L'homme et la bête

Hello !

J'espère que vous allez bien ! Je sais que la période du BAC approche, donc je dis un bon gros merde à ceux qui vont le passer, respirez un bon coup et faites-vous une bouffe entre amis juste après !

Sinon, sinon… que dire ?

Ce chapitre va en fait de pair avec le précédent, dans le sens où j'ai l'impression qu'il fait transition, ou plutôt « panorama des suspects potentiels pour l'affaire de trahison » XD Subtilité, quand tu nous tiens ! J'ai adoré lire vos suppositions – et elles sont assez divergentes, d'ailleurs !

Après, je ne vais pas en montrer la finalité maintenant, j'ai les autres intrigues à développer en parallèle et, comme dans la vraie, vie, tout arrive en superposant à d'autres choses. Ce serait trop facile sinon ! Mais il n'empêche que je vais devoir faire avancer un peu plus l'histoire parce que même moi, ça me rend dingue d'être aussi longue à écrire quelque chose d'aussi con que /censure obligatoire anti-spoil/ !

Ouais, c'est bête, mais j'ai toujours peur d'aller trop vite et de bâcler mes scénarios… :/

Reviews !

Mimichan :

*ronronnement de prédateur* J'aime cet aveu et je vais l'imprimer pour le coller derrière la porte de mes toilettes ! Ainsi, je le relirais nuit et jour ! Mouahah ! *réalise que, non, ça ne va pas le faire* Ou alors, je vais juste te remercier et arrêter de dire des conneries, ça marche aussi ! Donc, toi, tu penches pour Feli en coupable sous-jacent ? Intéressant ! Je note, je note ! Bon, j'ai encore quelques éléments à entrer sur ce sujet, mais je ne désespère pas de résoudre cette enquête un jour ! Merci, en tout cas !

Alice :

Tiens donc ! Madame lit au CDI ! Quelle enfant irrespec…*se souvient qu'elle écrit en cours de philo* …alors sinon, ça va bien ? Une fiction Dennor ou Sufin ? Huuum… J'avais essayé une fois mais ça s'est pas concrétisé, peut-être que je retenterais un jour, pour toi. Je garde l'idée dans un coin de la tête. En tout cas, ce n'est malheureusement pas dans cette fic qu'ils seront glorifiés – hélaaaas – ni eux ni leur amour. Bisou à toi et à ton amie qui a lu quelque chose qu'elle n'aurait jamais dû lire ! Et merci encore !

Aelig :

Wahou ! Quatre chapitres reviewés d'un coup, je valide ! Merci pour ce travail titanesque ! J'aime bien quand les reviewers se mettent à théoriser la suite :D parce que ça me donne un aperçu de là où vous en êtes ! Sinon, c'est vrai que j'ai pas parlé du père pour l'instant, qui n'apparaitra que plus tard. Je te laisse avec tes suppositions *part en mode balek'* Merci pour ta review, ça faisait longtemps que tu ne m'avais pas fait ce plaiiiiisir (atta… on dirait que je me touche dessus, c'est crado !)

Asahi :

Alors que de surprises pour toi dans ce chapitre ! Et de bonnes surprises ! *part cacher la suite du scénario pour éviter de se faire tuer* (pas mal ta blague du « j'en ai rien à cirer » XD) Ludwig, ou le mec le moins suspect de cette fic (ironie, quand tu nous tiens) va faire couler beaucoup d'encre à ce rythme ! Au moins, je note que c'est sur lui que te soupçons se portent (parce que j'ai l'impression que tout le monde accuse quelqu'un de différent…) Et encore, j'ai pas fini d'introduire tous les indices ! Oui, ça va bientôt devenir drôle (enfin… 'drôle'… bref !) Merci, ma belle ! Je te kiss !

Ambrecleo :

Oh ça sent le pétage de câble ! Oh oui, je le sens ! XD Je n'en ai pas fini avec cette affaire de traître, reste aux aguets pour comprendre le qui, le pourquoi et le comment ! :P L'affaire du traître commence à prendre de la place, c'est vrai, mais je pense que pour les besoins de la fic, il va falloir que je la ralentisse un tout petit peu, le temps d'introduire autre chose. Merci, en tout cas, pour ton gentil commentaire ! Bisou !

Et hop ! C'est fait !

/!\ Ce chapitre contient une quantité abusée de café ! Pensez à modérer votre consommation ! (Parce que oui, parfois, je peux être quelqu'un de responsable) /!\

Bonne lecture !


Chapitre X :

Bientôt 10h40, Francis tapait sur son clavier, emboité dans son bureau comme une sardine dans sa boite. Son regard était agacé par le stress, sa pupille s'échappait parfois vers la porte, inquiète pour des raisons infondées. Non, ce n'était pas Ludwig qui était passé devant sa porte mais un employé quelconque. Non, il n'avait aucune raison de se sentir aussi inquiet, comme si quelqu'un allait débouler dans son bureau pour le réduire au silence. Personne ne l'avait vu sous le bureau d'Arthur, c'était bête de se poser la question.

A moins que son stress ne soit en fait dû à son rendez-vous de ce soir avec son avocat. Ou bien le manque de sommeil. Le surplus de travail qu'il n'avait pas su anticiper. Il y avait tellement de théories pour expliquer cette angoisse qu'il ressentait. N'était-ce d'ailleurs pas un mixte de tout qui le mettait dans cet état ?

Il avait dû s'enfiler un somnifère la veille pour trouver le sommeil, lui qui avait paradé devant Arthur en lui disant qu'il allait bien. Et comme il était rentré tard et avait pris ce médicament tard – sa mère le tuerait, si elle l'apprenait –, les effets se faisaient encore sentir, ce qui l'avait poussé à avaler une double dose de café. Quelle vie de chien…

Il allait être dans un état déplorable pour son rendez-vous, et ça l'énervait encore plus. Boucle sans fin. Et encore, il ne pouvait que supposer l'état mental dans lequel était Arthur au même moment. Il devait lutter. Son rendez-vous était à 18h, il ne lui restait que 7h à tenir jusque-là, puis compter une bonne heure de parlote avant d'être libre. Un peu de courage…

Il bailla.

La journée allait être longue.

Vers 11h30, on tapa à sa porte, qu'il avait laissé entrouverte pour témoigner qu'il était disponible mais assez occupé – car oui, il avait un code précis avec sa porte, que tout le monde connaissait. Ouverte, c'était la liberté la plus totale. Entrouverte, il était occupé mais acceptait de recevoir si ça valait vraiment la peine. Fermé, le monde pouvait aller se faire foutre. Radical.

Matthieu entra. Il avait le droit puisque c'était Francis lui-même qui lui avait demandé de venir à cette heure précise. Aussitôt, le latin lui tendit un paquet de feuilles fraichement imprimées que le petit attrapa sans attendre, pressé de se rendre utile.

« Il s'agit du programme détaillé de chaque groupe que je vous ai envoyé par mail. Je voudrais que tu l'affiche sur le tableau en liège de l'équipe pour qu'il n'y aucun doute. Après, j'aimerais que tu ailles aider Antonio dans son bureau. Il est moins tyrannique que Gilbert mais reste assez casse-pied, donc dis-moi si jamais il y a un problème.

_ Oui, je m'en occupe. Merci ! »

Rapide et efficace. Matthieu était une aubaine pour cette entreprise. Quand il ne se vengeait pas de Gilbert… Non, ne pas y repenser !

Le téléphone sonna, il décrocha à la seconde près.

« Francis Bonnefoy, je vous écoute.

_ Lovino Vargas de la comptabilité. Je voulais juste prévenir que je vous ai envoyé un mail avec le budget et un graphique qui présente l'évolution de nos derniers investissements.

_ Merveilleux, je vais regarder ça tout de suite. Au fait, les choses vont mieux avec Antonio ?

_ Mouais, merci… Mais je sens d'autres coups fourrés donc vaut mieux rester prudent ».

S'il n'avait pas été aussi stressé, Francis en aurait rigolé à gorge déployée. Evidemment qu'Antonio prévoyait d'autres plans de drague, ce serait étonnant sinon. Mais au moins, il avait arrêté de lui envoyer des fonds d'écran érotiques en piratant son ordinateur. Le monde avance.

Une heure passa dans un silence de plomb, sans coup de fil, sans dérangement et sans énergie. Le travail avançait efficacement, ce qui rendait Francis un tant soit peu fier. Finalement, un de ses subordonnés le réclama pour qu'il vienne contrôler ce qu'il avait fait avec ses coéquipiers. Mieux valait être intransigeant dès le début du dossier pour éviter de partir dans des hors-sujet atroces. Heureusement, le Français pouvait se permettre d'affirmer qu'il bossait avec des gens responsables et pointilleux, car il ne trouva rien à redire à part une faute de frappe perdue dans le tas.

Cela fait, il se rendit compte qu'il crevait de faim et s'autorisa une pause pour aller acheter un sandwich dans une boutique à proximité de son entreprise, puis il remonta à son étage, attrapant un café au passage avant de se diriger à nouveau vers son bureau. Le rythme de la journée était soutenu, il se sentait de plus en plus mal.

Sandwich dans une main, café dans l'autre, il croisa Arthur au coin d'un couloir.

Wahou.

Il ne s'y était pas attendu.

Ça leur faisait bizarre de littéralement tomber l'un sur l'autre comme si de rien n'était, surtout après les récents évènements. Il fallait avoue que leur relation n'avait rien de sain ni d'ordinaire. A chaque fois qu'ils se voyaient, c'était dans des circonstances anormales.

La fatigue se transposait aussi sur son visage.

« Kirkland, tout va bien ?

_ Ce serait un mensonge de dire ça, mais ça peut aller ».

Ils vérifièrent d'un regard que personne ne les écoutait, puis Francis chuchota :

« Tu as vérifié ton bureau ?

_ Oui, mais il n'a rien pris finalement. Je pense que l'intrus est venu chercher une information dans mes dossiers avant de tout remettre en ordre.

_ Pratique pour ne laisser aucune trace ni aucune preuve. Je peux savoir ce que tu ranges dans ton bureau ?

_ Les dossiers les plus actuels, ceux que j'ai besoin d'avoir sous la main en cas d'urgence. Ce sont généralement les détails de ce que réclament les clients et un petit plan de ce que chaque équipe – par là j'entends ton équipe ou celle de Ludwig Beilschmidt – doit accomplir et en combien de temps. C'est un peu un cahier des charges. Un gros résumé de nos activités… »

Evidemment qu'ils avaient pensés à la même chose.

C'était le genre d'information qui se revendait cher à la concurrence. Sauf que Francis était toujours convaincu que Ludwig était trop parfait pour tomber dans ce genre d'extrême. Et dans le genre incorruptible, il l'était encore plus que Dreyfus. Non, ça ne faisait aucun sens… Quelqu'un devait avoir utilisé cette originalité de sa tenue contre lui pour lui faire porter le chapeau. Le problème, c'était que l'obscurité ne lui avait pas permis d'en voir plus. Francis ne savait pas quoi penser de cette histoire et n'osait pas en parler à son patron.

« Braginsky m'a convoqué, reprit l'Anglais. Je dois te laisser, mais garde l'œil ouvert.

_ Compte sur moi ».

Il avait peut-être même l'œil trop ouvert pour être sain d'esprit. Un peu plus et il tomberait dans la paranoïa. Dangereux.

Vivement que cette période ne s'arrête. Et encore, la journée était loin d'être finie. Il s'était attendu à ne pas revoir Arthur de sitôt – les réunions avec Braginsky étant souvent assez longues car particulièrement complètes. Ce fut donc avec surprise qu'il le revit en fin de journée alors qu'il se dirigeait vers la machine à café – il abusait peut-être un peu avec cette boisson, d'ailleurs.

Dans l'open-space qui reliait le bureau de Francis à sa caféine tant désirée, une engueulade semblait avoir éclatée. En quand on dit engueulade, il faut comprendre « Kirkland remettant quelqu'un à sa place ». Ça faisait longtemps que le Français ne l'avait pas vu hurler contre un employé, il avait même eu l'impression de l'avoir calmé depuis le début de leur relation.

Tel un justicier masqué – mais sans masque –, Feliciano Vargas apparut comme le lapin sortant du chapeau magique – c'est-à-dire de nulle part – pour brandir fièrement son brassard de syndicat sous le nez d'un Arthur interloqué. En fait, tous les petits curieux qui observaient la scène étaient intrigués par ce petit Italien essoufflé qui faisait barrage de son corps comme un martyr sacrifié.

« M-m-monsieur Kirkland ! En tant que délégué syndicat, je… je… enfin… V-vous avez pas le droit de faire ça… C-c-c-c'est… c'est démotivant pour l'équipe et… et c'est contre-productif ! Au nom de tout le syndic, a-a-arrêtez de hurler après vos employés ! Sinon, je… je vais… saisir la justice ! »

Il ne croyait tellement pas en ce qu'il disait que c'en était mignon. D'ailleurs, Arthur était tellement choqué – par ce manque de confiance évident ou par la menace en elle-même ? – qu'il cligna trois fois des yeux avant de lui lancer un regard furibond – qui ratatina le représentant du syndicat sur place – avant de tourner les talons fièrement comme un César conquérant, toujours vainqueur, même dans la défaite.

A peine parti, les employés autour de Feliciano l'attrapèrent pour le féliciter, chantonnant une chanson improvisée à sa gloire, dans un boucan de tous les diables. Oui, il avait réussi l'exploit de contrer Arthur Kirkland d'égal à égal. Il méritait qu'on ouvre une bouteille de Champagne pour lui. Malheureusement, les choses s'arrêtèrent brusquement lorsque la chanson devient un capharnaüm total. Francis sursauta quand la voix puissante de Ludwig Beilschmidt retentit pour ordonner le silence. Automatiquement, le Français se statufia, repensant à la veille. Comment réagir ?

« Je vous rappelle qu'on est là pour travailler, pas pour s'amuser ! Vous hurlerez en dehors des heures de boulot ! Vargas, avec moi ! Nous devons parler ».

Ce dernier point fit trembloter l'Italien, qui courut à la suite de son supérieur avec un air de chien battu. La fibre fraternelle titillée, Francis avala d'une traite son café pour jeter le gobelet dans une poubelle, puis suivi les deux hommes. Non mais vraiment… qu'est-ce qu'il foutait à filer ses collègues comme un détective ? Et Braginsky qui ne devait avoir aucune idée de tout le merdier qui se tramait autour de lui… si c'est pas malheureux !

Planqué derrière le mur, il essayait de tordre le cou pour observer quelque chose, les deux zigotos étant trop loin pour qu'il entende quoique ce soit. Le problème de cet espace repos – coucou à la machine à café, au passage ! –, c'était qu'il était trop ouvert pour que Francis puisse s'avancer sans paraitre suspect. Il devait donc se contenter de leurs mimiques.

Comme d'habitude, Ludwig avait l'air un peu agacé et paraissait discuter de quelque chose de sérieux. Pour une fois, Feliciano ne souriait pas de son adorable air béat et doux, mais hochait parfois la tête tristement. Apparemment gêné de le voir si triste, Ludwig se frotta la nuque avant de faire un mouvement de réconfort vers lui. Sa main glissa sur la joue délicate de l'Italien et il se pencha pour bien lui faire face. Même s'il ne voyait rien, Francis supposait que Ludwig tentait de minimiser l'impact de son discours sur un être aussi sensible que Feliciano.

Cette scène aurait pu être une réconciliation si l'Italien n'avait pas refusé le geste avec un air coupable, frappant sa main pour qu'il le laisse tranquille et ne le touche pas. Lorsque Ludwig insista pour se rapprocher de lui, Francis sortit de sa cachette et se plaça entre eux « comme par hasard » pour accéder à la machine à café, sans un regard pour eux, faisant sa vie normalement. Ludwig blêmit et Feliciano rougit. Deux réactions bien différentes qui signifiaient toutes les deux : « nous avons quelque chose à cacher ».

« Feliciano, dans mon bureau. Tout de suite, ordonna Francis d'une voix grave et dominatrice.

_ Attends, Francis…, tenta Ludwig en fronçant les sourcils. J'ai déjà prévu de le…

_ Je m'en fiche. Il travaille officiellement pour moi, tu peux le vérifier sur son contrat de travail, donc il vient avec moi. Sauf si tu as quelque chose à y redire ».

Francis n'avait pas pour habitude d'être aussi sec mais il sentait un danger imminent contre lequel il devait lutter. Quant à Ludwig, il fronça les sourcils, passablement agacé d'être contesté de la sorte.

« Je te rappelle que nous avons convenus d'un arrangement pour que je devienne son tuteur.

_ Ce qui fait que tu peux le voir plus souvent que moi, répliqua le Français sans le regarder alors que l'Italien perdait peu à peu ses couleurs. Tu ne verras donc pas d'exception à ce que je te le prenne exceptionnellement. Sauf si tu crains que quelque chose ne sorte de sa bouche ».

Cette phrase aurait dû être ironique et légère mais il n'en fut rien. A la place, Francis lui envoya un regard digne d'une bête se sachant sur son territoire et en position de force. Il voulait bien défendre Ludwig contre ses horribles suppositions de trahisons mais si l'autre ne faisait aucun effort pour ne pas paraitre suspect…

Feliciano se faisait tout petit, conscient qu'il assistait à quelque chose de plus profond qu'à une simple conversation sur le chef à qui il devait le plus de respect entre les deux.

La tête haute, Francis attrapa le gobelet de café chaud dont il ne voulait pas mais qu'il avait réclamé à la machine lors de son interruption, et le sirota avec un air de défi. Ils se fixèrent en chien de faïence sans ouvrir la bouche. Derrière le Français, Feliciano dansait d'un pied à l'autre, mal à l'aise dans ce conflit dissimulé.

Francis savait qu'il venait de prendre un gros risque en se mettant ainsi en avant, mais d'un autre côté, il ne craignait pas grand-chose. Aimé et adulé comme il était, toute personne souhaitant lui nuire prenait le risque qu'il se soit confié à quelqu'un. S'il lui arrivait soudainement quelque chose, ce serait suspect. C'était pratique, parfois, d'être ultra-sociable.

La tasse finie, il jeta le gobelet, empoigna le poignet de l'Italien et le tira dans les couloirs sans entendre la moindre protestation, ni de l'un, ni de l'autre. Rapidement, il se retrouva dans son bureau et claqua la porte dans son dos, exagérant son énervement pour déstabiliser sa proie inquiète. Tout était question de nuance quand on attendait quelque chose. Si Francis voulait l'entendre se confier, il fallait le mettre dans une position de soumission. C'était la solution la plus radicale. Continuer de jouer le grand frère aimant ne lui servirait à rien.

Il plaqua donc le jeune adulte contre la porte et accouda son bras au-dessus de sa tête pour le dominer en taille – et cela marchait puisque l'Italien commençait à se ratatiner sur place.

« Qu'est-ce qu'il se passe, à la fin ?

_ D-d-de quoi tu parles… ? »

Le mignonet espérait sincèrement que son mensonge allait passer. C'en était presque risible.

« Je te parle de l'air déprimé que tu te tapes depuis quelques jours, de ton manque de confiance en toi de plus en plus marqué et de tes messes-basses avec Ludwig. Inutile de me mentir, je ne suis pas con au point de fermer les yeux sur ton état. Tu te détériores à vue d'œil et tu me caches quelque chose. Sauf que tu n'es pas discret, Feli. Et mentir, ce n'est pas ta spécialité.

_ Tu te fais des idées…

_ Ne me pousse pas à bout, ma patience a des limites.

_ Mais j-je… je te jure que…

_ Feliciano Vargas ! »

Ça y est, il avait haussé le ton. Ça ne lui était pas arrivé depuis un bon bout de temps. Encore une preuve qu'il était fatigué et stressé. Tête reposée, il aurait trouvé une solution plus subtile pour obtenir ce qu'il voulait, surtout qu'il n'aimait pas crier après les gens. Il devait ça à une vieille doctrine de son père : « ne fais pas subir à autrui ce que tu ne voudrais pas subir ». Une règle qu'il avait beaucoup oubliée depuis quelques temps.

Les lèvres et genoux tremblants, Feliciano le poussa pour obtenir un peu d'air, fuyant vers le bureau en se mettant en position de défense.

« Je n'ai rien à cacher !

_ A d'autres. Ta réaction te trahie. Bon sang, mais n'as-tu pas un minimum confiance en moi ? Je m'inquiète pour toi et tu sais bien que je ne suis pas du genre à trahir un secret. Si tu vas mal, laisse-moi t'aider, ne serait-ce que moralement ».

La méthode douce avait l'air de faire plus effet après son coup de gueule. Ça lui donnait plus de crédibilité puisqu'il lui prouvait qu'il pouvait se calmer et prendre sur lui. Et ça marchait bien puisque l'Italien sembla se détendre un peu – au moins, ses tremblements s'étaient calmés.

« Tu vas me trouver pitoyable si je te le dis… »

C'était un bon début. Ne restait qu'à le rassurer.

« Suis-je vraiment ce genre de personne ? Si c'est comme ça que tu me vois, je serais déçu ».

Ce mot, plutôt bien choisi, fit réagir le plus jeune. Evidemment, il ne voulait pas décevoir l'amitié de Francis. Titiller sa culpabilité était une bonne idée pour lui faire cracher le morceau, même si le Français se sentait un peu sale à manipuler ses émotions pour le faire avouer.

A nouveau, Feliciano tremblota sur place, de plus en plus gêné en son for intérieur. Il n'était pas loin de tout lâcher, ça se voyait – parce qu'il souffrait de « trahir » l'affection qu'il entretenait avec Francis par ce manque de confiance et de reconnaissance. De grosses gouttes salées perlèrent aux coins de ses yeux, témoin de sa frustration et de son trouble intérieur.

« C'était moi… »

Les larmes coulèrent et sa voix n'était plus qu'un sanglot.

« L'affaire de la salle des Archives… c'était moi… C'est moi qui ai tout cassé… et j'ai eu peur… Alors je me suis enfuie et j'ai p-pas eu le courage de me dénoncer… Je ne fais que des bêtises en ce moment… Ludwig me le fait remarquer… et moi je lui mens… On ne peut rien me confier, je détruis tout… »

Voilà qui expliquait deux-trois choses sur son comportement récent. Quand il disait « je ne sers à rien », c'était en fait l'appel à l'aide d'un pauvre jeune homme malchanceux ou maladroit. Et ça expliquait son rejet de Ludwig. Il devait être dégoûté de lui mentir et de se cacher continuellement – et donc, il ne se sentait pas digne de le toucher ou de lui parler. C'était aussi cohérent avec sa récente déprime. Le sentiment de ne servir à rien et de tout échouer expliquait bien son état s'esprit.

« Ce n'est qu'une mauvaise passe, ne te dénigre pas pour autant.

_ Mais je n'apporte rien. Au contraire, je vous nuis ! Francis, tu devrais me virer…

_ Hors de question. J'ai besoin de toi.

_ Je suis remplaçable.

_ Non. Ton poste l'est, mais pas toi. Un être humain n'est pas remplaçable. Si je me séparais de toi, je ne retrouverais certainement jamais quelqu'un d'aussi joyeux et de volontaire. Tu n'as pas à te sentir minable pour des bêtises pareilles. Pour le temps que j'ai passé avec toi, je suis sûr que tu n'as pas fait exprès de faire tomber cette armoire aux Archives. C'était un accident, je suppose, comme ça peut arriver à tout le monde. Cite-moi une personne n'ayant jamais fait ne serait-ce qu'une erreur dans sa vie. Et ne me cite pas Lulu parce que Gil m'en a raconté des pas mal ».

Par réflexe, Feliciano eut un sourire railleur qui trancha avec ses larmes. Il adorait quand Francis parlait comme ça en lui avouant quelques secrets de sa vie privée, c'était le grand frère type qui vous faisait toujours rire, même lorsque vous vous sentiez comme une merde – ce qui était totalement le cas pour lui. Impossible de rester triste trop longtemps devant lui, il était trop… rassurant. Trop doux.

« Si tu fais tant d'erreur en ce moment, c'est peut-être le signe que tu ne te sens plus vraiment à ta place à ton poste. Si tu veux, je peux m'arranger pour que tu changes un peu d'activité. Je te ferais travailler avec d'autres gens sur d'autres tâches. Et si tu te sens mal, tu peux toujours m'appeler, même en dehors des heures de boulot. En plus, tu n'as pas pris de vacances depuis quelques temps, il me semble. Ça doit jouer. Il serait temps de poser tes RTT et de prendre un peu soin de toi. Tu devrais partir en week-end prolongé avec ton frère, ça te ferait du bien ».

Alléché par l'idée, Feliciano rosit des joues en imaginant un repos bien mérité, séchant ses larmes avec les paumes de sa main. Francis eut le cœur serré de voir celui qu'il considérait comme son petit frère aussi brisé. Avec tout son amour, il le prit dans ses bras et le berça doucement. Feliciano se laissa aller à l'étreinte en humant son odeur réconfortante. Mais il conservait une grosse épine au fond de son cœur, une épine dont il ne pouvait pour l'instant pas se débarrasser.

Un peu comme dans un vieux film cliché trop prévisible, la porte s'ouvrit à ce moment-là sur un Antonio d'abord souriant, puis choqué.

« Woaaaa ! Désolé !

_ Putain, Tonio ! Frappe à la porte, merde ! s'énerva le Français en gardant son petit frère dans ses bras pour que son ami ne le voit pas avec une figure aussi disgracieuse.

_ Bah, la dernière fois j'ai forcé la serrure, donc ce serait con que je tape à la porte maintenant.

_ Tu respectes quoi toi, en fait ?

_ Bah rien, pourquoi ».

Francis leva les yeux au ciel et congédia son ami en déclamant qu'il avait une discussion à finir. Antonio lui promit de revenir plus tard, peut-être – sûrement – le lendemain où après, puisqu'il savait que Francis avait un rendez-vous de prévu le soir même. A coup sûr, il voulait juste parler un peu, histoire de ne pas déprimer à cause de cette charge aberrante de boulot qui leur tombait dessus.

L'Espagnol parti, Francis se concentra à nouveau sur son cadet – qui avait eu largement le temps de calmer ses larmes. Il avait presque l'air de s'être endormi contre sa poitrine, comme un bébé. Littéralement comme un bébé. C'était même comme ça que Francis le voyait parfois, d'où son affection particulière. Feliciano lui promit de faire des efforts et de parler un jour de sa faute à Ludwig – il devait aussi dissoudre cette ridicule ligue anti-Beilschmidt. En échange, Francis lui trouva des activités différentes de ce qu'il avait fait jusque-là, un peu plus mobiles – parce que Feliciano était du genre à sauter et bouger partout lorsqu'il était en forme, ce qui était souvent le cas.

Normalement, tout devrait s'arranger de ce côté-là. Même si, en vérité, l'instinct fraternel de Francis était toujours agacé par une impression d'inachèvement. Il devait garder Feliciano à l'œil. En plus d'Arthur. Et de Ludwig. Il allait encore s'en taper des tasses de café…

Vers 17h, Francis quitta enfin – et ce mot avait de plus en plus de sens à ses yeux – cette étouffante entreprise dans laquelle il venait de vivre une journée intense. Dans l'ascenseur, il contempla son visage dans la vitre et eut presque peur. Trop de café et pas assez de sommeil. Yeux cernés et rouges, teint blafard, traits marqués… Son avocat allait le prendre pour un psychopathe venant d'enterrer sa victime. Il se trouvait… laid. Archétype de l'homme au bout de sa vie, qui avait tout subi et tout vécu. Pourtant, il voulait croire en la vie et en sa beauté. Sa figure ne témoignait absolument pas de ses pensées, il aurait aimé qu'il en soit autrement.

En sortant de la cage d'acier, il envoya un SMS à Arthur pour le prévenir de son absence.

« Rendez-vous médical pour mettre mes vaccins à jour. Je suis obligé de partir plus tôt aujourd'hui, mais je me rattraperais, c'est promis ».

Et un mensonge de plus, un !

Ce n'était pas comme s'il pouvait faire autrement, il aurait trop honte d'avouer dans quelle merde il était. Un procès, c'est honteux.

La réponse ne se fit pas attendre.

« Bon courage. Je pense que je vais dormir au bureau, ce soir. Trop de travail ».

Francis s'arrêta un instant de marcher, réfléchissant à ce message.

Arthur voulait rester au bureau après sa peur de la veille ? Vraiment ? 'Trop de travail' ? C'était ça son excuse pour dire que, en fait, il voulait voir si le coupable reviendrait sur les lieux du crime ?

Mauvais plan.

« Fais pas le con, je ne veux pas avoir à retrouver ton cadavre demain ».

Pas qu'il ne faisait pas confiance en la discrétion de son patron, mais courir au cœur du danger n'était pas l'idée la plus signifiante qu'il ait eu. Après, Francis osait espérer que Ludwig – ou l'inconnu portant les mêmes pompes dégueulasses – ne commette pas l'erreur de revenir sur les lieux du crime.

« T'occupe, je gère. Va faire tes piqures, toi ».

Sujet clos, donc.

Il allait peut-être prévenir Braginsky que, parfois, ils en faisaient trop. Dormir au boulot, ce n'était pas normal, même pour quelqu'un de haut placé comme Arthur – puis surtout lorsqu'il s'agissait de prendre un voleur en flagrant délit. A moins que rentrer chez lui ne l'ennuie. On pouvait s'attendre à tout avec Arthur et ses pensées incohérentes.

Après un voyage en bus et un bon quart d'heure de marche, Francis approcha de son but, mais fut un peu pris au dépourvu en recevant un message de son avocat lui disant qu'il serait en retard à cause d'une réunion ayant trop duré. Désolé, il lui demanda si attendre une heure le dérangerait ou s'il préférait décaler le rendez-vous. S'étant préparé à ça toute la journée, Francis ne se voyait pas recommencer tout ce bordel stressant. Il choisit d'attendre.

Mais que faire pour passer le temps ?

Il jugea son environnement avec minutie, jusqu'à apercevoir les néons fraichement allumés d'un modeste bar. S'il régulait sa consommation, passer un peu de temps là-bas ne semblait pas être une si mauvaise idée. Décidé, il avança prudemment à travers les rues vivantes, éblouit par un soleil déclinant et presque mort. A son opposé, la lune commençait à pointer dans le ciel, mais toujours soumise aux couleurs rosées ou orangées de son étoile rivale. Le soleil mourait et la volonté de Francis aussi. Il eut une telle lassitude à s'asseoir qu'il se demanda s'il allait travailler le lendemain. La surdose de café qu'il avait ingéré s'amenuisait, ne laissant plus qu'une poupée de chiffon qui s'asseyait difficilement au siège du bar.

Le serveur acheva de frotter un verre pour se diriger vers lui.

« Monsieur, que puis-je vous servir ?

_ Un café long ».

Moins fort qu'un café court, mais ça restait curieux d'en boire un à cette heure. Francis allait finir par se l'injecter sous perfusion. Heureusement, le serveur ne fit aucun commentaire et se mit au travail, lâchant tout de même un regard inquiet pour cette face de mort-vivant qui se décomposait sur son bar. Le cadavre était à deux doigts de laisser tomber sa tête sur la table et de s'endormir. Les couleurs se mélangeaient et il avait le tournis.

Café, rendez-vous et au pieu. Il avait son programme en tête.

A côté de lui, un jeune homme aux cheveux délavés sirotait un alcool fort, un autre déprimé de la vie qui avait l'air de remuer sa haine et son verre d'un même geste langoureux. Francis ne fit pas attention à lui jusqu'à ce qu'il ne l'entende soupirer avec désespoir.

La tasse de café arriva devant lui et il lança un regard en biais à son voisin.

« Dure journée, vous aussi ? demanda-t-il à l'inconnu

_ Un calvaire ».

Le contact était fait, la discussion n'avait plus qu'à s'en suivre logiquement.

« Besoin d'une oreille où cracher son venin ?

_ Je vais vous achever avec mes problèmes stupides.

_ Voilà qui me divertira des miens, avoua Francis en sirotant son café ».

Il était sérieux. Autant passer son temps à discuter, ça lui aérera l'esprit et l'autre avait l'air d'en avoir besoin. Ahhh… sa philanthropie le rattrapait encore.

Son interlocuteur était plus jeune que lui, plus fin, plus frêle, mais pas maigrichon non plus. Ses sourcils naturellement froncés lui rappelaient un peu les expressions d'Arthur et son caractère de cochon, mais l'inconnu avait l'air un peu plus modéré. Un véritable jeune adulte par rapport au Kirkland toujours enfant. Ses yeux étaient bleutés, un peu mauves dans le fond, mais leur teinte était atténuée par une lassitude évidente. Sa gestuelle quant à elle traduisait sa méfiance. Il restait aux aguets pour prévenir tout coup fourré. Brave garçon.

« C'est juste que je me rends compte d'à quel point la vie privée et la vie professionnelle ne devraient jamais se lier ».

Ça commençait fort.

En une phrase, Francis eut l'impression de se retrouver dans un purgatoire où on le pointait du doigt. Au moins, il comprenait où pouvait se trouver le problème de ce genre de situation et serait à même de le suivre. Il lui aurait parlé de ses otites, le sujet n'aurait pas volé bien haut.

« Votre partenaire travaille avec vous ?

_ Non, pire. Mon grand frère ».

Encore mieux. Maintenant, Francis sentait qu'on lui reprochait tous ses problèmes familiaux.

« C'est un tyran, continua le jeune homme. A toujours vouloir me protéger, il m'empêche de progresser. Dès qu'on me donne quelque chose à faire, il trouve le moyen de participer et de critiquer tout ce que je fais. C'est à peine s'il ne m'arrache pas mes documents des mains pour éviter que je ne me coupe avec.

_ S'il est habitué à vous couvez depuis l'enfance, ça s'explique. C'est dur d'abandonner ses habitudes.

_ Il en fait trop, ça me gave. J'ai beau être froid et distant, il s'en moque et me menace.

_ Ah parce que c'est votre supérieur hiérarchique ?

_ Oui.

_ Ok, je saisis l'étendue du désastre. Vous travaillez où, si je puis me permettre ?

_ A la Nordic's Corporation ».

Les mains du Français eurent un soubresaut involontaire que, fort heureusement, le jeune inconnu ne vit pas. Francis connaissait cette entreprise, il en entendait souvent parler. Et pour cause, il s'agissait de ses concurrents directs – soit, ceux qui avaient envoyés un espion chez eux. Décidemment, quand le hasard insiste, il n'y a rien à faire. Que le latin se retrouve dans un café, le soir, avec un concurrent en pleine déprime, c'était cocasse. Mais ça prouvait au moins une chose : ils étaient loin d'être différents les uns des autres. Bon, ça ne voulait pas dire que Francis ne devait pas baisser sa garde, mais ça le rassurait un peu de voir que, peu importe l'entreprise où l'on travaille, on peut souffrir de problèmes similaires.

« Faites-le tourner en bourrique, conseilla le Français en taisant sa découverte. Dites-lui que vous avez rencontré une femme depuis quelques temps – croyez-moi ça va le faire enrager – et que vous songez à démissionner pour faire une reconversion professionnelle. Ou dites-lui que vous allez déménager, quelque chose dans ce goût-là. Non seulement il va se ronger les ongles pour découvrir qui, quand, comment et où, mais en plus, lorsqu'il va découvrir que c'est faux, il aura de plus en plus de mal à faire confiance en tout ce que vous lui direz. Ce qui fait que vous pourrez le prendre par surprise en racontant tout et son contraire, jusqu'à ce qu'il ne se lasse de démêler le vrai du faux. Il faut l'avoir à l'usure.

_ C'est radical.

_ C'est une stratégie comme une autre. Ne le laissez pas vous imposer un rapport de force où il sera toujours dominant ».

Francis et ses plans compliqués, une véritable histoire d'amour. Il n'avait pas meilleure idée à proposer pour l'heure, son cerveau étant plus occupé à produire une imitation parfaite de celui d'un zombie.

« S'il ne vous a pas lâché malgré votre indifférence, c'est qu'il faut y aller plus fort. Dites-lui en face qu'il vous fait chier. Refusez ses ordres lorsqu'il s'agit d'abus de pouvoir. Non, vraiment, ça parait puéril mais ça marche : emmerdez-le. C'est votre frère, il ne va pas vous virer.

_ Il est résistant et entêté… Je ne sais pas si ça le touchera…

_ Essayez quand même ».

Le jeune homme médita ce plan en faisant tournoyer son verre, le regard dans le vague.

« Je le ferais, promit le jeune inconnu. Et… excusez-moi, mais comment vous appelez-vous ?

_ Francis.

_ Emil.

_ C'est un plaisir, Emil ».

Le jeune avala une gorgée d'alcool pour se détendre, déjà un peu plus à l'aise grâce à cette petite discussion supposée l'aider à se débarrasser de son frère. La méchanceté rapproche les gens.

« Vous venez souvent pester dans ce bar ? taquina le Français en gardant un œil sur l'heure.

_ Tous les mardis et les jeudis soirs. Après chaque réunion, en fait. Et vous ?

_ Non, c'est la première fois que je viens ici, c'est plutôt à l'opposé de chez moi. En fait, j'ai une affaire à régler pas loin et puisque je suis en avance, je suis venu passer le temps.

_ Un café le soir ? Vous espérez dormir cette nuit ?

_ J'ai des somnifères.

_ C'est dangereux d'enchaîner café et somnifères.

_ C'est exceptionnel.

_ J'espère pour vous ».

La discussion resta légère toute la demi-heure qui suivit. Ils n'avaient pas besoin de refaire le monde à coup de philosophie avec quelqu'un qu'ils ne reverraient probablement pas. Ils étaient surtout là pour penser à autre chose, et après qu'Emil se soit confié, il ne reparla pas de ses problèmes familiaux ou professionnels mais plutôt de sa vie en général. Francis, lui, n'avait pas trouvé de raison ou d'opportunité pour le prévenir qu'il bossait dans le même milieu. Quand quelqu'un se confie à vous, ça la fout mal de commencer à parler de soi comme si on se faisait chier. Et puisqu'ils avaient changés de sujet… Tant pis, ce n'était pas un mensonge pour autant.

Francis apprit que son camarade était d'origine norvégienne mais qu'il avait fait ses études en Island, par goût du pays, avant de revenir vivre avec son grand frère qui l'avait appâté en lui promettant du travail en France. Du travail, oui, mais à quel prix ! Emil avait l'impression de s'être fait complètement manipuler.

Naturellement, Emil perdit un peu le fil de ses paroles et avoua, l'air de rien, que son frère tentait vainement de lui éduquer des valeurs alors que lui-même avait de quoi se sentir gêné. En effet, l'aîné entretenait apparemment une relation avec son associé alors qu'il déconseillait à Emil de se trouver quelqu'un. Hypocrisie, quand tu nous tiens. De ce que Francis avait compris, Emil n'était pas trop mal placé dans la hiérarchie – un peu comme lui – mais ne parvenait pas à apprécier pleinement son travail – un travail qu'il pouvait aimer sincèrement, en plus – à cause du comportement de son frère.

Puis vint l'heure pour le Français de rejoindre sa purge.

« Il va être temps pour moi d'y aller, prévint le Français au bout d'un moment.

_ Très bien. Merci de m'avoir écouté. Ça fait du bien de casser un peu de sucre sur le dos des gens, surtout son propre frère.

_ Ahahah ! Je m'en doute. J'ai passé un bon moment aussi. Prenez soin de vous.

_ Au revoir ».

Francis régla la note et offrit même le verre de son compagnon de bar, dans un élan de philanthropie. Ça arrivait, parfois. C'était peut-être juste un caprice de sa conscience pour lui remonter le moral avant ce douloureux moment qu'il allait vivre. Donc, ça restait de l'égoïsme, dans un sens.

Il traversa la rue, fouetté par l'air frais de la soirée, éreinté par sa journée mais excité par sa consommation excessive de caféine. Dans sa sacoche de travail, toujours fièrement accrochée sur son épaule, il devinait sa trousse de médicaments pour les cas d'urgence, dans laquelle il avait amené ses somnifères. S'il les prenait sur le chemin du retour, ils auraient le temps de faire effet au moment où il passerait le pallier de sa porte, ce qui lui ferait gagner quelques précieuses minutes.

Ce qu'il ne fallait pas faire dans ce bas-monde…

Il avait bien conscience que son état de santé allait se détériorer s'il en restait là, il lui fallait donc vite remonter la pente avant de craquer. Quelques jours de repos ne seraient pas de refus.

La vie est ainsi faite. Des hauts et des bas qui s'enchaînent comme un cardiogramme irrégulier. Francis sortait d'une période de « hauts » et se sentait comme au fond des Enfers depuis quelques jours. Il avait hâte que tout ceci s'arrête.

Comme un condamné à mort, ses pas le plantèrent devant le tribunal, immense et imposant tel une prison bétonnée.

Incertain, perdu, esseulé, il ravala sa salive. Puis entra.


Et non, vous ne saurez rien de ce rendez-vous parce que fuck ! C'est encore trop tôt et j'ai pas la force de m'auto-censuré dans une scène avec un avocat pour vous en donner sans trop vous en donner… C'est chiant de doser les révélations d'un chapitre, bordel ! XD

Donc, oui, en pleine enquête pour savoir qui est le traître, je trouve le moyen de vous incruster un nouveau personnage. Quelle merveilleuse idée, Kurea ! T'en as d'autres des comme ça ?

Il a peut-être falloir que je donne quelques jours de repos à Francis :/ Il a pas l'air bien… D'ailleurs, ne faites pas comme lui ! Les somnifères et le café, c'est pas cool pour la santé ! Bon, là, j'en ai besoin pour le scénario et justifier son caractère, mais ne faites pas ça chez vous ! Q.Q