L'homme et la bête
Han ! Tellement d'amour dans vos reviews ! Je vais la continuer cette fic, vindiou !
Et bonjour/bonsoir, accessoirement !
Normalement, ça n'influencera en rien la sortie des quelques derniers chapitres de « Deux Cœurs brisés ». En fait, ça me permet de faire autre chose quand j'ai un petit syndrome de la page blanche. Heureusement, j'ai philo demain ! 4h ! (j'aurais dû en avoir 6 mais mon prof d'histoire a eu pitié) Et qui dit philo dit « j'écris des lemons en cours parce que yolo ! »
Donc, sauf imprévu, le chapitre 19 devrait arriver entre vendredi et dimanche (oui, à ce stade, c'est plus une fourchette mais un râteau, je sais U.U)
Place aux superbes réponses à vos wonderful commentaires :
Asahi :
Bon, on s'est déjà échangé quelques mots par skype mais je ne te remercierais jamais assez donc : Merci ! Entièrement d'accord avec toi, les amours interdits, c'est le pied ! Ton O.S en parlait déjà bien ! Maintenant, c'est à mon tour de pousser le vice, mais dans une autre direction. Je te laisse découvrir, sinon (je me connais), je vais spoiler comme un vieux chacal XP
Beyond :
Oh mon dieu ! Mais qu'imagines-tu de moi ? XD Un remix de Twillight ? Diantre ! Je ne savais même pas que c'était faisable avec Hetalia ! (ou alors mon cerveau ne veut pas imaginer). Le Thuthur dépravé fait jouir beaucoup de personnes, j'ai l'impression… Et qui vous dit que ce n'est pas Francis le pire des deux~ ? En tout cas, merci pour tout ! Gne t'aime !
Mimi-chan :
Tu veux qu'on reparle de tes métaphores avec la lune, le soleil et le ciel dans Mi amore ? Parce que question jalousie, j'ai des choses à dire, moi aussi ! (èwé) Bravo pour ton analyse de l'ascenseur, je te jure que c'était involontaire de ma part ! Tu es une vraie analyste, ma parole ! O_O Respect ! Toi aussi, tu sembles partie pour vouloir qu'Arthur « prenne cher » XD Le pauvre ! C'est pourtant Francis que j'ai diabolisé dans le premier chapitre ! Mais c'est vrai que le Thuthur est pas clair.
Ambrecleo :
Je me forcerais moi-même si ça me permet d'obtenir des commentaires aussi adorables ! OwO Je suis très contente que ça te plaise autant et tout ce que j'espère, c'est que la suite te maintienne aussi en haleine (et j'aime pas le citron non plus, je te comprends !) Merci de tes encouragements !
Mad H.W :
Un seul mot de ma part : merci. Enfin, pas que je veuille détruite ton cerveau, hein ! Mais merci du commentaire ! :D La suite que tu espérais est là, peut-être moins bien que ce que j'espérais mais j'ai du mal à bien introduire mes histoires… Du coup, ça va peut-être un peu vite… Bah ! On va dire que c'est fait exprès, na !
Nebelsue :
Le coup de la lune n'était pas prévu… je crois que je me suis encore fait avoir par mes passions inavouées (*part en dramaqueen, un bras devant les yeux*). En effet, vous avez pas attendu pour le lemon XD Chapitre 1 : BAM ! Keskiya ! T'en a pas assez ?! Bouffe-le mon lemon ! Bouffe-leeee ! … Kof. Kof. Je suis désolée U.U Nyahaha ! Une rivalité amoureuse ? Mais j'ai encore mieux dans mon cerveau de malade ! Mouahahahah !
Nanami :
Coucou, toi ! XD
Black-Cherry :
Blblblblbl ! *suffoque en se faisant secouer dans tous les sens* Je n'en aurais jamais fini avec vos feelz ! Je les dévorerais avec passion ! C'est ma nourriture ! Mouahah ! Les relatiiiions secrèèètes ! Vouiiii ! *voix de Golum* Elles sont préciiiieuses ! Ouiii… Les précieuses… Puis sinon, je réponds à certaines de tes questions dans ce chapitre, donc j'espère que ça te donnera toujours envie de lire la suite (un peu de hype dans ce bas monde !) Le coup du préservatif, oui XD Je vois bien Ao mettre son fiston en garde.
Alice :
Ça a le mérité d'être clair ! (et de me faire très plaisir aussi). Vos désirs sont des ordres, madame ! La suite, ici même, servie sur un plateau d'argent par votre humble serviteur~ ! Marci pour touuuut ! O-O Tu es un amour ! Je t'embrasse et j'espère que ce chapitre te plaira !
Bon ! Cela étant fait… on va passer aux tags :
Rien n'est à moi et… bah, c'est pas une fiction où y a vraiment besoin de tag (pour l'instant) donc disons qu'on continue à violer la Morale par tous les trous (narines non-comprises comme dirait ce cher Antoine Daniel).
Bonne lecture ! Et merci encore !
Chapitre II :
Francis s'était réveillé sur une série d'interrogations au sujet de la veille, mais comme l'original qu'il était, ses interrogations semblaient toujours un peu décalées par rapport au vrai problème.
Certes, il s'était tapé son patron, mais ça, c'était un autre problème plutôt gérable (et très plaisant, surtout). Non, ce qui l'intéressait vraiment, c'était de comprendre ce qui n'allait pas chez lui, chez Arthur Kirkland, pour que ce qui s'était passé se soit passé. Pourquoi cette crise de larmes, seul, la nuit, dans une foutue salle de réunion ? Qu'est-ce qui, dans la vie de ce type, n'allait pas pour qu'il en arrive là ? Surtout que si Francis avait débuté leur étreinte, c'était Arthur qui était revenu et qu'il l'avait poursuivi.
Les tords, s'ils existaient réellement, étaient des deux côtés.
Mais pourquoi la crise larmes de cet homme si accompli ?
Il avait de quoi se payer des couilles en or avec son héritage familial et sa place dans l'entreprise – leur patron rémunérait plutôt bien ses employés, chose plus qu'appréciable –, il était marié à un mannequin (Francis avait fait une rapide recherche dans la presse informatique avant de sombrer dans le sommeil, la veille), et il avait un poste très intéressant (au goût de Francis qui le jalousait un peu). Qu'est-ce qui n'allait pas ?
Même sans mariage d'amour, il pouvait se payer le luxe de prendre une maîtresse ou un amant. C'était quelque chose de très rependue en Occident, même si on cherchait toujours à la cacher pour des raisons morales évidentes. Mais ce n'était peut-être pas ça le problème….
S'il s'était laissé aller dans les bras d'un homme, c'était peut-être parce qu'il refoulait un désir homosexuel. Ça pourrait expliquer ses larmes et sa frustration… et qu'il se soit donné entièrement à lui, dans cette nuit de fièvre incompréhensible. Kirkland était du genre à jouer le mâle viril pour impressionner ses opposants et subordonnés, bombant le torse et fronçant les sourcils à tout bout de champ. Et en réalité, il était capable d'être le plus adorable des agneaux lorsqu'on prenait soin de lui et qu'on le touchait au bon endroit.
En tout cas, en tant qu'homme, il l'excitait.
Ce n'était pas une erreur d'un soir qui avait eu lieu. Non, on ne pouvait pas dire ça, ce serait irrespectueux. Francis connaissait assez bien son problème hormonal pour comprendre qu'il n'avait fait que suivre sa volonté la plus cachée. Et si d'un même mouvement, il avait fait plaisir à quelqu'un d'autre, tout était absolument parfait. Donc, ce n'était pas une erreur, tout simplement. D'ailleurs, Kirkland l'avait dit lui-même : « il ne s'est rien passé ». Ce n'était pas une erreur. Il y avait juste eu une fusion de l'animal régnant en chacun d'eux.
Où était le problème ?
Quand tout est parfait, il n'y aucun problème.
Frais et reposé et sur ces bonnes pensées, Francis quitta son petit havre de paix pour rejoindre son travail, pressé de voir comment la journée allait se passer après ces événements. Il savait faire semblant, rien sur son visage ne laissait penser à une aventure entre lui et Arthur la veille. D'ailleurs, on ne le répétait jamais assez : il ne s'était rien passé.
Avec un immense sourire aux lèvres, il salua ses collègues et alla s'installer à son bureau, allumant son ordinateur. Toujours aussi long au démarrage, il prit le parti d'aller, comme la veille, se chercher un café à la machine. Cette fois-ci, Antonio n'y était pas, et il ne bouscula pas son pauvre Matthieu sur le chemin. Tout était absolument normal.
De son côté en tout cas.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il entendit une sérieuse et violente remontrance éclater à l'autre bout du bureau. Gobelet bouillant à la main, l'autre dans la poche, touillette dans la bouche, il avança vers la zone de conflit, curieux, et reconnut très vite la voix délicieuse de son patron, Arthur Kirkland.
Le petit Matthieu Williams, en tant que bon stagiaire qui se respecte, se faisait hurler dessus pour une bêtise qui avait l'air assez grave, la tête baissée comme un chiot qui s'était pris une tape sur la truffe. Kirkland était hors de lui, complètement tendu jusqu'au bout du dernier muscle de son corps, les sourcils froncés à l'extrême. Le Canadien devant lui avait les larmes aux yeux et enchainait les « pardon », « je suis désolé », « je ferais attention » ou encore « je ne recommencerais plus jamais » et on sentait que ce n'étaient pas des paroles en l'air.
Satisfait de ces réponses, même s'il aurait certainement voulu gueuler un peu plus, le Britannique prit un instant pour réfléchir à s'il allait ou non appliquer une sanction au jeune fauteur. Cependant, lorsqu'il aperçut Francis contempler la scène avec un petit sourire charmé, son souffle se bloqua quelques secondes dans sa gorge, puis il détourna le regard.
« Vous allez me recommencez ce travail, Williams ! Je veux que ce soit fini avant ce soir !
_ C-ce… ce soir ?
_ 20h30, sur mon bureau, dossier complet et imprimé ! Texte justifié, police noire, en Times, taille 12 ! »
Houla…
Kirkland était un vrai maniaque. Ses demandes précises jusqu'au moindre détail firent blêmir le stagiaire qui resta statufié sur place, même quand le grand patron lui claqua la porte de son bureau au nez, sous le regard impuissant des collègues environnants. Ce spectacle fit un peu mal au cœur du Français, qui avança vers son petit protégé pour entourer son cou de son bras, l'emmenant dans un câlin réconfortant.
« F-Francis… J'ai fait n'importe quoi…
_ Mais non, mon petit. Demain, il aura oublié. Je suis sûr qu'il a conscience d'être complètement sur les dents, et s'il n'était pas aussi orgueilleux, il serait déjà venu s'excuser. Allez, souris ! Je vais t'aider à faire ce dossier ! Surtout que je sais pertinemment ce qu'il espère, depuis le temps que je bosse pour lui.
_ M-mais… et ton… ton travail ?
_ Je suis resté plus tard hier pour le finir. Je suis libre comme l'air, le temps que Kirkland analyse mon dossier et le soumette ou non au reste de l'équipe. Et je sais déjà qu'il sera parfait~ ! Allez, laisse-moi t'aider ! On ne sera pas trop de deux pour ça.
_ Merci… »
Pauvre enfant. Kirkland le traumatisait déjà alors qu'il sortait à peine de ses études en communication. Etait-ce nécessaire de lui montrer comme ça, de bout-en-blanc, les difficultés du monde professionnel ? Ou était-ce l'instinct paternel de Francis qui lui donnait envie de couver ce jeune homme contre le feu capable de se déverser de la bouche – pourtant délicieuse à embrasser – d'Arthur Kirkland.
La hargne d'Arthur était cependant un peu trop violente pour être normale. Francis espérait ne pas être la cause de cet excès de colère, sinon, il se sentirait très mal vis-à-vis de Matthieu. Ce dernier avait été sous sa tutelle lors de son stage à durée déterminée, et avait obtenu une place dans la boite grâce à lui. De ce fait, ils étaient liés par cette reconnaissance et cette affection qu'on leur connaissait bien, déjà vieille de plus de six mois. Alors, bien sûr, en le voyant au bord des larmes après une franche engueulade dont il pouvait éventuellement être la source, Francis n'avait pas tourné sept fois la langue dans sa bouche avant de prendre la décision de l'aider.
Et comme il l'avait dit, il connaissait le mode de travail de son patron et serait à même de le conseiller justement sur quoi faire. Ça lui ferait une journée d'apprentissage.
Pour le reste de la matinée, le Français s'occupa à montrer du doigt ce qui n'allait pas dans le dossier et à lui faire un plan détaillé de ce qu'il devait faire. Comme ça, il laissait l'occasion à son petit protégé d'apprendre de lui-même en rédigeant de sa main les points faibles à revoir. Aider, oui, mais pas mâcher le travail. Matthieu était reconnaissant de cette confiance et de cette autonomie qu'il gardait dans un travail qui lui était personnel et cher.
Francis s'esquiva lorsqu'il comprit que le Canadien était en bonne voie pour y arriver seul. Il apprenait vite, après tout.
Toujours démuni, il lui fallait désormais trouver le moyen de rendre service. Chaque moment de battement qui suivait la remise d'un dossier devait pour lui être l'occasion de se faire bien voir en aidant qui le voulait. Puis, il aimait vraiment rendre service, même s'il restait animé par un désir profond de grimper dans la hiérarchie par ses actes. La frontière entre altruisme et égoïsme lui semblait bien maigre. Tant et si bien qu'il n'arrivait pas à dire s'il était un gros enfoiré ou un bon samaritain.
Homme ou bête ?
Peu importait, dans le fond. Il avait un but ultime à atteindre dans sa petite vie de salarié, et il ferait tout pour mener ce projet à terme, et il se fichait des sacrifices.
C'était sa mission de…
« Franny ! »
Pris dans ses pensées, il n'avait pas fait tout de suite attention à son ami Gilbert Beilschmidt – égal salarial d'Arthur et meilleur ami avec Antonio – qui avançait vers lui avec un énorme sourire aux lèvres.
« Bon sang ! J'ai l'impression de pas t'avoir vu depuis…
_ Trois jours, Gil. Trois jours.
_ C'est trop ! Je te rappelle que je m'emmerde dans ma tour de Belle au bois dormant, moi !
_ Tonio proposait de venir foutre la merde dans ton bureau pour sauver ton humeur, mais je lui ai fait comprendre qu'on risquait une sérieuse mise à pied en échange.
_ Dommage, j'aurais adoré.
_ Justement, ça aurait été pire.
_ Dis donc… Je me demandais… Tu ne saurais pas où est Matthieu Williams, par hasard ?
_ Dans mon bureau, je lui ai laissé la place pour qu'il bosse au calme. Pourquoi ?
_ Bah, j'étais inquiet de ne pas le voir à son bureau ce matin… et comme c'est toujours lui qui m'apporte mon café le matin, j'étais mal !
_ Ohhh… Gil… C'est pas gentil d'abuser des stagiaires.
_ Mais il est trop drôle, ce petit ! Quoique je lui demande, il le fait sans broncher ! C'est le pied ! Qui n'en profiterait pas ?
_ Oui, bah, aujourd'hui, laisse-le. Il s'est fait fortement réprimander par Kirkland donc c'est vraiment pas le jour où il faut se servir de lui pour tes désirs égoïstes. Il a un dossier complet à retravailler avant ce soir.
_ Merde… Il va falloir qu'il se calme, l'autre Rosbif… Matt est la bonté incarnée, il ne mérite pas de se faire engueuler alors qu'il ne pense jamais à mal. Surtout que j'ai passé la journée d'hier à jouer avec sa docilité… Mince… Je crois que c'est ma faute si son dossier ne tient pas la route… Il faut que j'aille voir Kirkland ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait, Gilbert était en route vers d'autres horizons – et il était bien l'une des seules et rares personnes de cette entreprise capable de tenir tête à Arthur Kirkland en toute légitimité. Qui d'autre oserait tenir tête au tout puissant Kirkland ? De toute façon, cet homme ne se laisserait jamais marcher sur les pieds, surtout pas par ce Germanique survolté. Combien de fois Francis avait-il entendu ce bel accent anglais retentir dans les couloirs pour remettre un avorton à sa place ? Depuis quelques années, plus personne n'osait se défendre contre lui. Kirkland avait tous les pouvoirs, il était respecté par crainte, certainement pas par affection. Si un jour Francis devenait chef, il y avait fort à parier qu'il ferait l'inverse. Il était bon prince, préférant être aimé que craint. Les bonnes ambiances étaient pour lui les meilleurs moyens de dynamiser une entreprise.
Pas qu'elle ne l'était pas actuellement. Mais taxer son patron de « sorcier » dès qu'il passait pour prévenir discrètement les collègues d'arrêter de bavarder, c'était un peu triste.
Elizaveta apparut au coin du couloir, le teint un peu blême.
« Quelque chose ne va pas ? s'enquit le Français en trottinant vers elle.
_ Un de nos clients les plus exigeants s'est agacé du « manque de pertinence » d'un de nos dossiers et nous l'a renvoyé… Il exige qu'on le retouche de la première à la dernière lettre. Kirkland ne va pas être content…
_ Je peux y jeter un œil ?
_ Si vous voulez…
_ Tu trembles, Lizzy. Kirkland te fait si peur que ça ? Tu sais, je n'ai rien à faire de particulier aujourd'hui, alors laisse-moi gérer ça. Ce n'est pas ton rôle de faire le transit entre nos clients et le patron.
_ Vous feriez ça pour moi ?
_ Bien sûr ! Si je le propose !
_ Mille mercis… J'en serais morte de peur si j'avais dû faire ne serait-ce qu'un pas de plus dans ce vieux couloir… »
Donc, Kirkland était vraiment effrayant à ce point-là ?
Etrange. Depuis que Francis avait commencé à vraiment s'intéresser à Arthur – depuis la veille –, il avait l'impression de le redécouvrir. Peut-être parce qu'il l'avait vu jouir entre ses cuisses, Francis s'étonnait qu'on puisse s'effrayer de cet homme. Depuis toutes ces années à travailler pour lui, il l'avait toujours respecté sans le craindre – on ne change pas un bienheureux aussi facilement – mais c'était surtout dû au fait que Francis avait sur-joué son rôle d'employé modèle depuis le début de sa carrière. Kirkland ne lui avait presque jamais parlé car il n'avait jamais rien eu à redire de son travail.
Et c'était aussi pour ça que Francis avait bloqué son ascension sociale à ce stade. Il avait pavané devant tous ses précédents patrons et, sans contact avec Kirkland, il avait bien été forcé de s'arrêter. Se complaisant dans son poste de cadre supérieur, il s'était laissé avoir à son petit train-train sans savoir comment poursuivre son élévation. Mais tout avait changé la veille au soir. Il revoyait cette lueur d'espoir qui l'aiderait à parvenir à son but.
Quelque chose en Kirkland représentait sa réussite, et il avait besoin de lui pour ce faire. Mais comment nouer des liens avec quelqu'un qui s'était auto-persuadé qu'il ne s'était « rien passé » et qui allait sûrement tout faire pour l'éviter ?
Francis retourna à son bureau, où Matthieu avait disparu. Soit, il fallait s'y attendre. Le petit avait un bureau et un boss à lui, il avait dû être rapatrié par Gilbert en quatrième vitesse (et comme il ne pouvait rien lui refuser…) Le bon point, c'était que Francis allait être tranquille. Il fit alors une chose qui ne lui arrivait presque jamais : il ferma la porte à clé, signe évident que personne ne devait le déranger pour les quelques heures à venir.
Ces quelques heures, il les utilisa pour reprendre intégralement le dossier, sautant le déjeuner, sautant les pauses, ignorant les coups de fils, refusant qu'on entre dans son bureau. Il disparut purement et simplement. Il avait l'impression de jouer sa vie dans ce travail, et c'était peut-être le cas dans le sens où il avait beaucoup à gagner à réussir ce projet. De toute façon, il avait du temps libre, alors autant en profiter pour arranger les choses, car Kirkland en avait déjà un peu trop à faire pour s'encombrer d'un nouveau contretemps.
20h30.
Une chaleur animale gagnait le Français. Encore. La fierté de se savoir efficace gonflait son orgueil, comme il l'espérait, et il avait si bien avancé son travail qu'il en venait à s'imaginer être honoré pour ses services. Utopie. Mais cela jouera en sa faveur, il le savait. Le pauvre Arthur avait besoin d'obtenir de bonnes surprises comme celle-ci, de se savoir aidé par un allié qu'il ne soupçonnait pas.
La fatigue le gagnait, il finirait le lendemain.
Enfin, il rouvrit sa porte, avec l'impression d'avoir passé sa vie dans ce bureau. Un rire léger lui échappa en songeant à ce qu'il était toujours capable de faire pour atteindre ses objectifs. Il continuait de se demander s'il était un philanthrope ou un pur salop. Les deux en même temps, sans doute. Parce qu'il prenait autant de plaisir à aider qu'à recevoir des congratulations pour ses actes. De toute façon, peu importait l'intention, seul le résultat était visible. Qui dans ce monde allait entrer dans sa tête pour s'interroger sur ses motivations ? Et qu'est-ce que ça pourrait faire si jamais il se découvrait plus salop que philanthrope ? Il ne faisait de mal à personne, après tout. Il faisait même le bien et aimait ses camarades. On ne pouvait décemment pas haïr un homme d'apparence si parfaite.
Même sa mère n'était pas au courant de cette binarité de son caractère. Il était l'éternel petit ange, tout beau et tout gentil, avec ses bouclettes d'enfant et ses grands yeux brillants. Il aimait cette fausse perfection chez lui, qui cachait ses défauts.
Dans le couloir lumineux brillait l'éclat de l'astre lunaire. Un pas de plus vers son objectif serait le bon résumé de cette journée. Il se laissa aller à un sourire détendu en marchant d'un bon pas.
Quelque chose dans cette journée semblait être la continuation de celle de la veille. C'était aussi étrange que jouissif. Une curiosité presque perverse le poussa à s'aventurer dans la salle de réunion de la veille. Il se demandait quelle émotion s'emparerait de lui lorsqu'il reverrait la table de leur union. En toute honnêteté, il se demandait sincèrement s'il serait à nouveau capable de participer à un meeting dans cette pièce sans bander. C'était le contrecoup des relations au bureau.
Il poussa la porte tout doucement, presque craintivement, à la recherche des sentiments qui l'avaient envahi la veille au soir. Et déjà rien qu'à entrevoir que la nuit régnait en maître dans la salle, il sentait son cœur battre plus fort. Ô comme il aimait la nuit.
En silence, la porte s'ouvrit.
Arthur.
Il était là, également attiré par un souvenir récent, mais aucune larme ne venait rappeler leur aventure passée. Monté sur une chaise pour s'élever, ses coudes reposaient sur la bordure de la large fenêtre ouverte, son visage surplombait le vide, vers le ciel d'encre, alors qu'il réfléchissait intensément. Francis n'avait accès qu'à la vue de son dos courbé vers l'avant, et pouvait parfois entendre un soupir incontrôlé. Le fantôme de leur baiser dansa sur ses lèvres.
« Ça vous démange, n'est-ce pas ? »
Kirkland ne jeta qu'un vague coup d'œil derrière lui, histoire de confirmer que c'était bien Francis qui venait de s'avancer vers lui en clôturant la porte.
« De quoi parles-tu, Bonnefoy ? »
Il s'était tendu un peu, ça se voyait, mais sa fierté le poussait à préserver une allure calme.
« Vous avez envie de sauter ».
Cette fois-ci, Arthur eut un violent frisson qui lui parcourut l'échine. Son regard resta bloqué sur le ciel, tentant d'ignorer l'invité. Mais ses bras s'étaient raidis et tremblotaient.
« Ce qui est amusant avec vous, continua Francis en s'avançant jusqu'à le frôler, c'est que j'ai l'impression de vous lire alors que je ne vous connais pas. Il aura fallu un hasard complet pour que je vous remarque et, surtout, pour que votre détresse me touche. Vous avez refusé de me parler hier et vous avez vu où ça nous a mené. Ne croyez-vous pas, cher Kirkland, qu'il est grand temps pour vous d'ouvrir votre pauvre cœur malmené ? Je peux être l'oreille la plus attentive qu'il soit…
_ Bonnefoy… Je ne peux pas… »
Francis profita que son patron soit surélevé sur la chaise pour glisser sa main sur sa cuisse, indécemment haute.
« Allez, Kirkland… Ne vous faites pas désirer plus que nécessaire, je serais capable d'abandonner mes principes pour obtenir satisfaction, et vous savez très bien de quoi je parle ».
La main caressa l'intérieur de la cuisse de haut en bas, sans qu'Arthur ne se plaigne de ce traitement licencieux.
« Je ne suis juste… pas heureux…, avoua-t-il. Je sais bien que c'est ridicule… pour quelqu'un comme moi, mais… j'ai vraiment tout foiré. Je n'aime pas ma femme, je n'aime pas mon travail et on ne m'aime pas non plus. Et le pire…, c'est que j'ai voulu ça. Je me suis dit que je serais suffisamment fort et égoïste pour y résister mais… mais je suis faible… Quand je me surprends à faire un résumé de ma vie, j'en arrive à la conclusion que je me suis laissé embarquer contre mon gré dans des histoires à la con. Je… je suis quelqu'un de facilement influençable… J'ai suivi les conseils de plein de gens… et voilà où j'en suis… Rien dans ma vie ne vient de moi… Je me suis laissé entrainer… »
Crise identitaire, donc.
Arthur avait l'impression d'être étranger à lui-même à force d'absorber une trop grande part des autres. Son cerveau avait joué le rôle d'éponge jusqu'à oublier son cœur et ses envies, sans doute depuis l'enfance. Et tout à coup, il l'avait réalisé, un jour comme un autre. Ce genre de rupture vous prend à la gorge sans signe avant-coureur et vous asphyxie complètement. Comme l'adolescent qu'il n'avait jamais pu être, Kirkland cherchait à présent à se construire une identité qui lui serait propre.
Et les premières marques de sa quête intérieure s'étaient manifestées par son abandon au bras de l'adultère.
« Tu t'es rendu compte de ton sort, c'est un grand progrès, félicita le Français en laissant tomber le vouvoiement pour lui parler d'une voix plus douce. Et le fait que tu suives les conseils d'autrui est tout à ton honneur, tu es quelqu'un d'observateur, qui analyse et comprend vite. Je n'en connais pas cinq qui en auraient fait autant. Pourquoi te rabaisser autant alors que tu incarnes la réussite professionnelle et intellectuelle ? Si ta condition ne te va pas, cogite et change certaines choses. Trouve un but, un secret, quelque chose qui te maintienne vivant.
_ Je suis déjà mort…
_ C'est faux.
_ … et cet honneur dont tu me parles ne fait de moi qu'un lâche.
_ Un lâche ? Je ne pense pas, non. Tu n'es pas comme moi.
_ Ne me fais pas rire. Tu es l'exemple parfait de la mesure et de la stabilité. Tout chez toi respire l'honnêteté et l'humanité. Rien en toi ne fait appel à la lâcheté, n'essaye pas de me prendre pour un idiot. Tu crois que je ne t'ai jamais remarqué ? A chaque fois que mon regard croise ta silhouette, tu es toujours parfait, souriant, prêt à aider, et je n'ai jamais rien à redire à ton travail. Tu n'as que deux ans de plus que moi et, toi au moins, tu es arrivé là par toi-même, pas poussé par on-ne-sait-qui.
_ J'aime voir les gens se fourvoyer à mon sujet. Vous êtes tous adorables et naïfs ».
Arthur se tourna un peu vers lui en fronçant les sourcils, pas sûr de le suivre, et ignora comme il pouvait la main qui continuait de glisser sur des zones qu'elle n'aurait jamais dû pouvoir toucher. Il ne fit face qu'à un sourire de diablotin machiavélique, le genre d'expression qu'il ne s'attendait pas à voir sur le beau visage de cet ange.
Son sang ne fit qu'un tour lorsque la seconde main se mit à le libérer de sa ceinture. Mille images de la veille réveillèrent ses sens et il se mit à rouspéter pour la forme, sans y mettre une réelle intention d'arrêt. Il était plus gêné qu'hostile à ces attouchements.
« Tu veux que je te montre, Kirkland ? »
Il abaissa la fermeture éclair d'un geste fougueux, le souffle déjà court.
« Tu veux voir comment j'en suis arrivé à ce poste aussi vite ? »
Les dents d'Arthur claquèrent un peu lorsqu'il vit cette bouche se poser contre son sexe à peine réveillé. Un semblant de cri outré lui échappa lorsqu'il fut pris dans une chaleur divine, à tel point qu'il serait tombé de sa chaise s'il ne s'était pas retenu au bord de la fenêtre. Comique que l'objet qui aurait dû l'aider à mourir soit ce qui le sauve. La sensation était grisante, surtout accompagnée de cette vue sublime sur la ville endormie. La fraicheur du vent contre la chaleur du sexe provoqua une jouissance brusque sur son corps délaissé d'amour. Cette sensation d'être criminel lui semblait superbe et, à cet instant, son semblant de moral pouvait très bien aller bruler en Enfer. Pour la première fois de sa vie, il ne faisait pas semblant et ne cachait pas ce qu'il ressentait. Cet abandon se traduisait sur son visage et dans ses soubresauts. Il jouissait. Il avait trouvé dans sa vie quelque chose de jouissif. Après toutes ces années.
La bouche se retira pour laisser place à une main.
« Tu vois, Kirkland ? L'homme parfait, dont la silhouette souriante ne t'inspirait que de la sympathie, n'est en fait qu'un salopard d'opportuniste. Tu veux qu'on reparle de lâcheté ?
_ N-n-non… Tu…
_ J'ai couché pour réussir. Et j'ai dû mettre un terme à ce train de vie. Il y a quelques petites années déjà… car j'avais l'impression d'être arrivé au plus haut que je pouvais… qu'au-dessus de moi, il y avait un plafond de verre…
_ S-stupid…
_ Ne penses pas que je te mente. Je suis capable de te ressortir les noms et adresses de chacune de mes victimes. Leur âge également. Et combien de temps chaque relation a duré. Et pourquoi elle s'est finie. Et comment. Après cette difficile période, j'en ai eu marre et je me suis arrêté à ce poste, autant par lassitude que par obligation, – temps mieux parce qu'à l'idée de coucher avec Gilbert pour obtenir une place supplémentaire, j'en avais des frissons. Depuis lors, les relations de bureau me laissent sceptique, puisqu'assez dangereuses. Tu peux tout gagner ou tout perdre. Et j'ai déjà beaucoup trop joué avec ça. Enfin… ça, c'était avant que tu ne me tentes hier.
_ Je ne t'ai pas… !
_ Oh que si, coupa-t-il en continuant de coulisser ses doigts autour de sa verge palpitante. Comme aujourd'hui, on aurait dit que tu n'attendais que moi, à me tourner le dos pour me présenter ton corps courbé contre cette vitre. Comment résister à un appel si délicieux ?
_ …
_ Je dois te dégouter maintenant, n'est-ce pas ?
_ Non… Non… Continue… Je m'en fiche d'être le premier ou le centième… Continue juste… »
Francis avait eu raison. Son cher patron était du genre passionné lorsqu'on lui faisait tourner la tête – pour son plus grand plaisir. Les va-et-vient de sa main contre cette verge palpitante arrachèrent un sourire victorieux au Français, qui se délectait des cris allant en crescendo dans cette gorge chantante.
Lorsqu'il se sentit étreindre par la puissance de l'orgasme, Arthur se vit tomber dans une paire de bras réconfortante, fixant avec un air mystérieux la coulée de sperme qu'il avait involontairement envoyé sur le visage satisfait de son partenaire. Ça ne sembla pas le déranger plus que ça.
Francis attendit qu'il se remette de son extase, assis au sol avec lui, contre l'immense fenêtre du bureau, dont le haut était toujours ouvert sur la ville, puis il poursuivit leurs confessions.
« Alors, Kirkland ? Tu me parlais de lâcheté ?
_ Hum… Tu es un menteur…
_ Tu n'imagines pas à quel point.
_ Pourquoi tu veux grimper dans la hiérarchie avec autant d'empressement ?
_ Pour l'argent.
_ Tu rigoles ?
_ Non. Je veux de l'argent, tout simplement. Et plus je grimperais haut, plus je serais bien payé. Tu dois le savoir mieux que personne.
_ Tu ne dois pourtant pas être malheureux avec ton salaire de cadre supérieur.
_ Non, c'est vrai. Mais ce n'est pas assez.
_ Tu es un menteur… et tu ne me dis pas tout.
_ Tu n'as pas besoin de tout savoir.
_ C'est vrai… mais j'ai besoin de me trouver un but, comme tu me l'as dit… »
Ils restèrent quelques minutes à regarder la porte fermée, assis l'un contre l'autre comme deux vieux frères, en confiance totale et en silence. Ce fut Arthur qui brisa le silence pour poursuivre son cheminement de penser.
« J'ai l'argent que tu n'as pas, tu as la fraicheur vivace que je n'ai pas… »
Kirkland posa sa tête sur l'épaule de son complice, récoltant un baiser sur le sommet de son crâne qui le fit soupirer d'aise. Francis était sur la même longueur d'onde et avait parfaitement compris où il voulait en venir.
« Je ne suis pas certain que tu te sentes mieux à m'avoir, moi, comme amant.
_ Au contraire… Tu es le seul que je veuille. Je t'offrirais autant d'argent que tu voudras si, en échange, tu acceptes d'être à moi… »
Etre à moi. Rien que cette expression était adorable. Arthur cherchait réellement un pilier dans sa vie, un être sur lequel se reposer, comme un enfant clamant sa possession sur son jouet préféré. Cet adulte avant l'heure cherchait donc bien à retrouver une enfance qu'on lui avait pompée. Le bambin jeune et naïf avait perdu sa jeunesse à trop s'accrocher aux grandes personnes, à trop penser leurs gestes et paroles. Et aujourd'hui, il voulait jouer avec ses propres jeux, sans qu'on ne lui dise quoi que ce soit.
Quant à Francis, l'appel de l'argent le touchait. Pour mener à bien son projet, il lui fallait plus que son salaire de cadre supérieur. Au risque de passer pour un avare, il devait absolument obtenir cette aide financière de son patron, même si ce n'était pas légal. Puis tout ce qu'on lui demandait en échange, c'était de donner du plaisir et de la détente à un faux-adulte perdu dans sa propre vie. Il serait bien cruel de le laisser dans cet état, alors que quelques dizaines de minutes plus tôt, il avait songé à se jeter du haut de la tour.
Kirkland le regardait comme s'il détenait la clé de sa vie entre les mains.
« Allez… Please, Bonnefoy… Sauve-moi… »
La bête était attirée, l'homme hésitait. Pas de chance pour ce dernier, la nuit était tombée, entrainant son humanité et sa morale dans la chute. Les souvenirs de cette nuit paraissaient flous et désorganisés, mais une chose était sûre : en l'espace d'un instant, Francis avait remis toute sa vie en jeu.
Il est minuit, je viens de finir ce chapitre, je suis déchirée comme jamais je ne l'ai été et j'ai trois contrôles qui arrivent. Ce chapitre m'enterrera ! ARGH !
Bon… que dire pour conclure ce deuxième… truc… ? Eh bah les gars ! On repart pour une histoire chelou ! Mais ce serait trop simple que les choses en restent là ! Je vous ai préparé une suite de la muerte~ ! Si elle sort un jour… vous me tuerez certainement XD Quand je vous dis que je suis maso, c'est pas une blague !
Allez ! J'en ai déjà trop dit ! Merci d'avoir lu, je vous kiss à la folie !
Biz' !
(P.S : sérieusement, j'espère que c'était pas trop de la merde aprce que je suis moi-même pas extrêmement convaincue par la pertinence de mon scénario XD)
