L'homme et la bête

Coucou, la famille !

Le précédent chapitre faisant transition, j'ai le plaisir de vous annoncer que celui-ci est riche en infos ! Mais genre, riche-riche-riche ! Surtout milieu-fin. Nan parce que, ça fait déjà onze chapitres et vu tout ce qui me reste à foutre dans cette fic, j'ai intérêt à me manier le cul ! XD

Donc, chapitre action-révélation !

Ouaip !

Je sais que vous allez aimer ! Sauf peut-être le début, qui me parait plat et trop narratif (._.) Bahf ! Vous me direz !

Donc, réponses aux reviews !

Mimichan :

Oui, c'était une bonne grosse transition pour mettre les bases à plat, mais on arrive enfin au plus intéressant (enfin… au cœur du sujet, devrais-je dire) Donc je me permet de mettre un peu en suspend l'affaire du traître pour amener le reste de l'histoire (et de toute façon, au risque de me répéter : tout est lié dans cette fic ! Tout aura des conséquences sur tout ! Voilà ! U.U Na !) J'espère que ce chapitre te tiendra plus en haleine que le précédent ! :D Merci de la review !

Alice :

XD Tu me tues à chaque fois, toi ! Je crooooois que tu aimes les Nordics mais je suis pas sûre… Huuum… Y a un truc qui me fait croire que… sûrement mon imagination ! Ouais, j'ai mis un zeste de Gerita, mais que veux-tu ? On ne se refait pas ! Je crois que Tonio est trop obnubilé par Lovi pour s'intéresser à quelqu'un d'autre mais garde espoir (tu as peut-être tes chances aussi !) Et quoi ?! Je me fais huer parce que ça manque de seeeeks ?! Mais madame ! Il faut savoir être patiente ! è.é griaou !

Arsenall :

Deux reviews en une ? Ça, c'est de l'efficacité ! *applaudit* Mais siiiii, tu as une tête à théorie ! De toute façon, si tu as proposée ne serait-ce qu'une idée, c'est que des éléments t'y ont fait pensés ! Donc aucune théorie n'est à jeter ! Après, j'ai fais des choix en tant que scénariste mais continue à théoriser, moi j'adore ! Et pour ton plus grand plaisir, je te dévoile une partie du plot dans ce chapitre, ce qui devrait t'éclairer sur la fin du précédent (j'allais pas vous laisser sur le carreau, non plus XD) Beuzou !

Voilà !

Quant aux avertissements… euh… Ce chapitre contient des feelz ! Beaucoup de feelz ! C'est tout pour ma défense !

Bonne lecture !


Chapitre XI :

Ce matin-là, Francis s'était réveillé contre un mur, et rien qu'avec ça, il avait déjà l'impression d'être possédé par un démon. Surtout qu'il se rappelait très bien s'être couché dans un lit la veille. Pour peu, il applaudirait cette première crise de somnambulisme dont il était victime, témoin de sa fatigue extrême, car il avait dû tomber dans un sommeil profond pour vivre à ce point son rêve. Sauf que se réveiller dans son couloir, face à une porte close, ça le rendait assez amer. Il n'y avait qu'une seule pièce dans toute sa maison qu'il ne voulait pas voir, où il ne voulait pas rentrer, et c'était elle. Une pièce toujours fermée à clé où il ne rentrait pas même pour faire un brin de ménage.

S'il n'avait pas tant de soucis d'argent, il aurait déménagé pour fuir cette pièce, mais ce n'était pas faisable à ce stade. Alors il se contentait de snober cette partie de son appartement. Tout ça ne lui donnait pas envie de se souvenir de son rêve.

Le dos un peu cassé, il se releva pour regagner ce semblant de dignité qui faisait de lui un homme, puis réclama à son cerveau de se réveiller un peu pour décider de ce qu'il devait faire de cette journée de repos à laquelle il avait enfin droit après tout ce temps. Il pouvait nettoyer un peu son appartement, il pouvait aller se chercher des croissants, il pouvait téléphoner à Antonio ou Gilbert pour rire un bon coup, il pouvait peindre au calme avec un disque en fond sonore, mais plutôt que tout ça, il choisit de retourner dans son lit. Là-bas, il prendrait une meilleure décision.

C'était dingue… Le seul jour où il était libre de faire ce qu'il voulait, il ne voulait rien faire. Quelle tristesse !

Allongé dans son lit, il joua un instant avec son téléphone, à la recherche de quelqu'un à embêter. Un ridicule hasard fit sonner son téléphone à cet instant, affichant un grand « maman » sur tout l'écran. Francis eut un sourire tendre en décrochant.

« Service après-vente, j'écoute !

_ Oui, monsieur ! rit sa mère en se prenant au jeu. J'ai acheté un époux il y a vingt-cinq ans et je ne suis pas satisfaite de sa qualité. Pouvez-vous me le remplacer dans les plus brefs délais ?

_ Nos techniciens peuvent essayer de le réparer, si vous voulez. Quel est le problème ?

_ Il a le sang chaud et est jaloux comme un pou, ce n'est plus possible ! Hier même, il s'est disputé avec un homme qu'il suspectait de me faire du charme, sauf que l'homme en question… c'est le maire du village… Oh mais comment a-t-on pu se foutre le maire à dos ? Je n'en peux plus de ce mari, je veux le changer !

_ Vous nous aviez commandé un homme passionné et intelligent, de quoi vous plaigniez-vous ?

_ Oui, bah heureusement qu'il s'y connait en gestion et en commerce, sinon je l'aurais démonté à la main pour vous le rendre en petits morceaux.

_ Nos produits sont toujours efficaces.

_ Ne prenez pas la grosse tête ! »

Si le père Bonnefoy entendait ça… Sa femme et son fils qui parlaient de lui comme d'un objet domestique défaillant… Il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre dans cette famille de petits comiques du dimanche.

Leur rire les occupa quelques secondes avant de redescendre d'un ton.

« Comment vas-tu, mon chéri ?

_ Je me prélasse dans mon lit comme un phoque sur sa plage, c'est le bonheur !

_ Eh bien, il t'en faut peu…

_ … pour être heureux ?

_ Tss ! Toi et tes références…

_ C'est toi qui me passais des films en boucle quand j'étais petit !

_ Oui, bah… hein… euh, voilà quoi !

_ Tes arguments me brisent le cœur…

_ Je crois que je vais rappeler le service après-vente pour changer mon fils. Lui aussi commence à me taper sur le système.

_ Oh mais non, tu m'aimes trop pour ça !

_ C'est ça, profite bien de ma bonté.

_ Je profite, je profite.

_ Alors ? N'as-tu pas des ragots pour ta mère ?

_ Tu te souviens d'Antonio ?

_ Oui, bien sûr ! C'est ce gentil petit Espagnol tout souriant avec qui tu t'entends bien, n'est-ce pas ? Quel gentil garçon ! Il va bien, j'espère ?

_ Il est a-mou-reux ! »

Francis parvint l'exploit de détourner sa mère de sa vie. A chaque appel, c'était ce qu'il craignait le plus. Elle ne devait pas savoir qu'il était divorcé et que la seule chose qui le motivait à se lever le matin, c'était l'argent. Elle, qui l'avait élevé dans des valeurs nobles, serait effondrée de cet échec dans son éducation, et lui serait horrifié de perdre la confiance de sa précieuse mère. Cet échec, il devait le garder pour lui. Surtout qu'il restait très proche d'elle, il se demandait même s'il existait une mère et son fils aussi liés qu'eux au monde. Jeter cette complicité au feu alors que tant de familles se lynchaient, ça le détruirait. Et elle aussi. Non, sa famille était une des dernières choses consistantes de sa vie, avec Arthur. Même si son lien avec sa mère ne reposait plus que sur un mensonge, il devait le préserver. Sans sa mère, il serait presque démuni. Il n'aurait plus qu'Arthur. Ce serait trop triste.

Francis en profita pour prendre des nouvelles de son père. Entre deux bouderies de jalousie, il travaillait à la boutique – celle qu'il tenait avec son épouse – et vendait courageusement les produits naturels que fabriquaient Aodrena. Avec quelques employés, ils avaient montés un projet de crèmes et médicaments naturels. Quelques siècles auparavant, on les aurait traités de sorciers et brûlés vifs. Le commerce marchait bien, puisque cette chère Gauloise de madame Bonnefoy reprenait des recettes vieilles comme le monde, dont elle gardait jalousement le secret. Elle avait retrouvé chez elle, dans son grenier, un livre – ou plutôt un ramassis de papiers empilés les uns sur les autres – qui avait dû se passer de main en main depuis des générations dans sa famille. Rédigés en grec antique, les pages étaient composés de moult recettes naturelles, à base de végétaux, de roches ou ce genre de produit.

Lorsqu'elle avait trouvé ce trésor, elle avait été très perturbée par son existence. Comment un livre grec aurait pu se retrouver en Gaule ? Cette question l'avait hanté au point où elle s'était jetée sur toutes les bibliothèques possibles, à la recherche de réponses. Puis elle apprit que le monde antique avait évolué sous la coupe d'une Grèce omniprésente. Les romains parlaient grecs et il en allait de même en Gaule. Même s'ils gardaient leur propre langue, les vieilles nations avaient concédées que la langue grecque était la plus facile à apprendre et à utiliser.

Ce livre n'avait donc peut-être rien de grec, finalement.

Surtout qu'en le parcourant et en le traduisant, elle remarqua que les plantes utilisées nécessitaient plutôt un climat tempéré. Or, la Grèce est plus chaude qu'autre chose. Rien à faire, le livre était à 100% gaulois.

Son mari, Louis, avait fait des études scientifiques avant de se reconvertir dans le commerce. Il fut donc le plus à même de faire des recherches pour vérifier que leurs produits n'étaient pas dangereux pour la santé. En définitif, ils avaient commencé à utiliser ces recettes pour en faire commerce, au point où ils étaient maintenant réputés dans la région.

Francis était fier de sa mère et de son courage. Et pour cette raison, il ne pouvait pas la décevoir avec sa vie remplie d'échecs et de faussetés. Aodrena avait commencé son projet seule, pointée du doigt pour ses idées de sorcière irréalisables, et leur avait tous cloué le bec en bâtissant un semblant d'empire commercial. Lui, il avait commencé avec tout et avait tout perdu. Il était pitoyable à côté d'elle.

« Et sinon, repris la Gauloise. Comment va ta sœur ?

_ Elle ne t'a pas appelé ?! s'exclama le Français en sentant la colère grimper en lui. Je lui ai pourtant fait une leçon de morale à ce sujet ! Et elle m'a dit qu'elle t'appellerait !

_ Bah… elle l'a fait mais… Je n'ai pas appris grand-chose…

_ Que t'a-t-elle dit ?

_ Des banalités. Que tu l'agaçais, notamment. Ou qu'elle était un peu fatiguée… Elle m'a parlé de théâtre – et ça, j'étais contente qu'elle me parle d'une de ses passions ! Mais ce n'est pas allé très loin. Je lui ai parlé de son père, elle rigolait doucement, puis un peu de moi, et… elle n'a rien dit… Je crois qu'elle me déteste.

_ Non. Ça, je peux te le certifier, c'est faux.

_ Alors pourquoi est-elle froide ?

_ … Elle veut être… elle veut… Je pense qu'elle veut se débrouiller seule…

_ Se débrouiller seule ? suspecta-t-elle. C'est-à-dire ?

_ Euh… Elle doit se sentir un peu trop couvée, c'est pour ça qu'elle est froide. Elle veut sûrement te prouver qu'elle peut s'en sortir seule.

_ Mais elle n'est pas seule si elle est avec toi ».

Oh la bourde… C'était rattrapable !

« Non, je veux dire… Elle veut te prouver qu'elle peut s'en sortir sans toi ! Une mère, ce n'est pas pareil qu'un frère. Je n'ai pas d'ordre à lui donner comme toi tu es en droit de le faire. Je peux l'engueuler à l'occasion en jouant les grands frères mais… c'est tout.

_ Du moment que tu veilles sur sa santé, tout va bien. Elle a toujours été assez rebelle dans sa tête, mais elle ne peut pas vivre seule dans son état. C'est pour ça que je compte sur toi pour qu'elle prenne bien ses médicaments chaque jour et qu'elle ne se blesse pas.

_ O-oui… Bien sûr, maman ! J'y veille… »

Son mensonge l'étouffa, il sentit une larme de honte (ou d'épuisement) glisser de son œil pour dévaler sa joue chaude. Pourquoi la vie avait-elle besoin d'être si compliquée ?

« Bon, je vais te laisser te reposer, mon chéri. Tu l'as bien mérité. Tu penses que tu pourrais me passer ta sœur ?

_ Elle dort encore…

_ Oh. Je vois… Bon… Eh bien, bonne journée, mon ange. Je t'aime.

_ Moi aussi, maman. Moi aussi… »

Elle raccrocha, ne laissant qu'un silence mortifère dans cette chambre étriquée et un fils blessé par ses propres paroles. Il se demandait combien de temps il pourrait tenir dans ce rôle du grand frère parfait. Viendra sûrement un jour où le secret volera en éclat. Francis était toujours celui qui planifiait, qui maintenait le secret en vigueur, c'était lui qui jouait avec les relations qu'il entretenait, qui s'arrangeait pour que personne ne sache rien… mais seul, ça commençait à lui peser. Sa sœur s'en foutait d'être percée à jour puisqu'elle se cachait comme un rat dans son terrier. Comme d'habitude, si cela se savait, seul Francis prendrait pour son grade. Allez expliquer à son égoïste de sœur à quel point il était mal et à quel point il avait besoin d'aide ! Elle lui rirait au nez et lui sortirait des paroles cruelles comme « il ne fallait pas jouer avec le feu » ou « tu aurais dû lui dire dès le début au lieu d'espérer me faire change d'avis ». Et oui, certainement qu'il aurait dû tout avouer dès que sa sœur avait claqué la porte de l'appartement… Mais il avait fait semblant de croire qu'il maitrisait encore la situation, qu'il pouvait tout rattraper. Et regardez-le maintenant. Seul dans un grand appartement à quatre chambres, à mentir pour garder l'amour et la confiance de sa mère.

Où était donc passée sa douce jeunesse naïve ?

Mais il devait être fort et continuer à tenir le rôle. Les rôles.

L'employé modèle.

Le frère protecteur.

Le fils responsable.

Et…

Il remit le masque, soufflant un bon coup, se répétant que tout irait bien, s'hypnotisant même de paroles réconfortantes, comme le lui avait appris sa mère lorsqu'elle cherchait à le détendre. Tout était une question de volonté et de contrôle. Il devait mesurer chacun de ses mots, jouer avec les circonstances, inventer des excuses toujours plus crédibles et irréfutables. Sinon quoi, il serait foutu.

Un sourire naquit sur ses lèvres.

C'est fini.

La peur a disparue.

0*O*o*O*0

Arthur se claqua le visage pour se revigorer, puis entra dans le salon.

« Tiens donc ! Monsieur nous fait enfin profiter de son existence !

_ Je sais que tu ne peux plus te passer de moi ».

Les deux frères Kirkland se fusillèrent du regard avec affection, comme ils en avaient l'habitude. L'aîné, Allistor, et le benjamin, Arthur. Entre les deux, il y en avait d'autres mais ils préférèrent se taire avant de subir un dommage collatéral. A la place, ce fut leur mère qui intervint.

« Ne commencez pas, tous les deux ! On est supposés passer un bon moment, pas se chamailler pour le plaisir ! »

Facilitant, Arthur hocha la tête et rejoint un de ses frères, Carwyn, sur le canapé de son salon. Tous assis autour de la table-basse, ils attendirent que Kiku leur serve un petit quelque chose à boire pour commencer à discuter. Pour l'heure, ils se regardaient tous avec un sourire plus ou moins railleur, toujours assez amusés de cette idée saugrenue de leur génitrice. Elle tenait à ces petites réunions familiales – une par mois, en général – pour garder ses dégénérés de gamins à l'œil. Elle exigeait des comptes-rendus détaillés de leur vie, de leurs humeurs, de leurs activités, tout en espérant qu'au moins une fois dans leur vie, ils arrivent à se tenir sans se disputer bêtement.

On leur servi à boire, elle croisa les jambes et commença :

« A toi l'honneur, Arthur. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne t'ai pas entendu.

_ Normal, c'est pas le plus bavard, fit justement remarquer Edwyn.

_ Silence, intima sa mère alors qu'Arthur maudissait le ciel.

_ Je n'ai rien de particulier à dire. On entre dans une période douloureuse au boulot, ce qui fait que je bosse presque tout le temps. Le fait le plus incroyable dont j'ai entendu parler, c'est que quelqu'un aurait bousillé une étagère des Archives, ce qui aurait foutu un sacré bazar. Rien de fou, donc.

_ Quelle vie palpitante ! parodia Allistor avait de se prendre un coup dans la cheville. Aïe ! Maman, ça fait mal ! »

Elle le fusilla du regard avant de reprendre un grand sourire vers le petit dernier.

« J'espère au moins que tu te détends parfois. Tu sais bien que les burn-out arrivent vite quand on ne fait pas attention à sa santé.

_ T'inquiète, je me paye du bon temps à l'occasion ».

Il rit intérieurement de cette cruelle blague que lui seul pouvait comprendre. Francis lui manquait.

« De toute façon, Amélia se sent obligée de prendre ma température dès qu'elle me voit.

_ Brave fille, concéda la mère Kirkland. Fais-moi penser à la féliciter. D'ailleurs, elle n'est pas là, aujourd'hui ?

_ Elle ne veut pas nous déranger pendant nos réunions familiales, donc elle est partie passer la journée avec une amie.

_ Pendant qu'on parle d'elle, je suis tombée sur un article de la presse people, sourit cyniquement Edwyn. Tu sais que je commence à l'adorer, cette fille ? »

Les autres ne parurent pas comprendre, donc Artur se sentit obligé de développer l'affaire des culs-nus pour faire incriminer un manager trop machiste. La discussion les occupa au moins vingt minutes, ce qui était du vrai pain béni pour Arthur qui n'avait pas du tout envie de se trahir dans cette réunion. Il remercia silencieusement sa femme de ce divertissement qui venait juste de le sauver de l'ennui. Et en plus, il rendait Al jaloux par la même occasion, c'était parfait. Oui, parce que l'aîné Kirkland refusait de reconnaitre qu'il souffrait du célibat pendant que son enfoiré de cadet faisait un mariage, en apparence, heureux.

Essayant de dissimuler le fait qu'il rêvait de se barrer en courant, Arthur se leva en justifiant un besoin pressant, pour se cacher dans le couloir et respirer. Pas qu'il détestait sa famille mais il avait vraiment envie de passer son dimanche à autre chose. Surtout après des semaines à cracher du sang sur des dossiers intéressants. Et au risque de jouer à la nymphomane, il remarquait que ça faisait trop longtemps qu'il n'avait pas touché son amant, à part un fugace baiser de réconfort.

Il jeta un regard derrière lui pour vérifier qu'il était bien seul et attrapa son téléphone. Il avait trop besoin de l'entendre.

« Arthur ?

_ Francis… »

Le code était donné, ils étaient seuls et pouvaient se parler à cœur ouvert.

« Est-ce que ça va ? interrogea le Français.

_ Oui… Je me sens un peu seul… Ma famille est chez moi pour faire une réunion familiale et… ça m'angoisse un peu qu'ils découvrent quelque chose… J'aurais préféré me reposer aujourd'hui…

_ Comment pourraient-ils découvrir quoique ce soit sur nous ?

_ J'ai un frère qui est passé docteur en psychologie. Je suis sûr que si j'éternue, il va déduire des trucs de fou, comme quoi ce serait mon inconscient qui extérioriserait une frustration de je-ne-sais-quoi ! Ne rigole pas, il en serait capable !

_ C'est de la paranoïa, à ce stade !

_ Mais ils sont tous flippant, ici ! Je te jure !

_ Eh bien, pose-leur un lapin ».

Arthur eut un instant d'immobilité, les yeux rivés sur la porte de la cuisine.

Filer discrètement alors que sa fratrie et ses parents étaient chez lui ? Ce serait… fou ! Oh non… Il ne pouvait décemment pas faire ça, sous peine de se faire sévèrement gronder par sa mère la prochaine fois… Elle, qui était du genre strict, ne supporterait pas qu'on la laisse sur le carreau alors qu'elle affectionnait tant ces réunions de famille… Oh mais ce serait tellement drôle… Juste pour l'anecdote, pour que lui et ses frères se la rappelle avec raillerie dans les années à venir…

« J'arrive.

_ Je t'attends ».

Arthur fit un aller-retour jusqu'à son bureau pour y prendre une feuille et un crayon. Il griffonna quelques mots qu'il alla poser sur le bar de la cuisine, endroit où seul son majordome Kiku irait – histoire de le prévenir.

Cela fait, il prit la porte de derrière en riant sous cape, courant jusqu'à sa voiture pour démarrer aussi sec. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il était en train de faire. Lui. Arthur Kirkland. Le gosse influençable, vivant sous la tyrannie affective de sa mère, venait de prendre une décision (et quelle décision !) en fuguant de sa propre maison ! Lui qui passait son temps à vivre à travers les autres, à plaindre une existence qui ne lui correspondait pas, s'était enfin résolu à quitter ce territoire qu'il connaissait par cœur, pour découvrir une vie où il serait le seul maître. Pour une fois, il ressentait ce qu'il était. Il était Arthur Kirkland. Il voulait être cet homme capable de prendre ces décisions, quitte à laisser derrière lui son confort bien connu. Il voulait prendre des risques, quitte à se prendre un savon plus tard.

Pendant ce temps, dans le salon, la discussion stagna dans le vide. Edwyn et Lisa, les jumeaux, achevèrent une petite crise de rire bienfaitrice, sous le regard faussement impatient de leur mère. Carwyn avait pris place devant la fenêtre, finissant son verre en silence. Quant à Al, il finissait de bavarder avec son père, jusqu'à ce que le silence ne se fasse pesant.

« Arthur en met du temps, remarqua la mère.

_ Il vient de se barrer, annonça Carwyn comme si de rien n'était ».

Allistor recracha son verre en s'étouffant, ce qui fit bien rire les jumeaux.

« Comment ça ?! s'exclama la mère.

_ Je viens de voir sa voiture quitter le garage.

_ Y a des baffes qui se perdent, clama Al en reprenant son souffle.

_ Oh toi, n'en rajoute pas, cassa Carwyn. T'avais promis d'arrêter de fumer tes cigares de vieux quinquagénaire.

_ La ferme…

_ Silence ! coupa la seule véritable adulte de la pièce. On a plus important à s'occuper !

_ T'espère quoi ? demanda Lisa. Si Arthur s'est barré, il ne va revenir par la force du Saint-Esprit ».

Un soupir frustré lui répondit. Arthur allait tellement bouffer dans sa gueule à leurs prochaines retrouvailles… Pour une fois, même Allistor eut pitié. Et il devait bien avouer que la scène le faisait rire. De toute la fratrie, Arthur était le dernier qu'on aurait suspecté de faire un truc pareil. Restait à savoir où le gamin avait disparu.

En vérité, Arthur avait foncé chez Francis avec une excitation grandissante. La première fois qu'il était venu, il n'avait fait que déposer son amant pour repartir aussi sec. Là, il allait pénétrer le sanctuaire sacré et peut-être fondre comme offrande dans une paire de bras tendres.

Il se gara et marcha d'un pas hâtif vers ce lieu de délice, le cœur battant à tout rompre. Désir, excitation impatience, adrénaline. Tant de choses hurlaient en lui d'un même écho… et son corps voulait extérioriser ces cris. Francis lui avait manqué, quand bien même il l'avait côtoyé tout ce temps, lui et ses caresses, lui et sa capacité quasi mystique à le détendre, juste lui, tout son être. Ses mots, son regard, sa chair. Il n'y avait à ce jour que lui pour le faire aller mieux, même dans ses moments de mélancolie. Arthur jouissait d'avoir un tel homme presque à ses ordres – non littéralement à ses ordres – pour souffrir ses désirs égoïstes. Francis avait de ça d'aimable qu'il était facilitant et enclin à tout.

Jamais Arthur ne s'était autant amusé avec quelqu'un.

Francis vivait au premier étage d'un charmant appartement écarté de la vie mondaine, dans un coin tranquille et silencieux, tellement en bordure de Paris qu'il ne demeurait qu'un pas avant qu'il n'en sorte. C'était curieux de constater qu'un homme comme lui pouvait vivre seul dans cet endroit. Ce n'était pas un palais mais, indéniablement, ce n'était pas un appartement pour un célibataire.

Il avait parlé d'une ex-femme une fois… Elle était donc partie en lui laissant la maison ?

Arthur refusa d'y penser, car la simple mention d'une épouse suffisait à lui couper son bonheur naissant. Il se fichait de son ex. Aujourd'hui, Francis était sa propriété privé, ça lui suffisait amplement.

Il remarqua que la porte, bien que paraissant fermée, ne l'était pas complètement. C'était subtil, mais on le voyait qu'elle était entrouverte. Un signe pour l'inviter à entrer librement ? Voilà qui cachait sûrement quelque chose. Se prenant néanmoins au jeu, Arthur poussa la poignée pour se retrouver dans un couloir plongé dans une pénombre mystique. Quelques bougies luttaient contre sa noirceur, illuminant un petit chemin étroit entre les bibliothèques et les portraits de famille. L'endroit était charmant et respirait l'union familiale. La noirceur n'était pas étouffante, Arthur n'avait pas peur de s'y enfoncer car il se savait en terrain allié. Il était en sécurité dans ce cocon.

Il fit un pas en avant, refermant la porte derrière lui avec douceur et calme.

Sous sa semelle, il ne sentait pas qu'une moquette nickel mais une petite bosse moelleuse. Plissant des yeux pour y voir quelque chose, il contempla avec émotion les pétales de roses éparpillés en chemin droit à travers le couloir, tournant à un embranchement, plus loin, comme une invitation. Francis avait senti que son partenaire avait besoin de tendresse – peut-être que lui aussi ressentait un manque – et avait sorti le grand jeu. Quelle charmante attention…

Le rouge au joues, Arthur prit sur lui pour ne pas trop extérioriser sa joie – fierté oblige – et suivit le chemin de lumière et de parfum floral, à pas lents. Plus il s'approchait d'une certaine pièce, plus il entendait une musique d'ambiance langoureuse, un peu hachée parfois. Un vinyle ? Francis s'était vraiment fait plaisir sur la mise en scène. Ça correspondait bien à son âme d'acteur – Arthur préférait considérer son amant comme un acteur, et non un menteur, c'était plus respectueux – et le rendu était particulièrement séduisant.

En suivant le chemin de pétales, Arthur entra dans une chambre, vide, où une armée de petites bougies chaleureuses encerclaient un lit qui n'attendait plus qu'une chose : qu'on l'honore d'une chaleur humaine.

Face au lit empli de promesses, Arthur laissa dériver ses yeux sur cette obscur lieu, jusqu'à sentir un souffle caresser sa nuque et deux mains glisser le long de ses bras. L'Anglais eut un sursaut de plaisir rien qu'à humer son odeur, fermant les yeux pour se concentrer sur la caresse des lèvres sur son cou basculant vers l'avant. Il s'entendait ronronner de plaisir alors que les mains de son partenaire glissaient déjà de ses bras à son ventre pour former des petits cercles relaxant sur sa peau.

Arthur se sentit poussé vers l'avant, pas à pas, jusqu'à toucher les tissus bombant du lit, puis il se tourna délicatement pour aller lui-même quémander un baiser. Vœu accordé car il croula sous une passion dévorante qui coulait d'un corps à l'autre pour les englober tous deux. Leur bouche fusionnée à l'autre détruisait une à une leurs barrières pour les laisser béat de ce contact. C'était, concrètement, la première fois qu'ils se faisaient l'amour dans un lit, et non sur une table ou dans une douche.

Perdu dans sa passion, Arthur se colla à lui pour enrouler ses cuisses autour de ses reins, se laissant porter avec ou sans grâce jusqu'au milieu du lit. Francis rampait sur lui pour le positionner pile au centre et, sans attendre, il descendit baiser sa gorge, son torse, puis son ventre, déboutonnant un à un les boutons frêles de la chemise, en commençant par le bas. Arthur eut le réflexe de se tendre en sentant une paire de lèvres coulisser contre son ventre dénudé, remontant un peu une de ses jambes dans le processus. Francis s'en saisit d'un bras pour la caresser, poursuivant ses baisers papillons. La texture un peu sèche du pantalon sous ses doigts excitait le Français qui ne rêvait que de lui ôter cette barrière pour profiter entièrement du contact entre leur peau.

Ses dents attrapèrent la fermeture éclair pour la tirer vers le bas, ouvrant le pantalon sur un boxer noir déformé par un début d'érection. Arthur releva les hanches pour permettre à son amant de baisser les deux vêtements à mi-cuisse, libérant un sexe en quête d'attention. Lorsqu'il perçut une langue flatter sa verge, Arthur jeta sa tête en arrière, soupirant, comblé par cette sensation de plaisir autour d'une zone si sensible.

Francis était patient, délicat mais passionné. Il alternait le rythme de ses va-et-vient selon les tremblements orgasmiques qu'il percevait. Arthur ne pouvait déjà plus parler, embourbé dans un bien-être fougueux qui l'avait fait quitter terre. Ses muscles se tendaient lorsqu'il se sentait prêt à jouir mais se re-détendait aussitôt, comme si son corps lui disait « non, pas encore, profite un petit peu plus de ce cadeau », alors il laissait durer le plaisir, appréciant l'humide chaleur qui coulissait sur son sexe avec des petits bruits disgracieux qu'il adorait. De toute façon, il n'en menait pas large avec ses cris de jouissance à peine dissimulés. Il ne s'en était pas aperçu mais ses dix doigts s'étaient retrouvés dans les mèches rebondies de son partenaire, qui ne broncha pas lorsqu'on lui tira un peu trop fort les cheveux. Il avait bien compris que c'était involontaire, qu'Arthur était en train d'exploser de l'intérieur et ne faisait plus attention à rien, pas même à cette petite douleur qu'il lui imposait. Ses cris venaient à témoin.

La délicieuse torture dura encore, engluée entre cris et sussions érotiques, puis Arthur grimpa d'encore quelques octaves alors qu'un flux de jouissance courait ses veines jusqu'à son sexe. Et enfin, dans un râle qui se bloqua en parti dans sa gorge, il se déversa puissamment dans la bouche accueillante qui accepta l'offrande. Francis n'eut pas envie de recracher, ça ne le dégoûtait pas. Il était même fier d'être le responsable de tant de plaisir. Un plaisir violent qui s'affichait sur le visage rouge et suant de son amant, muet de son orgasme, soupirant par à-coups, parcouru de petits soubresauts occasionnels.

Francis patienta en embrassant la peau découverte de son amant, le laissant se remettre de ses émotions. Il laissa passer le temps qu'il fallait, puis perçut une respiration de plus en plus sereine et calme. Il lui sembla entendre son nom dans un murmure bandant et, lorsqu'il releva les yeux, il tomba dans une forêt verdoyante, luxueuse, riche, deux orbes brillants que l'orgasme avait approfondis. Puis, deux lèvres rougies de désir s'écartèrent pour lui susurrer :

« Fais-moi l'amour ».

La gravité fit tomber Francis sur ses lèvres, qu'il dévora avec l'avidité d'un lion affamé. Arthur répondait au baiser avec la même passion, désireux d'en obtenir plus tout en en donnant autant. Leurs doigts fébriles s'armèrent d'impatience pour les débarrasser des derniers lambeaux de civilisation qui leur collaient à la peau, ces vêtements agaçants qui contenait un plaisir grimpant.

Lorsqu'ils sentirent la chaleur de l'autre sur toute la surface de leur peau, ils gémirent de contentement sans toutefois s'arracher du baiser. Leurs sexes se frottèrent dans un contact intime électrisant et les mains se firent encore plus caressantes, à la recherche des zones les plus délicates, celles qui faisaient soupirer d'aise, celles qui chatouillaient ou celles qui gênaient.

Arthur entoura son cou de ses bras pour y glisser les doigts, adorant de plus en plus jouer avec ces fils d'or, et son autre main caressait sensuellement le dos aux muscles saillants sous l'effort, qui pulsait contre sa paume comme un second cœur. Le baiser se fit long et harmonieux, autorisant une valse musicale entre leurs deux langues, en accord avec le festival d'émotions qui explosait dans chaque parcelle de leur corps. Ils en vinrent finalement à se séparer, lorsqu'Arthur mordilla la lèvre de son compagnon pour le gêner dans son baiser. Il en fallait plus pour détourner Francis de son activité. A défaut de lèvres, il se rabattit sur la joue, puis la gorge lorsqu'Arthur se déroba en tournant la tête. Francis le laissa gigoter jusqu'à ce qu'il se retourne, lui offrant son dos, ses fesses et ses cuisses comme un appel à la luxure.

Les baisers prirent d'assaut cette nouvelle peau découverte, titillant l'intégralité de la colonne vertébrale, jusqu'au creux des reins. Avant de s'en rendre compte, Arthur sentit sa peau être grignotée gentiment, dans la très certaine intention de laisser des marques visible sur ses fesses. Son activité finie, le latin remonta vers le haut, glissant son propre corps sur le sien pour retrouver cette chaleur naturelle dont il était déjà dépendant. Arthur murmura quelques mots salaces lorsqu'il sentit le sexe de son partenaire caresser l'arrondi de ses fesses. Ses bras, de part et d'autre de sa tête, accrochaient les draps en tremblant d'excitation et d'appréhension.

Francis resta concentré sur l'appel de la chair, se plaçant de manière à entrer dans le meilleur angle, observant la courbe délicieuse que formait le dos d'Arthur. Il poussa un peu contre son entrée, le faisant grimacer, et s'arrêta pour ne pas le faire souffrir davantage. Ça faisait tout de même assez longtemps qu'ils ne l'avaient pas fait… Arthur avait eu le temps de se resserrer.

Pour faciliter la pénétration, le Français s'arrangea pour lui écarter un peu plus les cuisses – un peu en grenouille – se frayant un meilleur chemin en lui. Le rouge aux joues, Arthur eut le souffle coupé, la bouche ouverte sur un « o » muet. Scié en deux, il se concentra plus sur les bises légères que Francis lui offrait que sur cette douleur agaçante. Le temps passa doucement dans cette situation presque figée, où le latin refusait de presser l'action pour ne pas lui faire de mal. Ils étaient déjà trop habitués à le faire à la hâte au bureau, alors pour une fois qu'ils avaient le temps, ils le prendraient. Lorsqu'il sentit qu'il glissait dans le bon angle, Francis s'autorisa une digression, remontant sa main jusqu'à ce qu'elle se pose sur celle de son amant. Sa paume recouvrit le dos de sa voisine, tâtant sa douceur, étirant les phalanges pour que la pulpe de ses doigts écarte ceux d'Arthur, les croisant sur le drap un peu défait du grand lit. Le contact occupa également l'esprit de l'Anglais, qui loucha sur ce point de contact avec un regard lointain. Il semblait que quelque chose faisait écho en lui, que ce contact provoquait une émotion dans son cœur.

Enfin, le Français parvint à s'enfoncer jusqu'à la garde, s'attirant un gémissement plaintif dont il but l'essence en frôlant maladroitement ses lèvres des siennes, peinant dans cet angle peu pratique pour les baisers.

Maintenant habitué à cette présence imposante, Arthur releva un peu les hanches pour chercher le contact. Tout doucement, Francis se retira puis revint à sa place, enfouit dans la délicieuse chaleur que son amant lui offrait avec plaisir. Il sentait son sexe se frotter aux parois étroites de ses fesses, provoquant des piqures électriques dans ses reins. Il réitéra son geste, allant et venant calmement, doucement, profondément, jusqu'à comprendre qu'Arthur en voulait plus, plus vite, plus fort, jusqu'à ce qu'Arthur laisse muer ses gémissements en cris, puis ses cris en supplications.

Dans la moiteur blême de la chambre à coucher, ils consommèrent leur adultère avec un désintérêt total pour le reste de l'humanité. Couché l'un sur l'autre comme s'ils espéraient fusionner, leur seule source d'attention était leur propre plaisir, comme deux égoïstes certes, mais leur cerveau ne les fit pas réfléchir plus. Ils étaient là pour oublier leur vie, penser à leur bien-être, ressentir un plaisir jouissif. Mais comme pour les empêcher de sombrer totalement dans ce nombrilisme inconvenant, leurs deux mains continuaient de s'accrocher comme si l'une était le prolongement de l'autre. Et ainsi, ils restaient liés, conscient de la présence de cet autre qui leur faisait tant de bien.

La passion les brûla de l'intérieur, rongeant leur chair avec délice, faisant monter peu à peu la jouissance finale jusqu'à leur bas-ventre. Ce feu liquide courait en eux pour tendre leurs membres, puis les quitta lorsque l'orgasme se déclencha. Ils abandonnèrent leur reste de conscience dans ce cri final. Pétrifiés de passion, ils laissèrent couler les secondes et leurs effluves d'union, pensant que l'immobilité arrêterait le temps pour leur faire profiter à tout jamais de cette petite mort, de ce bref instant où rien d'autre que leur plaisir ne comptait à leurs yeux.

Ils s'écroulèrent lorsque leurs membres lâchèrent prise, la tension post-orgasmique étant retombée pour les laisser dans une béatitude reposante. Le lit délicat accueillit leurs deux silhouettes enlacées, et bien vite la satisfaction reposa leurs yeux pour les emmener dans un sommeil de relaxation, comme une sorte de continuité à ce moment de bonheur. De beaux rêves promettaient de suivre cette union, pourtant illégale. Ils se fichaient de leur crime, car il était trop sublime pour qu'ils puissent y renoncer.

0*O*o*O*0

Arthur reprit conscience trois heures plus tard, complètement comblé par ce qu'il venait de vivre. Il avait eu raison, Francis était ce qu'il y avait de plus merveilleux pour se détendre et oublier sa vie misérable. Quelle chance de l'avoir pour amant ! Bon, Arthur ne le lui dirait pas ouvertement, parce que ça restait gênant à dire, mais il n'en pensait pas moins à son sujet.

Repu sexuellement, il se frotta les yeux pour y chasser les dernières bribes de sommeil. A ses côtés, Francis dormait profondément, rattrapant des semaines de sommeil manqué. Arthur n'eut pas le cœur à le réveillé. A la place, il chercha son sous-vêtement parmi le bazar de la chambre pour l'enfiler, trop pudique pour se balader nu chez quelqu'un.

Les bougies finissaient de se consumer, faisant reflet sur toutes les surfaces métalliques de la pièce. L'attention d'Arthur fut portée presque immédiatement sur un objet brillant sur la table de nuit de son partenaire. Interloqué, il tendit son corps pour supplanter le bel endormi – c'était moins chiant que de se lever et de le contourner – et y porta le regard.

La clé.

Ce fichu pendentif qu'Arthur ne comprenait pas, le porte-bonheur de Francis, dont il taisait l'existence au maximum.

Arthur s'en saisit.

La clé était froide, lourde, douloureuse, comme si elle portait le poids d'un vieux trouble incessant. Le vernis la faisait luire dans la noirceur et la chaîne tombait en une masse mollassonne sur le drap. Cette petite chose comptait donc pour Francis ? Un objet aussi minable justifiait autant de silences ? Pourquoi ? Arthur s'agaçait de cette chose pitoyable qui lui tenait tête.

Animé d'une curiosité stupide, il se leva, clé en main, à la recherche de ce qu'elle pourrait ouvrir. Il avait conscience d'agir avec la plus grande impolitesse qui soit mais ça ne lui fit ni chaud ni froid. Il s'était comme qui dirait accoutumé à l'idée que Francis était sa chose, et une chose obéit à son maître. Il voulait tout savoir sur lui, alors il saurait tout. Et le pire, c'était qu'il n'arrivait pas à imaginer Francis lui en vouloir. De toute façon, il avait trop besoin de lui pour ça. Non, rien à faire, il n'y avait aucun inconvénient à fouiller dans sa vie privé. De toute façon, au moment où il lui avait ouvert la porte, il lui avait aussi ouvert son intimité. Et tout comme Arthur avait ouvert ses cuisses, il lui avait déjà ouvert sa vie. Ils étaient quittes.

Y avait-il une cave remplie de cadavres à la Barbe bleue ?

Non, pas dans un appartement. Idiot, va.

Un coffre-fort ? Non, la clé paraissait trop… grosse… Elle faisait vraiment clé de porte, à vrai dire.

Dans la cuisine, rien.

Dans la salle de bain, rien.

Dans la salle à manger, rien.

Dans la chambre où le corps dormait, rien.

Et le temps s'allongeait…

De retour dans le long, long, très long couloir, il poursuivit sa quête, arrivant dans ce qui avait l'air d'être la partie chambres d'ami et salle de bain secondaire. Non, vraiment, ce foyer serait parfait pour une joyeuse petite famille…

Il ouvrit une porte, tombant sur une salle de bain délaissée. Rien.

Une autre porte, chambre d'ami dont le lit n'était pas fait. Rien.

Et la troisième porte au fond du couloir, la plus éloignée, où pour la première fois, il sentit de la résistance en abaissant la poignée. C'était étrange de fermer à clé une pièce de sa maison quand on vivait seul… Arthur n'osa pas y croire, c'était presque trop facile, mais la clé avait toutes ses chances d'y entrer. Il n'allait pas dire qu'il était déçu, mais Arthur s'était presque imaginer une pièce secrète derrière une bibliothèque ou un coffre-fort blindé, planqué sous le lit, mais pas une simple chambre à coucher.

Dans son second crime de la journée, il planta la clé dans la serrure, qui l'épousa à merveille et déglutit lorsqu'il viola une intimité qui lui avait été jusque-là refusée. C'était mal, c'était mal, c'était mal. Il n'avait pas le droit de lui faire ça, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il voulait tout savoir de Francis. Tout.

La brèche était ouverte, il ne fit que deux pas en avant dans un silence troublé, puis tâta le mur à la recherche d'une lumière. Et lorsque le clic retentit, que ses yeux furent agressés par la vérité, que son cerveau analysa ce qu'il voyait, il se statufia avec la bouche ouverte, voulant réagir, parler, bouger, penser, mais n'y parvenant pas.

L'odeur de renfermé lui agressa les narines.

Une belle chambre à coucher, abandonnée, poussiéreuse avec deux lits parallèles de part et d'autre de la porte d'entrée. Un à gauche, aux draps rouges avec un logo de Superman cousu dessus, puis un à droite, bleu où un décor aquatique noyait un oreiller trop fin.

Deux lits d'enfants.

Les jouets trainaient au sol, en désordre, oubliés, sales. Sur les murs, des jolies petites gommettes enfantines imitaient la galaxie, du Soleil à Pluton. Dans un coin, une maison de poupée abritait une voiture de pompier trop grosse pour vraiment y rentrer. Les peluches faisaient peine à voir, tristement laissées pour compte entre les lits et le sol, leur regard souriant figé fatalement dans un éternel oubli. L'innocence de l'enfance semblait ici souillée par un sentiment de mort, d'immobilité, d'horreur.

Et si la chambre était là, où étaient les enfants supposés y être ?

Arthur fit un pas en arrière, bouleversé et perdu, puis heurta quelque chose de doux mais ferme. Il fit volte-face, tombant sur Francis, qui fixait ses pieds avec un regard brisé et honteux.

« Pourquoi voulais-tu à tout prix savoir… ? »

Sa voix n'était qu'une triste mélodie mélancolique.

« Tu ne devrais pas être ici… »

Arthur baissa lui aussi les yeux, prit sur le fait. Il en savait trop.

Ça avait été une folie que de pénétrer cet endroit interdit, et pourtant il n'avait pas pu faire autrement. Ce n'est qu'après avoir commis une erreur qu'on en mesure les conséquences. Et cette fois, les conséquences se trahissaient dans le regard éploré et gêné de son amant. Arthur comprit très vite qu'en venant ici, en faisant ce pas de trop, il avait forcé Francis à revivre des souvenirs qu'il avait souhaité enterré. Ouvrir la porte du secret avait fait exploser ce dernier, dans un élan de souvenirs qui devaient lui marteler le cœur. Arthur le savait, il l'avait bien compris : Francis était blessé. Profondément. Pas tant par lui que par la curiosité inconvenante de son invité, mais surtout par tout ce que cette chambre évoquait en lui.

« Francis… Qu'est-ce qui se passe, ici ? »

Si la plaie était rouverte, il ne fallait pas la laisser pourrir et se refermer faussement. Il fallait la purger, l'examiner… Arthur ne pouvait pas le laisser comme ça, seul.

Francis fit un pas en arrière, heurtant le mur avec son dos, puis se laissa glisser mollement au sol, effondré alors qu'il avait courageusement remis son masque le matin même.

« Elle les a pris…, chuchota-t-il sans regarder son amant s'accroupir face à lui. Elle m'a quitté et les a pris. Elle voulait me faire mal, se venger de ce que je lui avais fait vivre, alors elle a pris ce que je chérissais le plus au monde… »

Arthur supposa assez justement qu'il parlait de son ex-femme. Donc, elle avait demandé le divorce et avait obtenu la garde des enfants ? Bizarre, normalement le père aussi a le droit de voir ses enfants…

« Elle ne veut plus que je les vois… Alors elle a saisi la justice pour m'accuser de maltraitance et de violence conjugale. J'ai appris à mes dépends qu'en matière de justice, la parole d'une mère vaut dix fois celle du père. On m'a interdit de les voir… et le procès court toujours… »

Arthur déglutit difficilement en entendant cet aveu.

On entend souvent parler du sexisme, mais exclusivement pour dénoncer les abus des hommes sur les femmes. Francis, lui, subissait l'abus d'une femme, et sur un sujet aussi sensible que celui de la place de l'enfant dans la vie parentale. C'est un fait. C'est occidental. C'est devenu normal. Un père a moins de crédit qu'une mère. Et c'est une erreur.

« Elle a créé des preuves pour m'accuser… et à chaque procès, elle en rajoute… alors il faut tout recommencer… Pourtant, je n'ai jamais levé la main sur mes enfants… ni sur elle… Ni sur personne, d'ailleurs… Tout ce que je voulais, c'était avoir mes deux anges avec moi. Je voulais leur bonheur. Mais elle domine totalement la situation… Je suis fatigué, Arthur. Fatigué de tout ça ».

Son regard s'accordait à cette dernière parole. Jamais l'Anglais ne lui avait vu un air aussi triste et démuni. C'était le vrai visage de la souffrance qu'il avait en face de lui.

« Alors, pitié… Garde ça pour toi…, implora-t-il en lui attrapant le visage de ses deux mains. Cet échec me ronge, j'en ai honte… Honte… Si ça se savait… Je… Je…

_ Je ne dirais rien, tu le sais ».

Un soupir de soulagement abaissa les épaules du père déchu. Il faisait confiance à Arthur, son meilleur allié pour l'instant puisqu'il partageait tous ses secrets sans le juger. C'était le seul point positif dans ce médiocre tableau. Relativement dépassé par les événements, Francis s'épongea le front, blême et à bout, ne sachant pas quoi rajouter pour satisfaire la curiosité inarrêtable de son amant. S'il lui avait tout avoué, c'était bien pour cette raison. Inutile d'être un génie pour comprendre que si Arthur était capable de fouiller chez lui pour obtenir les infos qu'il cherchait, rien ni personne ne pouvait l'arrêter. C'était plus rapide de vider son sac.

Le Britannique, bien conscient de sa bêtise, refugia la tête de son partenaire contre sa poitrine pour lui offrir une étreinte réconfortante, puisqu'il ne pensait pas pouvoir faire grand-chose de plus pour être pardonné.

Si c'était ce que voulait Francis, il tairait ce secret aussi longtemps qu'il le faudra.

L'étreinte fut rendue et les deux hommes apaisèrent aussitôt la tension naissante.

Dans leur situation, seule la confiance mutuelle les sauverait de leurs secrets.


Je ne sais plus qui dans les reviews a proposé que Francis ait un gosse caché, mais bravo ! C'était presque ça ! Vous me faites toujours flipper quand vous devinez deux-trois éléments de mon scénario ! Je perds tous mes moyens ! Q.Q

Donc, oui, on a un papa Francis victime de discrimination U.U Et oui, ça arrive ! Luttons contre ça ! Je crois que je suis en train de régler mes comptes dans mes fics… ouais, mais faut me comprendre ! J'aime pas l'injustice, nom d'une bite ! Et comme je ne peux pas m'empêcher de faire souffrir mes personnages… voilà le résultat !

Du coup, merci d'avoir lu, j'espère que ça vous a plu ! A la prochaine !

Biz' !