Bon, c'est le dernier chapitre alors je vais me la jouer un peu remise des César !

Merci à tout le monde d'avoir suivi la fic, de m'avoir encouragé avec des favs, des suivis et des commentaires. Ça m'a énormément touché et motivé. Merci à Minorine Kuery pour la correction !

Comme promis n'oubliez pas la surprise, elle se trouve à la toute fin du chapitre. Il s'agit de la soundtrack de The Scenic Route, choisie par l'auteure, hollycomb. J'ai rassemblé les chansons sur une playlist YouTube, mais, bizarrement, le lien renvoie sur Google. Cliquez sur le premier résultat qui apparaît et vous l'aurez sur ma chaîne. Sinon n'hésitez pas à me contacter pour que je vous l'envoie (attention, je ne peux pas répondre aux membres non enregistrés sur le site, sauf si vous me laissez une adresse mail).

Bonne lecture, et j'espère à bientôt pour de nouvelles traductions !


Kyle se réveilla avant que son alarme sonne, le jour de la remise des diplômes. Il avait trop bu la veille et s'était couché très tard pour parler avec Kenny. Il se redressa doucement et regarda Stan, profondément endormi et bien au chaud sous la couette. Kyle posa sa joue entre les omoplates de Stan et regarda les timides rayons de soleil qui commençaient à passer à travers les volets. Il pouvait déjà sentir la chaleur d'une nouvelle journée étouffée par le smog estivale qui avait élu domicile dans le ciel de la ville, prêt à la recouvrir entièrement sous peu. Il avait passé l'année à râler en disant qu'il avait hâte de quitter Los Angeles, mais en vérité plusieurs choses lui manqueront. Ce climat sans saisons, le brouillard vers midi, les avocatiers, le bubble tea. New York aussi a du bubble tea, mais ce ne sera pas le même, celui de la place à côté du Metro dans le quartier coréen avec une vue minable sur les lettres du « Hollywood » géant.

- T'es réveillé ? marmonna Stan d'une voix surprise quand Kyle lui embrassa la nuque, sa méthode secrète pour réveiller Stan les matins de week-end.

- T'as besoin d'une douche, rigola Kyle. T'as un goût de vieux tacos.

Stan grogna, vexé.

- Et toi tu sens le vieux cendrier, répliqua-t-il.

- Kenny a fumé genre trois paquets de clopes hier soir. L'odeur me colle.

- Je croyais qu'il avait arrêté ? Stan tourna sa tête sur l'oreiller pour la poser près de celle de Kyle.

- Oui, mais parfois il oublie quand il se bourre la gueule, dit Kyle. Butters va le tuer. Vous étiez trop mignons hier soir.

- Butters et moi ? Stan le regarda avec de grands yeux.

- Ouais, on est passé et vous étiez tous les deux endormis.

- On ne se câlinait pas, hein ? demanda Stan, inquiet. Kyle rigola.

- Non, malheureusement. Il était sur le canapé et toi sur sofa. Comme si vous étiez les meilleurs potes du monde et que vous vous étiez barrés parce que vous en aviez marre de nous.

Stan poussa un grognement et roula sur le dos en offrant son torse comme coussin. Kyle posa sa joue dessus et se laissa aller, agita son genoux pour voir si Stan avait son érection matinale. En effet il l'avait, et il se tordit un peu pour en profiter quand Kyle le frotta avec son genou.

- De quoi vous avez parlé ? demanda Stan.

- Avec Kenny ? Aucune idée. On était déchiré. Il s'est rappelé de la première fois que j'ai fumé de l'herbe.

- Oh, putain. T'as cru que t'allais crever.

- Ouais, et Kenny trouve toujours ça hilarant. Il a dit que j'aurais dû voir la gueule de Butters la première fois qu'il a plané. Apparemment ils sont allés jusqu'à la plage et Butters a inventé des poèmes sur la beauté du sable.

- Le sable ? Genre ?

- C'était un truc comme – le caractère unique de chaque grain de sable – et tous ensemble forment la plage – j'en sais rien, mais ça l'a fait chialer.

- Ah. Stan fit descendre sa main doucement sur le dos de Kyle jusqu'à ses fesses, qu'il pinça. Je n'arrive pas à croire qu'il va faire le discours à la cérémonie.

- Peut-être qu'il va parler du sable. A vrai dire, Kyle faisait partie du comité qui avait demandé à avoir Leopold Stotch comme représentant pour la remise des diplômes. Butters s'était fait tout seul, self made man, multimillionnaire à vingt-deux ans, enchaînait les interviews et subissait les conséquences du succès de son cooking show qui passait la chaîne télé Food Network et non plus sur leur vieux site internet, celui où on le voyait se faire chevaucher par Kenny. Maintenant Butters cuisinait avec des vêtements sur le dos, mais l'opportunité de pouvoir le googleliser facilement pour voir de quoi il avait l'air sans rien sur les fesses l'avait rendue très célèbre. Ça, et le fait qu'il avait toujours un charme et une candeur inexplicable. Il cuisinait super bien, aussi.

Kyle glissa dans les couvertures et prit Stan dans sa bouche, en faisant de son mieux pour ignorer son début de migraine. Il voulait s'oublier dans le sexe avant de devoir réfléchir à ce qu'il avait à faire aujourd'hui. Ses parents et Ike venaient en avion et arrivaient le matin, il devait les chercher à l'aéroport, vérifier que Stan ait trouvé un endroit où loger ses parents à lui, appeler les traiteurs et dire un mot sur la nourriture pour la fête, regarder si l'appareil photo était rechargé, courir acheter une bouteille en rentrant de la cérémonie –

- Vieux, tu m'écoutes ? demanda Stan en jouant avec une boucle de cheveux de Kyle. Il retira sa tête, à bout de souffle.

- Ouais ?

- Je te demandais si tu voulais faire un soixante-neuf, dit Stan.

- Oh, heu, oui bien sûr. Bonne idée, ça gagnera du temps, pensa-t-il. Kyle oublia sa liste de choses à faire en se mettant en positon, pendant que Stan les écarta les cuisses et commença à l'embrasser en bas doucement avec sa technique d'expert. Kyle n'arriva même plus à le suivre deux minutes plus tard, il se contentait de poser la tête contre la hanche de Stan et de fondre de plaisir.

- Désolé, souffla Kyle quand Stan se leva et à s'allongea sur le dos.

- De quoi ? demanda-t-il.

- De, hum, j'en sais rien, j'ai pas été très actif dans la partie suçage, marmonna Kyle. Sur mon côté du – ahhh, Stan. Mon côté – du – mon côté du soixante – huhh -

- C'est pas grave, rigola Stan en regardant Kyle perdre la tête à cause de ses doigts.

C'était particulièrement bon, comme à chaque fois qu'ils se préparaient à accueillir leurs familles ou à retourner quelques jours à South Park. Ils finissaient toujours par se sentir comme les anciens « eux » en présence de leurs parents, deux lycéens effrayés l'un par l'autre, des gamins qui ne pourraient pas se permettre de faire ce genre de chose chaque jours. Stan se fit possessif et Kyle se cramponna à lui désespéramment en rejetant la tête en arrière pour s'abandonner et laisser Stan lui faire des suçons en le sautant. Décidément, Stan arrivait toujours à se débrouiller pour trouver le moyen de marquer Kyle avant une visite de sa mère, comme s'il voulait lui montrer que Kyle était à lui et rien qu'à lui aujourd'hui. Stan se disputait avec elle parfois, même jusqu'à hausser la voix, c'était affreux mais Kyle trouvait ça excitant à chaque fois qu'il s'énervait, surtout pour le défendre contre sa mère en lui disant des trucs comme On va se calmer maintenant, Sheila. Comme s'ils étaient de vrais adultes.

Il savait que, en effet, ils étaient supposés être des adultes, après tout ils couchaient ensemble à quelques heures de la remise des diplômes, sur un matelas qu'ils avaient choisi et payé à deux. Kyle travaillait à la bibliothèque du campus, section droit, et Stan faisait de la vente à temps partiel. Il avait encore un peu d'argent de côté de ses années football, qui appartenaient au passé après qu'un linebacker de l'équipe des Longhorns du nom d'Houston Horn lui avait méchamment explosé de bras en deux au début de sa Junior Year. Kyle était dans le public quand ça s'était passé. Il était beaucoup trop loin et il y avait beaucoup trop de bruit, pourtant il jurait avoir entendu Stan hurler quand sa peau s'était déchirée. Par une certaine ironie du sort ce fut pendant la période de rééducation qu'ils furent découverts : un employé du centre médical avait posté sur sa page Facebook des photos de Kyle en train d'embrasser Stan. Quelques heures plus tard les photos avaient fait le tour des réseaux sociaux. Kyle avait voulu porter plainte, mais Stan n'y tenait pas, alors que c'était celui des deux qui avait le plus à perdre par la divulgation de ce genre d'image, son visage fatigué par la douleur et la peine parfaitement reconnaissable. Kyle n'était qu'un vague rouquin qui le réconfortait de façon clairement plus qu'amicale, et, de toute évidence, il n'était pas une fille. Il avait été tellement furieux après avoir tout découvert qu'il avait sérieusement envisagé pendant un moment de demander à Kenny son aide pour assassiner le mec qui avait posté les photos, mais Stan s'était montré étrangement calme en apprenant la chose. Il semblait soulagé que ça se sache. Ça, c'est à dire : Je suis gay, ce garçon roux c'est mon copain, et je pense que vous comprenez tous pourquoi je n'en ai pas parlé plus tôt. Il ne participa plus jamais à un match avec l'équipe. Il affirmait que son bras ne fonctionnait plus pareil, et Kyle ne voulait pas le forcer à admettre que c'était parce qu'il avait trop peur de ce qui pouvait l'attendre dans les vestiaires une fois la porte fermée. Il savait que Stan regrettait le foot, il le voyait bien quand ils regardaient des matchs à la télé, mais il semblait aussi heureux de ne plus être la petite vedette du quartier mais juste un mec vaguement reconnaissable, et quand il touchait Kyle en public c'était toujours sans peur, avec une joie adorable, il lui souriait comme s'ils s'étaient échappés de quelque chose de trop angoissant.

Le réveil finit par sonner au moment où Kyle jouit, la surprise mélangée à la jouissance lui fit avoir un orgasme incroyablement puissant, bizarrement. Il se cambra et jura, savait vaguement que Stan y était presque, lui aussi, le rythme de ses coups changea pour quelque chose de plus désespéré et brouillon, même quand il se pencha pour éteindre l'alarme d'une main agacée. Stan tomba à moitié sur Kyle en jouissant, ouvrit sa bouche contre sa joue, haleta à cause de la chaleur humide. Kyle tourna la tête pour l'embrasser. Il restèrent allongés longtemps, endormis, ils avaient besoin de récupérer. Kyle ria quand l'alarme recommença à brailler.

- T'as laissé la touche snooze ? rigola-t-il pendant que Stan l'éteignait pour de bon.

- J'ai pas réfléchi ! répliqua Stan. Il retourna vite vers Kyle et s'avachit près de lui, le poussa pour qu'il reste juste là où il fallait, en lui tenant les hanches. Il faisait trop chaud pour se câliner, alors ils restèrent à se toucher du bout des doigts.

- T'es content de voir tes parents ? demanda Kyle. Stan haussa les épaules.

- Vaguement, dit-il. Tu sais comment mon père va se comporter.

- Il veux voir des peoples.

- Ouais. Il s'imagine que Butters va l'incruster dans les fêtes hypes d'Hollywood.

Kyle renifla, dubitatif.

- Il a oublié qui est Butters ou quoi ?

- Ça fait des années qu'il ne l'a pas vu. Alors il pense qu'Hollywood l'a métamorphosé en gros fêtard drogué, évidemment.

- Oh, bon Dieu. Kyle fit une grimace. Imagine Butters prendre de la coke. Il recouvrira toute sa maison de crème à la vanille.

- Il repeindra les murs à la crème vanille, ajouta Stan en souriant.

- Il se crémera lui-même à la vanille. Et il se frottera dans des vermicelles en chocolat. Beurk. Ça devient malsain.

- Ouais, parce que je suis quasi sûr qu'il l'a déjà fait en vrai dans une de leurs anciennes vidéos, et sans drogue. On se douche pour éviter de puer la bouffe mexicaine et les clopes devant nos parents ?

- Je pourrai dire à ma mère que j'ai commencé à fumer, dit Kyle.

- Quoi quoi quoi ? Pas question vieux, elle va dire que c'est ma faute.

Kyle essaya de convaincre Stan que sa mère ne le détestait pas vraiment en prenant leur douche ensemble. Elle avait enfin fini par comprendre que Stan ne se servait pas de Kyle comme d'un jouet ; apparemment avoir déclaré dans discours public prononcé à la télévision nationale que Kyle était son petit-ami ne l'avait pas tout à fait convaincu, mais l'enthousiasme dont il avait fait preuve pour accepter de déménager avec Kyle à New York afin qu'il puisse faire l'école de droit de Columbia avait agi comme un déclic. Stan disait que c'était bien la moindre des choses, puisque Kyle avait accepté de partir en California pour lui en premier. Ils ne savaient pas trop ce que Stan pourrait bien faire à New York, mais ce n'était pas un problème pour l'instant, parce qu'ils vivraient chez la tante et l'oncle de Kyle, ainsi qu'avec Ike, qui retournait à Columbia faire sa deuxième année de licence.

- J'arrive pas croire que bientôt je partagerai à nouveau une salle de bain avec mon frère, dit Kyle pendant que Stan l'excitait en lui lavant les cheveux et en lui massant le crâne.

- Je pense qu'on va s'amuser, sourit Stan. Ike est génial.

- Ouais, mais t'oublies la baise dans la douche. La baise dans la douche, quoi !

- On ne le fait pas exactement dans la douche, rectifia Stan, parce qu'ils avaient essayé une fois et que ça avait été une énorme galère inconfortable. Je ne pense pas que quelqu'un viendra nous interdire de faire des trucs ensemble, genre se laver.

- C'est quand même sexuel ! Et tu sais comment est Ike, il ne fait attention à rien. Il pourrait rentrer et nous dire de faire une pause le temps qu'il pisse.

- Ouais, mais on n'allait pas dire non à la vie de château.

- Ce n'est pas un château. Je veux dire, c'est vrai, leur maison est plutôt impressionnante, mais ils ne vont pas nous accueillir comme des princes. On va devoir se faire à leurs règles.

- Genre quoi – manger kasher ?

- Non ! Kyle réfléchit un moment. Heu, peut-être, si on mange avec eux, possible. Et t'imagines s'ils veulent que j'aille à la synagogue avec eux ? Putain.

- Je suis allé à la synagogue, dit Stan. Kyle leva les yeux au ciel. Stan avait gardé hébreux comme langue vivante à la fac pendant quatre ans, et il trouvait le judaïsme intéressant, même si Kyle suspectait fortement que c'était surtout parce que c'était lié à Kyle, ce qu'il trouvait adorable. Malgré toutes les disputes avec sa mère, c'était le truc garanti pour l'avoir de son côté. La mère de Kyle lui pardonnait tout dès que Stan commençait à poser des questions sur la religion, elle espérait sûrement qu'il finisse par se convertir.

Une fois séché et habillé, Kyle se mit en mode super productif. Il passa des coups de fils, nota les heures d'atterrissages des avions et les restaurants possibles pour l'après-cérémonie. Ils invitaient leurs familles respectives et quelques amis à la maison pour dîner, il aura besoin de temps pour faire le ménage et préparer un vrai repas, donc il faudra qu'il quitte le brunch vite, peut-être que Stan pourra rester et divertir leurs familles. Il se pinça l'arête du nez, en imaginant à quel point ça pourrait être déprimant.

- Je viens de recevoir un SMS de Wendy, dit Stan depuis le canapé devant la télé en regardant un millième épisode de Deadliest Catch.

- Elle va venir finalement ? demanda Kyle en ne sachant pas trop quelle réponse lui plairait le plus. Il aimait Wendy, elle avait beaucoup aidé Butters à accomplir quelque chose de sa vie, mais il était toujours jaloux d'elle à bien des égards. Il n'était plus jaloux de son histoire d'amour avec Stan - enfin, presque plus – mais il était jaloux de sa réussite professionnelle. Elle avait eu son diplôme à Berkeley l'an dernier, et elle était entrée en école de droit en se spécialisant sur la production artistique. Elle avait déjà managé deux clients à succès, Butters et Jimmy Valmer, qui avait fait le Jimmy Kimmel show deux fois. Apparemment ces deux-là avaient une bonne connexion, peut-être juste à cause de leur prénom. Kyle était sûr que Wendy qui avait parfaitement mené leur barque, elle mettait son caractère impitoyable et sa grande sincérité, les deux au service de ses clients, la rendant vite indispensable.

- Oui, elle s'est libérée, répondit Stan. Tu crois qu'elle donnera la permission à Butters de faire une apparition public sans devoir lui tenir la main comme un môme ? Et devine qui vient avec elle ?

- Oh. Non.

Kyle n'avait pas revu Cartman depuis les dernières vacances. Ils étaient retournés à South Park dans le jet privé que Butters leur avait loué, cadeau de Noël. Cartman s'était montré incroyablement odieux pendant le vol, n'avait pas arrêté de boire et de chanter des cantiques de Noël et de toucher Wendy, ce qui avait rendu Kyle furieux, parce qu'il avait peur que Stan puisse être gêné. Mais Stan avait bu avec Cartman et s'était très vite mis à chanter avec lui, rejoint peu de temps après par Butters et Kenny pendant que Kyle était parti se cacher dans la minuscule cuisine avec Wendy. Elle lui avait raconté des histoires sur la vie absolument passionnante qu'elle menait depuis un an. Kyle avait bien envie de se bourrer la gueule aussi, tout compte fait, mais il finit juste par avoir le mal de l'air, ce qui fait rire Cartman comme jamais. Kyle ne se rappelait même plus du trajet en voiture jusqu'à la maison de ses parents, juste du réveil dans sa chambre d'enfance avec Stan qui lui mettait un gant d'eau froide sur son front en sueur. Il se tapa la grippe jusqu'à la fin des vacances d'hiver, en maudissant Cartman et aussi Wendy, un petit peu. Ces deux là étaient synonyme de grosse poisse pour lui de façon générale.

- Faut que j'aille chercher Ike et mes vieux, dit Kyle après avoir fini son petit-déjeuner : un melon d'eau et une moitié de bagel au fromage frais. Il avait un petit ventre après ces quatre années à picoler avec Stan, ce qui était complètement injuste parce que Stan gardait sans problème sa silhouette d'athlète en faisant juste une série d'abdos avant de dormir. Stan assurait qu'il adorait ses kilos en trop, mais Kyle détestait qu'il dise ça. Il se forçait à boire de la bière light, du Coca Zero et ne mangeait jamais trop de glucide dans la journée.

- Tu veux que je vienne avec toi ? demanda Stan en souriant la tête par dessus le dossier du sofa pour voir Kyle, planté à côté de la porte.

- Non, Stan ! Rappelle-toi que tu dois chercher ta mère à onze heures, et l'avion de ton père se pose à midi. La cérémonie est à quatorze heure – Faut que j'aille prendre mes parents et Ike à leur hôtel, et après que je me fasse couper les cheveux, et on se retrouve à la cérémonie, tu te souviens ?

- Oh, ouais. Stan se frotta les yeux comme s'il était déjà épuisé par tout ce programme et qu'il voulait faire une sieste. D'ac. Cool.

- T'as intérêt à recharger ton téléphone ! prévint Kyle, la main sur la poignée de la porte.

- Il est chargé ! Enfin, je crois. Je vais voir.

- Va voir tout de suite ! dit Kyle d'une voix autoritaire. Il regarda les gros nuages par la fenêtre et grogna. Je dois y aller, il va y avoir pleins d'embouteillages. On n'est pas les seuls à être diplômé, c'est le même jour qu'University of Southern California. Sans déconner tu peux le croire ? Quel planning de merde ! On dirait qu'ils l'ont fait exprès, pour être de parfaits connards !

- Kyle, intervint Stan. Ça va aller. Tout va bien se passer. Il est neuf heures du matin.

- Neuf heures et demie !

- C'est pareil. On a tout le temps. Va cherche ta tribu, et dis-leur que je les embrasse. D'ailleurs – attends.

- Quoi ? demanda Kyle, déjà engagé sur le pas de la porte.

- Viens ici.

- Pourquoi ? Stan, je vais être en retard.

- Embrasse-moi, dit Stan en tendant la main vers lui. Kyle poussa un soupir exaspéré et s'exécuta, marcha jusqu'au dos du canapé et se pencha vers lui pour l'embrasser à l'envers, comme Spiderman. Stan sourit jusqu'aux oreilles, un peu endormi, quand Kyle releva la tête.

- Tu es tellement zen, dit Kyle glissant ses doigts dans les cheveux en bataille de Stan. Comment tu fais ?

- Facile. Je te laisse paniquer à ma place.

- Ah. Ok, enfoiré. Kyle l'embrassa encore et se remit droit. On se voit à la cérémonie.

Le trafic était épouvantable, comme prévu. Il fut très tenté de se prendre un bon gros café bien sucré en passant devant Starbucks, peut-être même deux, mais il ne voulait pas s'enfiler des calories supplémentaire, ni s'exciter encore plus. Il ne savait pas ce qui l'inquiétait le plus : que Butters n'ait aucun soucis en lisant son discours, de voir sa mère, ou de devoir subir Madame Wendy-je réussis tout ce que j'entreprends et Cartman avec son lot de connerie habituelle. En général la simple perspective d'être diplômé le stressait, probablement à cause de l'état dans lequel il était la dernière fois qu'il était monté sur une scène pour recevoir un certificat d'étude. Il fallait qu'il garde bien en tête cette fois ci il pourra rester avec Stan pour toujours.

L'aéroport était bondé, le parking un cauchemar, le temps que Kyle trouve sa famille près de la zone des bagages ceux-ci tiraient une gueule comme s'ils avaient campé là depuis des semaines, de gros sacs entassés à leurs pieds. Sa mère se jeta sur lui pour lui faire un câlin la première, lui dire qu'il avait l'air affamé, même s'il n'avait réussit qu'à perdre deux kilos de sa surcharge pondérale depuis Noël. Son père marmonnait derrière elle pour se plaindre de la qualité des hôtesses et stewards de nos jours. Ike sourit simplement quand Kyle le poussa vers lui pour le prendre dans ses bras, peut-être un peu trop longtemps. C'était beaucoup moins paniquant d'avoir ses parents dans les parages en sachant qu'Ike était là, lui aussi.

- Kyle, tes cheveux, reprocha sa mère en les tirant. Un poil trop longs, tu ne crois pas ?

- Je les fais couper dans une heure, dit Kyle. Heureusement on a le temps de vous installer avant -

- Un coiffeur le jour de la remise des diplômes ? Tu fais les choses un peu juste !

- Oui, 'man, mais j'ai été complètement accaparé cette semaine, j'ai tous ces trucs à faire avant qu'on déménage, et aussi -

- Je ne comprends toujours pas pourquoi vous devez partir aussi tôt, Bobeleï , on est au tout début de l'été, dit sa mère alors qu'ils attrapaient les sacs pour se mettre en route. Ike ne monte pas à New York avant le mois d'août ! Ce serait plus correcte de laisser un peu Tante Laura et Oncle Mel tranquille.

- Maman, je te l'ai dit, mon programme d'étude organise toutes ses machins pour qu'on sociabilise pendant l'été. Il faut absolument que je rencontre des gens si je veux sortir du lot -

- T'as qu'à dire que t'es ami avec Leopold Stotch, dit Ike. Tu sortiras carrément du lot, je peux te le dire.

- Ike ! Non ! s'écria Sheila, horrifée. Kyle, je sais que tu soutiens ton petit camarade, et il mène bien sa barque, ce qui est fabuleux -

- Il pourrait acheter notre vieille ville de campagne paumée sans problème s'il le voulait ! dit Kyle.

- Kyle, surveille ton langage, dit son père.

- Mais il est toujours associé à, hum, certaines choses dégoûtantes.

- Au porno, dit Ike.

- Ike ! Enfin, peu importe, Kyle, je pense que ce serait une très mauvaise idée d'attirer l'attention avec cet ami en particulier -

- J'en avais pas l'intention, Maman, interrompit Kyle, énervé par la façon dont elle parlait de Butters. Butters n'avait pas honte de son passé, et Kyle n'avait jamais eu honte de dire qu'ils étaient amis, même pendant ses années dans le porno. Ike faisait juste une blague, ajouta-t-il.

Ils bavardèrent pendant le voyage en voiture jusqu'à l'hôtel, Kyle à l'avant avec sa mère , Ike derrière avec leur père. Ike était un surdoué mais n'aimait pas trop parler, Kyle aurait aimé qu'il fasse des blagues pour le sauver des discussions qu'il devait endurer : les conseils pour la vidange de la bagnole par sa mère et ceux pour survivre à l'école de droit de son père. Contrairement à la croyance générale, il ne voulait pas faire du droit uniquement pour suivre les pas de papa. Il ne voulait pas être avocat pour la partie civile ou plaider à la cour. Il était surtout intéressé par la médiation, moins stressant et plus rentable, même s'il savait qu'il faudra plusieurs années à travailler dans le droit avant de pouvoir résoudre des litiges pour son compte. La route sera longue, mais il était motivé par cette carrière, il souhaitait de tout son cœur que Stan trouve quelque chose qui le motive lui aussi. Il avait prit Nutrition comme matière major, mais il ne voulait pas poursuivre, et ne savait pas non plus s'il voulait continuer les études supérieurs, passer les concours dans l'enseignement ou trouver un boulot dans une salle de sport. Il semblait content de faire de la vente pour l'instant, et sa paye était plutôt bonne. Son talent de commerciale reposait à quatre-vingt-dix pour cent sur son physique, et bien que Kyle était persuadée qu'il resterait beau jusqu'à la fin de sa vie, il ne voulait pas qu'il en face carrière.

- Alors, où est Stanley ? finit enfin par demander sa mère. Ils roulaient depuis une heure et arrivaient enfin à l'hôtel que Kyle avait réservé pour eux. Il devrait ficher le camp dans moins de trente minutes à cause du coiffeur.

- Stan est allé récupérer sa mère, dit Kyle en jetant un coup d'œil à l'heure sur le plateau de bord. Enfin, normalement.

- Je vois. Son père vient, lui aussi ?

- Oui. Il arrive une heure après. Je crois que Stan va déjeuner avec sa mère à l'aéroport et traîner jusqu'à ce que son père arrive.

- Non, vraiment ? Sharon et Randy s'endentent bien, en ce moment ?

- Je crois, dit Kyle en sentant son estomac se serrer douloureusement à l'idée que Stan doive supporter une dispute entre ses parents. Leur présence le faisait parfois retomber dans ses souffrances d'adolescent, il devenait plus sombre, triste, silencieux.

- Oh, putain, Randy sera là ? dit Ike. Trop bien.

- Pourquoi, il a quoi de trop bien, Randy ? demanda Gerald qui semblait blessé.

- Ce mec sait s'amuser, répondit Ike.

- Ike, tu n'es pas là pour t'amuser ! dit vivement Sheila en se tournant pour le fusiller du regard. Nous sommes ici pour féliciter ton frère d'avoir si bien réussi ses études. Et tu es mineur, jeune homme !

- Roh, Maman, marmonna Ike.

- Quoi ?

- Rien. T'es juste trop – pittoresque.

- Excuse-moi ? Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ?

Sheila pesta contre Ike jusqu'à la fin du trajet, qui heureusement était court. Kyle réussit à quitter l'hôtel juste après avoir aidé sa famille avec leurs bagages. Le coiffeur était une assez bonne excuse pour sa mère. C'était globalement pour ça qu'il l'avait prévu à cette heure-ci. Il sortit son téléphone et regarda ses messages. Il y en avait un de Kenny, mais rien de Stan. Kyle ouvrit celui de Kenny et le lut, arrêté au feu rouge :

j'ai trop fumé hier soir putain whao bc a prit cher

« BC » était le diminutif de Buttercup, petit nom que Kenny utilisait pour Butters quand il voulait être romantique ou pour se faire pardonner de quelque chose. Le feu passa au vert avant que Kyle puisse répondre, de toute façon il n'avait pas grand chose à dire. Il n'avait aucune idée de ce que Kenny avait fumé hier soir, même s'il savait que c'était « beaucoup », et il ne savait pas quoi dire à Kenny en général quand il voulait prendre soin de Butters. Kyle comprenait que Butters veuille s'amuser, et il faisait la morale à Kenny quand il fumait, jusqu'à ce que lui-même soit trop bourré pour en avoir quelque chose à foutre. Ils étaient restés debout toute la nuit, les manches de leurs pantalons relevés et les pieds dans l'eau de la piscine, Kyle était pratiquement sûr qu'ils s'étaient faits des délires romantiques à propos de Stan et Butters à un moment, avec d'élégants baragouinages en prose du genre : non mais sérieux, vieux, je l'aime tellement, tellement fort, t'as pas idée. Quelque chose comme ça.

Il arriva chez le coiffeur cinq minutes en retard, et se le fit reprocher jusqu'à que Kyle doive expliquer que ses parents étaient en ville pour la remise des diplômes. Caesar se rependit en excuses en entendant ça et lui offrit gentiment un verre de vin. Kyle déclina, reconsidéra la proposition, puis accepta finalement.

- Ça va avec ta maman, pour toi et ton chéri ? demanda Caesar tout à son ouvrage.

- Ouais, ça peut aller, dit Kyle. Elle connaît Stan depuis qu'on a quatre ans.

- Mais elle accepte que tu lui tripotes les noisette et tout ?

- Je crois, dit Kyle en rougissant. Il détestait ce salon, mais ne pouvait laisser ses cheveux entre les mains de personne d'autre. Il but un peu plus de vin, manqua de recracher en se rendant compte que quelques cheveux venaient de tomber dans le verre.

- Tu es toujours ami avec Mister petit popotin des tutos de cuisine ? demanda Caesar. Il était très jaloux de Butters, comme pleins d'autres gay de L.A. persuadés de mériter leur propre reality show.

- Oui, on est toujours ami, dit Kyle. J'étais chez lui hier soir.

- Uh-huh. C'est une espèce de grosse baraque kitshouille dans les collines ?

Kyle réfléchit un instant. Oui, admit-il. C'était exactement la maison de Kenny et Butters. Elle avait sept chambres, Kyle était certain que Butters voulait toutes les remplir de petits bébés. Kenny avait promis qu'ils réfléchiraient à l'adoptions pour leurs trente ans. Il devenait un peu vert quand Butters rêvait à voix haute à changer un jour la chambre d'ami de l'aile ouest pour faire une salle de jeux thématisée girafe.

- C'est comme ça que ça marche dans cette ville, soupira Caesar en secouant la tête. Tu deviens célèbre pour t'être fait baiser.

Kyle voulait défendre Butters, mais il avait peur que Caesar ne se venge avec un coup de ciseaux vexé. Il grogna et but son vin parfumé aux cheveux. La stratégie marcha : quand Caesar en eu finit avec lui il avait les cheveux tout doux et défrisé, ils tombaient en boucles souples. Plus de choucroute folle dans tous les sens.

- Qui va me coiffer aussi bien quand je serai à New York ? se lamenta Kyle en donnant un pourboire à Caesar.

- Quelqu'un qui te fera payer deux fois plus cher pour un résultat nettement moins bon, dit Caesar. Il embrassa Kyle sur les deux joues. Tu devras prendre l'avion pour te faire coiffer à L.A., d'accord ?

- D'accord, acquiesça Kyle. Je demanderai à Butters de payer les billets.

- S'il t'aime il le fera.

Kyle le remercia et partit, en ne sachant pas trop si Caesar se rendait compte que Butters n'était le surnom de Stan mais bien le fameux popotin célèbre. Butters se faisait appeler Leopold pour sa vie professionnelle, apparemment ça faisait partie de son charme. Certains fans hardcore connaissaient son surnom parce que – d'après ce qu'on lui avait dit – c'est comme ça que Kenny l'appelait dans leurs vidéos. Leopold ne lui venait pas naturelle en bouche pendant l'amour. D'après ce qu'on lui avait dit.

Kyle était un peu chancelant en quittant le salon, alors qu'il n'avait bu qu'un pauvre verre de vin. Il alla au Starbucks et prit un Caffè Latte glacé en regardant ses SMS. Il en avait un de sa mère qui demandait qui viendra les chercher pour aller à la cérémonie, comme si elle s'attendait à ce que Kyle envoie Kenny ou on ne sait qui. Il lui répondit qu'il serait là dans peu de temps, sentit la bonne odeur de son café, et sourit en voyant un message de Stan en bas de la liste, sous une tonne de textos de sa mère.

mes parents sont là, tous les 2. mon père me fait chier. ma mère c teinte en blonde ! viens me sauver ou réconforte moi pitié

Kyle embrassa l'écran de son portable, comme un idiot. Il tapa quelque mots de soutien à Stan :

Quand ils seront tous bien installés dans leurs chambres d'hôtel ce soir, je te donnerai un cadeau de remise des diplômes, rien que pour toi.

La réponse de Stan ne se fit pas attendre :

ha ouais?

Oui, écrivit Kyle. Et je suis canon avec ma coiffure.

tarlouze :)

Dis le blaireau qui utilise encore des smiley à son age. Et qui couche avec moi.

touché

Kyle arriva de très bonne humeur à l'hôtel de ses parents, un banal Holiday Inn. Il avait proposé de les faire dormir dans un endroit plus classe, mais ils ne voulaient qu'il dépense son argent pour eux. Kyle préférait claquer son fric que les entendre râler contre la poussière et l'eau pas assez chaude, mais il avait l'habitude de supporter leurs remarques et cette visite ne durera pas bien longtemps. Ses parents partaient demain soir, ils devaient rentrer pour reprendre le travail. Kyle les aimait, mais surtout à petites doses.

Le reste de l'après-midi passa très vite, Kyle était en permanence au téléphone : avec le traiteur qu'il avait engagé pour la petite fête chez lui, ou avec Butters qui lui disait qu'il en avait marre que Kenny et Wendy se disputent pour savoir ce qu'il devait mettre comme vêtements pour le discours.

- Donne-moi ça, dit quelqu'un en coupant Butters au milieu d'une prise de tête pour savoir si oui ou non il devait retenir ses cheveux avec des barrettes pendant son grand moment devant le public d'UCLA. Il les mettait toujours quand il faisait le show, sans oublier les tabliers à froufrou. Il avait une tenue plus conventionnelle aujourd'hui, mais il ne voulait pas lâcher ses petits accessoires.

- T'es là Kyle ? beugla Cartman au téléphone. Kyle éloigna le portable de son oreille, roula les yeux.

- Oui, dit-il, à contrecœur. Qu'est-ce que tu veux ?

- Il paraît que tu fais l'after, ce soir, dit Cartman. Je me demandais – t'as prévu un open bar, ou juste de la grosse merde de bobo genre vin rouge et bière du terroir ?

- Il y aura du vin, de la bière et un peu d'autre alcool, grinça Kyle entre ses dents, prêt à s'entendre traiter de sale radin. Et le vin n'est pas une marque de merde.

- Certainement, Kyle, certainement. Wendy et moi revenons de notre spring break dans le sud de la France, alors tu m'excuseras si mes standards sont un peu plus élevés que les tiens.

- T'es allé en France, toi ?

- Ouais, et c'était vraiment à chier ! Mais les désirs de ma belle sont des ordres. Le vin était plutôt bon, on va dire, mais là où je voulais en venir c'est : combien de bouteilles je dois m'enfiler avant ta fête ? Juste une, ou cinquante ?

- Ne ramène pas ta gueule si t'es déchiré, dit Kyle sèchement. Notre bail prend fin dans trois semaines, alors si tu niques la moquette en vomissant dessus -

- Excuse-moi, mais si je me souviens bien c'est toi l'expert du vomis, monsieur la petite fleur trop sensible pour garder ses verres dans le bide. J'ai une résistance incroyable.

- Mais bien sûr – lâche-moi, Cartman, tu peux me passer Wendy ?

- Wendy est en pleine embrouille à cause des machins que Butters veut se mettre dans les cheveux, puis-je prendre un message ?

- Ouais, voilà le message : « Ne laisse pas ton gros lourdaud de fiancé dégueuler son ma putain de moquette, sinon c'est toi qui payeras la note. » Maintenant repasse-moi Butters.

- Je te hais, Kyle, dit Cartman d'une voix joyeuse. Kyle était certain qu'il avait déjà pris quelques bières au déjeuner.

- Kyle ? appela Butters.

- Ouais, je suis là.

- Qu'est-ce que tu en penses ? Wendy trouve que ça ne fait pas professionnel, mais je mets ces barrettes pendant mon spectacle, et mon spectacle est très professionnel !

- Butters, habille-toi comme tu veux. C'est le cœur de ton discours. C'est pour ça que je t'ai choisi. Tu es qui tu es, et tu ne devrais jamais laisser personne te dicter tes choix.

- C'est vrai ! Pas même ma manager !

- Pas même elle, approuva Kyle, même s'il savait que Butters pourrait bien perdre son boulot s'il tenait tête à Wendy concernant un truc qui pourrait nuire à son image.

- C'était qui, Kyle ? demanda sa mère quand il raccrocha. Ils se reposaient dans la chambre d'hôtel. Sheila repassait le smoking féminin qu'elle portera pour la cérémonie, Gérald répondait à ses mails sur son téléphone, et Ike regardait la télévision, la télécommande posée sur le ventre.

- Butters, dit Kyle. Et Cartman.

- Eric Cartman ? Oy, ne me dit qu'il était à UCLA, lui aussi ?

- Non, il était à Berkeley, dit Kyle. Il s'affala à côté de Ike sur le lit pour regarder la télé. Ike avait mis un dessin-animé, celui avec deux frères qui ne ressemblent pas du tout. Kyle ne se rappelait plus du titre, mais c'était vraiment mignon, et Ike trouvait que les deux personnages leur ressemblaient. L'un était petit avec des cheveux roux, l'autre un étranger, stoïque mais gentil.

- Berkeley ! Elle arrêta de repasser, se tourna vers lui. Eric Cartman, à Berkeley ? C'est – surprenant.

- Ouais, bah, sa copine y allait, expliqua Kyle. Ou je devrais dire sa fiancée. Bon Dieu. C'est à cause d'elle qu'il vient pour la cérémonie. Elle est la manager de Butters, alors elle fait du baby-sitting jusqu'à ce qu'il monte sur scène.

- Oh mais oui, la fille des Testaburger ! Il paraît qu'elle n'a pas froid aux yeux.

- Quand on écoute son père on a l'impression qu'elle est la nouvelle Scott Boras, grogna Gerald, en regardant son téléphone d'un air boudeur. Tout ça parce qu'elle gère la popularité de ses petits camarades de l'école primaire qui se sont faits remarquer. Ne fais jamais confiance à un avocat qui travaille dans le divertissement, Kyle ! Ce sont des escrocs de première.

- Ok, Papa, dit Kyle. Il échangea un regard avec Ike, qui fit un grand sourire.

- A ce propos, frérot, dit Ike. Tu savais que je voulais devenir avocat de stars ?

- Ike ! Sheila posa le fer à repasser et mit la main sur son cœur, en le regardant bouche bée.

- Très drôle, fils, ironisa Gerald. J'espère que tu te rends compte que la seule bonne option pour un étudiant en droit est de travailler sur la fraude à la loi ?

- Mais je veux défendre les rappeurs célèbres ! dit Ike.

- Oh, arrête avec tes histoires ! gronda Sheila en agitant la main dans la direction de Ike. Eric Cartman fait du droit, lui aussi ? demanda-t-elle, l'air inquiet à l'idée.

- Non, il a pris psychiatrie en major. Il dit qu'en étant au cœur du système il prouvera que c'est une science complètement bidon, ou une connerie comme ça.

- Du Eric tout craché, dit Gerald.

Ils étaient tous prêts à partir environ quinze minutes plus tard. Kyle les prévint du trafic de folie qui les attendait et ça mère lui demanda, choquée, comment diable il avait réussi à vivre dans une ville pareille pendant presque quatre ans. Kyle avait sa toge et son chapeau dans le coffre, il s'inquiéta pour Stan en descendant dans le hall, il espérait qu'il ne les avait pas oublié. Il lui envoya un message de rappel.

T'as tout l'attirail, vieux ?

Stan répondit après que Kyle ait attaché sa ceinture à la place du conducteur, avec Ike à sa droite. Il se mordit la joue en lisant le message.

oui mon cœur j'ai pris mon trousseau

- Quoi ? dit Ike en voyant Kyle rougir quand il posa son téléphone. Stan t'envoie des messages cochons ?

- Ike ! cria Sheila.

- Non, marmonna Kyle en bousculant son frère. C'est juste – ah.

- Quoi ? répéta Ike. Il pinça Kyle dans le cou, le fit grimacer. Dis-nous.

- Il m'a appelé « mon cœur » ! avoua Kyle. Ses joues devinrent carrément cramoisies à cause du silence qui suivit, et il redonna à Ike un coup de poing quand il éclata de rire sans aucune classe.

- Ça devient vraiment sérieux, vous deux, hein ? dit Sheila.

- Ça fait longtemps que c'est sérieux, Maman, dit Kyle. J'ai changé d'Etat pour lui. On vit ensemble.

- Et il a payé pour ton école, grogna Gerald sans arriver à cacher sa voix amère, comme toujours. Stan avait payé pour Kyle, les deux premiers semestres. Il avait ensuite réussi à prendre un prêt auprès de la seule personne qui acceptait enfin de lui faire crédit : Butters. Il lui prêta l'argent sans dire un mot sur le remboursement, Kyle le fera « quand tu en auras les moyens, ne t'inquiète pas, rien ne presse ». Kyle pourra payer son école de droit par ses propres moyens, ses frais d'inscriptions avaient été remboursés grâce à sa bourse pour avoir donné des cours de droits civiques aux premières années, mais c'était vraiment rassurant de savoir qu'il avait Butters à ses côtés s'il avait besoin d'argent.

- Oui et bien, encore heureux, vu que Laura et Mel le laissent venir dans leur maison, dit Sheila.

- Ils l'ont rencontré et ils l'adorent, dit Kyle d'une voix ferme. Ils lui font confiance et savent qu'il veut mon bonheur. Je pensais que toi aussi t'aurais compris au bout de quatre ans.

- Trois ans et demi, et je sais que Stan est un bon garçon ! C'est juste que, comment dire, Kyle, ce sera un gros changement pour lui, il va découvrir ton monde.

- New York n'est pas du tout mon monde, fit remarquer Kyle.

- Elle veut dire qu'il va découvrir le monde des juifs, ricana Ike.

- Ike ! dit sèchement Sheila. Ne soit pas impertinent !

- Ta mère se fait juste du soucis pour Stan parce qu'il va devoir s'adapter, intervint Gerald avec une voix si doucereuse qu'elle énervait Kyle encore plus. C'est dur de trouver un métier de nos jours -

- Ça ira pour lui, dit Kyle. Tout le monde l'aime bien. C'est le genre de personne qu'on aime engager.

- A Los Angeles, peut-être, dit Sheila d'un ton sarcastique.

- Ne l'embêtez pas avec ça, d'accord ? grommela Kyle. Il a travaillé comme un malade pour qu'on soit diplômé la même année lui et moi. Il a dû prendre des cours de maths très difficiles pour sa major.

- Tu veux dire sa matière major, Nutrition ? dit Ike avec sa voix de petit génie prétentieux snobinard.

- Oui ! C'est – scientifique, pigé ? Il a une licence en science, et on fait des maths en science. Aider Stan pour ses cours de maths avaient été une des choses les plus compliquées que Kyle ait dû faire pendant sa vie à l'université, mais ils en étaient arrivés à bout, et Kyle se demandait si Stan se rappelait qu'il lui avait promis quelque chose s'il arrivait à se faire diplômer à temps. C'était un accord qu'ils avait fait il y a plusieurs années, Kyle espérait n'être pas le seul super excité à l'idée, mais Stan avait probablement plaisanté quand il en avait parlé. Kyle y avait énormément réfléchi ces derniers mois.

- Je dis ça juste parce que je ne veux pas qu'il finisse comme un fainéant à traîner dans la maison de Laura et Mel pendant que toi tu étudies ! lâcha Sheila après quelques minutes de silence pesant. Je serai morte de honte.

- Pourquoi t'aurais honte ? répliqua Kyle. Il tendit le cou pour jeter un regard noir à sa mère dans le rétroviseur. C'est mon copain. C'est moi qui serait mal à l'aise. Et ça n'arrivera pas.

- Je ne sais pas, Kyle, dit Gerald qui suivait ce que disait sa femme, comme d'habitude. Peut-être pense-t-il que nous devons lui être redevables depuis qu'il a payé tes études.

Les parents de Kyle croyaient que Stan n'avait pas financé que les deux premiers semestres mais toute sa licence à UCLA. Ils auraient été littéralement horrifiés en sachant c'était l'argent de l'industrie du porno qui avait réglé l'addition.

- Fichez-lui la paix, dit Ike avant que Kyle explose. Stan ne veut pas se la couler douce comme un profiteur. Tout ce qu'il veut c'est être avec Kyle. C'est le but depuis le début, pas vrai ? Il donna à Kyle un coup de coude dans la hanche.

- Bien sûr, dit Kyle en serrant le volant un peu trop fort. C'est pas comme si on m'écoutait quand je me tue à le dire.

- Moi je t'écoute, dit Ike.

- Oui. Merci.

- On veut ton bonheur, Bobeleï, c'est tout, dit Sheila. Tu sais qu'on adore Stanley, et vous êtes si mignons tous les deux, mais il a grandit dans une famille dysfonctionnelle -

- Ça alors, on est arrivé ! lança Kyle assez fort pour créer un nouveau malaise en arrivant enfin au stade. Wow, mon dernier jour à la fac, on y est ! C'est peut-être l'occasion pour qu'on me lâche un peu les baskets, disons, une heure ?

- Ça m'a l'air honnête, dit Ike.

- Kyle, calme-toi, dit Gerald. Sheila poussa un soupir agacé et croisa ses bras sur sa veste de smoking.

Kyle était ravi d'être parti un peu tard, parfaite excuse pour s'éclipser rapidement après s'être garé. Il attrapa sa tenue et couru jusqu'au stade, suivit les instructions que lui donnaient les organisateur, le répartissement par ordre alphabétique. Kyle ignora la section où il aurait normalement dû s'asseoir et alla vers les nom de M à P, enfila sa toge en la cherchant. Il n'avait pas encore mis son mortier sur sa tête car il voulait que Stan voit sa coiffure avant qu'elle se fasse écraser par le chapeau.

Il mit beaucoup plus de temps que prévu pour trouver Stan, qui ne répondait pas à ses SMS et avait probablement laissé son téléphone dans la voiture, ou même, putain de merde, pas ça : oublié sur une table de restauration de l'aéroport. Kyle le repéra enfin, il avait enfilé sa toge et son chapeau et parlait à une fille avec une coupe affro qui devait faire la moitié de sa taille. Kyle piqua un sprint, Stan arrêta de parler à la seconde où il le vit.

- Hé, dit Stan en le prenant dans ses bras pour le serrer un peu, protecteur. Tout va bien ?

- Mes parents, dit simplement Kyle.

- Oh, ouais. J'en étais sûr. Hé, tes cheveux. Stan les caressa. T'es allé chez ce mec qui déteste Butters, pas vrai ?

- C'est pas qu'il le déteste. Kyle recula et passa la main dans ses cheveux, adorant leur douceur, ça lui arrivait si rarement. D'ici peu ils seront emmêlés et pleins de sueur sous son mortier. Il est juste jaloux que les autres réussissent mieux que lui, expliqua-t-il. Je peux le comprendre. Putain, t'es trop beau. Il jeta un coup d'œil à la fille qui parlait avec Stan il y a une minute, pour voir si elle comptait s'immiscer dans leur conversation. Elle en avait bien envie, on dirait, avec ses yeux curieux.

- Je suis ravie de te rencontrer enfin, toi aussi, dit-elle en lui tendant la main. Tu es Kyle Breslinski, n'est-ce pas ?

- Broflovski, rectifia Stan avant Kyle. Oui, c'est bien lui.

- Vous êtes si courageux, les garçons, dit-elle en serrant la main de Kyle.

- Merci, dit Kyle, mal à l'aise.

- Tu ferais bien d'aller dans ta rangée, prévint Stan en s'adressant à Kyle. Ça va commencer. Attends, donne-moi ça. Il prit le chapeau de Kyle et le posa précautionneusement sur sa tête, arrangea le pompon pour qu'il tombe bien.

- Cartman va vomir sur la moquette, dit Kyle qui avait mal au ventre tellement il s'inquiétait. Il pensa à Stan quand ils seront à New York, à la surprise probablement idiote qu'il lui réservait pour ce soir, à Butters et ses barrettes, tout ce qui pouvait aller mal dans tous les domaines possible et inimaginable.

- Si Cartman vomit sur quoi que ce soit je lui botte le cul, dit Stan. Il embrassa Kyle entre les yeux, souleva un peu son chapeau avec son front pour y arriver. Ça fera un bon souvenir, non ?

- Mouais, répondit Kyle. Il attrapa le bord du chapeau de Stan, eu envie de le prendre en photo. Il pourra le faire plus tard, mais il avait peur que la journée passe sans pouvoir en garder le moindre souvenir.

- T'es sûr que ça va ? demanda Stan en tournant le dos à la fille aux yeux admiratif assise derrière lui pour regarder Kyle dans les yeux, bloquant au passage Kyle du champ de vision de la jeune femme.

- J'en sais rien, dit Kyle. Oui – non. Je n'arrête pas de penser à la remise des diplômes au lycée. J'ai d'horribles flashbacks.

- Je me souviens comme il faisait chaud, dit Stan. Il se pencha sur son oreille, pour que lui seul entende. Tu étais tout transpirant.

- Arrête, murmura Kyle, mais il souriait. Il embrassa Stan sur la joue. De plus en plus de gens les fixaient. Stan était encore assez connu pour qu'on se tourne vers lui l'air de se demander où ils avaient déjà vu cette tête auparavant. Va te faire diplômer, dit Kyle en poussant Stan dans sa rangée.

- On se retrouve à l'entrée après, Ok ? dit Stan. Kyle hocha la tête, parti plus loin. Il avait l'impression qu'il se réveillerait d'un beau rêve en quittant Stan, mais il le fit quand même, enfonça bien son chapeau tout en courant rejoindre les autre B.

Kyle était dans sa ligne, entre deux personnes qu'il n'avait jamais vu avant, l'anonymat de cette masse attendant le grand moment lui fit penser à South Park, encore. Cette ville était toujours dans sa chair après tout ce temps, dans les amis qu'il avait eu la chance de garder, les histoires qu'il ne pouvait s'empêcher de ressasser, et dans Stan. Absolument tout ce qu'il avait aimé dans cette ville vivait en Stan : les après-midis à nager au Stark's Pond quand il n'était pas gelé, avec juste un fou de la nature comme Stan et son fidèle copain Kyle pour oser plonger dans l'eau glacée, ses fesses endolories à force de rester assis dans les gradins le vendredi soir pour les matchs de football, les longues marches après l'école jusqu'à la maison au fil des saisons, l'air et le vent, toujours différents, jamais les même odeurs. Stan le faisait toujours remarquer. C'était un expert du vent à South Park, généralement il décrivait les parfums selon les vacances les plus proches : l'odeur Halloween, de Noël, du 4 Juillet. Kyle l'écoutait en réfléchissant et approuvait, pensait à chaque vacances selon ce qu'ils pourraient faire ensemble. La Saint Valentin était le seul jour qu'il redoutait. A présent ils avaient pour tradition de rester chez eux pour boire du champagne en regardant du basket-ball. Cette année, Stan avait offert à Kyle une rappe à fromage pour cadeau de la Saint Valentin, parce qu'il se plaignait toujours que c'était chiant de laver la vieille rappe bon marché qu'ils utilisaient depuis trois ans. Stan avait attaché un petit nœud rouge autour et l'avait posé sur le plan de travail pour que Kyle la trouve en allant faire le dîner.

Kyle pensait à sa rappe à fromage chérie en regardant Butters monter sur scène sous les applaudissement et les cris de joie. Les étudiants étaient amusés et enthousiasmés par le choix surprenant du comité, mais les rires du public rendaient Kyle encore plus nerveux. Butters avait l'air inquiet, lui aussi, ses mains tapotaient le podium et il souriait à la foule. Deux barrettes bleus à paillettes retenaient un mèche de cheveux blond.

- Bonjour tout le monde ! dit Butters, et la foule rigola, parce qu'il commençait généralement son émission de cuisine en disant ça. Kyle savait qu'il se retenait pour ne pas frotter ses poings l'un contre l'autre, son tic était devenu célèbre parce qu'il l'avait fait pendant son interview à la NBC News, pour Dateline. Kyle ne l'avait pas vu, mais apparemment Butters avait parlé des abus qu'il avait subi de différents membres de sa famille, avait raconté que Kenny l'avait sauvé et que l'expérience du porno l'avait rendu libre et prisonnier en même temps. Stan l'avait vu et était sorti de la chambre avec les yeux rouges. Il avait demandé à Kyle de ne jamais regarder cette interview. Kenny avait passé le mois qui suivit la diffusion de l'interview à se bourrer la gueule tous les soir ; c'était le seul sujet tabou entre lui et Kyle, ils n'en avaient jamais parlé.

- Quelques bons copains m'ont demandé de venir aujourd'hui vous donner des petits conseils pour réussir dans une économie pas au top, dit Butters. J'ai eu beaucoup de chance ces dernières années, mais je ne pense pas que mon expérience personnelle sera très utile à prendre comme exemple pour la plupart d'entre vous, quand on voit le chemin pas très conventionnel que j'ai emprunté.

Il y eu quelques rires, mais plus calmes. Kyle voulait revenir en arrière en s'empêcher de demander à Butters de faire ce discours. C'était trop dur de le voir se faire juger à la merci de cette marée humaine de jeunes diplômés inconnus. Aucun d'eux ne l'avait connu quand il vivait à South Park comme le bouc émissaire de tout le monde. Personne ici ne l'avait aidé à sortir de ce trou dans son jardin, y compris Kyle et Stan.

- Je ne suis pas non plus bon conseiller financier, reprit Butters. J'ai eu la chance d'être l'aider de mes amis, et je crois que c'est ce dont je veux parler aujourd'hui. On peut rapidement paniquer et se demander comment s'en sortir quand on voit ce qui se passe dans le monde. C'était mon cas quand j'ai quitté la maison. Mais ce qui n'a pas changé depuis la crise économique, c'est qu'il y a toujours autant de gens bienveillants. On peut perdre des choses matériels, mais nous restons debout, n'est-ce pas ? Tant que nous y croyons, rien de trop grave n'arrivera. J'aurai été perdu sans mes amis à la fin du lycée, et sans eux je n'aurais jamais eu le courage de faire quoi que ce soit. Et même avec leur soutien, avoir confiance et croire en son prochain était toujours effrayant. Et s'ils me laissaient tomber ? Et si je les laissais tomber ? Je vais vous dire, parfois c'est beaucoup plus facile d'aider les autre que d'accepter qu'on nous tende la main, mais c'est ce que beaucoup d'entre vous devra accepter.

Kyle se demanda si Wendy approuvait ce discours. C'était presque hautain, surtout venant d'un millionnaire plus jeune que la plupart des jeunes femmes et hommes ici présent. Butters fit une pause et prit une grande inspiration.

- Il y a quatre ans j'étais assis dans un stade juste comme celui-ci, dit Butters. Je me préparais à recevoir mon diplôme. J'aurais dû être impatient et excité. J'étais juste mort de peur et triste comme la pluie. Je n'avais pas d'argent à moi, je me sentais condamné à devoir faire quelque chose dont je ne n'avais pas du tout envie, uniquement pour espérer gagner un peu d'argent un jour. Mais ce n'était pas pour ça que j'avais peur, et ce n'était pas pour ça que j'étais triste. Je ne pensais qu'à une chose. Ce que sera ma vie quand j'aurai perdu tous mes amis. Peut-être que j'aurais pu m'en sortir et réussir à l'université, mais ce n'était pas ce que je voulais. La réussite aurait été une jolie tombe sans ceux que j'aime. Je sais que vous n'avez pas besoin de moi pour vous faire la morale en vous disant de chérir ceux que vous aimez, mais je crois que ce que je veux vous dire c'est que vous ne devez pas avoir peur de compter sur eux si vous en avez besoin, ni de les laisser compter sur vous. Prenez soin d'eux chaque seconde, car, après tout, ils et elles sont la seule raison qui nous poussent à devenir riche et célèbre, non ? Afin de prendre soin de ceux que l'on aime.

Kyle avait l'impression que Butters s'adressait directement à lui, et il se rappelait avoir déjà eu la même sensation à la fin du lycée, pendant le discours de Wendy. Il lui avait demandé si cette petite phrase qu'elle avait prononcé lui était destinée, il y a quatre ans : Dites à vos proches que vous les aimez avant qu'il ne soit trop tard. Elle avait ri et lui avait expliqué qu'elle l'avait écrit en pensant à Stan, mais à cause de Kyle, alors elle l'avait regardé inconsciemment en la prononçant.

- Une amie très intelligente a dit un jour que la société nous apprenait à croire en nous-même, mais que nous devions également croire et avoir confiance en nos amis, dit Butters, d'un ton plus sûr de lui, détendu, les mains posées sur le podium. J'irais même un peu plus loin. On nous a souvent dit qu'à notre age nous sommes censé bien nous connaître et savoir ce que nous volons faire de notre vie. Mais l'avenir se fera d'une manière ou d'une autre, et parfois le plus difficile est de partager nos rêves et ce que nous avons à offrir auprès de ceux que l'on aime. Je me suis caché pendant des années, et quand finalement j'ai lâché prise, bon sang, ça allait mieux ! Il fit un grand sourire, pour que la foule comprenne qu'elle pouvait rire que ce n'était pas dramatique.

- Si je peux faire une métaphore quelques secondes, reprit Butters en redevenant sérieux, c'est que vous n'avez pas besoin de vous déshabiller sur internet pour vous libérer de ce qui vous pèse sur le dos, mais on prend parfois des chemins de traverse, et si vous devez vous mettre à nu pour atteindre votre but, et bien, ce n'est pas grave. Vous essayerez des choses très différentes, et ce n'est pas grave de vous casser la figure sur la route. Gardez votre sens de l'humour, gardez vos ami près de vous, gardez vos vêtements si vous voulez, mais surtout n'ayez pas peur. En grandissant, on n'a pas arrêté de me répéter que le monde extérieur voulait profiter de moi, qu'il fallait que je me protége, et ce n'est pas toujours un mauvais conseil pour un jeune enfant, mais vous savez quoi ? Le monde peut aussi être bon et compréhensif, et si ça peut arriver à un fugueur sans-abri qui a survécu à un camp de redressement homophobe et qui voulait juste gagner sa vie honnêtement en cuisinant quelques bon sang de bonsoir de cupcakes, alors ça peut vous arriver à vous aussi, les amis.

Kyle n'était pas sûr que Butters était à la fin de son discours, mais le stade applaudit avec un tel enthousiasme qu'il s'arrêta là. Le garçon recouvert de piercing à coté de Kyle était même en train d'essuyer les larmes qui coulaient sur ses joues, en participant à la liesse collective. Butters sourit et fit un signe d'au revoir avec les deux mains, ses barrettes brillaient sous soleil, c'était bien la fin, car il descendit du podium. Kyle applaudit comme tout le monde, en se rendant parfaitement compte que le comité s'insurgera contre la métaphore concernant la nudité sur internet, mais qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire si certain le prenait au premier degré ? Ce n'était plus son problème, du passé, il fallait avancer.

La distribution des diplômes dura une éternité et fit presque regretter à Kyle d'avoir participé à la cérémonie. Il était épuisé quand elle se termina enfin, il ne savait pas comment ils avaient pu croire qu'ils auraient le courage d'organiser un brunch après un truc comme ça. Il sera seize heures le temps d'arriver dans le restaurant où il avait retardé sa réservation par SMS, deux fois ; ils y seront pour l'happy hour. Il trouva Stan au point de rendez-vous comme prévu, à côté de sa maman. En effet, elle avait les cheveux très blonds.

- Kyle ! s'exclama Sharon en le voyant. Il se fraya un chemin parmi les étudiants et la prit dans ses bras, en regardant Stan d'un air complice par dessus son épaule quand ses cheveux platines lui chatouillèrent la joue. Stan fit un signe de la main amusé et haussa les épaules.

- Je suis trop content de vous voir, dit Kyle à Sharon en reculant, et c'était vrai. Sharon était pour Stan le calme et la sécurité qui le sauvait de la tempête, l'avoir dans le coin rendait Kyle plus confiant. Le fameux week-end où ils était allés au Fiesta Bowl avait été bien plus amusant que ce que Kyle avait imaginé, il l'avait laissé le cuisiner sur la manière dont Stan avait finalement avoué ses sentiments, heureux d'en parler. Enfin, pas tous les détails.

- Regarde-toi, quel mannequin ! plaisanta Sharon quand Kyle retira son chapeau.

- Oh, oui, dit Kyle en essayant d'arranger ses cheveux aplatis. On n'est pas censé les jeter en l'air ou un truc comme ça ? demanda-t-il en montrant son mortier.

- Ça n'arrive que dans les films, dit Stan. Et après ils font une putain de fête sur le campus.

- On va déjà faire notre fête à nous, dit Kyle. Vous venez avec Randy ? demanda-t-il à Sharon.

- Oui, dit-elle en riant. Ne fais pas cette tête. On arrive à rester dans la même pièce sans s'entre-tuer depuis quelques temps.

- Vous avez pensez quoi du discours de Butters ? dit Kyle précipitamment, pour changer de sujet. Stan n'avait pas besoin d'entendre ça.

- J'ai pleuré, dit Sharon. Un peu. C'est un petit ange. Stan m'a raconté certaines – choses. Les Stoch ont quitté South Park il y a des années, parce qu'ils avaient honte de lui, je crois. Ça m'a brisé le cœur.

- Quel briseur de cœur, ce Butters, dit Stan. Wendy voulait le présenter à l'élection de Petite Merveille d'Amérique.

- C'est tellement ringard, dit Kyle, surpris qu'elle ait pu avoir une idée pareille.

- C'est ce que je lui ai dit, approuva Stan, pour le plus grand plaisir de Kyle.

Ils trouvèrent la famille de Kyle et tout le monde s'embrassa en commentant les paroles de Butters et en échangeant des cris de joie par dessus le bruit de la foule. Randy montra le bout de son nez et serra Kyle à l'étouffer, puis demanda l'adresse pour la fête. Kyle n'avait jamais réussi à savoir si Randy l'aimait vraiment ou s'il était juste bourré la plupart du temps ou il le voyait. Il avait toujours eu ce doute, même enfant.

- Les garçons !

Kyle eu une impression de déjà-vu en voyant Wendy se frayer un passage pour les joindre, mais elle ne portait pas sa toge de cérémonie cette fois-ci, même si ses cheveux étaient coiffés exactement de la même façon qu'il y a quatre ans, au stade des Vaches de South Park. Aujourd'hui Wendy portait une courte robe orange clair, elle avait pris cinq kilos depuis le lycée et ça l'a rendait encore plus canon. Les gens se retournaient sur son passage. Elle marchait d'un pas décidé pour faire un calin à Kyle , un peu trop joyeux à son goût.

- Alors ? dit-elle en prenant Stan dans ses bras à son tour. Qu'est-ce que vous en avez pensé ?

- Un chef-d'œuvre, dit Stan. C'est toi qui l'a écrit ?

- Bien sûr que non ! Tout est de Butters. Je lui ai seulement conseillé de parler du camp anti-gay, parce que c'est une de nos luttes. Venez, vous devez voir les coulisses ! Il y a un buffet et plein d'autres choses.

- Comme ? demanda Randy.

- A boire, clarifia Wendy avant de l'embrasser.

Ils allèrent dans le foyer du stade installé pour l'occasion. Butters était assis sur les genoux de Kenny, il rebondissait un peu, comme un enfant, les bras de Kenny enroulés autour de sa taille. Cartman piochait dans le buffet, un cocktail au whisky à la main. Butters se leva d'un bon en voyant les Marsh et les Broflovski entrer dans la pièce, tout le monde se jeta sur lui un moment, pour le féliciter et le complimenter sur son discours.

- J'étais si stressé, dit Butters quand Kyle le serra contre lui à son tour. Je n'ai pas l'habitude de parler devant autant de gens sans mon fouet et mes couteaux et tout !

- Tu as assuré, dit Kyle. Je suis super fier de toi, tu sais ?

- Oui, répondit Butters avec un sourire gêné.

- Une minute, une minute ! s'exclama Sheila alors que Kyle voulait reculer. Laissez-moi vous prendre en photo ! Soudainement elle était devenue la plus grande fan de Butters, les yeux toujours humides à cause de l'émotion.

Kyle chercha Kenny quand il arriva se débarrasser de sa mère et de son appareil-photo. Il avait l'air épouvantable, ne buvait que de l'eau à petite gorgée, à cause de la gueule de bois. Ils se tapèrent dans la main.

- Je suis debout, mais mort à l'intérieur, marmonna Kenny.

- J'ai réussi à passer la journée sans mal de crane, dit Kyle. Je crois que toute cette excitation m'a protégé. Il se dirigea vers le buffet et fourra un morceau de fromage dans sa bouche.

- Je n'aurais pas gâché mon temps à te parler au téléphone si j'avais su tous les délices qu'on a à manger ici, dit Cartman en lui donnant un coup de coude. J'avais oublié que Wendy forçait Butters à cuisiner un festin pour chaque apparition publique, sans oublier mon open-bar personnel.

- Excuse-moi de te contredire, dit Kenny en se penchant pour regarder Cartman. L'open-bar c'est pour moi. J'ai négocié ce morceau du contact.

- Bah d'après les rumeurs tu t'es déjà pété le foie hier soir, alors ça en fera plus pour moi. Cartman porta un toast à lui-même pour se féliciter de sa blague et descendit son verre.

- Servez-vous, faites-vous plaisir, dit Wendy en les poussant vers le buffet. J'en ai commandé des tonnes. Essayez les crevettes au lait de coco, c'est un délice.

- Les crevettes au lait de coco que cuisine Butters sont meilleures, dit Kenny.

- Évidemment. Wendy leva les yeux au ciel. Mais il n'allait pas préparer tout le repas quand même.

- Continue de plancher sur une chaîne de surgelés Leopold Stotch et peut-être qu'un jour il le fera.

- Je ne veux pas faire de surgelés, dit Butters en s'asseyant sur les genoux de Kenny, une grosse grappe de raisin dans les mains.

- Tu devrais vraiment y réfléchir à deux fois, insista Wendy. C'est un marché énorme.

- Comment va Jimmy ? intervint Stan. On l'a invité pour la fête de ce soir mais il a dit qu'il avait des choses à faire.

- Oh, oui, il est à Chicago pour faire quelques spectacles cette semaine, expliqua Wendy. Elle sortit son téléphone et tapota l'écran. Il revient à L.A. le cinq, vous devriez vous voir avant votre déménagement.

- Bordel, j'arrive pas à croire que vous partez, grogna Kenny. New York est un putain d'asile de fous. On a de très bonnes écoles de droit ici.

- Allons Kenny, dit Sheila. Ne les fais pas se sentir coupable, Kyle va accomplir son rêve dans la meilleure école du monde. Elle était près du buffet pour se servir un verre de vin. Kyle se rendit compte que la journée sera placée sous le signe de l'alcool et espérait que Stan ne se laisse pas trop aller. Il aura besoin d'être sobre pour certaines activités en fin de soirée.

- On pourrait peut-être donner une représentation à New York tant que Kyle y est pour ses cours, dit Kenny. Il regarda Butters, qui hocha la tête de façon enthousiaste, la bouche pleine de raisins.

- Bien sûr! En plus Wendy a dit que je devrais ouvrir un restaurant là-bas.

- Ouais, et Kenny pourra faire le serveur.

- Eric ! s'exclama Wendy.

- Putain, dit Stan en se rapprochant de Kyle. Ça me dégoûte toujours quand elle l'appelle comme ça.

- Comment tu occupes tes journées en ce moment, Kenny ? demanda Gerald.

- En fumant des joints et à jouer au gigolo, répondit Cartman. Wendy prit une pomme dans la corbeille de fruit et lui balança dessus. Kyle éclata de rire quand elle s'écrasa sur son dos.

- Whoa, dit Stan.

- Hé ! cria Cartman en continuant de bâtir une tour avec du fromage et des crackers sur la table du buffet.

- Conduis-toi en adulte, dit Wendy.

- Non mais – sérieux ! Cartman la regarda d'un air désespéré. C'est vraiment ce qu'il fait!

- J'écris mes mémoires, marmonna Kenny. Il se frotta les yeux comme si le bruit de la pièce lui tapait sur le système.

- La même, dit Cartman, l'air exaspéré.

Kyle annula une bonne fois pour toute sa réservation impossible au restaurant, puis ils prirent racine dans la tente, en grignotant et dévalisant le mini bar. Kyle se força à ne boire qu'un petit verre de vin, et il était soulagé que Stan se contente de quelques bières, puisqu'ils auront encore la fête pour se rattraper. Il pouvait toujours remettre sa surprise au lendemain matin, mais il avait déjà attendu des plombes, et, bizarrement, c'était devenu son plus grand fantasme, peut-être parce qu'il avait eu peur pendant longtemps de ne jamais pouvoir de le faire.

- Je vais à l'appart' pour commencer à ranger, dit Kyle alors que tout le monde était distrait par Wendy qui racontait une histoire sur une actrice célèbre que Jimmy avait rencontré sur le plateau du Jimmy Kimmet show.

- Je viens avec toi, dit Stan.

- Non, non, faut tu rassembles tout le monde là-bas à dix-huit heures, dit Kyle. Tu restes. Il embrassa Stan sur le nez, puis les lèvres. La fête n'était pas la seule chose qu'il devait organiser, et il se sentait déjà un peu surexcité, imaginant comment ça se passera quand les invités arriveront, et quand Stan sera dans le lit, déshabillé, pour avoir sa surprise.

- Très bien, si tu es sûr de ne pas avoir besoin d'aide, dit Stan. Il avait l'air un peu triste, probablement parce qu'il aurait voulu coucher un peu avec lui avant la fête. Kyle secoua la tête.

- Je m'en sortirai, dit-il. Il faut juste que je me grouille pour aller acheter de quoi boire et préparer les casse-dalles. Vous croyez que Wendy Kenny et toi vous arriverez à réunir tout le monde ?

- Carrément, dit Stan. Il poussa un peu Kyle pour l'embrasser une nouvelle fois alors que celui-ci voulait partir, et Kyle jeta un coup d'œil par dessus don épaule. Tout le monde riait en écoutant l'histoire de Wendy et les ignorait.

- Je regrette presque qu'on ait prévu cette fête, chuchota Kyle à l'oreille de Stan. Ça aurait était agréable qu'on passe la soirée juste – toi et moi.

- Tu m'étonnes.

- Au moins comme ça on sera encore plus heureux de se retrouver après. Kyle embrassa Stan sur le front très délicatement puis recula. On se retrouve dans une heure, dit-il, et Stan acquiesça avec un petit signe de la main, tristement.

C'était peut-être juste à cause du vin, mais Kyle se sentit plus apaisé que d'habitude alors qu'il conduisait au milieu du trafic dense sur le chemin jusqu'à l'appartement. L'heure de pointe était son moment préféré de la journée, généralement uniquement à condition qu'il ne conduise pas, parce qu'il aimait voir la ville s'illuminer. Ça lui manquera à New York, même s'il était convaincu qu'il apprendra à aimer les lumières de la city à leur tour. Il rêva de leur nouvelle vie avec Stan en fait ses courses de dernière minute au rayon bière et vodka, en se demandant à quoi elle ressemblera. Stan trouvera un travail en centre-ville et fera le trajet avec Kyle. Ils liront ensemble dans le train, partageront le journal. Une fois par semaine ils prendront leur pause-déjeuner à la même heure et iront dans un de ces trous à souris incroyable où vous pouvez commander un plateau de fromage au comptoir, dans un cadre bondé et humide et forcément serrer les uns sur les autres. Stan n'aurait aucune idée de comment prendre le métro et Kyle pourra jouer les experts. Ils se perdront et découvriront de drôles de petits quartiers alentour. A la fin de la journée ils rentreront chez Laura et Mel pour prendre une douche tranquille ensemble, baiser tranquille ensemble, et se joindre à la famille trinquer avant le dîner. Stan aidera à faire la vaisselle pendant que Kyle et Laura se disputeront en débattant politique. Mel leur fera découvrir de vieilles chansons. Kyle boira trop en se retournant la tête, forcera Stan à le serrer toute la nuit quand il commencera à faire froid, le vent glacé fera couiner les vieilles fenêtres incapables de les protéger. Stan fumera de l'herbe avec Ike pendant le week-end, Kyle les traînera à des vernissages d'art contemporain, en ignorant leurs commentaires de drogués débiles et leurs assauts affamés sur les hors d'œuvres.

Il souriait tout seul en posant ses articles pour les payer. Sa nostalgie romantique pour les lumières de la fin d'après-midi c'était un peu calmée quand il sortit de la boutique. Il était prêt à aller de l'avant dans sa vie, le stade lui avait trop rappelé le temps du football et leur coming-out pas très sympathique ni volontaire. Mais il n'était pas encore prêt à laisser Kenny loin de lui. Et Butters aussi, avec ses traditionnels invitations à venir dîner les dimanche soirs, pour faire prendre à Kyle un kilo à la fin de chaque repas et le convaincre de se reposer dans le jacuzzi comme une grosse dinde farcie bien grasse. Kenny et Butters avaient servi de béquille depuis le jour où il était arrivé après les vacances d'hiver avec Stan. Le voyage avait été dépravé, que de la bouffe et de la baise, mais il était toujours très inquiet de vivre en Californie, effrayé de ne pas réussir à trouver sa place dans la vie de Stan. Kenny et Butters l'avaient aidé à se sentir chez lui, et il ne savait pas comment il aurait survécu à « L'affaire Facebook » sans eux.

Le téléphone de Kyle sonna à cause d'un SMS de Kenny à la seconde où il démarra la voiture, comme s'il suffisait de penser à lui pour qu'il s'en rende compte.

t'es parti

Oui, répondit Kyle, Je dois faire des trucs pour la soirée. Comment ça se passe ?

randy ike et moi sommes dehors pour fumer pendant que les autres gueulent sur cartman à cause d'un truc qu'il a dit

Dingue. Même Butters ?

non bc conduit sharon et stan chez nous pour que sharon voit la piscine et le reste

Oh, putain – alors c'est les parents Broflovski et Wendy versus Cartman ?

en gros mais je mets ma couille à couper que wendy finira par le défendre

Kyle poussa un grognement, agacé que Stan ait laissé sa voiture au stade, même s'il ne pouvait pas lui en vouloir de tenter d'échapper aux traditionnels feux d'artifice. Il posa son téléphone loin et conduisit jusqu'à appartement, se débarrassa des sacs d'alcool une fois rentré. Il avait un nouveau message du traiteur sur son portable, il rappela pour les prévenir qu'il était chez lui pour la livraison. Butters avait proposé de cuisiner tout ce qu'il fallait pour la fête, et avait aussi offert sa maison au passage, mais Kyle ne voulait pas le stresser encore plus après cette histoire de discours. Il voulait que les parents de Stan et les siens voient l'endroit où ils vivaient, même si ce n'était pas grand chose. Il avait passé une bonne partie de ces trois dernières années à réfléchir pour trouver comment disposer les trophées de sport de Stan avec respect mais surtout discrétion, et il pensait y être enfin arrivé, sur la bibliothèque du salon, deuxième étagères en partant du bas, avec un petit cactus à côté du trophée qu'il avait eu pour le Fiesta Bowl et un bougeoir avec une rose en acier près de celui pour son Rose Bowl MVP. Stan disait que c'était l'étagère à trophée la plus tarlouze de toute la Californie, et Kyle disait que c'était le seul moyen pour que ça ne soit pas hideux. Stan recevait encore aujourd'hui des appels de sites internet américain pour lui demander son avis sur tel ou telle affaire concernant un athlète gay quelconque. Il faisait parti d'une petite dizaine de joueurs universitaires qui ne se cachaient pas, et Kyle soupçonnait que Stan attirait autant l'attention des média parce qu'il était le plus photogénique du lot.

Kyle profita du temps qu'il lui restait avant l'arrivé du livreur et partit ouvrir le dernier tiroir de sa commode à vêtement pour sortir le paquet qu'il cachait sous ses sweats d'hiver. Son cœur s'emballa en allant dans la salle de bain le cacher sous l'évier pour plus tard, il se sentant idiot à cause de son excitation. Il était nerveux, aussi, paniqué que Stan ne l'aime pas. Il le cacha assez bien pour que Cartman ne le découvre pas s'il venait faire un saut aux toilettes, histoire de l'afficher devant tout le monde pour humilier Kyle et lui donner envie de se suicider.

La commande de nourriture arriva, Kyle put s'occuper de la préparation de la fête à proprement parlé, il posa tout sur le bar qui donnait sur leur cuisine, ajouta les verres à cocktail, les cure-dents pour l'apéritif et ses couverts en argents. Il n'y aura que dix invités seulement, Kyle avait peut-être prévu trop de choses, mais c'était un hôte anxieux et mieux valait des restes que des gens affamés. Il installa les boissons sur le plan de travail de la cuisine, se versa un verre de vin quand le premier invité frappa à la porte.

- Salut ! dit son amie Stacy quand il ouvrit la porte. Elle lui présenta une bouteille de vin. Je suis en avance ?

- Un tout petit peu, dit Kyle. Mais t'inquiète pas, rentre. Il prit le vin et la serra dans ses mains pour lui faire un bon hug américain. Stacy travaillait avec lui dans la bibliothèque de droit et était une jeune diplômée d'aujourd'hui même, elle aussi, en prépa droit. Son père travaillait au Japon et sa mère était à l'étranger pour faire certaines choses dont Kyle ne s'était jamais renseigné, alors il s'était dit que ce serait sympa de l'inclure dans leur petite fête, même s'il avait peur que Ike craque pour elle. Elle était son type : plus vieille, blonde, passablement dérangée.

- Trop chouette ! s'exclama Stacy en voyant les plateaux de nourriture alignés le long du bar. Tout à l'air délicieux. Je ne veux pas être la première à y avoir droit.

- Sers-toi, j'ai déjà piqué dedans, dit Kyle. Il était soudainement affamé et ne pouvait pas s'empêcher de piocher dans le plateau de sushi. N'hésite pas à prendre tout ce que tu veux, j'ai beaucoup trop commandé.

- Où est Stan ? demanda Stacy en le cherchant par dessus son épaule. Kyle était convaincu qu'elle le trouvait à son goût, ce que pouvait vouloir dire que Ike lui conviendrait : lui aussi était grand, avec des cheveux noir et un coté sexy dans son attitude zen.

- J'imagine qu'il ne va pas tarder, répondit Kyle. Aux dernières nouvelles il était avec sa mère et Butters pour visiter le manoir Stotch-McCormick.

- Ooh, Butters et Kenny seront là ? Ma colloc me demande toujours des tas de renseignements sur eux. Son discours était tellement mignon tout à l'heure. La fille à côté de fois pleurait.

- Le garçon près de moi aussi. Oui, ils viennent. Kenny à la gueule de bois et apparemment il est un peu défoncé, alors il va peut-être s'effondrer sur le canapé à la seconde où il sera là.

- Je t'ai déjà dis que j'ai regardé leurs vidéos ? demanda Stacy alors que Kyle lui tendait un verre de vin.

- Oui, tu me l'as déjà dit.

- Kenny a une grosse bite, sans rire.

- Hé, arrête ! Kyle fronça les sourcils et se boucha les oreilles. Ne me dis pas des trucs comme ça. C'est comme mon fils mélangé à mon frère, si on veut.

- C'est un truc de chez vous dans vos villages de montagne ? plaisanta Stacy avec un grand sourire. Elle avait grandi à New Havin et pensait que tous les gens de la campagne de Denver finissaient marié à leur amour de lycée, un cliché que Kyle ne pouvait pas pouvoir vraiment contester, en y réfléchissant bien.

Stacy eu le temps d'aider Kyle à choisir une playlist pour la soirée et à manger la moitié du plateau de sushi jusqu'à ce que les parents de Kyle arrivent avec Ike et Kenny. Butters et Sharon ne tardèrent pas, suivis de Wendy et Cartman, qui transportait une tonne de gros sandwichs en baguette, malgré l'interdiction de Kyle de ramener encore plus de nourriture. Kyle regarda son téléphone en espérant un message de Stan, il était censé remonter les bretelles de son père et l'empêcher de faire des conneries, mais aucune trace de SMS. Il retourna à la fête, en essayant de ne pas se faire de soucis. Ike avait déjà jeté son dévolu son Stacy, et il semblait qu'elle avait bu assez de vin pour trouver sa présence charmante, car elle riait de bon cœur à un truc qu'il avait dit. Kyle prit un morceau du sandwich à Cartman et s'assit à côté de Kenny, sur le canapé du salon.

- Tu veux quelque chose à manger ? proposa Kyle en agitant le sandwich sous son nez. Il leva la main.

- Non, dit-il l'air sinistre. Putain. Pourquoi j'ai fumé avec eux ?

- Aucune idée. Kyle mordit dans le sandwich et se laissa tomber sur les coussins en regardant Butters ajouter du sel au houmous. C'était un peu difficile aujourd'hui, dit-il. L'écouter dire son discours. Je peux comprendre que t'aies eu envie de, heu. Te détendre.

- Regarde-le, dit Kenny en levant vaguement la main vers Butters. Comment il fait pour être aussi génial ?

- J'en sais rien, Kenny. Kyle reprit une bouchée, même s'il s'en voulait. Il s'était donné du mal ces trois dernières semaines pour avoir une silhouette bien comme il faut, à cause de la surprise pour Stan ce soir.

- Ce que je me demande surtout, c'est ce qu'il fait avec un pauvre nul comme moi, dit Kenny.

- Tu n'es pas un pauvre nul, dit Kyle en lui donnant un coup d'épaule. Tu es son héro.

- C'est tellement n'importe quoi. Qu'est-ce que j'ai fait de bien pour lui ? Le lancer dans le porno ?

- C'est toi qui ne voulait pas faire du porno à la base, pas lui ! Il était convaincu que c'était une bonne idée, et tu le sais.

- Mais j'aurais dû le protéger de cette part de lui-même. Kenny grimaça et se frotta les cheveux. Kyle soupira, mastiqua en silence. Il l'avait entendu se blâmer à cause de ça à peu près huit cents fois depuis qu'il avait déménagé en Californie.

- Tu n'as pas écouté le discours de Butters tout à l'heure ? demanda Kyle fermement. Il n'a aucun regret. Il s'en sort à merveille, et c'est en grande partie grâce à toi.

- Mais Cartman a raison, murmura Kenny. Je ne fais que me la couler douce et me reposer sur lui. A quoi je sers ? Qu'est-ce que je fous de ma vie ?

Kyle aurait aimé lui faire la liste tout ce que la fortune de Butters pouvait lui offrir comme opportunité et lui couper l'envie de se lamenter sur son sort. Il se rappela la remise des diplômes du lycée, quatre ans auparavant. Stan l'avait pris à part au Walmart pour être sûr qu'il fasse attention à ce que Kenny pouvait ressentir en ce jour spécial. Une fois encore, Kenny avait été écarté d'une cérémonie d'honneur à laquelle ses meilleurs amis avaient participé. Même Wendy et Cartman avaient fait leurs machins pour l'organisation. Kenny était juste là pour soutenir les troupes.

- Pourquoi tu ne passes pas ton Diplôme Général d'Éducation pour après aller à la fac ? dis Kyle, même s'il l'avait déjà proposé mille fois et que Kenny ricanait toujours à l'idée. C'était ce que recevaient les lycéens. Ça pourra t'aider à te sentir fier de toi, insista-t-il.

- Kyle, combien de fois devrais-je te le dire ? Je suis abonné à l'école de la vie.

- C'est tellement une phrase de drogué prétentieux ! Mais c'est pas grave, écoute, si c'est ce qui te rends heureux. Le problème c'est que tu n'as pas l'air heureux. Je veux dire, qu'est-ce que tu aimerais faire ? Qu'est-ce qui t'intéresse ?

- Le bronzage ? dit Kenny en posant sa tête à coté de celle de Kyle sur les coussins moelleux.

- Oh pitié. Tu t'intéresses à d'autres trucs. Tu aimes la musique.

- Et alors je suis censé faire quoi, apprendre à jouer du trombone ?

- Pourquoi pas ? Bordel Kenny, tu pourrais faire ce que tu veux ! T'as que vingt-deux ans, t'es pété de tunes, Butters est le mec le plus tolérant du monde, il sera heureux avec n'importe lequel de tes choix. Je crois qu'il est temps que t'arrêtes de t'apitoyer sur ton sort.

Kenny soupira et regarda fixement ses genoux, agita le gauche lentement. Kyle vérifia son téléphone une nouvelle fois, mais toujours aucune nouvelle de Stan.

- Tu sais, en fait il y a quelque chose que j'aimerais faire, mais tu vas te foutre de moi, dit Kenny.

- Je jure que non. Qu'est-ce que c'est ?

Kenny le regarda l'air honteux. Des études de cinéma, dit-il enfin.

- Pourquoi je devrais trouver ça drôle ?

- Parce que j'aimerais plus ou moins faire du porno, Ok ? dit Kenny en se redressant. Pas avec moi dedans, et il est hors de question que je le laisse refaire des trucs comme ça, mais j'aimerais bien, peut-être, du porno de qualité, avec des histoires. C'est débile ? Ça veut dire que je n'ai rien appris ?

- Ce n'est pas stupide du tout. Tu sais que Stan et moi ça nous fait chier que le porno gay soit aussi merdique ? C'est même pas assez mauvais pour que ça en devienne comique.

- Vous parlez beaucoup de porno avec Stan, pas vrai ? ricana Kenny avec un petit sourire satisfait. Kyle lui donna un coup de coude.

- Assez pour que je pense qu'il a matière à succès si un gay consciencieux et sérieux s'y met, dit Kyle. Oh, putain de merde. Il se redressa et fixa les restes de son sandwich.

- Quoi ?

- Rien, ça m'a juste frappé. Est-ce qu'on est vraiment tous gay ?

- C'est la magie de South Park, rigola Kenny. Enfin, il y a toujours Cartman.

Cartma délaissa le buffet pour se tourner vers eux, jeta un regard noir à Kenny.

- Vous parlez de moi les têtes de cul ? lança-t-il.

- Simplement pour décrire ta virilité et ta beauté de vrai mec, dit Kenny. Cartman le regarda avec des yeux ronds.

- Arrête de baver sur mon cul, Kenny !

- Comment pourrais-je ? Il est beau comme un camion. Littéralement. Tu devrais le faire immatriculer.

Cartman partit dans la cuisine se servir un verre, en grognant contre les pauvres hippies merdeux fumeurs de cannabis, et Wendy fonça vers le canapé.

- Hé, chuchota-t-elle en pointant Kenny du doigt. Ne l'embête pas sur son poids.

- Oh faut pas abuser, il peut l'endurer, dit Kyle.

- Non, je te dis ! Vous êtes forcé de reconnaître qu'il est très bien physiquement. Évidemment il n'est pas mince, mais il est très bien à cent dix kilos, et il est très susceptible.

- Putain de merde tu te fous de ma gueule, dit Kenny

- Non, c'est vrai ! Wendy donna un coup de pied dans le sol. Il mange dès qu'il commence à perdre confiance en lui, il est capable de prendre dix kilos si je ne lui arrache pas ses Oreos des mains, et ce sera moi qui devrait l'entendre geindre parce qu'il est malheureux d'avoir un gros cul après avoir descendu un tonneau de whisky – alors arrête, compris ?

- Ok, bon Dieu, s'exclama Kenny en levant les mains. Cartman est une pauvre petite chose sensible, j'ai capté.

- Oh la la, ne faites pas comme si Butters et Stan ne lui avaient pas dit d'en faire de même pour vous, lança Wendy en tournant les talons.

- Attends, quoi ? dit Kyle. Hein ?

- Je ne crois pas qu'elle parle de notre poids, dit Kenny en mettant son bras autour de Kyle. Probablement que pour moi, c'était genre « Coucou, Eric, s'il te plait, tu pourrais ne pas enquiquiner Kenny parce qu'il n'a pas fini le lycée, et que ça lui fait beaucoup de peine d'y penser ? ». Et pour toi un truc comme « Cartman, espèce de sale con, t'es pas encore au courant que Kyle chiale quand on le fait chier à cause de ses cheveux ? ».

- Je ne chiale pas ! protesta Kyle en tapant Kenny. Il se toucha les cheveux presque inconsciemment, c'était toujours bien doux, pas la masse frisée habituelle. Kenny ria.

- Sérieux, combien t'as payé pour leur donner forme humaine ? demanda Kenny. Deux cents dollars ? Deux cents cinquante ?

La porte d'entrée s'ouvrit sur un Randy Marsh dansant façon Saturday Night Fever avant que Kyle puisse informé Kenny du prix de sa coiffure, cent cinquante dollars seulement, pourboire inclus.

- On a fait un arrêt tequila ! beugla Randy en brandissant une bouteille. Stan marchait derrière lui, l'air épuisé. Kyle tendit son reste de sandwich à Kenny et fonça sur Stan.

- Je vais bien, dit Stan quand Kyle le prit dans ses bras. Randy était déjà dans la cuisine, il faisait rire Wendy comme une folle en se servant des shots.

- T'es sûr ? insista Kyle, en jetant un coup d'œil à Randy.

- Il est comme ça quand il prend des vacances, dit Stan d'une voix un peu grave. Où est ma mère ?

- Par là, elle parle avec Stacy, dit Kyle en montrant le couloir qui menait à leur chambre. Il pensa à son paquet sous l'évier et à quel point tous ces gens qu'il aimait étaient près de ce secret. Peut-être qu'il ferait mieux de tout annuler. Ike marcha vers eux et semblait agacé.

- Marsh, ta mère m'empêche de draguer mon futur coup, geignit-il.

- Qui, Stacy ? renifla Stan. C'est pas la faute de ma mère si tu n'es pas bon joueur.

- Cette fille est trop mignonne, dit Ike en se tournant pour la regarder. Et elle est tellement différente des filles de South Park.

- C'est quoi le problème avec les filles de South Park ? interrogea Stan, et Ike ricana.

- J'en sais rien, Marsh, mais tu pourrais peut-être me le dire. Il doit bien y avoir une raison pour que la moitié des gars avec qui t'as grandi on finit par se branler entre eux au lieu de se faire des meufs.

- Ça doit être à cause de notre cours d'éducation sexuelle, dit Kyle. Ou bien parce que Butters est venu à l'école en robe.

- Moi la raison c'est Kyle, dit Stan avant d'enrouler ses bras autour de Kyle derrière lui pour le serrer contre son torse. Il posa sa joue sur le haut de tête de Kyle, ce qui l'amusa, parce qu'il savait que Stan aimait ses cheveux après les soins qu'on lui avait faits cet après-midi. Ton frère m'a fait complètement oublier les femmes, dit-il à Ike, qui fit un bond en arrière.

- Je ne veux pas savoir comment, grogna Ike.

- Moi oui, dit Kyle, curieux. Stan haussa les épaules.

- On dormait tellement l'un chez l'autre, expliqua Stan. Je détestais dormir sans toi dans mon lit. Je pouvais même me réveiller pour te chercher à côté de moi. C'était comme – quand tu te réveilles et que tu crois qu'on est samedi matin, mais ton réveille sonne tout à coup et tu te rends compte qu'on est mercredi, que t'as un contrôle, et aucune fringue propre. C'est ce que ça faisait, de se réveiller sans Kyle.

- Oh, bordel, dit Ike qui reculait déjà. C'est adorable, Marsh, vraiment. Garde ces grosses conneries pour toi, Ok ?

- Pourquoi il s'est mis à t'appeler Marsh? demanda Kyle en se tournant dans les bras de Stan pour se mettre face à lui.

- Aucune idée. New York l'a rendu trop cool pour les prénoms.

- Je pensais à nous à New York, confia Kyle. Il se mit sur la point des orteils pour embrasser Stan le long de sa mâchoire, indifférent aux yeux inquisiteurs de Sheila.

- Ah oui ? dit Stan. Il ne semblait pas d'humeur à se comporter comme un bon hôte lui non plus, bien installé dans le calme du salon avec Kyle alors que tout le monde bavardait du côté du buffet. Tu crois que je survirai là-bas.

- Oh, bien sûr. Tu as un mec de Jersey pour te défendre.

- Jersey est plus dangereuse que New York ?

- Tu te fous de moi ? Évidemment que oui. Et de toute façon, South Park est plus dangereuse que ces deux là ensemble.

Stan sourit comme si c'était le plus beau compliment que Kyle pouvait lui faire. Ils s'embrassèrent près de la bibliothèque avec les trophées, sans doute trop longtemps, et Kyle recula avec un grand sourire, poussa Stan vers la fête.

Arrivant en fin de soirée, Kyle fut très heureux d'avoir commandé trop à manger, et finalement les sandwichs en plus de Cartman n'étaient pas une mauvaise idée. Entre les pignocheries et l'énergie frénétique qui rassemblait tout le monde autour du bar de la cuisine, les invités avaient presque tout dévoré, il ne restait qu'un peu de fromage en cube et des crudités. Kyle avait finalement trop bu, alors il se fit du café en pensant à son paquet sous l'évier pendant que les gens commençaient à migrer vers la porte.

- Merci de m'avoir invité, dit Stacy en embrassant Kyle pour lui dire au revoir. Elle était la première à partir, mais les autres semblaient prêts à la suivre pour prendre congé.

- Merci de ne pas être tombée sous le charme de mon frère taré, dit Kyle, et elle ria.

- Ça te faisait du soucis, n'est-ce pas ?

- Il a eu une histoire avec une femme plus âgée très maline. Ne me pose pas de question là dessus. Rentre bien !

- Viens ici toi, dit Kenny en poussant Kyle contre lui quand Stacy ferma la porte. Il était paumé à cause d'un mélange de gueule de bois, de joint de l'après-midi, du vin et du café.

- C'était une si belle soirée, dit Butters, et Kenny quitta Kyle pour se laisser tomber contre son dos. Merci de m'avoir laissé parler, aujourd'hui. C'était un grand honneur.

- On était plusieurs à vouloir que tu le fasses, précisa Kyle, mais je t'en prie. Tu étais sérieux quand t'as dit vouloir travailler à New York ?

- Oh mais oui ! assura Butters. La Grande Pomme ! Ça sera un gros challenge.

- Génial. Parce que je te jure que je ne peux plus vivre sans tes dîners du dimanche soir.

- Allons prendre une pinte tout ensemble au sommet de l'Empire State Building, bafouilla Kenny. Problème résolu.

- Je ferai mieux de le ramener à la maison, dit Butters en marchant à l'envers avec un Kenny effondré sur ses épaules. Bonne nuit les copains !

- Appelle-moi demain, vieux, dit Kyle à Kenny, qui hocha vaguement la tête pour lui signaler qu'il avait compris, clairement à deux doigts de tomber endormi sur Butters. Cartman était dans un état similaire quand il partit avec Wendy, et elle prit une poignée de fromage en cube avant d'arriver sur le pas de la porte.

- Merci de nous avoir invité dit-elle. Et félicitation, les garçons. Je suis vraiment fière de vous deux.

- J'vous le dis maintenant si on ne se revoit pas, amusez-vous bien à Jew York, lança Cartman trop fort.

- Ouais, c'est ça, dit Kyle trop fort lui aussi. Vas te coucher, gros – grand con. Il n'arrivait pas à croire qu'il se censurait lui-même pour préserver les sentiments de Cartman. Wendy se tourna pour lui faire un sourire satisfait avant de disparaître dans la cage d'escalier.

Les deux familles partirent peu de temps après en discutant du petit-déjeuné qu'ils prendraient tous ensemble demain matin. Randy précisa qu'il faudra le prendre très tard, et Kyle était bien d'accord. Stan se proposa pour conduire la famille de Kyle à l'hôtel, mais le groupe voulait pour prendre un taxi, et Kyle était soulagé de leur choix, même si Stan n'avait presque pas bu pendant la soirée et qu'il semblait tout à fait en état de conduire. Kyle n'en pouvait plus d'attendre pour lui offrir sa surprise.

- Putain, dit Stan une fois la porte fermée et verrouillée. Je me rappelle maintenant pourquoi on est deux asociaux.

- On n'est pas asociaux, dit Kyle. Il marcha vers Stan, enroula ses bras autour de son cou, se grandit pour l'embrasser. On a Kenny et Butters. Et Stacy ! Je crois qu'elle est amie avec moi juste parce qu'elle veut te foutre dans son lit.

- Mais non, rigola Stan. Il semblait penser que le succès qu'il provoquer chez la gente féminine avait disparu après sa démission de l'équipe de foot, alors que la plupart de ses clientes était des femmes. De toute façon, je m'en fous. Je veux te foutre dans mon lit. Il marcha en arrière vers la chambre, entraînant Kyle avec lui, peut-être qu'il était un peu plus pompette que Kyle croyait.

- Tu te rappelles de mon SMS de tout à l'heure ? demanda Kyle.

- Le cadeau de fin d'année ?

- Oui.

- C'était pour de vrai ? Je croyais que tu voulais juste que je me sente mieux.

- Nan, c'est bien vrai. Tu peux deviner ce que c'est ?

Stan réfléchit un moment, le cœur de Kyle battait la chamade. Ils étaient dans la chambre à présent, ni l'un ni l'autre n'avait allumé la lumière.

- Ça a un rapport avec le sexe ? proposa Stan.

- Roh, Stanley. Kyle lui enleva son T-shirt, le jeta sur le sol. Tu n'as vraiment pas d'idée ?

- Hum, je peux avoir un indice ?

- Non. Kyle poussa Stan sur le lit et sourit quand il rebondit dessus. Déshabille-toi. Je reviens tout de suite. Il s'enferma dans la salle de bain en espérant que Stan se dise que c'était juste pour pisser. Il ne savait pas trop s'il était content ou déçu que Stan ne puisse pas deviner sa surprise. C'était Stan qui avait eu l'idée, mais il y a longtemps, et peut-être qu'il ne voulait pas du tout qu'on le prenne au sérieux quand il l'avait suggéré. Kyle lui avait promis être prêt à tout pour lui s'il arrivait à valider ses cours de maths et à se faire diplômer en même temps que Kyle. Une séparation de plus était hors de question, Kyle était déjà décidé pour son école de droit, en sachant qu'il devrait tout reprendre sérieusement. Il ne voulait pas se torturer à cause de la distance géographique une nouvelle fois, ne pouvait pas imaginer repasser par ce qu'ils avaient vécu durant leur premier semestre à la fac et tout les problèmes de transfère qu'ils avaient dû régler. Ils avaient rigolé quand Stan avait suggéré quelque chose si Kyle réussissait à l'aider pour valider ses cours à temps. A ce moment là, Kyle n'avait absolument pas l'intention de le faire, mais ça l'avait obsédé pendant l'année, jusqu'à ce qu'il finisse par admettre avec honte qu'il le voulait, atrocement, et il voulait que Stan en ait envie lui aussi.

Enfermé dans la salle de bain, il se fixa dans le miroir et inspira profondément. Il espérait que cette chose lui ira toujours après toute la nourriture et l'alcool qu'il avait ingurgités aujourd'hui. Il sortit le paquet du placard sous l'évier trempé à cause des diverses activités des invités, les mains moites. Il l'avait regardé un nombre incalculable de fois depuis qu'il l'avait reçu la semaine dernière, à chaque fois que Stan était sorti, mais il n'avait jamais eu le courage de l'essayer. Le sortir de sa cachette alors que Stan attendait juste de l'autre côté de la porte lui donnait l'impression qu'il se préparait à débarquer sur scène comme tout à l'heure, sous le feux des projecteurs et observé par des centaines de personne. Il remit du déo et se rappela qu'il n'y avait que Stan, que même s'il riait Kyle pourrait toujours prétendre que ce n'était qu'une énorme blague et oublier toute cette histoire.

Il tourna sur place une fois habillé, vérifia le tout. La broderie du costume le fit rougir, il aurait peut être dû couper cette partie aux ciseaux. Trop tard. Il prit son courage à deux mains avant d'ajouter la touche finale. De vrais pompoms feraient un peu trop à son goût, par contre ces deux petits nœuds verts enroulés dans ses cheveux roux lui avaient semblé être une très bonne idée, un jour. Maintenant il n'en était plus du tout convaincu, en se regardant rougir d'embarras du cou au torse.

- Tout va bien là-dedans ? appela Stan depuis la chambre.

- Ouais, dit Kyle. Il prit une grande inspiration et se tourna vers la porte. Tout ceci était ridicule. Il ne pouvait pas faire ça. Mais Stan l'avait demandé, et Kyle le voulait, alors c'est parti. Il ouvrit la porte juste assez grand pour sortir la tête, oubliant les nœuds dans ses cheveux. Trop tard pour les cacher.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Stan. Il remarqua la coiffure et sourit, confus. J'ai cru que t'étais malade ou quelque chose.

- Je ne suis pas malade, dit Kyle, toujours caché en grande partie derrière la porte. Ou peut-être que si. Non – mais – tu pourrais croire -

- Vieux, qu'est-ce qui se passe ?

- Ok ! grimaça Kyle. Souviens-toi – souviens-toi le soir où tu avais beaucoup de mal avec le cours de calcul, et tu as dit que tu n'y arrivais pas, et j'avais dit qu'il fallait que tu arrives à valider ton cours pour qu'on soit diplômé en même temps ?

- Ouais, dit Stan. Il était étendu sur le lit dans le noir, juste en boxer. Quel rapport avec – ce qui est en train d'arriver ?

- Tu ne te souviens pas ? Kyle s'était promis de ne pas lui en vouloir si Stan avait oublié, mais ça lui faisait déjà de la peine. J'ai dit que si tu réussissais ce cours, si tu arrivais à être diplômé avec moi, tu aurais quelque chose -

- Oh, merde. Stan s'assit tout à coup, l'air halluciné. Sérieusement – pour de vrai ?

- Oh, oublie ça, c'est stupide !

- Kyle, non, viens. Viens ici – laisse-moi voir.

Kyle gémit et ouvrit la porte timidement, laissant Stan le voir. Il aurait aimé éteindre la lumière de la salle de bain, plonger toute la pièce dans les ténèbres, mais c'était trop tard. Les yeux de Stan le regardèrent de haut en bas, puis de bas en haut.

- Merde, marmonna Stan. Il ne riait pas. Il semblait sonné. J'aurais jamais cru -

- Je vais l'enlever, dit Kyle précipitamment, en commençant à virer sa mini-jupe ridicule. Ce que Stan avait demandé quand Kyle lui avait dit qu'il aura droit à ce qu'il voulait, c'était le costume de cheerleader des Vaches de South Park. Stan plaisantait, c'était sûr, et Kyle était un crétin pour l'avoir pris au sérieux, pour avoir cru que Stan pouvait vraiment en avoir envie.

- Fais pas ça, dit Stan alors Kyle voulait lui tourner le dos. Ne l'enlève pas. Bon Dieu, viens-là. Merde, Kyle.

- Quoi ? Non, mais – j'aurai pas dû. Il avait tellement chaud aux joues, les genoux collés l'un contre l'autre. Tu rigolais -

- Je – peut-être que je plaisantais. Mais je voulais – j'ai toujours voulu que ce soit toi. Ramène tes fesses par ici.

- Tu voulais que ce soit moi ? Kyle se rapprocha du lit, en jouant avec l'ourlet de sa jupe. Il n'avait jamais eu envie d'être une fille, ni de s'habiller en fille, mais il voulait le faire pour Stan depuis qu'il lui avait demandé.

- Après mes matchs. Stan leva les bras. C'était pas assez de venir juste chez toi pour qu'on dorme ensemble alors que t'étais déjà endormi, où quand on rentrait s'enfermer chez nous une fois que les gens m'ont assez vu. Je voulais que tu sois là, je voulais que tout le monde voit – Kyle – Stan n'avait plus la patience d'attendre que Kyle arrive jusqu'au lit, il se redressa pour l'entraîner avec lui. Kyle gémit, toujours un peu gêné, à genoux devant Stan, une chaleur très différente de la timidité lui descendait dans le bas du dos.

- Je voulais juste te montrer à quel point je suis fier que tu aies réussit à finir ton cursus, dit Kyle. Après toutes ces histoires avec le foot, toutes les merdes que t'as dû endurer. Il posa ses mains sur les épaules de Stan et frémit quand la main de Stan se posa sur sa hanche, parce qu'il n'avait pas arrêté de se prendre la tête pour savoir comment Stan le touchera habillé avec dans ce truc : respectueux et abasourdit. Tu vois à quel point je suis fier de toi ? Je peux m'humilier comme un con pour toi.

- T'es pas dingue ? Stan embrassa Kle sur les deux joues, ses mains glissèrent sous le tissus de son petit shirt. Il n'avait toujours pas remarqué l'élément le plus grave. Je te trouve incroyable comme ça. Ses mains parcoururent son dos sous son haut, le cœur de Kyle s'emballa, parce qu'il n'y avait plus moyen de faire marche arrière à présent. Les doigts de San s'arrêtèrent en touchant le M sur un côté du dos du maillot, et le H de l'autre côté. Kyle regarda les yeux de Stan s'écarquiller en prêtant plus attention aux lettres.

- Tourne-toi deux secondes, dit Stan. C'est -

Il n'y avait plus aucune partie du corps de Kyle qui n'était pas devenue rose de honte alors qu'il reculait pour se tourner vers Stan, debout au milieu, pour lui montrer le dos de son uniforme. Personne n'imprimait le nom d'un joueur au dos d'un costume de cheerleader, apparemment, mais Kyle l'avait toujours imaginé ainsi, alors il avait payé un extra pour qu'on ajoute les cinq lettres.

- Mon nom, dit Stan. Kyle resta dos à lui, il avait peur de le voir.

- J'ai cru – commença Kyle, avant de se rendre compte qu'il ne savait pas quoi dire. Il sentit le lit remuer quand Stan se leva pour poser ses mains sur ses épaules, en le retournant. Kyle fixa les yeux sur la poitrine de Stan, le regarda prendre une grande inspiration, puis une autre. Il plongea ses yeux dans les siens.

- J'ai pensé à ça toute la journée, confia Stan. Depuis la cérémonie, depuis que t'as dû t'asseoir chez les B.

- A quoi ? demanda Kyle. Il oublia ce qu'il portait, se sentit plus exposé que jamais.

- A – à quel point je veux que tu portes mon nom de famille, dit Stan. Le matelas tremblait sous ses pieds, Kyle avait cru que, au choix, ils auraient explosé de rire ou baiser comme des dingues. Sa bouche était sèche, il pensa à quel point il avait été en colère ce fameux jour, quand Stan avait débarqué dans son dortoir pour se déclarer, parce que Stan aurait pu tout avoir, depuis tout ce temps, et qu'il n'avait simplement pas saisi l'opportunité.

- C'est légal à New York, dit Kyle, surpris que sa voix fonctionne, et Stan choisit ce moment pour mettre un genou à terre.

- Kyle, dit Stan.

- Non, attends ! Kyle s'agenouilla devant lui, ses mains bien serrées sur les épaules de Stan. Je dois être à genoux, moi aussi.

- Ah oui ? Le sourire de Stan tremblait.

- C'est pas parce que je porte une jupe que je dois faire la fille. Kyle s'approcha jusqu'à ce que leurs nez se touchent, enroula ses bras autour du cou de Stan. C'est ma demande, compris ?

- Oh. Stan eut un hoquet entre le rire et le sanglot. Je croyais que c'était moi qui faisais la demande en mariage. Il prit Kyle par la taille et le fit tomber en arrière pour que son ventre soit collé contre le sien. Kyle prit un peu de recul pour étudier le visage de Stan.

- J'ai tellement hâte de raconter ça à tout le monde, dit Kyle.

- Quoi, comment on s'est fiancé ? Stan ria et on aurait dit qu'il était soulagé, comme s'il avait vraiment eu peur que Kyle puisse refuser.

- Oh, c'était je ne sais plus trop quand, entre le moment où je suis sorti de la salle de bain habillé en uniforme de cheerleader et avant la baiserie endiablée -

- Baiserie endiablée ? répéta Stan avec un sourire plus grand encore.

- Enfin, évidemment. Je ne me suis pas déguisé que pour le côté cérémonieux.

Ils ne baisèrent pas vraiment comme des diables, mais c'était bien quand même, les yeux fermés et les baiser longs et doux, Kyle toujours dans sa tenue. Finalement il jouit dans le mini short de sa jupe, et profita de son bonheur à peu près deux secondes avant de perdre la tête parce que Stan était tellement excité de le voir comme ça : dans son costume de cheerleader taché, chamboulé par son orgasme, les nœuds dans ses cheveux presque défaits. Apparemment Stan n'avait pas plaisanté, finalement c'était bien son truc. Stan soupira, à deux doigts de la fin, puis gémit, si profondément en Kyle que ça le fit sursauter et se resserrer autour de lui comme pour l'empêcher de partir. Ils étaient tous les deux à bout de souffle juste après, fatigués en essayant de récupérer, leurs torses collés.

- Tu vas vraiment m'épouser ? demanda Stan avant même d'être sorti, appuyé sur ses coudes. Kyle pouffa de rire.

- T'as vraiment cru que je dirai non ? T'as vu ce que je porte ?

- C'est que – j'avais peur que, peut-être, comme je ne suis pas juif -

- Stan, t'es sérieux ?

- Enfin – non, mais, ah, je sais pas. Tu es – et je suis – j'ai aucune perspective d'avenir.

- Hein – tu veux dire pour le travail ? Kyle éclata de rire et Stan se libéra. Kyle reprit Stan contre lui quand il voulut s'éloigner un peu, ils étaient à nouveau inséparables, face à face. Je ne t'ai jamais aimé pour tes perspectives d'avenir, dit Kyle. C'était à la foule en délire des stades que ça plaisait. Ils aimaient à quel point t'étais fort. Moi je t'avais de toute façon, avant tes scores de fou. Je t'aimais déjà quand tu mangeais des crayons.

- Mais je ne veux pas être un loser, dit quand même Stan. Je ne veux pas être – je veux dire, c'est pas pour être méchant, mais je ne veux pas être comme Kenny. Tu mérites mieux que ça.

- Tu ne seras pas un loser. Kyle retira la jupe une bonne fois pour toute. C'était une conversation sérieuse, il devrait être nu pour l'occasion. Il retira le haut de son uniforme avec plus de soin, enleva un de ses nœuds au passage, posa le tout de façon à ce que le MARSH au dos soit bien visible. Il ne s'embêta pas avec l'autre nœuds emmêlé dans ses cheveux.

- Et si New York me bouffe tout cru ? dit Stan quand Kyle s'allongea à côté de lui. Je sais que ta mère le pense. Tu l'as entendu tout à l'heure ? Elle n'arrêtait pas de me demander si je considérais Los Angeles comme une vrai ville.

- N'écoute pas ce qu'elle dit, excusa Kyle. Elle est juste jalouse. Elle sait que tu vas être très heureux à New York, alors qu'elle est coincée à South Park.

- Mais je ne veux pas penser qu'à mon bonheur, coupa Stan. Je veux trouver quoi faire de ma vie.

- Tu trouveras, vieux ! J'ai confiance en toi, d'accord ? Kyle l'embrassa, commença à s'assoupir quand la langue de Stan caressa la sienne. Tu n'as besoin de gagner des trophées pour ça, affirma Kyle en chuchotant entre les lèvres de Stan. Il lui fit un sourire.

- Je les gagnais pour toi, dit Stan. C'est pour ça que je voulais que tu portes ce truc. Il roula sur le ventre et toucha le haut de l'uniforme, le caressa avec tendresse. Tu vas vraiment prendre mon nom de famille ?

- Avec un trait d'union.

- C'est tellement new-yorkais.

- Tu sais ce qui ferait trop chier nos parents ? demanda Kyle avec un sourire mauvais. Stan haussa les sourcils.

- J'ai peur de savoir.

- Kenny devrait diriger la cérémonie ! Kyle secoua l'épaule de Stan parce qu'il se contentait de le regarder bêtement. Allez, ce serait trop drôle. Ma mère hallucinerait.

- Ce mariage consiste déjà à faire halluciner ta mère ?

- Non, ce mariage consiste à faire tout ce qu'on a envie. Tu n'as pas toujours rêvé que Kenny s'occupe de la cérémonie ? Il a toujours su qu'on finirait ensemble, vieux.

- C'est vrai. Stan poussa Kyle pour le prendre dans ses bras. Ike devrait porter les alliances, suggéra-t-il.

- De toute façon ce sera mon témoin !

- Et le mien ? T'es mon meilleur ami. Je veux dire, il y a Kenny, mais il fait déjà le grand manitou, alors il reste qui ? Wendy ?

- Toujours mieux que Cartman. Et comme ça Butters portera les alliances, c'est mieux.

- Ou il fera le traiteur.

- Ou les deux ?

Ils plongèrent sous la couette et veillèrent jusqu'à tard pour parler du mariage, en riant comme des gamins qui organisaient une attaque de ballons d'eau. Kyle voulait que ça se fasse en automne, quand les feuilles sont belles, peut-être dans le jardin plein d'arbres de Mel et Laura. Stan voulait un gâteau au chocolat avec un nappage au caramel, ce qui fit rire Kyle, parce que c'était ce qu'avait cuisiné Butters la dernière fois qu'ils avaient mangé ensemble.

- Quoi ? dit Stan. C'était super bon !

Kyle se blottit en cuillère contre Stan quand il s'endormit en mettant son bras autour de sa poitrine comme une couverture supplémentaire. C'est le bras qu'il avait cassé, celui qui lui avait fait mal à en pleurer, Kyle se rappelait bien qu'il l'avait embrassé sur les joues pour le consoler quand un type avait pris la photo avant de la balancer sur internet. Ils auraient peut-être dû être plus prudents, mais Kyle n'avait pas pu s'en empêcher ce jour là au centre médical, Stan avait serré les coudes de Kyle pour le garder près de lui pendant que Kyle lui chuchotait que ça irait, qu'il pouvait y arriver, que tout irait bien. Kyle prit la main de Stan et lui embrassa la paume, incapable de dormir alors que tous ces projets bouillonnaient dans sa tête. Il se demandait s'ils devraient prévenir tout le monde demain matin au petit déjeuner. Oui, bien sûr qu'ils devraient. Il mourrait d'impatience de le dire à Kenny, alors il chercha son téléphone sur la table de nuit, puis se remit vite dans les bras de Stan pour écrire la grande nouvelle. Il envoya le message et posa le portable, roula sur le côté et s'endormit le visage contre le torse de Stan, en rêvant d'embrasser ses doigts couverts de caramel.

Ils se réveillèrent tôt mais restèrent pour traîner au lit, en se faisant des bisous esquimaux, les jambes emmêlées sous la couverture. Stan joua avec le nœud qui tenait encore par miracle dans les cheveux de Kyle.

- J'ai rêvé ou ça a vraiment eu lieu ? demanda Stan. Kyle secoua la tête.

- J'ai dit oui. Et je portais l'uniforme des Vaches, si tu crois que t'as rêvé de ça.

Stan bailla et s'étira, Kyle avait envie de faire l'amour mais était toujours un peu fatigué à cause d'hier soir, ça avait été tellement épique. Il chercha son téléphone sur la commode et sourit en lisant la réponse de Kenny à l'annonce de leurs fiançailles.

c'est pas trop tôt broseph-lovsky

Il avait envoyé un autre message juste quelques minutes plus tard, peu après quatre heure du matin :

butters est trop content oh putain il dessine le gâteau de mariage

- Ils vont complètement prendre le mariage en mains, pas vrai ? dit Stan qui lisait par dessus l'épaule de Kyle.

- Butters en serait bien capable. Il posa le téléphone. Wendy aussi, si tu lui en parle. Oh, merde, si elle est ton témoin, ça veut dire que Cartman va venir à notre mariage ?

- Ce serait presque bizarre s'il ne venait pas.

- Par quelle logique ?

- Je ne sais pas, il est tout le temps là. Il a vu naître la magie.

Kyle tapa sur son portable une première liste d'invité, se mit à écrire à Butters avant de finir, en lui demandant quelles couleurs ils porteront, qu'est-ce qu'ils pensaient de l'idée du glaçage au caramel, s'il devait ou pas y avoir de thème.

- Et nous, on aura quoi comme couleurs ? interrogea Kyle. Il pourrait rester au lit toute la journée, les genoux pliés sous la couverture, la joue de Stan sur son épaule. Il pourrait se marier comme ça, nu et à l'aise.

- Vert et bleu, répondit Stan.

- Tu rigoles, comme la Terre ? Tu nous prends pour des sirènes ?

- D'accord, choisis !

Kyle réfléchit aux couleurs qui pourraient évoquer sa relation avec Stan avant le mariage. Blanc, sans doute, pour les neiges du Colorado. Doré pour le casque de football de Stan et ses trophées. Vert, aussi, à cause de la chapka de Kyle, et de l'équipe des Vaches de South Park. Et l'amour des arbres qu'avait Stan.

- Et si on faisait le gâteau vert et blanc, avec des invitations dorés ?

- Ça a l'air bien. Du moment que je peux porter le super costume bleu bad ass de Kenny.

- Parfait, et moi ma tenue de cheerleader.

- Impec'

Kyle lui donna une gentille tape, et ils finirent par coucher ensemble paresseusement, en ignorant les nombreux coups de fil. Une fois finit, Kyle enleva son nœud et fit une boucle dans les cheveux de Stan.

- Tu devrais aller au petit-déjeuner comme ça, plaisanta Kyle en passant ses doigts dans une mèches pour faire une couette parfaite.

- Mon père fondrait en larme.

- Laisse-moi faire une photo, dit Kyle en se jetant sur son téléphone.

- Tu rêves, vieux !

- Si, j'ai dis ! On doit garder un souvenir de ce moment.

Stan permit à Kyle de prendre deux photos, et son air désespéré fit rire Kyle à en tomber par terre. Ils rappelèrent tout le monde pour organiser le petit-déjeuner, et Kyle prit une dernière photo, en secret, juste parce qu'il n'arrivait pas à croire que Stan n'ait toujours pas arraché le nœud.

Les années suivantes, cette photo apparut à chaque fois que Stan téléphona à Kyle sur son portable : ce garçon avec cette drôle de ficelle verte dans les cheveux, en train de parler au téléphone, une expression résignée et un peu triste parce qu'il disait à son père que oui, il y aura du Bloody Mary à boire. Kyle sourira à chaque fois qu'il la verra, et pourra dire, en s'excusant pour répondre : Excusez-moi un instant, je dois répondre, c'est mon époux.

(fin)


Soundtrack

Lien Youtube : playlist?list=PLgJmLVOrJMypnW2mBQUaHSKgm9Pb5CAEy

1. The Naked and Famous – Young Blood (Stan)

2. The Virgins – Fernando Pando (Kyle)

3. Marina and the Diamonds –Numb (Kenny)

4. Heavy D & the Boys – Now That We've Found Love (Cartman)

5. Patrick Wilson – Big Bird in a Small Cage (Butters)

6. Masters of the Hemisphere –Anything, Anything (Stan)

7. The Cure – Plainsong (Kenny)

8. Tupac – California Love (Cartman)

9. Matthew Sweet – Sick of Myself (Kyle)

10. Wayne Newton – Danke Schoen (Butters)

11. The Daylights – If Words Were Bullets (Stan)

12. Old Crow Medicine Show – Wagon Whell

Bonus : Jessica Simpson -I Wanna Love You Forever (Soul Solution Extended Club Vocal Version)