L'homme et la bête

Heureusement que les vacances approchent ! J'ai plus de temps pour polluer ce fandom ! XD Bon, je vais être honnête : l'histoire m'a d'ores-et-déjà échappée. Rien de ce qui se trouve dans ce chapitre n'était prévu (sauf un unique détail mais qui a été très récemment imaginé). Du coup, je suis en train de mettre en place des histoires dans l'histoire et, en toute logique, va bien falloir que je les résolve un jour OmO Bah oui… Mais en même temps, il faut que je m'entraîne à faire des fics moins plates (parce que j'ai tendance à ne faire des histoires qu'avec un seul et unique fil conducteur et pas grand-chose autour). Là, c'est réglé ! Pour le meilleur et pour le pire !

Je n'ai aucune idée de ce que je vais foutre pour le chapitre 5…

Bref ! Le mot d'ordre de ce chapitre, c'est « introduction ». Ici, je vous place une partie des différents plot qui vont se balader dans la fic (et encore, ils y sont pas tous). Comme ça, vous serez tellement paumés que vous ne saurez pas par quoi commencer à réfléchir ! U.U Na ! (Ce moment dans ma vie où je ne crois même pas en ce que je dis…)

Bon, les reviews !

Mimichan :

Rho mais le Feliciano au syndicat… je sais pas ce que je vais en foutre mais ça m'amusait de le faire ! Merci pour tes explications sur les primes et (je ne fais pas partie du monde du travail pour l'instant donc, je n'y connais rien), mais comme c'est Arthur qui paye de sa poche, et pas avec l'argent de la boite, ça fait un peu « cadeau de la grand-mère », non ? C'est pas moins suspect dans ce cas ? (oui, je profite allégrement de t'avoir sous le coude pour t'intérroger, nickel U.U) Et sinon : merci beaucoup pour ton commentaire !

Beyond :

C'est vrai que le chapitre précédent était un peu pauvre en matière. Du coup, je me rattrape sur celui-ci en foutant plein de d'infos en vrac ! OwO Ouais, pour le plaisir de lire des reviews farfelues~ ! Ecoute, il me fallait un boss charismatique qui impose le respect ! Qui d'autre que notre merveilleux Ivan pour ce rôle ? Je vous le demande, madaaaame ! Merci pour ton commentaire !

Guimette :

J'aime les comparaisons pourrie, t'inquiète ! èwé C'est le meilleur ! Je t'ai dit « forberie de Francis » mais je crois que ça va être pire que ça ! Tout le monde est fourbe ! Mouahahah ! Kofkof… Alors, concernant ta question, quand j'ai écrit « courriel », je pensais à « mail », mais j'utilise de moins en moins cet anglicisme depuis que j'ai découvert qu'on avait un mot fait pour ça XD Donc, non, Francis n'a pas reçu une enveloppe timbré mais bien un courriel électronique. Merci de ta review !

Arsenall :

Longue review O.O J'adooore ! Bon, je comprends totalement que le premier chapitre fasse grimacer XD Du coup, je me calme comme je peux avec la lune et les délires qui vont avec ! Après, les rapports dominant-dominé vont être assez ambigües. Ce serait trop facile que l'un soit le seul à tout maîtriser~ ! Ahhh… Arthur pirate… Un grand moment, ça aussi ! 8D Merci à toi de ton commentaire !

Aelig :

Toujours avec tes entrées discrètes et subtiles XD Je te reconnais bien là ! Quelle review complète ! Ca fait plaiz' ! Ok, j'avoue, Francis est un peu OOC, et je peine à rattraper le coup, mais si tu dis que ça reste lisible malgré ça, temps mieux ! Tu commences à te poser les bonnes questions, daaarling~ ! Je ne te dirais riiien ! Et dans peu de temps, je m'occuperais un peu plus d'Arthur et de sa vie (ce sera d'ailleurs là que le scénario d'origine réapparaitra XD) Merci pour touuut ! *keur*

Mad H.W :

Euh… je… je… *part en courant dans tous les sens* blblblblblbl ! Bref ! Que tu review tard ou pas, je reste contente d'avoir ton avis (qui m'est aussi précieux que ceux des autres). Ça fait plaisir de te revoir, en tout cas ! Thuthur un peu jaloux ? Hummmmm~ ! L'idée me plaiiit~ ! Han ! Mais c'est trop tôôôôt ! Nyah ! /brique/ Bon, façon, on verra bien comment ça évoluera ! Bizou à toi ! Et merci ! (P.S : désolée d'avance… tu es trop perspicace pour moi XD)

Bon ! Ceci étant dit, il est temps de vous envoyer la sauce ! Par contre, quelques consignes avant la lecture :

1_ Il est interdit de lancer des œufs sur l'auteure

2_ Il est interdit de lancer des tomates sur l'auteure

3_ En fait, soyez gentils avec l'auteure, même si elle a fait du nawak'

Et sur ce… bonne lecture ! *part se cacher dans un bunker pour échapper à la colère des lecteurs*

P.S : Et rien n'est à moi ! (genre même plus le scénar' tellement ça part en couille)


Chapitre IV :

Ça s'était fini en partie de baise.

Sans manquer de s'insulter lui-même, Francis s'était assis sur son lit, les bras croisés autour de ses genoux et la tête dans les bras. La douce couverture tombait sur ses hanches, dissimulant sa nudité totale et il commençait à peine à déprimer. Sa chambre à coucher était emprunte d'une forte odeur de sexe et il avait vu au sol un préservatif utilisé, pour bien lui faire comprendre qu'il avait encore grave déconné. Sachant que son corps était totalement détendu et satisfait, il avait encore dû réveiller la bête en lui pour satisfaire absolument tous ses désirs. Voilà pourquoi il ne sortait qu'avec Antonio et Gilbert le soir, en temps normal. Ils avaient arrêtés les plans à trois depuis quelques mois et ne s'en portaient pas plus mal. Apparemment, ses deux meilleurs amis étaient chacun sur un coup.

Pour Antonio, il s'agissait apparemment d'un certain Lovino, travaillant au bureau de la comptabilité, et ça faisait déjà deux mois que l'Espagnol lui courrait après et parvenait parfois à le coincer. Ils ne travaillaient pas du tout dans le même service, au point où on se demandait comment Antonio avait réussi à lui mettre le grappin dessus. Et du même coup, ça noyait pas mal le problème des relations de bureau puisqu'ils étaient du même grade et ne bossait pas ensembles. Relation normale et à peu près saine, quoi.

Quant à Gilbert, c'était une énigme complète. Pour se donner de l'importance, il avait tenu à entretenir le mystère sur ses amourettes (mais Francis supposait que c'était surtout parce qu'il galérait à arriver à ses fins) et passait son temps à rire en disant que ce n'était plus qu'une question de temps. Il avait réussi à tenir sa langue sur le nom, le physique et la personnalité de son ou sa proie. En même temps, s'il avait commencé à faire l'éloge de cet inconnu(e), il y avait fort à parier que son jugement aurait été faussé.

Et pour Francis… c'était particulier. Et il ne voulait vraiment pas s'étendre sur les questions épineuses de sa vie amoureuse.

Quoiqu'il en soit, le problème était là, dans son lit, à côté de lui, à respirer avec le souffle profond et lent du sommeil, les poings clos près de son visage détendu et de ses yeux fermés, dont les cils légers tremblotaient sous les coups d'un songe qu'on ne pouvait qu'espérer doux.

Son petit Matthieu.

Il jura silencieusement.

Ça aurait été un parfait inconnu, il n'en aurait pas fait tout un plat, mais puisqu'il s'agissait de son petit protégé, de l'adolescent qu'il avait pris sous son aile, tout de suite il se sentait un peu plus criminel. Surtout qu'il craignait d'avoir fait du mal aux sentiments du Canadien. Coucher avec quelqu'un à cause de l'alcool lui ferait sûrement mal au cœur, surtout que Matthieu était sensible. Il pourrait se sentir honteux ou gêné de ce qu'il s'était passé. Et si avec ça, son travail en pâtissait… Quel merdier !

Et pourtant, Francis faisait très attention à ce qu'il buvait, normalement. Que s'était-il passé la veille pour qu'il picole sans faire attention aux quantités ? Parce que, soyons honnête, il ne se souvenait d'absolument RIEN concernant ses aventures au bar. Lui qui aimait contrôler ses écarts, il s'était bien fait avoir. Et maintenant, le voilà dans une belle merde. Comment allait-il expliquer son geste ? Puis à Matthieu, parmi tous…

Par pudeur, Francis se rééquipa de son boxer, seul vêtement qu'il avait retrouvé dans ce désordre, car le reste devait avoir été abandonné dans l'entrée. Il avait dû être impatient au point de déshabiller son partenaire dès le couloir, où il devait y avoir un bordel monstre à l'heure actuelle.

Francis attendit patiemment que son petit protégé se réveille, sachant que ce serait une grave erreur de le laisser émerger seul, dans un lit froid, où il se perdrait peut-être dans des idées noires, celles qu'on avait toujours après une nuit à coucher avec quelqu'un qu'on avait pas forcément prévu de se taper à la base. Et le pire, c'était qu'il n'avait absolument aucun souvenir de si ça avait été bien ou pas. Si ça se trouve, il avait fait sa bête et beaucoup de mal au pauvre Canadien. Manquerait plus que ça.

La silhouette s'étira, apparemment bien installée dans son lit – et pour cause, ce matelas de qualité était fait pour se modeler à la silhouette du corps et… bref – et ses grands yeux bleu-violacés clignotèrent rythmiquement. La confrontation arrivait.

Matthieu fronça des sourcils, son cerveau peinant à comprendre ce qu'il foutait dans les mêmes draps que son bienfaiteur, et il se redressa un peu, la bouche ouverte pour parler, avant de s'apercevoir que la couverture glissante le laissait nu, exhibé à un regard assez embarrassé. Par réflexe, il reprit la couette d'une main pour la relever sur son torse et se cacher, utilisant l'autre pour rester redresser. L'information peinait à faire son chemin dans son cerveau.

Francis prit un instant pour constater les marques qu'il avait laissé à sa pauvre victime (de ce qu'il voyait de son corps, en tout cas). A ce stade, on ne pouvait même pas dire qu'il l'avait marqué d'un ou deux suçon, mais plutôt qu'il lui avait ravagé la gorge comme un loup sur une biche. Merde, mais s'était-il pris pour un monstre ou son petit-ami pour lui avoir laissé des traces aussi visibles ?

« Euh… »

Oui, ça résumait bien la situation.

« Pardon ! »

Matthieu s'était recouché et caché avec les draps, comme une petite boule. Ça n'allait pas être facile de le rebooster après ça.

« Redresse-toi, Matthieu, tu n'as pas à t'excuser. C'est de ma faute… Normalement, je ne bois pas autant.

_ Non, c'est moi… Je… je suis désolé ».

A ce rythme-là, ils étaient bien partis pour s'accabler encore un bon bout de temps. Il était temps pour Francis de jouer à l'adulte mature, ne serait-ce que pour montrer l'exemple. De toute façon, il fallait bien trancher la question.

« J'espère que je ne t'ai pas heurté… je veux dire… dans ton intégrité physique.

_ Non ! Non, pas du tout ! Je veux dire, si on en est arrivé là, c'était plutôt parce que j'ai dû me laisser faire… si ça se trouve, c'est moi qui ait commencé…

_ Je ne saurais pas te dire, la soirée d'hier a disparu quelque part dans mon esprit… En tout cas, je ne veux pas que tu t'imagines que…

_ Non, non, non ! Je ne m'imagine rien ! Je sais que tu es quelqu'un de foncièrement honnête et je serais horrible de… de penser que tu aies pu vouloir… enfin… ! Ce n'est pas ton genre de… de… Surtout que tu ne penses jamais à toi et toujours aux autres… enfin… je sais que tu n'y es pour rien ».

Francis allait finir par regretter son train de vie et sa mauvaise mentalité… C'était le contrepoint à toujours paraitre parfait, il devait mentir éhontément à ses proches. Au moins, il était rassuré que le petit ne le déteste pas, et au contraire, il ventait ses louanges – enfin, ce qu'il croyait être des louanges.

Un petit silence gêné débuta. Apparemment, Matthieu avait mal aux reins, vu comment il se les massait douloureusement, mais il essayait de le cacher par pudeur. Comme on pouvait s'y attendre, Francis n'y était pas allé de main morte. Et vu le regard fuyant du Canadien, celui-ci avait encore quelque chose sur la conscience, qu'il hésitait à partager. Par politesse, le Français n'osa pas le presser, mais c'était peut-être ce qu'attendait Matthieu. Il était du genre à souhaiter qu'on le pousse pour ne pas être envahissant. Oui, mais si ce n'était pas le cas… Ah, complexe…

En ravalant sa salive d'un air coupable, Matthieu avait commencé à ouvrir la bouche, sûrement pour se confesser de quelque chose, quand une sonnerie brusque retentit, le coupant dans son élan.

Le téléphone de Francis.

Celui-ci se tordit nerveusement vers le sol, tâtant à la recherche de l'objet incriminé. Ça ne pouvait pas plus mal et bien tomber à la fois.

Oh merde.

Arthur, bien sûr.

Avec Matthieu à côté, dans une pièce silencieuse, c'était dangereux. On a tous déjà entendu la conversation d'une personne au téléphone à côté de nous, surtout quand il n'y a aucun bruit aux alentours… Le moindre mot de travers… et ça pouvait flancher. Francis pourrait sortir mais… c'était presque sale de couper une discussion sérieuse pour un coup de fil…

Il décrocha mais ne laissa pas le temps à son interlocuteur de commencer à parler.

« Kirkland ? Que puis-je pour vous ? »

Arthur fit silence, comprenant le message. L'emploi du nom de famille signifiait bien qu'il n'était pas seul. Il y eut donc comme un son d'autocensure à l'autre bout du fil, puis un petit silence de compréhension. De son côté, Matthieu s'était tendu et avait même resserré sa couverture sur son corps, comme gêné à l'idée que le grand patron puisse le voir à travers le téléphone.

Francis se rendit compte que, vraiment, quelque chose n'allait pas dans cette situation. Qu'il commette l'erreur de coucher avec Matthieu, soit, ils s'étaient tous les deux repentis de cette folie commise sous les coups de l'alcool. Mais que le véritable amant de Francis appelle à ce moment-là, ça la foutait mal. Encore heureux qu'ils n'avaient aucun compte à se rendre sur le plan sentimental ou affectif.

« Bonnefoy, je suis désolé de te déranger de si bonne heure mais il y a un petit point du dossier que j'aimerais examiner avec toi. Et puisque nous devons le renvoyer le plus tôt possible, je me suis permis de t'appeler pour te dépêcher un peu.

_ Je comprends, monsieur. Je serais au bureau dans trois quart d'heure.

_ Parfait. A tout à l'heure, dans ce cas.

_ Au revoir, monsieur ».

Il avait maintenant une excuse pour s'en aller.

Francis offrit un regard désolé à son ami, qui sembla se détendre à son tour. Etait-ce vraiment Kirkland qui le mettait dans cet état ? En même temps, il s'était récemment fait tirer les oreilles, ça lui avait laissé des marques. Francis n'espérait qu'une chose : que Matthieu ne se sente pas mal à l'aise après cette nuit. A coup sûr, les choses finiront par s'oublier, mais en attendant, il fallait trouver la force de vaincre cet embarra. Rester un peu à distance, par exemple.

Il sortit du lit en montrant du doigt la salle de bain pour prévenir son subordonné de faire comme chez lui. Il lui avait même laissé la clé, qu'il lui rendrait plus tard, afin qu'il puisse prendre tout son temps pour se laver et manger. Lui n'aurait aucun mal à faire comme si de rien n'était. Mais au moins, cette mésaventure l'avait refroidi. Au moment où il avait remis en marche sa sexualité en acceptant les désirs de son patron, il avait commis cette erreur avec Matthieu. Si ça, ce n'était pas une mise en garde… Peut-être s'était-il un peu emballé et, sous prétexte qu'il avait réussi à se mettre Arthur dans la poche, il avait crû que le monde était à lui et qu'il pouvait faire ce qu'il voulait.

A l'avenir, Francis se devait de rester maître de lui-même, nuit comprise. Il marchait sur une corde raide alors hors de question de tout foutre en l'air à force de forniquer à droite à gauche. S'il devait attirer l'attention, il ne devait pas le faire de cette façon.

Après une douche rapide et un maigre petit déjeuner, il bondit dans les transports en commun pour rejoindre son bureau. Il se souvint l'avoir quitté la veille avec le cœur gros, un peu comme l'annonciation de sa bêtise, alors une douce sensation de quiétude l'envahit lorsqu'il monta dans l'immense ascenseur de verre. Pendant quelques temps, il allait se tenir à carreaux. Sauf avec son amant, mais ça c'était une autre paire de manche.

Alors que les étages défilaient, il reçut un SMS et ne prit pas plus de temps pour le lire, inquiet pour quelques raisons évidentes. Pourtant, ce n'était pas le moment de devenir parano. Surtout pas maintenant.

« Monsieur Bonnefoy,

Les choses se présentent très mal pour notre affaire. La Justice ne semble pas juger vos arguments comme « suffisant » pour l'instant, surtout face à ceux de la partie adverse. Mais rien n'est encore joué. Si le procès échoue, vous pourrez toujours faire appel ».

Il arrêta de lire et se retint de balancer son téléphone contre la vitre. Non, il n'échouerait pas. Il baiserait la Justice avec délice, cette salope de pseudo-Justice, incapable de le comprendre et de se battre pour lui.

Francis était maintenant dans une colère noire. Ses bras tremblaient et il était à deux doigts de briser son téléphone dans ses mains. Comme s'il avait besoin de ce genre de problème en ce moment. Déjà qu'il était mal à l'aise suite à sa partie de baise avec son pauvre Matthieu, il ne voyait pas trop comment il allait trouver la force de sourire pendant cette journée qui n'avait même pas encore commencée.

Son front se posa sur la vitre froide et il fusilla le soleil à peine apparu du regard, comme s'il voulait lui mettre toutes ses misères sur le dos. Mais puisqu'il commençait à avoir mal aux yeux, il fut forcé de regarder ailleurs, non sans un certain énervement. Il devait se détendre. S'il voulait gagner, le calme devait être son mot d'ordre. Puis, il avait ses chances.

Un sourire malicieux germa sur ses lèvres. Toujours se méfier du loup, même lorsqu'il se fait passer pour l'agneau.

Les portes s'ouvrirent et ce fut avec un sourire rayonnant qu'il s'avança en direction du bureau de son patron. A croire qu'Arthur dormait au travail. Comme prévu, il n'y avait pas grand monde à cette heure. Les employés préféraient commencer plus tard et finir plus tard, ce qui était parfaitement normal en soi. Parfait, un peu de silence lui ferait du bien. En plus, il ignorait si Arthur l'avait vraiment fait venir pour cette histoire de dossier ou si ce n'était qu'une excuse.

Il tapa donc à sa porte en faisant bien attention d'avoir l'air frais et tranquille.

« Entrez ».

Au moment où il pénétra dans la pièce, il sut qu'Arthur allait se foutre de sa gueule.

Il était assis à son bureau, les mains derrière la tête pour s'accouder nonchalamment à son fauteuil, puis les pieds sur la table, et surtout, il le regardait avec un tel sourire d'hyène amusée que s'en était énervant. C'était bien la première fois que Francis le voyait s'égayer et le montrer ouvertement.

« Eh bien, eh bien, Francis… Tu n'as pas passé la nuit seul, à ce que je vois. Ne me dis pas que c'est ce petit stagiaire avec lequel tu es parti hier ?

_ En quoi se serait gênant ?

_ Ce n'est pas gênant une seule seconde. C'est juste… drôle.

_ Ne te fous pas de moi, je te prie.

_ Laisse-moi m'amuser un peu. Depuis tes aveux de la dernière fois, t'observer deviens le passe-temps le plus jouissif qui soit ».

Francis eut un peu de mal à assimiler pleinement cette phrase, qu'il ne savait pas trop comment prendre. Qu'il soit un jouet entre les mains de Kirkland ne faisait pas un pli et il s'en fichait pas mal, mais qu'il le lui sorte de bout-en-blanc comme ça… c'était perturbant. Depuis leur accord sur cette histoire de bon temps contre argent, Arthur avait semblé revivre, mais là il se lâchait complètement. Francis aurait plutôt pensé que l'Anglais mette du temps à se décoincer un peu, or il en était déjà à pavaner devant lui comme un enfant, à remettre subtilement en doute ses agissements, sourire aux lèvres. Il s'amusait vraiment. A vrai dire, Kirkland jouissait du pouvoir hautement masturbatoire de savoir quelque chose que les autres ignoraient. En lui dévoilant son secret, juste en le mettant dans la confidence, Francis avait fait d'Arthur un être supérieur aux autres. Il pouvait tous les avoir avec ses faux-semblants, tous. Sauf lui. Et Arthur s'amusait de voir Francis se perdre à son propre jeu.

« Bref, pourquoi m'as-tu fait venir ?

_ Je te l'ai dit, il faut qu'on retravaille un dernier point sur le dossier avant de le renvoyer ».

Donc, son travail n'était pas si parfait que ça. Francis était déçu, c'était la première fois qu'on le reprenait. Lorsqu'Arthur lui fit un petit geste pour lui demander d'approcher et de regarder ça avec lui, il contourna le bureau pour se pencher au-dessus de son épaule, d'ores-et-déjà concentré – et il n'avait besoin d'aucun effort pour reprendre une attitude professionnel. Le travail avant tout.

Cependant, il vit une main bondir vers lui et le retourner d'un coup sec contre le bureau, en appuyant bien fort sur son torse. Complètement sonné, il se mit à percevoir le son rythmique d'un rire aussi joyeux que sincère au-dessus de lui. Lorsqu'il reprit ses esprits, il avait Arthur penché sur lui et quelques outils de travail qui lui plantaient le dos – et le reste était au sol. Ses yeux clignèrent avec ébahissement, déjà parce qu'il s'était fait retourner comme une crêpe, puis parce que voir Arthur rire était tout de même un sacré phénomène.

« Mais qu'est-ce qui te prend ? grogna-t-il.

_ Je. T'ai. Eu ».

Avec ce regard langoureux et passionné, Arthur avait quelque chose de l'ordre du prédateur sexuel. Francis voulait bien concevoir qu'il soit frustré dans sa vie de merde et que se lâcher avec un amant le rendait entreprenant, mais il ne s'était pas attendu à ce genre de rapport de force. Ça voulait donc dire qu'il avait attendu longtemps pour se libérer comme ça. Un peu comme la cocotte-minute qui explose à force de bouillir. A moins qu'il ne soit plus attiré par le jeu et le danger que par le sexe en lui-même. Ça ne serait pas bien choquant, vu le personnage.

Francis se rendait bien compte qu'Arthur était une entité qu'il ne maîtrisait pas assez. Il avait accepté ce contrat pour des soucis financiers, et un peu par plaisir, mais il ne se faisait pas d'illusion. Plus il apprendrait à connaitre son partenaire et plus ils seront à même de garder le secret. En restant inconnus, ils pouvaient développer une paranoïa, à ne pas savoir ce que pense l'autre… Francis avait donc tout intérêt à s'intéresser un peu plus aux états d'âme de ce diablotin, au moins pour savoir à quoi s'attendre et dans quel genre de piège il était tombé.

« Tu prends beaucoup de libertés, Arthur… J'ai l'impression qu'on m'a menti sur la marchandise.

_ Pourquoi donc ? sourit le Britannique en laissant courir son doigt sur le visage un peu revêche de son employé. Tu t'attendais à ce que je reste cette pauvre bête perdue comme l'autre soir ? Tu as accepté de me sauver, Francis… Alors… je vais me montrer comme je rêve d'être, tout simplement ».

Il en attendait donc beaucoup de cette relation.

« Et puis… tu es tellement divertissant. Avec ta bouille d'ange et tes sourires faux, tu fais semblant d'être parfait pour cacher que tu te prends pour le roi du monde. Mais pourquoi t'être tapé ce pauvre stagiaire ? Il ne t'apportera rien. A moins que… »

Allongé sur le bureau, Francis essayait de ne pas apprécier ce corps qui glissait sur lui pour le plaquer sensuellement, le regard faisant mine de réfléchir.

« Ne me dis pas que c'était involontaire ! »

Gêné, Francis tourna la tête sur le côté, les joues un peu roses. Pas la peine de lui rappeler à quel point il avait merdé. Puis avec l'autre qui riait sur lui avec un air de pirate conquérant, ça la foutait mal. Surtout que ledit pirate conquérant se servait de lui comme amant juste histoire d'oublier qu'il vivait dans un capharnaüm de tous les diables. Et sa pauvre épouse qui ne se doutait de rien… Terrible situation que d'être cocu.

« Allez, ne boude pas, Francis.

_ Redescend donc de là, nous avons un dossier à retravailler.

_ Absolument pas.

_ Pardon ?

_ Je te l'ai pourtant dit hier : ton dossier est parfait à la virgule près ».

Très bien, donc là, il y avait un problème dans la mentalité d'Arthur. Un vrai problème.

« Tu m'expliques pourquoi tu m'as appelé si tôt et fais venir ici ?

_ Par curiosité.

_ … Par quoi… ?

_ C'était pour vérifier que tu respectais bien le contrat. Pour voir si, effectivement, tu plaquerais tout au moindre de mes appels pour me rejoindre, même sans savoir précisément si je t'appelle pour le contrat ou le travail. Et je dois dire que… »

L'Anglais lui attrapa la main et s'amusa à humidifier ses doigts avec sa langue.

« … je ne suis pas déçu que tu ais fais passer ton coup d'un soir après moi. C'est très glorifiant. Et j'adore ça ».

Kirkland était un vrai malade mental. A cheval entre l'enfant curieux et l'adulte dominateur, il venait de s'amuser à tester la bonne foi de son complice. Comme ça, pour le fun, histoire de voir s'il était sérieux lorsqu'il avait apposé sa signature sur les deux exemplaires de leur contrat perfide. Et maintenant, que faire ? S'enrager de ce mauvais tour ou admirer le caractère observateur et curieux de cet adorable enfant ? Francis n'était naturellement pas du genre à s'énerver, il avait plus à gagner à le regarder sucer ses doigts avec un regard sale.

Cependant, Arthur se redressa soudainement, remettant son costume en place comme s'il ne s'était rien passé. Il peigna même ses courts cheveux blonds vers l'arrière pour se donner un semblant de prestance. En clignant machinalement des yeux, Francis se redressa sur les coudes, suivant cette silhouette du regard en se disant que, vraiment, Kirkland était un original bien caché dans le moule, lui aussi.

« Puisque tu as bien géré ton dernier boulot, je vais te donner un autre dossier à corriger. Ça t'occupera sans trop te prendre la tête, en attendant que je ne trouve un vrai travail à te donner. Il serait bête de ne pas te confier de gros projet alors que tu es plutôt doué. Tu vois, Francis ? Même sans ton joli cul, tu as l'étoffe d'un chef. Ce serait dommage de te laisser sur le carreau.

_ Et toi ? Tu n'as pas besoin d'aide pour quelque chose ? »

Arthur rougit un peu de cette gentillesse mais secoua la tête, persuadé qu'il pouvait s'en sortir seul. Quel menteur. Il lui avait explicitement demandé de le « sauver » mais refusait son aide. Arthur puait le paradoxe et l'incertitude à plein nez. Francis se ferait une obligation que de le décharger de certaines responsabilités. Ne manquerait plus que l'Anglais ne se retrouve face à une fenêtre ouverte.

« Arthur, je te rappelle que si tu as bien un allié ici, c'est moi ».

Allié ou complice. Au choix. De toute façon, le résultat était le même.

« Je… ferais appel à toi si je sens que j'en ai trop.

_ J'apprécierais, oui ».

Leur relation venait curieusement de passer dans quelque chose de paternel. En même temps, Kirkland avait toujours un côté enfantin et il ne prenait pas soin de lui. Evidemment que Francis avait envie de lui faire la morale. Certes, il en voulait à son argent, mais sa vie restait très précieuse. Un Kirkland vivant était plus intéressant qu'un Kirkland mort. Et cet idiot était prêt à tout garder pour lui par devoir ou par bêtise, jusqu'au burn-out. Ça n'allait pas se passer comme ça !

« Surtout que je sais que tu meurs d'envie de me voir, susurra le Français à son oreille. Alors ne te gêne pas ~ »

Arthur s'écarta en rougissant furieusement, les mains sur l'oreille où le souffle de son amant semblait encore présent. C'était à se demander où était passé le conquérant de tout à l'heure. En songeant à cette binarité de caractère, Francis sentit son affection pour cette pauvre créature grandir. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi divertissant et adorable. Ce serait bête que ce cher Kirkland se tue à la tâche.

Avec un regard séduisant laissant entendre qu'il attendait impatiemment son appel, Francis quitta le bureau en laissant un Anglais tout timide dedans. Il avait dit qu'il voulait se montrer sous son vrai jour, parfait. Si son vrai caractère passait par un mélange entre la puissance et la candeur, ce n'en était que plus agréable. Francis avait toujours eu un grand respect pour les esprits complexes comme celui d'Arthur, parce qu'il savait qu'il serait toujours pris par surprise d'une manière ou d'une autre. Avec Kirkland, il allait se payer du bon temps.

A vrai dire, il souriait de bon cœur. Après avoir reçu ce fameux SMS, Francis s'était senti choir dans l'agacement et la frustration, mais le simple fait de parler avec Arthur lui avait fait du bien. Surtout, rester optimiste. Que ce soit l'Anglais ou lui, ils avaient tous les deux des problèmes à régler et, ce qui était absolument fabuleux, c'était qu'ils pouvaient chacun aider l'autre à les régler. Pour Francis, c'était le cas, et puisqu'il se faisait une affaire d'aider son patron, il espérait lui rendre la pareille.

Un autre SMS lui parvint. Avec un sourire odieux, il le lut et le relut, et le refit au moins cinq fois, le regard amer mais toujours sûr de lui. Il se battrait. Elle ne gagnera jamais contre lui. Il relut. Personne ne pouvait le vaincre sur le jeu des apparences. Il relut. Personne n'avait le droit de se mettre entre lui et son but.

Il relut : « Tu as perdu, Francis. Et j'ai gagné ».

Ses doigts pianotèrent alors qu'il souriait diaboliquement.

« Pauvre misérable… Tu es si sûre de toi que j'en plains ta chute prochaine. Et dire que je ne serais même pas là pour te ramasser… »

Il reçut vite une réponse mais la snoba, pas du tout intéressé par le fait de se prendre la tête avec cet individu abject. Son téléphone retrouva sa place dans une poche de son pantalon, puis il navigua joyeusement vers son bureau, l'esprit en paix. Arrivé à bon port, il abaissa la poignée et pénétra tranquillement, avant de bondir de surprise en voyant que quelqu'un y était déjà. Le cœur battant, il se claqua le visage pour se remettre de cette frayeur idiote, et ferma la porte derrière lui.

« Bordel, Antonio… Comment t'es rentré ?

_ J'ai forcé la serrure ! »

Encore un original. C'était à se demander comment fonctionnait cette entreprise.

L'Espagnol se leva du fauteuil où il avait élu domicile et alla passer son bras autour des épaules de son frère de cœur pour l'amener à prendre place sur son siège, un grand sourire aux lèvres. Suspect, ça.

« Faut qu'on parle, toi et moi ».

Un instant, Francis eut peur que cette fouine ait découvert son crime avec leur boss, et une sueur froide lui glissa dans la nuque. Avec le maximum de retenue possible, il garda son sang-froid et s'assis calmement, les jambes et les doigts croisés. Son meilleur ami attrapa la chaise prévue pour les invités et prit place de l'autre côté du bureau, le fixant les yeux dans les yeux. Ok, là, il était vraiment inquiétant.

« Il se passe un truc pas net dans ce service, camarado ».

Que savait-il au juste ? Avait-il laissé courir son oreille là où il ne fallait pas ? Comment avait-il réussi à les découvrir aussi vite ? Non, il ne fallait pas se précipiter et sauter aux conclusions hâtives.

« Je t'écoute, Tonio.

_ En fait, c'est un peu délicat… »

Oh bordel, il rougissait nerveusement et baissais la tête. Antonio savait ! Il savait tout !

« Tonio, je…

_ Je n'ai aucune preuve de ce que j'avance mais quelque chose cloche avec nos concurrents ».

Il avait lâché le morceau. Francis fronça les sourcils pour bien digérer ce début d'information. « Aucune preuve » ? « Concurrents » ? De quoi parlait-il ? Quel rapport avec sa relation avec Arthur ? Et s'il s'était fourvoyé ? Oui, a bien y réfléchir, Antonio ne savait probablement rien et Francis s'était monté à la tête tout seul. Il soupira.

« Ok… Je ne comprends absolument pas de quoi tu parles alors soit plus clair, s'il-te-plait.

_ Nous avons été doublés sur un projet par une entreprise concurrente. Je m'en suis rendue compte récemment en épluchant les livrets de compte et la presse. Ce qui est étrange, c'est que ce projet ne relevait pas du domaine public, seuls nos agents étaient au courant. Et je ne te parle même pas du contenu. Un gros morceau qui nous aurait rapporté pas mal de bénéfices. Et pouf ! Comme par hasard, on se fait doubler sur ce même projet secret par nos opposants !

_ T'es en train de dire qu'il y a un traître dans la boîte ? »

Antonio lui fit un regard attristé qui témoignait bien de ce qu'il pensait de cette affaire. A coup sûr, ce n'étaient pas des paroles en l'air. Il avait épluché des documents pour en arriver à cette conclusion, aussi terrible soit-elle.

« Qui est au courant ?

_ Toi. Et c'est tout.

_ Oh~ ! Mais qui te dit que ce n'est pas moi, le traître ? »

L'Espagnol lui fit les gros yeux avec un sourire qui laissait entendre que la blague était déplacée. S'il savait quel genre de traître il était…

« Si je suis venu t'en parler, c'est parce que le traître est très certainement dans ton service. Avant la journée d'hier, j'hésitais. Le coupable est sous la coupe de Kirkland, c'est sûr. Le service de Gilbert n'avait pas accès au dossier, et aucun autre sous-directeur à part Kirkland n'avait mis son équipe sous le coup. Mais il domine une bonne grosse partie de la boite, ça fait beaucoup de suspects. Donc, j'ai fouillé un peu plus loin et j'ai découvert que l'équipe de Ludwig Beilschmidt avait été retirée du dossier afin de s'occuper d'un autre projet assez bouillant… et, parmi tous les cadres supérieurs, tu es le seul à qui on a refilé l'intégralité du projet, avec tous les détails – détails que j'ai retrouvé chez nos concurrents.

_ Oh merde… Mais j'ai plus d'une centaine de subordonnés, sans parler des stagiaires et des contacts que j'entretiens avec les ressources humaines et la comptabilité. Il n'y a pas que mon équipe, j'ai mêlé beaucoup de monde dans cette histoire, comme d'habitude… Merde… Qu'est-ce que je vais faire… ? C'est une honte…

_ Je vais continuer de fouiller. Tu devrais en parler avec Kirkland, même. Il pourra te fournir les CV de nos employés.

_ Bonne idée. Merci, Tonio. Moi qui croyais que tu n'en foutais pas une… tu aurais pu me dire que tu bossais au lieu de me faire des canulars téléphoniques !

_ C'était drôle ! Puis fallait que je m'occupe en attendant de télécharger les comptes de nos concurrents.

_ Avant de quoi… ?

_ Ahah ! Il faut que j'y aille ! »

L'Espagnol s'enfuit en riant, sur ces bonnes paroles, laissant son directeur lui courir après en lui ordonnant de revenir. En bon idiot, il ne l'écouta pas et Francis se retrouva seul en plein milieu d'un couloir, avec un problème grave sur les bras. Lui qui pensais qu'une vie en entreprise devait être calme, il se passait un peu trop de choses autour de lui, en ce moment. Les employés autour de lui ricanèrent gentiment de le voir s'être fait dépassé par ce foutu Espagnol qui courait trop vite. Ce n'était que partie remise. Reprenant son sourire bienfaiteur, il rit de bon cœur pour partager la bonne humeur des autres et obtint des encouragements pour un jour canaliser son frère de cœur. Donc, à nouveau, il s'était fait remarqué dans le bon sens du terme. Parfait.

Mais il était loin de se douter de ce qui allait lui arriver.

Telle une tornade, Gilbert apparut d'un couloir voisin, une expression de colère dans le regard, et il semblait que ses yeux rougeoyants le fusillaient du regard. Sous des cris outrés, il poussa les gens qui passaient devant lui avant d'attraper Francis par le col, l'étranglant presque d'un même geste.

Mais qu'est-ce qui se passait ? Son meilleur ami était en train de bouillir de l'intérieur et était à deux doigts de le tuer sur place.

Le Français se sentit tirer par cet Allemand enragé, qui ne pipa mot, lançant des regards mauvais à quiconque essayait de le raisonner. Maltraitance sur des employés, ça pourrait lui coûter cher. Derrière eux, Matthieu venait d'arriver, le regard larmoyant, pressant Gilbert d'arrêter ça. Mais il se fit superbement ignorer. Trop concentré sur lui-même, Gil le tira dans les couloirs, toujours en le tenant par la gorge.

« Arrêtez ! Beilschmidt, s'il-vous-plait ! »

Matthieu s'était accroché à son autre bras mais il ne fallait pas sous-estimer la force du Germanique, abonné à la salle de musculation.

Attiré par les cris et les indignations, Arthur déboula à son tour dans le couloir, faisant barrage de son corps pour arrêter Gilbert. Celui-ci se résolut à stopper sa marche, car Arthur était du même rang que lui et serait le plus à même ici de lui mettre des bâtons dans les roues. Surtout qu'à voir sa tête, il était à deux doigts de l'étriper.

« Beilschmidt, ça suffit ! Lâchez-le !

_ Dégage, Kirkland, ce ne sont pas tes affaires.

_ Bien sûr que si. C'est mon subordonné que vous maltraitez !

_ On va juste discuter.

_ Ne me faites pas rire, vous êtes en train de l'étrangler ! »

Les gens autour ne savaient pas trop où se mettre. Beaucoup étaient dérangés par les sons étouffés que produisait le Français, qui leur faisaient redouter le pire. Lui se souviendrait longtemps de la poigne de fer de son ami. Et il assistait en impuissant à un conflit interne pas très rassurant. Qu'avait-il fait pour s'attirer les foudres de Gilbert ?

Depuis l'angle assez dangereux où était sa nuque, il voyait le regard noir, empli de fureur d'Arthur, qui était à deux doigts de faire sortir de la fumée par ses narines. Oups, la toute puissante colère de sir Arthur Kirkland n'était plus très loin… Et celui-ci venait de tendre la main devant lui comme s'il exigeait qu'on lui restitue son bien.

« Rend-le-moi ».

L'ordre était tellement acide que la température chuta d'un ou deux degrés. Seul Francis avait réellement conscience de la double-signification de cette injonction, mais il stressait à l'idée qu'on puisse les découvrir. Avec un peu de chance, personne ne ferait le lien, et ils se persuaderont tous que ce n'était qu'un abus de langage.

Le regard verdoyant du Britannique glissa ensuite vers Matthieu, qui baissa la tête en rougissant.

« Décidemment, Williams, vous vous faites beaucoup remarquer en ce moment. Et pas dans le bon sens du terme ».

La menace à peine voilée provoqua un autre malaise général, qui fit sourciller l'Allemand avec agacement. C'est qu'Arthur pouvait être monstrueux et acerbe quand il le voulait. Et là, il avait des raisons de l'être. C'était sa chose qui était en train de se faire maltraiter par son égal hiérarchique.

Gilbert avança vers lui avec la ferme intention d'obtenir son droit de passage par la force, toujours avec Matthieu accroché à son bras libre. A ce moment-là, Francis consentit à faire quelque chose pour rattraper ce bazar.

« C'est bon, Kirkland. Ça va aller, laisse-le faire ».

Arthur cligna des yeux, surpris, et il en fut de même pour Gilbert, qui s'attendait plutôt à de la résistance de sa part.

« On va aller s'expliquer, d'accord ? Gil, promet-nous simplement que tu vas te calmer.

_ Je viens aussi ! s'exclama Matthieu. Je suis responsable de cette situation et… j'ai des choses à avouer…

_ Gil…, poursuivit le Français. Il faut qu'on en discute au calme. Mon bureau ou ton bureau ?

_ … Tss… Le tien ».

Les bras croisés sans masquer son énervement, Arthur résolut à s'écarter, frustré de cette défaite qu'on lui infligeait. Mais il faisait suffisamment confiance à la débrouillardise et à l'opportunisme de Francis pour mener à bien cette situation, qui pouvait sûrement s'en sortir sans soucis. De toute façon, avec le Canadien dans la pièce, on pouvait espérer que Beilschmidt prenne sur lui pour rester digne. Un minimum.

Francis fut donc violemment jeté dans son bureau, avec un cri outré de la part de Matthieu, qui ne put empêcher son patron énervé de claquer vivement la porte du bureau pour les empêcher de sortir.

« J'attends des explications, Francis ».

Ça commençait mal. Pour que Gil laisse tomber le « Franny » et privilégie son vrai prénom, c'était qu'il était sérieusement remonté.

« Je suis prêt à t'expliquer ce que tu veux mais dis-moi avant quel est le problème.

_ Tu sais très bien quel est le problème !

_ Bien sûr que non ! »

Matthieu tremblota comme une feuille en automne, une main placée autour de sa gorge marquée.

« Il sait pour nous…, dit-il juste ».

Francis cligna des yeux. Ok, bon… Francis s'était peut-être un tapé le stagiaire que Gil et lui avaient en commun, mais ça ne justifiait pas ce genre de mauvais traitement sur sa personne ! A moins que… oh !

« Je viens de comprendre ! s'exclama-t-il. Le mystérieux inconnu que tu te tues à séduire depuis des mois, c'est Matthieu ! Mais quel con, Gil ! T'aurais pu me prévenir au lieu de garder tes amourettes pour toi ! J'aurais fait plus attention ! »

A son tour, Gilbert sembla rougir furieusement et commença à battre l'air de ses mains.

« Abagadaaaa… naa ! C-c'est p-pas… Je suis pas… c'est pas une amourette que… ! »

Alors que le Canadien rougissait en se prenant la tête dans les mains pour se retenir de se frapper (ou de frapper Gilbert, au choix), Francis posa fraternellement sa main sur l'épaule de son meilleur ami.

« Ecoute, mon vieux. On a bu et c'est arrivé tout seul, j'en suis désolé. Mais ne va pas t'imaginer que je cherche à te voler ta conquête amoureuse. D'ailleurs, si tu avais été plus clair, on n'en serait pas là. Je te rappelle que tu viens de nous afficher devant tout le monde pour tes conneries. Et Matthieu risque gros maintenant que Kirkland l'a pris en grippe. Crois-moi, j'ai déjà eu du mal la dernière fois à plaider pour son innocence, mais maintenant, j'ai intérêt à être très persuasif. Alors, la prochaine fois, fais comme Tonio : dis-nous à qui tu fais la cour et tout ira pour le mieux.

_ Mais… je… Tu… Attend… Vous avez… bu ?

_ Bien sûr. Tu ne pensais pas que je me jetterais naturellement sur lui comme un animal, j'espère. Je ne suis pas une bête ».

Il eut un sourire ironique qu'il dissimula du mieux qu'il put. Quant à Gil, il se pinçait l'arête du nez en soupirant, le corps commençant à se détendre.

« Je te connais, Franny, tu ne picoles jamais comme un trou, sauf avec nous. Alors va m'expliquer ce qui t'a pris.

_ C'est ma faute, coupa sèchement Matthieu en avançant vers eux. Je l'ai fait boire volontairement et j'ai provoqué ce qu'il s'est passé en toute connaissance de cause ».

Les deux meilleurs amis le fixèrent avec des yeux écarquillés, pas sûrs de ce qu'ils venaient d'entendre. Y avait complot, là.

« Pardon ?

_ Vous avez bien entendus, tous les deux. J'ai insisté toute la soirée pour payer des tournées à Francis et le faire boire jusqu'à plus soif. Il était tellement passionné par notre discussion qu'il ne s'en est pas aperçu.

_ Mais…, balbutia Gil – le seul des deux encore capable d'articuler un mot –, mais… pourquoi… ? Alors que tu savais que je…

_ Parce que vous me prenez toujours pour votre jouet, coupa le Canadien en gonflant les joues. Vous passez vos journées à m'envoyer faire des corvées qui n'enrichissent pas mon expérience salariale et, juste après, vous essayez d'être gentil et de me dire des choses… des choses… que vous ne devriez pas me dire. Alors voilà ! Je vous vous ai montré que je ne suis pas l'objet débile de vos caprices ! J'ai une vie que je contrôle et je fais ce que j'en veux ! »

Déjà, pour Gilbert, le monde venait de s'écrouler. Il s'était fait avoir à cause de son côté trop envahissant et des conséquences de ses propres bêtises. S'il avait eu l'intelligence de mieux s'y prendre, d'être moins tyrannique, ça ne serait pas arrivé. Puis, pour Francis, son orgueil fut sévèrement touché. Parce qu'il s'était fait manipuler. Puis parce que le plan dont il avait été l'objet n'avait servi qu'à attaquer un de ses meilleurs amis. Il avait beau adorer Matthieu, être d'accord avec lui en disant que Gil en faisait trop (il avait même essayé de prévenir son crétin d'ami), là, il lui en voulait. Il devait y avoir d'autres moyens de rabattre le clapet de l'Allemand, des moyens autre qu'en se tapant son meilleur ami.

Et pourtant, c'était… rusé. Exactement le genre de sale coup dont Francis était capable. C'était même peut-être ça qui le dérangeait. Il ne voulait pas que son protégé devienne son sosie et imite ses mauvais plans. Que Matthieu ait également cette possibilité en lui de s'accaparer l'attention quand il le voulait en les montant les uns contre les autres… c'était dangereux. Francis ne voulait pas de cette vie pour lui, si jeune, si tendre, si doux. Ce n'était pas son cher Mattie qui se comportait de la sorte.

« Allez régler vos histoires de cul ailleurs que dans mon bureau, ordonna-t-il d'une voix sèche et amère.

_ Eh oh, Franny, je te rappelle que…

_ Gil, dégage. Tu as bien compris comme moi ce qui s'était passé. Cette histoire ne me concerne plus alors barrez-vous… ».

Il fixa Matthieu d'un air sévère.

« … tous les deux ».

Ravalant sa salive en sentant qu'il avait fait quelque chose de terrible, le Canadien fit quelques pas en arrière en s'excusant platement, embarrassé comme jamais il ne l'avait été. Il lui faudrait du temps pour se faire à nouveau accepter par son bienfaiteur. Là, il avait trop merdé et devait lui laisser le temps de digérer cette trahison. Quand à Gilbert, il ressentit le malaise et consentit à quitter le bureau en tenant le Canadien par l'épaule, mimant un téléphone de sa main pour signifier à Francis qu'il le rappellerait.

Au sol, où Matthieu s'était trouvé quelques instants auparavant, se trouvait la clé de Francis, celle qu'il avait promis de lui rendre.


*sort la tête du bunker* O_O Euh… reviews~ ?

*repart se cacher*

J'ai rien à dire de plus ! Biz' !