Hello, hello,
Si quelques détails vous échappent, surtout, n'hésitez pas à me le dire et tout hein :D je me ferais une joie d'expliciter tout ça.
Un gros gros merci à LiliEhlm pour la correction de ce chapitre (et c'est du boulot !)
Bonne lecture !
PS. Je réponds aux anonymes sur skaytpapionini (.wordpress .com) dans divers - review anonyme
Evidemment, Teen Wolf n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. Je me contente de faire mumuse avec le tout.
Chapitre 33 - Case départ
Furibond, Peter quitta la maison. Il ne manqua pas l'occasion de claquer la porte d'entrée derrière lui. Sa veste dans une main, le casque de son scooter dans l'autre, le jeune loup ne comptait pas revenir de si tôt. D'où le casque, d'ailleurs, il ne tenait pas à se faire arrêter par les flics pour une connerie. Quitte à passer la nuit dans la réserve – ce n'était pas comme si elle manquait de grottes après tout – Peter ne voulait pas avoir à rentrer « à la maison ». Pas avant un moment. Il ne supportait plus les regards inquiets de sa sœur sur sa personne. Il n'en pouvait plus des perpétuels mensonges de celle-ci. On lui mentait. Tout le monde lui mentait. Des mois que ça durait ; qu'il se disait qu'il s'imaginait tout ; que ça allait passer ; qu'on allait finir par tout lui avouer. Mais non. On continuait à taire la vérité et on jurait que les mensonges n'en étaient pas. Talia, Deaton, tous ceux en qui il était supposé pouvoir avoir confiance...
Talia se lança à la poursuite de Peter. Elle ne pouvait pas ne pas le faire et, quitte à le suivre, autant ne pas attendre. Elle comptait le rattraper, et vite. La louve connaissait – maintenant – suffisamment bien son frère pour savoir que cette tête de mule pouvait très bien décider qu'il ne rentrerait pas à la maison avant un moment. Très long moment. Quelques jours, si elle avait de la chance. Quelques semaines. Pire encore. Ce n'était pas comme si Peter n'avait pas les moyens de rester loin des siens pendant une période à durée indéterminée ; moyens financiers mais pas que.
S'il le souhaitait vraiment, le mordu pouvait réussir à fuir les radars. Il connaissait les meutes des environs, savait lesquelles étaient susceptibles de l'attraper et le rendre à sa famille et lesquelles accepteraient de l'aider à la fuir.
L'Alpha savait que son frère pouvait tout plaquer, du jour au lendemain. Qu'il pouvait partir sans se retourner, ni le regretter ensuite. Ce n'était pas comme si Peter ne mourait pas d'envie de s'éloigner de Beacon Hills. Cet univers de mensonge ne lui convenait pas. Pas que déformer la vérité le dérangeait. Au contraire, même. Il était le premier à jouer sur les mots quand la situation l'imposait – ou non. Ce qui lui déplaisait vraiment, c'était de ne pas savoir et qu'on ose essayer de lui cacher quelque chose.
« Peter ! » Rugit-elle. « Peter ! »
Le loup ne l'écoutait pas. Il continuait à rouler et faisait la sourde oreille.
« Peter ! »
Brièvement, l'adolescent tourna la tête vers sa sœur. Il luttait, essayait de résister au pouvoir de sa sœur, tentait de ne pas céder à ses instincts. Ce n'était pas facile.
« Peter. Arrête-toi. »
Là, surprise. Peter commença à ralentir, ralentir, ralentir jusqu'à s'être totalement arrêté.
Le dos crispé, tendu, il se tourna avec une lenteur exagérée vers sa sœur qu'il toisa.
« Tu ne peux pas partir comme ça, Peter. Tu as passé l'âge de réagir ainsi. »
Mauvaise approche. Son frère haussa un sourcil et ouvrit la bouche, prêt à répliquer.
« Peter... rentre à la maison. »
« Tu veux dire 'retourne en prison'. » Siffla le plus jeune. Ses yeux changèrent de couleur. « Tu peux pas me garder enfermé comme ça. Tu peux pas, Talia. »
« Tu ne sais pas ce que signifie être enfermé. »
La tête du Bêta pencha sur le côté. Il ne comprenait pas. Quelque chose lui échappait depuis quelques temps. À bien y voir, c'était depuis la mort de ses parents, depuis le départ d'Alex, depuis que tout foutait le camp, autour de lui. Une chose était certaine : il ne pouvait être sûr de rien. On lui mentait. Sa sœur le prenait pour un idiot. Grossière erreur.
« Je ne sais pas ce que tu caches... » Commença-t-il, lentement. Son ton était léger et il avait même un petit sourire aux lèvres. « Mais je te promets que je le saurai. Et... » Sourire qui disparut aussi sec. « Je crois que lorsque je le saurai, je t'en voudrai. Et ne voudrai plus rien avoir à faire avec toi. » Il se passa la langue sur les lèvres. « Alors dis-moi. Ça sera moins douloureux pour nous deux. »
« Tu n'es pas obligé de m'en vouloir. »
« Tu n'es pas obligée de me mentir. » Répliqua Peter, du tac-o-tac. « Mais tu as décidé de me mentir. Et j'ai décidé de t'en vouloir. » Il haussa les épaules. « La vie est faite de choix, non ? J'ai l'impression qu'on a fait les nôtres. »
Face à face, debout sur le chemin de terre qui reliait le terrain Hale à la nationale pas loin, le frère et la sœur se regardaient. Des deux, Peter était celui qui paraissait le plus sûr de lui et de ce qu'il avançait. Il donnait l'impression d'être celui qui contrôlait la situation. Il n'en était rien. Depuis qu'il s'était arrêté, Talia voyait son frère jouer avec ses clés. Repartir le démangeait. S'il était aussi à l'aise qu'il le laissait penser, partir n'aurait pas été une priorité. Pas même un souhait.
« Les choses ne sont pas aussi simples que tu sembles le penser. »
« Ooooh. Elles le sont. » Affirma Peter. « Elles sont simples au possible, même. Dis-moi la vérité. »
Talia avait appris à toujours se méfier de son frère. Intelligent, joueur, un brin roublard, elle était désolée mais non : on ne pouvait pas aveuglément faire confiance à Peter. Humain déjà, loup-garou davantage encore. Dans la première situation, sans surprise, ça ne l'avait pas aidée à se faire apprécier par son cadet et obtenir sa confiance. Dans le second, étrangement, ça y contribuait. Toujours à l'affût du moindre changement d'attitude ou de posture chez Peter, Talia vit le mordu froncer les sourcils et s'appuyer sur son scooter. Il ne semblait pas bien. Pas bien du tout.
« Rentre à la maison, Talia. »
« Pas sans toi. »
« Dans trois mois, je suis diplômé. Dans six, je suis à l'université. Prends ça comme un entraînement. » Il cracha ses mots. « Et fais avec. »
« Peter... »
« Arrête de penser que je ne saurai pas me contrôler ; de croire que je serai un danger. Arrête. Juste... arrête. J'ai dix-huit ans. N'importe quel loup de naissance sait se contrôler à cet âge-là. »
L'Alpha serra les poings, grinça des dents. Mentalement, elle s'occupa aussi à maudire Peter. Son petit air suffisant, son sourire en coin satisfait au possible et cette manie de toujours aller taper là où ça faisait mal – à lui, certes, mais pas que – étaient agaçants. Vraiment.
Parfois – souvent – Talia avait l'impression que Peter savait la vérité. L'enfoiré serait capable de s'amuser à tester sa sœur, de jouer avec les limites de celle-ci, d'essayer de voir jusqu'où il pouvait aller avant que le secret soit révélé. Elle savait que ce n'était pas le cas. Si Peter était au courant, il aurait mis les voiles dans l'heure qui suivait. Du moins... Talia aimerait s'en convaincre.
« Un loup a aussi besoin de sa meute... a besoin d'une meute. » Rappela-t-elle. « Un o- »
« Qui t'a parlé d'être Oméga ? Je ne suis, et ne serai, pas un Oméga, Talia. » Peter secoua la tête. Pourvu que Laura, Derek et Cora ne soient pas aussi pénibles à son âge. « Maintenant, laisse-moi respirer. Fous-moi la paix. Pars. »
Ça sonnait un peu trop désespéré pour que Talia obtempère.
« Et pourquoi tu me coures après au lieu de t'occuper de ton fils ! Je l'ai blessé... encore... et toi, tu restes avec moi... encore. »
« Je sais que Derek va guérir. Je ne suis pas certaine, par contre, que tu sauras retrouver un plein contrôle sur tes pouvoirs. »
Mauvaise réponse.
« C'est ton fils ! » Cria Peter. « Il te faut quoi de plus pour aller le voir ! »
« Et tu es mon frère. » Talia souffla. Doucement, elle osa s'approcher de son cadet. Un pied devant l'autre, le regard fixé sur Peter et toute la tension qu'il accumulait. On aurait dit une bombe à retardement. Il était une bombe à retardement. « Peter ? »
Alentours, tout était calme. Silencieux. Apaisant. Pas de gosses qui se battaient en fond sonore pour avoir le droit de manger le dernier cookie – et le troisième qui arrivait discrètement pour le chiper au nez et à la barbe des autres. Pas de « Mais je pige rien, moi, au théorème de Pi-thalès. » de la part de Derek, aussitôt suivi des moqueries de Laura associées à un « Peter t'expliquera » un chouïa amer. Pas de Cora qui chouinait pour pouvoir regarder ses dessins-animés. Pas d'enfants à proximité. C'était eux. Juste eux.
Parce que c'était eux, et juste eux, et donc qu'il n'y avait pas de Laura, de Derek ou de Cora à proximité pour les voir, Peter alla trouver refuge dans les bras de sa sœur et Alpha. En général, il laissait Talia être l'instigatrice de ces étreintes. L'adolescent la serrait. Il s'accrochait à elle tel Tarzan à sa liane. Talia frottait son dos, apaisante.
« Je comprends pas pourquoi... »
Ça aussi, c'était certainement dit uniquement car ils étaient seuls, sans témoin.
« Il te faut une ancre. Tant que tu n'en auras pas, tu auras des soucis. »
« Le truc c'est que... j'arrive pas à me souvenir de mon ancre, avant. Avec papa et maman. » Murmura Peter. Le nez niché dans le cou de sa sœur, il parlait le plus bas possible. Comme si, au fond, il espérait que Talia ne puisse entendre ce qu'il lui disait.
L'Alpha ferma les yeux. Elle profita du fait que, pour le moment, son frère ne puisse voir son visage pour relâcher prise. Un peu. Pas trop. Peter pouvait encore sentir et entendre, à défaut de voir. Il n'était qu'un très jeune loup mais ça ne l'empêchait pas de tout repérer en un rien de temps. Peut-être que sa jeunesse en tant que loup-garou n'y était pas étrangère, d'ailleurs. Nombre d'éléments qu'il pouvait aujourd'hui remarquer lui échappaient en tant qu'humain. Il devait apprendre à se couper de tout ça pour ne pas toujours être submergé par ces sensations.
« Tu n'avais pas besoin d'y penser. Tu croyais en eux. »
« Je crois en toi. »
« Pas suffisamment. »
La prise que Peter avait sur Talia s'affermit. Il n'en pouvait plus.
« Ils me manquent. »
« Je sais. Ils me manquent aussi. »
« Je comprends pas pourquoi Alex est parti. »
Et... on y arrivait, déjà. On y revenait, encore. Lorsque Talia n'était pas celle qui faisait tout tourner autour d'Alex et son départ, Peter s'en chargeait à merveille.
Il y avait tellement de mensonges à formuler pour que Peter puisse continuer à ignorer la vérité ; pour qu'il ne craque pas plus encore et ne perde pas définitivement l'esprit. Talia devait s'en tenir à son histoire de base. Elle ne devait surtout pas en dévier, pas même d'un iota. Ce serait aussitôt repéré. Sa vie, leur vie, était devenue un mensonge de chaque instant et c'était pesant, épuisant.
« Al' savait que tu deviendrais Alpha, un jour. Pourquoi il... » Peter s'arrêta. « Il me manque. »
Talia aussi regrettait le départ de son compagnon.
« Il me manque aussi, aussi. »
« J'ai besoin de lui. »
Peter toujours contre elle, la joue sur son épaule, la louve souffla. Comme Laura, Derek et Cora, Peter avait grandi avec Alex dans les parages. Ce dernier avait toujours davantage agit comme un oncle super cool, voire un grand frère, que comme le beau-frère qu'il était. Talia et Alex étaient déjà en couple lorsque Peter était né. Ne fallait pas non plus perdre de vue qu'Alex avait été le seul loup de la famille qui n'avait pas eu peur de l'humanité de Peter.
« Tu penses que tu t'en sortirais mieux s'il était ici ? »
« Je sais qu'il ne me mentirait pas, déjà. Donc je me sentirais moins à l'écart et... et moins pris pour un crétin, donc... ouais. Je réussirais mieux avec Alex. »
Ça aussi ça faisait mal à entendre. D'autant plus que Peter avait certainement raison.
o o o
Il avait à peine eut le temps de mettre un pied dans le bâtiment – il n'était donc même pas encore à son étage, ni dans l'ascenseur, ni rien – qu'une furie se jeta dans les bras de Peter. Sa mallette dans la main gauche, le loup-garou réceptionna, un chouïa surpris, une Catherine au top de sa forme – ou qui n'en était pas loin. Il était tout sourire et soulagé par cet accueil. Il le fut nettement moins lorsque la main de son amie vint saluer, de manière quelque peu brutale, sa pauvre joue.
« Qu'est-ce que j'ai fait, encore ? » Marmonna-t-il.
« L'idiot. Tu as fait l'idiot, Peter. »
« Et tu considères que ça change de d'habitude ? » La grimace du loup n'en était pas vraiment une. Cette question fit rouler des yeux son interlocutrice. Il s'agissait là d'une bien piètre défense, y avait pas à dire, et il aurait pu trouver mieux. « Donc, honnêtement, c'était pour quoi, ça ? »
« Pour avoir failli te faire vider de ton sang par un Jean. » Siffla la femme. « C'est bien ce que tu as dit sur ma messagerie, tête de gland, non ? »
Certes. Déjà qu'annoncer ce genre de chose par téléphone était, de base, une fausse bonne idée... mais le faire via le répondeur dépassait tout.
« Djinn. » Peter a corrigea, amusé. Il était préférable pour lui de ne pas relever l'insulte. Il avait eu droit à pire.
Catherine haussa les épaules. Elle chassa les mots d'un geste. Le loup-garou ne le prit pas mal et ne s'offusqua pas de cette réaction. Djinn, Jean, la prononciation du nom d'une créature – mortelle – importait tellement peu, surtout considérant ce qui avait manqué arriver. Alentours, on les évitait. On les contournait. De temps en temps, on leur lançait un regard intrigué et un brin agacé. Les doigts de l'humaine se fermèrent autour du poignet du lycan qu'elle commença à traîner à sa suite.
« On sort, ce soir, toi et moi. J'ai demandé à Stiles s'il était d'accord. »
« Et mon avis ? » Bougonna Peter. « On en fait quoi, de mon avis ? »
« Aux oubliettes. À la corbeille. Pou-bel-le. » Sourit-elle. Catherine avait de la chance d'être Catherine, il n'y avait pas à dire. N'importe qui d'autre, Stiles et Derek compris, ne s'en serait pas aussi facilement tirés. « Non. Vraiment, Peter. Faut qu'on parle. »
« On peut le faire à la maison. Stiles pourrait... aider à comprendre. »
Oh. Oh. À en croire le sourire en coin, satisfait, de la blonde, c'était là précisément ce qu'elle avait souhaité entendre, la démone. Peter roula des yeux, toussota et secoua la tête avant de sourire.
o o o
Frère et sœur restèrent un moment comme ça, dans les bras l'un de l'autre. Lui, il s'agrippait à son aînée, comme si sa santé mentale en dépendait. Elle en dépendait. Il avait l'impression de devenir fou, de ne plus savoir que croire, qui croire, quoi penser. Peter n'avait jamais paru aussi fragile lorsqu'il était humain. Ses souvenirs absents et ces mensonges constants n'étaient pas pour l'aider.
« J'ai pas envie de rentrer. » Murmura Peter à l'oreille de sa gardienne.
« Je peux appeler Laura, si tu veux, et je lui dit qu'on va manger en ville puis que je t'emmène au cinéma. Elle restera avec Derek et Cora. »
« Mais Derek est... »
« Tu l'as griffé. Rien de bien méchant, crois-moi. »
« Il va penser que j'ai une dent contre lui. » Plaisanta mollement le plus jeune, le front sur l'épaule de Talia. « À chaque fois c'est lui qui prend. »
L'Alpha lui caressait les cheveux. Même sans se rappeler que Peter l'avait sauvé d'une mort certaine, Derek savait que son oncle l'aimait. Il devait même savoir qu'il était le petit – « je suis pas petit » – préféré de son oncle.
Il fallait être idiot pour ne pas avoir conscience de cette préférence. Quand Peter avait toujours quelque chose d'urgent à faire lorsque Laura ou Cora avaient besoin d'aide pour un devoir... il stoppait tout, tout de suite, sitôt Derek commençait-il à grogner après sa chimie ou son anglais. Oh, bien sûr, il continuait à râler une fois son oncle venu à sa rescousse... mais pour la forme, rien de plus. Une fois les exercices terminés, Derek recommençait à rechigner, cette fois parce que « Peter était trop flippant à tout connaître comme ça. Il peut pas être con comme Laura, lui ? » ce qui plaisait moyennement à sa mère et la principale concernée. Les deux aînés de Talia commençaient alors à se battre et l'Alpha se voyait contrainte d'intervenir. La louve aimait voir son frère aider son fils. Vraiment. Plus que tout.
o o o
La porte du bureau de Peter s'ouvrit. Le loup-garou leva la tête, prêt à accueillir Harry avec un nouveau dossier et une paire de remarques sur sa ponctualité. Il savait qu'il aurait droit à quelques questions inquiètes – Harry s'inquiétait toujours – qu'il faudrait esquiver, et tous les coups étaient permis pour y parvenir. Oui. Vraiment. Même s'il savait qu'il lui faudrait lâcher quelques informations... aussi étonnant cela puisse paraître. Il déchanta vite.
Au beau milieu de la pièce, à une distance raisonnable du lycan, comme s'il avait senti le danger – ou enfin compris que Peter ne le portait pas haut dans son cœur – et quoique trop avancé pour qu'on puisse simplement croire qu'il avait une question d'ordre pratique à poser sur un dossier en cours ou un « Blaise aimerait vous voir dans son bureau » à dire... se trouvait Travis.
Catherine murmura un petit « Désolé » qu'elle savait audible pour un loup-garou. Qu'elle soit désormais au courant n'était vraiment pas sans avantage.
« Peter ? »
« Va voir Barry, Travis. » Grogna Peter. « Je suis occupé. »
« C'est à vous que je dois parler. » Essaya, maladroit, Travis. L'associé zyeuta par-dessus son épaule, comme s'il craignait plus Catherine que Peter.
Les lèvres pincées, l'aîné s'enfonça dans son siège. D'un coup sec, à cran, il poussa sur le bord du bureau pour s'en éloigner. Crispé, Travis ne quittait pas le loup-garou des yeux. Il se balançait sur ses pieds, n'avait de cesse de se triturer les doigts et la gourmette en argent autour de son poignet. Son locuteur s'exaspéra avant de froncer les sourcils. Impossible.
« Travis ? »
« C'est personnel. » Avoua-t-il, se mordant les lèvres. De nouveau, Travis jeta un regard derrière lui. Se passait-il quelque chose avec Catherine ? S'agissait-il de quelque chose dont elle n'avait pas à être au courant ? Possible. En ce cas... tant pis.
« Parle. »
De son bureau, l'oreille aux aguets, curieuse comme pas deux, Catherine regardait Peter. Travis lui tournait encore le dos et ne pouvait pas tout voir. Quand il regardait ce qui se passait derrière, elle n'avait qu'à faire semblant de vaquer à ses occupations et faire comme si de rien était.
La blonde grimaça, elle aussi. Elle connaissait les sentiments et ressentiments du loup-garou vis-à-vis de l'associé. Il ne s'en était jamais caché. La tête et les bouclettes de Travis ne lui revenaient pas, point à la ligne. « Ses manières, son air suffisant, son sourire en coin, sa façon de... on dirait qu'il sait toujours tout mieux que tout le monde, qu'il se croit mieux que tout le monde, ce crétin. C'est exaspérant. » Catherine souriait toujours, à ce moment ; puis Peter roulait des yeux « Je ne suis pas du tout comme ça. Je suis mieux que tout le monde, nuance. »
Travis toussota.
« C'est à quel sujet ? » L'invita Peter. Il n'avait pas la journée.
Plus l'associé restait, plus le loup sentait qu'il y avait anguille sous roche. Littéralement. L'odeur de Travis lui sautait aux yeux, s'il pouvait s'exprimer ainsi.
« Alex. »
Des sourcils se froncèrent. Quatre sourcils. Deux paires. Catherine, Peter. L'odeur ne trompait pas. L'odeur ne le trompait pas. L'odeur de Travis avait bien quelques similitudes avec celle d'Alex, tout juste retrouvé. Odeur tout juste découverte, aussi. Autre chose qui ne faisait aucun doute : Travis était humain.
« Tu... »
« Il a toujours fait partie de la meute. » Confirma Travis. « Même s'il ne venait plus aux réunions, il... ne l'a jamais quittée. »
Bouche-bée, Catherine fixait – encore – Peter, les yeux ronds. L'index levé, elle montrait alternativement l'un puis l'autre.
« Je crains ne... pas comprendre. »
L'aveu était douloureux. Il l'était d'autant plus qu'il était à l'intention de Travis.
« Je crois que si. » Certifia pourtant l'associé. Il sourit. « Vous avez l'habitude de toujours être la personne la plus intelligente de la pièce. »
Peter sourit.
« Le niveau n'est pas bien haut. »
Ce fut au tour de Travis d'avoir ses lèvres qui s'étirent vers le haut.
« Tu es humain. » Le ton de Peter ne laissait place à aucune contestation. Ce que n'essaya pas de faire l'associé, de toute façon. Il savait que mentir à un loup-garou, surtout à ce sujet, était inutile. Peter Hale ou non. Le jeu n'en valait pas la chandelle.
« Mais mes parents sont des loups. Mon oncle est un loup. Ma famille est une meute. »
« La meute Ito. »
L'autre hocha la tête.
« Quel lien avec... Alex ? »
« Toute la partie 'mon oncle est un loup'. »
Le bureau était silencieux. Aussi éloigné que possible du perpétuel trafic de la rue principale – soit pas vraiment éloigné – et de la pièce principale qui, quand elle était occupée, était normalement plus bruyante. Les yeux grands ouverts, forcé d'admettre que Travis ne mentait pas – ou alors qu'il le faisait beaucoup trop bien – le loup désigna de la main gauche le canapé.
« On va en avoir pour un moment, je pense. »
L'humain hocha la tête, satisfait.
« Catherine. Éteins l'interphone. » Demanda-t-il.
« Pas moyen, non. » Refusa-t-elle.
« Alors éteins-le puis viens nous rejoindre. »
Contre toute attente, Travis, associé honnis, fut donc la première personne à apprendre que Catherine était au courant du monde surnaturel. Sauf si celle-ci avait commis une maladresse – plausible malheureusement – auprès de Stiles quand elle l'avait contacté. Le neveu d'Alex soupira au moment où Catherine passa à côté de lui, toujours debout, pour prendre place sur le canapé.
« Assis. » Répéta Peter, d'un ton sans appel. « Et commence depuis le début. »
o o o
Talia, appuyée contre le chambranle de la porte de la chambre de son cadet, regardait Peter s'activer. Cartons et valises s'entassaient ça et là. La pièce était méconnaissable tant elle était en désordre. Il y avait des vêtements partout, sauf dans l'armoire. Des boites de riz, de pâtes ou de conserves étaient perdues au milieu des sweats, des caleçons et des chaussettes. L'Alpha se demandait comment Peter, si méticuleux, si carré, pouvait supporter une telle pagaille.
« Tu ne penses pas que tu devrais faire une pause ? »
Peter s'arrêta net. À moitié sous son lit, il nourrissait le fol espoir d'y retrouver une vieille peluche de quand il était petit et qu'il souhaitait vivement emmener avec lui – un renard offert par Alex et qui avait fait grincer des dents ses parents. Combien de fois son père était-il venu en catastrophe, quand il dormait chez sa sœur, chez ses grands-parents ou chez son oncle, pour lui apporter l'animal ? Indiana était forcément quelque part dans cette chambre. Peter ne comprenait pas pourquoi il n'arrivait pas à mettre le grappin dessus ; ce n'était pas comme s'il y avait des choses dans tous les sens, pourtant.
Suite à la suggestion de son aînée, l'adolescent grogna un petit « non » aussi convaincant que possible.
« Tu t'actives depuis ce matin... arrête-toi un peu. Tu n'es plus efficace, là. »
« Et on est supposé partir demain matin. » Signala Peter. Il manqua envoyer un vieux livre de mathématiques sur Talia qui sut l'éviter de justesse. « Faut que je termine ce soir. Cette nuit. Ce soir c'est mieux, j'ai prévu de dormir, cette nuit. Et voir Cath. Pas en même temps, par contre. J'y arriverai jamaiiiiiis. » La louve vit la position de son frère changer – une partie de son frère, en tout cas. Sur le ventre, les bras écartés, la joue à-même le parquet, il commençait à douter de lui. Encore.
« Arrête de douter. Ça ne te sied pas au teint. »
« Mais j'y arriverai jamais. À Harvard, j'veux dire. Je pige déjà même pas pourquoi j'ai été accepté. Et pourquoi tu acceptes de payer l'inscription qui coûte bonbon et... aide-moi à tout remettre en place. Je vais passer l'exam' pour l'académie et finir flic et bastà. Ou barista. »
L'Alpha leva les yeux au ciel. Les bras croisés sur sa poitrine, elle soupira. Talia était désormais habituée aux doutes incessants de Peter à ce propos. Depuis qu'il avait reçu sa lettre d'admission, il ne passait plus une semaine sans marmonner qu'il n'avait rien à faire là-bas, qu'il ferait mieux de rester s'enterrer à Beacon Hills et d'y vivre misérablement jusqu'à la fin de ses jours. Jours qu'il passerait seul dans un vieil appartement avec ses douze chiens – « vu que je ne peux pas avoir douze chats car les chats nous supportent pas et que je suis pas une vieille à chats » – et que tout le monde finirait par oublier son existence tant et si bien qu'on retrouverait son squelette douze ans après sa mort. Rien que ça, oui.
À force de l'entendre, Talia connaissait sur le bout des doigts le discours et le raisonnement de son frère. Elle ne voulait pas y avoir de nouveau droit. Elle s'approcha du lit de Peter, se baissa, attrapa les chevilles du Bêta avant de tirer pour le faire réapparaître à la lumière du jour.
« Maiiiis... »
« Si tu ne veux plus partir, ne pars plus. Mais ne décide pas de ne plus partir car tu doutes de toi. »
« Tu peux lâcher mes pieds, steuplait ? » Marmonna juste Peter.
« Non. » Sourit Talia. « Je lâcherai tes pieds seulement lorsque tu auras admis être tout à fait capable de réussir. Tu es intelligent, Peter. Tes résultats le prouvent. »
« Ce qui ne veut pas dire pour autant que je réussirai en droit. Si ça s'trouve, c'est pas du tout ma voie et je ferais mieux de devenir jongleur. » Son aînée roula des yeux. « Et si j'arrivais pas à me contrôler tout seul, une fois là-bas ? »
« Tu y arriveras. »
« Ouais mais et si... »
« Et si rien du tout. » Coupa Talia, catégorique. « Tu veux aller à Harvard et tu y as été accepté. Tu iras, point. Si ça ne va pas, tu pourras toujours m'appeler et je t'aiderai à distance. » Elle vit Peter ouvrir la bouche. « Et si vraiment ça ne va pas, tu reviendras. D'accord ? Tu es toujours le bienvenu à la maison, Peter. Mais s'il-te-plaît... cesse de douter autant alors que tu sais ce que tu vaux. »
La joue toujours sur le parquet, ses pieds toujours entre les mains de sa sœur, les lèvres du mordu s'étirèrent.
« Je suis le meilleur. »
« Je préfère ça. »
« Maintenant, lâche mes pieds, misérable mortelle. J'ai un monde à conquérir. »
« N'en fais pas trop non plus, veux-tu. »
o o o
« Depuis combien de temps sais-tu pour moi ? » Quitte à commencer les hostilités, autant le faire bien. Peter ne cherchait pas à connaître les petits détails sans importance sur l'enfance malheureuse de son vis-à-vis, humain parmi les loups. Il s'en moquait comme de l'an quarante.
« Hmm. » sourit Travis. « Toujours ? »
Le loup-garou lui jeta un regard noir. Mauvaise réponse. Ce n'était pas celle attendue, en tout cas – ce qui, dans le langage « Peter Hale » revenait à considérer la réponse comme mauvaise.
« Toujours. » Répéta l'humain.
« Peter. » Catherine intervint. « S'il est le neveu d'Alex et qu'il est humain... »
« Je suis humain. »
Elle leva la main et secoua un peu la tête. La bouche tordue en une drôle de grimace, Catherine conseillait à Travis de se taire et la laisser faire. Quitte à ce qu'ils disent la même chose, à ce qu'ils essaient de faire accepter à Peter la même idée... mieux valait que ce soit Catherine qui s'y colle. Peter se montrerait beaucoup plus réceptif et à l'écoute.
« Je sais. » Siffla Peter. Ces deux-là le prenaient-ils pour une andouille ? Il fallait croire. « Talia n'aura pas pu modifier les souvenirs de tout le monde ; et certainement pas ceux de la meute Ito ; donc ils se souvenaient tous que j'étais humain avant. »
« Pourquoi le demander, alors ? »
« Pour déterminer jusqu'à quel point tu étais décidé à te foutre de ma gueule. » Grogna Peter, griffes sorties, regard bleu surnaturel – nuance parmi tant d'autres – et sourire en coin.
Maintenant qu'il savait Travis au courant de sa nature lycanthrope, il pouvait bien se permettre ce genre de petits écarts, non ? Quel intérêt s'il ne le pouvait pas. La couleur de ses yeux mettait toujours mal à l'aise les autres ; elle rappelait ses méfaits passés sans les dater. L'associé, pourtant, au contraire de son oncle quelques jours plus tôt, resta de marbre. Il haussa même un sourcil avant de ricaner.
« Meute Ito. » Rappela-t-il. Il s'auto-désigna. « Beacon Hills. Tout le monde sait ce que Peter Hale a fait. » Catherine en savait beaucoup sur le sujet mais pas encore tout. Peter n'était pas pressé que cela change. Elle avait bien digéré jusqu'alors, certes, mais le vase pouvait déborder d'un instant à l'autre. Un détail, noyé dans un océan d'autres détails, pouvait la faire se lever et s'écrier que s'en était trop. « Je peux me permettre une toute petite question ? »
« Non. »
« Comment Derek et Stiles en sont-ils venus à décider de vous faire quitter Eichen House ? »
« Ei- » Catherine secoua la tête. « Quoi ? »
La seule raison pour laquelle Peter n'égorgea pas purement et simplement Travis, outre le fait que ça ferait désordre et que les traces de sang risquaient de salir sa moquette, ce fut le regard écarquillé d'horreur de l'humain. Il ne l'avait pas fait exprès. Il avait cru que Catherine connaissait toute l'histoire et on ne pouvait l'en blâmer pour ça... même si ce n'était pas là les habituelles préoccupations de Peter.
Bon sang ! Il avait tué pour moins que ça – ou espéré tuer pour moins que ça.
« Rien. » Répondirent-ils précipitamment. Trop. Beaucoup trop pour ne pas être louches.
Catherine n'insista pas. Elle aurait droit à toutes ses réponses le soir-même, avec Stiles. Connaissant le Stilinski, elle savait qu'il répondrait sans détour et lui dirait tout ce qu'elle voulait savoir, si ce n'était davantage.
« Tu es venu t'annoncer aujourd'hui. Parler d'Alex. De la meute. Pourquoi ? »
« Parce qu'Alex est de retour et... je pensais que vous devriez le savoir. » Admit Travis. Il était mal à l'aise et son regard tourné vers ses mains. Nerveux, il jouait avec ses doigts et se pinçait, de temps en temps, le poignet. « il est parti quand vous avez été mordu et... je pense qu'il pourrait essayer de... de renouer contact. » L'humain se mordillait les lèvres. Il était loin de l'associé si sûr et si fier qui agaçait tant. « Et, vous connaissant, je me suis dit que c'était mieux si vous étiez... prêt. Préparé. Prévenu. Au courant. Je... tout ça. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il vous a abandonné. »
« Y en aura au moins un qui comprend mon point de vue... » Grommela Peter.
Fin du trentième troisième chapitre.
Bon ? Pas bon ? Moyen ? Autre ? Pas assez long ? Trop long ? Manque de description ? Surtout pas plus de description, nom de dieu !? Pas assez de pikapuce ?
Si jamais quelque chose vous échappe ou vous semble aussi clair qu'un poney rose... n'hésitez surtout pas à le dire !
A bientôt pour le chapitre trente-quatre, Alex.
J'ai une page facebook (lien dispo sur mon profil). Dessus ? Un calendrier prévisionnel des chapitres et OS. Des extraits des prochains chapitres (et des OS aussi, nous ne les oublions pas). L'annonce de certaines fics/OS. Des articles avec l'avancée générale de tout ce qui est en cours (ou presque tout). Brefouille ! Le truc bien ? C'est que je ne pourrais pas vous y mordre !
Skayt
