L'homme et la bête
Salut, la famille !
Bon, la fin des vacances approche pour moi et donc, fatalement… je vais entrer dans ma période d'exams pendant deux semaines. Du coup… euh… désolée d'avance pour l'éventuel silence dont je vais faire preuve, c'est pas par plaisir. Moi qui espérais finir le dernier chapitre de Deux Cœurs brisés avant la rentrée… crotte !
M'enfin… C'est pas comme si je pouvais demander à mes profs de reculer la date pour pouvoir le finir. Vous imaginez leur tête ? XD
Je réponds donc à vos gentilles reviews du chapitre précédent :
Flesh-Delirium :
Toi, tu fais trop d'insomnies à mon goût, chérie :( Repose-toi un peu quand même ! Maintenant, merci pour la review ! Le Spamano sauvage apparait *musique de Pokemon* Pikachu, go ! Attaque de tomate ! Alors, comme tu dis, la révélation de l'espion va effectivement tout faire péter. Ça va être du drama à outrance (aucune idée de comment je vais amener ça de manière un tant soit peu crédible… tss). Ça tombe bien que tu parles de la mère de Francis, je vais essayer de briser sa mauvaise image dans cette fic et de vous imposer la vraie vision que j'ai d'elle (de Gaule, en fait) Et quand au POV d'Arthur… désolée, c'est pas pour toute suite, j'avais prévu autre chose mais un jour surement ! Et je penserais à toi !
Mimichan :
Je crois que notre vision du BFT est tout sauf pure XD Qu'ils baisent ou qu'ils soient juste potes, tout nous va ! En même temps, tout semble crédible avec eux ! Je vois également que la question de qui a trahi commence à se poser. Bon, pour des raisons évidentes, je en peux pas trop réagir à tes suppositions mais n'hésites pas à en faire (parce que ça me permet de savoir où en sont mes lecteurs dans leur réflexion, c'est pratique – dixit celle qui théorise Mi Amore et qui n'arrive toujours pas à prévoir la fin du scénar…) J'ai eu une pensée pour toi quand Lovi a fait son entrée en scène ! On le retrouvera plus tard ! Merci en tout cas ! Keur !
Alice :
Si j'avais cette fichue photo d'Antonio nu, je l'aurais allégrement distribuée à tous mes lecteurs pour me faire de la PUB, crois-moi. è.é Mais Lovino a refusé de me la donner, ce petit enfoiré ! T'es adoralbe, merci beaucoup pour tes chaleureux encouragements (pis je te retrouve partout, c'est rigolol ! XD) Pour moi, c'est un plaisir de lire tes reviews ! Bizzzzouuu !
Arsenall :
Je me disais que tu me manquais un peu toi ! Contente de te revoir (et triste que tes reviews aient toutes disparues dans les méandres insondables d'internet) Ce sont des choses qui arrivent, hélas ! (Tu m'as fait rire avec ta blague du « plus on est de fous, plus on rit » ! C'est tellement Gilbert, ça ! XD Merci beaucoup pour ta review. J''spère que ce chapitre te divertira, surtout que je finis sur un pseudo cliffanger ! Ouais, j'essaye de foutre quelque chose avec ce scénario, ça t'en bouche un coin, hein ? U.U
Asahi, Aelig et Alyna:
Bah vous avez reviewés par Skype donc merci même si je ne me souviens plus de ce que vous avez dit précisément XD. Façon, comme d'hab': yolo!
Voilà !
Donc… que dire… ? Bah, le malsain de la fic, c'est pas pour tout de suite, donc pas de tag particulier pour l'instant (après, je vous rappelle que le thème de la fic, c'est la sexualité et que je vais essayer d'exploiter ce thème à outrance) C'était la mise en garde raffinée de la journée… J'aime aime classe, oui U.U
Sur ces bonnes paroles, bonne lecture !
Chapitre VII :
« A t'entendre, on croirait que tu désires que je souffre pour mieux me réconforter après. Je te jure que c'est flippant.
_ Oh mais qu'il est bête, cet enfant !
_ Mais maman, tu me demandes si ça va, je te dis que oui, tu me redemandes si c'est vrai, je te le confirme, puis tu insistes en disant qu'il doit y avoir un truc qui ne va pas, chose que je nie, et tu renchéris derrière ! Je ne sais pas quoi te dire ! Tu ne veux tout de même pas que je m'invente des problèmes pour te donner une raison de t'inquiéter ?
_ Non mais je te vois tellement rarement que ça me semble normal de prendre de tes nouvelles ! Bon, d'accord, je suis peut-être un peu insistante sur les bords, mais ça me fait tellement plaisir de t'avoir au téléphone que je ne peux vraiment pas me contrôler ! Parle-moi de toi, mon chéri ! Je veux tout savoir ! »
Alors que la voiture s'arrêtait à un arrêt de la rame de métro, Francis se fit la réflexion qu'elle n'allait certainement pas être mise au courant de tout. Manquerait plus que sa mère apprenne pour ses délires libertins et sa vénalité compulsive. Elle en ferait une crise cardiaque. Bonjour, maman, tu as mis au monde une des plus belles raclures de l'Occident civilisé, c'est cool, non ? Hors de question qu'elle le perce à jour, surtout pas alors qu'il jouait littéralement sa vie dans ses récentes manœuvres.
« Eh bien, on s'apprête à sortir d'une période très dense, où il fallait rendre dossier sur dossier. Avec la belle saison, les clients se lâchent et espèrent tirer profit de la bonne humeur générale. Après, c'est vrai que les gens sortent plus de chez eux quand vient le soleil, c'est donc le bon moment pour vendre. Mais pour nous, ça fait des journées très consistantes.
_ J'espère que tu n'as pas fait de nouveau malaise…
_ Non, bien sûr que non, mentit-il. Je prends soin de ma santé, c'est un minimum.
_ Tu me rassures… »
Gagné. C'était ces mots-ci qu'il voulait entendre de la bouche de sa génitrice.
« Tu manges assez, au moins ?
_ Tu rigoles ? Je suis le pire daleux qui soit ! Y a pas un bout de viande ou un fruit qui passe devant moi sans finir dans mon ventre ».
Véridique. Francis était fin gourmet et jugeait tout ce qu'il mangeait pour le simple plaisir de la critique. Et puisque Braginsky avait fait installer une corbeille de fruits à côté de la machines à café et de celle de snack, il pouvait se faire plaisir. En plus, ils étaient peu nombreux à préférer les fruits aux barres chocolatées de la borne, donc il s'en donnait à cœur joie. De toute façon, c'était ça ou se doper aux vitamines pour subir le choc, surtout vu le boulot qu'on lui demandait et celui qu'il se rajoutait.
« Tu es supposé me rassurer. Sauf que là, j'ai peur que tu ne deviennes obèse ».
Il leva les yeux au ciel.
« Obèse en bouffant des pommes et du raisin ? J'aurais tout entendu !
_ C'est ça, amuse-toi avec les nerfs d'une pauvre vieille en décomposition dans son champ.
_ Pour une pauvre vieille, je te trouve plutôt en forme. Et tu n'as que la cinquantaine !
_ Merci de me rappeler mon âge, chéri… Et comment va la famille ? Quand je pense que vous êtes tous sur Paris et que j'ai trouvé le moyen de m'exiler en province pour jouer les agricultrices…
_ Si ça ne tenait qu'à moi, je te rejoindrais.
_ Arrête de dire des bêtises et réponds à ma question, imbécile ».
Francis ravala nerveusement sa salive, le cœur battant à tout rompre. Il avait presque l'impression que les gens autour de lui l'observaient pour le juger, lui et ses mensonges honteux. Pourtant, personne ne le connaissait dans cette rame de métro, et même, personne ne pouvait entendre de quoi il était question dans cette discussion. Et pourtant, l'angoisse du jugement était bien présente, lui martelant l'esprit sans pitié.
Elle lui demandait des nouvelles de gens qu'il ne voyait plus mais avec lesquelles il était supposé passer sa vie…
« Tout le monde va bien. D'ailleurs, ça ne pourrait pas aller mieux…
_ Et ta sœur ? Tu pourrais me donner un peu plus d'information, tout de même ! Elle ne répond pas à mes appels et rarement à mes SMS ! Toi qui vis avec elle, dis-moi ce qui ne va pas !
_ Je… euh… elle… »
Elle ne vit pas avec moi, n'était sans doute pas la bonne chose à dire dans son cas.
« Elle me fait la gueule, c'est ça ? Mais pourquoi ? Je pensais avoir fait son bonheur, et elle semblait heureuse la dernière fois que je l'ai vu… Je ne la comprends pas. C'est ma fille et j'ai pourtant l'impression d'avoir raté quelque chose… A partir de quand suis-je devenue une mauvaise mère… ?
_ Non ! Ne dis pas ça ! Elle est d'humeur changeante mais elle t'aime toujours ! Enfin, je… quand elle me parle de toi, c'est toujours avec affection ! Je pense surtout qu'elle a besoin d'être seule et de réfléchir sur son état. Donc elle reste dans sa chambre et elle dessine pour s'oublier et s'échapper. Après tout, ce qu'elle vit est dur… »
Il ne croyait tellement pas à ce qu'il disait que c'en était risible.
« Raison pour laquelle je lui ai conseillé de rester avec nous à la maison ! repris sa mère. Mais elle a préféré te suivre à Paris…
_ Vu son caractère, on ne pouvait pas l'enchainer au noyau familial à tout jamais.
_ Voilà pourquoi je suis rassurée qu'elle vive avec toi ! »
Francis eut une sueur froide en sachant qu'il dansait sur une corde raide. Avec son caractère de mère surprotectrice, Aodrena Bonnefoy serait capable de lui faire voir l'Enfer si jamais elle découvrait que le frère et la sœur ne vivaient plus ensembles – et pire ! – ne se parlaient quasiment pas. Elle le tuerait… dans le cas où elle ne ferait pas une crise cardiaque avant. Dans tous les cas, y avait un mort, et ce n'était pas envisageable. En même temps, il ne voyait pas comment se sortir de ce pétrin. En l'espace de sept ans, le paradis qu'il avait mis en place dans sa vie avait tourné à la dystopie complète. Et bien sûr, c'était lui qui bouffait pour tout le monde. Dans ce cadre plus que noir, il n'avait vraiment pas d'autre alternative que de mentir.
« Francis, je ne la forcerais pas à me parler si elle veut être au calme… mais fais-lui comprendre qu'elle me manque et que j'aimerais savoir si elle va bien. Je ne demande pas qu'elle fasse comme toi et me téléphone souvent, mais si elle pouvait au moins me tenir au courant de choses primaires comme son état de santé ou son humeur… ça me soulagerait.
_ Promis, je lui ferais savoir.
_ Merci, mon chéri. Au moins, il reste une personne en ce monde sur laquelle on peut se reposer les yeux fermés ».
Une émotion étrange le gagna à l'entente de ses mots et il sentit ses yeux s'humidifier. Sa pauvre mère, aimante, douce, épanouie, adorable, se faisait mener en bateau par son fils indigne et le remerciait ! Il se faisait honte dans ses moments-là.
Pour éviter qu'elle n'aborde le deuxième sujet sensible de sa vie, Francis jugea bon de la lancer sur une autre discussion, le temps qu'elle s'essouffle de ses confidences jusqu'à juger qu'ils avaient passés assez de temps à bavarder. Il lui demanda donc comment elle allait, si son mari prenait soin d'elle, si les affaires marchaient bien et si personne ne les embêtaient dans le coin. En entendant ses réponses, Francis eut presque la larme à l'œil. Elle allait bien. Si bien que c'en était presqu'indécent.
Aodrena était ce genre de femme à croquer la vie à pleine dent, tant et si bien qu'elle était à présent une femme accomplie, ayant passé une vie parfaite et la poursuivant sur cette voie. Dans ses magnifiques terres et sous ses serres, elle cultivait une variété phénoménale de plantes médicinales ou végétaux de toute sorte, car faisant commerce de ses produits naturels de soin. D'où son surnom de « Gauloise » ou « Druidesse ». Ou encore « la Fée aux doigts dorés ». Quand votre réputation se fonde autour de ces sublimes mots, il devient évident que vous avez réussi votre vie.
Et à côté d'elle, il y avait Francis. Fils indigne, vénal, menteur, obsessionnel, amoral et orgueilleux d'une reine de douceur et de pureté. Risible. Il avait l'impression, en lui parlant, de résumer l'échec de sa vie en un battement de cil.
« Je ne vais pas tarder à arriver au travail, prévint-il après un blanc embarrassant.
_ Quoi ? Déjà ? Mais il n'est que 7h15 ! A quelle heure te lèves-tu pour pareil résultat ?
_ C'est exceptionnel, je… je dois mette au point un plan de combat pour le prochain trimestre, tenta-t-il de justifier en espérant ne pas avoir à répondre à la question.
_ Quelle heure, j'ai demandé !
_ 5h30…
_ Oh ! Francis ! Pour l'amour du ciel, es-tu devenu fou ?!
_ Je te l'ai dit, c'est exceptionnel !
_ Ne me prend pas pour plus bête que je ne le suis, je suis prête à mettre ma main au feu que c'est plus commun que ce que tu essayes de me faire croire.
_ Mais non ! Je serais mort sinon.
_ Tu me fatigues, parfois… A croire que tu as hâte de retrouver quelqu'un… »
Même si elle n'avait dit ça que sur le ton de la plaisanterie, Francis fut choqué qu'encore une fois, elle vise juste du premier coup. Sauf que sa relation avec Arthur, c'était le troisième point pour lequel il devait mentir. Si jamais elle apprenait ça, nul doute qu'elle serait bouleversée et déçue. Aussi bonne et tolérante soit-elle, savoir que son fils se compromettait avec un homme marié – son boss ! –, alors qu'elle croyait que Francis nageait dans une petite vie parfaite et idyllique, la rendrait complètement folle. Ça, pour être dans la merde, Francis était dans la merde. Déjà qu'avant de se taper son patron, sa vie avait été bien assez chamboulée, il avait fallu qu'il s'en rajoute une couche, con comme il était. Puis c'était trop tard maintenant. Sans lui, Arthur risquait de sombrer dans une violente dépression et de faire le geste de trop. Alors hors de question de le laisser seul.
Abusant des formules toutes faites qu'il avait accumulé au cours de ses études de communication, Francis parvint à raccrocher sans laisser à sa mère la sensation d'être roulée ou d'avoir une vraie raison de s'inquiéter. C'était bien la dernière chose qu'il pouvait faire, et pour une fois qu'il avait vraiment l'impression d'être bon dans une discipline, il fallait que ce soit dans le mensonge. Ça ferait joli sur son CV, dans la catégorie « compétences ».
Maintenant qu'elle en avait parlé, il ne pouvait pas nier son désir violent de prendre des nouvelles d'Arthur et de son état après ce week-end compliqué, plus compliqué que le sien, en tout cas. Lui avait honoré le planning qu'il s'était prévu : dormir, dormir, appeler son avocat et dormir. Bon, l'avocat, il s'en serait volontiers passé, mais avec le procès qu'il avait aux fesses, impossible d'y couper. Procès qui était d'ailleurs bien la preuve qu'une situation à peu près gérable pouvait virer au cauchemar. Des fois, son enfance insouciante et heureuse lui manquait atrocement.
Il parvint donc jusqu'à son bureau et profita du long moment qu'il devait passer dans l'ascenseur pour prévenir sa sœur que leur mère était inquiète pour elle, puisque telle était sa tâche, bien qu'il aurait apprécié d'y échapper. En plus, habituellement, c'était toujours elle qui le contactait… Et encore, elle ne le faisait que rarement. Et quand elle le faisait… ils ne s'envoyaient pas des fleurs.
« Allo ? interrogea une voix blasée qui ne devait pas particulièrement aimer se faire déranger par Francis.
_ Tu déconnes grave, coupa-t-il. Je t'avais pourtant dit qu'il fallait que tu gardes contact avec maman ! Pour une fois qu'on s'était mis d'accord, toi et moi, il a fallu que tu manques à ta parole !
_ Idiot ! Baisse d'un ton ! Je vais l'appeler, c'est bon ! Pas la peine de m'agacer ! Et envoies-moi un SMS la prochaine fois, t'entendre me hurler des reproches est un vrai calvaire.
_ Déjà je n'ai pas hurlé, ensuite tu abuses ! On parle de maman, là ! Tu sais bien qu'on doit la prendre avec des pincettes !
_ Oui, c'est bon ! Je m'excuse ! Mais là, faut vraiment que je te laisse ».
Sans lui laisser le temps de répliquer, la tonalité retentit, coupant l'élan du jeune cadre. Il était curieux de savoir à quoi sa sœur pouvait être occupée. Au moins, elle consentait à respecter sa parole et à rassurer leur mère, ce qui le tranquillisa quelque peu. Le sujet familial était très sensible en ce moment, et leur mère n'en savait rien. Et si elle savait… quel scandale cela serait ! Déjà que Francis avait l'impression de se noyer dans les évènements…
Il rangea son téléphone et fixa son reflet dans la vitre de la cage ferraillée, mettant en place son masque de bonne humeur. Un grand sourire s'étira sur son visage et ses yeux semblèrent pétiller de malice, créant une image à la fois polissonne et tendre, soit le portrait parfait du bon copain, digne de confiance et amusant. Et comme d'habitude, personne n'y verrait rien.
Le bel homme quitta l'ascenseur en sifflotant, essayant de contenir l'angoisse qu'il ressentait à l'idée de retrouver Arthur. En espérant qu'il ne soit pas déprimé, il avança en direction de son bureau d'un pas hâtif, tellement hâtif d'ailleurs qu'il en percuta quelqu'un au détour d'un couloir. La petite silhouette tomba par terre dans un fracas sourd, le corps recouvert de papiers et dossiers qu'il avait lâché dans sa chute.
« Oh je suis désolé ! gémit Francis en commençant à ramasser la paperasse. Je marchais trop vite et je ne vous ai pas vu !
_ Vee ! C'est pas grave ! Je vais bien !
_ Feli ?
_ Francis ? »
Ils se reconnurent enfin.
« J'ai l'impression de ne pas t'avoir vu depuis des lustres, rit le jeune Italien en regroupant ses papiers.
_ Et moi, j'ai l'impression de bousculer tout le monde, ces derniers temps.
_ C'est parce que tu réfléchis au point de ne plus faire attention à ce qui t'entoure ! Tu le fais souvent !
_ Vraiment ?
_ Oui ! C'est déjà arrivé que je te prenne en flagrant délit, où tu sembles regarder au loin sans que ton regard ne se pose sur un objet en particulier. C'est pour ça que tu fais si sérieux, et personne n'ose te déranger quand tu es dans cet état.
_ Je n'en avais aucune idée…
_ Pourtant, ça t'arrive souvent !
_ On en apprend tous les jours ».
Feliciano sourit en rougissant de plaisir, clairement d'accord avec cette conclusion. Le jeunot avait l'air sincèrement ravi de cette petite discussion, sans doute habitué à courir partout et à tenter de satisfaire tout le monde. En y réfléchissant bien, Francis se fit la réflexion qu'il devait travailler bien dur avec son nouveau rang de syndicat.
« Comment se passe le travail ? s'enquit-il. Tu n'es pas trop débordé ?
_ Euh… un petit peu mais ça va ! Je gère ! Si on m'a donné ce rôle, c'est qu'on m'en juge digne ! Il faut donc que je sois à la hauteur ! »
Avec ses grands yeux luisants, il était absolument adorable. Voilà typiquement le bon salarié que Francis aurait dû être s'il n'était pas tombé dans cette spirale monétaire absurde. Feliciano avait au moins le mérite d'être empli de bonne volonté et de désir d'apprendre, là où Francis pensait à son enrichissement personnel et au meilleur moyen de se faire bien voir.
« Tu as de quoi te faire élire « employé modèle », blagua le Français en espérant le faire rougir de pudeur ».
Cependant, à la place de ça, il vit son jeune ami se rétrécir sur place et pâlir quelque peu, comme si Francis venait de dire quelque chose d'obscène.
« Non, réfuta-t-il. Tu te trompes lourdement sur mon compte… Je suis loin d'être un employé modèle. Je veux dire… je suis nul et maladroit… et on ne peut pas compter sur moi… Il vaut mieux ne pas trop me donner de responsabilités. Mais c'est gentil de ta part… »
A partir de ce moment-là, Francis commença à émettre l'hypothèse que l'Italien souffrait d'un complexe d'infériorité sévère. Il devrait peut-être en parler à Antonio, à l'occasion, car il appréciait beaucoup ce petit gentillet. Et maintenant qu'il draguait son jumeau, il avait encore plus de raisons de l'apprécier. D'ailleurs, c'était étonnant que l'Espagnol ait été ami avec Feliciano si longtemps sans jamais savoir qu'il avait un frère. En même temps, vu le caractère de l'animal, on pouvait comprendre pourquoi son existence était passée sous silence. Pas évident d'avouer qu'on a un jumeau qui jure comme il respire.
En tout cas, Francis garda cette courte entrevue en tête lorsqu'il quitta l'Italien, car il allait aussi devoir se pencher sur le sujet. Mais pour l'heure, il voulait juste voir Arthur et prendre de ses nouvelles, et au pire, le rassurer par quelques caresses. C'était son rôle, après tout.
Il toqua donc trois coups secs à la porte, comme il le faisait à chaque fois.
« Entre ».
Francis sourit, amusé qu'Arthur ait compris comment le reconnaitre sans même le voir. Il était très attentif aux habitudes de son amant et à ses tics. Et taper trois coups rapides en était un.
En ouvrant la dernière frontière qui les séparait, Francis pénétra le bureau avec un pas qui se voulait discret, ne souhaitant pas briser l'harmonie silencieuse qui régnait autour de son partenaire. Puisqu'il ne faisait pas encore jour dehors, la pièce était plongée dans une demi-obscurité, combattue par les timides rougeurs d'un soleil à peine levant. Et face à cette clarté qui peinait à grimper le ciel, Arthur attendait, les mains à plat contre la vitre et le front qui les rejoignait doucement. Ce qui fit que Francis n'était absolument pas rassuré. Maintenant, dès qu'il voyait son amant s'approcher trop près d'une fenêtre, il angoissait. Quelle idée que de le foutre dans un bureau vide avec des fenêtres ouvrables en grand !
Epousant le contour de ses formes avec son corps, Francis déposa ses deux mains sur les siennes comme s'il ne voulait faire plus qu'un avec lui. Ses lèvres s'amusaient déjà à lui titiller l'oreille comme un petit chiot mordillant gentiment une balle, appréciant d'obtenir quelques soupirs en échange. Rien de tel que des tendresses pour commencer une discussion.
« Alors, bel enfant ? Comment s'est passé ton week-end ?
_ Mieux que ce que j'espérais, à vrai dire…, avoua Arthur en produisant un éclat de buée sur la vitre puis, en glissant sa main en arrière jusqu'à atteindre la nuque de son amant qu'il caressa : … et je dois reconnaitre que c'est grâce à toi.
_ Je suis charmé de ce compliment, répondit l'autre en caressant sa joue de ses lèvres. Mais tu m'as tout de même l'air un peu… absent. Y a-t-il quelque chose dont tu veuilles me parler ? »
Arthur sembla hésiter car son reflet dans la vitre montra une mine sceptique, voire un peu triste.
« Je ne sais pas si je dois t'en parler maintenant…
_ Tu me tiens en haleine, épargne-moi la migraine que ton silence m'infligera.
_ Eh bien… »
Il n'alla pas plus loin, sûrement par pudeur. Ses angoisses avaient l'air de le rattraper plus vite que les mots de Francis, ce qui n'était pas bon signe pour les aveux. Le Français continua donc ses baisers sur toute la peau qu'il pouvait toucher, le faisant ronronner de plaisir.
« Je suis un poison pour toi…, lâcha l'Anglais alors qu'il se raidissait de ses propres paroles.
_ Tiens donc ? rit son partenaire en poursuivant sa douce torture. Et qu'est-ce qui te fait dire ça ?
_ Je te tiens en laisse et je te force à céder à tous mes caprices… et ce n'est que le début… Oh, bon sang, Francis ! Tu es trop permissif avec moi ! Ne dis pas oui à toutes les tares que je te demande de subir !
_ Tu ne m'as rien fait subir pour l'instant.
_ Si ! Tu dis oui à tout… et tu acceptes tout… Pire ! Tu réponds à mes provocations comme si tu t'en amusais comme moi !
_ Je m'amuse comme toi.
_ Non… Tu ne peux pas prendre autant de plaisir que moi… Je suis le pire tyran qui soit.
_ Je ne vois même pas de quoi tu parles, se plaignit le Français en lui tirant le lobe d'oreille vers le bas.
_ Huuum… C'est parce que je sais que je suis à deux doigts de sombrer dans l'obscénité. Il faut que tu mettes un terme à cette histoire tant que je te laisse encore des libertés…
_ Je ne mettrais fin à rien du tout. Et je te rappelle que ce contrat est basé sur un consentement mutuel. Si demain, je juge que tu en fais trop pour pas grand-chose, je me retirerais, mais pour l'instant, tu n'as rien fait qui me donne envie de tout arrêter. J'aime les moments que je passe avec toi. J'aime tes secrets. J'aime celui qu'on a en commun. Et j'aime te voir t'abandonner dans mes bras. N'aies pas peur de toi, j'accepterais tous tes ordres, sauf si je juge nécessaire d'arrêter.
_ C'est une spirale, Francis. Une fois tombé dedans, tu n'arrêteras rien. Je vais te détruire.
_ Non, c'est moi qui vais te reconstruire ».
Ils s'embrassèrent à la volée avant de se séparer, le souffle coupé. Vraisemblablement, l'un était en train de faire une crise existentielle et l'autre continuait de jouer avec le feu pour ne pas rompre son petit équilibre confortable. Il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre.
« A t'entendre, on croirait que c'est toi le monstre, sourit le Français en cajolant la base de son cou avec son nez. Je te rappelle que le vrai salop, c'est moi.
_ Je ne te crois pas… Je suis le pire. Demande à mes frères, ils te le confirmeront… La famille est toujours douée pour connaitre nos secrets et nous casser du sucre sur le dos. Tu as des frères et sœurs ? »
Arthur avait posé la question innocemment, comme s'il avait soudainement ressenti le besoin de s'intéresser à son partenaire. A moins qu'il ne cherche à éviter de parler de sa fratrie. En tout cas, Francis se renfrogna immédiatement, tiquant même alors qu'il suçait un bout de peau. Il releva la tête pour rencontrer le regard inquisiteur et profond de son amant, dans la vitre qui commençait à luire sous le soleil levant.
« Oui. J'ai une petite sœur. Mais je ne veux pas en parler…
_ Je comprends. Je ne voudrais pas parler de mes frères non plus, pas maintenant en tout cas.
_ Tu préfères qu'on discute de ta femme ? provoqua le Français.
_ Tss… Ne joue pas avec moi. Je ne sais pas si tu sais, mais les histoires de couple, c'est souvent plus compliqué que ça ne devrait l'être.
_ Mon ex serait d'accord avec toi ».
Arthur arqua un sourcil rieur, un sourire amusé et cynique s'étirant sur toute la surface de son visage.
« Ton ex-petite amie ?
_ Non ».
Là, il eut l'air perdu.
« Mon ex-femme ».
Le temps sembla alors s'arrêter pour l'Anglais.
Avec une expression défaite, choquée, bouleversée, il s'écarta en repoussant les mains et les lèvres de son amant qui, lui, riait presque de ce rejet.
« Tu as été marié ?
_ Ahahah ! Pourquoi ça te choque autant ?
_ Répond !
_ Oui, mais c'est une vieille histoire, pas spécialement intéressante. Je ne me souviens même plus la date de notre divorce, tu imagines ? »
Il avait dit ça avec une telle légèreté que c'en était devenu malsain. Arthur était désormais blême et prêt à hurler, si on en jugeait ses sourcils froncés à l'extrême et son air revêche. Ça faisait longtemps que Francis n'avait pas été la cible d'une telle hargne, sauf que là, il serait bien en peine d'expliquer l'origine de cette colère. Il n'avait rien dit de choquant, à ce qu'il sache. Mais cette réaction le faisait rire.
Complètement perdu et agacé, Arthur commença à s'en aller en tapant du pied mais se retrouva vite jeté sur le canapé, en-dessous du corps entravant de son partenaire amusé.
« Eh bien, Arthur ? On veut échapper au grand méchant loup ?
_ Dégage de là, idiot ! Laisse-moi tranquille !
_ Continue de crier et tu vas attirer tout le monde ici. Ce serait triste qu'ils trouvent leur si respectable patron dans un état si déplorable…, non ? Regarde-toi ? Tes joues son rouge comme si tu venais de faire l'amour et le reste de ton corps est pâle comme la mort. Joli mélange de rage et de gêne, d'ailleurs. J'aime ta peau parce qu'elle te trahie toujours aussi bien ».
A ses mots, il embrassa son cou, pendant qu'Arthur essayait de lui tirer les cheveux pour le faire décoller de cette zone sensible. Cependant il était effectivement plus discret maintenant, car peu désireux d'être vu dans une position si embarrassante.
« Et puis…, poursuivit son agresseur. Je ne m'en irais pas tant que tu ne m'auras pas expliqué pourquoi tu es autant en colère. Je ne comprends pas ce qui t'énerve dans cette histoire. Tu es marié, toi. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de l'avoir été ? De toute façon, je te l'ai dit, c'est terminé.
_ M-mais… mais… Je veux pas… !
_ Tu ne veux pas quoi… ?
_ C'est pas juste ! J'en ai marre d'être pris de court ! Je déteste être mis devant le fait accompli ! Moi, je voulais savoir avant, j'aurais aimé savoir si une femme t'avais déjà possédée avant… ! Et ça m'agace que ce soit le cas !
_ Mais je suis à toi, aujourd'hui. Ça ne te suffit pas ?
_ Non ! Je veux que tu aies toujours été uniquement à moi !
_ Désolé. Ce n'est pas le cas… »
La jalousie possessive du Kirkland venait d'être triturée à l'extrême, et Francis en déduisit à nouveau tout l'impact que sa vie ratée avait sur sa psyché. Qu'Arthur soit un peu revêche à l'idée que son amant ait d'autres relations, ça pouvait se comprendre, mais qu'il en vienne à piquer une crise de jalousie, ça ne pouvait que cacher un trouble intérieur immense. Et encore, lorsque Francis s'était tapé Matthieu, ce sadique de Kirkland en avait été amusé ! Donc, les relations d'une nuit, ça allait, mais les ex-femmes, ça ne passait pas ? Bon à savoir.
A bien y regarder, c'était cette histoire de « posséder » l'autre qui semblait l'agacer. Arthur avait une certaine manie avec ça, il voulait avoir le contrôle de ses choses – choses dont Francis faisait partie intégrante depuis qu'il avait signé ce contrat et accepté de venir en aide à ce pauvre enfant perdu. Avec une ex-femme dans les pattes, il devait avoir peur de perdre du terrain et de devoir se rabaisser face à une puissance qui le dépassait, la puissance de l'alliance. Surtout que pour quelqu'un comme Francis, ça avait dû être un mariage d'amour. Que pouvait faire Arthur face à l'amour d'une femme ?
Rien.
Parce qu'il n'était rien.
« Allez, Arthur, calme-toi. Je suis à toi, d'accord ? Tu as ma signature sur le contrat et ma parole. Je suis à toi. Répète-le.
_ T-tu… tu es… à moi… ?
_ Oui. Et je suis à tes ordres.
_ A mes… ordres… A moi…
_ Oui.
_ Alors… dans ce cas… fais-moi l'amour. Tout de suite.
_ Très bien ».
Le problème s'arrangeait de lui-même.
Francis se lécha avidement les lèvres en ouvrant leurs encombrantes fermetures éclairs. Ils étaient au boulot, il fallait donc faire vite. Ne pas prendre trop de risque tout en rassurant Kirkland de sa sincérité.
L'étreinte commença sans attendre, brutale mais masturbatoire. Pour toutes les sales émotions qu'il venait de subir, Arthur désirait quelque chose de brusque, de douloureux, qu'on le marque de l'intérieur avec fougue (et Dieu sait à quel point Francis était doué pour ça) et surtout, sans prise de tête. A la base, sa relation adultère était faite pour l'éloigner de tous ses problèmes, pas lui en rajouter. Le problème, c'était qu'il voyait tellement en Francis sa chance de s'en sortir qu'il ne pouvait pas prendre leur liaison à la légère. Cruel dilemme.
L'Anglais jeta ses bras à l'arrière du canapé, rejoint par sa tête dont la bouche lâchait déjà d'embarrassants gémissements de plaisir. Entre ses cuisses, une douleur le sciait délicieusement, une douleur qui lui rappelait sans cesse à quel point il en faisait trop, à quel point ses troubles se traduisaient de plus en plus dans son comportement. Si même Francis commençait à en pâtir… Mais il n'arrivait pas à se calmer, c'était plus fort que lui. Ses sauts d'humeur venaient d'un sincère mal-être qu'il ne savait pas endiguer seul. Mais avec Francis, ça paraissait plus simple, sans doute parce qu'il avait l'air lui-même d'un homme simple, sans vraie prise de tête. En tout cas, il avait le don de le détendre et de presque lui faire croire que la vie ne méritait pas qu'on se casse le cul à son sujet, pas à ce point-là, tout du moins.
Et dans le fond, ce n'était pas faux. Peu importait le mariage d'Arthur, le divorce de Francis ou toutes ces choses qui leur avait pourri l'existence, puisque la seule chose qui les importait, c'était l'instant présent. Du point de vue professionnel ou personnel, ils s'étaient tous les deux bien trop projetés dans l'avenir, à essayer d'anticiper leur vie ou ce genre de connerie. Ça ne leur avait pas du tout réussi. Alors, en laissant tomber ce futur traître et ce passé révolu, il ne leur restait que le présent. Et lui au moins, ils le contrôlaient.
Et l'avantage de vivre à fond dans le présent, c'était qu'on le sentait se graver intensément dans notre peau. Dans les bras de Francis, Arthur sentait son présent, le poids de son existence et tout ce dont il était capable grâce à l'adrénaline. C'était peut-être une illusion, mais c'était l'une de seuls qu'il avait eu dans sa vie. Son enfance, il se l'était déconstruite comme un imbécile à cause d'une réalité trop marquée par rapport à ses médiocres rêves d'enfants. Et c'était adulte qu'il essayait de réparer cette erreur.
L'orgasme monta peu à peu, en accord avec la fougue de leurs mouvements. La douleur avait disparue grâce au temps et à la détente, ne laissant plus qu'un contact plaisant et bouillonnant pour lier leurs deux cœurs. Ils se sentirent fondre dans l'étreinte, comme s'ils ne formaient plus qu'un, mêlant même leurs gémissements en un ensemble coordonné et parfait. Puis vint l'extase finale, l'aboutissement de cet instant de désir pur, qu'ils clôturèrent par le mariage délicat de leurs lèvres chaudes.
Et force était de constater que leur adultère était devenu le cadet de leurs soucis. Francis s'en fit la réflexion lorsqu'il se rhabilla, cette union licencieuse était devenue aussi normale que d'aller faire les courses, alors qu'au début, l'idée d'être pris en flagrant délit était leur principale préoccupation. Depuis les quelques temps qu'ils se connaissaient – et cette histoire commençait à durer, d'ailleurs –, leur mentalité avait évoluée, et surtout leur rapport à la situation. Oui, ils s'y étaient tout simplement habitués.
« Méfies-toi tout de même de moi, avait rappelé Arthur avant de le mettre à la porte avec un sourire mystérieux ».
Francis décida de ne pas tenir compte des délires de son amant. Il ne se sentait absolument pas menacé par ce qu'il pourrait lui faire « subir » à cause de ses désirs. Après tout, Francis partait du principe qu'il les exaucerait tous, et puisqu'ils avaient tous l'air d'être de l'ordre du sexuel, il n'avait pas grand-chose à craindre. Sauf si Arthur lui demandait de faire des positions invraisemblables du kamasoutra mais ça ne semblait pas être son genre. L'Anglais était du genre classique dans ses ébats sauf à de rares occasions où il se permettait quelques folies au lit. Aucun souci de ce côté-là. Non, vraiment, Francis n'avait rien à craindre de lui et de ses pseudos plans machiavéliques.
Il alla à son bureau pour téléphoner à un client important, repassant dans une attitude un tant soit peu sérieuse, et il y resta une bonne heure avant de recevoir un message d'Antonio lui demandant de le rejoindre à son bureau pour parler du fameux traître. Pour quelques obscures raisons, Francis n'était pas rassuré avec le chemin que pouvait prendre cette histoire. Et on ne pouvait pas dire que l'Espagnol était du genre rassurant, surtout lorsqu'il devenait sérieux comme ça.
Un peu à la hâte, il quitta son bureau et commença à se diriger vers l'ascenseur quand une main agrippa nerveusement son bras. Coupé dans son élan, il fit volte-face pour tomber face à Matthieu, qui n'osait pas le regarder dans les yeux.
Mince… J'avais presque oublié cette histoire.
Preuve en soi qu'il lui avait déjà plus ou moins pardonné.
Tant pis pour Antonio, il attendra. Son petit Matthieu était tout de même prioritaire, surtout qu'il n'avait absolument pas l'air frais depuis leur dispute. Ça avait assez duré comme ça.
« Je suis sincèrement désolé, Francis. C'est parti trop loin pour une simple histoire de vengeance contre Gilbert et je m'en veux terriblement d'avoir trahi ta confiance de la sorte. Plus jamais je ne monterais ce genre de plans ratés parce qu'à cause de ça… je me suis mis à dos un de mes plus proches amis… Je suis désolé… Inexcusable mais désolé de ce que j'ai fait… Pardon ».
Il était à deux doigts de verser des larmes, ça voulait bien dire qu'il était sincère dans ses excuses. Ce que Francis avait noté, d'ailleurs, c'était la partie « plus jamais », typiquement ce qu'il rêvait d'entendre de ses lèvres. Il était absolument hors de question que Matthieu tourne aussi mal que lui. Francis souffrait déjà bien assez de ses fichus plans, il ne souhaitait pas qu'un ami aussi proche subisse le même avenir compliqué en empruntant la voie de la vénalité et de la manipulation. Pour quelqu'un comme Matthieu, une vie noble et honnête semblait plus appropriée.
Le Français lui frotta donc la tête d'une manière particulièrement affectueuse, surprenant le jeune coupable qui le regardait en clignant machinalement des yeux, ébahi et décontenancé de ce geste qui semblait venir de nulle part.
« On a un nouveau gros dossier sur les bras, je vais avoir besoin que tout le monde soit sur le coup. Est-ce que je peux compter sur ton aide ? »
Matthieu lui lança un regard perdu jusqu'à comprendre que le sous-entendu était « puis-je continuer à te faire confiance comme avant ? » et lorsqu'il eut pleinement réalisé que Francis lui offrait une nouvelle chance de faire ses preuves, le Canadien eut les joues roses de satisfaction, puis hocha la tête avec toute la reconnaissance possible dans le sourire.
Il repartit fièrement, prêt à mettre la main à la patte, et Francis reprit sa route avec un air très satisfait. Que c'était bon de voir les choses s'arranger de la sorte !
Restait plus qu'à se présenter devant Antonio, qui devait s'impatienter depuis le temps. Francis hâta donc le pas pour arriver plus vite, voire carrément essoufflé.
« Oh ! Nom d'un chien ! jura l'Espagnol lorsqu'il eut franchi sa porte. J'ai cru que tu t'étais fait kidnapper ou tuer en chemin !
_ Désolé, une urgence quelque peu imprévue m'a retenue, mais tout est réglé maintenant. Enfin bref ! Je t'écoute.
_ Bon. J'ai bien réfléchi à cette histoire de traître et me suis dit qu'il nous fallait dresser un semblant de profil pour commencer nos recherches. Si on pouvait se faire une idée des motivations du coupable, ça nous aiderait grandement ».
Antonio était vraiment à fond sur cette histoire, certainement amusé à l'idée de vivre quelque chose d'original par rapport à son petit train-train quotidien. Mais c'était risqué pour sa vie. Combien d'idiots s'étaient brûlés les ailes à voler trop près du danger ? Francis espérait juste que cette histoire de traître n'aille pas trop loin.
« Bonne idée, oui, approuva-t-il. Pour l'instant, je me dis qu'on cherche soit quelqu'un d'extrêmement discret, soit quelqu'un qui cache très bien son jeu.
_ Je suppose que pour trahir sa boite, il faut un bon paquet d'argent en échange ».
Francis déglutit discrètement en se sentant visé. Il avait vite intérêt à détourner les soupçons d'Antonio avant que celui-ci ne découvre quelque(s) chose(s) d'embarrassant, que Francis tenait à garder caché. Mais il avait tellement de secrets à garder que ça n'allait pas être facile.
« A moins que cela ne vienne d'une frustration professionnelle, renchérit-il.
_ C'est-à-dire ?
_ Quelqu'un qui n'arrive pas à grimper les échelons et qui se voit contraint de rester en bas de l'échelle, dans un boulot qui ne lui plait pas.
_ Je n'avais pas pensé à ça mais c'est une piste… en tout cas, ça me semble certain à 80% qu'on cherche quelqu'un qui cache bien son jeu – comme tu as dit –, plutôt qu'un type discret. A la limite, quelqu'un qui combine les deux, mais je pense qu'on a affaire à un bon menteur, un type qui sait ce qu'il fait.
_ Qui sait ce qu'il fait ? Comment peux-tu affirmer ça ? demanda nerveusement Francis.
_ Il ne laisse aucune trace derrière lui. Je pense qu'il maîtrise bien les choses et sa stratégie est mûrement réfléchie. Devines quoi, il s'est dégoté un système pour brouiller les caméras de surveillance. A cause de ça, je n'ai pas réussi à le traquer. Avec une image, même cagoulé, j'aurais pu avoir sa taille, sa corpulence et même sa pointure ! Mais le malin à l'air de savoir que je contrôle les caméras à volonté.
_ Oh… ça… ça réduit les suspects, non ?
_ Oui. Parce que peu de gens dans mon entourage savent que je pirate facilement ce que je veux. Sauf si…
_ …Sauf si ce n'est qu'une mesure de sécurité de sa part et qu'il n'en savait rien. Ou alors, l'info sur tes compétences a filtré… mais j'en doute. L'une des pistes est plus serrée mais plus hasardeuse.
_ Je n'ai pas mieux à proposer pour l'instant, mais ça vaut le coup de se pencher sur la question. Je te laisse le soin de mettre Kirkland au parfum.
_ Il n'est pas dans tes suspects, à ce que je vois.
_ Kirkland ? Il ne correspond absolument pas au profil du traître. Il est trop… je sais pas comment te dire mais… il a l'air au-dessus de ça. Sans doute parce qu'il a déjà assez de fric et de renommée pour se battre les couilles de recevoir trois billets en plus. Puis c'était son projet, surtout. Il y a passé du temps et je doute que ça lui fasse plaisir de l'avoir perdu aux mains de la concurrence. Il ne se serait pas donné tant de mal pour le parfaire si ça avait été lui le coupable. J'ai un peu le même cheminement de pensée pour toi. T'as bossé dur dessus, donc je ne vois pas comment tu aurais pu te trahir tout seul.
_ En effet, ça se tient ».
Francis était rassuré que l'attention d'Antonio se détourne de lui. Il avait déjà bien assez de choses en tête et n'était pas très chaud à l'idée de se défendre bec et ongle contre son frère de cœur et ses enquêtes policières. Par contre, l'affaire avançait si l'Espagnol était déjà capable de dresser un portrait psychologique de leur proie. Et ce pauvre Ivan Braginsky qui ne se doutait de rien… En même temps, le mettre au courant était risqué. Francis ne voulait pas de la police dans cette histoire, afin qu'ils fouillent trop dans sa vie, et Antonio n'en voulait pas parce qu'il était suffisamment orgueilleux pour souhaiter résoudre ce problème tout seul. Quand à Arthur, il était comme Francis, mais dans une autre mesure. Si la police mettait à jour ses infidélités, ce serait la presse qui s'occuperait de le décrédibiliser. Pas bon pour les affaires. Et sa mauvaise image pousserait Braginsky à le virer pour ne pas détourner les clients de l'entreprise.
Ils allaient donc se passer de policiers pour résoudre cette enquête.
Le sujet étant temporairement clos, Francis se permis de quitter le bureau pour retourner travailler, ayant déjà pris suffisamment de retard sur sa journée de travail. Il annoncerait les avancées de l'affaire à Kirkland plus tard. Pour le moment, il avait besoin d'informer certains de ses employés de la marche à suivre pour les prochaines semaines. Il passa son reste de matinée et une bonne partie de l'après-midi à répartir les tâches de chacun, allant même jusqu'à mobiliser l'aide de ses collègues du département voisin qui, eux, venaient de rendre un projet et étaient donc un peu plus libres. Même s'ils n'étaient que quelques bénévoles à avoir acceptés d'aider, Francis était plutôt fier de la tournure que prenait les choses. Ils allaient monter une ossature pour leur projet, le présenter à leurs clients et, selon le verdict qui en découlerait, le poursuivraient ou le reprendraient à zéro. Pour des soucis de timing, ils avaient plutôt intérêt à y parvenir du premier coup.
A la fin de la journée, Francis se retrouva complètement éreinté sur son siège à roulettes, avec l'impression désagréable que son âme essayait de s'échapper de son corps afin de le laisser pour mort. Il allait se tuer à la tâche s'il continuait comme ça. Sa mère l'avait pourtant prévenu que le café n'était pas une ressource vitale saine pour sa survie… mais ce n'était pas comme s'il pouvait faire autrement pour être aussi productif.
Trois petits coups brefs résonnèrent à sa porte.
« Entre »
Il avait deviné que c'était Arthur ayant repris sa petite manie.
« Tu vas te rendre malade à rester au travail aussi tard, remarqua l'arrivant.
_ Dixit celui qui passe sa vie dans son bureau.
_ Tu es insupportable quand tu t'y mets.
_ Je sais, c'est ma qualité première ».
On pouvait dire que Kirkland tombait à point, même si ça aurait été mieux qu'il ne lui reproche pas ses excès professionnels. Bah… il restait son patron, au fond. Disons qu'il s'inquiétait pour l'état de santé de son subordonné.
« J'ai parlé avec Antonio, aujourd'hui ».
Vu qu'Arthur avait avancé sa mâchoire inférieure, Francis en déduisit que cette simple phrase l'avait agacé mais qu'il essayait de le cacher. Il fallait vraiment réagir pour les crises de jalousie de son boss, sinon ça allait devenir ingérable.
« On a réfléchi au profil possible de notre traître.
_ Vas-y, fais-moi rêver ».
Francis essaya d'expliquer sans trop trahir son meilleur ami que celui-ci avait « quelques compétences » en matière d'informatique, assez pour inquiéter le traître s'il en avait eu vent – chose qu'ils ignoraient à cet instant précis. Or, comme la taupe s'était arrangée pour manipuler les caméras de surveillance, toute la question méritait d'être posée. Il lui expliqua entre autre qu'Antonio aurait mis la main au feu que le coupable était un menteur qui cachait sa vraie nature – et cette partie-là, il avait hésité à la sortir (puis vu la tête qu'Arthur faisait, il aurait peut-être dû s'abstenir).
Surtout qu'une fois son discours achevé, Kirkland lui attrapa le visage avec ses deux mains pour le forcer à le fixer dans le blanc des yeux, avec une expression indéchiffrable. Francis eut assez peur de ce visage à la fois sérieux et nerveux, qui semblait essayer de lire en lui, et ne tenta rien, même lorsqu'il se sentit être poussé en arrière, soit jusqu'à ce que ses hanches ne butent contre son bureau. Arthur anéantit la distance qui les séparaient en se faisant rencontrer leurs reins, le visage excessivement prêt du sien.
« Francis… Dis-moi que ce n'est pas toi le coupable ».
Le Français cligna des yeux, choqué de cette question aux allures désespérées, puis sourit sournoisement en attrapant son patron par les hanches pour glisser ses mains jusqu'à ses fesses.
« Tu serais déçu si c'était moi ?
_ Non, je te protégerais et te couvrirais ».
A nouveau, Francis fut pris de court, tant par le discours que par sa sincérité. Il ne savait parfois pas quoi penser du comportement d'Arthur, ni même de sa manière de penser en général. Couvrir un traître, c'était très grave et presque suicidaire, surtout pour un haut placé comme lui. Francis avait du mal à croire qu'Arthur puisse être à ce point son bienfaiteur, et ce contre deux ou trois caresses.
« Ce n'est pas moi, Arthur.
_ Tu me le jures ? »
Le regard était tellement brûlant que Francis déglutit nerveusement.
« Oui ».
Avec un ronronnement affectueux, l'Anglais se laissa tomber contre lui, l'enlaçant par les épaules avec un sourire soulagé aux lèvres. Francis avait observé ce changement d'humeur avec un air intrigué et scientifique, très clairement interloqué par cette confiance aveugle – et c'était le mot – que lui vouait l'unique personne en ce monde au courant qu'il ne fallait jamais lui faire confiance. Il était un menteur né, alors pourquoi Arthur se contentait-il juste d'un « oui » sans pousser plus loin la réflexion ?
Francis ne comprenait pas.
« So ! reprit le Britannique en se décollant de lui avec un sourire ravi. Je ne suis pas venu parler de ça à la base, mais de quelque chose de plus… personnel ».
L'intérêt de Francis fut titillé par l'air un peu taquin de son amant. Il se demandait ce qu'il pouvait bien avoir préparé comme bêtise pour finir avec un air aussi… mesquin. Il ressemblait à un enfant ayant pensé à une mauvaise farce, ce qui n'était, honnêtement, pas très rassurant. Surtout que ledit Anglais – ayant apparemment déjà oublié leur précédente discussion – avait pris une attitude plus… comment décrire ça… ouverte. Il jouait avec les boutons de chemise de Francis, triturait parfois une longue mèche blonde qui tombait de l'oreille, se mordillait les lèvres avec l'envie plus qu'évidente de l'allumer. Encore un changement d'humeur dont il allait se souvenir longtemps.
A ce moment-là, Francis se rendit compte qu'à force d'être poussé en arrière, il était carrément assis sur son bureau. En vrai, il s'en était rendu compte quand Arthur avait commencé à grimper sur ses hanches en se léchant les lèvres d'un air dominateur. Ils l'avaient pourtant fait le matin même… Arthur avait de l'endurance à revendre, vraisemblablement. A moins que ce ne soit que de la mise en scène pour s'amuser mais Francis n'y croyait pas trop. Il ne sortirait pas de ce bureau sans l'avoir fait jouir.
« Francis… J'ai… une petite proposition à te faire ».
L'interpellé haussa un sourcil en sentant sa gorge être grignotée. Ça y est, la situation lui avait encore échappée…
« Je t'écoute ».
Le grignotement remonta sur sa joue puis sur ses lèvres. Bientôt, le baiser les ravagea délicieusement et Francis glissa sa main contre la joue de son assaillant pour en tester la souplesse et la douceur, attendant impatiemment une suite à leur dialogue. Mais Arthur voulait faire durer le plaisir – plus par goût du spectacle qu'autre chose, car il se contentait d'être embrassé, enlacé, cajolé, soupirant de plaisir sans retenir ses cris car les sachant seuls à cet étage.
Et juste au moment où Francis était prêt à aller plus loin et à le prendre contre le bureau, l'Anglais décida de lâcher le morceau avec un sourire fier.
« Je veux que tu viennes chez moi ».
Les lèvres contre les siennes, le subordonné stoppa tout mouvement, prenant bien le temps de digérer les conséquences éventuelles, les risques et les bénéfices de cette folie. Il s'était immobilisé, les mains sur les fesses de son amant et le sexe commençant à bander sous cette tension sexuelle qu'Arthur avait mis en place. Mais le temps sembla s'étirer de plus en plus, car ni l'un ni l'autre ne brisa le silence, le premier pour le savourer, le second pour comprendre.
« Euh… Pardon ? »
Francis n'avait pas pu dire autre chose que ça, car ça résumait bien ce qu'il pensait.
Arthur s'était installé à califourchon sur ses cuisses, ouvrant leurs deux pantalons pour se faire rencontrer leurs verges tendues.
« Viens chez moi ».
Et il le suppliait avec des yeux de chiots, en plus !
Quelques vagues souvenirs de sa matinée lui revinrent en tête et Francis se remémora un modeste article qu'il avait lu sur Le Monde, comme il aimait le faire chaque matin en montant dans le métro (juste avant d'appeler sa mère, en fait). Il n'avait pas réagi sur le coup mais il avait désormais l'impression que tout était lié. L'article qu'il avait lu parlait d'un défilé de mode prévu à Miami, cette semaine, par les plus grands couturiers du monde. La femme d'Arthur était mannequin. Et Arthur l'invitait chez lui cette semaine.
Il se sentit presque rassuré d'en être arrivé à cette conclusion, bien que l'idée reste assez perverse dans le fond. Non mais qu'on n'aille pas lui faire croire que souiller le foyer conjugal d'une relation adultère n'était pas pervers ! Arthur était un tordu, Francis s'en rendait de plus en plus compte. Finalement, il comprenait un peu pourquoi il l'avait supplié de se méfier de lui.
Arthur dérapait.
Mais Francis accepta.
Ça allait être une soirée mémorable.
Cette fin… Mon dieu, cette fin… XD D'ailleurs, je préviens tout de suite, le prochain chapitre sera centré intégralement sur cette soirée ! Comme ça, je vous laisse imaginer comment ça va se passer.
Donc, pour ceux qui reviennent d'Interdiction, la Madame Bonnefoy de ce chapitre, c'est la vraie Gaule, selon mon interprétation (bon, j'ai volé le nom d'Aodrena Bonnefoy sur Pasta Kedavra et j'assume ! Façon, j'ai pris ce perso, je suis son maître tout puissant ! Mouahahah !) La meuf d'Interdiction était un OC au pif' sans nom ni véritable identité donc vous verrez vite la différence avec Ao (qui reviendra plus tard).
Je vous ai introduit pas mal d'éléments scénaristiques (peut-être trop d'un coup, surtout sur la famille de Francis), mais on en aura vite besoin pour la suite. Rho mon dieu, mais rien que d'imaginer ce qui va se passer, j'en ai des frissons ! XD J'ai juste peur de mal le transmettre… Je ferais de mon mieux ! (Paske ze vous zaime, kofkof)
Voilà, je n'ai rien d'autre à ajouter à part les éternels remerciements à tous ceux qui suivent cette histoire, la mettent en favori et tout, à ceux qui reviews et ceux qui lisent anonymement. Merci à vous tous !
Biz' !
