L'homme et la bête
Salut !
Ok, j'y vais cash avant de dire quoi que ce soit : ce chapitre est purement explicatif et le suivant sera malsain.
Voilà !
Nique le respect ! XD
Donc, désolée si vous vous faites chier mais je vais m'arranger pour que le chapitre suivant (où il se passe des choses délicieuses qui vous feront sauter au plafond comme la délicieuse araignée que vous êtes) soit posté dans les plus brefs délais ! (Si ça se trouve, je dis ça mais ce ne sera pas le cas… Noooon, ce serait salaud)
Place aux reviews :
Beyond :
Si tu savais à quel point ça fait du bien de te revoir, toi ! (TwT) Ouais, en lisant ta review, je me suis aperçue que ce passage où Arthur découvre la chambre était un peu ambigüe et c'est vrai qu'on aurait pu croire que c'était là où créchait notre Francis adoré et sa sœur. Comme quoi, les retours des lecteurs, ça aide… O.O Tu auras de quoi beugler après l'ex de Francis, rassure-toi (encore un perso fait pour être haït, tiens… Bon, après, j'ai essayé de nuancer et de justifier ses actes, mais il n'empêche que ça reste une ****) Bref, merci trésor ! Je te kiss fort, fort, fort !
Mimichan
Ouais, j'avoue, mama Gauloise devrait trouver ça bizarre de ne jamais avoir personne d'autre que Francis au téléphone. Après, c'est un petit malin et, dos au mur, il se coupe en quatre pour s'en sortir (comme il peut). Triste vie de famille. Et sinon, oui, nos deux tourtereaux agissent comme des amants qui s'aiment mais… mais… bah… ils ne réalisent pas vraiment, en fait. Francis parce qu'il est habitué à être tendre et Arthur parce qu'il recherche de la douceur. Ouais, ils sont cons, tous les deux U.U Merci pour la review ! :D Bisou !
Alice :
Hello, belle gosse ! –voix de prédatrice sexuelle– Kof ! Kof ! Kof ! Oublie, oublie ! Je vais encore avoir les flics sur le dos avec ces conneries ! Bon, plus sérieusement, t'es trop mignonne U.U Si, si ! Trop choupinette ! Ça devrait être interdit ! Sinon, je peux me permettre de te répondre (c'est pas du spoil, c'est bon, osef), oui les gosses sont Amérique et Seychelles. Bien deviné, madame ! Tiens, bizarrement, tu as pris la peine de notifier qu'il y a eu de la fesse dans ce chapitre. Coïncidence ? Je ne pense pas ! Ne t'inquiète pas pour l'illogisme ou la taille de tes reviews, moi j'adore ! Gros câlin à toi ! Beuzou !
Arsenall :
Je suis contente que cette inégalité homme-femme te tienne aussi à cœur. Je suis bien d'accord, on ne peut pas nier que nos camarades femmes ont subis grands nombres d'injustices et de rabaissement, mais il ne faut pas oublier que le problème est à double-sens. Je ne suis pas excessivement féministe, mais plutôt égalitaire, tu vois ? Tout le monde devrait être égal à son voisin en droit. Certes, on n'est pas égaux de natures, mais là, ça part au cas par cas (y a des femmes plus musclés que certains hommes, par exemple). Et j'aime cette diveristé. Mais sur la loi, je suis catégorique : é-ga-li-té, mother fucker ! Surtout en France, merde ! C'est notre putain de devise ! XD Bref, j'arrête de t'embêter. Merci, sweety ! Kiss !
Ambrecleo :
Oui, cette clé ! Cette foutue clé que j'ai introduit y a perpète et qui ENFIN sert à quelque chose ! XD On n'y croyait plus ! Ah oui, Arthur a clairement abusé, là ! Le mec il se ramène en mode balek' chez les gens, il ouvre les portes et tout, oklm ! Ça va, mets-toi à l'aise ! Et Francis qui pionçait pendant ce temps-là… XD Merci pour ta review, ça fait très plaisir, chéwie ! Kiss sur tes deux fesses (oui, oui, tu as bien lu, j'ai encore oublié de prendre mes médicaments ce matin… La folie me gagne !)
Voilà qui est fait !
Donc… euh… Comme ce chapitre me parait chiant et court, je vais vraiment faire de mon mieux pour sortir la suite un peu plus vite, pour me faire pardonner (parce que je suis gentille, hein ! Hein ! HEIN ! /PAN/) Et c'est tout ! Pas d'avertissement pour ce chapitre, à part de faire attention à ne pas rentrer dans votre ordi pour aller égorger l'ex de Francis. Restons civilisées (/sort le fouet/).
Allez ! Bonne lecture !
(Et rien n'est à moi, blahblah)
Chapitre XII :
La déchéance de Francis fut lente et douloureuse.
Elle commença le jour de son mariage, peu de temps après ses vingt ans, et depuis lors, ne s'arrêta jamais de le tirer au fond du gouffre. Il avait épousé une amie d'enfance – une voisine de village, pour être exact – avec l'impression naïve d'entrer dans la Vie – la vraie – du bon pied. Sa désillusion n'allait pas tarder à se manifester, mais il y eut encore deux événements juste avant qui le maintinrent dans l'illusion que sa vie serait belle et douce.
Après un an de mariage, il connut pour la première fois la joie d'être père en recevant un fils – qui obtint le nom d'Alfred – puis encore un an plus tard, on lui mis dans les bras une adorable petite fille – Océane, qu'il aimait déjà autant que son garçon.
En quittant le noyau familial, il avait réussi à embarquer sa petite sœur avec lui, car elle refusait obstinément de rester seule chez ses parents et de se sentir continuellement inutile (c'était sa hantise). Elle vivait donc chez son frère, un peu à l'écart pour laisser le jeune couple s'épanouir, mais pleinement satisfaite de pouvoir enfin prouver qu'elle pouvait se débrouiller sans assistance maternelle malgré ses quelques faiblesses physiques. Les premiers temps s'étaient déroulés sans encombre, embaumant cette impression de vie réussie.
Et Francis avait été profondément incapable de retenir la dégénérescence de sa vie famille et s'était retrouvé devant le fait accompli, du jour au lendemain, sans n'avoir rien anticipé.
0*O*o*O*0
Francis souleva le couvercle de la benne à ordure, y bourra un sac poubelle rempli et fermé, puis barricada le tout en se frottant les mains l'une contre l'autre. Se retournant pour sortir du cabanon à ordure de l'immeuble, il sursauta en se retrouvant face à sa femme, qu'il n'avait pas entendu entrer.
Il eut un cri de frayeur et se maintint au mur, la main sur le cœur, tandis qu'elle croisait les bras sur sa poitrine en le fixant.
« Il faut qu'on parle, Francis.
_ Tu n'as pas laissé les enfants seuls à l'intérieur, tout de même.
_ Ta sœur a pris le relai, soupira-t-elle avec agacement ».
En la voyant souffler avec cet air-là, il comprit qu'il allait très certainement recevoir une pluie de reproches dont il ne connaissait pour l'instant pas la source. Comme il l'avait prévu, elle mit les mains sur ses hanches et commença à lui remettre les pendules à l'heure.
« J'en ai marre de cette situation, ça ne peut plus durer !
_ De quoi tu parles ?
_ De tout ! De toi, surtout !
_ Moi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Elle passa sa main dans ses cheveux pour les remettre en ordre, le visage crispé sur un aveu qu'elle n'osait pas sortir, comme s'il s'agissait d'un échec à ses yeux.
« Tu ne te rends compte de rien, ma parole… Pourquoi les hommes sont-ils aussi longs à la détente… ?
_ Je ne comprends pas ce que tu veux dire. Si tu as des reproches à me faire, vas-y directement au lieu de tourner autour du pot ».
Elle ne sembla pas aimer le reproche puisqu'elle fronça les sourcils avec dédain.
« Tu as trop changé. C'est insupportable ».
Francis cligna des yeux, ne comprenant pas ce qu'elle entendait par ces mots. Il était devenu papa entre temps, évidemment qu'il devait avoir évolué. C'était la moindre des choses, non ? Elle n'était tout de même pas assez naïve pour croire qu'il ne changerait jamais malgré les aléas de la vie ?
« J'ai deux enfants, Juliette. Je ne peux pas me comporter comme un irresponsable, non plus.
_ Voilà ! On arrive au cœur du problème ! »
A nouveau, il cligna les yeux sans comprendre.
« Pardon ?
_ Les enfants, les enfants, les enfants… Bon sang, mais tu es obsédé par les enfants, c'est insupportable ! Je n'existe même plus à tes yeux ! A chaque fois qu'on se parle, tu n'as que leurs noms à la bouche !
_ En même temps, je m'occupe d'eux tous les jours… Qui de nous deux a pris un congé parental pour les élever, rappelle-moi ?
_ C'est ça, rigole…
_ Ne me dis pas que tu es jalouse de tes propres enfants !
_ Francis, mais est-ce que tu te rends compte de comment tu es ?! J'ai l'impression d'être une femme seule et d'avoir embauché une nourrice !
_ Normale, tu n'es jamais à la maison pour t'occuper d'eux.
_ Je travaille, moi !
_ J'ai un travail aussi, je te signale. Un travail que j'ai mis en pause pour gérer les petits, chose que tu n'as même pas pensé à faire ! On aurait pu prendre une nourrice, comme tous les couples normaux, mais puisque tu refuses de dépenser le moindre sou…
_ C'est une grosse arnaque, ces histoires de nourrices ! On aurait dû demander à ta sœur de se rendre utile, pour une fois !
_ Eh ! Ne parle pas d'elle comme ça ! Tu sais bien qu'elle est malade et qu'elle a besoin de repos !
_ Alors qu'est-ce qu'elle fiche chez nous ? La campagne, c'est mieux que Paris pour se soigner et respirer du grand air ! Pourquoi fallait-il que tu la ramènes ?
_ On en a déjà parlé, tu sais très bien dans quel état d'esprit elle est.
_ Donc on doit subir ses caprices ?
_ Tu mélanges tout…
_ Non, c'est toi qui nie en bloc ! Tu m'imposes ta sœur, tu me délaisses et tu me reproches de ne pas m'occuper de mes enfants !
_ Tu avais oublié l'anniversaire d'Alfred…
_ J'étais en surmenage, ça arrive ! »
Francis fut bien forcé de reconnaitre que sa femme était devenue le cadet de ses soucis. Avant l'arrivée des enfants, il avait pris beaucoup plus soin d'elle, rentrant un peu plus tôt du travail pour lui préparer un dîner de roi, parfois même en lui faisant couler un bain. En fait, il était passé du romantique modèle au père de famille aimant. Mais il n'était pas le seul responsable de ce détachement de son épouse. Travaillant jusqu'à tard le soir, sortant parfois pour des dîners professionnels, un peu avare sur les bords, Juliette n'avait pas fait énormément d'efforts de son côté. Un peu laissé pour compte, ce n'était pas choquant que Francis ait fait basculer son amour de sa femme à ses enfants. Certes, il avait pris du plaisir à prendre soin d'elle, à lui faire plaisir, mais n'obtenant pas énormément de choses en échange…
Juliette était une vraie princesse et ne s'en était pas rendu compte. Habituée à recevoir sans cesse de son mari, elle s'était sentie délaissée lorsque, pour la première fois, Francis avait « oublié » de lui préparer un repas alors qu'elle était rentrée d'une journée difficile.
Elle se savait responsable, dans un sens, car en refusant d'embaucher une nourrice, elle avait contraint son époux à arrêter de travailler pour gérer les petits – et il avait raison lorsqu'il disait qu'elle n'avait même pas pensé à la perspective de s'arrêter, elle et pas lui. Et puisqu'elle s'était sentie délaissée, elle avait pris l'habitude de rentrer de plus en plus tard, pour bouder, pour manger avec ses amies et penser à autre chose. Et pendant ce temps-là, l'amour de Francis pour Alfred et Océane n'avait fait que gonfler. Cercle vicieux.
Et tout ça pour en arriver à ce point culminant, à cette décision prise à la va-vite.
« Francis, je veux divorcer ».
Elle lui avait sorti ça un beau jour – peu de temps après leur dispute près de la benne à ordure –, en rentrant un peu plus tôt, le regard assuré alors qu'elle ne savait absolument pas de quoi elle parlait. Elle avait contemplé son mari choqué, qui avait arrêté de touiller sa sauce, son fils endormi contre sa poitrine – qu'il tenait de sa main libre.
Ce jour-là, le monde de Francis s'était écroulé comme un château de cartes.
Il n'avait pas réussi à sortir l'esquisse d'un mot. Elle s'était accaparée l'intégralité de la parole, lui avait craché son mal-être à la figure, au point où elle en fit pleurer son fils qui ne supporta pas ses cris. Francis se retrouva avec un enfant en larmes contre son cœur, une ex-épouse fière d'elle et un début d'incendie car il avait délaissé sa sauce sur le feu.
Juliette avait claqué la porte et était rentrée chez sa mère le soir-même, sans un regard pour sa famille.
Elle avait brisé Francis, le savait et s'en réjouissait.
Jalouse à en crever, elle ne s'était pas arrêtée là. S'étant sentie seule et abandonnée, elle en était arrivée à la conclusion qu'elle devait lui faire subir la même chose. Et pour l'esseuler, il fallait lui prendre ce qu'il chérissait le plus.
La garde de leurs enfants.
Quelques jours après cette brutale séparation, Francis eut le déplaisir de s'apercevoir que sa sœur avait également disparue. Elle avait entendu une dispute entre lui et sa femme, où cette dernière s'agaçait de « l'inutilité » de la « skateuse ». Blessée dans son orgueil, la sœur cadette avait pliée bagage quelques semaines plus tard – le temps de préparer sa fugue – sûrement pour se prouver quelque chose.
Elle, ce n'était pas par méchanceté qu'elle avait lâché son frère, mais juste par insolence.
Et encore quelques jours plus tard, la procédure de divorce était en marche. Deux semaines passèrent, et on lui retira la garde des enfants.
Car dans son immonde cruauté, Juliette avait pris la décision de mentir pour arriver à ses fins. Et Francis fut accusé à tort de maltraitance.
0*O*o*O*0
Par jalousie.
Juste par jalousie.
Francis, à vingt-trois ans, n'attendait plus rien de la vie.
Il était chez lui, un dimanche comme un autre, assis sur le parquet de la chambre vide de ses enfants. I peine quelques mois, avec sa femme, ils avaient achetés des vrais petits lits en prévision du jour où Alfred et Océane seraient assez grands pour quitter le berceau. Finalement, ces lits ne serviraient jamais à rien.
Une sœur malade dans la nature. Une ex-femme revancharde. Et une mère ignorante.
Ecartelé dans une vie dégénérée, il se demandait sincèrement ce qu'il allait pouvoir faire alors que tant de problèmes lui coulaient dessus en même temps. Il était innocent, normalement il n'aurait rien à craindre de la Justice. Mais son ex-femme était tellement déchainée qu'elle semblait bien partie pour créer des preuves, des indices, des témoignages et tout ce qui pourrait l'enfoncer.
Juste par jalousie.
« Je ne me laisserais pas faire ! »
Il avait crié ça dans la chambre vide. Il voulait se battre. Il était père, il se savait consciencieux, il s'était longuement occupé d'eux, c'était à lui d'obtenir leur garde. A lui et à lui seul. Juliette était une mère absente, qui devait d'ailleurs avoir ravalé une partie de son orgueil pour embaucher une nourrice, maintenant que Francis n'était plus là pour faire le sale travail à sa place.
Il allait devoir se payer un bon avocat pour lutter contre les mensonges de son ex-femme. Et peut-être même un détective privé pour la percer à jour. Sans oublier qu'il devait entrer en contact avec le médecin de sa sœur fugueuse (qui serait bien obligée de retourner le voir pour son suivi médical) et payer discrètement les médicaments et soins qu'elle ne pouvait gérer seule car ne travaillant pas.
Ça allait vite devenir compliqué…
Il était en bas de l'échelle professionnelle. Son salaire ne lui permettrait jamais de gérer autant de problèmes…
Pour la première fois, Francis eut de cruelles idées en tête qui le firent rougir de honte. Non. Il refusait fortement de s'abaisser à… ça. Il ne comprenait même pas comment il avait pu y penser ne serait-ce qu'une seconde, alors que ça allait a contrario de toutes les valeurs que sa mère lui avait appris.
S'il avait pensé à utiliser son corps pour vite monter dans la hiérarchie, ce n'était pas anodin. En vérité, il travaillait en binôme avec un homme qui, bien que d'un âge avancé, était resté beau, frais et propre sur lui – un ancien sportif particulièrement gentil. Et à force de côtoyer ce mentor tous les jours, Francis avait fini par découvrir l'homosexualité de son partenaire de travail. Cet homme était son chef de service et l'avait pris sous son aile pour l'aider à maîtriser les bases de son poste. Il n'y avait jamais eu de regard gêné entre eux, aucune parole licencieuse, rien prêtant à confusion – ils se respectaient beaucoup –, mais il sembla bientôt évident que Francis suscitait le désir de son chef.
Alors, en s'apercevant qu'il avait besoin de vite grimper les échelons, l'idée de le courtiser pour obtenir sa place – car son chef approchait de la retraite – lui caressa l'esprit plusieurs fois. Et les jours passèrent comme ça, au travail, où Francis fixait de temps à autre son partenaire avec un air torturé. Il n'osait pas jouer la trainée. Ça n'allait pas avec ses valeurs…
Et finalement, ce fut à cause de son ex-femme qu'il se décida. Comme d'habitude, elle n'avait pas pu s'empêcher de l'appeler pour fanfaronner avec son insupportable air supérieur, lui rappelant à quel point elle le dominait. Il ne se souvenait pas du moment où ils s'étaient déclarés la guerre, et supposa même que Juliette souffrait d'affabulation et d'un complexe de supériorité. A toujours vouloir dominer son monde et se venger de cet abandon qu'elle avait ressenti, elle avait fait gonfler le problème, encore et encore et toujours, jusqu'à en faire une Affaire d'Etat. Alors qu'en réalité, le problème était… mineur. Elle en faisait clairement trop.
Mais juste en entendant les paroles cruelles de son ex, il vit rouge et sur un coup de tête – ce n'était pas le premier –, il décida de tenter le tout pour le tout.
Il était entré dans le bureau de son chef et lui avait fait perdre ses esprits en l'allumant doucement. Les chemises avaient volées et, pour la première fois, Francis se haït à en crever. Il était devenu l'amant de son chef et avait eu droit à bon nombre de privilèges grâce à ça. Evidemment, il n'avait pas demandé d'argent mais espérait prendre sa place à son départ en retraite. En attendant, il avait appris à jouer double-jeu. Si d'un côté, il se mettait les patrons dans la poche, il devait également s'assurer que les employés l'apprécient. Il craignait une crise de jalousie s'il obtenait le poste de son chef sans vraie raison, alors il passa ses journées à travailler dur, à aider qui le voulait, à sourire à tout le monde. Son amant lui donnait pas mal de missions, et donc plus de chances de se distinguer de ses éventuels opposants, tant et si bien qu'il parut bientôt évident que Francis avait l'âme d'un meneur. On le destinait déjà à grimper haut dans la hiérarchie.
Bien sûr.
Comment pouvait-il en être autrement ?
Regardez-le ! Beau comme un cœur, doux comme un agneau, gentil comme un Amour, travailleur et passionné… On lui aurait donné le bon Dieu sans confession.
Six mois plus tard, son amant parti à la retraite et Francis lui succéda, au grand bonheur de tous ceux qui allaient travailler pour lui.
Son nouveau chef était une proie idéale. Mauvais et égocentré, de sorte que tout le monde le détestait. L'entreprise s'apprêtait à le licencier, paraissait-il, pour cause de vol à répétition. Francis disposait donc de peu de temps pour montrer ce qu'il savait faire. Il avait bossé comme un bœuf dans son champ pour pallier à l'inutilité de ce jeune salopard, effectuant même le travail qu'il refusait de faire (à deux doigts du licenciement, il n'allait pas se couper en quatre pour bosser), puis rassurant les employés qui craquaient.
Et ce qui devait arriver arriva.
Francis fut promu sous l'émerveillement de tous. « Evidemment ! », « Qui d'autre aurait pu prendre ce poste ? », « Il est si gentil et efficace », « Je l'aime déjà ! ».
Puis vint sa dernière épreuve, sa dernière proie pour longtemps – avant que Kirkland ne rentre dans sa vie. Encore un homme proche de la retraite mais à quelques années plutôt qu'à quelques semaines. Francis, ébloui par ses récents exploits, n'eut presque aucun scrupule à se le mettre dans la poche. Pendant près de deux ans, il se mit à son service – aussi bien professionnel que sexuel – jusqu'à devenir suffisamment intime avec lui pour le persuader qu'il lui fallait mieux partir à la retraite le plus tôt possible (bah oui, il avait l'air siiiii fatigué, le pauuuvre). Cela marcha, à son plus grand bonheur.
Francis devint donc cadre supérieur, avec un généreux salaire, en à peine trois ans. Et personne ne trouva rien à y redire. Après tout, il était si gentil, si doux, si parfait…
Et là, il se retrouva bloqué.
Au-dessus de lui, il y avait Arthur Kirkland, un jeune aigri plutôt grognon, marié, sans enfant – donc complètement hétérosexuel – qui avait une tête à faire peur. Et de l'autre côté, il y avait un de ses meilleurs amis, Gilbert Beilschmidt, qu'il n'osait pas utiliser égoïstement. Surtout que, pendant les deux années où il avait été l'amant de son prédécesseur, Francis avait littéralement pété un câble sur le plan sexuel. C'était peut-être pour se purger de son crime avec son patron, mais il avait trouvé pertinent de coucher à l'occasion avec ses deux meilleurs amis, comme si ça pouvait lui faire oublier ce qu'il faisait au travail. Ou alors, il cherchait de l'affection. En fait, Francis n'avait toujours pas réussi à analyser ce besoin pressant d'être chéri par des gens à qui il faisait confiance.
Quoiqu'il en soit, Francis avait accompli une prouesse de courage mais n'osait pas utiliser ce mot – trop glorieux pour lui – en gérant son procès en même temps que sa quête d'argent.
Le procès n'avançait jamais car sa femme subissait continuellement les à-coups de ses affabulations. En effet, à chaque procès, et sans en parler ni au procureur, ni à aucun avocat (puisqu'elle improvisait ses mensonges sur le coup), elle en rajoutait une couche, ce qui rendait le procès nul. Pour que celui-ci fonctionne, il fallait obligatoirement que les deux camps aient connaissance de l'intégralité des chefs d'accusation – chose impossible puisque Juliette inventait de nouvelles dénonciations à chaque fois, toujours en larmes pour émouvoir le jury. La situation était donc continuellement bloquée.
Mais il ne remit jamais en question ses convictions. Pour ses enfants, il ferait tout, quitte à abandonner les précieux principes que sa mère lui avait inculqué. De toute façon, il avait peu à peu perdu ses hésitations et ses valeurs, pour devenir cette espèce de chien prêt à ronger le moindre os pour nourrir son ventre affamé.
Il gagnait plus mais jamais assez et c'était pour cette raison qu'Arthur apparut pour lui comme un ange bienfaiteur, du pain béni, un vrai trésor. Pour tout ce qu'il lui apportait, Francis n'avait aucune envie de s'en séparer, surtout que, pour une fois, ils étaient deux à vivre pleinement le crime. Les anciens chefs de Francis ne l'avaient vu que comme un fantasme, pas comme un élément pertinent de leur vie. Dans quelques années, ils auront oubliés cette expérience, ou ne s'en souviendront plus que comme un vieux souvenir perdu quelque part aux tréfonds de leur esprit. Seul Arthur se souviendra de lui à tout jamais. Ils avaient vécus un crime commun et se savaient tous deux complices.
Leur lien était plus fort que tout ce qu'ils avaient vécus chacun de leur côté.
0*O*o*O*0
Arthur se frotta les tempes en baillant.
Ses doigts avaient pianotés sur son clavier toute la journée, lui donnant quelques engourdissements, et ses yeux étaient fatigués d'avoir trop fixés son écran. Son téléphone vibrait de temps à autres pour lui signifier qu'il avait reçu un message – sans doute une menace de mort de sa mère rancunière. Pour ce soir, il ne s'éterniserait pas au travail. Passer ses nuits au bureau n'avait d'intérêt que lorsque Francis y était également, sinon ce n'était qu'une perte de temps. D'ailleurs, Arthur n'avait pas revu l'inconnu de l'autre soir dans son bureau, alors même qu'il avait passé plusieurs nuits sur place pour jouer le chien de garde.
Cette histoire le rendait fou.
Qui donc avait osé pénétrer son bureau ? Qui donc était suffisamment lâche pour vendre son entreprise à la concurrence ? Quelqu'un ici se foutait ouvertement de sa gueule…
On tapa à la porte.
Quatre coups lents. Ce n'était pas Francis, à son plus grand désespoir.
« Entrez ».
Antonio Fernandez Carriedo apparut avec son petit air malicieux, un sourire absolument insupportable plaqué aux lèvres et les iris brillants d'ingéniosité à un point où Arthur allait les lui arracher. L'Anglais avait rarement détesté gratuitement quelqu'un à ce point-là. Mais rien à faire, sa tête ne lui revenait pas.
« Coucou, Kirkland ! »
Il allait le buter.
« Tu veux quoi, Carriedo ?
_ Je continue d'enquêter sur notre petite affaire de trahison. Il me semble que vous possédez les dossiers intéressants et il faudrait que j'y jette un œil, s'il-vous-plait. J'ai essayé de les choper aux Archives mais on m'a dit qu'ils étaient ici.
_ Et qu'est-ce qui te fait croire que je vais te laisser fouiller mes dossiers ?
_ On est dans le même camp, vous n'avez rien à gagner à m'en empêcher. Sauf si vous voulez cacher quelque chose ».
Salaud.
« Vas-y mais je te surveille.
_ Cela va de soi ! »
Antonio, se sachant fusillé du regard, alla trifouiller dans les grandes armoires remplies de dossiers, s'amusant apparemment beaucoup – ce qui était inquiétant. S'il fouillait dans cette partie de l'armoire, analysa Arthur, c'était qu'il était à la recherche des dossiers des employés. Enfin… des employés d'Arthur seulement. Antonio était en train de fouiller dans les CV et les parcours de chacun de ses subordonnés.
« Tu en cherches un en particulier ? essaya-t-il en faisant mine de rester concentré sur son ordinateur.
_ J'ai un suspect, oui…
_ Qui ?
_ Attends… Hum… Voyons ce dossier… Oui… Trois ans seulement… C'est clair que sur le papier, ça semble plus bizarre que dans les faits, et pourtant j'étais présent durant tout ce temps.
_ De quoi tu parles ?
_ C'est fou, quand on y pense.
_ Qu'est-ce qui est fou ? s'agaça l'Anglais.
_ Que Francis en soit arrivé à ce poste aussi vite ».
Les doigts d'Arthur dérapèrent sur son clavier, tapant des lettres au hasard. Son regard outré et écarquillé quitta l'écran blanc de Word pour se planter sur la silhouette arrogante de l'hispanique. Le silence en devint embarrassant.
« Pardon ? »
Arthur espérait avoir mal entendu. Qu'Antonio fouille dans le dossier de son meilleur ami, ça devait cacher autre chose, ce n'était pas possible autrement…
« Mon suspect principal est Francis, oui.
_ Mais… c-c'est ton ami…, trembla Arthur tant sa rage grimpait.
_ Mon meilleur ami, en effet. Mais ça ne change rien au fait que tout l'accuse. Et connaissant sa vie personnelle en détail, ça me parait évident que c'est lui. Il a un mobil imparable qu'il ne peut pas me cacher. Et son élévation sociale me parait trop fulgurante pour être normale. Même en bossant dur, il n'aurait pas dû en arriver là en si peu de temps. Rien à faire, si ce n'est pas Francis, je ne saurais pas quoi dire.
_ Pour ma part, j'ai lu suffisamment de romans policiers pour savoir que l'enquêteur principal peut parfois dissimuler son méfait en faisant mine de chercher le coupable.
_ Kirkland, seriez-vous en train de m'accuser de jouer double-jeu ?
_ Tout à fait. Je me méfie de toi autant que de la Peste.
_ Ouch ! J'ai le cœur qui saigne de cet aveu !
_ Tu peux rire autant que tu le veux, ça ne change rien à mes suspicions. Ton engouement pour cette affaire te place dans la liste des suspects.
_ Amusant. Francis m'a dit suspecté Ludwig Beilschmidt, moi je suspecte Francis, et vous me suspectez, moi ».
Arthur fronça les sourcils avec agacement pendant que l'Espagnol continuait de feuilleter le dossier de son ami, en sifflotant gaiment. La tension restait palpable mais l'enfoiré de pseudo-enquêteur faisait mine de ne rien voir, alors qu'Arthur se donnait beaucoup de mal pour retenir ses pulsions de meurtre.
Ce n'était pas Francis, il le lui avait promis.
Antonio referma le dossier d'un coup sec avant de prendre un instant pour réfléchir, les yeux levés au plafond. Puis, sortant de sa réflexion, il offrit un sourire éclatant et faux à l'Anglais avant de tourner les talons pour quitter le bureau, n'hésitant pas à fermer brutalement la porte pour le provoquer.
A peine cela fait, Arthur bondit de son siège pour aller lire le dossier de Francis. Il crut halluciner d'horreur en sentant l'odeur ensoleillée d'Antonio sur le papier lisse. Cet enfoiré avait un parfum invasif et entêtant. Rageusement, Arthur serra le dossier contre son cœur en tremblant de la lèvre. Il voulait que son odeur à lui imprègne le document, qu'elle éradique purement et simplement celle de l'hispanique.
Dix minutes à tenir les documents de la sorte, il se retrouva avec des fourmilles dans les bras. Ses yeux s'attaquèrent à leur tour au papier, cherchant ce qui avait intrigué l'autre enfoiré de pirate informatique.
La réussite de Francis était certes fulgurante, mais ça ne faisait pas de lui un espion pour autant. Arthur était comme Antonio, il en savait autant que lui sur cette histoire de procès. Sauf que ça, l'Espagnol n'en savait rien, il devait se croire seul confident du Français. Il tomberait de haut en apprenant qu'en réalité, il partageait cette particularité avec Arthur. Ce serait bien fait pour lui.
Francis était innocent dans cette histoire. Arthur refusait de croire qu'il lui ait menti.
Par contre, Antonio ne lui inspirait pas confiance et Arthur se jurait de le garder à l'œil.
Bon, voilà, je ne vous avais pas menti. A part la fin qui essaye de remonter le niveau, tout le chapitre était plutôt un gros flashback explicatif pour vous aider à mieux cerner monsieur Bonnefoy et ses misères. J'espère ne pas recommencer ce genre de chapitre, je préfère quand ça vit, que ça bouge, que ça baize ! Euh… Vous n'avez jamais lu ça, oubliez tout de suite !
Et donc, je vous remercie pour votre intérêt et vous donne rendez-vous dans les plus brefs délais pour la suite (mais je suis pas folle, je vous laisse le temps de reviewer /PAN) N'EST-CE PAS ASAHI ?! /PANPANPANPANPAN/ Houla, je viens de me faire descendre à la kalachnikov…
Bref ! Merci beaucoup !
Biz' !
