L'homme et la bête

Je vous avais promis du malsain, voici du malsain ! Parce que non, ce chapitre n'entre pas trop dans les critères de la morale mais bref ! C'est ça qui est drôle !

Au programme, beaucoup de pétage de câble et du drama à outrance nécessaire à la suite de l'histoire ! Mais comme vous êtes habitués, je suis sûûûûûûre que tout ceci passera crème ! (Enfin, j'ose espérer)…

Donc, rappel : ceci est une fiction Rated M qui se torche le cul avec la Morale. Merci de votre compréhension XD

Place aux reviews :

Mimichan :

Eh oui ! Tout le monde est suspect dans cette entreprise ! Tu avais bien raison lorsque tu disais que Braginsky ne s'entourait que des meilleurs ! XD Au moins, y a de l'ambiance chez eux. En tout cas, tu verras bien qui sera le coupable (j'espère te surprendre un peu, ne serait-ce que dans les motivations de l'individu). Merci pour ta review (et courage de ton côté pour tous les projets sur lesquels tu bosses :P)

Beyond :

Coucou, poulette ! Kyah ! Bébé Alfred dans les bras d'un papa Francis ! Tu n'es pas la seule à kyatter sur cette image du paradis, t'inquiète ! Par ailleurs, je suis désolée pour ton oncle :'/ C'est triste que notre société continue d'accorder plus de crédit à la mère qu'au père… Et sinon, au sujet des aventures de Francis, ouais, ça parait un peu minimes pour notre Casanova mais je ne voulais pas forcer. Il a couché avec ceux pouvant lui être utiles (en plus de ses deux potes) et ça s'arrête là. Bizou, chéwie !

Alice :

Owww ! Sapristi ! Mais… détesterais-tu Juliette, par hasard ? J'ai comme qui dirait un douteuh ! 8D Ah ! Bonne question qu'est la sexualité de Francis, tu as tout à fait raison, c'est un ancien hétéro qui est devenu bi. Mais vu que ses premières fois avec des hommes ne l'ont pas dégoûtés, je pense qu'au fond de lui, il devait déjà être un peu entamé XD En tout cas, merci du commentaire, je kiss fort et espère que ce chapitre sera… à la hauteur ! Mouahahah !

Apparence :

Alors, déjà : bienvenue, ma belle ! Ton commentaire m'a beaucoup touché, c'était juste adorable de ta part ! C'est un vrai plaisir de te compter parmi ce fandom ! N'hésite pas à nous poster quelques trésors si le cœur t'en dit ! Je lirais avec grand plaisir ! Si vous aimez la perversité, mademoiselle, vous allez être… comblée ! *regard langoureux* Les longues reviews, c'est trop bien, ne t'inquiète pas. Si tu postes un jour, tu t'en rendras vite compte ! XD Donc, merci encore ! De tout mon cœur ! Tu m'as réchauffé le kokoro ! Q.Q Keur sur toi !

Ambrecleo :

Attends mais rigole pas ! Même MOI j'ai failli mettre bébé Matthieu en croyant que je ne l'avais pas déjà mis ! T'imagines le draaaame que ça aurait été ! Heureusement que j'ai eu un éclair de génie au dernier moment ! U.U'' Alors, pour te répondre, Océane, c'est un nom donnée à Seychelles (qui n'en a pas dans le vrai manga puisque c'est un personnage tertiaire). J'espère que les intempéries ne te bloqueront pas trop, c'est triste ce qui arrive :'( Courage, darling ! Et kiss !

Hop !

Sur ce, je ne vais pas vous retenir, place au malsain ! (avec un peu de chance, à force de vous en parlez, vous allez dédramatiser les choses et être « déçu » si je puis dire, de ce que j'ai foutu comme malsain dans ce chapitre XD)

Bref ! Vous verrez bien !

Bonne lecture !


Chapitre XIII :

Arthur s'épanouissait sur son siège avec un sourire hautement satisfait aux lèvres, s'étirant allégrement en soupirant de bien-être. Il devait être entre dix et onze heures du matin, lors une belle journée ensoleillée, et il se sentait beaucoup plus détendu que la veille. En même temps, il n'allait pas laisser ce petit con d'Antonio lui pourrir sa bonne humeur, il n'en valait pas le coup.

Un peu las à l'idée de travailler sérieusement, Arthur tapait deux-trois mots sur son clavier d'une seule main, l'autre étant abandonné entre ses cuisses dans une attitude nonchalante et peu sérieuse. Il avait même retiré sa cravate pour se mettre à l'aise – car n'ayant de toute façon aucune réunion de prévue pour la journée. Il tapait sans énergie, ronronnant de plaisir en sentant le soleil heurter sa tête par derrière. Son autre main tâtait une surface douce en contrebas comme pour la caresser.

Il baissa les yeux avec un sourire d'enfant arrogant, fixant Francis qu'il avait appelé quelques dizaines de minutes auparavant, occupé à honorer sa part du contrat entre ses cuisses.

Arthur appréciait de fixer les va-et-vient sur son sexe tout en se souvenant de l'aveu d'Antonio la veille. Il n'osait pas en parler à Francis, par crainte de le décevoir et de l'attrister. Aux yeux de son amant, l'Espagnol restait un ami cher, ce serait douloureux pour lui d'apprendre qu'il ne lui faisait pas totalement confiance.

L'empathie d'Arthur le perdrait…

Les doigts perdus dans les mèches douces de son subordonné, il se laissa aller à de petits gémissements agréables pour témoigner de son plaisir grimpant. Il adorait quand Francis s'occupait de lui de la sorte, il se sentait unique au monde et chéri – le latin étant doué pour ce genre de chose, c'en était presque rageant. Essayant d'endiguer sa petite jalousie malvenue, le Britannique étira ses muscles sous un voile de détente, intrigué par la chaleur dans son bas-ventre.

« Oui… Continue… »

De plus en plus libéré dans sa sexualité, Arthur lâcha quelques mots d'encouragement, avançant imperceptiblement son bassin dans le processus. Il voyait son membre disparaitre dans la gorge accueillante de son complice, appréciant totalement cette dépravation mutuelle qu'ils s'offraient en toute connaissance de cause. Plus le temps passait et plus Arthur se foutait de la morale. Son plaisir valait bien tous les sacrifices du monde.

« Francis… J'adore, continue… Francis… »

Il n'allait plus tarder à jouir, cette langue le rendait fou de désir.

Arthur gémit ouvertement, essayant tout de même de ne pas ameuter les innocents qui passeraient par hasard à côté du bureau. Mais c'était difficile de ne pas extérioriser ses émotions lorsque l'on subissait pareille douceur.

« J-j-je… F-Francis… je… »

Il n'eut pas la force d'en dire plus car déjà, sa voix commençait à mourir et son souffle se coupait. Francis ne s'arrêta pas dans son action avant d'être sûr de le libérer de ses tensions. La jouissance éclata et Arthur se détendit presque immédiatement, les muscles mous et l'esprit embrumé. Il contempla vaguement son complice s'essuyer la bouche et se lécher les lèvres d'un geste tendancieux, tout en se redressant fièrement. Dans ses yeux brillaient aussi cette lueur de désir qui prouvait qu'il appréciait ce qui se passait. Arthur ne parvenait pas à déceler si l'un d'entre eux était en réalité victime d'un abus de l'autre. Parce que, d'un côté, on pourrait croire qu'Arthur abusait des problèmes financiers de son partenaire, et de l'autre, que Francis avait profité du mal-être de son patron pour se remplir les poches. Alors victimes ou coupables ?

Se remettant doucement de ses émotions, Arthur se rhabilla gauchement, totalement détendu par ce petit moment volé. Ça le rendait dingue de constater sans cesse à quel point Francis respectait à la lettre leur contrat. Il croulait sous le travail mais n'avait pas mis plus de deux minutes à le rejoindre dans son bureau après un certain petit SMS frustré de l'Anglais. C'était ce genre d'exemple qui réconfortait Arthur dans sa certitude que, non, peu importe ce que dira Antonio, Francis ne pouvait pas être le traître. Il gardait une part d'honneur en lui, jamais il n'aurait vendu sa boîte. En tout cas, Arthur voulait y croire, à son innocence.

Antonio ne pouvait que se tromper de suspect.

Il se releva pour voler les lèvres de son amant, nullement dégoûté de sentir le goût de sa propre semense dans la bouche voisine. Il soupirait des mains cajoleuses qui caressaient son dos, émerveillé qu'il puisse y avoir tant de douceur en un seul homme. Comment pouvait-on se séparer d'une si bonne personne ?

« Il faut que je retourne travailler, prévint le Français en séparant leurs lèvres ».

Arthur ne l'écouta pas et reprit l'assaut, pleinement amusé et détendu de cette relation secrète. Il voulait en profiter au maximum, sur-jouer même son rôle d'amant pour le ressentir plus profondément. Et puis, il s'amusait allégrement de la faible contestation de son complice, qui hésitait entre approfondir l'union de leurs lèvres et arrêter cette folie avant qu'elle ne dérape davantage.

L'Anglais eut pitié et se détacha en souriant, l'iris luisant de malice. Il le congédia du regard en retournant s'asseoir, ne pouvant néanmoins pas se défaire de son air amusé. Francis leva les mains en signe d'abandon et quitta le bureau en riant doucement. Il ne perdit pas un instant pour regagner sa place à lui, devant son ordinateur et ses mails inintéressants.

Comme de rien.

C'était tellement normal pour eux qu'ils étaient capables de reprendre leurs vies comme si de rien n'était.

Les heures suivantes se passèrent sans incident notable, sans grand intérêt autre que la visite de Matthieu, subtilement passé lui remettre un dossier. Cet enfant avait un don pour la discrétion, se disait Francis. S'il n'avait pas tapé à la porte avec un semblant de force, son silence naturel lui aurait permis de rentrer sans que Francis y fasse attention et, qui sait, il aurait pu lui cambrioler son bureau tranquillement. Heureusement, Matthieu n'utilisait pas ce don à mauvais usage, sinon il serait littéralement invincible.

Il passa sa journée à travailler dans le calme, ne pensant à rien d'autre qu'à rester le plus productif possible (grâce à la sacro-sainte machine à café) pour obtenir toute chance d'être bien vu. Peut-être recevrait-il une prime de la part de Braginsky s'il continuait à ce rythme.

Ses projets monétaires furent coupés par un tapotement à la porte, assez sec mais pas non plus agressif. N'attendant personne, Francis fronça les sourcils avec suspicion. La porte était fermée, cela voulait bien dire qu'il ne voulait recevoir personne… Quelqu'un prenait donc le parti de volontairement ignorer ce fait.

Du coup, ça le rendait curieux.

Il autorisa l'inconnu à entrer et la brèche s'ouvrit sur un Ludwig Beilschmidt au visage fermé et à la mâchoire serrée. Mauvais présage, non ?

« Redistribution des tâches ».

Alors, certes, Ludwig n'était pas un fin orateur, mais à ce point-là… ça manquait de verbe, tout ça. Si Francis ne s'était pas caché de faire comprendre à son camarade qu'il l'avait à l'œil, Ludwig ne sembla pas faire de manières pour lui signifier qu'il en faisait de même. Pourtant, Francis avait du mal à croire que c'était vraiment lui le coupable. Mais rien d'autre ne justifiait son entrée illégale dans un bureau qui n'était pas le sien pour fouiller des dossiers qui ne le regardaient pas.

« Merci »

L'Allemand lui lâcha le bloc de documents d'un coup sec sur son bureau, le faisant légèrement sursauter. Etait-ce une déclaration de guerre ? Francis ne savait pas quoi penser avec cette situation. Il était plus qu'évident qu'il était en pleine guerre froide avec Ludwig, mais… pourquoi ? Parce que, dans le fond, il n'était sûr de rien et ne se basait que sur des suppositions. Mais plus il se montrait suspicieux et plus Ludwig était suspect !

Au moins une chose était sûre : le Germanique cachait indéniablement quelque chose. Du coup, ça collait bien avec la petite affaire de trahison, même si les preuves étaient maigres (pour ne pas dire inexistantes).

Avec un regard dominateur de Berger allemand – aucun autre animal ne correspondait aussi bien au Germanique –, Ludwig tourna les talons sans un regard pour lui et quitta le bureau d'un pas militaire. En toute honnêteté, Francis reconnaissait ne pas être à l'aise dans cette situation – clairement, Ludwig le faisait flipper – et il se demandait s'il ne devrait pas en parler à Arthur avant qu'on ne retrouve son cadavre dans la Seine. Au pire, l'Anglais le vengerait. Francis perdit un instant à imaginer son amant se battre à main nu avec lui, torse nu sous un soir de tempête, en clamant des idées vengeresses… Sexy.

Il se donne une tape sur le front pour se punir de cette blague pas drôle et retourna travailler sans regarder la pile de dossier qu'on venait de lui apporter.

Ce fut vers 19h30 que Francis reçu à nouveau de la visite – la dernière de la soirée – alors qu'il s'apprêtait à mettre un point final à son dossier. A cette heure, les employés se faisaient rares mais quelques courageux continuaient à gratter, quitte à utiliser leur propre sang en guise d'encre, sûrement pour achever la dernière ligne d'un dossier urgent. C'était un peu la dernière ligne droite avant une bonne et longue période de tranquillité professionnelle.

Quoiqu'il en soit, ce très cher Antonio fit enfin grâce de sa présence, Francis ne l'ayant pas vu depuis plusieurs jours. Surtout que son ami s'était fait discret à un point suffisamment grave pour mériter d'être noté. Ce n'était pas dans ses habitudes de faire le mort de la sorte.

« Tonio, bon sang ! Ce serait sympa de prévenir si tu vis encore ! Tu sais bien que je ne peux plus me passer de toi, maintenant ! »

Il n'y eut aucune réponse de l'Espagnol, qui se contenta de le regarder d'un air détaché en refermant la porte silencieusement. Francis vit les quelques cernes qui cerclaient les magnifiques iris de son ami et déduisit qu'il devait être à bout. Finalement, Antonio pouvait travailler de temps à autres. N'empêche, c'était la première fois que Francis le voyait si… déprimé, silencieux et calme. On eut dit qu'on lui avait pris son Antonio pour le remplacer par un double.

« Tu m'avais manqué, mon vieux, poursuivit néanmoins le Français en se levant gentiment de son siège pour aller accueillir son camarade. Si tu ne te sens pas bien, il aurait mieux valu que tu viennes me voir. Je t'aurais fait un petit massage ou quelque chose dans ce genre-là pour te détendre. On est pas à ça près entre nous ».

Francis crut entendre un faible « stop » mais se rendit à l'évidence que c'était son imagination. Il avait encore dû forcer sur le café. Soucieux de l'état de son ami, il s'avança encore vers lui de quelques pas en essayant de cerner ce qui n'allait pas. Non seulement Antonio ne souriait pas, mais en en plus, il baissait la tête tristement au sol, les bras ballants et la mine sombre.

Son âme de grand frère protecteur s'exaltait à nouveau.

« Qu'est-ce qui ne va pas, Tonio ? Tu as besoin de parler ? C'est à cause de Vargas ? Ou alors tu es fatigué ? Viens dormir à la maison, si tu veux. Je peux te… »

Le coup partit tout seul, vif comme l'éclair. En un battement de cils, Francis se retrouva par terre, crachant une tâche de sang, la joue brûlante et l'esprit brumeux. Il n'avait qu'à peine retrouvé ses esprits pour tenter de se redresser qu'une semelle de chaussure appuya sur sa poitrine pour le maintenir au sol. Le goût âcre du sang lui emplissait la bouche comme de la rouille liquide et chaude. Soudainement, un poids brutal priva ses poumons d'oxygène et il se retrouva avec Antonio assis sur sa poitrine, qui s'assurait de ne pas le voir se relever. Illico, deux mains attrapèrent le col de sa chemise, dans un geste rageur, pour le secouer comme un arbuste.

« Stop, putain ! »

Francis ravala sa salive sous cette colère dévastatrice. Antonio n'était violent que quand il se sentait trahi, en danger ou insulté. Qu'avait fait Francis pour recevoir ce traitement ? Comment quelqu'un d'aussi doux et joyeux qu'Antonio Carriedo pouvait donc perdre sa contenance et le frapper de la sorte ? C'était à n'y rien comprendre.

« Mais… Tonio… Que… Pourquoi ?

_ Arrête ! Arrête de faire ça !

_ De… de faire quoi ?

_ Arrête de faire cette tête ! Aie l'air… je sais pas moi ! Aie l'air déçu ! Aie l'air énervé que je t'aies percé à jour ! Mais ne prends pas cette tête d'innocent devant moi !

_ Je ne comprends pas…

_ Tu te fiches de moi, en plus ! Francis ! Pas moi ! Tu ne peux pas me mentir de la sorte !

_ Mais… qu'est-ce que tu me reproches… ? »

Il y avait tellement de déception dans le regard d'Antonio que Francis commençait à se sentir coupable même sans savoir de quoi il était accusé. Etait-ce des larmes de rage qu'il voyait perler au coin des orbes claires de son ami ? Jamais il ne l'avait vu aussi dégoûté, surtout envers lui. Son corps bronzé tremblait de colère mais sa poigne restait ferme. Antonio était littéralement hors de lui.

« J'ai craqué ton mot de passe et je suis allé jeter un coup d'œil sur ton compte en banque ! Le moment où j'ai découvert qu'un traître nous volait nos dossiers coïncides avec tes premiers mystérieux versements ! Et ne me sors pas que c'est ta mère qui te les offre, ça ne tient pas la route ! Tu accumules des sommes indécentes de fric ! Tu m'as menti, tu t'es foutu de moi et… et… tu… Putain de merde… Mais pourquoi, Francis… ? »

Le Français jura devant ce quiproquo qui, bien que hors sujet avec cette histoire de traître, le mettait également au pied du mur. Non Tonio, cet argent ne vient pas de nos concurrents mais de mon maître, parce que, oui Tonio, je me suis transformé en esclave sexuel devant mon propre patron. Dans tous les cas, il était en tort et méritait cette baffe. Mieux valait que ce soit l'Espagnol qui le découvre qu'un agent de police. Francis gardait espoir, son secret pouvait ne pas sortir de cette pièce.

« Tu te trompes… Tu te trompes complètement, Tonio. Je n'ai trahi personne…

_ Ah oui ! Bien sûr ! Cet argent est sorti des nuages pour tomber par hasard dans ton compte ! Merveilleux ! Arrête de me prendre pour un con !

_ Non, je te jure… C'est… difficile à avouer…

_ Pourquoi ? Qui te le donne ?! Répond !

_ K… Kirkland… »

Un silence désespéré suivit.

« Tu me sors des noms au pif, c'est ça… ? Laisse Kirkland en dehors de ça, c'est pas crédible. Excuse-moi mais je ne vois pas trop pourquoi ce coincé du cul de Kirkland te ferait don d'autant de fric. Sauf s'il t'a embauché comme tueur à gage ou pour laver ses chiottes, ce dont je doute. Ou alors, tu vas me sortir qu'il te refile son taf ? Ou que tu te le tape ? »

Avec un léger rire nerveux et faux, Antonio se mordit la lèvre pour ne pas trop se laisser aller. Cependant, lorsqu'il constata que son camarade avait pâli à vitesse grand V à cette dernière phrase, il perdit son rire. Francis ne soutint pas le regard et détourna son visage vers la grande armoire.

« Non… Tu rigoles…, tenta l'Espagnol en attrapant son visage d'une main pour forcer le contact visuel. Tu me mens ! Je suis sûr que tu es en train d'inventer une… une… une excuse pour t'en sortir ! Mais c'est faux !

_ J'ai besoin d'argent, il a besoin de tendresse. On a trouvé un arrangement…

_ Arrête de mentir !

_ Je ne mens pas ! Tu ne vas faire comme Juliette ! A m'accuser de mensonges alors que tu SAIS pertinemment que je suis honnête ! Oui c'est dur à croire, oui c'est malsain, mais non je n'ai pas d'autres choix ! J'ai besoin d'argent, Tonio ! Tu comprends, ça ?! Arthur m'y aide et je lui rends service en échange, c'est tout !

_ Non, je ne peux pas te croire. Ce n'est pas possible… »

Sur cette dernière phrase, il se releva pour aller frapper le mur de toutes ses forces. L'Espagnol était à bout de nerf, ça ne lui arrivait pas souvent, du coup il ne savait pas comment contenir décemment sa colère. Peu importe la vérité, les deux options qu'on lui proposait pour expliquer ce fric sorti de nulle part ne lui convenaient pas. Soit Francis s'engraissait sur le compte de l'entreprise, soit il se prostituait au travail. Rien qu'Antonio puisse tolérer pour un ami sur lequel il comptait.

De son côté, le Français en avait marre de se faire violenter par tous ses amis. D'abord Gilbert, maintenant Antonio. A quand un coup de pied de Feliciano dans les côtes ? Il voyait bien que son meilleur ami refusait d'accepter la vérité, mais il n'avait pas trop de preuves à donner. Les SMS coquins, il les supprimait au fur et à mesure et sinon, il faisait attention à ne laisser aucun indice derrière lui. Il se montrait prudent en toute circonstance, autant pour Arthur que pour lui-même. Personne ne devait se mêler de leur vie et découvrir ce qu'ils tramaient tous les deux. Ça les regardait eux, et eux seuls.

Le problème, c'était l'instabilité d'Antonio. A choisir, il n'allait pas prendre de risque et accuser Francis de vol de dossiers plutôt que de « prostitution », et ça, ce n'était pas envisageable. Il fallait lui prouver qu'il se trompait avant que ça ne fasse trop de dégâts.

Francis sortit son téléphone de sa poche et composa un numéro qu'il connaissait par cœur, sous le regard enragé et suspicieux de son meilleur ami. Quelque part, c'était rassurant. Seuls vos amis les plus proches réagissent comme ça à votre sujet, ça prouve leur affection. Dommage que ça ne l'aide pas, aujourd'hui.

« Arthur ? C'est moi ».

Antonio plissa les yeux avec un air maussade, prêt à flairer le coup fourré.

« J'ai oublié de te donner un dossier, tu peux venir deux minutes ? »

Francis avait du mal à concevoir ce qu'il s'apprêtait à faire mais là, il y avait crise. Il devait le faire. Au bout du combiné, il entendit presque Arthur lever un sourcil avant de boucher son stylo. La réponse fut affirmative, à son plus grand soulagement, et il put raccrocher rapidement. La seconde qui suivit, il attrapa son meilleur ami pour le pousser dans l'armoire, le regard fatigué.

« Vu que tu espionnes Vargas de cette manière, ça ne te posera pas de problème de rester là quelques temps, n'est-ce pas ? »

Il était à peine amer.

Finalement, ils étaient tous des ordures dans cette boite et Antonio n'était qu'un voyeur manipulateur qui rattrapait ce défaut avec sa gentillesse et son franc-parler. Ça n'en faisait pas quelqu'un de mauvais ou de nuisible, mais qu'il n'aille pas donner de leçons de morale après ça. C'était à croire que Braginsky n'attirait que les sociopathes dans sa boîte…

Aucun regret. Francis n'avait aucun regret ni aucun scrupule à faire ça. Si ça pouvait faire fermer sa gueule à Antonio, c'était forcément la bonne chose à faire. Il aimait beaucoup son ami mais sa spontanéité lui causait parfois du tort.

Arthur passa la porte après avoir frappé leurs fameux trois petits coups, puis les enferma purement et simplement à clé en tournant le verrou, un sourire joueur aux lèvres. Plus ça allait et plus Francis le trouvait beau et bandant… Rien à voir avec le « coincé du cul » qu'il avait rencontré de loin quelques années auparavant. Arthur s'était totalement libéré mais ne lui avait pas refait de crise identitaire depuis le délire chez lui. Heureusement.

Francis sourit. Emballer son patron en sachant pertinemment qu'Antonio les regardait depuis les petites brèches parallèles de l'armoire, c'était sa vengeance pour la folie d'Arthur. Donc, pas de regrets.

« C'est la première fois que tu m'appelles, remarqua Arthur en retirant sa cravate 'l'air de rien'. D'habitude, c'est moi qui te fais venir… »

Il s'avança jusqu'à ce que son amant le prenne par la taille pour le coller à lui brusquement.

« Je me disais que tu avais besoin de… décompresser.

_ En effet. D'autant plus que je vais sûrement finir très tard ce soir. J'ai reçu du boulot supplémentaire par Braginsky. J'espère pour toi que tu as de quoi me contenter ».

Francis se passa de mots pour lui faire comprendre qu'il était en forme. Il lui attrapa les hanches et l'amena contre le bureau, laissant ses fesses reposer contre le bois verni, ne pouvant qu'imaginer la tête d'Antonio qui devait bien s'être rendu compte que cette histoire était vraie. C'était un mal pour un mal. Il ne prouvait pas son innocence, mais juste qu'il n'était pas accusé du bon crime par son ami. Ça, devant un tribunal, ça ne passerait jamais. Même si ce n'était pas au niveau du : « Non, monsieur le juge, je vous jure que je n'ai tué personne ! Pour preuve, j'étais en train de violer ma voisine à l'heure du crime ! » Cette pensée dégueulasse fut vite oubliée.

Et si l'Espagnol avait continué de réfuter cette atroce vérité jusque-là, il ne put nier l'union amorale des quatre lèvres qui se dévoraient passionnément. L'affaire ne traina pas, par manque de temps, et les pantalons s'ouvrirent avec empressement. Arthur prit appui derrière lui grâce à sa main, entourant le cou de son amant de l'autre alors que le baiser se poursuivait, violent, brusque mais nécessaire. Francis lui releva les hanches et fondit en lui, avalant son cri comme une bête affamé. Les chairs fusionnèrent, les gémissements fusèrent, désinhibés, témoins de la jouissance qu'ils ressentaient à souiller les règles. Les scrupules n'existaient plus, ils se complaisaient dans leur crime en toute connaissance de cause. Et personne ne serait autorisé à remettre ça en question.

Les sautillements d'Arthur contre le bureau allaient de pair avec les cris s'échappant parfois de leur baiser. Sous un rythme allant en s'accélérant, Arthur finit par se laisser tomber contre les papiers du bureau, les vêtements toujours en place mais débrayés sur son corps en nage, et envoya ses mains derrière sa tête pour attraper la bordure du bureau. Ses cuisses laiteuses apparaissaient dessous son pantalon baissé aux genoux. Francis les tenait en l'air, ne pouvant pas les écarter à son aise à cause du tissu, mais s'octroyant malgré tout un droit de passage de choix dans le corps tremblant de plaisir de son patron.

On voyait bien qu'Arthur profitait à fond de ce moment, il fermait mécaniquement les yeux – quand un coup puissant et délicieux sur sa prostate ne le réveillait pas de sa douce torpeur pour lui tirer un cri de jouissance – et semblait se prélasser comme s'il était sur la plage. En fait, il avait l'air de prendre son temps pour laisser grimper l'orgasme dans son corps.

Et il était tellement occupé à retarder sa jouissance que Francis ne put que craquer le premier en se déversant puissamment dans cet antre accueillante, s'attirant un râle surpris mais pas moins comblé de son partenaire. Tout de même, ça le rendit quelque peu embarrassé d'avoir atteint le Nirvana seul, alors Francis décida de réparer sn erreur en se retirant doucement, puis en s'attaquant au membre érigé d'Arthur pour le faire venir.

Automatiquement, le corps de l'Anglais réagit, car la sensation chaleureuse qu'il avait ressenti le matin même lui revenait en mémoire (et même dans la mémoire de son corps) pour le rendre réceptif et à fleur de peau. Pour le coup, il se sentit obligé d'ouvrir grand les yeux, le souffle coupé en sentant une langue taquine caresser son gland puis toute la longueur de son sexe, avec une infinie tendresse. Par réflexe, Arthur descendit une de ses mains (laissant l'autre, abandonnée, au-dessus de sa tête) pour enrouler ses doigts autour des mèches parfaites qui caressaient ses cuisses dans le processus. Ses gémissements ne cachaient rien de son plaisir et il ne faisait pas trop d'efforts pour retenir sa voix, car il se faisait tard, après tout. Les employés s'en étaient déjà allés chez eux, fiers de leur dure journée de travail. Il sentait l'intégralité de son pénis disparaitre au fond de la gorge de son amant, lui tirant des cris de bien-être de plus en plus graves, preuve qu'il approchait de la fin.

Francis accéléra les mouvements de sa bouche pour le rendre fou de désir et le conduire au délice suprême, comme il savait si bien le faire. Cela ne tarda plus, Arthur étant proche de la rupture finale. Les tremblements incontrôlés de son corps parlaient pour lui, en plus de sa voix qui s'effondrait pour se bloquer dans le creux de sa gorge. Et enfin, un soupir de contentement lui échappa alors qu'il se libérait de sa semence, un épais bouillard blanc noyant ses esprits et l'empêchant de réfléchir ou de penser.

Statufié d'extase, l'Anglais ferma les yeux en reprenant son souffle, quelques-uns de ses membres continuant de trembloter des suites de son orgasme, pendant que Francis s'occupait de les rhabiller tous les deux. Son cher patron était absolument splendide dans cette attitude dépravée, le souffle court, les vêtements défaits, les cheveux en bataille. Pour peu, le Français aurait remis le couvert pour se repaitre de ce corps indécent qui l'appelait sans honte ni retenue.

Heureusement, il se souvint que son meilleur ami était toujours laissé pour compte dans le placard, sûrement en train d'étouffer pour diverses raisons, et il allait falloir penser à l'en sortir. Ils prirent dix petites minutes pour se remettre de leurs émotions – Arthur devant au moins reprendre un bout de sa prestance pour retourner travailler. Un peu de dignité dans ce monde !

« Tu rentres bientôt ? demanda Arthur en renouant sa cravate avec un air détaché pour faire croire qu'il ne s'était rien passé.

_ Oui, je ne vais sûrement plus tarder. Sauf si tu veux que je reste.

_ Surtout pas. Vu ta tête, tu vas aller plonger dans ton lit le plus vite possible. Me faire prendre par un zombie n'a jamais été mon fantasme, je t'ai connu plus bandant ».

Ce mal-parler rendit Francis toute chose et il s'en lécha les lèvres.

« Je me posais une question…, força le Français avec un coup d'œil discret pour l'armoire. Ta femme ne s'aperçoit pas des versements que tu fais sur mon compte ?

_ Elle s'en balance à un point que tu ne peux même pas imaginer ».

C'était tellement elle, ça. Amélia n'avait pas l'air très friande des chiffres et des comptes, et même si elle avait remarqué des perturbations dans leurs revenus, elle faisait suffisamment confiance à son mari pour gérer le problème. Pratique.

En pensant à elle, Francis se souvint qu'il n'avait toujours pas trouvé le temps de décliner son offre. Pauvre jeune femme qu'il laissait languir… Francis allait devoir l'appeler pour régler définitivement le problème. Elle comprendra.

« Rassuré ? sourit le Britannique en lui décochant un baiser surprise.

_ Huuum… On va dire, répliqua l'autre une fois qu'il put s'échapper de l'étreinte ».

Arthur sourit en le fixant, puis fronça les sourcils. Soudainement.

« Tiens… Je n'avais pas fait attention jusque-là mais… ta joue est un peu bleue…

_ Je suis tombé face contre terre tout à l'heure. Ça se voit tant que ça ?

_ Pas tellement mais… en te regardant de près, on ne fait attention qu'à ça. Fais attention, s'il-te-plait, un accident est vite arrivé ».

La petite moue inquiète de l'Anglais était craquant – surtout parce qu'elle traduisait quelque chose qui ne serait jamais avoué à voix haute – mais Francis se hâta de le rassurer en souriant de toutes ses dents. Quelques derniers mots furent échangés avant qu'Arthur ne quitte la salle, prêt à retourner travailler – peut-être toute la nuit.

L'instant qui suivit fut marqué par un silence de plomb qui n'eut cesse de s'étirer encore et encore. Il fallut pas mal de courage à Francis pour le faire bouger jusqu'à l'armoire puis ouvrir la portière métallique. Au premier coup d'œil, son regard ne rencontra personne, au point où il s'imagina un instant avoir tout rêvé, puis il le baissa vers le bas et trouva son ami assis en boule, les bras autour des genoux. L'Espagnol avait une respiration forte, douloureuse, stressée… La vérité est parfois très blessante, Antonio en payait les frais.

Francis se pencha en avant, attirant promptement l'attention de son ami qui le regarda avec un air bouleversé.

« Alors ? Convaincu ?

_ Francis… Qu'est-ce qui t'est arrivé… ? »

La question était sincère, dardé d'inquiétude. Si on en jugeait par la tête qu'il tirait, Antonio venait tout juste de réaliser le merdier qui animait la vie de son meilleur ami et ça, quoi qu'on en dise, c'est bouleversant. C'était pour lui un peu comme si on lui jetait en pleine face son inutilité. Parce que pendant qu'il se complaisait dans sa petite vie tranquille, à draguer de temps à autre, à bosser quand le cœur lui en disait, à sourire à tout va parce que lui vivait heureux, un de ses proches s'était noyé dans un cercle vicieux dont il s'était fait prisonnier.

Et que Francis lui avoue ça comme si tout était normal, ça le détruisait d'autant plus. Il n'y avait aucune once de regret dans les iris bleus qui le jugeaient. Même pas de scrupule. Il s'envoyait en l'air, fier de lui, satisfait, persuadé que c'était la meilleure solution, alors que… alors que non ! Antonio ne pouvait pas lui donner raison ! Pour lui, c'était de la prostitution et Arthur profitait de la détresse de son subordonné.

« Il faut que tu arrêtes ça ! clama l'hispanique en se redressant hors de la cage métallique. C'est dangereux, c'est immoral et ça va mal finir ! Ca ne peut que mal finir ! Aie un minimum d'estime pour ton corps ! Et tu feras quoi si Juliette l'apprend ? Elle utilisera cette info contre toi !

_ Tonio, merde ! Laisse-moi faire ce que je veux de ma vie ! Qui es-tu pour juger mes choix ?

_ Ton ami !

_ L'amitié c'est beau, mais là j'ai plus besoin de fric ! »

Cette dernière phrase était d'autant plus douloureuse qu'elle était vraie. Même si Francis l'avait voulu – mais il ne le voulait pas –, il n'aurait pas pu arrêter ses actes. Il avait trouvé une méthode rapide et efficace de gagner sa croûte, il faudrait être fou pour se raviser en si bon chemin. Antonio ne se souvenait pas du moment où son ami était devenue aussi… rationnel, aussi terre-à-terre. Lui se souvenait plutôt de leurs périodes de papillonnages, de bêtises, de rigolades sympathiques, ce bon temps où la matérialité de la vie n'avait qu'un intérêt secondaire. Là, il se retrouvait face à un homme tellement conscient des vices humains qu'il se retrouvait à en faire usage lui-même pour s'en sortir. Parce quand votre unique préoccupation devient l'argent, c'est que vous devez vraiment être très malheureux…

« Ecoute, reprit le Français. Ne te fais pas de souci pour moi, je vais gérer le problème. Pour tout te dire, je n'ai jamais été aussi près du but depuis toutes ces années. Si jamais tu essayais de t'interposer maintenant avec mon plan, tu foutrais en l'air des années de sacrifice. Laisse-moi faire ma vie tranquille, ça vaut mieux pour tout le monde. Et ne vas pas croire qu'Arthur est le seul coupable dans cette histoire. C'est d'ailleurs moi qui ai commencé notre histoire.

_ Alors, ça signifie qu'une fois débarrassé de tous tes ennuis, tu arrêteras de faire… ça ?

_ Oui, bien sûr. Je n'aurais aucune raison de continuer à amasser autant d'argent lorsque mes enfants me seront revenus et que ma sœur sera sauvée ».

A cheval entre la honte et la tristesse, Antonio baissa les yeux au sol, les doigts entrelacés nerveusement en signe d'hésitation. C'était gagné. Avec des promesses, on pouvait tout avoir. Antonio était attaché à leur passé si jovial et amical, tout ce qu'il désirait était d'y revenir un jour, de retrouver ce temps de naïveté, où ils avaient commencés tous les deux en bas de l'échelle, où ils travaillaient sans arrières pensées pour se retrouver à chaque pause et faire les idiots. Puis avec Gilbert, ça avait été l'époque bénite, avec trois fois plus d'imbécilités et trois fois plus de complicité. Tout ça devait lui manquer cruellement.

Francis avait beau lui promettre d'arrêter, il ne savait pas vraiment s'il viendrait un jour à bout de ses problèmes. En fait, il ne pouvait pas imaginer de fin à cette histoire. Pas encore. Mais si ça pouvait rassurer son ami et lui permettre de garder le secret, il fallait en passer par là. Puis Antonio était quelqu'un de fidèle, il ne le trahirait pas maintenant qu'il l'avait à peu près convaincu qu'il n'y avait aucune autre possibilité que celle-ci.

Une petite sonnerie retentit mais tous les deux restèrent immobiles, un peu embarrassés de cette situation. Finalement, Francis décrocha son téléphone en soupirant.

« Francis Bonnefoy, j'écoute ».

C'était son avocat. A peine eut-il entendu sa voix que le Français perdit encore des couleurs, comme préparé à tout. Avec son ex-femme, on ne savait jamais ce qui pouvait lui tomber dessus du jour au lendemain. Elle le haïssait tellement… Triste fin pour un couple comme le leur. Dire que Francis aurait crevé pour elle, fut une époque…

« Comment ça ? »

Antonio n'entendait rien de la conversation mais son ami continuait de blêmir au fil des secondes, ce qui laissait largement présager que les nouvelles étaient mauvaises. Quelques tics nerveux commençaient même à pointer le bout de leur nez dans la gestuelle pourtant normalement impeccable du grand blond.

« Mais… ce n'est pas possible… Ça n'a pas de sens ! Les juges ne seront pas dupes face à cette accusation sortie de nulle part ! Viendra forcément un moment où ils se rendront compte qu'elle invente au fur et à mesure des procès ! Et de quoi m'accuse-t-elle, cette folle ? »

Juliette avait donc récidivé en portant une nouvelle plainte envers son ancien époux, et comme le disait Francis, c'était de plus en plus incohérent. Dès qu'elle sombrait dans la colère, elle se sentait obligé de tourner le couteau dans la plaie et d'en rajouter une couche. C'en devenait agaçant.

« L'alcool… ? Mais… Je… Jamais je ne me suis conduit comme un ivrogne ! »

Francis était à nouveau hors de lui, mais d'une manière qu'Antonio ne lui connaissait pas. Il contemplait avec inquiétude les jointures de ses mains blanchir sous la pression, jusqu'à prendre la teinte de son visage, alors qu'une perle de sueur froide glissait le long de sa tempe. Les tics de Francis mutèrent vers quelque chose de plus franc, comme un début de crise de folie, il se sentait comme obligé de se gratter la lèvre inférieure toute les dix secondes et de basculer sa tête vers la droite en soubresaut presqu'imperceptible. Et pour ne rien arranger, ses paroles s'emmêlaient de baragouins et de sons étouffés incompréhensible, ce qui rendait son discours à peine compréhensible. Il était littéralement en train de péter un câble.

« Mais quels preuves ?! Elle n'a r-r-rien ! »

Il aurait dû quitter le bureau mais Antonio s'était juré d'être toujours là pour son meilleur ami, peu importe les événements. Aujourd'hui plus que jamais, il devait lui porter assistance et lui prouver qu'il était là pour servir de béquille. Même malgré cette altercation qu'ils venaient d'avoir, l'Espagnol ne pouvait décemment pas déroger à son poste. Etre un ami, c'est une véritable profession.

Un temps passa puis Francis raccrocha rageusement, les mains tremblantes, continuant de se frotter la lèvre inférieure comme si le fantôme d'un baiser crasseux le démangeait en s'incrustant dans sa chair. Ses iris sautillaient de colère dans leur orbite et pour endiguer ce mouvement qui lui faisait mal à la tête, il dût fermer ses paupières, inspirant lentement, puis expirant profondément. Il devait retrouver le contrôle de lui-même.

« Francis ? Tu veux parler ?

_ Non. Pas ce soir ».

Le silence se fit. Pour la première fois, Antonio se sentit rejeté malgré sa bonne volonté. Soit Francis lui en voulait – ce qui serait un exploit en soi –, soit la lassitude le gagnait et il n'avait tout simplement plus envie de s'étaler sur ce merdier, ce qui était compréhensible dans cette situation.

Francis éprouvait une violente envie de pleurer, juste à cause de la fatigue. Cet appel lui avait foutu plus de cinq ans de souffrances en pleine gueule et il en était malade. Las. Ereinté. Pourquoi ne pouvait-elle pas le laisser en paix ? Tout ce qu'il désirait se résumait à la quiétude et au calme. Il voulait une petite vie tranquille, avec ses enfants. Il voulait vivre et elle l'en empêchait.

Elle le tuait.

Mais il n'allait pas se laisser faire, loin de là. Francis était un combattant, un lion dans l'âme, surtout lorsqu'il s'agissait de ses enfants. Il ferait tout pour eux. Et il s'en rendait bien compte, parce que ça bouillonnait en lui, plus que de la colère, il sentait la rage de vaincre gronder en lui. Jamais sa femme ne le vaincrait. Et comment osait-elle jouer la comédie devant la Justice ?! Espérait-elle gagner seulement sur une base de mensonges ?!

Rage et volonté l'envahirent et il se sentit pousser des ailes. Sauf que dans sa tête, il n'était pas question d'amour, d'empathie ou de tolérance. Il avait des idées noires et des plans malsains qui lui grouillaient dans la tête comme de la vermine sur un cadavre.

« Francis ? Qu'est-ce que tu fais ?

_ Je reprends ma vie en main ».

Il fallait qu'il se bouge un peu plus. Pour lutter contre les délires de son ex-femme, il devait la prendre au piège, prouver qu'elle mentait. La Justice ne l'aiderait pas, il allait devoir se débrouiller. Embaucher un détective privé était une bonne idée, mais peut-être serait-il plus raisonnable d'allonger la monnaie pour en avoir un plus efficace, plus compétent… Oui, il devait investir à mort pour prouver son innocence. Et donc, il lui fallait plus d'argent.

Et si tout cela ne suffisait pas, il graisserait la patte des juges. La corruption serait sa dernière carte.

Il quitta l'étage en courant, laissant un Antonio sceptique et perdu dans son bureau, qui lui cria de l'attendre et de lui dire ce qu'il comptait faire, mais que le Français ignora profondément tant il était concentré sur son nouveau plan. Une fine pluie commençait à s'écraser contre les vitres, que Francis se hâta de rejoindre. Par chance, il réussit à monter dans un bus, sans doute le dernier de la soirée, pour s'élancer dans les rues sombres de la nuit. Ses dents claquaient d'un mélange d'excitation et de fureur. D'un geste hâtif, il s'arma de son téléphone et tapa un numéro de ses doigts tremblants. C'était sa dernière chance.

« Amélia Kirkland à l'appareil, récita une voix féminine d'un ton détaché.

_ C'est Francis ».

Il entendit du mouvement au bout du fil, comme si elle s'était soudainement redressée.

« Tu es chez toi ? demanda-t-il avec le regard brillant dangereusement.

_ O-oui. Bien sûr que oui.

_ J'arrive tout de suite ».

Elle l'aiderait. Elle, au moins, l'aiderait. Il n'y avait qu'elle et Arthur, en ce monde, qui seraient capables de l'aider. Alors Francis se laissa conduire jusqu'à arriver dans une rue qu'il connaissait, l'instinct de combat fortement titillé par l'appel de son avocat. Il marcha encore plusieurs minutes avant de sonner à la porte du foyer Kirkland et se fit accueillir par un Kiku sceptique qui le laissa pénétrer la maison en clamant que la maîtresse de maison l'attendait. Le Japonais lui proposa même une serviette de bain pour ôter l'eau qui ruisselait de ses cheveux mais Francis déclina en déclarant que ce dont il devait parler avec Amélia ne pouvait pas attendre. Il se dépêcha donc vers le salon, trouvant la jeune femme assise en pyjama deux pièces sur le canapé, jouant avec ses orteils dans un geste sûrement stressé.

Elle le vit. Se releva. Ouvrit la bouche. S'inquiéta. Lui parla.

Et il fondit sur ses lèvres en murmurant entre deux baisers « j'accepte, mais promets-moi d'écouter mon histoire ». Amélia, choquée, se laissa porter vers le canapé, noyée dans la douceur de cet homme brisé.

Elle passa la nuit dans ses bras et, au petit jour, écouta l'histoire tragique que fut le passé de Francis. Ses instincts de justicières furent réveillés et, dans un élan de générosité, elle lui promit de l'aide.

Et en une nuit, Francis avait outrepassé une limite qu'il s'était pourtant imposé.

Tout ça à cause de son ex-femme.


Et oui ! Monsieur Bonnefoy les enchaîne comme ça, en une journée ! Keskiya, madame ! Keskiya ! Vous croyez que j'allais foutre Amélia au placard si vite ?! Mouahahahahah ! Mais bien sûr que non ! Ce serait trop simple ! Face au diiiiiiable qu'est cette Juliette, il faut du flouz, il faut de l'aide, il faut, il faut… Amélia ! Et oui !

Mais je rassure qui s'inquiète que, non, je n'écrirais pas de lemon entre eux deux. C'est suffisamment compliqué à écrire pour que je me les réserve dans les scènes Fruk ! Na !

J'espère aussi n'avoir perdu personne… ou que ce n'était pas trop illogique.

Dans tous les cas, je vous remercie d'avoir lu !

A la prochaine !

Biz' !