L'homme et la bête

Bon ! Pour être honnête, je m'attendais à ne plus poster avant deux semaines (durée de mes examens) mais je me suis rendue compte d'un truc : ce chapitre agit un peu comme la « fin » d'une partie. J'ai l'impression que le neuvième fera transition, si vous voulez, donc je trouvais ça plus cool pour vous de finir sur un chapitre avec un cliffanger minime (plutôt que sur le précédent qui vous avait mis l'eau à la bouche).

Donc voilà, je poste avec une journée d'intervalle parce que j'étais inspirée (la perspective d'être enfermée dans une salle de classe pendant six heures demain m'a donné un coup de boost au moral, disons XD)

J'espère qu'entre deux épreuves, j'aurais la force d'écrire un peu pour me changer les idées (sinon, je vais péter un câble) donc je vais essayer d'avancer le dernier chapitre de Deux Cœurs brisés (qui me donne plus de fil à retordre que prévu, crévindiou !)

Et si dans deux semaines, je n'ai pas réapparu, c'est que je me suis empoisonnée en buvant l'encre de mon stylo. Et dans ce cas-là… euh… désolée. On craque tous à un moment ou un autre.

Donc, CE chapitre !

'27 pages dans la vie d'Arthur Kirkland' serait une alternative à ce titre de merde (je suis pas du tout inspirée pour les titres, je crois que je vais finir par tous les changer – ou faire comme Mimichan qui n'en met que tous les 31 de chaque mois des années bissextiles). Je sais que vous l'attendiez ! Ça vous démangeait d'en savoir plus sur lui ! Et sur… -autocensure anti-spoil-

Réponses aux reviews :

Beyond :

Je suis horrifiée que tu ne review pas, vraiment U.U Tu mérites trois coups de fouets ! –MaisGnonJeRigole– Des problèmes de santé ? Q.Q J'espère que tu vas bien ! Merci pour ta review, j'espère que tu apprécieras ce que je vais foutre avec Aodrena par la suite (toujours penser aux twists scénaristiques). Puis, si tu aimes les Thuthur malicieux, ce chapitre est pour toi ! Bisouuu !

Mimichan :

Je trouve que c'est toujours une tâche très difficile de doser les éléments qu'on doit mettre dans un chapitre, parce que d'un côté, si on en met trop, on va perdre le lecteur dans la masse d'info, et si on en met pas assez, on va l'ennuyer. Et j'ai toujours peur de pas en mettre assez XD Quand à la maman de Francis, j'ai hâte de jouer avec elle, c'est un personnage important je trouve (pis les mamans, c'est cool ! Wiiii !) Et j'aime bien tes déductions sur le traître, ça me permet de voir les conséquences de ce que j'écris et là où il faut peut-être rectifier ou pas. Merci beaucoup parce que ça m'aide énormément ! Kiss !

Asahi :

Et après le background sur Francis, voici Arthur sous vos yeux émerveillés, madame ! Ouais, va pas falloir que j'oublie de développer la sœur et ses soucis, elle va être utile pour plus tard. Et voui ! Ao ! Il la fallait ! (me coupe pas la gorge, pleeeease !) Pas mal, tes suppositions sur Arthur (ça m'excite –PAN-) Finalement, tu n'as pas eu besoin de me harceler, je me suis convaincue toute seule de vous lâcher sur ce chapitre pour ne pas vous frustrer (si avec ça, je mérite pas une review gentille où on me fait un kiss sur les deux joues… U.U)

Arsenall :

C'est vrai que le personnage de Monaco me semble faite pour endosser un tel rôle, après tu verras bien ce que j'ai l'intention de faire de ce personnage (mais continue de déduire, ça m'excite :D /se prend une balle/ Désolée…). Je pense que tout le monde – dont moi – détestait la matrone d'interdiction XD En même temps, quelle garce, cette meuf ! Mon fils fait ce que JE veux, lewl ! Nope, ma grande ! Façon, la vraie mère, c'est pas toi, c'est Ao ! Niark ! Oui, j'imagine que cacher des choses importantes à sa mère doit pas être facile pour Francis… é.è Merci pour ta review ! Bisou !

Flesh-Delirium :

Bah alors ? Un problème contre les Ludwig en psy ? XD D'ailleurs, bravo pour avoir deviné que Francis avait été marié (même si on s'en balek' d'elle pour l'instant… Kof ! Kof !) Pour ton plus grand plaisir, on n'a pas fini de faire entrer e scène ce gros nigaud d'Antonio ! Ah, certaines phrases te font rire ? C'est vrai que tourner comme ça… j'ai vraiment écris ça… ? Rholala… (v/v) Ah ! C'est amusant ta réflexion sur Feliciano, je ne m'étais pas rendue compte que ça pouvait amener à penser ça… bah, c'est pas plus mal après tout (je vais commencer à exploiter cette histoire de taupe façon, donc garde tes théories au chaud). Je te kiss fort, ma grande !

Et voili voilou !

Alors, Kurea ? Encore un truc à dire avant de te faire atomiser en review… ?

Euh… Je vous aime ! Et bonne lecture, hein ! Et rien n'est à moi, hein ! é.è Pas les tomates ! –part en courant-

/!\ Présence de twists scénaristiques à moitié foireux mais nécessaires. Nous vous rappelons que l'auteure est gentille et qu'il ne faut pas lui lancer des tomates. Merci. /!\

P.S : Vous savez plus ou moins que dans mes fics, y a toujours un chapitre où ça commence vraiment à partir en couille. Bah pour cette fic, vous l'avez sous les yeux. Si, si…


Chapitre VIII :

Quelques jours plus tard, sur les coups de 17h, Arthur et Francis avaient trouvés le moyen de quitter le bureau, riant sous cape comme des petits diablotins à l'idée d'enfin s'enfuir à une heure décente, et rejoignirent tous deux le parking par l'ascenseur de service, juste pour se donner l'illusion qu'ils fuyaient tous les deux comme les héros d'un film américain. Arthur avait littéralement poussé Francis sur le siège passager en riant, puis avait lui-même attrapé le volant en s'installant à sa place, allumant la radio au plus fort pour leur exploser les tympans – avant que Francis ne daigne descendre un peu le volume en donnant un coup sur la tête de son chauffeur (qui manqua de faire rentrer la voiture dans un pilier).

Un peu comme deux meilleurs amis partant en vacances ensembles, ils se sourirent en naviguant sur les routes, jusqu'à Paris. Francis s'était attendu à ce qu'Arthur se soit acheté une voiture digne d'un riche, mais il avait opté pour un véhicule plus discret et passe-partout. Comme ça, il ne risquait pas de se faire fixer par les amateurs de belles voitures à chaque feu rouge. Malin, le petit.

La petite balade fut tout à fait sympathique. Heureusement, à Paris, il était interdit de construire des immeubles trop hauts, ce qui dégageait très largement le ciel et offrait une vue souvent magnifique sur les dégradés de couleur. Francis apprécia le voyage, surtout puisqu'il fut entrecoupé de longues discussion plus ou moins stupides avec son patron, et ça faisait vraiment du bien de dire de la merde avec quelqu'un qui se foutait de l'image que vous étiez supposé renvoyer.

C'est donc dans une ambiance d'osmose totale qu'ils parvinrent à la maison d'Arthur, maison que Francis avait déjà entraperçu sur une photo prise par un journaliste, mais qui lui semblait particulièrement belle en vraie. La voiture prit sa place dans le parking souterrain, recrachant ses deux voyageurs hilares.

En silence, Arthur lui montra la voie à travers les couloirs frais, jusqu'à un petit ascenseur qui ne les garda que trois secondes avant d'ouvrir à nouveau ses portes sur une sorte de hall d'entrée gigantesque, au sol carrelé en beige et dont chaque coin possédait une plante d'intérieure admirablement bien entretenue.

Ils avancèrent jusqu'à la grande porte principale et, toujours en silence, Arthur glissa sa clé dans la serrure avec un petit sourire prétentieux, mais qui cachait quelque chose de plus… profond. Francis commençait à se demander s'il ne se jetait pas dans un piège.

Mais non, c'était juste un diner en tête-à-tête avec son amant et patron. Pourquoi ça se passerait mal ?

La porte s'ouvrit et ils entrèrent tous les deux.

A peine quelques secondes plus tard, un homme fit son apparition depuis le couloir de la maison, ce qui eut pour effet de faire sursauter le Français qui s'était plutôt attendu à trouver la maison vide. L'homme était un Japonais habillé d'un costume noir et blanc, vraisemblablement le gouvernant, ou tout du moins un domestique, et arborait un sympathique sourire sur son visage, professionnel mais pas faux.

« Monsieur Kirkland, c'est un réel plaisir de vous voir rentrer si tôt. Vous auriez dû me prévenir que nous avions un invité, je me serais mieux préparé pour le recevoir.

_ C'est pour ça que je ne t'ai pas prévenu, Kiku ».

Le Japonais leva les yeux au ciel avec un léger sourire fatigué, apparemment habitué aux délires de son maître.

« Je vais prévenir Madame de votre retour ».

Francis, qui avait souri ironiquement jusque-là, manqua de s'étouffer avec sa propre salive en entendant ça. La femme d'Arthur était à Miami, n'est-ce pas ? Il avait mal entendu, à coup sûr. Parce que jamais, jamais, ô grand jamais, Arthur aurait été assez fou pour jeter Francis dans la gueule du…

« Dude ! Arthur ! It must be a dream ! »

Francis entendit presque Arthur lui murmurer « je t'avais dit de te méfier de moi ».

Une jeune femme fila comme une flèche jusqu'au jeune Kirkland, manquant de le faire tomber au sol tant il se l'était prise de plein fouet. Avec un très fort accent américain, la jeune femme débita un flot de paroles dont Francis ne fit absolument pas attention, malgré ses connaissances en langue, tant il était concentré sur autre chose. La Madame n'était pas beaucoup vêtue… En fait, elle avait une chemise blanche d'homme qui la recouvrait jusqu'à mi-cuisse – peut-être s'était-elle habillée à la hâte en entendant que son mari était rentré. Et à part ça, c'était tout. Ses cheveux mi-longs et blonds étaient lâchés mais soyeux. Une belle jeune femme. Qui ne s'était toujours pas aperçue de l'existence de Francis, par ailleurs.

Elle était en train de prendre la température de son conjoint et de tâter son pouls. A partir de là, Francis fit quelques efforts pour comprendre ce qu'elle disait.

« Bon sang, Arthur ! Tu as de la fièvre ? Tu as tué un homme ? Tu dois de l'argent à quelqu'un ? Je ne comprends pas ! Un Arthur Kirkland qui rentre tôt est un Arthur Kirkland qui a des plans dans la cervelle ! Et ne dis pas non, je te connais ! Qu'est-ce que tu manigance, petit idiot ?

_ Amélia…

_ Non ! Pas de « Amélia » qui tienne ! Explique-moi ton idée ou je… !

_ Amélia !

_ Quoi ?!

_ Trois choses, déclara-t-il en lui montrant son index, son majeur et son annulaire. Un… Je n'ai pas besoin d'assassiner quelqu'un et de fuir les lieux du crime pour quitter le boulot plus tôt. Que tu le veuilles ou non, j'avais juste envie de rentrer à la maison. Deux… Qu'est-ce que tu fiches habillé comme ça ? »

Amélia prit un instant pour contempler sa tenue, ouvrant grand les bras comme si elle venait de découvrir que c'était trop grand pour elle. Cependant, elle haussa les épaules avec déni avant de sourire de toutes ses dents, tournoyant sur elle-même pour lui montrer la chemise qui voltigeait sur ses hanches.

« Je ne vois pas où est le problème. Sauf si tu tiens à tes chemises comme à la prunelle de tes yeux.

_ Non, ce que je me demandais c'est « pourquoi » m'avoir pris une chemise alors que tu as largement de quoi t'habiller.

_ Eh ! On est marié pour le meilleur et pour le pire !

_ Amélia… »

Fière de le faire tourner en bourrique en répondant à côté, elle s'accrocha à sa poitrine en tombant en avant, en proie à un grand fou rire. Arthur lança un regard éreinté à Francis, qui contemplait la scène avec un air gêné, puis le Britannique glissa sa main sur la hanche de son épouse pour relever un peu la chemise. Francis ne vit pas ce qu'il regardait mais Arthur soupira fortement, redressant de force la jeune femme.

« Amélia, va mettre des sous-vêtements.

_ Non ».

Nouveau soupir de l'Anglais. On eut dit un père face à sa fille, vraiment. Il devait être en train de se dire quelque chose comme « mais qu'est-ce qu'on va faire de cette fille ? » ou bien « pourquoi est-ce que je ne me fais même pas respecter dans ma propre maison ? ». Francis n'arrivait pas à en rire. Il était toujours outré qu'Arthur ait organisé cette réunion malsaine entre l'amant et l'épouse. Puis vu le caractère de la jeune fille, elle devait être attaché à son Arthur, sinon elle ne l'enlacerait pas comme ça. Et les contacts physiques ne semblaient pas déranger le jeune homme, qui la laissait se remettre de son rire en la tenant pour qu'elle ne perde pas l'équilibre.

Mais d'un autre côté… Francis se serait attendu à un couple plus froid. Sachant qu'Arthur avait dû subir un mariage arrangé, cela semblait effectivement cohérent qu'il fasse semblant d'aimer sa femme – et vice-versa – devant des invités ou proches, mais puisqu'elle n'avait pas remarqué que son mari avait un invité… eh bien… elle était sincère. Donc, elle appréciait vraiment son époux. Et vraisemblablement, vu leur complicité, Arthur aussi l'appréciait.

Francis était paumé.

_ Mais qu'est-ce que tu mijotes, aujourd'hui ? reprit le Britannique. Allez, crache le morceau.

_ Ok, ok, vieux tyran ! Je m'entraine pour demain.

_ Demain ? Quel rapport avec le fait de se balader cul-nu ?

_ Demain, je vais travailler comme ça.

_ Quoi ?!

_ On fait la grève des bas, les filles et moi. Notre manager nous a très clairement considérées comme des bouts de viande, des salope juste bonnes à marcher en ligne et à porter des fringues. Il considère que nous n'avons aucune personnalité et que c'est très bien comme ça. Du coup, j'ai l'intention de le provoquer demain – aidée de mes collègues « bouts de viande » – et, cette fois-ci, on va enregistrer son discours misogyne et l'envoyer à un groupe de féministe avec qui je suis en contact depuis quelques mois. On va leur montrer de quoi les bouts de viande sont capables ! J'espère que ça ne te pose aucun problème, mon chéri.

_ Aucun, tu fais ce que tu veux de ta vie. D'ailleurs, je pense que ça peut être drôle et j'espère que tu auras la gentillesse de me faire écouter l'enregistrement. Par contre, tu feras ça demain. Pour ce soir, va mettre une culotte. Et un bas.

_ Pourquoi ça ?

_ Eh bien, cela m'amène à mon troisième point ».

Il lui prit les épaules et la retourna brusquement vers Francis qui, depuis le début, avait du mal à mettre des mots sur cette situation gênante. Mais lorsqu'enfin, l'attention de la jeune Américaine fut portée sur lui, il perdit son embarra pour se concentrer sur sa beauté et sur le regard fier d'Arthur Kirkland, dont les mains étaient toujours posées sur les épaules de sa jeune femme. La chemise n'étant boutonnée qu'au décolleté, ses épaules commençaient à se dénuder sous les doigts joueurs de l'Anglais. Elle ne s'en rendit pas compte, apparemment interloquée de recevoir quelqu'un chez elle, ou au moins, de recevoir un ami de son mari.

Ce fut Arthur qui brisa le moment, après s'être aperçu que le silence qui régnait n'était pas dû à un étirement du temps mais bien à un choc collectif, car il enlaça son épouse par derrière pour laisser sa tête reposer sur le sommet de son crâne.

« Francis, je te présente ma magnifique femme, Amélia F. Jones, renommée Amélia Kirkland depuis déjà trois petites années. Amélia, ma chérie, je te présente Francis Bonnefoy, un très bon ami et collègue de travail. Je l'ai invité à passer la nuit ici, le temps que ses cousins prennent d'assaut sa maison pour organiser un enterrement de vie de garçon. Alors, Francis ? Comment trouves-tu ma magnifique princesse ? »

Alors, déjà, Francis n'avait passé sa maison à aucun cousin pour aucun enterrement de vie de garçon. Ensuite, il ne lui avait jamais dit que sa « princesse » était magnifique. Et enfin, qu'est-ce qu'il branlait, au juste ?! Arthur mentait effrontément en mettant en avant sa « complicité » avec sa petite épouse, sous le nez de son amant ? Mais pourquoi faire ça ?

Concrètement, qu'il câline sa femme ne devrait pas être si choquant que ça puisqu'ils étaient justement mariés, mais qu'Arthur en rajoute sur son couple et insiste bien sur la splendeur qu'était cette Amélia… c'était malsain. Et faire peu à peu tomber la chemise qui glissait sur les épaules dénudées de la jeune femme – qui n'avait vraisemblablement pas plus de soutien-gorge que de culotte –, c'était pervers ! Alors, au risque de se faire exploser la cervelle, Francis réitéra cette même question qui lui revenait sans cesse en tête : à quoi jouait-il ?

« Arthur, idiot ! bouda l'Américaine en rougissant. Ne commence pas à dire n'importe quoi sur moi à tes collègues de travail ! Et pourquoi n'as-tu pas appelé pour nous prévenir qu'on compterait un autre convive pour ce soir ?

_ Oww… Ne boude pas, ma chérie. Je voulais te faire une surprise ».

Le Français manqua de tomber parterre en voyant Arthur déposer ses lèvres dans le cou de sa femme, qui étira sa gorge pour le laisser faire, toujours avec sa petite moue agacée absolument adorable. Dans sa petite embrassade, l'Anglais lança un regard vainqueur à son amant, le bon vieux regard de vicelard dominant, qui énerva Francis plus que de raison. Mais, habitué à porter un masque, il prit sur lui et sourit aimablement au petit couple qui osait se bécoter devant son nez.

« Je vous prie de m'excuser, madame Kirkland. Je ne voulais pas m'incruster chez vous de la sorte.

_ Mais non, ce n'est pas de te faute ! Encore ce crétin de buveur de thé qui fait des siennes ! Et, par pitié, tutoyons-nous avant que ce soit trop tard, Francis.

_ Très bien… Amélia ».

L'Américaine rougit en lui offrant un grand sourire comblé, avant de se retrouver la tête en bas. Francis cligna des yeux en fixant son amant porter sa femme comme un sac à patate.

« Mais repose-moi, vil créature ! Au kidnapping !

_ Kiku, je te laisse conduire notre invité au salon pendant que je vais habiller cette petite dévergondée.

_ Je ne suis pas une dévergondée ! Et toi, t'es juste un gros crétin de maniaque impoli ! Pose-moi parterre ou j'appelle la vilaine belle-mère à la rescousse.

_ Comme si t'allais la supporter… »

Ils disparurent tous deux dans le couloir en se disputant gentiment. Francis se retrouva seul avec le domestique, qui l'invita très cordialement à le suivre.

« Excusez-moi mais… ça leur arrive souvent, ça ? interrogea le Français.

_ Ahah, oui. Désolé de cet accueil, monsieur Bonnefoy. Lorsqu'ils sont seuls à la maison, madame et monsieur agissent comme deux adolescents, donc ils ont du mal à se contenir lorsqu'ils se retrouvent. Et comme madame est naturellement joyeuse et pleine de vie… enfin, vous voyez… Ils ont des caractères assez marqués, tous deux. Mais ça fait toujours plaisir de voir un couple aussi uni. Mes précédents employeurs ne s'affectionnaient pas autant. En tout cas, ne faites pas attention à leurs jeux et leurs éventuelles disputes. Elles ne durent jamais bien longtemps ».

Pourquoi entendre ceci lui semblait bouleversant ?

Francis s'était complu dans l'idée qu'Arthur vivait quelque chose d'atroce, avec une épouse superficielle uniquement intéressée par son fric et la gloire, qu'il aurait épousé à cause des méchants parents et beaux-parents. Sauf qu'il ne montrait rien de tel. Kiku venait de le dire, ils jouaient, ils étaient complices, ils s'affectionnaient. Mais dans ce cas, qu'est-ce qu'Arthur avait voulu dire par « je n'aime pas ma femme » ? Parce que, clairement, c'était faux. Arthur lui avait donc menti ?

Non, s'il lui avait menti, il n'aurait pas eu cette envie pressante de se jeter par la fenêtre, le deuxième soir de leur folie commune. Et Francis avait jugé en personne de son état moral. Arthur était éreinté et avait réellement peur de sa belle-mère. Dans ce cas, jouait-il un rôle devant sa femme ? Simulait-il le bonheur et l'amusement lorsqu'ils se voyaient ? Cela justifierait le fait qu'il ne rentre que tard du travail. Il voulait peut-être passer le moins de temps possible à lui mentir.

Quelque chose ne faisait pas de sens dans cette histoire. Arthur se révélait beaucoup plus complexe et paradoxal que prévu, ce qui n'arrangeait absolument pas les affaires de son amant – si, si, son amant, le « truc » supposé l'aider à tenir le choc mais qui ne savait finalement même plus de quel choc il s'agissait –, et vu l'expression fourbe que l'Anglais lui envoyait à la volée, ça n'allait pas s'arranger.

Mais quelle naïveté que d'être venue dans cette baraque sans se méfier des idées tordues du Kirkland ! Francis se trouva tellement con à cet instant qu'il manqua de briser son masque de bonne humeur. Heureusement, il en avait suffisamment l'habitude pour rester souriant pendant que Kiku lui proposait de s'asseoir dans le canapé. Canapé absolument gigantesque, d'ailleurs, et qui faisait face à une télévision – ou un écran de cinéma, vu la taille – et, plus bas, une table basse en verre sur laquelle quelques bouquins étaient empilés. Francis se tourna un peu pour analyser l'immense pièce et en eut presque le vertige. Pour occuper l'espace sans donner un quelconque sentiment de « vide », ils avaient fait installer une table capable de tenir une bonne cinquantaine de personne, facilement. Les repas à deux devaient être mythiques. Ou pire : seul. Pauvre Amélia. Puis, le long des murs, même de celui à fenêtres, des piédestaux rythmaient la longue distance à parcourir, avec sur chacun un objet plus ou moins joli – sûrement des pièces de valeurs.

A part l'arche béante par laquelle il était entré, Francis ne distingua que deux autres portes, toutes deux du même côté, preuve que ce salon occupait à lui seul la moitié de la maison – qui devait être à étage, à tous les coups. Mais même… Un demi-étage pour un malheureux salon… Non, vraiment, pauvre Amélia. Elle devait se sentir seule ici. Comment pouvait-elle rester fraiche et pleine de vie en comatant dans ce château ? Francis se connaissait, il aurait pété un câble.

Par peur de casser quelque chose, il resta assis sans entrer en contact avec les objets qui l'entouraient, jetant un rapide coup d'œil à son téléphone pour vérifier qu'il n'avait reçu aucun mail ni SMS – à moins que ce soit pour combler le silence gênant qui s'était installé. Il eut un instant de compassion pour Kiku, qui attendait sagement derrière lui avec un sourire professionnel. Le pire dans ce genre de maison, ce devait être le silence.

L'endroit était aussi atroce que magnifique.

« Pardon pour le retard ! s'exclama un joyeux petit Britannique en réapparaissant par l'arche – après être repassé par l'entrée où devait se cacher un escalier menant à l'étage. On ne tombait pas d'accord sur ce qu'Amélia devait porter.

_ Ah parce que tu lui imposes un style vestimentaire ? siffla un Francis qui oublia de cacher sa colère ».

Arthur eut un sourire satisfait de cette amertume mais ne répliqua rien, laissant le temps à sa femme de le rejoindre. Elle était en train de finir de boutonner sa chemise et, lorsque cela fut fait, elle releva les yeux pour sourire de toutes ses dents.

« Vraiment désolée que tu ais dû assister à cette scène, Francis. Je suis souvent un peu puérile.

_ Si tu arrives toi-même à t'en faire la critique, c'est que tu es plus mature que tu ne le penses, répliqua-t-il du tac-au-tac ».

Amélia cligna des yeux et les baissa au sol en rougissant, un petit sourire charmé aux lèvres. Ce ne devait pas être le genre de compliment auquel on l'avait habituée. Dans le mannequinat, ça devait plutôt ressembler à des « oui, ma chérie, tu es su-bli-me ! Une vraie poupée ! », et ça devait être lassant à la longue. Un compliment sur son caractère devait lui plaire, surtout que, si Francis avait bien compris, Amélia luttait contre une forme de discrimination à son travail. Brave fille. Francis était en train de l'apprécier, et ça le rendit encore plus coupable.

Arthur avait observé l'échange avec un air interloqué, mais toujours avec une forme de satisfaction. Quelque chose n'allait vraiment pas avec lui, il laissait flotter une atmosphère dérangeante. Quel était son but ? Parce que pour avoir invité son amant dans son petit foyer tranquille et sans histoire, Francis osait espérer qu'il y avait un plan derrière. Ce serait décevant autrement. Il ne se posera jamais assez la question mais… qu'est-ce qu'il branlait, au juste ?!

« Allez, viens ! s'exclama soudainement l'Anglais avec un regard pétillant. Depuis le temps que je veux t'emmener ici, laisse-moi le plaisir de te faire visiter. Tu te joins à nous, princesse ?

_ Sans façon, je vous retrouverais pour le dîner. J'ai l'intention d'écrire une missive contre mon manager, que je publierais en lettre ouverte dans un magazine féministe. Je te jure, je vais pourrir sa carrière pour le restant de ses jours. Et c'est bien fait. Il me faut des mots forts… j'ai presque envie de parodier le « J'accuse » de Zola ».

Francis manqua de s'étouffer en entendant ça. Elle venait de citer Zola ! Pour une cause noble !

Le Français observa, avec désappointement, son cliché du mannequin écervelé s'envoler. Elle était forte, courageuse, vivante, intelligente et avait du caractère. C'était… Francis n'osait pas le dire, même en pensée, mais… oui… c'était… la femme parfaite pour quelqu'un comme Arthur. Quelqu'un capable de lui répondre intelligemment tout en ayant la divergence de caractère pour le faire réagir. C'était bien plus qu'une simple épouse « plante verte » qu'on lui avait collé à la peau pour faire joli dans les médias et dans l'arbre généalogique… Cette femme était une personnalité en soi, quelqu'un de vrai qui avait son importance et sa part de complexité. Et vu son penchant pour la justice, elle pourrait être davantage dangereuse pour la relation adultère de son mari.

Arthur, bordel ! A quoi tu joues ?!

Pourquoi avoir fait ça ? Si jamais elle découvrait la vérité… qui sait ce qu'elle pourrait faire !

Il se leva avec le visage blême alors que la belle Américaine s'asseyait à sa place, sortant une feuille de papier et un crayon de sa pile de livres, pour commencer à dresser un brouillon de sa missive. Arthur, quant à lui, recula de quelques petits pas – mais toujours le sourire aux lèvres, pardi ! –, presque en sautillant, alors que Francis s'approchait dangereusement de lui, la mine grave. Mais ça l'amusait, en plus !

« Donc, comme tu l'auras deviné, mon ami, voici le salon et la salle à manger ».

Mon ami ?

Arthur se comportait comme un mari digne avec sa femme cocue et comme un ami avec son amant. Soyons honnête, il y avait un réel problème dans cette histoire.

« Arthur…, chuchota le Français avant que ses mains ne soient attrapés par son compagnon hilare.

_ Il faut que tu voies ça, tu ne vas pas en revenir ! »

Avant d'avoir eu le temps de dire « ouf », le Français se retrouva face à un vase absolument splendide, sûrement peint à la main, et posé sur un piédestal en marbre blanc, côté mur. Plus loin, vers la table basse où Amélia écrivait, Kiku regarda sa montre et échangea quelques mots avec un autre domestique, sans doute en pleine préparation du dîner. Les deux hommes étaient donc plus ou moins libres de parler tranquillement sans que personne ne les entende – à condition de chuchoter –, sauf que voilà… Arthur n'en avait rien à faire des appels et des regards appuyés de son amant.

« Cette magnifique pièce de céramique vient de Chine. Un cadeau de belle-maman, symbole de luxe et de richesse. Je n'ose même pas te décrire le prix de cette merveille, j'en rougis moi-même. Tu imagines ?

_ Oui, répondit sèchement le Français frustré d'être ignoré de la sorte.

_ Il a voyagé comme un roi. Une fissure et la compagnie aérienne en aurait été endettée pour cinquante ans. Comme quoi, ils savent faire leur travail.

_ A quoi tu joues, murmura Francis en vérifiant que personne ne les écoutait ».

Sa question ne trouva aucun écho, mais il se passa quelque chose qui eut le mérite de lui clouer le bac.

Klang !

Arthur venait de pousser le vase du bout des doigts, l'éclatant au sol dans un fracas épouvantable, juste de quoi attirer l'attention de tout le monde. Mais Arthur fit signe à son majordome de ne pas bouger, le regard fixé sur Francis qui n'en revenait pas. Il ne savait pas sur quoi concentrer son attention. Le visage amusé d'Arthur ? La mine interrogative de Kiku ? L'inestimable objet détruit ? Ou l'indifférence manifeste de l'épouse qui retourna écrire sa lettre en soupirant ces quelques mots :

« Elle va t'en vouloir, mon chéri.

_ Ne t'inquiète pas, princesse, répliqua l'Anglais dont le doigt était resté tendu vers le vase qu'il venait de pousser, puis, le glissant sur la joue de son invité : Nous lui dirons qu'un de nos convives était particulièrement… maladroit.

_ Salop…, marmonna le désormais officiel convive maladroit.

_ Kiku, je suis désolé ! Je peux te demander de nous débarrasser de ça ? Pendant ce temps, je vais montrer mon secrétaire à Francis. Je suis sûr que voir dans quel genre de bureau je travaille l'intéresse. Francis adore les vieilleries.

_ Comment tu sais ça ? cracha-t-il à voix basse.

_ Bien, monsieur. Je vous préviendrais lorsque le repas sera servi ».

Kiku venait de s'agenouiller pour nettoyer et, déjà, Arthur tirait son complice par une des portes qui menait à un couloir long et large. Puis ils empruntèrent un escalier en courant – Francis ayant du mal à suivre le rythme entre tous les détours qu'ils faisaient à travers les couloirs. Cette maison était un labyrinthe, un piège géant, bien à l'image du propriétaire !

Au détour d'un couloir, Francis se sentit complètement jeté à travers une porte, qu'il enfonça bien malgré lui avec son omoplate avant de piétiner avec maladresse – car ayant perdu son équilibre avec le choc. Après s'être un tant soit peu stabilisé sur ses deux pieds, il fixa un instant son amant refermer la porte derrière eux en rigolant et rejoindre son bureau pour s'asseoir bien gentiment à sa place, pieds sur le vieux bureau en bois noble, comme s'il cherchait à trouver la meilleure position pour se détendre. Enfin seuls.

« Arthur, tu as intérêt à tout m'expliquer ! Et pas de mensonge !

_ Calme-toi, mon ami. La soirée est trop belle pour qu'on s'énerve.

_ Arrête de faire ton parrain mafieux, les blagues les plus courtes sont les meilleures.

_ Un whisky ? »

Francis leva les yeux au ciel lorsqu'il fut superbement ignoré, son patron étant déjà en train de fouiller dans un placard de son bureau – superbe pièce, en passant – pour en sortir une belle bouteille auburn et deux verres en cristal brillants. Finalement, l'Anglais se fichait pas mal de savoir si son invité voulait boire ou pas puisqu'il les servit tous les deux sans se poser de question. Mais c'est qu'il était ingérable ce soir !

« Trinquons ! proposa-t-il en l'invitant à s'asseoir en face de lui.

_ En quel honneur ?

_ A la pérennité de nos mensonges ! Ou à ta santé, si tu préfères.

_ Les mensonges me vont mieux ».

Les verres s'entrechoquèrent et Francis se congratula pour cette patience infinie dont il faisait preuve. Mais brusquer Arthur serait le meilleur moyen de le braquer et ce serait très clairement contre-productif, surtout quand on était dans la position de l'ignorant et qu'on exigeait des réponses.

Le Britannique se leva pour faire face à la fenêtre, dégustant son whisky en silence pendant que Francis faisait tournoyer le liquide dans son verre pour passer le temps. Avec un ou deux glaçons, il aurait préféré. Tant pis.

Lorsqu'il jugea l'avoir suffisamment fait poireauter, Arthur déposa son verre dans l'encoche de la fenêtre – qui était finalement très creusée dans le mur (assez pour y déposer un verre à whisky) – et refit face à son amant, écartant les bras comme un prestigitateur devant son public.

« Alors ? Ma vie n'est-elle pas… parfaite ? Une superbe femme avec qui je partage des moments de complicité, une des plus belles maisons du quartier – aménagé selon mon goût –, des domestiques serviables et aimables, des cadeaux fortunés… Merveilleuse vie, n'est-ce pas ?

_ Viens-en au fait.

_ Tss ! Quel impatient !

_ Je suis assez scandalisé de ton comportement, ne penses pas que je vais te faire des cadeaux après ton cirque avec Amélia. Je suis très en colère contre toi, actuellement. Mais te connaissant, toute cette mascarade cachait quelque chose. Je me demande ce que tu essayes de me dire.

_ Devine.

_ Monsieur serait-il un menteur fini ? Un gros manipulateur qui fait croire à sa femme qu'il l'apprécie alors qu'il la méprise ?

_ Non, j'aime énormément Amélia ».

Cet aveu, prononcé en toute sincérité, lui fit un peu mal au cœur, mais Francis laissa cette émotion de côté pour se concentrer sur les messages cachés qu'avaient dispersé son amant pendant ce début de soirée.

« Alors quoi ? Tu m'as menti et tu l'annonce comme ça ? Je croyais que tu n'aimais pas ta femme, Arthur. C'est mot pour mot ce que tu m'as sorti lorsque je t'ai senti sur le point de te jeter par la fenêtre de ton bureau.

_ Je l'aime, mais… pas comme ma femme.

_ Allons bon.

_ Je te jure que ce n'est pas une blague ! »

Arthur se plaça devant son amant pour prendre siège sur le bureau, les deux pieds posés sur les accoudoirs du fauteuil, ce qui piégeait Francis dans cette position. Ce dernier eut un sourire perfide, amusé de constater le caractère toujours possessif et dominateur d'Arthur, même lorsqu'il ne s'en rendait pas compte.

Et là, de but-en-blanc, alors qu'il s'était attendu à une justification tirée par les cheveux, disant quelque chose comme quoi Arthur jouait la comédie pour ne pas inquiéter sa précieuse petite princesse, Francis fit face à une déclaration qui lui martela le cœur de plein fouet et qui le perdit davantage dans toute cette histoire de fou.

« C'est moi et uniquement moi qui ai insisté pour épouser Amelia. Ni mes parents, ni les siens ne m'y ont poussés. Je l'ai choisi seul, parce que c'est elle que je voulais pour femme ».

Francis déglutit en baissant les yeux sur son verre. Arthur le fatiguait avec ces mystères bourrés de paradoxes et d'incohérences. Il ne savait même plus s'il lui mentait ou autre chose.

« Tu m'épuises, Arthur. Si tout va bien, alors à quoi je sers ?

_ Mais tout ne va pas bien, Francis. Au risque de te fatiguer davantage, je vais devoir te raconter un gros morceau de ma vie, de quoi te faire comprendre le piège que j'ai moi-même tissé autour de moi, et là tu sauras enfin ce qui ne va pas chez moi et quel genre d'homme je suis ».

Arthur s'était penché en avant, posant ses coudes sur ses cuisses, prêt à lâcher le fauve.

Francis fit de même, faisant se frôler leurs nez, prêt à entendre une justification valable.

« Vas-y, je trépigne d'impatience ».

Le sourire fut partagé.

« J'avais dix-neuf ans quand j'ai entendu mes parents discuter de mon avenir et de celui de mes frères. J'étais le plus jeune, encore étudiant et célibataire. En soit, le dernier qu'il fallait caser dans la vie professionnelle. Mes parents étaient inquiets de mon manque d'engouement pour la gente féminine et envisageaient de me faire rencontrer les filles de leurs amies pour m'aider un peu. Il n'y avait rien d'obligatoire là-dedans, mes parents faisaient ça en espérant me faire gagner du temps. Le problème dans ces conneries de dîners arrangés, c'est qu'ils ne sont basés souvent que sur la richesse des deux candidats. La première question que me posaient les filles était toujours la même : de qui es-tu le fils ? Tu te doutes bien que ça m'a vite gavé ».

Arthur se souvint du regard parfois compatissant et parfois blasé de sa famille lorsqu'il quittait la table au bout de dix minutes. Sa mère avait joué le rôle de la confidente et on voyait bien qu'elle faisait de son mieux pour trier les prétendante et ne proposer que celles qui avaient un minimum de jugeote. Mais même la plus intelligente d'entre elle devenait avide comme un vautour lorsqu'on la présentait à Arthur. Tout le monde savait que, même en tant que benjamin de la famille, il allait percer grâce à son travail et ses efforts. C'était un bon parti – pas le meilleur, mais un bon. Ne parlons même pas du frère aîné qui avait abandonné la succession de l'entreprise familiale à ses cadets pour fuir les groupies, la patience n'étant pas sa qualité principale.

Arthur avait été dans l'impasse. Par obligation morale, il s'était persuadé qu'il lui fallait à tout prix une femme. Ses parents en parlaient entre eux, ses frères en parlaient entre eux, ses « amis » en parlaient entre eux, alors il s'était laissé embarqué – comme à chaque fois – dans cette histoire de mariage, alors qu'en fait, il n'avait été obligé de rien. Mais tout le monde lui avait plus ou moins avoué que « une bonne épouse, après tout, ça fait une belle vie » et sa passivité habituelle avait eu raison de lui. Mais hors de question de bâcler le travail, il voulait quelqu'un de plus pur que les soupirantes que lui envoyait sa pauvre mère désespérée.

« Tu comprends, Francis ? Il me fallait quelqu'un qui ne me prive pas de ma liberté. J'ai vu tellement de couple malheureux où l'un des deux membres essaye de dominer l'autre que ça m'a dégoûté. Il me fallait quelqu'un d'honnête et de suffisamment libre dans sa tête pour ne pas me mettre la corde au cou. Et là, je me suis souvenue d'un stage que j'avais fait en Amérique, dans une université partenaire à la mienne. Il y avait cette jeune fille, Amélia Jones, que les parents poussaient depuis des années pour en faire une actrice ou quelque chose dans ce goût-là. J'ai justifié un gros besoin de vacances et j'y suis retourné le plus tôt possible. Et j'ai retrouvé Amélia ».

Arthur prit un instant comme pour se remémorer ses retrouvailles avec son amie, l'expression de choc qu'elle avait eu en le voyant, puis l'excitation de revoir un visage familier et foncièrement gentil, et enfin la tristesse face à l'éternelle « alors, qu'est-ce que tu deviens ? » Arthur se souvenait du moindre détail, de la soirée qu'ils avaient passés à discuter de leurs vies. Il y avait appris qu'Amélia faisait des crises d'angoisse et risquait une violente dépression à cause de la pression que ses parents lui mettaient sur le dos.

« Dans le monde des riches coincés arriérés, une femme doit être marié à un riche prétendant, sinon quoi, il ne lui reste qu'à faire une carrière brillante dans le milieu du show-business. Et comme Amélia n'était pas assez superficielle pour épouser un homme qu'elle n'aime pas, elle a préférée travailler, décision que ses parents n'approuvaient pas du tout – trop coûteuse ».

Ils lui avaient mis une telle pression qu'elle en pleurait toutes les nuits. Arthur avait été atterré de cette nouvelle mais cela n'avait eu pour effet que de le réconforter dans sa décision.

« Je l'ai convaincu de me suivre à Paris et je lui ai demandé de m'épouser. Subtil arrangement, n'est-ce pas ? De mon côté, j'avais la femme idéal que je recherchais, qui m'était en plus de ça reconnaissante, et elle avait exaucé ses parents en épousant un Kirkland. Aucun amour, aucun désir sexuel, mais un mariage heureux. Si là je ne me suis pas surpassé, je me demande ce qu'il faut que je fasse. La mère (loin d'être pauvre, en plus) d'Amélia lui a tout de même conseillé de continuer à travailler un peu – puisqu'entre temps, sa fille s'était fait un nom – pour accumuler le prestige du mariage et celui de la carrière. La comédie et le cinéma la rendant malheureuse, je me suis arrangé pour la faire défiler comme mannequin. Et pour le reste, elle ne le doit qu'à sa persévérance et sa gentillesse. Tout le monde est comblé ».

Francis comprenait un peu mieux le « je n'aime pas ma femme » de la dernière fois. Il ne l'aimait pas comme un homme aime une femme, mais comme une amie, une petite protégée, une confidente. Une sœur ? D'où les chamailleries de tout à l'heure. Leur complicité en faisait des gamins juste bons à se crêper le chignon et une relation « fraternelle » pouvait justifier l'indifférence d'Arthur à voir le corps dénudé de la jeune femme. Et donc, son jeu de séduction de tout à l'heure n'avait été fait que pour agacer Francis ? Ou lui montrer toute la fourberie dont il était capable et le mettre en garde sur les plans qu'il pouvait mettre en place. Dans tous les cas, Arthur avait ouvert un peu de son monde à son amant. C'était presque émouvant, cette confiance.

« Alors ? Ma vie n'est-elle pas… merveilleuse ?

_ Petit malin, tu as renversé la situation à ton avantage après t'être laissé convaincre qu'il fallait te marier. Tu es peut-être facilement influençable, mais au moins, tu as le mérite de sauver les meubles quand tu te fiches dans la merde.

_ J'apprécie le compliment.

_ Ta mère l'a bien pris ?

_ Eh bien, je suis parti avec une valise et je suis revenu avec une fiancée. Je crois que même aujourd'hui, elle ne s'en est pas remise. Elle a dû s'imaginer que je m'étais fait enchanté par une infecte sorcière ou remplacé par un double maléfique. Après, elle est loin de détester sa belle-fille, heureusement, puisqu'elle a vu que l'appréciais. Par contre, ma belle-mère… elle ne la porte pas vraiment dans son cœur. Avec Amélia, nous passons nos vies à faire semblant d'être amoureux devant tout le monde, histoire de préserver l'illusion. Puis je ne te raconte pas la nuit de noce…

_ Qu'est-ce qui s'est passé ?

_ On a joué au poker toute la nuit dans une chambre d'hôtel en Thaïlande. Et elle m'a plumée. Pire souvenir de ma vie ».

Ainsi donc, la vie entière d'Arthur Kirkland n'était basé que sur des mensonges et une courageuse tentative de rattraper ses erreurs. Pas étonnant qu'il ne se retrouve pas là-dedans, tout ne faisait partie que d'un plan pour s'assurer une vie stable après qu'on lui ait « conseillé » de faire telle ou telle chose. Trois ans à mentir à tout le monde et à subir la belle-mère qui collait au cul de sa fille, ça la foutait mal.

Arthur se laissa glisser jusque sur les genoux de son amant pour l'embrasser passionnément, attrapant son verre de whisky pour le poser derrière lui. Les accoudoirs lui firent vite mal, ce que Francis nota, et il se sentit soulevé et poser sur le bureau juste derrière lui.

« C'était un bon résumé de ma vie, conclut le Britannique avec une voix emplie de luxure. Tu m'en veux encore ?

_ Bien sûr que non, idiot. Mais au lieu de jouer avec mes nerfs, tu aurais pu m'en parler directement.

_ Je t'avais dit de te méfier, je suis un enfant qui aime s'amuser.

_ Moi, les sales gosses, je leur donne la fessée.

_ Tu n'oserais pas, mon cher.

_ On lance les paris ? »

Glissant ses mains sous sa chemise, Francis commença à lui ravager la bouche de baisers profonds, motivé à l'idée de lui faire l'amour dans ce bureau pour compenser toutes ses crises de nerfs qu'il avait frôlé avec les bêtises de son compagnon. Leurs peaux commencèrent à s'échauffer de leurs caresses intimes, mais l'instant fut coupé lorsque des petits coups fermes retentirent contre la porte.

« Messieurs, déclara Kiku. Le dîner est servi.

_ Nous arrivons de suite, laisse-nous un instant, commanda nerveusement l'Anglais en se rhabillant à la hâte, le souffle encore coupé de l'excitation qu'il avait ressenti en se faisant presque renverser sur son bureau privé.

_ Je vous attends, messieurs. Prenez votre temps ».

Heureusement qu'Arthur leur avait appris à ne jamais entrer sans y avoir été invité.

« Nous reprendrons cette 'conversation' ultérieurement, mon ami, déclara l'Anglais en ouvrant la porte à son invité qui le remercia avec un sourire amusé aux lèvres ».

Pendant qu'ils marchaient à la suite du domestique, les deux criminels s'offrirent des regards pervers et complices puis, entre deux rires étouffés, Arthur lui murmura à l'oreille « par contre, ce n'est pas du tout une blague quand je te dis de te méfier de moi » avant de revenir en position droite, ignorant le coup d'œil sceptique du Français. A peine quelques instants plus tard, ils arrivèrent dans la salle à manger, où le couvert était mis. Amélia attendait à sa place, les coudes sur la table et un sourire espiègle sur les lèvres.

« J'ai failli attendre, messieurs. On croirait deux enfants à une pyjama parti, il faut les appeler huit fois pour qu'ils arrêtent de jouer et descendent de leur chambre ».

Arthur bouda, pris sur le fait, et Francis rit de bon cœur, amusé de la comparaison. Ils prirent place avec la belle mannequin, Arthur à ses côtés et Francis en face, de manière à ce qu'ils soient collés malgré l'immensité de la table, où – il fallait le dire – on se perdrait tant s'était grand.

« Francis, commença la jeune femme. Tu ne peux pas savoir quelle joie c'est pour moi de constater que mon mari a au moins un ami dans ce trou à rat qu'il appelle travail. Moi qui pensais qu'il mangeait seul à la cantine comme un no life

_ Je ne mange pas à la cantine, Kiku me prépare des plateaux repas.

_ C'est à se demander si ce n'est pas avec lui que tu es marié ».

Francis manqua de recracher son verre sous une crise de rire qui l'étouffa. Il s'excusa de cette impolitesse mais l'ambiance était tellement conviviale qu'il n'eut pas une fois de tout le repas l'impression d'être impoli ou trop familier. En même temps, les deux le considéraient déjà comme le meilleur ami de la famille, vu comment ils critiquaient allégrement la belle-mère d'Arthur. Depuis qu'il en savait un peu plus sur l'histoire de ce foyer, Francis avait mieux l'air de comprendre leur complicité. Face à un ennemi commun, il faut savoir s'unir.

« Tu as terminé d'écrire ta missive, s'intéressa Francis lorsqu'ils en furent au plat ».

Amélia était en train de boire une gorgée de vin, mais l'évocation de cette missive lui fit ouvrir les yeux en grand, l'index levé en avant pour signifier qu'elle en avait à dire à ce sujet.

« Oui, oui, oui, oui ! La missive ! Croyez-moi, ça va faire fureur – non, rien à voir avec Hitler – lorsque je la posterais ! J'ai parcouru le Code Civil français pour rédiger mon petit « J'accuse » et, franchement, mon manager ne s'en remettra jamais. De toute façon, il était temps qu'on se débarrasse de lui, je le soupçonne d'avoir abusé d'une de mes amies.

_ Quelle horreur, grimaça le Français. Elle a porté plainte ?

_ Non, justement… Les femmes violées ont souvent trop honte pour se confier à la police, parce qu'elles auraient aimées être plus forte et lutter. Et moi, je veux les défendre et les encourager à dénoncer les enfoirés qui font de telles choses. J'en ai marre d'être un morceau de chair fraiche aux yeux de mes « collègues ». Le premier macho que je vois autour de moi, je le déglingue. C'est mon nouveau but dans la vie et ça ne fait que commencer. Et j'ai suffisamment de réputation pour me le permettre. Je sais que je serais entendue.

_ Comme je suis fier de toi, sourit fraternellement l'Anglais. En espérant que ta mère ne te conseille pas de te concentrer sur ton travail.

_ Oh pitié… Elle est peut-être attardée sur les bords, mais j'ose espérer qu'elle n'est pas encore complètement débile. On parle du droit des femmes, elle ne va pas me mettre de bâtons dans les roues ! Surtout avec toutes les inégalités auxquelles on fait face…

_ Et les inégalités auxquelles les hommes font face, on en parle ? »

Il eut un silence. Arthur se tourna nerveusement vers Francis, qui avait les doigts croisés devant sa bouche, le regard sérieux et fixé sur la compagne de son patron. Elle arrêta de manger en voyant qu'elle avait toute son attention, rougissant d'ailleurs de ce regard perçant et profond sur sa personne. Une fine petite langue rose glissa sur ses lèvres, comme un tic, et elle secoua la tête pour reprendre ses esprits, le visage encore chaud de cet instant d'absence.

« Je… oui, c'est un sujet important aussi ! Je vais travailler un peu plus sur cette question, parce que c'est vrai qu'on n'en parle pas assez… »

Arthur nota que sa femme était très clairement déstabilisée, mais ne compris pas précisément où résidait le nœud du problème. Vraisemblablement, Francis avait réagi à quelque chose et semblait vouloir déranger l'Américaine en la fixant et en la provoquant sur ce sujet sensible. Mais lorsqu'il la vit se frotter nerveusement la tête devant le sourire vil et amusé de son amant, l'Anglais sentit comme un tilt retentir en lui. Une idée folle venait de germer dans sa tête, quelque chose qui venait enfin de lui et pas d'un conseil extérieur. Ce genre de moment où il prenait des initiatives tout seul était toujours un vrai régal pour lui, il se sentait fier de se libérer un peu de cette malédiction de passivité qu'il subissait. Il avait envie de tenter l'impossible, l'indécent… mais il fallait prévenir Francis.

Et avant ça…

« Déjà 23h20, remarqua-t-il en fixant l'horloge. Excusez-moi, j'ai un coup de fil prévu dans dix minutes, il faut que j'y aille, mais ce ne sera pas long. Kiku, j'aurais besoin de toi.

_ Bien, monsieur.

_ C'est ça, abandonne-nous, crétin, critiqua la jeune femme en lui tirant puérilement la langue. Je suis sûre que tu vas encore prévoir un mauvais coup.

_ Ce n'est pas mon genre, sourit-il avec malice ».

Francis et Amélia se retrouvèrent complètement seuls dans la grande salle, confirmant les doutes que le Français avait eu plus tôt sur la mauvaise ambiance que cet endroit pouvait porté lorsqu'il était vide. Il plaignait très sincèrement la jeune Américaine.

« Amélia.

_ Oui ?

_ Quand Arthur rentre tard du travail… tu ne t'ennuies pas ?

_ Oh… Non, pas du tout. En fait, j'invite souvent mes amies à dîner, et même à dormir. Et des fois, comme je pensais que ça allait être le cas ce soir, je suis toute seule devant la télévision. Après, je m'entends bien avec le personnel de la maison, donc je ne souffre pas vraiment de la solitude. J'ai pleins d'amis qui se déplacent lorsque je suis en repos.

_ Le travail n'est pas trop dur, à part le manager sexiste ?

_ Eh bien… J'essaye de changer les choses de là où je suis mais ce n'est pas facile. Le mannequinat est un univers effrayant parfois.

_ Pourquoi ça ?

_ Comment te dire… ? Je suppose que tu as déjà constaté un sérieux problème d'anorexie chez les modèles comme moi. On en parle dans les médias quelques fois, et ça fait scandale.

_ Oui, j'ai déjà eu vent du problème.

_ C'est vraiment plus subtile que ça… Aucun manager ou grand couturier ne va décemment nous demander de maigrir encore plus quand on atteint la limite mais… bizarrement, à chaque fois qu'on annonce avoir perdu du poids, on nous félicite, et bien sûr, de nouveaux contrats tombent du ciel. C'est un encouragement passif à l'anorexie. Une de mes amies est à l'hôpital à cause de ça…

_ Je suis désolé, déclara-t-il en lui prenant la main en guise de réconfort.

_ Tu es gentil… Je me battrais pour elle jusqu'à ma mort. Nous sommes des femmes libres et nous allons leur montrer.

_ Excellente mentalité. Il en faut du courage pour s'opposer à tout ça ».

Amélia déglutit discrètement en plantant son regard dans celui de son invité, elle semblait réfléchir à quelque chose d'important et prise de tête, sans oser prononcer les mots. Sa main droite se retira de la poigne de son invité pour glisser sur la gauche, triturant son alliance dans tous les sens, signe plus qu'évident de nervosité.

« Je vais nous rechercher du vin, proposa aimablement le convive pour débloquer la situation ».

Kiku leur avait dit de se servir dans le frigo comme il leur plaisait. S'y connaissant bien en alcool, c'était un vrai plaisir pour le Français que de choisir ce qui irait le mieux avec le dessert – pas encore servi mais il fallait attendre ce gros nigaud d'Anglais. En attendant, Francis s'amusa à décortiquer minutieusement chacune des étiquettes de bouteille, à la recherche de la perle rare qui ferait ressortir l'arôme divin de la salade de fuit qu'on leur avait promis pour clore le dîner.

Il était en train d'hésiter très sérieusement entre deux bouteilles quand une présence apparue à ses côtés. C'était Amélia, qui lui souriait tendrement, les bras croisés sur sa poitrine alors qu'elle l'observait faire avec curiosité.

« Désolé, je suis un peu long, rougit-il.

_ Je t'en prie, nous avons largement le temps ».

Elle s'était penchée avec lui dans le frigo pour contempler les bouteilles colorées qui se serraient les unes contre les autres, vraisemblablement intriguée par la perception de Francis en ce qui concernait la bonne vinasse – perception qu'elle n'avait pas dans ce domaine. Francis sortit les deux bouteilles qui lui causait du souci, les posant l'une contre l'autre sur le buffet. Amélia referma le frigo et s'accrocha à son bras pour réfléchir avec lui. Lorsqu'il sentit sa poitrine rebondir contre le tissu fin de sa chemise, Francis s'avoua être quelque peu perturbé, sans doute à cause de tout ce qu'il avait bu au cours du repas et des révélations de son amant.

« Francis…

_ Hum ?

_ Je voulais te parler de quelque chose ».

Il lui fit face, intrigué qu'une femme qu'il ne connaissait pas encore très bien hésite à lui faire une confidence sans doute personnelle. Son hésitation la rendait toute mignonne, comme une petite fille qui hésitait devant deux bonbons différents. Une main posée sur la hanche et l'autre sur le buffet derrière les reins de Francis, elle lui fit face avec un air indéchiffrable, une mèche tombant doucement sur son visage de porcelaine. Mais que pouvait-elle bien chercher à lui dire ?

« Francis, je ne passerais pas par quatre chemin : tu ne me laisse pas indifférente ».

La déclaration resta suspendue dans le silence, le temps que Francis ne comprenne ce qu'elle lui disait. Mais rien à faire, son cerveau était en plein déni. Ou alors, elle se moquait de lui. Non, mieux ! C'était encore un plan d'Arthur ! Evidemment, il avait « comme par hasard » disparu au meilleur moment ! On se foutait de lui !

« Je… Je…

_ Ce n'est pas une blague ».

A voir ses yeux, non, ce n'était pas une blague. Il avait beau tenté de se convaincre, Arthur n'y était pour rien car n'ayant pas été seul une seule seconde avec elle pour lui parler d'un quelconque plan. Puis un plan pour quoi faire ? Non, ce n'était pas lui. Amélia avait pris elle-même l'initiative de jouer franc-jeu avec son invité. Non, rectifions, avec le présumé meilleur ami de son mari. Nique la logique, pensa-t-il en dernier recourt alors que ses nerfs craquaient.

Elle colla son bassin au sien dans un geste tendancieux. Rien à redire, elle était effectivement le genre de femme à prendre les devants avec courage et détermination – ça correspondait bien à son caractère d'ailleurs. Une femme libre qui, quand elle voulait quelque chose, essayait de l'obtenir sans détour et plan machiavélique. Quelqu'un de vrai, en somme.

« Tu ne voudrais pas qu'on se voit dans le privé ?

_ Amélia… Je ne peux pas faire ça.

_ Pourquoi ? Tu n'as pas l'air marié, pourtant.

_ Oui mais toi… et à Arthur, en plus. Je ne peux pas lui faire ça ».

L'Américaine eut des yeux gros comme des billes pendant quelques instants avant d'exploser de rire, s'accrochant à son invité tant elle riait de bon cœur. Encore une fois, Francis était très clairement dépassé par les évènements. Se moquait-elle de lui ?

« Tu es tellement gentil, Francis. Je me demande si Arthur mérite de t'avoir comme confident. Enfin, c'est très noble de ta part de penser comme ça. Je voulais juste que tu saches que tu es typiquement le genre d'homme qui me plait. Tu es attentionné et égalitaire… Je croise tellement de macho dans mon travail, si tu savais… Maintenant, quand je rencontre quelqu'un comme toi, j'ai envie de… enfin… puis t'as quelque chose de plus, aussi. On ne t'a jamais dit que tu attirais naturellement les gens ? »

Si, on lui avait déjà dit ça. Mais c'était la première fois qu'il se retrouvait dans ce genre de situation. Très clairement, il ne savait pas quoi dire. Au moins, il était sûr d'avoir pris la bonne décision. Qui sait ce qu'Arthur lui ferait subir s'il apprenait ça…

« En tout cas, si tu changes d'avis… »

Elle se munit du stylo qui dépassait de sa poche, le même qui lui avait servi à écrire sa missive, et remonta la manche de son invité pour y écrire son numéro de téléphone.

« …tu sais comment me joindre ».

Et elle bouchonna à nouveau le stylo avant de partir en direction de la table.

Francis resta totalement interdit, cachant timidement la marque du feutre avec sa manche, les joues en feu. Donc, dans cette maison, tout le monde était barré. Bon à savoir. Et c'était quoi leur problème avec les liaisons extraconjugales, au juste ? N'y avait-il vraiment personne de censé dans cette baraque ? A part Kiku peut-être ?

La porte s'ouvrit quelques secondes après sur un Arthur d'apparente bonne humeur, qui rejoignit son épouse à table en s'excusant de son absence. Lorsqu'elle remarqua que Francis ne revenait pas de la cuisine, Amélia lui conseilla de prendre n'importe quelle bouteille et que ça ne ferait pas de grande différence. Toujours sous le choc de ce qu'il venait de vivre, le Français obtempéra en agrippant la première bouteille venue et revint à la lumière pour finir le repas. Son masque de bonne humeur aura été soumis à rude épreuve ce jour-là…

Mais le repas se termina sans incident, les deux Kirkland avaient été tout à fait adorables tout du long, ce qui avait un peu détendu Francis. L'Américaine ne blaguait pas quand elle disait que le choix lui revenait sur leur possible « liaison ». Tant qu'il ne l'aurait pas rappelé, elle ne tenterait rien. Brave fille.

« Bon…, déclara Arthur en se frottant les mains lorsqu'ils eurent fini de discuter. Francis, ça te dirait de découvrir une autre de mes pièces fétiche ?

_ Ta salle de jeux ? rigola Amélia en sirotant un n-ième verre de vin.

_ Tout à fait.

_ Alors ce sera sans moi, les garçons. J'ai encore plein de missives à rédiger et, croyez-moi, ça va décaper grave ! M'enfin bon, amusez-vous bien ! »

Elle se leva gracieusement et récupéra son brouillon sur la table basse avant de se diriger vers sa chambre, sans doute, qui se trouvait à l'étage. D'ailleurs, Francis se demandait s'ils dormaient ensembles, tous les deux. Oh, mais ce n'était pas le moment de se poser cette question, bougre Dieu ! Il avait littéralement le mari et la femme au cul !

En souriant comme un beau Diable, Arthur tira à nouveau son partenaire de travail dans les couloirs, mais se dirigea apparemment vers la cave cette fois. Il semblait y avoir une salle accolée au garage. Très sincèrement, Francis commençait à en avoir marre d'être trimballé dans tous les sens par un Kirkland tout excité. On aurait vraiment dit un enfant. Au moins, Francis n'avait aucune gêne à avoir, il n'était coupable de rien. Les avances d'Amélia avaient été soigneusement refusées, il n'avait rien à se reprocher. Sa soirée pouvait se dérouler tranquillement. Il se laissa donc guidé à travers les dédalles de couloirs et d'escaliers, jusqu'à parvenir à leur destination

La salle de jeux était en fait un grand salon un peu sombre – car au sous-sol – où la pièce maîtresse semblait être le magnifique billard au centre de la pièce. Plusieurs sièges étaient installés autour, assez pour inviter un bon petit nombre à participer, puis à chaque coin de mur se trouvait une petite table de jeu ouvrable en deux, pour qu'à l'intérieur les joueurs puissent se munir d'un paquet de cartes et de jetons. Littéralement une salle de jeux. Il y avait de quoi jouer au poker, au tarot, au billard, au blackjack et à pleins d'autres choses dans ce goût-là. Arthur avait investi dans de quoi distraire ses éventuels invités. Pas mal du tout.

« Encore un verre ? proposa l'Anglais en pointant un bar du bout du menton.

_ Non, merci. Je crois que j'ai trop bu pour ce soir. Et oublie pas qu'on bosse demain.

_ Comme tu veux. On se finira à l'eau pour que ça passe plus facilement.

_ Je ne suis pas convaincu que ça fasse quoi que ce soit.

_ Tais-toi et prend ton arme, sourit Arthur en lui tendant une queue de billard.

_ Tu me lances un défi ? Là, ça m'excite.

_ Ne t'inquiète pas, y a autre chose qui va t'exciter ce soir ».

Sa promesse de luxure était délectable mais allait encore attendre un peu apparemment, puisqu'il installa les boules dans le large triangle en bois, sagement positionné au centre de la table, avant de le retirer, appréciant l'immobilité parfaite des sphères colorées. La simple idée de jouer avec Francis semblait l'exciter autant qu'un gosse à Noël.

« A toi l'honneur, sourit l'hôte en prenant place dans un des sièges. Montre-moi comment tu tires ta queue ».

Le petit malin jouait sur les mots pour lui faire des sous-entendus salaces. C'était à se demander lequel des deux était le plus débauché. Puis cette manière négligée d'être assis sur la chaise était délicieuse, surtout avec une de ses jambes repliée et les cuisses ouvertes. C'était donc à celui qui allumerait l'autre en premier ? Très bien.

Francis planta son index et son majeur sur le bord de la table, faisant coulisser la tige entre eux pour viser la boule blanche, un œil fermé. Il sentait presque un regard verdoyant coulisser sur son corps courbé.

Il tira.

Les boules roulèrent sur la table de jeu et deux d'entre elles tombèrent dans les trous aux extrémités.

« Je prends les rayées, susurra-t-il.

_ Fais-toi plaisir.

_ Compte là-dessus ».

Francis changea de place pour viser à nouveau la boule blanche et prit un instant pour se concentrer sur la puissance qu'il devait mettre dans son coup. Mais au moment où il tira, il entendit un gémissement presque orgasmique qui lui fit rater son coup. Déçu, il releva les yeux sur son partenaire, qui le regardait avec un sourire vil et coupable, et à partir de là, Francis compris qu'ils n'allaient certainement pas jouer cette partie à la loyal.

Ce fut donc au tour d'Arthur de tirer son coup, si on peut dire. Il se mit en position, les hanches relevées et le dos presque complètement aplati sur la table. Entre ses doigts, il fit quelques va-et-vient avec sa queue pour vérifier qu'il allait viser dans le bon trou, et, franchement, ce jeu est pas genre trop dégueulasse à décrire ? Parce que là, les sous-entendus ne sont même pas volontaires !

Bref, Arthur s'était apprêté à tirer quand deux mains caressèrent son fessier, le faisant soupirer d'aise. Les mains remontèrent sur ses reins et ce fut un corps qu'il sentait à présent se coller à ses fesses. La position était plus que suggestive et jamais Arthur ne parviendrait à se concentrer comme ça. Il fit cependant un effort et tira, les mains un peu tremblantes. La boules roula et en claque une autre qui tomba dans le trou, mais ça avait été limite. Faisant mine d'ignorer cette tentative de tricherie vengeresse, Arthur se déplaça vers l'autre côté de la table pour reprendre la boule blanche dans son viseur. Et bien évidemment, Francis revint à la charge, se couchant par-dessus son corps alors qu'il essayait désespérément de viser. Arthur sentit quelque chose froid glisser sur sa nuque pendant que Francis déposait des baisers tendres sur le sommet de son crâne. Un collier ? Depuis quand Francis en portait-il ?

« Huuum… Francis… ?

_ Oui, Arthur ? »

Un sourire vicelard étira la bouche de l'Anglais.

« Elle t'a fait du charme, n'est-ce pas ? »

Francis sursauta et se recula comme s'il avait été brûlé, mettant un terme à ce moment de complicité. Quel dommage. Arthur avait le chic pour le surprendre quand il ne s'y attendait pas. A chaque fois que ça commençait à chauffer entre eux, il se sentait comme obligé de rappeler qui contrôlait tout. Mais qu'Arthur contrôle même les délires de sa femme ! Quel genre de psychopathe ferait ça ?

« Arthur, je… vraiment, il ne s'est rien passé et c'est…

_ Elle t'a proposé de devenir son amant, pas vrai ?

_ … Oui ».

Le sourire d'Arthur commençait à faire peur, il était trop étiré et trop conquérant pour être normal. Francis se demandait s'il n'avait pas eu raison de penser que ça pouvait déraper à cause de la jalousie du Britannique. S'il ne supportait pas que Francis ait été « possédé » par une ex-femme, il ne devait pas beaucoup apprécier que sa propre conjointe essaye de faire mainmise sur son amant.

« Et que lui as-tu répondu ?

_ J'ai dit que ce n'était pas bien vis-à-vis de toi ».

Arthur eut un tel fou rire qu'il en roula parterre. Etait-il soulagé à ce point ? Francis ne savait plus quoi penser de son partenaire à l'humeur changeante. Arthur passait du coq à l'âne et avait des réactions décalées. S'il y avait bien une situation qui ne prêtait pas au rire, c'était celle-là. Alors pourquoi se roulait-il sur le parquet en pleurant de rire ?

« Mais quel idiot ! s'exclama-t-il entre deux crises d'hilarité. Il fallait accepter ! »

Silence.

Francis cligna des yeux avant de se rendre compte que ce devait être une blague (de mauvais goût, ça va de soit).

« Arthur, ce n'est pas drôle.

_ Oh si ! C'est hilarant ! Va lui dire que tu acceptes, c'est l'occasion parfaite pour toi !

_ Je t'ai déjà dit que les blagues les plus courtes étaient les meilleures ».

L'Anglais finit par se calmer et se redressa difficilement sur ses deux jambes pour faire face à son amant. Avançant vers lui à pas de loup, il lâcha sa queue de billard au sol pour l'enlacer fermement, le sourire cruel et conquérant.

« Je ne rigole pas, mon ami.

_ Non… Tu ne peux pas être en train de me demander de baiser ta femme… Je rêve ? Je ne te comprends plus, Arthur. C'est quoi ton projet, au juste ? Qu'est-ce que tu cherches à faire ? Non, mieux : qu'est-ce que tu attends de moi ? Tu veux que je sois à toi mais tu me jettes aux bras de ta femme en rigolant ? Je suis perdu.

_ C'est typiquement parce que tu es à moi que je t'invite à devenir l'amant de ma femme. Tu peux bien baiser qui tu veux, je serais toujours celui qui restera, le seul réellement important que tu ne lâcheras pour rien au monde. Si je veux que tu sautes le pas, c'est pour plusieurs raisons. Déjà, je veux voir jusqu'où tu peux aller pour moi, lesquels de mes ordres tu es prêt à suivre. Puis, pour t'avoir comme amant, je sais pertinemment à quel point tu feras du bien à Amélia. Elle est stressée et tu es le meilleur antidépresseur que j'ai rencontré de toute ma vie. Puis, mon troisième argument… l'argent.

_ L'argent ? »

Arthur se décala et se mit à tourner autour de Francis comme un loup autour d'un lapin particulièrement appétissant. Jamais le Français n'avait autant eu l'impression d'être une bête de foire.

« Tu m'as bien fait comprendre que ton but dans la vie, c'était d'obtenir suffisamment d'argent pour faire je ne sais quoi – et d'ailleurs, je finirais bien par te percer à jour à ce sujet. Eh bien, laisse-moi te dire que pour arriver à ce but, tu as tout à gagner à prendre Amélia pour maîtresse. Je t'ai dit que sa famille était plutôt aisée et qu'elle s'était fait un nom grâce à son travail. Imagine tout le fric qu'elle ramène à la maison… Il suffirait juste que tu lui avoue tes problèmes pour qu'elle devienne ton sponsor officieux. Tu aurais donc ton salaire, mes versements et les siens. Et c'est là que nous allons juger de ta vénalité. Qu'est-ce qui sera plus fort ? Ta pseudo-morale ou ton désir d'argent ?

_ Arthur…

_ Il est 22h15, Francis. C'est la nuit… Montre-moi donc la bête que tu es. La morale n'est qu'une convention d'humains pour que nous puissions vivre en harmonie, mais si tu n'es pas un humain… alors cela doit t'être égal. Ne serait-ce pas merveilleux d'obtenir toutes ces rentes contre les plaisirs corporels que tu peux nous donner ?

_ Mais toi…

_ Tu es à moi. Et tu le seras toujours. Je serais toujours prioritaire sur elle, je serais toujours celui auquel tu penses. Mais je suis prêt à te partager si ça peut t'aider dans ton projet. Et si ça peut en plus être bénéfique à ma petite princesse… mais que demande le peuple ? »

C'était tellement tentant que Francis se demanda pourquoi il n'avait toujours pas accepté. Etait-ce contre ce genre d'idée qu'Arthur l'avait mis en garde ? Le « méfies-toi de moi » venait-il de ça ? Et donc, que faire ?

Francis posa sa main sur son pendentif, qui était sorti de sa chemise lorsqu'il s'était penché sur le dos d'Arthur (Arthur qui avait bien repéré le bijou depuis tout à l'heure, d'ailleurs). Il tritura son porte-bonheur, les yeux dans le vague, laissant une paire de lèvres glisser contre sa joue, son oreille, sa gorge et qui finit par ouvrir soigneusement les pans de sa chemise pour s'offrir plus de peau à embrasser.

Il ne savait toujours pas quelle décision prendre, mais si Arthur insistait pour toujours être le plus important, Francis n'allait pas y réfléchir dans l'immédiat. A vrai dire, si la nuit lui donnait affreusement envie d'accepter, il gardait au fond de son cœur ce scrupule à tirer parti de ce couple pour servir ses intérêts personnels. Et pourtant, il avait tout à y gagner et peu de chances de perdre. Les Kirkland n'avaient pas de sexualité entre eux et se fichaient apparemment pas mal des liaisons de l'autre. Bordel de situation parfaite, jura intérieurement le Français. Même en rêve, il n'aurait pas pu imaginer une meilleure opportunité. Tout tombait pile.

Il se sentait prêt à accepter, c'était grave !

Mais ça rajouterait de la difficulté puisqu'il ne faudrait surtout pas oublier de toujours donner l'impression à Arthur d'être le favori.

L'Anglais se recula en tirant les mains de son partenaire, butant contre le billard.

« Prends ton temps pour y réfléchir. En attendant, nous avons une 'conversation' à finir, il me semble ».

Le malin voulait lui faire tourner la tête et le prendre à son propre piège. Là, Francis avait bien compris qu'il ne devrait plus sous-estimer son patron à l'avenir, et bel et bien s'en méfier, comme disait l'autre. Il allait éprouver une méfiance sans crainte

Bien vite, Arthur fut renversé sur la table de jeu, bousculant les sphères dissidentes avec ses épaules. Francis montra les dents pour montrer son envie foudroyante de le dévorer, chose que l'Anglais sembla apprécier comme le bon masochiste qu'il était. Tirant les chemises pour les faire voler sur les tables voisines, Francis croqua dans la chair fraiche de son partenaire alors qu'il commençait à le toucher au niveau du bas-ventre. La petite morsure n'avait rien de douloureux et fut d'ailleurs vite calmée par une langue taquine qui faisait des cercles humides sur la marque, puis des lèvres qui sucèrent la peau sans vergogne. Ainsi, le suçon qu'il lui avait fait une semaine plus tôt dans les douches était revenu, comme promis.

« More… more… »

Les supplications étaient légères, comme des ponctuations de phrases involontaires. C'était le commun des enfants de toujours en vouloir plus, d'être des éternels insatisfaits, et Arthur était un vrai gosse de ce côté-là. Il jouait avec lui, le considérant comme son pantin personnel. Et force était de constater que c'était vrai.

Arthur masqua un cri quand le visage de son partenaire glissa entre ses cuisses, le forçant à s'allonger de tout son long sur la longue table tapissée en vert. Il grignotait son poing pour se faire taire mais c'était peine perdue avec toutes les sensations qu'il ressentait. Une langue râpeuse s'amusait à coulisser le long de son sexe, caressant le gland puis descendant agacer les bourses. Puis plus que la langue, ce fut la bouche entière qui s'amusa à le faire trembler, aspirant sa verge jusqu'à la moitié, dans un premier temps, puis entièrement lorsqu'elle jugea qu'il était assez lubrifié de salive pour glisser jusqu'à sa glotte. La sensation d'être entièrement avalé titilla dangereusement Arthur, qui ne savait plus comment se mettre pour cacher son plaisir. Chaque mouvement menaçait de le faire jouir mais rester en place était un calvaire. Alors il creusait son dos, pliait les jambes, jetait sa tête en arrière, attrapait quelques mèches blondes du bout des doigts, avec le regard embué de désir, vitreux de ces sensations. Il aurait aimé retenir le mince filet de salive qui coulait de sa bouche mais, menotté à une luxure délectable, il n'arrivait plus à faire attention à ces petits détails, car seules les sensations comptaient désormais.

Il prenait beaucoup trop son pied pour que Francis daigne arrêter. Alors il continua d'aspirer son sexe et d'appuyer la langue entre deux va-et-vient, pour qu'il atteigne l'orgasme juste avec ça, juste grâce à sa bouche. Et il y parvint. Quelques temps plus tard, les gémissements d'Arthur se firent plus rauques, plus graves et plus profonds, signe qu'un intense plaisir était en train de glisser dans ses reins, jusqu'à son sexe, pour s'y déverser en une vague finale qui l'emporta dans un monde onirique et lointain.

Pendant tout le temps où Arthur redescendit de son extase, Francis prit la peine de bien observer son état post-orgasmique pour se graver cette image aux tréfonds de sa rétine et de sa mémoire. Que ce soient les tressaillements de son dos, la profondeur de son souffle ou la rougeur attirante de ses joues, tout donnait envie de l'embrasser et de recommencer. Arthur était beau dans cette naturelle satisfaction charnelle. Les petites perles de sueurs qui roulaient sur ses tempes luisaient avec la timide lumière du plafond. Quel magnifique criminel manipulateur…

Puis les yeux verts s'ouvrirent pour se poser sur lui. Terrible splendeur que ces yeux verts, le fantasme de Francis. Il les contemplerait encore longtemps si son amant n'avait pas décidé de rouler sur la table pour lui présenter son dos, ne laissant place à aucun doute sur le message caché de ce geste. Avec son pantalon tombant et ses jolies petites fesses mises en évidence, il y avait vraisemblablement un appel à la débauche que Francis se ferait un plaisir de satisfaire. Même si, au fond de lui, il continuait de trouver malsain le fait de se taper le mari dans le foyer conjugal alors que la femme proposait le même traitement.

Non, ne pas y penser. Pas maintenant.

Le sexe bandé d'excitation, Francis pénétra son compagnon avec une infinie douceur, sachant que sans lubrifiant, c'était toujours un peu plus douloureux, bien qu'Arthur ne s'en plaigne pas. Il leur fallut un peu de temps pour s'unir complètement, mais lorsque cela fut enfin fait, leur joie était totale. La sensation grisante de ne faire qu'un leur donnait des ailes et, très vite, une danse endiablée commença, les corps chauds glissant l'un sur l'autre pour unir leurs odeurs corporelles et leur souffle. Les hanches sursautant à chaque coup butoir contre sa prostate, Arthur écrasa son visage contre la table, les poings ramené près de sa tête comme un petit bébé qu'on aurait couché sur le ventre. Ce petit renfermement sur lui-même, justifié par un désir de l'Anglais de ne pas hurler à la mort et rameuter toute la maison en ces lieux, le rendait absolument adorable et, encore une fois, Francis ne reconnut pas le calculateur auquel il avait parlé quelques dizaines de minutes auparavant. Encore une saute d'humeur. Le Français fit comme d'habitude et tint pas compte de ces changements de comportement. A la place d'un quelconque reproche inapproprié, il glissa sa main sur le petit poing fermé de son amant pour raffermir davantage leur lien, continuant de buter en lui à un rythme soutenu.

Les pieds du billard avaient tendances à râper le sol dans leurs mouvements violents mais aucun d'entre eux ne se sentait d'arrêter leurs ébats, et surtout pas pour un problème si futile. Le martèlement resta soutenu et profond, fusionnant leurs gémissements en une musique harmonieuse et érotique. La chaleur grimpa à leur échine, causant un frisson délicieux, puis redescendit à leur sexe. Ils n'étaient plus très loin de la jouissance finale, leur main toujours enlacé avec leur complice alors que la fin approchait pour les faucher au passage.

Francis mordilla l'oreille d'Arthur en butant de plus en plus fort contre ses reins, leur bloquant presque le souffle dans l'intensité était là. Le corps déjà sensibilisé à cause de son précédent orgasme, l'Anglais ne tint plus bien longtemps, finissant par décharger son sexe de cette pression délicieuse. En sentant les parois intérieures se refermer autour de son sexe, Francis se sentit partir à son tour dans un gémissement à peine étouffé. Sa semence quitta son membre turgescent pour se déverser dans son partenaire qui commençait à glisser au sol le corps complètement relâché. Francis le rattrapa et le remit sur la table, le ventre contre la matière rugueuse du billard et le sexe frôlant l'armature en bois. Ils étaient tous les deux essoufflés, surtout Arthur, qui baragouinait quelques délires sous les coups de la fatigue.

Le crime était consommé et ils n'en avaient pas honte. Quelle blague. Souiller cette maison de cette liaison malsaine ne leur semblait pas être une mauvaise idée, ils s'en fichaient presque, trop obnubilés par le contentement de leurs désirs égoïstes.

La soirée se termina simplement. Arthur était parti prendre une douche pour effacer les traces évidentes de ce qu'il avait commis, puis était parti retrouver sa femme pour une bonne nuit de sommeil, laissant Francis aux soins de Kiku, qui l'avait conduit à une luxueuse chambre d'ami. Il se faisait tard et les deux coupables s'endormirent chacun de leur côté, les pensées cependant réunies par cette nouvelle proximité entre eux.

Mais Francis avait toujours un choix important à faire, dont il ne trouvait toujours pas la réponse.


Nan mais ce billard de la dégueulasserie… C'est en écrivant que je me suis rendue compte qu'il avait dû être inventé par un malade mental pervers psychopathe ! U.U Oui, je cause billard alors que je suis en train de monter un plan à trois, tout est normal. Sinon, ça va bien ?

-tomate-

Okkkk ! C'est pas anodin, eukayy ?! C'est comme avec Matthieu, ça a un but précis ! Je ne cherche pas juste à vous faire rager pour rien!

Autant, je sais que certaines personne dont je ne dirais pas le nom n'aiment pas genre l'UsUk (comme moi, d'ailleurs) ou le Franada, mais j'avoue que j'ignore ce que vous pensez du FrUs. Alors, pour ma part, autant avec Alfred, j'en pense que dalle (genre, c'est pas mon truc mais je vais pas manifester contre non plus) mais avec nyo!America, je trouve que ça va. Surtout parce que j'ai modifié un peu son caractère et ses centres d'intérêts, en fait. Je fais vraiment ce que je veux des persos dans cette fic, c'est l'anarchie… U.U'' On a un Francis vénal, un Arthur influençable, une Amélia (Alfred) féministe et intelligente… C'est pas genre trop OOC ? XD

Enfin, bref. J'espère que vous ne sauterez pas au plafond ou que ce twist ne vous aura pas dégoûté (y a des chapitres comme ça où je n'arrive pas du tout à deviner ce que vous allez penser… alors que les chapitre lemon, bizarrement, j'y arrive plutôt bien XD)

Voilà. Sur ce, c'est avec tristesse que je vous abandonne.

Adieu !

Biz' !