chercher ? » demanda Saïnika d'un ton innocent. Hodin sembla alors gêné, dans cette situation compromettante.
« -Je ne suis pas certain qu'Elsa soit d'accord...
-Et bien demandons lui !
-Saïnika...Tu es insupportable quand tu t'y mets... »
Le Roi posa son regard sur l'arendellienne d'un air tendre, s'attendant d'avance à une réaction on ne peut plus exagérée de la part de cette dernière. Il craignait le comportement qu'adopterait Saïnika vis-à-vis d'elle. Finalement après un long soupir, il se décida à la réveiller doucement, glissant sans s'en rendre compte, une main à travers les cheveux blond de la Reine. Cette dernière s'éveilla au bout de longues minutes, et, peinant à se relever, elle resta blottie contre le souverain, pour le plus grand plaisir de celui-ci.
« -Votre Majesté... » appela t-il, « Je crois que nous sommes démasqués.
-Démasqués de quoi ? » demanda t-elle en laissant paraître ses yeux azurs. Levant son regard, elle aperçut alors la jeune elredorienne à quelques pas du lit. Prenant un air paniqué, elle se redressa aussitôt, s'éloignant le plus qu'elle le put de Hodin.
« -Qui...
-Doucement votre Altesse » s'amusa le Roi face au réflexe de la souveraine d'Arendelle, « Je vous présente Saïnika.
-Enchantée votre Majesté » fit l'intéressée en s'inclinant.
« -Mais...
-Vous n'avez rien à craindre d'elle. Elle vit ici en tant que pupille du Roi.
-Pupille ?
-Oui, mais tout ceci serait long à vous expliquer. Si vous le permettez, je prendrais le temps de tout vous raconter lorsque votre sœur sera là elle aussi.
-En parlant de la princesse... » s'immisça Saïnika, « ...vais-je la chercher ?
-La chercher ?! » demanda Elsa alors plus affolée.
-Oui, elle vous cherche et...
-Non non non ! Ne la faites pas venir !
-Je t'avais prévenue Saïnika qu'elle ne voudrait pas. » déclara Hodin, « Attends qu'elle soit prête, elles pourront se retrouver au déjeuner. »
La Reine lança un regard reconnaissant à l'elredorien. Elle sortit du lit et se dirigea prestement vers Saïnika.
« -Je vous en conjure, gardez tout ceci pour vous.
-Il ne s'est pourtant rien passé, à ce que m'a dit Hodin.
-Là n'est pas le problème. Une Reine ne devrait pas accueillir un homme dans sa chambre, et encore moins dans son lit, s'il n'est pas...
-Son époux » termina le Roi.
« -Et bien, et bien...je crois qu'il serait préférable que je vous écoute. Je n'aurais pas été la chercher de toute manière, cela m'étonnerait qu'elle veuille me revoir.
-Pourquoi dîtes vous cela ? Anna est une personne adorable.
-Hm...Peut-être ai-je fais une petite gaffe tout à l'heure.
-Une gaffe ?
-Saïnika, qu'as-tu encore fait ? » demanda le Roi en fronçant les sourcils.
« -Oh pas grand chose, je vous assure. »
Hodin, attendant une réponse plus claire, se leva lui aussi du lit. Il posa une main sur l'épaule dénudée d'Elsa qui rougit, gênée, et il la fit reculer, faisant pleinement face à l'elredorienne.
« -Dis moi ce qui s'est passé.
-Mais pas grand chose, j'ai peut-être juste omis de me comporter comme une gentille princesse, c'est tout.
-S'il n'y a que ça, je suis sûre qu'Anna ne vous en voudra pas » déclara la Reine.
-N'essayez pas de la défendre. Saïnika est du genre maladroite, même si elle a un bon fond.
-Laissez là donc. Je vous dis qu'Anna ne lui en tiendra pas rigueur. »
Hodin sembla réfléchir un instant et acquiesça, faisant signe à Saïnika qu'elle pouvait partir. Cette dernière fixa la Reine d'un air redevable, pensant que tout ces personnages nobles n'étaient pas tous si sévères finalement. Elle finit par faire une légère courbette et tourna les talons, sortant de la pièce en fermant la porte derrière elle.
Elsa, le regard sur le sol, semblait totalement hébétée.
« -Charmante...
-Que dîtes-vous ?
-Rien, oubliez. Vous avez un lien de parenté ? Il me semble reconnaître une part de vous en elle.
-Et bien...C'est compliqué. Je vous expliquerais tout cela tout à l'heure. Vous devriez vous préparer pour la journée qui vous attends.
-Je ne suis pas sûre qu'il m'attende grand chose, puisque vous ignoriez notre venue.
-Je suis le Roi, je prévois ce que je veux, dans le temps que je veux.
-Si vous le dîtes. »
La Reine pénétra alors dans la salle de bain pour aller se préparer, et le souverain l'attendit patiemment, assis sur le lit à baldaquin. Il ne pouvait s'empêcher de penser que tout ceci était bizarre, et que leur relation était on ne plus ambiguë.
Lorsque Elsa sortit enfin, Hodin ne put retenir ses yeux d'admirer chacun des détails qui habillaient la jeune femme. Elle portait une robe prune lui arrivant à mi-mollets, brodées de crocus roses et bleus. Au dessous du bustier se trouvait un chemisier bleu cobalt à manches longues.
Le Roi tendit son bras à l'arendellienne qui le saisit aussitôt.
« -Hm...Votre Majesté, si je puis me permettre...Saïnika n'est au courant de rien, concernant les événements d'il y a un an, ainsi que d'une quelconque forme de magie. Nous aurons le temps de reparler de tout ça, et alors nous pourront lui montrer vos talents...
-Allez dire cela à ma sœur, c'est surtout pour elle que j'utilise mes pouvoirs.
-J'insiste, je...
-J'ai très bien entendu ce que vous me demandiez. Ne vous en faîtes pas, le secret sera gardé. En attendant...n'oubliez pas ce dont nous avons parlé hier soir.
-Je n'oublie pas. Passé cette porte, nous reprendrons le comportement qu'un Roi et qu'une Reine doivent avoir. Nous ne serons alors plus que deux représentants d'un pays, qui se connaissent pour de simples faits diplomatiques.
-Combien de temps tiendrais-je ? » demanda Elsa pour elle-même.
« -Vous tiendrez, ne vous en faites pas. Vous êtes plus forte que moi. A présent, si vous le permettez. »
Hodin serra le bras de la Reine contre lui, et ils partirent tout deux vers la salle où les attendaient Kristoff et Anna. L'elredorien leur fit un signe de tête, et leur souhaita la bienvenue. Le couple arendellien fixa le duo, étonnés, puis un sourire vint s'étirer sur les joues de la princesse. Elle s'avança vers son aînée, et oubliant le Roi, elle l'enlaça d'un air réjoui.
« -Je t'ai cherchée partout tout à l'heure !
-Mais tu savais où était ma chambre, tu y étais hier soir » lui répondit Elsa faisant fi de la présence de Hodin durant la nuit.
« -Mais j'avais oublié. J'étais fatiguée hier, et je n'ai pas fait attention au chemin qui joignait nos chambres.
-Ce n'est pas bien grave, tu es là à présent.
-Oui. Et j'ai fait une drôle de rencontre tout à l'heure.
-Ah oui ?
-Oui, c'était une... »
Au même moment Saïnika fit son apparition dans le salon, s'avançant calmement vers le Roi. Ce dernier plaça une main sur son épaule, et regarda ses invités, souriant.
« -Je vous présente Saïnika. Elle vit ici, en tant que pupille du Roi, et donc du Royaume », puis se tournant vers la princesse « Je crois avoir compris que vous vous êtes déjà vues.
-Hm...Oui. Ce fut un peu court comme rencontre.
-Je tenais à m'excuser, princesse Anna, pour mon comportement désobligeant de tout à l'heure. Je ne sais pas où j'avais la tête. » s'immisça la brune.
« -C'est déjà oublié. » répondit la rouquine.
Elsa fixa l'elredorienne d'un air bienveillant, puis lança son regard vers Hodin.
« -Et donc...pupille de Royaume ?
-Oui, je vais vous expliquer. Asseyons-nous si vous le voulez bien. »
Tous se mirent sur les sofas devant la cheminée. Elsa, Anna et Kristoff se placèrent côte à côte, faisant face à Saïnika et Hodin. Après une longue inspiration, ce dernier commença son récit.
« -Il y a un an, lorsque je suis rentré à Elredor, j'ai entrepris de reconstruire tout les villages qui avaient été détruits. Je donnai beaucoup d'aide à mon peuple pour que tout se voit réparé. Cela mit plusieurs mois avant que les maisons soient complètement refaites, et que les villageois puissent emménager. Par la suite, je reçu une visite de mon oncle, accompagné de ma tante et de leur fille. Tout trois arrivèrent à bord d'un navire marchand originaire des Îles du Sud. Avant de partir, ils laissèrent leur fille ici, me la confiant pour quelque temps pour qu'elle apprenne certaines valeurs. Malheureusement, sur le trajet du retour, le bateau fut pris dans une terrible tempête qui ne laissa aucun survivant.
-Et leur fille... » le coupa Anna.
« -Oui, vous l'avez comprit. Il s'agit bien de Saïnika.
-Vous êtes cousins ?!
-Oui. Cousins très proches je dirais même. Depuis, elle demeure pupille du Roi, et nous passons beaucoup de temps ensembles, ne serait-ce qu'à la chasse.
-La chasse ?! » répéta la Reine.
« -Oui, c'est une activité que nous apprécions tout les deux. D'ailleurs, je vous prie de l'excuser si elle devait adopter un comportement quelque peu inapproprié, elle n'est pas habituée à toutes ces coutumes et bonnes manières on ne peut plus exagérées.
-Mais...votre oncle et votre tante n'avait aucun lien avec la noblesse ?
-Si, mais mon oncle préféra épouser ma tante, fille de forgeron, et devenir artisan à son tour. La richesse et le pouvoir de l'intéressaient pas. Quoi qu'il en soit, Saïnika est à présent mon héritière, et je compte bien lui apprendre certaines règles de bases, sans pour autant la priver de toute liberté. »
Tous se regardèrent mutuellement, encore dans la stupéfaction de cette révélation. Finalement, ils prirent leur déjeuner dans une bonne humeur générale, et Saïnika pu totalement s'intégrer au sein du groupe qui se connaissait déjà.
Dans l'après-midi, le Roi mena ses invités dans le village qui entourait le château, afin de leur montrer les nouvelles constructions et les ruelles toutes neuves. Durant leur balade, Kristoff ne pu s'empêcher de chercher du regard Kassam, le jeune elredorien qu'il avait croisé un an auparavant. Malheureusement pour lui, il ne le trouva pas, mais il se promit de demander à Hodin s'il le connaissait, et s'il pouvait l'aider à le trouver.
Le soir venu, tous dînèrent ensemble dans la grande salle, et après le repas, le Roi accompagna la jeune souveraine à sa chambre.
« -J'espère que cette journée ne vous aura pas parue trop longue votre Altesse.
-Pas du tout. J'ai été heureuse d'aller au contact de votre peuple et de découvrir les merveilles que vous avez fait pour reconstruire leurs maisons.
-Demain sera une belle journée.
-Vraiment ?
-Et bien...Aimez-vous danser ?
-C'est que... » La Reine rougit, semblant gênée par la question, « Je ne danse pas.
-Il est toujours temps d'apprendre.
-Là n'est pas la question. Je...
-Je vais alors vous poser une autre question. Aimez-vous les bals ?
-Hm...Oui, du moins, j'aime l'ambiance qui y règne.
-C'est tout ce que je voulais savoir. Soyez rassurée, je vous promet que demain sera une excellente journée. Sur ce, je vous souhaite une agréable nuit, votre Majesté.
-Je vous remercie. Bonne nuit à vous aussi. »
Sur ses derniers mots, Elsa s'engouffra dans sa chambre, refermant la porte derrière elle. Après s'être changée, elle s'avança d'un pas de velours vers son lit, et s'enveloppa dans les couvertures brodées, partant une nouvelle fois aux pays des rêves, un sourire sur ses lèvres rosées.
