A Traitor's Funeral – Samedi le 5 octobre 1985
Sirius resserra un peu son veston de cuir contre lui et accéléra le pas pour se rapprocher du Patronus qui trottinait devant Kingsley Shacklebolt.
« Mauvais souvenirs? » demanda ce dernier.
Sirius eut un grognement.
Après la mort de James et Lily, on l'avait soupçonné de meurtre. Un oncle de James, qu'il n'avait pourtant jamais vu chez les Potter, avait mentionné à quel point son neveu était proche de Sirius, et qu'il était certain que, si James avait eu à mettre sa confiance entre les mains de quelqu'un, c'était certainement entre les mains de Sirius Black, son meilleur ami, et, accessoirement, l'ancien héritier de la dynastie Black.
On l'avait embarqué alors qu'il était chez Andromeda et Ted, Harry dans les bras. Andromeda avait insisté. Argumenté. Crié. Il n'avait passé qu'un week-end dans la section haute sécurité d'Azkaban, mais cela avait été suffisant pour lui causer des cauchemars quotidiens. En moins de trois jours, Andromeda lui avait eu un procès, l'avait innocenté, et avait réussi à exiger un fond monétaire important pour le dédommager.
« Les Détraqueurs ne s'approcheront pas de la chapelle, tu n'as pas à t'inquiéter. »
Sirius grogna de nouveau. Il se foutait bien de la chapelle, pour le moment, l'ombre décharnée qui se trouvait à quelques pas derrières eux l'emmerdait suffisamment.
« Combien de temps ça va durer? » demanda-t-il.
« Les funérailles? »
Sirius hocha la tête.
« Et bien… le Ministère veut que ça se fasse plutôt discrètement. On ne voudrait pas que ça tourne en culte du traître ou en rassemblement de Mangemorts. Mais sa mère était assez émotive. Je dirais donc quelque part entre quinze minutes et trois heures. »
Sirius soupira. Kingsley ouvrit la porte et le fit passer devant lui avant de refermer la porte, puis Sirius fit quelques pas dans l'allée centrale, avant de s'arrêter devant le cercueil. Pour la première fois depuis cinq ans, onze mois et vingt-quatre jours, il se retrouva devant Peter Pettigrew. Ou plutôt, le cadavre de Peter Pettigrew.
Sirius le regarda longuement. Le garçon blondinet, grassouillet et ricaneur avait laissé place à un homme émacié, aux traits tirés et au teint jaunâtre. S'il n'avait pas su qui se trouvait dans le cercueil, il aurait sans doute pensé qu'il s'était trompé de chapelle. Il entendit des sanglots et leva la tête.
À côté du cercueil se trouvait une petite femme rondouillarde, aux cheveux blancs bouclés, le dos voûté par le temps et les épreuves. Ses petites lunettes carrées étaient collées contre son nez, et elle serrait contre elle une veste de laine noire. Sirius s'approcha d'elle.
« Bonjour, Mrs. Pettigrew. »
Elle leva les yeux et ravala ses sanglots.
« Oh, je… bonjour, Sirius. »
Celui-ci lui sourit et lui serra la main.
« Toutes mes sympathies. »
Mrs Pettigrew éclata de nouveau en sanglots et serra Sirius dans ses bras.
« Je suis… je suis très contente de te voir, je… Peter aurait voulu te voir ici, il… il t'appréciait beaucoup… »
Sirius lui adressa un sourire triste. Comment dire à une mère en deuil qu'il se foutait complètement de l'opinion de son fils, et qu'il lui enfoncerait un Détraqueur dans le cul s'il en avait la chance?
« Je ne pense pas que… » commença Sirius.
« Oh non. Peter vous aimait beaucoup, toi, James et Remus. Vous étiez les personnes les plus importantes de sa vie. »
Sirius vit son menton trembloter. Au même moment, le mage sorcier entra dans la salle. Ils se retournèrent vers lui. Le mage regarda dans la salle.
« Attendons-nous d'autres personnes? » demanda-t-il.
Mrs Pettigrew jeta un regard désespéré à Sirius.
« Remus viendra-t-il? Il a toujours été tellement calme, et il a été si gentil avec Peter tout au long de vos études à Poudlard, à l'aider avec ses devoirs et… »
« Remus avait d'autres obligations. Il est désolé de ne pas pouvoir être là. Il serait venu, s'il avait pu se libérer. »
C'était un mensonge. Remus passait la journée chez Andromeda et Ted, avec Harry et Tonks. Il avait prévu de passer la journée à raconter à Harry toutes les blagues que James avaient pu faire sans que Peter soit impliqué. Lorsqu'il avait déposé Harry chez les Tonks et qu'il leur avait annoncé qu'il comptait se rendre aux funérailles du traître qui avait vendu ses amis à Voldemort et avait fait de son filleul un orphelin, il l'avait insulté, lui avait demandé s'il comprenait ce qu'il s'apprêtait à faire et ils en étaient presque venus aux poings, la présence d'Harry étant la seule chose qui les en avait empêchés.
« Oh. »
Au même moment, la porte se rouvrit. Sirius se tourna, et vit Marlene entrer dans la chapelle, vêtue d'un pantalon noir, d'une blouse blanche et d'un veston noir.
« Excusez mon retard. »
Elle s'approcha d'eux et serra la main de la dame.
« Mes plus sincères condoléances, Mrs. Pettigrew. »
Celle-ci sourit.
« Merci, ma chère… pardon, qui êtes-vous? »
« Marlene McKinnon. J'étais à Gryffondor dans la même année que votre fils. »
« Oh. Merci d'être là. »
Mrs Pettigrew s'assit devant le cercueil. Sirius prit place trois siège derrière elle, et Marlene s'assit à côté de lui. Le mage commença les formules d'usage. Marlene passa son bras sous le sien. Sirius se pencha un peu vers elle.
« Comment as-tu su? Ils m'ont appelé seulement ce matin… » demanda Sirius.
« Remus m'a appelée après que tu aies déposé Harry chez ses beaux-parents. J'ai pensé que tu aurais besoin de soutien. »
« Merci. »
Le mage finit sa cérémonie une demi-heure plus tard. Ils le suivirent alors à l'extérieur de la chapelle par une petite porte derrière l'autel, qui donnait sur une petite plage où se trouvaient de petites croix de bois. Deux Aurors descendirent le cercueil dans un trou préalablement creusé.
Ils restèrent sur la plage un long moment avant que Mrs Pettigrew se tourne vers eux.
« Vous avez été plus que poli de rester pour les funérailles et l'enterrement alors que je sais pertinemment que mon fils doit être la personne que vous détester le plus sur cette terre, Sirius. Vous n'avez pas fait le chemin jusqu'ici pour la cérémonie. Qu'est-ce que la mort de mon fils peut vous apporter? »
Sirius la dévisagea.
« Je veux comprendre. »
Mrs Pettigrew le dévisagea.
« Que voulez-vous comprendre? » demanda-t-elle.
« J'ai perdu mon meilleur ami, James Potter. Vous avez loué Remus plus tôt parce qu'il avait aidé votre fils avec ses devoirs. James lui présentait des filles, l'incluait, le faisait se sentir spécial. J'ai perdu ma meilleure amie, Lily Potter, née Evans. C'était une fille incroyablement douce, pleine de compassion. Elle a été là pour Peter à chaque fois qu'il en a eu besoin. Mon filleul s'est retrouvé orphelin alors qu'il avait à peine un an. »
Sirius soupira.
« Je veux savoir pourquoi il les a trahi. Ce qu'il a reçu en échange. »
Mrs Pettigrew secoua la tête.
« J'aimerais pouvoir vous aider. Il vous adorait. Je ne l'ai jamais vu avec des Mangemorts. Son comportement n'a jamais changé. Je sais qu'il les a trahis. Il me l'a dit. Il n'avait pas de remords. »
Elle éclata en sanglot.
« Je… je suis… je suis désolée… »
Sirius hocha la tête. Un Auror s'approcha d'eux.
« Mrs Pettigrew, le bateau va partir. Si vous voulez bien me suivre? »
Elle hocha la tête et, sans un regard supplémentaire à Sirius, quitta la plage. Marlene s'approcha de lui et lui prit la main.
« Tu venais pour des réponses? »
Sirius se détourna et soupira.
« Quel con je fais! S'il y avait eu des réponses, je les aurais eues au procès. »
Marlene soupira et força Sirius à la regarder, caressant doucement sa joue.
« Non. Il aurait pu y avoir de nouvelles avancées. La prison aurait pu en venir à bout et il aurait pu en parler. C'était un beau geste. »
Sirius soupira.
« C'était un geste totalement égoïste. J'aurais pu être noble et dire que c'était pour donner des explications à Harry quand il serait assez grand pour poser ses questions. Ou pour dire que c'était pour me venger de la mort de James et Lily. Mais vraiment… j'aurais seulement voulu… savoir. Pour pouvoir finir mon deuil et mettre tout ça derrière moi. »
Marlene hocha la tête et prit sa main. Kingsley s'approcha d'eux.
« Il y a des tonnes de journalistes à l'entrée, j'ai pensé que vous ne voudriez pas les rencontrer. Il y a une sortie par le troisième étage. »
« D'accord » fit Marlene.
Kingsley se tourna vers Sirius.
« Il faut passer par l'aile à haute sécurité où vous avez été enfermé. »
Sirius hocha la tête.
« Toujours mieux que les journalistes. »
Marlene lui prit le bras et ils suivirent Kingsley et son patronus dans les détours d'Azkaban. Marlene fit semblant de ne pas remarquer Sirius qui se tendait contre elle alors qu'ils entraient dans l'aile à haute sécurité. Elle se contenta de se coller un peu plus contre lui et de prendre sa main dans la sienne.
Ils passèrent les trois premières cellules sans incident. À la quatrième, Sirius sentit deux mains le saisirent.
« Sirius Orion Black! »
Il se retrouva devant Bellatrix Black, qui le regardait, les yeux exorbités.
« J'ai toujours su que tu finirais à Azkaban, Bella. Mais je n'aurais pas cru qu'on t'y laisserait en vie aussi longtemps. Les Détraqueurs ne sont toujours pas venus chercher leur baiser? » questionna Sirius en essayant de se détacher de sa cousine.
Il essaya vainement de garder un air détaché, mais il cédait tranquillement à la panique. Tant qu'il marchait, il savait qu'il finirait par sortir de ce corridor. Mais maintenant qu'il était arrêté, face à sa cousine, les mauvais souvenirs commençaient à l'envahir.
Bellatrix resserra sa poigne sur sa chemise et l'approcha de la porte de sa cellule.
« Ils t'auront avant moi! » siffla-t-elle.
« Ça ne semble pas être le cas, pourtant. »
Les griffes de Bellatrix se resserrèrent sur son bras.
« Sors-moi d'ici. »
Au même moment, un Détraqueur arriva au bout du corridor. Sirius sentit le froid l'envahir. Le brouillard s'installa autour de lui. Il entendit la voix de sa mère. Indigne. Traître.
« Lâche-moi, Bella. »
« SORS-MOI D'ICI! »
Il sentit qu'on le tirait dans la direction opposé. Sirius entendit vaguement qu'on demandait si on savait où il restait. Qu'on annonçait qu'on pouvait maintenant transplaner dans le corridor.
Sans qu'il sache trop comment, il se retrouva dans une chambre aux murs pêches et aux rideaux rouges.
« Respire, Sirius. Respire. Tout va bien. Nous ne sommes plus là-bas. Nous sommes à Londres, dans mon appartement. Tout va bien. »
Sirius prit une grande inspiration. Avant qu'il ne s'en rende compte, Marlene avait posé ses lèvres sur les siennes et l'embrassait passionnément. Il se détacha d'elle pendant quelques secondes et posa son front sur le sien.
« Qu'est-ce que… »
« Habituellement, ils recommandent de manger du chocolat parce que ça libère des endorphines, soit l'hormone du bonheur, mais je n'ai pas de chocolat et j'ai lu quelque part que c'était une hormone qui était aussi créer par l'activation des nerfs quand on s'embrasse et donc… Je t'embrasse.»
Elle l'embrassa de nouveau.
« Ne t'arrête pas. S'il te plait. » supplia-t-il dans un murmure.
Marlene hocha la tête et l'embrassa.
« Tu es frigorifié… » murmura-t-elle.
Elle lui enleva son veston et sa chemise, le laissant torse nu.
« Allonge-toi. »
Sirius se laissa tomber sur le lit. Elle posa la couette sur lui, puis se coucha à ses côtés et se colla contre lui, avant de reposer ses lèvres sur les siennes. Elle frotta ses bras et rabattit les couvertures sur eux.
« Tout va bien » murmura-t-elle en parsemant son visage de baisers. « Tu es en sécurité. Harry est en sécurité… »
« Je sais. »
Elle caressa doucement son cou et ses épaules.
« Tu dois arrêter de frissonner. »
« Je ne frissonne pas. »
« Menteur. »
Sirius eut un léger rire. Marlene soupira, visiblement soulagée.
« Je vais aller te chercher une tasse de chocolat. » annonça-t-elle en déposant un baiser rapide sur ses lèvres.
Sirius lui attrapa les poignets et l'attira vers lui.
« Ne pars pas. » supplia-t-il.
Marlene hocha la tête.
« Comme tu veux. »
Sirius prit alors les choses en main. D'un simple mouvement de hanches, il fit passer Marlene sur lui, ce qui provoqua un petit rire de la part de la jeune femme. Celle-ci se pencha pour l'embrasser longuement, puis s'assit à nouveau sur ses hanches et, sans un mot de plus, enleva son veston et sa chemise, laissant voir son soutien-gorge noir. Au même moment, la porte de la chambre s'ouvrit et une jeune femme brune mit un pied dans la pièce.
« Marlene, je savais que tu étais de… »
Marlene tourna la tête vers la porte.
« Oh. »
Le regard de la jeune femme passa de Sirius à Marlene rapidement.
« Je pense que j'arrive à un mauvais moment, non? »
« Plutôt, oui. »
« Je vais repasser. »
« Bonne idée. »
La porte se referma. Marlene retourna son attention sur Sirius.
« Qui était-ce? » demanda-t-il.
« Amy. Ma colocataire. Elle enseigne avec moi. Maintenant, où en étions-nous? »
Sirius soupira.
« Je vais y aller. » murmura-t-il après un dernier baiser.
« Pourquoi? »
Sirius secoua la tête.
« C'était une mauvaise idée, je… Je ne peux pas. Remus m'attend avec Harry. Et je déteste quand une jolie fille me voit dans un sal état comme je l'étais. S'évanouir devant un Détraqueur n'a rien de séduisant, j'en suis bien conscient. »
Il l'embrassa une dernière fois et transplana.
Remus leva la tête en le voyant.
« Déjà de retour? Tu ne t'effondres pas devant le cadavre de ton meilleur ami? » demanda-t-il d'un ton froid.
Sirius vit Tonks lui donner un violent coup de coude.
« Je peux te parler? » demanda Sirius.
Remus leva les yeux et fronça les sourcils. Harry se tourna vers lui.
« Tonton, ça va? »
Sirius adressa un sourire réconfortant à Harry et hocha la tête.
« Tu étais où? »
Il lui sourit.
« Quelqu'un que tu ne connais pas est mort. Je suis allé à ses funérailles. Tu as passé un bon après-midi avec Remus chez Ted et Andy? »
Harry hocha la tête. Sirius reporta son attention sur Remus.
« Moony? » insista-t-il d'un ton pressé.
Celui-ci soupira, se leva et suivit Sirius dans la bibliothèque, dont il ferma la porte.
« Que se passe-t-il? Peter était finalement un mec vachement sympa et on aurait dû le visiter plus souvent? Peut-être que nous aurions dû amener Harry avec nous, que le gamin crée un lien significatif avec le connard qui a vendu ses… »
« J'ai presque baisé avec Marlene. »
Remus le dévisagea.
« Quoi? »
« Je… Il y avait des Détraqueurs et elle n'avait pas de chocolat et… »
« Alors elle a décidé de mettre ton pénis dans sa bouche? »
Sirius lui lança un regard entendu.
« Sirius, tu as mis des mois a fonctionné normalement de nouveau après qu'elle soit partie. »
« Je sais. »
« C'est l'enseignante d'Harry, merde! »
« Tu penses que je n'en suis pas conscient? » hurla Sirius.
Remus se tut.
« Je me suis ouvert le cœur pour cette fille il y a des années! C'est la seule fille que j'aie jamais aimé, et elle me tombe dans les bras comme ça, et CROIS-MOI quand je te dis que c'est seulement parce qu'elle est la professeure d'Harry que je n'ai pas accepté! »
Remus le regarda quelques instants.
« Sirius… »
« Je ne voulais pas te tomber dessus. Excuse-moi. »
Sirius soupira.
« Sirius, si elle te rend heureux… »
« Ce n'est rien de grave. Je ne voulais pas te déranger. Hey, on devrait amener Harry manger une glace! »
Sirius sortit de la pièce. Remus leva les yeux au ciel et le suivi.
