Chapitre 34 : « Je pense que … »

Quand elle ouvrit les yeux après une nuit plus que difficile, la réalité la frappa de nouveau. Dure, franche et surtout réelle. Une larme coula le long de sa joue pâlie par la fatigue. Quand elle s'en rendit compte, elle l'essuya vite fait avant de souffler un bon coup. Il fallait qu'elle reste forte, qu'elle garde courage, qu'elle soit une bonne Gryffondor. Elle prit à nouveau une grande inspiration pour bien faire évacuer la pression qui avait envahit son cœur, puis sortie de son lit. Elle prépara ses vêtements avant de se diriger vers la salle de bain. Mais une fois la main sur la poigné de sa chambre, elle entendit du bruit à l'extérieur, puis sa voix. Elle lâcha tout de suite la porte comme si celle-ci l'avait brûlée. Ce n'était pas courageux mais tant pis ? Elle ne pouvait pas le voir, pas maintenant. Et qui le saura de toute façon à part elle, et Pattenrond qui se câlinait à ses pieds ? Il voulait qu'elle ouvre la porte mais elle ne le voulait pas. En voyant ça, le chat commença à s'impatienter et gratta la porte de ses griffes.

- Chut ! chuchota-t-elle en se mettant à la hauteur du félin pour enlever ses pattes de la porte.

Celui-ci miaula de protestation mais il n'insista pas. A la place, il regarda sa maitresse, de son regard intelligent. Il lui disait: ouvre cette porte pour toi pas pour moi. Elle s'assit contre le bois en soupirant. Elle hallucinait en plus. Elle resta une bonne dizaine de minute à caresser son chat. Elle utilisait ce temps pour reprendre une respiration et un rythme cardiaque normal. Le félin l'apaisait. Il n'était pas souvent là, partant régulièrement en vadrouille dans le château mais quand elle allait mal il était toujours là. A croire que Pattenrond sentait sa détresse comme il avait sentit pour Pettigrow et Sirius.

oO0Oo

Quand son réveil sonna, Blaise n'eut qu'une envie : se recoucher et ne jamais plus se réveiller. Dire adieu aux cours juste l'espace de quelques heures, d'une mâtinée. Dans un sens, il enviait Hermione d'avoir séché la veille. Quand cette pensée se forma dans son esprit, il s'en voulu. Il ne devait plus penser à elle. Et puis comment pouvait-il envier une Gryffondor ? C'est donc énervé, qu'il s'enferma dans la salle de bain. Il se lava rapidement car il ne voulait pas la rencontrer. Quand il eut finit, il s'enferma dans sa chambre pour faire son sac de la journée. Mais il ne trouvait plus son livre de DCFM. Il réfléchissait où il pouvait bien être quand ...

-
Eh mince ...

Il l'avait laissé dans la salle commune. Il ne voulait pas la voir et donc éviter d'aller dans les lieux qui leur étaient commun. Il se trouva donc bête de l'avoir oublié là. Il revêtit son masque de froideur tout en soufflant. Il ne voulait pas craquer, pas devant elle, ni devant personne d'ailleurs, mais elle ... Non, il ne craquerait pas. Il s'avança dans leur pièce, et retrouva son livre sans rencontrer Hermione à son plus grand soulagement. Mais au retour en voulant retrouver vite fait sa chambre protectrice, il trébucha contre le bureau du salon. Les livres de la Gryffondor, qu'elle avait aussi laissé là, s'écrasèrent au sol. Blaise jura en jetant de rapide coup d'œil vers la porte de la brune, tout en remettant les livres en place sur la table. A un moment, il remarqua un bout de papier parmi les livres. Mais ce n'était pas n'importe quel papier, c'était un bout de parchemin. En le prenant en main, il vit que c'était le sien, sa lettre. Celle qu'il lui avait donné pour son anniversaire il y a quatre moi. Elle l'avait gardé. Il commença à relire ce qu'il avait écrit. Des mots tendres, beaux et tellement vrai …

Joyeux anniversaire Hermione !

J'espère que ce simple cadeau te plaira et qu'il pourra excuser toutes les méchancetés que je t'ai dites hier au lieu de te souhaiter ton anniversaire et de te prendre dans mes bras, seul cadeau que j'aurais pu t'offrir. Je suis vraiment désolé et si tu veux bien encore de moi, j'accepte avec joie ton amitié qui m'est devenue indispensable maintenant. Tu es le seul rayon de soleil que mon univers ait rencontré jusqu'à présent. J'ai toujours eu si froid, alors j'ai envie d'être un peu égoïste et de penser aux conséquences plus tard.

B.

Il les avait pensé ses mots et cela lui faisait mal de savoir ce qui s'était passé ensuite. Ils avaient joué un jeu dangereux. En relisant ses mots avec du recul, il se rendit compte à quel point ils étaient déjà liés alors qu'ils n'étaient pas encore ensemble. Ce secret avait tout changé. Et au jour d'aujourd'hui, cela ne lui plaisait pas du tout. Qu'est-ce qui lui avait prit de la sauver ? Pourquoi avait-il fallu qu'il monte sur ses grands chevaux et qu'il coure à son secours ? Il n'en serait pas là. Là, en train d'éviter son homologue féminin, là en train de souffrir. Il vivait une vie tranquille avant tout ça … Mais non. Non, il avait bien fait. Il ne pouvait pas s'en vouloir pour ça car même si Nott était totalement saoul et qu'il n'aurait jamais fait ça en temps normal, ça n'excusait rien à ce qu'il a fait.

« On ne viole pas une femme, on fait tout pour qu'elle nous tombe dans les bras »

Voilà ce que lui avait son père un jour et pour une fois il était d'accord avec lui.

Soudain des bruits de griffes contre une porte le firent revenir à la réalité. Cela devait être le chat de couleur fauve de la Gryffondor. Il remit vite le parchemin dans le livre et il reposa tout le reste en place.

- Chut, entendit-il comme un murmure alors qu'il se relevait.

Un miaulement fut la réponse de Pattenrond puis se fut le silence.

oO0Oo

Quand elle arriva devant la Grande Salle pour rejoindre ses amis pour le petit déjeuné, elle s'empêcha de ne pas faire demi-tour. Elle savait qu'il était là, qu'il pouvait la regarder avec dédain et supériorité. Mais en tant que bonne Gryffondor et fille forte, elle avança la tête haute vers sa table en ne jetant aucun coup d'œil vers celle des verts et argents. Pourtant ceux-ci ne se privèrent pas de la siffler et de rire sur son passage. Des remarques déplacées sur son absence de la veille fusèrent aussi mais elle les ignora tous autant qu'ils étaient. Elle s'assit en face d'Harry et entre les deux Weasley, dos à ses ennemis. Ses trois là mangeaient déjà mais quand elle vit les plats autour de son assiette, elle ne pu se servir. Sa mésaventure du matin lui avait coupé l'appétit ou plutôt avait renforcé le poids qui lui nouait l'estomac. La vue d'un aliment la rendait nauséeuse tellement le nœud était solide. Son corps refusait qu'elle se nourrisse. Elle ne prit donc qu'un verre de jus de citrouille pour prendre un peu de force. Ses amis avaient remarqué mais n'osait rien dire.

- Tu ne manges pas ? lança quand même Harry qui s'inquiétait.

- Non je ne peux pas.

- Pourquoi ?

- Ne t'inquiète pas, je commence à stresser pour les ASPIC.

- Mais …

- C'est les ASPIC Harry ! le coupa-t-elle comme s'il n'avait rien dit. C'est dans …

- Dans cinq mois, oui, on sait, mais cinq mois c'est long. On ne sait jamais ce qu'il peut se passer d'ici là.

- Justement …

Elle s'arrêta en voyant la tête de son ami. Celui-ci pensait au fait qu'il y avait la guerre et qu'ils n'étaient pas sûrs de pouvoir passer leur diplôme. Mais dans son regard quelque chose la choqua, quelque chose qu'elle n'arrivait pas à définir, peut-être du renoncement. Est-ce qu'il pensait qu'il ne passerait jamais ses ASPIC ?

- Tu as raison mais c'est plus fort que moi, excuse-moi, ajouta-t-elle pour couper court à la conversation.

Harry hocha la tête. Il connaissait sa meilleure amie par cœur et il savait que ça ne servirait à rien de discuter avec elle quand elle était dans cet état. Ginny et Ron avait assisté à cet échange sans rien dire mais ils n'en pensaient pas moins.

Hermione avait honte de mentir ainsi surtout après avoir vu ce regard dans les yeux de l'élu. Elle voyait aussi celui un peu contrarié de son amie mais elle n'avait pas eu le choix. Elle avait fait exprès de s'emporter quand elle avait abordé sa passion : les cours. Elle n'en était pas fière mais vraiment pas. Elle les connaissait, elle savait que cette excuse allait marcher au moins pour un temps …

- On va en cours, c'est bientôt l'heure ? demanda-t-elle en se levant prête à quitter la Grande Salle sans attendre une réponse. Salut Ginny.

- Salut Hermione, à tout à l'heure.

Harry regarda sa montre et vit qu'ils avaient une bonne demi-heure d'avance en botanique. Il allait le lui dire quand il vit qu'elle ne les attendait pas. Donc il se leva à son tour en entrainant Ron avec lui. Tant pis pour le petit déjeuné, il voulait leur parler de toute façon. Mais Ron n'était pas d'accord avec lui, il attrapa plusieurs petits pains avant d'enfin les suivre en courant.

- Hermione attend-nous ! dit Harry. On a encore le temps et puis il faut que je vous dise quelque chose.

La brune s'arrêta et se retourna pour lui faire face.

- Allez viens, dit-il en la dépassant.

Elle attendit un instant le rouquin, puis, ensembles, ils suivirent l'élu.

- De quoi voulais-tu nous parler ? demanda-t-elle au bout d'un moment.

- Eh bien … je pense que …, commença-t-il gêné tout en jetant de petit coup d'œil vif autour de lui.

- Tu penses ? demanda Ron curieux lui aussi.

- En faite non, c'est rien laisser tomber.

- Non tu peux tout nous dire Harry, tu le sais ?
dit Hermione.

- Oui, elle a raison, insista le rouquin.

- Mais en faite c'est sans importance, juste une idée absurde. Je vous assure, ajouta-t-il en voyant leur regard insistant.

- Ok, lâcha Hermione pour lui montrer qu'elle n'insistera plus.

C'est donc en silence qu'ils rejoignirent la serre numéro 3. Harry s'en voulait d'avoir abordé le sujet alors qu'il n'en était pas sur lui-même. Et puis s'ils savaient, jamais ils ne le laisseraient faire. Il connaissait l'issue finale de leur combat, de cette guerre. Il n'en était pas sur bien sûr, des doutes subsistaient dans son esprit mais il en était presque certain. Et s'il leur disait ça … jamais ils ne le croiraient. Non il ne pouvait pas leur dire. Il ne pouvait pas dire comme ça : « Je pense que je suis un Horcruxe ». Non il ne le pouvait pas …

A la fin du cours, le professeur Chourave lui tendit un parchemin.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ron curieux.

- Une convocation du professeur McGonagall.

- Et qu'est-ce qu'elle veut la vieille chouette ? insista le rouquin.

- Ronald ! s'écria Hermione.

- Bah quoi ?

- Tu n'appelles pas professeur de cette façon ! C'est mal poli, n'est-ce pas Harry ?

Le Harry en question ne sut pas quoi répondre en voyant ses deux meilleurs amis se tourner vers lui, attendant chacun qu'il prenne son camp. En voyant le regard de son amie, il préféra être d'accord avec elle.

- Euh … ouais.

- Ah tu vois ! dit-elle en se tournant vers Ron.

- Mais Harry l'appelle comme ça aussi, se justifia-t-il.

- C'est vrai ? demanda la brune en se retournant vers lui avec le même regard sévère.

- Oui … mais pas tout le temps je t'assure.

Hermione ouvrit la bouche pour lui répondre mais la tête déconfite d'Harry la fit rire. Elle venait de se rendre compte qu'elle leur faisait peur. En voyant la tête de Ron qui était identique, elle rit de plus belle. Cela lui faisait du bien. Elle n'avait pas vraiment rit depuis un bon bout de temps et là cela lui permettait de lâcher la pression qu'elle avait accumulé depuis le matin. Elle n'arrivait pas à s'arrêter surtout quand elle voyait leurs têtes qui gardaient un air surpris et d'incompréhension.

- Vous devriez voir vos têtes, dit-elle en rigolant pour leur expliquer.

Les garçons se regardèrent et se mirent à rire eux aussi. Chacun avait vu sa propre tête chez l'autre et ils comprenaient mieux l'hilarité de la Gryffondor.

Les élèves qui passaient à côté d'eux souriait de les voir si unis même dans leur fou rire. C'était un petit moment de bonheur pendant ses temps sombres. C'est donc tout joyeux qu'ils se dirigèrent vers leur cours suivant. Mais le peu de bonne humeur qu'Hermione venait d'avoir disparut quand elle se rendit compte qu'ils avaient DCFM avec les Serpentards. Elle les avait en face d'elle, trop tard pour reculer, alors elle agit comme le matin même. Elle se redressa un peu, sans trop faire sa fière puis ne regarda que ses amis rouges et or. Elle souriait toujours aux remarques de ses amis, qui étaient encore joyeux, mais avec moins d'entrain. Elle fit tout pour qu'ils ne remarquent rien, et ce qui l'aida, c'est qu'ainsi elle ne montrerait pas à ses ennemis ce qu'ils voulaient. Elle ignora donc les Serpentards et ne leur jeta aucuns regards mais si elle c'était retourné, elle aurait vu le regard blessé de son homologue masculin. Son ignorance et son semblant de bonne humeur le blessait bien plus qu'il ne le voulait. Il l'avait voulu, il ne pouvait que s'en vouloir à lui-même et s'en mordre les doigts. Il ne pouvait pas lui en vouloir de se défendre. Il la connaissait un minimum, c'était pour se protéger qu'elle l'ignorait et le fait que ça soit contre lui qu'elle ait à se défendre le touchait vraiment. Cela signifiait qu'elle l'aimait réellement. Sauf que c'était pour son lui intérieur, pas pour celui qu'il montrait aux autres. Et voilà, son esprit vagabondait là où il ne le devait pas. Qu'est-ce que c'était fatiguant de toujours se contrôler et de se détester pour ses échecs …

Hermione pensait la même chose, cela la fatiguait beaucoup de faire toujours attention à ce qu'elle faisait, où elle regardait et rester concentrée sur les paroles de ses amis. Elle préférait quand elle était en cours. C'était juste plus facile. Elle passa donc le reste de la journée à bosser au plus grand désespoir de Ron, entre les cours et la bibliothèque, elle loupa les repas, malgré les protestations d'Harry. Elle ne voyait pas le besoin d'aller dans la Grande Salle si ce n'était pas pour manger. A part inquiéter ses amis et penser à tout sauf ce qu'il fallait, cela ne servait à rien. Et quand elle se trouvait en présence de Serpentard ou plus particulièrement de Zabini et Malfoy, et qu'elle était seule, elle prenait un livre. Plongée dans les bouquins, elle ne les voyait pas et elle pensait à autre chose. Elle se trouvait bien lâche sur ce coup là, mais … elle n'arrivait pas à savoir pourquoi elle en avait besoin.

Après les deux heures de cours de l'après-midi, elle se sentit faible. Elle descendit alors aux cuisines pour prendre une boisson, et essaya de grignoter un morceau de pain. Elle prit son temps pour l'avaler et resta un petit moment entourée des elfes de maison qui s'affairaient déjà pour le repas du soir. Les garçons étaient à leur entrainement de Quidditch alors elle n'était pas pressée. Mais soudain, elle se rappela qu'elle avait rendez-vous avec le professeur McGonagall. Elle se dépêcha donc de rejoindre son bureau. Elle se demandait pour quelles raisons exactement elle l'avait sollicité. Plusieurs hypothèses se formèrent dans sa tête et elle réussit ainsi à ne penser qu'à ça tout le long du chemin. Mais quand elle arriva dans le couloir, elle se prit une grande claque dans la figure en voyant arriver son homologue par le couloir en face du sien. Qu'est-ce qu'elle était conne ! Pourquoi n'avait-elle pas pensé qu'elle ne serait pas la seule à être convoquée ? Du coup, elle se sentit totalement perdu. Elle ne s'était pas préparée à une confrontation. Elle pensait avoir plus de temps même si c'était bien naïf de sa part de penser ça. Elle s'était presque arrêter de marcher sur le coup de l'émotion, mais elle se força de faire comme si de rien n'était. Elle se força d'ignorer les sentiments qui l'envahissaient quand elle le voyait, quand elle voyait son si doux visage, ses yeux, sa bouche. Elle en était accro, elle le savait mais elle ne pensait pas à ce point là. Elle cru même voir la surprise, le doute, et du remord, peut-être même de l'amour, dans les yeux de Blaise quand il l'aperçut à son tour. Mais la seconde d'après ce n'était plus qu'un visage sans émotions. Elle ne savait plus quoi penser. Mais elle ne serait pas faible alors que lui, ne l'était pas. Elle serait forte …


Chapitre corrigé par Julia Erwelin