Chapitre 8
Les deux sœurs dormaient l'une contre l'autre, un sourire au visage sûrement provoqué par des rêves qu'elles seules connaissaient. Elles immergèrent péniblement de leur sommeil lorsque des coups se firent entendre contre la porte de leur cabine.
« -Mesdemoiselles ! Levez-vous donc afin de voir ce que cette journée nous réserve ! »
La cadette se recroquevilla de plus belle tout en serrant Elsa contre elle. Cette dernière soupira tout en se laissant faire, et marmonna pour elle-même « Hodin... ». Bien qu'elle l'appréciait, elle l'aurait volontiers habillé de glace pour les avoir réveillées. Ne souhaitant pour rien au monde sortir de son lit pour rester auprès d'Anna, la souveraine resta blottie contre la rouquine, ignorant les propos du Roi.
« -Hodin a raison ! » l'appuya Kristoff.
« -Bien sur que j'ai raison !
-Oui, n'en faites pas trop non plus. Vous devriez vous lever, je suis sûr que ce que vous découvrirez vous fera plaisir ! »
A l'entente de son époux, la princesse se redressa du lit, emportant la couverture avec elle et provoquant un frisson chez la Reine. « Kristoff ! ». Elsa la fixa d'un air mi sévère mi gêné, tout en se tenant les bras.
« -Anna !
-Oups...Et bien...maintenant que nous sommes toutes deux réveillées, nous pourrions donc nous lever... ?
-Je crois que nous n'avons plus vraiment le choix en effet. »
Les arendelliennes entendirent alors des rires provenant de l'autre côté de la porte, et se demandèrent si les deux hommes ne commençaient pas à se moquer d'elles.
« -On vous attend sur le pont ! » lança Hodin d'un air enjoué.
Elsa et Anna se fixèrent un instant, ne comprenant pas la soudaine bonne humeur chez le Roi et le prince, et finirent par se préparer. Toutes deux se prirent une robe de tissus épais et dotée de manches longues et resserrées d'un lacet de daim. Les corsets de velours vinrent leur apporter un peu de chaleur, et leurs collants de laines restèrent dissimulés derrière le coton retombant avec légèreté jusqu'à leurs pieds.
Anna fixa son aînée avec sa tenue bleue de minuit, et l'observa se tresser les cheveux sans rien dire.
Se sentant épiée, Elsa releva son regard et scruta sa cadette de la tête au pied.
« -Et bien, qu'y a t-il ?
-Oh rien. Je me demandais juste quel spectacle vous nous offrirez aujourd'hui, toi et Hodin.
-Quel spectacle nous...Anna ! » La souveraine rougit face à la remarque de sa sœur, et termina de se coiffer dans la plus grande élégance. « Il n'y aura rien, voyons. Que t'imagines-tu encore ?
-Je ne m'imagine rien, je me base sur des faits. »
La blonde se releva et s'avança vers la princesse dotée d'une robe couleur sauge. Se plaçant dans son dos, elle noua la chevelure rousse de sa cadette, gardant un sourire paisible.
« -Et bien vas-y, base toi sur des faits. Mais tu ne risque pas de trouver grand chose, puisqu'il ne se passe rien.
-Non bien sur que non ! Il est évident qu'il n'y a rien d'ambigu entre toi et Hodin. » répondit Anna sur un ton ironique.
« -Absolument. »
Fin prêtes, les deux jeunes femmes sortirent ensemble de la cabine et retrouvèrent le Roi d'Elredor en compagnie de Kristoff. Hodin sembla examiner la souveraine de la tête aux pieds, arborant un sourire satisfait.
« -Tiens, voici donc nos gentes dames.
-Bien, bien Hodin. Pourquoi nous avoir fait lever du lit ? J'espère au moins que vous avez une raison qui vaut que nous fassions cet effort. » répondit de manière neutre l'aînée des sœurs.
« -Bien entendu, votre Majesté.
-Vous en faites dix fois trop...
-Hm...Oui, vous avez raison, venons en aux faits. Si vous voulez bien vous donner la peine d'approcher des rambardes... »
Elsa regarda le Roi d'un air suspicieux avant de s'exécuter. Elle observa les vagues qui se déclenchaient à la base du navire pour continuer leur chemin jusqu'à l'horizon. Suivant le mouvement fluide de la mer, le regard de la souveraine se posa finalement sur des terres qui s'affichait au loin. « Nellimar... » Ses doigts se crispèrent sur le bois des barrières, tandis qu'elle entendit sa sœur pousser un cri de joie.
« -Enfin ! Nous arrivons !
-Nous étions sûrs que cela vous plairait » répondit Kristoff, lui aussi heureux d'être si près du but.
«-Elsa ! N'est-ce pas une bonne nouvelle ?
-Si, si, bien sur...
-Elsa... ? » La rouquine s'approcha de son aînée et lui posa une main sur son épaule, bien consciente que quelque chose gênait la jeune Reine. « Ne devrais-tu pas te réjouir ?
-Oui, oui, je devrais. Et je me réjouis intérieurement je t'assure.
-Alors qu'est-ce qui te tracasse ?
-Rien, vraiment. Je crois juste que cela va nous faire bizarre de retourner sur la terre ferme. C'est que nous commencions à nous habituer à la mer.
-Oui, mais nous en avions marre aussi.
-Oui, tu as raison. C'est une bonne chose que nous soyons si vite arrivés.
-Et sans naufrage !
-Oui, sans naufrage... »
La rouquine observa Elsa un moment et lui pressa la main affectueusement.
« -Viens, allons déjeuner, je suis sûre que ton humeur reviendra après quelques chocolats.
-Non, je vais rester un peu ici si cela ne te dérange pas. Je te rejoins dans quelques minutes.
-Très bien. Kristoff, Hodin, avez-vous faim ?
-Je t'accompagne avec plaisir » répondit le montagnard dans un sourire.
« -Quand à moi je vais rester un peu avec notre Reine, des fois qu'elle tomberait à l'eau... » fit Hodin tout en gardant sa satisfaction pour lui-même.
« -A tout à l'heure dans ce cas. »
Une fois la princesse partie en compagnie du montagnard, le Roi d'Elredor marcha en demi-cercle autour de l'arendellienne avant de s'appuyer sur les rambardes à ses côtés.
« -Comment avez-vous fait ? » marmonna la souveraine d'un ton troublé.
-Fais quoi ?
-Comment avez-vous su que nous arriverions précisément aujourd'hui !
-Oh...J'ai eu de la chance, voilà tout.
-Vous mentez.
-Moi ? Non, je n'oserais pas, et encore moins avec vous. J'aurais trop peur des conséquences, si vous voyez ce que je veux dire.
-Si vous le dîtes...
-Quoi qu'il en soit, un pari est un pari. »
La souveraine s'écarta des rambardes et fixa l'elredorien, plus méfiante que jamais.
« -Un pari devient nul si l'un de nous a triché. Et je ne crois pas en votre coup de chance.
-Croyez le ou non, c'est pourtant la vérité. Et vous n'avez aucune preuve du contraire. J'ai donc gagné. Vous avez été joueuse, vous avez perdu. Vous auriez peut-être dû vous écouter et ne pas prendre de risque. Voilà ce qu'il en coûte d'écouter les suppositions d'un Roi.
-Pas d'un Roi, d'un charlatan.
-Vous avez perdu.
-Vous avez triché !
-Je n'ai pas triché, et vous êtes perdante, j'ai donc droit à ma récompense. »
Hodin s'avança vers la Reine tel un félin sur sa proie, et la bloqua contre les barrières. Son sourire satisfait se lisait parfaitement bien, et Elsa ne pu que se résoudre à faire ce qu'il lui demanderait. Dans un sens, il avait raison, elle n'avait aucune preuve, et elle savait qu'il ne lui laisserait pas le choix que de lui offrir ce présent qu'il réclamait.
« -Alors ma Reine, sommes-nous d'accord sur le résultat de ce pari ? » La blonde leva les yeux au ciel pour les rabaisser sur son interlocuteur.
« -Très bien. J'ai perdu...Que voulez-vous ?
-Enfin vous vous résignez !
-Oui bon, dîtes moi ce que vous voulez, qu'on en finisse !
-Ce que je veux...C'est quelque chose de simple. Quelque chose que seule vous pouvez m'offrir. Quelque chose que vous ne pouvez m'offrir deux fois de la même façon.
-Je suis censée deviner ?
-Vous n'avez pas besoin de deviner. Vous savez déjà ce que je souhaite.
-Si je le savais, je vous l'aurais déjà offert.
-Oh non, vous n'auriez pas fait cela. Vous auriez fait exactement ce que vous êtes entrain de faire en ce moment. Vous m'auriez laissé languir. »
Sur les derniers mots du Roi, Elsa perdit son air dépité pour un sourire, à son tour satisfait.
« -Oui je sais ce que vous souhaitez. Mais je ne vous le donnerais pas.
-Une Reine sans parole ? Je n'y crois guère.
-Vous aurez ce que vous voulez. A vous d'aller le chercher.
-Serait-ce une invitation ?
-On dirait bien. »
La souveraine fixa les yeux ébènes de l'elredorien, attendant sa réaction. Ce dernier ne se fit pas prier, et passant une main dans la chevelure blonde de la jeune femme, il chuchota.
« -En tant que Roi, il serait mal vu de refuser. »
Aussitôt, Hodin lui vola leur second baiser, et après quelques secondes de silence qui suivirent ce court moment, il se recula de quelques centimètres, observant le doux visage de celle qu'il convoitait. Il contempla ses yeux azurs se rouvrir, et voyant son reflet dans son regard, il ne put s'empêcher de sourire, trop heureux de se voir s'approcher de son but. Desserrant finalement l'étreinte qui s'était machinalement installée, le Roi reprit son sérieux, et Elsa retrouva son côté digne et autoritaire.
« -Et bien, ma Reine, je crois que pour cette fois, nous sommes quittes.
-Il semblerait, en effet.
-Nous devrions retournez auprès de votre sœur et de son époux, ou ils finiront par se poser des questions.
-Vous croyez vraiment que ce n'est déjà pas le cas ?
-Je ne suis pas dans la tête de votre sœur.
-Encore heureux, vous tourneriez fou.
-Vraiment ? ...Allons, dépêchons nous dans ce cas, histoire de la couper dans ses pensées à notre propos, aussi farfelues puissent-elles être.
-Allez-y sans moi. Je dois voir le capitaine pour connaître quelques détails quand à notre arrivée.
-Notre arrivée ?
-Oui, j'aimerais juste savoir dans combien de temps nous serons à Nellimar. Je veux dire, cet après-midi ? Ce soir ?
-Oh, bien. A plus tard dans ce cas, mais ne tardez pas trop, il ne faudrait pas vous affamer avant d'arriver.
-Vous vous inquiétez pour moi ?
-Toujours, votre Altesse.
-C'est charmant. A tout à l'heure Hodin. »
Sur ce, Elsa s'en retourna dans les cabines et alla retrouver le capitaine du galion, délaissant pour un temps le Roi d'Elredor.
Arrivée au niveau de la pièce qui servait de bureau, la souveraine toqua deux fois à la porte, et sans attendre de réponse, elle entra.
« -Capitaine ? » l'interpella t-elle, tout en joignant ses deux mains, se tenant aussi droite qu'elle le put.
« -Votre Majesté ? » répondit ce dernier en se retournant, « Que puis-je faire pour vous ?
-Juste répondre à une simple question.
-Je vous écoute.
-Le Roi Hodin s'est-il présenté à vous hier afin de savoir quand est-ce que nous arriverons ?
-Oui, il est venu...
-Bien, c'est tout ce que j'avais besoin de savoir.
-Heureux de vous avoir servie, votre Altesse.
-Vous allez encore m'être utile.
-En quoi puis-je vous aider ?
-Stoppez le navire.
-Comment ça ?
-Ce n'est pas compliqué. Arrêtez le.
-Bien votre Majesté. »
Elsa se retourna afin de sortir de la cabine, mais arrivée à la porte, elle fit de nouveau face à l'homme et leva une main, comme pour l'interpeller de nouveau.
« -Ah, et encore une chose.
-Oui ?
-Il n'y a pas de danger dans ces mers ? Pas de risque de se faire attaquer par, je ne sais pas, des requins, ou que sais-je ?
-Non votre Majesté, aucun. Pourquoi cela ?
-Simple curiosité. »
Elsa sortit ensuite de la pièce et rejoignit le petit groupe dans une nouvelle cabine où tous déjeunaient déjà. A peine les vit-elle qu'elle adressa un premier sourire angélique au Roi d'Elredor avant d'aller avec hâte enlacer sa cadette.
« -Je vois que tu as retrouvé ta bonne humeur » lui lança Anna en rigolant.
« -Il semblerait, oui. Parfois il suffit d'un rien » s'enquit de répondre la souveraine, tout en se servant une tasse de chocolat chaud.
« -Notre cher Hodin en serait-il pour quelque chose ?
-Que veux-tu dire Anna ?
-Et bien, je ne sais pas. Vous restez seuls tout les deux et après tu semble aller beaucoup mieux, donc je me demande si Hodin a joué un rôle à ce soudain changement d'humeur... »
Le Roi observa la blonde, retenant un sourire face à la remarque de la cadette. Son air, presque satisfait de voir qu'Anna avait pressenti quelque chose, ne tarda pas à décamper. Elsa lui jeta un regard en coin, avant d'enfin répondre à sa sœur.
« -Oh...Et bien figure toi que non.
-Non ? » demanda Hodin, déboussolé par la réponse.
« -Non », insista la Reine, « Le capitaine y est pour quelque chose, pas Hodin.
-Le capitaine ? Qu'a t-il donc fait ?
-Il a tout simplement été honnête envers moi lorsqu'il a fallu que je lui pose une question.
-Et cela a suffit à te rendre ton sourire ?
-Bien sur. Et je suis sûre que vous tous ici serez aussi heureux que moi. »
La jeune femme se releva ensuite, la tasse de chocolat serrée entre ses mains, faisant signe à ses trois compagnons de la suivre. Tous se dépêchèrent alors, emportés par la curiosité. Elsa les mena à l'arrière du navire, ou une corde enroulée sur le sol avait prit place. Kristoff, relevant son nez vers le ciel, s'arrêta net.
« -Le navire n'avance plus ?!
-Non, il n'avance plus en effet. Du moins, il a ralenti. Mais ne vous en faites pas, il repartira sous peu. » répondit la souveraine « Voyez-vous, hier, Hodin et moi nous sommes lancés dans un pari.
-Un pari ?!
-Oui. Hodin avait prédit que nous arriverions aujourd'hui. J'avais moi pensé que nous mettrions un jour de plus.
-Et nous arrivons aujourd'hui, tu as donc perdu... » devina Anna.
« -Pas tout à fait. Hodin a triché. » Tout en parlant, Elsa s'empara d'une extrémité de la corde, et après avoir tourné autour du Roi, elle la lui présenta avec insistance, jusqu'à ce qu'il la saisisse, comprenant son sort. « Sa Majesté a été demander au capitaine quand est-ce que nous arriverions. Il était donc obligé qu'il l'emporte.
-Vous vous trompez Elsa, je n'ai nullement triché » tenta en vain de se défendre le souverain.
« -Vous voulez encore me mentir, mon cher ? Je crois que vous n'avez pas encore comprit que vous perdrez à chaque fois que vous vous y risquerez.
-Qu'importe, j'aurais eu ce que je souhaite, et vous ne m'avez pas empêché de l'avoir.
-Heu...De quoi il parle là ? » s'immisça Anna.
« -Je crois qu'il divague » répondit simplement la Reine, tournant le dos à sa cadette pour cacher le rose qui venait de lui monter aux joues.
« -Hm...ça mérite éclaircissement tout ça. » marmonna la princesse, « Et donc, quel sera le sort de notre cher Roi ?
-Une petite baignade ! »
Aussitôt, Elsa ne laissa pas le temps à l'elredorien de comprendre, qu'elle le poussa d'une main en arrière, chose à laquelle il ne pu répliquer. Passant par dessus la rambarde, il lança un dernier regard à sa belle qui lui répondit d'un joli sourire.
« -Vous me repêcherez, n'oubliez pas...
-Bien entendu. Un pari est un pari... »
La souveraine le poussa une dernière fois, le faisant enfin tomber à l'eau. Anna retint un rire et s'approcha de son aînée, tout en observant le Roi se dépatouiller dans la mer.
« -Tu joues au chat et à la souris, Elsa. Il finira par t'attraper.
-Je ne crois pas non. Car vois-tu Anna, je suis le chat, et il est la souris. » répondit la souveraine tout en se délectant du chocolat chaud qu'elle tenait toujours d'une main.
« -Tu progresse, mais méfie toi.
-Ne t'en fait pas.
-Combien de temps allons nous le garder ainsi ? » demanda alors Kristoff.
« -Je n'y ai pas encore réfléchit. », puis, se tournant vers Hodin, « Et vous, votre Majesté ? A combien estimez-vous le temps qu'il nous faudra pour arriver à Nellimar ? »
Le Roi regarda tant bien que mal la terre qui apparaissait au loin. Il sembla réfléchir un instant, puis il répondit à la souveraine.
« -Je ne sais pas, une heure, peut-être deux, pourquoi ?
-Très bien, alors je vous souhaite de bien accoster au port.
-Comment cela ?!
-Vous finirez le voyage à l'eau !
-Vous deviez me remonter à bord !
-Non, nous devions vous repêcher. Nous vous repêcherons donc au port. Profitez bien ! »
Sans lui laisser le temps de répondre, Elsa s'éloigna d'un pas fier, et repartit en cabine pour terminer de déjeuner. Anna se pencha sur les barrières, faisant un signe au Roi.
« -Vous savez, j'aurais pensé que vous auriez compris qu'il ne fallait pas trop jouer avec elle. Qu'elle perde ou qu'elle gagne, les conséquences seront toujours terribles, et là, je crois que vous avez éveillé son instinct joueur, plus que jamais. Je vous souhaite bon courage pour votre prochaine partie ! »
Sur ce, elle partit rejoindre sa sœur, accompagnée de Kristoff, qui ne préféra rien dire de plus, trop étonné de la tournure que le voyage prenait.
Une porte en métal se fit entendre à quelques pas. Un garde arriva, et se posa entre les deux cellules. Il jeta un premier regard, indifférent, à l'elredorienne, puis se tourna vers Awena, la femme-loup, comme s'était amusée à la surnommer Saïnika, en vue de ses yeux argentés et de ses canines à priori bien aiguisées. L'homme ouvrit sa cellule, et lui fit signe de se lever.
« -C'est l'heure du jugement. Viens avec moi. »
Sans riposter, elle le suivit, un demi-sourire au visage. Passant devant les barreaux de la pupille d'Hodin, elle lui fit un bref clin d'œil, et disparu à l'autre bout du couloir.
Saïnika regarda sa silhouette s'estomper dans le plus grand des silences. Au bout de quelques minutes, ce silence se brisa, et laissant place à des cris de terreurs, résonnant contre les parois rocheuses de la prison souterraine. La jeune femme se releva alors, et tenta en vain de voir ce qu'il se passait. Après un long moment, les cris cessèrent, et le silence revint, comme si rien ne s'était passé.
La prisonnière finit par entendre de nouveaux pas, tapant sur le sol de pierre, et une silhouette réapparut tout près de sa cellule. Awena était là, et aucun garde ne semblait plus la surveiller. Ses deux mains cachées sous sa cape, elle soutint le regard de l'elredorienne, et du bout des doigts, elle jeta un objet dans le couloir.
« -A ton tour maintenant. » lui lança t-elle, et elle repartit d'un pas serein, sans se soucier des potentiels gardes qui aurait pu l'arrêter.
Attendant qu'elle s'en aille, Saïnika, s'approcha des barreaux de sa cellule afin de mieux voir ce que la femme-loup venait de lui laisser. Se collant à la grille de métal, ses yeux purent clairement voir de quoi il s'agissait. Une clef, serrée entre les doigts inanimés d'une main qui avait dû appartenir à un garde.
Comprenant d'où était venu tout ces cris, Saïnika sentit un frisson la parcourir. Elle s'efforça tout de même d'attraper la main, et récupéra la clef. Un sourire vint alors s'étendre sur son visage. Après ce qu'elle avait dit, Awena l'avait quand même aidée.
Entendant des voix d'hommes approcher, elle remit la main au milieu du couloir, et cacha la clef entre les nombreuses couches de tissus que sa robe comprenait. Lorsque les soldats arrivèrent, elle se contenta de hausser les épaules, et ils repartirent aussitôt à la recherche de la fugitive. Seul l'un d'eux resta pour surveiller la jeune femme.
Souhaitant n'éveiller aucun soupçon, Saïnika s'allongea sur le petit lit de fortune et fit semblant de s'endormir.
Le soir venu, un homme vint la voir dans sa geôle.
« -Vous ne dormez pas. » La jeune femme entendit le cliquetis de la serrure, et elle se releva aussitôt.
« -Connor !
-Heureuse ?
-De ?
-De me revoir bien entendu !
-Dans vos rêves, peut-être ? »
Le prince des Îles du Sud s'approcha de la pupille d'Hodin, et lui tint le menton d'une main.
« -Si seulement vous étiez plus docile » Saïnika fronça les sourcils, et s'écarta d'un geste, crachant par la même occasion au visage de son interlocuteur. Ce dernier, furieux, leva sa main, alors prête à finir sa volée sur la jeune femme, mais avant qu'il n'eut le temps d'accomplir son geste, une voix le retint.
« -Connor ! Pas sur notre invitée. » L'elredorienne se décala sur sa droite, et aperçut le fameux Hans qu'elle avait rencontré le premier jour. Celui-ci s'avança, et fit se reculer son aîné d'une main. Il tendit l'autre vers sa prisonnière, qui la saisit hésitante.
« -Nous allons vous trouver un meilleur endroit. Une geôle n'est pas un lieu pour l'héritière d'un Roi.
-Et c'est maintenant que vous y pensez ?
-Les événements d'aujourd'hui m'ont fait changer d'avis. Et puis, sachant que votre cousin viendra accompagné de cette chère Elsa et de sa sœur, j'aimerais éviter de déclencher un nouvel hiver éternel. »
La jeune femme le regarda avec des grands yeux ronds, ne comprenant pas où il voulait en venir.
« -Que voulez-vous dire ?
-Oh, vous n'êtes donc pas au courant. Hodin est doué pour les mensonges apparemment. Et comme la Reine d'Arendelle n'est pas mal dans son genre non plus...Enfin, vous saurez ce qu'il faut savoir en temps voulu, et je sens que le jour où ça arrivera, nous nous amuserons beaucoup. En attendant, mon cher frère Connor s'occupera de vous comme on devrait s'occuper d'une princesse. Car après tout, c'est ce que vous êtes. Indirectement, certes, mais cela n'a pas d'importance. » Puis, se tournant vers son aîné, « Connor, amène la dans une de nos plus belles chambres. Veille à ce qu'elle ne manque de rien. Et fais lui préparer de nouvelles tenues. »
L'intéressé hocha la tête, et guida la jeune femme au château, dans une nouvelle chambre. Le soir même, elle put enfin se toiletter et se changer, et un festin de Roi lui fut servit.
Alors prête pour aller se coucher, elle se mit devant la fenêtre de la pièce, et observa le paysage. Au delà des remparts se trouvait une gigantesque forêt. L'elredorienne se dit que ce serait un endroit parfait pour fuir ses ravisseurs lorsque l'occasion se présentera.
Allant se glisser entre les draps frais de son nouveau lit, la pupille réfléchit à ce qu'avait dit Hans. Ses paroles n'avaient aucun sens, et comment avait-il pu savoir que le Roi viendrait accompagné des arendelliens ? Que venait faire la Reine dans tout ça ? Et que s'était-il passé entre eux par le passé ?
Ce sont sur ces nombreuses questions sans réponses que Saïnika s'endormit, rêvant des moments passés avec son cher cousin, alors que rien ne semblait vouloir leur empêcher leur bonheur. Rêvant de ces moments, avant que les arendelliens ne surgissent dans leur vie. Avant qu'on ne la prenne pour otage. C'est sans ce sourire rassuré, qu'elle partit au monde des songes où tout n'est qu'illusion.
