Amano Yukiteru se cachait derrière la pile de bois d'un immeuble en chantier. Ce plan était une pure folie, tout comme la totalité de ce qui venait de se passer durant les dernière minutes. Il venait de découvrir qu'il existait d'autres personnes capables de prédire le futur, et qu'elles en avaient toutes les unes après les autres. Gasai Yuno était passé de camarade de classe à menace avant de l'embrasser, et ils s'apprêtaient à affronter un tueur qui terrorisait la ville depuis deux ans, armés de fléchettes.
Il n'y avait aucun son autre que celui du vent. Les yeux fixés sur le petit espace auquel il avait le droit pour toute vue, il frémit lorsqu'il entendit les portes de l'ascenseur s'ouvrir. Il n'aurait qu'une seule chance. S'il la ratait, ils étaient morts tous les deux. Yukiteru pensa à Yuno. Il ne comprenait pas ce qu'elle faisait, pourquoi elle l'avait embrassé, ou même la raison pour laquelle elle semblait avoir un journal entièrement consacré à lui, mais il ne voulait pas que quelqu'un meurt par sa faute. Il regarda sa fléchette. Son unique chance. Il jeta un coup d'œil à son portable. Il put voir Third dans le côté gauche de l'écran. Même avec une vue superficielle tel que celle-ci, il sut que s'il se faisait attraper par ce monstre, il serait mort. Il sentit ses nerfs lui crier à l'intérieur de son crâne, et pendant un moment, sa vision se brouilla.
Yuno fonça sur le tueur. C'était maintenant, son unique chance. Le seul moment où il pouvait raisonnablement vaincre un autre détenteur de journal sans subir de dégâts importants. Il n'avait qu'à percer son journal avec sa fléchette. Il était là, il n'avait qu'à le faire. Il douta de sa capacité à réussir.
Il échoua.
La fléchette passa à peine à quelque centimètres à gauche du portable. Yuno continua sa charge, pour tenter de profiter de l'effet de surprise. Elle arriva sur lui. Il lui planta son arme dans le ventre. Elle tomba au sol et commença à se vider de son sang.
Yukiteru était paralysé. Il fixa la blessure béante et senti sa détermination, son équilibre, son organisme tout entier faillir à la vue du premier déchaînement de violence auquel il avait assisté. Third venait vers lui, mais ses jambes refusaient de bouger. Il vît Yuno se relever lentement derrière Third et se diriger vers lui. Il tomba au sol, projeté en arrière. Il comprit bien plus qu'il ne ressentit ou ne vit, que Third venait de le frapper de sa lame. Il eu le temps de voir Yuno crier, avec une expression de panique dans les yeux. Elle sauta sur le meurtrier, et parvint à le faire tomber au sol avec elle.
Yukiteru vit que dans la confusion, le tueur avait fait tomber sa lame et son journal. Il remarqua aussi le déroulement du combat. Yuno était en train de perdre. Elle se faisait rouer de coups, et avait déjà du sang sur le visage. Alors Yukiteru compris qu'il allait mourir. Il était évident qu'il ne pourrait pas survivre dans ces conditions intenables. Un gamin comme lui n'aurait pas la moindre chance dans ce Survival Game. Il regarda la lame du couteau, et le portable.
Il devait grandir.
Il se mit à ramper, traînant sa carcasse se vidant de son sang, frottant sa blessure contre le sol. Il eu envie de hurler, mais cela ne ferait qu'attirer l'attention de Third. Il était en train de tuer Yuno, mais cela ne durerait pas longtemps. Avec de la chance il arriverait avant que... De la chance ? Bien sûr, à quoi pensait-il ? Il fallait qu'il se fasse sa propre chance, qu'il agisse de lui-même et de toute sa détermination pour imposer sa volonté au cours des événements plutôt que de s'attendre à ce que les choses s'arrangent d'elles-même, puisque ça ne marche jamais. Aujourd'hui il avait fini d'observer le monde. Aujourd'hui, il allait y imposer sa volonté.
First saisit la dague et la planta dans le portable. Third s'arrêta de frapper et se rendit compte que quelque chose n'allait pas. Il jeta un regard en direction de son portable et de First. Un regard emplit de panique. Puis il commença à disparaître, s'enroulant sur lui-même dans un bruit de tempête et d'articulations se tordants. À ce moment Yukiteru se dit que cela le dégoûterait, s'il n'était pas déjà en train de s'évanouir.
