L'homme et la bête

Salut, joyeuse troupe ! *se prend les pieds dans le tapis*

J'aime quand mes intro commencent bien, ça met du pep's pour la suite ! Bon, cette fois-ci, je suis honnête, je vais pas vous assommer de trucs inintéressants. Je n'ai RIEN à dire ! (sans doute parce que mes hors-sujets ont dû être fait dans le chapitre de 'Deux Cœurs brisés' que j'ai posté cette semaine XD du coup, j'ai vraiment rien à ajouter).

Enfin… à part que je vous adore tous et que le chocolat c'est délicieux, mais ça, c'est d'une telle évidence ! U.U

Soooo, reviews :

Aelig :

Les lemons, c'est les meilleurs moyens d'obtenir de l'audimat' ! *lunette de ministre* oui, j'ai potassé le sujet avant de lancer cette fic *se rend compte qu'elle dit de la merde* J'ai trouvé trop mignon ta réflexion sur le fait qu'Arthur et Francis agissent comme un couple ! Je ne l'avais pas réalisé, à vrai dire ! (Et là, on comprend en quoi les reviews des lecteurs sont IMPORTANTES QoQ) Tu m'as ouvert les yeux ! *regard larmoyant et philosophique* Je n'oublierais jamais ton aide ! *part courir devant un coucher de soleil*

Mimichan :

Je suis assez d'accord, les retournements, c'est le pied ! (même si j'ai dû t'insulter un million de fois sur Mi amore pour les coups de feels que tu m'as mis en pleine poire ! XD) Et bonne remarque de ta part ! Antonio ne perd JAMAIS de vue ses objectifs ! C'est un trait qui aura son importance dans ce semblant de scénario que j'ai tenté de mettre en place ! En tout cas, merci pour ta review ! Bisouuu !

Guimette :

Si seulement Arthur pouvait se calmer… si seulement… *soupire telle une diva* Mais ce serait trop simple ! Au moins, son côté mimi et jaloux est bien ressorti (je suis contente que ça t'ait plu, d'ailleurs). J'aime bien jouer sur les deux pans de sa personnalité ! Et puis, par rapport à ce que tu as dit : j'espère aussi que je ne vais pas me perdre dans tout ce capharnaüm… J'en serais bien capable… U.U'' Bref, merci !

Arsenall :

Tu m'as tué ! XD Les douches, tes persos préférés ? Mais qui diable est cet enfant qui fantasme sur la douche plutôt que sur les deux magnifiques mâles en train de se rouler des pelles en pleine action ?! /PAN/ Désolée, désolée… (courage pour ta relation familiale é.è j'espère que ça va aller pour toi) Et je me permets de répondre à ta question puisque c'est pas vraiment du spoil : oui, j'ai pris une Nation pour jouer l'épouse d'Arthur, mais j'ai pioché dans l'univers des Nyo! Hetalia. Comme ça, si elle est OOC, personne ne pourra me faire chier ! Niark *part comme un petit diablotin*

Flesh-Delirium :

Je commence à recevoir pas mal de demande pour une rencontre Francis/Femme d'Arthur… XD Je vous rassure, tout est prévu dans mon scénario, même si je risque de vous surprendre sur deux trois pitit, pitit, tout pitit détails… *gratte le sol avec son pied* Ton délire de l'horloge rectale m'a fait lagué deux bonnes minutes où je me disais « whaaaaaat ?! XD ». Du coup, merci de m'avoir fait rire ! (et bon courage si tu veux faire une prépa littéraire, je t'encourage de tout cœur !)

Asahi :

Gniaaaaaaaaaaaaaaah, ma petite Asahi qui review, je fonnnnnds ! *fond et meurt* Euh… pas trop, en fait *ressuscite* Ce Arthur jaloux t'excite, n'est-ce paaaas ? Mouahah ! Mais attend de vois ce que je vais foutre comme vice dans cette fic, là tu vas pleurer ! *se prend une brique* Non, non, je rigole, je rigole ! (ou pas) Je laisse le doute parce que je suis une méchante personne indigne de ton amour (ouais, ça part en dramaqueen ici… ça craint) Merci pour ton commentaire, je te kiss à la folie ! (puis je fuiiiiiis !)

Wouaaaaala !

Si les premiers chapitres de cette fic me semblaient trop rapides, là ça commence à trainer en longueur… Va falloir que je fasse avance un peu plus l'action parce que j'ai pleeeein de choses à faire avec ! Nierk ! Nierk ! Nierk ! Puis comme ça, je ne vous lasserai pas trop.

Alors, sur ces bonnes paroles, bonne lecture !


Chapitre VI :

Francis travaillait courageusement malgré sa fatigue évidente, due au manque de sommeil. On était vendredi matin, le week-end lui tendait les bras et ce ne serait pas de refus après les événements de la semaine (même si un certain Anglais allait souffrir de ce fameux week-end, de son côté). Il était assez tôt mais Francis tenait à finaliser un dossier sur lequel quelques membres de son équipe avaient travaillés depuis plusieurs semaines. Et franchement, il était fier d'eux, le boulot était presque nickel et rien n'avait été bâclé malgré le manque évident de temps. Kirkland allait être content de recevoir ça.

Il en était à sa dernière relecture quand sa porte explosa sous un coup de pied rageur qui le fit bondir de frayeur.

« Bordel de merde, monsieur ! J'en ai ras-le-cul de votre bastardo d'ami ! Faites quelque chose ! »

La dernière fois que Francis avait vu un regard aussi agacé, c'était quand Gilbert lui avait empoigné le col. Mauvais souvenir. Et venait-il de se faire injurier ou bien ces insultes étaient-elles une sorte de ponctuation de phrase ? Pour le coup, le Français se sentait quelque peu agressé, bien que la colère ne fût indéniablement pas tournée vers lui.

L'individu était un jeune homme d'une bonne vingtaine d'années, avec un style plutôt propre et élégant malgré son langage de charretier. Élément notable, il ressemblait beaucoup à son cher petit Feliciano. Mais en moins candide.

La matinée commençait fort.

« Vous êtes ?

_ Lovino Vergas. Je bosse à la compta ».

Sans y être invité, l'intrus prit place sur le siège en face de son patron, non sans avoir vérifié que la porte était bien fermée.

« Ecoutez, monsieur, faut que vous fassiez quelque chose parce que ça me casse les couilles de le voir faire n'importe quoi.

_ Qui donc ?

_ Carriedo !

_ Oh… »

Donc c'était cet homme-là qu'Antonio courtisait désespérément depuis des mois ? L'Espagnol s'était attaqué à un gros morceau, vu le caractère du petit diablotin. Par contre, il se demandait très sincèrement ce qu'avait fait son meilleur ami pour obtenir une telle hargne en échange. Certes, il était capable d'être très lourd quand il le voulait, mais face à une personne qu'il draguait, c'était assez perturbant.

« Et… qu'a-t-il fait, si je puis me permettre ?

_ Eh bien, il… Oh, vous savez quoi ? Venez avec moi, vous ne me croirez pas, sinon ».

Ramassant son dossier dans l'espoir de passer le donner à Kirkland sur le chemin du retour, le Français se laissa conduire quelques étages en-dessous, vers le bureau de la comptabilité. A cette heure-ci, peu de gens étaient présents, mais quelques individus étaient bel et bien en train de bailler devant leurs écrans, une tasse de café posée à côté d'eux. Et au fond, deux hommes discutaient en riant joyeusement. L'ambiance était plutôt calme et studieuse, finalement. Détendue, tout du moins. Ça devait être moins tranquille avec un Lovino énervé.

Celui-ci pointa du doigt ce que Francis jugeait être son ordinateur et le laissa se placer devant, poussant la chaise du pied pour leur faire de l'espace.

Francis ne put se retenir de placer sa main sur sa bouche, soit pour crier, soit pour rire (il ne le saura jamais).

« Vous voyez ! C'est un malade ! »

Une splendide photo d'Antonio s'étirait sur l'ensemble de l'écran. Un Antonio magnifique, souriant sensuellement. Nu. Sur un lit. Bon, il était allongé sur le ventre donc on ne voyait rien d'autre que ses épaules bronzées et un bout de son torse (en plus d'une petite paire de fesse en arrière-plan) mais bon…

Francis avait une atroce envie de rire parce que la situation était assez… cocasse, en un sens.

Surtout, il ne devait pas dire à Lovino que c'était lui qui avait pris la photo.

Et il ne devait pas dire non plus que le lit où était allongé Antonio était le sien.

« Ce bastardo a piraté mon ordinateur pour me foutre cette image en fond d'écran ! »

C'était tellement lui de faire ça…

Le patron se massa le visage en soupirant pendant que l'Italien lui faisait un compte-rendu des approches peu subtiles de l'Espagnol pour le courtiser (ou se foutre de lui, il n'était pas totalement sûr). Et dire qu'il se revoyait, dans cette chambre, le soir où ils avaient fait cette séance photo… Ce qu'on ne voyait pas sur l'image, c'était le Gilbert écroulé de rire qui gisait au sol entre les canettes de bière et les fringues jetées à la va-vite. Pour ne pas détruire les dernières chances de drague d'Antonio, il allait se la fermer sur l'origine de cette photo.

Quand il repensait à ces histoires de cul qu'il avait eu avec ses deux amis, Francis se demandait si ça n'allait pas finir par se savoir. Pourtant, ça avait été juste pour s'amuser et se vider la tête, à une époque où aucun d'entre eux n'avait plus aucune restriction sentimentale et où, donc, ils avaient été libres de faire ce qu'ils voulaient. C'était leur droit, après tout. Et c'était aussi la raison pour laquelle Francis n'avait pas envie de coucher avec Gilbert pour réussir.

Pour le plaisir, ok. Mais pas pour l'argent. Ça serait sale vis-à-vis de Gil.

Puis bon, ce temps-là était fini alors pourquoi y repenser ?

« Je vais parler à Antonio dès aujourd'hui, promis Francis. Après, connaissant le personnage, il serait capable de se ficher complètement de ce que je dis.

_ Tss… Je vais investir dans un taser, ça lui fera les pieds.

_ Je ne crois pas que ce soit légal au bureau… »

Une petite discussion allait devoir s'imposer avec cet idiot de latino pas discret, ne serait-ce que pour sa survie. Mais juste avant, mission Kirkland. Ça permettrait à Francis de voir dans quel état il était. Avec un peu de chance, la nuit aura reposé son esprit et dissipé ses craintes quant à ce week-end pourave qu'il allait passer.

Il quitta donc son subordonné grincheux avec un sourire compatissant et la promesse qu'il ferait de son mieux pour raisonner son soupirant. D'ailleurs, il profita d'être dans l'ascenseur pour le prévenir par SMS qu'ils allaient devoir discuter en tête-à-tête avant la fin de la journée. Avec une petite blague salace qui faisait tout le charme du personnage, Antonio y consentit, disant qu'ils n'avaient qu'à se donner rendez-vous à la machine à café vers 10h30 – ce qui laissait pas mal de temps libre à Francis d'ici-là (et temps mieux puisqu'il avait envie de rester un peu auprès de son pauvre patron malmené).

Il toqua trois petits coups à sa porte.

« Entrez ».

Il s'exécuta.

Déjà, Arthur n'était pas assis à son bureau comme Francis s'y serait attendu, mais avachi sur le canapé, les pieds sur la table basse en verre. Dire qu'il n'était supposé utiliser ce matériel que lors de rencontres importantes avec des clients… Quoiqu'avec tout le travail qu'il fournissait, Arthur devait bien avoir le droit de se poser dans les coussins moelleux sans qu'on le fasse chier. C'était son bureau après tout.

En le voyant entrer, le Britannique arrêta de lire ses papiers et les posa près de ses pieds, en silence. Juste le temps pour Francis de fermer la porte et Arthur s'était décalé pour lui faire une place à ses côtés. Si c'est pas adorable… En tout cas, le Français consentit à prendre place sur le canapé – d'une douceur incroyable, soi-disant passant – et tenta comme il put de masquer son étonnement quand Arthur se colla à lui. Oh, vraiment, il ne s'était pas attendu à ça. Il sentait des petits baisers dans le creux de son cou et son patron n'était pas loin de lui grimper dessus, vu comment ses hanches commençaient à se tourner et à se relever pour le dominer en taille. Ils s'échangèrent un baiser mais toujours pas de parole, ce qui n'était pas foncièrement rassurant.

« Arthur ? Est-ce que tu vas bien ?

_ Bof… Mauvaise nuit. J'attendais que tu viennes me voir. Ça, au moins, ça me donne une bonne raison de me lever le matin.

_ Ne me dis pas que c'est l'idée de voir ta belle-mère qui t'angoisse à ce point… ?

_ J'y peux rien. Dès que je pense à elle et à ses remarques désobligeantes, j'ai l'estomac qui se noue et les tempes qui me font mal. J'ai juste envie de hurler et de partir loin, très loin.

_ C'est parce que tu es fatigué. Si tu dormais mieux, tu serais plus reposé et donc plus apte à subir les coups-bas de Madame Je-me-mêle-de-tout-sauf-de-mon-cul.

_ Je n'arrive pas à dormir non plus.

_ Au moins, relaxe-toi en t'allongeant et en ne pensant plus à rien.

_ C'est infaisable.

_ Bien sûr que c'est faisable. Essaye.

_ Je ne peux pas. Je ne sais pas comment faire ».

Sur ces mots prononcés d'une voix emplie de souffrance, Arthur cacha sa tête contre le torse de son amant, s'agrippant à lui fermement pour garder appui sur quelque chose de tangible et de concret. Il était si éreinté de sa vie qu'il en avait la nausée.

Francis attrapa ses épaules pour l'enlacer, l'air franchement dépassé par les événements. Lui qui rêvait d'aider Arthur, il se sentait bien impuissant face à cet appel à l'aide plus qu'évident. Mais ce n'était pas comme s'il pouvait égorger la belle-mère dans une ruelle sombre pour l'empêcher de venir taper sur son Anglais favori. Même si l'idée était particulièrement tentante.

« Allonge-toi, Arthur ».

L'interpellé accepta la requête, un peu étonné que son amant ne le suive pas dans son geste. A la place, Francis s'était relevé et se plaça sur la bordure droite du canapé, là où était la tête de son patron. Il déposa ses mains contre ses tempes et commença à masser délicatement, en faisant de doux petits cercles.

« Tu es en ce moment loin de tout, commença-t-il à réciter avec une voix lointaine et profonde. Prend conscience que ton corps est confortablement installé. Ressens toutes les zones d'appui de ton corps. La tête. Les épaules. Le dos. Les hanches. Les cuisses. Les chevilles. Sens à quel point ta tête s'alourdit pour s'enfoncer doucement. Relâche tes tempes. Tes pommettes. Les ailes de ton nez. Ta mâchoire. Desserre les sourcils. Sens comme ta langue a pris une place naturelle dans ta bouche. Prend conscience maintenant que ta tête est entièrement détendue et relâchée. La détente glisse maintenant dans ta gorge. Laisse-la déglutir. Sens tes épaules s'affaisser, se détendre… »

Et avec ça, toute l'anatomie du corps humain y passa, zone par zone, aussi long se travaille puisse-t-il être et toujours avec une voix languissante et quelques temps de pause. Lorsqu'il arriva aux orteils, Francis s'aperçut qu'il avait réussi. Arthur s'était profondément endormi grâce à cet exercice de relaxation. Heureusement que sa mère avait un côté sorcière, elle lui avait tellement appris de trucs dans ce genre-là que Francis n'avait que rarement besoin d'aller voir un médecin ou un psychiatre. Il était capable de se détendre tout seul lorsqu'il se sentait partir dans une phase de rage incontrôlable, ou lorsqu'il avait besoin de dormir efficacement en très peu de temps. A l'occasion, il lui faudrait remercier la mère Bonnefoy pour tout ce qu'elle lui avait enseigné. Un vrai trésor, cette femme.

L'éveillé se redressa en lançant un regard attendri à cette belle silhouette assoupie. Le sommeil l'embellissait, surtout ce sommeil tendre et réparateur. Pour une fois, ses sourcils n'étaient pas froncés et ses traits s'étaient considérablement adoucis. Alors, pour ne pas troubler son repos, Francis se dirigea vers le bureau sur la pointe des pieds. Par chance, l'ordinateur était toujours allumé. Il chercha donc l'agenda de son bel amant et étudia ce qu'il aurait dû faire ce jour-là. Cela fait, il attrapa un post-it et y nota les différentes tâches prévues pour la journée, puis attrapa les différents dossiers qu'Arthur devaient traiter (sans oublier celui qu'il lisait lorsque Francis était entré). Il laissa par contre celui qu'il était venu lui apporter, avec un mot et un smiley pour lui demander de le relire à son réveil (ce serait déjà moins barbant que de se coltiner tous ces dossiers).

Puis, sortant du bureau de son chef, il afficha un message sur sa porte, destiné à tous ceux qui passeraient par là.

« Interdiction formelle de déranger pendant la journée entière. Tout dossier, demande de rendez-vous ou autre doit être adressé au bureau de Francis Bonnefoy ».

Comme ça, personne ne réveillerait Arthur pendant son repos bien mérité.

Francis alla donc à son propre bureau et commença à éplucher les dossiers, retravaillant les notes que son patron avaient prises, quitte à gribouiller sur les documents. En passant derrière lui (pour une fois que ce n'était pas l'inverse), il put confirmer qu'effectivement, l'Anglais bossait admirablement bien et efficacement. Même s'il ne semblait pas non plus optimiser son temps au mieux. Après, Francis savait lire en diagonale, ce qui lui faisait gagner un temps fou, donc la comparaison n'était pas forcément évidente à faire. En tout cas, à se mettre dans la peau d'Arthur, il comprenait la difficulté du poste et son besoin de se détourner de tout ça. Et encore, Francis avait la chance de ne pas s'être marié avec une femme qu'il n'aimait pas ou ne connaissait pas. D'ailleurs, il était prêt à parier qu'Arthur avait vécu un mariage arrangé, comme on en fait encore trop souvent. Lui, marier à un mannequin de sa propre volonté ? Quelle blague !

Vers les environs de 10h15, Francis mit son travail en pause et partit pour la machine à café, demandant tout de même à un de ses subordonnés de prendre sa place pour recevoir les éventuelles commandes prévues pour Arthur mais qu'il allait devoir se taper grâce à son petit message.

S'achetant un énième café, il avança vers la fenêtre en fixant le ciel d'un air fatigué. Vivement le week-end.

Puis un bras s'enroula autour de ses épaules.

Gilbert.

En se souvenant de leur dernière entrevue, Francis se sentit gêné, surtout de cette proximité presque déplacée par rapport à ce qui était arrivé précédemment. Mais le petit sourire embarrassé de Gilbert signifiait bien qu'il était dans le même état, quoiqu'il semblât vouloir renouer après ce malentendu. Brave garçon.

« Je te dérange, Franny ?

_ Non, nullement.

_ Ecoute… Je suis trop désolé de t'avoir bousculé l'autre fois. En fait, tout est vraiment de ma faute.

_ Ne reparlons pas de cette histoire, c'est oublié. Et j'ai bien saisi d'où venait le malentendu.

_ Si je peux me permettre, n'en veut pas trop à Matthieu. Je veux dire… je suis entièrement responsable. Même s'il a un peu abusé avec son coup monté, ça a le mérite d'avoir marché. Tu sais, je me suis rendu compte que j'avais pas mal joué au con avec lui, dans le sens où je me croyais tout permis. Il en a bavé à accepter la moindre corvée que je lui infligeais. Donc, vraiment, j'ai mérité cette punition. Il a craqué, ça arrive à tout le monde.

_ Je sais… mais ça m'énerve quand même.

_ Tu n'es pas si rancunier que ça, je te connais. Promets-moi de lui pardonner s'il vient s'excuser.

_ Je verrais sur le coup ».

Gil soupira en se recoiffant maladroitement.

« Mais toi, je ne t'en veux pas du tout. J'avais même un peu peur que tu ne me haïsses.

_ Comme si je pouvais haïr mon awesome meilleur pote !

_ Et moi ? chantonna une voix derrière eux. Je ne suis pas aussi ton awesome meilleur pote ?

_ Tonio ! Bordel, ça fait du bien de te voir ! »

Comme s'ils ne s'étaient pas revus depuis longtemps, les deux amis se frottèrent la tête comme des frères en rigolant, pendant que Francis finissait son café en les regardant d'un air paternel. Cette scène avait quelque chose de l'ordre des retrouvailles et, à bien y repenser, cela faisait bien longtemps qu'ils n'avaient pas été réunis au même endroit tous les trois. Le boulot les bouffait complètement.

« Je vois que notre rendez-vous en tête-à-tête est compromis, blagua l'Espagnol en adressant un clin d'œil à son frère de cœur.

_ Un quoi en quoi ?!

_ Laisse tomber, Gil. Il se fout de toi.

_ C'est toi qui m'as donné rendez-vous, espèce de traitre !

_ Pour parler boulot, Tonio.

_ Oh non, on ne va pas parler boulot alors qu'on est enfin réuni ! s'agaça l'Allemand. Moi qui rêvais de vivre cet amour secret avec vous depuis si longtemps, vous me brisez mes rêves de princesse ! Je suis outré ! Et dire que je ne sors qu'occasionnellement de ma tour !

_ Et que tu es gardé par un puissant dragon.

_ Ludwig ? Un puissant dragon ? Kesesesese ! Il n'est rien face à ma puissance ! Je suis l'aîné, c'est moi le plus grand, le plus fort et le plus beau !

_ Ce dernier argument me semble moins pertinent que les autres, remarqua le Français.

_ Dixit celui qui prend soin de son joli petit fessier chaque jour qui passe.

_ Je m'entretiens, nuance ».

Comme les bons amis qu'ils étaient, ils rirent de bon cœur encore dix bonnes minutes avant que le terrible dragon ne fasse son apparition au bout du couloir, causant un claquement de dents au pauvre Gilbert, qui ne pouvait plus fuir son cruel et fatal destin de princesse emprisonnée.

« Brüder ! Tu avais dit « cinq minutes » et ça fait un quart d'heure que je te cherche !

_ J'ai pas vu le temps passé, ça arrive ! »

Les deux frères commencèrent à se disputer, jusqu'à ce que Ludwig n'attrape son aîné par le col pour le tirer dans les couloirs, saluant Francis – son égal hiérarchique – et Antonio, qu'il ne connaissait pas assez pour s'en faire un avis. En tout cas, le pauvre Gil fut embarqué sans état-d'âme vers quelques terres lointaines, sous le regard presque larmoyant des deux princes – qui auraient été crédibles s'ils ne se retenaient pas de rire.

« Bon… Vas-y, déclara finalement l'Espagnol en se reprenant. Que voulais-tu me dire ?

_ Ton délire avec Lovino… c'est plus possible.

_ Ne me dis pas qu'il est allé se plaindre !

_ Si. Il a défoncé ma porte et m'a montré la superbe photo que tu as foutue sur son écran.

_ C'est vrai qu'elle me met bien en valeur, j'avoue.

_ Tonio…

_ Ahahah ! Sacré Lovi ! Il sauvegarde mes photos mais se plaint ensuite que je le dérange ! Il n'est vraiment pas honnête !

_ De quoi tu parles ?

_ Eh bien, par quelques moyens technologiques que j'aurais bien du mal à te raconter, j'ai pu accéder à ses fichiers et, je te le confirme, il sauvegarde absolument TOUTES les photos de moi que je lui envoie.

_ Oh, Tonio… T'es pas sérieux… Mais qui m'a refilé un pirate informatique comme ami… ?

_ Mais c'est super pratique ! Et grâce à mes talents, je vais nous retrouver le petit espion qui pique nos infos, tu vas voir !

_ Ça serait un moindre mal pour l'énergie que tu me coûtes. Mais bref, essaye d'être plus discret pour courtiser ce pauvre garçon. Je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi énervé.

_ Pourtant, il vient se toucher dans mon bureau tous les mardis, je ne comprends pas pourquoi il nie comme ça…

_ Il quoi ?!

_ Un jour, j'ai laissé courir la rumeur que, tous les mardis matin, j'arrivais plus tard au bureau – vers 10h à peu près – pour voir s'il allait faire des recherches sur moi, tu vois ? J'aurais trouvé ça drôle qu'il cherche à me piéger, ou juste qu'il essaye de se venger en m'en faisant voir des vertes et des pas mûres. Du coup, je me suis planquée dans le placard le plus proche et j'ai attendu qu'il arrive. Ce qui n'a pas loupé ! Il a senti ma veste et a commencé à faire des trucs de malades ! C'est pour ça que je ne peux pas le laisser filer ! Il m'aime autant que je l'aime ! C'est juste qu'il essaye de le nier !

_ Ok… Bon, soit… Admettons que ce soit vrai. Je ne pense pas que tu t'y prennes de la meilleure façon qui soit. De toute façon, il veut que tu arrêtes de lui envoyer ces photo, alors trouve un nouveau moyen de l'atteindre, s'il-te-plait. Au moins pour lui laisser croire que j'ai un minimum d'autorité sur mes employés !

_ Promis, je vais réfléchir à un super plan B ! Et même à un plan C, au cas où ! En fait, je vais y faire passer tout l'alphabet !

_ Tu m'en vois ravi ! »

Ils avaient à peine commencé à se chamailler que Francis reçut un coup de fil inespéré qui le fit grincer des dents. L'Espagnol vit ce changement d'humeur et jeta un petit coup d'œil sur le nom affiché à l'écran. En le reconnaissant, il eut une mine dégoûté, puis un regard encourageant vers son frère de cœur. Celui-ci soupira puis décrocha, laissant Antonio approcher son oreille pour entendre la discussion.

« Tu en as mis du temps, pour répondre.

_ Excusez-moi de ne pas être à vos ordres, votre Altesse.

_ Monsieur a toujours autant d'humour, ça fait plaisir !

_ Je n'ai pas vraiment de temps à t'accorder alors accouche. Qu'est-ce que tu me veux ?

_ Le rendez-vous de samedi chez l'avocat est reporté à mardi soir, même heure, pour cause de maladie ou un truc du genre. Du coup, c'est à moi qu'on a encombré l'infâme tâche de te prévenir – bien que j'aurais préféré que tu viennes pour rien comme un imbécile. Ma grande magnanimité aura sauvé ton week-end.

_ Trop aimable.

_ Bah ! Que tu viennes ou pas, le résultat sera le même ! Je te domine complètement, comme ça a toujours été le cas ! Je me souviens que même gamine, je t'avais déjà prouvée que j'étais plus maligne et plus forte.

_ Plus salope surtout. Ton éducation a été complètement ratée. Et dire que, petit, je m'étais persuadé que je devais te servir de modèle parce que j'étais plus grand que toi… Avec le recul, j'aurais dû te laisser toute seule.

_ Pauvre chose.

_ Non, pauvre de toi. Je rêve que ta laideur intérieure ressorte aux yeux du monde.

_ Jamais ça n'arrivera.

_ Ecoute, c'est pas que tu m'ennuies mais je vais te laisser.

_ C'est ça, fuis. Tu me donnes raison, j'adore ».

Canalisant au mieux sa rage, Francis raccrocha en appuyant si fort sur le bouton qu'Antonio crut qu'il allait l'enfoncer dans le téléphone. Dans ses pupilles bleues luisaient une aura dangereuse et haineuse, incapable d'être retenue par la volonté du Français. D'habitude, il savait se contrôler, il savait faire semblant. Mais cet appel lui avait renvoyé toute la merde dans laquelle il était en plein dans la figure.

« Francis, calme-toi ! »

Antonio lui serra le bras en l'approchant de lui, faisant en sorte qu'il se concentre sur lui plutôt que sur sa rancœur.

« Cette salope… Cette traîtresse… Je ne peux pas croire qu'elle me poignarde dans le dos à ce point ! M'appeler pour m'humilier et venter ses coups de pute… comme c'est puéril ! C'est une vraie gamine ! Elle n'a jamais grandie ! Malgré tout le temps que j'ai passé à ses côtés, à jouer l'aîné respectable, je n'ai pas vu à temps le poison qu'elle était ! Et dire que je l'ai sauvé de la noyade quand elle avait six ans ! J'aurais dû la laisser crever ! Et maman qui m'a félicité…

_ C'est du passé, mon vieux. Concentre-toi sur l'avenir !

_ Elle a déjà gagné…

_ Bien sûr que non ! Elle ment comme elle respire ! Tu feras appel, s'il le faut !

_ Et en attendant, elle aura gagné.

_ Francis, bats-toi ! Il y a forcément une solution pour t'en sortir !

_ Oui, y en a une…

_ Alors vas-y ! Si tu as un plan, fonce ! Quel qu'il soit, il faut essayer ! »

Dans le fond, il avait raison. Francis était bien d'accord avec cette philosophie de vie qui consistait en ne jamais abandonner avant d'être totalement vaincu et au fond du trou. Son plan était pourtant trop brouillon et amoral pour bien passer… mais c'était le seul qu'il avait en poche. De toute façon, il avait déjà convenu qu'il ferait tout son possible pour gagner, même si cela nécessitait de lourds sacrifices. Il était même prêt à devenir la dernière des enflures de ce pays pour parvenir à ses fins. Mais il n'en parlerait pas à Antonio, qu'il ne voulait pas décevoir avec son attitude et ses stratégies foireuses.

Dans une allure assez froide, il lui demanda de retourner travailler sur cette histoire d'espion, le temps qu'il puisse se calmer et se remettre doucement. Compatissant et foncièrement gentil, l'Espagnol accepta en lui ordonnant cependant de le tenir au courant, surtout si la garce rappelait. Son soutient était vraiment précieux.

La mort dans l'âme, Francis retourna travailler, essayant de noyer sa rage dans son travail, s'enfilant des quantités alarmantes de café lorsqu'il se sentait partir. Ce n'était sûrement pas la meilleure chose à faire que de se droguer à la caféine et de s'exciter encore davantage, mais c'était ça ou s'écrouler parterre comme loque à cause de ses nuits blanches. Il avait intérêt à bien se fatiguer pour dormir ce soir. Au moins, il n'avait pas perdu sa journée. Gilbert et lui s'étaient réconciliés, Antonio le soutenait autant sur le plan professionnel que sur le plan personnel, Arthur récupérait ses forces et en plus, il faisait grand soleil dehors ! Que demande le peuple ?

A mesure que les pages se tournaient et que l'encre bavait sur les dossiers, il se sentit comme transporter dans un autre monde. Personne ne le dérangeait et son travail avançait incroyablement vite, tant et si bien qu'il avait l'impression de ne plus être dans la réalité. Il connaissait ce sentiment de flottement, c'était un symptôme de la fatigue extrême, mais il l'appréciait pour son côté irréel. A vrai dire, il supposait que son corps était en train de puiser dans ses dernières ressources, quitte à le sonner un peu. D'ailleurs, ses oreilles s'étaient mises à siffler.

Il ne reprit conscience que lorsqu'un gros coup raisonna sur son bureau.

Le retour à la réalité fut brutal, il en perdit son latin.

Il cligna mécaniquement des yeux, l'estomac grondant et la tête dans le coaltar. Un bref regard sur son ordinateur lui appris qu'il était 17h passé. Ça expliquait sa migraine et cette sensation de bouffée de chaleur qui l'emplissait : il était à bout de nerf. Et devant lui, Arthur Kirkland le fixait avec un mélange d'inquiétude et de colère dans le regard. C'était déboussolant d'être réveillé de la sorte. On lui avait comme bousillé tous ses repères… Il lui fallut bien cinq minutes pour se frotter le visage et se remettre de ses émotions.

« Tu es là depuis longtemps ? demanda-t-il à son patron.

_ En quelques sortes. Je t'ai appelé plusieurs fois mais tu ne me voyais même pas. Je te jure, tu m'as fait une sacrée frayeur ! Ne refais plus jamais ça !

_ Je suis désolé. J'étais très concentré.

_ A ce stade, c'était même plus de la concentration, c'était de l'obsession. Puis bon sang ! Si tu voyais ta tête ! Tu me fais peur !

_ A ce point-là ?

_ Suis-je du genre à hyperboler à tout va ?

_ En effet ».

Un silence de quelques minutes s'installa, que Francis utilisa pour fermer les yeux et reposer ses paupières. Il n'aima pas trop cette sensation de picotements que lui donnaient ses yeux après avoir été trop longtemps ouverts et en ne les ayant pas assez clignés. Maintenant, même les fermer lui faisait mal. Vivement qu'il se repose, il allait tourner fou.

« Je suppose que tu es venu à mon bureau pour une bonne raison, renchérit-il après s'être plus ou moins remis.

_ Tu m'as hypnotisé puis volé mon travail. Je suis supposé être ravi ?

_ Hypnotisé ? Bah voyons ! Tout de suite les grands mots ! Je t'ai relaxé, Arthur ! Re-la-xé ! C'est une technique de sophrologie qui n'a rien à voir avec l'hypnose ! Et je sais de quoi je parle ! Et puis franchement, avoue que ça t'a fait du bien. Et si tu t'inquiètes pour ton travail, je l'ai bien avancé, sans vouloir me jeter des fleurs. Alors ne joue pas la forte tête et remercie-moi plutôt de ce petit moment de détente que tu as passé.

_ « Petit moment » ? J'ai dormi cinq heures, allongé dans le canapé ! Imagine si Braginsky était entré !

_ C'est pour ça que j'ai mis un mot sur la porte. Reconnais que ça a été efficace ».

Arthur gonfla les joues pour se retenir de lui sauter à la gorge, ce qui fit rire le Français, assez habitué à jouer avec le feu. Au moins, il était content du résultat puisque l'Anglais avait repris des couleurs et semblait plus réactif que ce matin. Vraiment, il allait devoir remercier sa mère pour ses techniques imparables de relaxation.

Dans l'espoir qu'Arthur lui pardonne cette dangereuse initiative, Francis quitta son siège puis l'enlaça sans crier gare, s'attirant un bafouillement de la part de sa victime gesticulante.

« T-tu fais quoi, là ?

_ J'essaye de me faire pardonner.

_ Tss ! J'ai jamais dit que je t'en voulais…

_ Oh mais tout est absolument parfait dans ce cas !

_ Parfait quand ça t'arrange. Mais ne me refais plus des coups pareils. Entre ta technique bizarre d'hypnose et ton regard d'obsédé sur ma paperasse, tu m'as fait vivre une journée vraiment étrange… J'espère que c'était la dernière comme ça.

_ Mais oui ! La prochaine fois que je « t'hypnotiserais », je te préviendrais à l'avance.

_ C'est pas ça que j'ai demandé ! Oh et puis merde ! Rentre chez toi, tu en as assez fait pour aujourd'hui.

_ Mais je n'ai pas fini de revoir le…

_ Rentre, c'est un ordre.

_ Ordre du patron ou de l'amant ? sourit diaboliquement le Français.

_ Les deux. Tu as une tête à faire peur et tu ne tiens presque pas debout. Si tu le fais pas pour toi, fais le pour moi. Ne m'oblige pas à ramasser les bouts de ton cadavre, qu'une dame de ménage aura retrouvé ce soir en balayant ton bureau.

_ Très bien, monsieur ! Il en sera fait selon vos désirs !

_ Tâche de me revenir en pleine forme lundi.

_ Je pense que c'est plutôt à moi de dire ça.

_ Nous verrons bien… »

Arthur avait de nouveau pris sa bouille adorable d'enfant maltraité. Pourvu que sa demi-journée de sommeil réparateur lui permette de lutter contre son week-end cauchemardesque. Quant à Francis, son plan pour les deux prochains jours était simple : dormir.

Il en vint même à prier pour que lundi arrive vite, rien que pour avoir des nouvelles de ce pauvre Britannique qui, lorsqu'il eut quitté le bureau de son subordonné, semblait marcher comme un condamné à mort. Et Francis eut peur de l'état dans lequel il allait le retrouver.


Les théories commencent à sortir de vos bouches, j'aime ça ! Je m'en délecte ! Mais après vous avoir posé toutes ces questions, il va bien falloir que je commence à y répondre.

Déjà, j'ai essayé d'éclaircir un peu la relation entre Francis, Gilbert et Antonio, même si y en a qui ont dû s'arracher les cheveux en lisant ce que je leur avait fait :P (oui, oui, je suis contente de moi).

Vu qu'il se fait tard, je vais vous laisser là mais je vous remercie de tout cœur pour votre intérêt !

Biz' !