Chapitre 4


Elsa commençait tout doucement à émerger du pays des rêves, lorsqu'elle entendit une voix lointaine, de l'autre côté de la porte de sa chambre.

« -La chambre de la Reine Elsa s'il-vous-plaît ? Au fond du couloir ? Merci ! »

Des bruits de pas raisonnants dans le corridor parvinrent jusqu'aux oreilles de la souveraine, qui d'un geste, s'éclipsa sous les draps. Ayant reconnu sa cadette, elle se douta fort bien que cette dernière arriverait à la vitesse de l'éclair dans la chambre, sans même vérifier qu'elle dormait.

Et sur ce point, la Reine ne se trompa pas. Au bout de quelques secondes à peine, la rouquine entra dans la pièce, non sans avoir toqué brièvement à la porte, et se jeta sur le lit telle une enfant.

« -Elsa ! Elsa !

-Quoi ? » maugréa l'intéressée.

« -Regarde ! Regarde !

-Tu ne vois pas que j'ai le visage couvert là ?

-S'il n'y a que ça...

-Hein ? Anna ! Non ! Non ! N... »

Sans avoir eu le temps de finir ses supplications, Elsa se retrouva sans draps pour la couvrir, ces derniers ayant été retirés brusquement par la princesse. Surprise sur le coup, la souveraine sentit le rose lui monter aux joues, et se redressa dans son lit.

« -Anna !

-Mais viens voir !

-Pour ta peine, non.

-Mais...

-Tu m'auras cherchée.

-C'est pas ton genre de bouder comme ça.

-Vraiment ?

-Non non non ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! … Bon, d'accord. »

La rouquine reposa les draps sur les épaules de son aînée, prenant soin de bien la couvrir. Une fois cela fait, elle s'assied sur le bord du matelas, attendant patiemment une réaction de la blonde. Cette dernière attendit un certain temps, profitant à nouveau de l'effet doux du tissus contre sa peau, et finit par laisser un sourire se dessiner sur son visage.

« -J'ai gagné.

-Attends, quoi ?

-Un zéro pour moi !

-Depuis quand est-ce que tu...

-Anna ?

-Oui ?

-Montre moi. » lui dit la Reine d'un air malicieux, heureuse d'avoir perturbé sa sœur.

« -Te montrer quoi ?

-Tu es venue pour me montrer quelque chose, non ?

-Ah ! Oui ! Désolée, tu sais, avec ma mémoire de poisson rouge...

-Oui, je sais » répondit Elsa en souriant.

« -Tiens, regardes cette merveille ! » lui annonça la rouquine en tendant une robe devant elle. Cette dernière, d'une couleur vert d'eau et aux motifs prunes, semblait briller de cristaux argentés. Deux longues manches, taillées pour laisser les épaules découvertes, étaient décorées d'un brin de dentelles. La Reine la fixa d'un air ébahi, observant chaque détails de la tenue.

« -D'où te vient-elle ?

-Un présent de Hodin !

-Un présent ?

-Oui ! Tu en as une toi aussi, regardes un peu ! »

La princesse laissa sa précieuse robe sur le lit de la souveraine, et se précipita à l'autre bout de la chambre, où se situait un mannequin habillé. Anna prit appui sur le bustier et y déposa sa tête de manière pensive.

« -Cela ne te rappelle rien ?

-Hm...

-Mais si, réfléchis bien ! C'était dans ce même château, il y a...un an précisément !

-Maintenant que tu le dis...

-Il nous avait fait un cadeau semblable...Enfin...quoiqu'un peu plus grotesque.

-Oui, nous avions fini en petite robe dans les couloirs... » marmonna la blonde en esquissant un sourire.

« -Tu te souviens alors !

-Oui, comment pourrais-je oublier ? »

Les deux sœurs se fixèrent un long moment en silence, avant de sourire à nouveau. Anna défit ensuite la robe du mannequin et s'avança vers le lit.

« -Je peux ?

-Tu peux quoi ?

-M'occuper de toi !

-Heu...

-Je ne te laisse pas le choix de toute manière !

-Mais...

-Allez debout ! »

La rouquine tira son aînée de sous les draps et l'emmena jusqu'à un grand miroir. La souveraine arborait un air à la fois perplexe et méfiant, se demandant ce qui pouvait bien prendre ainsi sa cadette.

« -A quoi est-ce que tu joues ?!

-Laisses toi faire ! Allez, enlèves ça ! » s'exclama la princesse en tirant sur la robe de nuit d'Elsa. Cette dernière, rougissant à vue d'œil, retint le tissus blanc et alla se cacher derrière le paravent.

« -Anna, c'est extrêmement...

-...gênant ? Oui, je sais. Enfin, je me doute, mais...

-Anna...

-Ça va Elsa, on est entre nous.

-Irrécupérable... » soupira la blonde.

Pour le plus grand plaisir de sa sœur, la Reine lui tourna le dos et se laissa se faire habiller comme on s'occuperait d'une poupée. De temps à autre, son regard passait à travers les fentes du paravent, guettant que personne ne pénètre dans la chambre.

« -Et si quelqu'un venait à entrer, Anna ?

-Tu penses à quelqu'un en particulier ?

-Non !

-Alors cesses de te préoccuper de tout. Il n'y a aucune raison que quelqu'un entre. On ne dérange pas une Reine comme ça.

-Vraiment ? » Le regard de la blonde vint se poser sur sa cadette. La souveraine eut un sourire en repensant à toutes les fois où sa sœur était venue dans sa chambre sans frapper. Cette dernière sembla lire dans les yeux de la Reine, et se sentit soudain gênée.

« -Oui mais Elsa, moi c'est différent. Pour toutes ces fois où j'ai dû attendre derrière ta porte, j'ai bien le droit de venir quand bon me semble.

-Certes. Mais, sait-on jamais, et si quelqu'un venait ?

-Tu es décidément trop bornée ! »

La rouquine prit un corset blanc qu'elle tendit à son aînée « Enfiles donc ça. ». La souveraine prit un air dépité et saisit la pièce de tissus. Elle se contenta de le passer autour de sa taille, rhabillant ainsi une part de sa nudité, et elle remit les extrémités du laçage entre les mains de la princesse.

« -Anna je te préviens, si tu sers trop fort... » Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, que la jeune arendellienne tira sur les cordons de cotons, prenant par surprise son aînée. Sur le coup, une multitude de petits flocons légers jaillirent au dessus de la souveraine, dansant autour d'elle jusqu'à retomber sur le sol.

« -Tu disais ?

-Rien » maugréa la Reine.

« -Oh, c'est mignon tout ces petits pétales de glace.

-Continus comme ça et tu vas beaucoup moins les aimer, tes petits pétales de glace...

-Oh...Je ne me souviens pas réagir de la même manière lorsque c'est toi qui m'habille. Bon d'un côté, il me serait difficile de laisser échapper de la neige...

-Très amusant, vraiment.

-Ne le prend pas mal. »

La cadette eut un sourire en voyant la mine boudeuse de sa sœur. Passant ses bras autour du cou de cette dernière, elle l'enlaça sans gêne malgré l'aspect dévêtu qu'affichait la blonde

« -Tu sais, moi je trouve ça très mignon ces petites réactions que tu ne contrôles pas.

-Si tu le dis.

-Oui, je le dis, et je le pense. Par contre...Je ne voudrais pas te presser mais mon ventre cri famine, alors ce serait bien si on pouvait finir de t'habiller.

-Tu dis ça alors que tu n'es même pas vêtue non plus.

-Oui mais moi tu me connais, je m'habille en même pas cinq minutes.

-Oui c'est vrai...

-Allez, tout le monde va se demander ce qu'on fait.

-Mais de toute manière il n'y a rien de prévu ce matin.

-Ce matin ?! Tu rigoles ! On est déjà au beau milieu de l'après-midi !

-Quoi ?! Tu ne pouvais pas me le dire plus tôt ?!

-Ben...je voulais tellement te voir dans cette robe...

-Il va falloir revoir tes priorités.

-Hm...tu ne m'en veux pas ?

-Non, bien sur que non. Allons, dépêchons-nous à présent. »

Anna acquiesça et tendit la robe à sa sœur. Une fois celle-ci refermée dans le dos de la Reine, la rouquine s'appliqua à mettre le col de dentelle fine comme il fallait.

Elsa se tint devant sa cadette, les mains jointes, avec ce fameux air digne et élégant qui n'appartenait qu'à elle.

« -Hm. C'est presque parfait.

-Presque ? » répéta la souveraine.

« -Oui. Je sais que les cheveux lâchés donnent un côté sauvage et sensuel, mais tout de même. Il faudrait penser à les attacher.

-Sauvage et sensuel ? Non mais ça ne va pas ?! »

La princesse fit fi des paroles de son aînée et s'avança vers elle, saisissant les mèches blondes pour les nouer ensembles. Une fois la chevelure tressée, elle la fit retomber sur l'épaule de sa sœur.

« -Elsa ? » demanda t-elle, reprenant un ton plus doux et calme.

« -Hm ?

-As-tu parlé de la lettre avec Hodin ?

-Oui...je ne te l'ai pas dit ?

-Non, pas que je me souvienne.

-Oh...Et bien, il ne nous a jamais envoyé cette lettre. Et il ne nous a jamais invité.

-Mais qui est-ce dans ce cas ?

-Je ne sais pas. Hier soir il devait aller voir Kristoff pour la récupérer et l'étudier de plus près. Il m'a dit que nous en reparlerions aujourd'hui.

-Je ne sais pas quand alors.

-Comment cela ?

-La matinée est passée, et le temps que l'on finisse de se préparer et qu'on aille manger, il sera déjà l'heure du bal.

-Attends...du bal ? Il était sérieux ?!

-Sérieux ?

-Oui, hier soir il a fait mention de bal, mais je ne pensais pas qu'il en ferait véritablement un.

-Heu Elsa...Il va falloir que tu m'expliques. Quand et où est-ce que vous prenez le temps de vous voir tout les deux ?

-Non non non, ce n'est pas ce que tu crois !

-Ah mais je ne crois rien !

-De toute manière, nous avons autre chose à parler.

-Oui, la lettre. Mais saches que je reviendrais à la charge, concernant vos petites discussions secrètes.

-Si cela te fait plaisir...Non, Anna, sérieusement. Plus je repense à cette lettre, plus je me dis que ce fut une grossière erreur de venir à Elredor.

-Pourquoi penses-tu cela ?

-Tout simplement parce que si ce n'est pas Hodin qui voulait que nous venions, alors c'est que quelqu'un nous veut ici, loin d'Arendelle. Cela n'a rien de rassurant. Quelqu'un nous veut là, et pourquoi à ton avis ?

-Oui, je suis d'accord que c'est un peu louche mais ne pourrais-tu pas profiter de ce que nous offre ce voyage ?

-Mais Anna, c'est mauvais signe !

-Et bien tant pis ! Peut-être qu'il ne se passera rien du tout ! Ou alors peut-être que tu as raison et qu'un événement tragique va nous tomber dessus ! Mais tant pis ! Profitons, et si ça doit nous tomber dessus, et bien ça tombera ! Bon, maintenant, tournes toi vers moi et ne bouge plus.

-Anna...

-Chut ! »

La rouquine inspecta Elsa de la tête aux pieds, l'air satisfaite. La souveraine portait une robe bleue céleste cintrée à la taille. De fines manches de la même couleur recouvraient élégamment ses bras, et un col de dentelles fines et blanches venait ajouter une allure on ne pouvait plus royale. La princesse retoucha à nouveau le col blanc, et laissa un sourire s'étirer sur son visage. Enfin, elle alla chercher la petite tiare royale qu'elle cala entre les mèches rebelles de sa sœur.

« -Parfaite ! Je n'ai plus qu'à me dépêcher et nous pourrons aller manger ! Attends moi là, je reviens dans cinq minutes !

-Cinq minutes ?

-Pas une de plus, pas une de moins ! A tout de suite ! »

La princesse fila hors de la chambre après avoir saisit la robe verte qu'elle avait laissé sur le lit quelques minutes auparavant.

Elsa la regarda s'en aller, l'air complètement hébété. Jamais elle n'avait vu sa sœur se comporter de la sorte. L'air maternel qu'elle avait eu avait brusquement donné à la souveraine l'impression qu'elle se trouvait face à sa défunte mère.

La blonde soupira et alla s'asseoir sur le lit, attendant patiemment sa cadette. Cette dernière, comme elle l'avait certifié, ne fut pas bien longue, et une fois qu'elle arriva, elle entraîna sa sœur dans un petit salon juste assez spacieux pour y trouver deux sofas et une petite table, en plus de la cheminée de briques rouges. Plusieurs petits saladiers remplis de nourritures étaient déjà disposés sur la surface de bois qui séparait les canapés.

« -Hodin a dit que nous serions tranquilles ici. Kristoff devrait nous rejoindre. » Anna s'empara alors d'un petit pain et croqua dedans à pleines dents sous l'air étonné de son aînée.

« -Anna...as-tu mangé ce matin ?

-Non. Comme toi, je suis restée tard au lit. Seul Kristoff a su être matinal.

-Tout s'explique.

-De ?

-Ta faim de loup !

-Ah...oui. Je n'en pouvais plus d'attendre !

-Et que ferons-nous après ?

-Nous devons nous rendre à la grande salle.

-La grande salle...celle de réception ?

-Oui.

-Mais je dois d'abord voir Hodin pour la lettre.

-Tu verras cela plus tard. Ils vont tous nous attendre, là bas.

-Tous ?!

-Oui. Hodin, Saïnika, et bien d'autres.

-Il y aura trop de monde.

-Oh non non non! Je te vois déjà venir. Tu as survécu à la fête que nous avions donné à Arendelle, il y a un an. Nous avions même dansé ensembles.

-Mais je n'ai rien dis !

-Non, tu n'as rien dit mais tu penses trop fort !

-Très bien alors je ne dirais ni ne penserais plus. »

La rouquine fixa son aînée d'un air ébahi. Cette dernière piocha quelques chocolats dans l'un des paniers, et s'en délecta, sans dire un mot de plus. La princesse leva alors les yeux au ciel, et, l'air de rien, elle s'allongea sur le canapé, reposant sa tête sur les cuisses de sa sœur. Elsa perdit alors sa mine boudeuse et eu un sourire bienveillant à l'égard de sa cadette. Retrouvant toutes les deux le sourire et leur bonne humeur, les arendelliennes déjeunèrent ensembles, oubliant pour un temps les tracas de l'aînée. Elles furent vite rejointes par Kristoff qui arriva de manière théâtrale dans une tenue majestueuse digne d'un prince. A sa vue, la Reine ne put contenir son amusement, tellement elle fut peu habituée à le voir ainsi habillé.

« -Messire. Je crois ne pas vous avoir vu aussi élégant depuis votre mariage. » Le montagnard rougit aussitôt et vit le regard réprimant de son épouse à l'attention de la Reine. Finalement, il prit un air faussement mesquin avant de lancer un sourire à son interlocutrice.

« -Et bien qui sait, votre Majesté ? Peut-être s'agit-il là de vos épousailles. »

Elsa observa l'homme, incrédule.

« -Vous commencez à avoir du répondant.

-Juste ce qu'il faut pour vous tenir tête. »

La souveraine se servit une tasse de thé, et après l'avoir portée à ses lèvres, elle ferma ses yeux, une expression neutre sur son visage.

« -Tu ne me tiendras jamais tête, mon cher Kristoff.

-Tu crois ?

-Oui. J'ai un avantage que tu n'auras sans doute jamais.

-Et quel est-il ?

-Kristoff... » soupira la princesse. Sans avoir eu le temps de comprendre sa faute, l'enfant des trolls se retrouva sous une pile de neige.

« -Réfléchis avant de parler. Ça pourrait t'épargner ce genre de situation.

-Qu'ai-je fait pour avoir une belle-sœur pareille ? » maugréa l'homme, vaincu.

Anna aida le jeune prince à se défaire de sa prison de glace, et le repas pu continuer de manière conviviale. Celui-ci terminé, Kristoff s'éclipsa, allant retrouver le Roi d'Elredor. La rouquine fixa longuement son aînée, voyant que ses craintes refaisaient surfaces.

« -Tu sais, ce bal est juste une réception diplomatique. Elredor n'avait aucune connaissance d'Arendelle avant il y a un an. Hodin veut juste nous présenter aux souverains des pays de son continent. Il expliquait que toutes ces têtes couronnées peinaient à croire en son histoire.

-Pourtant ils doivent connaître les Îles du sud, d'après les origines de Saïnika.

-Mais ce n'est pas du tout au même endroit. Ils pensent que notre continent est inhabité. Certains pensaient même qu'il n'y avait pas de terre, et que la mer s'éternisait par delà leur territoire. Nous voir, et surtout, te voir, permettrait à Hodin de leur prouver ses dires. Il n'avait pas prévu notre venue, mais à présent que nous sommes là, il ne pouvait pas rater l'occasion de leur montrer notre existence. Et c'est pour nous aussi, une bonne opportunité de trouver de nouveaux liens et partenaires commerciaux.

-Tu oublis une chose Anna. Si Hodin invite tout ses contacts, qui te dit que les Îles du sud ne seront pas présentent ?

-J'avoue ne pas y avoir pensé...De toute façon, nous verrons bien. Tout va bien se passer et je compte m'amuser lors de ce bal. Et toi aussi !

-Je ferais de mon mieux.

-Ça, je n'en doute pas. Tu es très forte pour les premières impressions. Plus douée que moi en tout cas.

-Cesses de dire des bêtises. Tu es toi, et c'est ce qui compte.

-Oui, sûrement...Bien, et que dirais-tu d'y aller ?

-Puisqu'il le faut... »

Les sœurs se tinrent par un bras, et toutes deux sortirent de la pièce. Alors qu'elles longeaient les longs corridors, la main de la Reine se crispait au fil de leur progression.

« -Maintenant que j'y pense, si personne là bas ne nous connaît, tout les regards seront tournés vers nous.

-Comme lors de ton couronnement. Et encore après lors de la fête du renouveau d'Arendelle. Tu as déjà surmonté cela.

-Oui, tu as raison...

-Allez, respires, tu seras parfaite. Personne ne peut t'égaler dans ton rôle de Reine. »

Les arendelliennes arrivèrent finalement devant la grande double porte ébène, devant laquelle le laquais attendait. Ce dernier s'inclina, et sans attendre l'accord des jeunes femmes, il ouvrit la porte donnant sur la grande salle, et énonça leur arrivée. Elsa et Anna s'avancèrent alors d'un pas doux et calme, sous le silence pesant qui s'était mit à régner dans la pièce. Elles s'arrêtèrent au sommet des marches habillées d'un tapis framboise, où elles purent voir clairement, grand nombre d'invités. Parmi eux, elles réussirent à distinguer Kristoff, puis Saïnika, et enfin, le regard bleuté de la souveraine s'arrêta sur Hodin. Ce dernier les observait d'un air qu'Elsa crut reconnaître, à son grand étonnement, fier.

Les jeunes femmes descendirent alors les marches une à une avec prestance, et furent accueillies par le Roi d'Elredor. Ce dernier prit une main de chacune des arendelliennes et guida Anna vers Kristoff.

« -Je vous laisse votre cavalière. En revanche, je garde sa Majesté. »

Elsa fixa le Roi, préoccupée par cet acte. Hodin eut un sourire en coin, et, s'éloignant du jeune couple royal, il serra la main de la souveraine.

« -Ne vous avais-je pas prévenu ?

-Vous êtes fourbe.

-Vous ne le saviez pas encore ? Je joue. A présent, continuons notre partie sur la piste, voulez-vous ? »

Sans lui laisser le temps de répondre, l'elredorien fit signe à l'orchestre de reprendre, et, posant une main sur la taille de la souveraine, il entama la première danse de la soirée. Tendue et vexée que le Roi ne l'entraîne sans lui laisser le choix, la jeune femme serra ses doigts entrelacés avec ceux d'Hodin, et laissa un léger courant d'air frais les envelopper. L'homme pinça alors des lèvres, lançant un regard amer à sa partenaire.

« -Vous avez froid, mon Roi ? » demanda cette dernière de manière angélique.

« -Pas ici votre Altesse. Tout ces invités ne comprendraient pas.

-De quoi parlez-vous donc ?

-Vous allez me faire croire que ce vent glacial vient de nulle part ? Votre tête pourrait être mise à prix si vous vous dévoiliez aussi brusquement.

-Vous divaguez, votre Majesté. Il ne s'agit là que d'un petit courant d'air. »

Sur ces mots, Elsa laissa quelques flocons s'étouffer dans la main de son cavalier qui, au contact froid des poussières de glaces, grimaça.

« -Et bien, on dirait que l'hiver arrive plus tôt que prévu par chez vous. »

Face à cette remarque, Hodin pressa la Reine contre lui, s'approchant d'avantage de son visage.

« -Vous vous mettez inutilement en danger, cessez donc. Profitez de cette soirée...

-A laquelle vous m'avez embarquée de force dans une danse ?

-C'est pour cela que vous êtes en colère ? » répondit l'elredorien en retenant un rire « La danse n'était qu'un prétexte pour vous tenir contre moi sans que personne ne trouve cela étrange.

-Vraiment ?

-Puisque je vous le dis. »

La souveraine sentit le rouge lui monter aux joues. Finalement, les autres convives s'ajoutèrent au duo pour danser à leur tour. Anna et Kristoff valsèrent amoureusement, comme lors de leur mariage. Le bal se déroula parfaitement bien, et Hodin put présenter les arendelliens à ses hôtes qui accueillirent leur venue avec le sourire. Saïnika se comporta de manière digne et princière, et passa grand temps de la soirée avec un homme aux rouflaquettes brunes et au costume blanc et bleu.

A la fin de la soirée, alors que plusieurs invités, ainsi que la princesse et le prince d'Arendelle, partaient se coucher, Elsa délaissa son partenaire et se dirigea vers l'un des nombreux couloirs.

Hodin ne tarda pas à la suivre, écoutant le raisonnement de ses pas. Arrivé au bout du corridor, la Reine disparut de son champs de vision, laissant une porte ouverte derrière elle. Le souverain pénétra dans la pièce, et fut aussitôt plaqué contre un mur glacial. La jeune femme blonde posa une main sur le torse du Roi, envoyant par le même coup une légère vague de froid. S'approchant au plus près de son visage, ses lèvres rosées s'avancèrent jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de celles de Hodin.

« -Vous avais-je déjà dit qu'il m'arrivait d'être rancunière ?

-Non, et je ne vous imagine pas comme cela. »

L'elredorien passa une main dans le dos de la jeune souveraine et la serra contre lui, s'apprêtant à franchir un nouveau pas.

« -Dans ce cas, vous allez être déçu. » répondit Elsa en lui lançant un souffle frais au visage, avant de se reculer et de se diriger vers la porte. Puis, reprenant un air sérieux et royal, elle articula ses derniers mots « Prenez cela comme une revanche sur votre départ soudain d'Arendelle. Demain, je souhaite que nous parlions sérieusement de cette lettre. Bonne nuit, votre Majesté. »

Le Roi observa la jeune femme sortir, sidéré. Depuis la nuit qu'il avait passé avec la Reine, il pensait que cette vieille rancœur avait disparue, mais il s'aperçut ce soir là, qu'Elsa n'avait jamais oublié.

Il soupira, acceptant sa défaite pour cette fois, et remonta à ses appartements, où il passa la nuit paisiblement.

La jeune arendellienne rejoignit sa chambre, satisfaite de son acte. Elle avait beau ne pas être indifférente face à Hodin, elle n'appréciait pas son manque de priorité et de tact. Il avait préféré organiser un bal et sauver son honneur en profitant de leur présence, plutôt que d'étudier la lettre mystérieuse. Le danger planait sûrement au dessus de leur tête, Elsa en était certaine, mais elle seule semblait s'en inquiéter. Le lendemain, elle ne resterait pas les bras croisés, et chercherait elle-même celui ou celle qui aura voulu les mener jusqu'à Elredor.

Et c'est pleins de questions en tête, que la souveraine s'endormit, partant pour le monde des songes, où elle se découvrit endormie aux côtés de sa sœur, l'air calme et sereine.