L'homme et la bête
Bonjour/Bonsoir !
Ok, bon... FanFiction me fait la gueule et refuse que je poste mes chapitres à partir de mes docs. J'ai dû faire un copié-collé.. enfin, je vous passe les détails! J'espère que ce problème sera réglé un jour...
J'ai eu, j'avoue, quelques difficultés à écrire la fin de ce chapitre, mais je crois que c'est à cause de mes angoisses (mon conseil de classe approche, je vais enfin savoir si je suis admissible en deuxième année de prépa, du coup… je stress et ça s'est répercuté sur mon chapitre… Désolée !)
Un peu de bonne humeur, diantre ! (zieut le chapitre) Euh… Le mot ne s'y prête pas, c'est ça ? Tsss… Je m'y perds dans cette fic anarchique, là ! XD Je sais même pas où j'en suis par rapport à la fin… Loin, je crois… Ah nan mais cette fic aura ma peau, je vous le dit ! Et celle qui viendra après aussi ! (oui, j'ai déjà une nouvelle idée mais ça attendra, crévindiou !)
La minute remerciements :
Arsenall :
Je suis audacieuuuuse ! Ouiiiiiiii ! J'ai séparé les jumeaux Américains, c'est la fooooliiiiie ! Niahahahahahah ! Hum, hum, hum… U.U C'est vrai que Seychelles n'apparait pas souvent, ce qui est dommage puisqu'elle mérite aussi sa place dans cette adorable chtite famille ! Merci pour ta review, ma belle ! Le sacro-saint pétage de câble continuera pour le plaisir de tes beaux yeux ! OwO
Mimichan :
Bon, je ne dirais rien quant à la réaction d'Arthur puisque tu le découvriras bien assez tôt (je crois que tout le monde redoute un meurtre dans les reviews, c'est à se demander quelle image vous avez d'Arthur ! XD) Puis, ouais, l'inégalité homme-femme est hélas un double-problème. J'espère qu'on le réglera un jour parce que briser des pères de la sorte… c'est triste :'( Merci !
Asahi :
Ouais, bien deviné ! L'argent sert à Francis pour son projet de sauvetage de sa progéniture et un peu pour sa sœur, mais je développerais mieux ultérieurement cette partie de l'histoire. Pour te répondre, Juliette est un OC complet, je ne vois même pas à quoi elle ressemble à part qu'elle a les yeux verts XD Ah ouais, mais ta romance, tu peux t'asseoir dessus pour l'instant, chérie ! Mes persos sont pas prêts psychologiquement (surtout avec tout ce que j'ai prévu de leur balancer dans la gueule) ! Gros kiss et merci !
Apparence :
Mais t'as tellement bien résumé le chapitre XD Surtout le « ouais mais j'te jure, Tonio, que je suis sa pute, la preuve ! » C'est trop vrai ! Rho puis cette Juliette qui m'agace autant que vous tous ! (è.é) Bon, t'as raison quelque part, se taper son patron, c'était extrême comme « preuve », mais puisqu'Arthur lui a bien fait comprendre qu'il le voulait… bah Francis pouvait pas dire « ouais mais on va pas au bout, eukay ? Y a mon poto que tu hais dans le placard, steuplait » X) Puis t'es trop choupi à t'inquiéter pour Amélia, mais t'inquiète, c'est encore une question de point de vue. J'essayerais de développer ça sous peu. En tout cas, mille merci et hâte de te lire ! (P.S : je n'écris que des Happy End donc dis-toi qu'y a peu de chances que Francis et Arthur ne finissent pas ensembles ! Sauf si… o.o)
Ambrecleo :
Le bon gros fuck de la morale, c'est je pense le mot d'ordre de cette fichu fic ! XD Meilleur résumé au monde ! Pour Francis, tout ce qu'il veut, c'est du flouz en quantité donc… bah d'un point de vue économique, il a pas mal joué son coup. Après, c'est toute une question de limites (sujet important que j'ai du mal à traiter, finalement…) Et houla ! C'est quoi cette théorie sur Alfred et Amélia ! XD Nan, nan, nan, chérie ! Ils sont pas liés ! XD Ne pars pas trop loin, je ne veux pas te perdre ! Bref ! Merci beaucoup !
Alice :
Je t'ai prise par surprise ! Nyaaaahaaaa ! C'est qui le patroooon ?! (c'est Arthur !) Silence ! Mon Francis imprévisible l'est pour moi aussi, tu sais ? -_- Entre ce que j'ai prévu et le résultat final, y a une sacré marche… J'te raconte pas la corvée pour tout relié après et faire genre que c'était prévu (garde ça pour toi ! Et fais gaffe, je sais où t'habite et je me vengerais si l'info filtre ! Mouahahah !) Finalement le « malsain » dont je parlais, c'est autant le FrUs de fin que la petite baise du début U.U Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et ta théorie est intéressante ! Garde-la au chaud ! :D Bizou !
Alyna :
Mon petit sucre d'orge ! Ça fait du bien de te voir ici et d'avoir un avis complet ! :D Trop contente ! Je crois que Tonio ne s'est pas touché la nouille parce qu'il était glacé d'effroi XD (mais on ne saura jamais la vérité). Amélia aura un rôle plus marqué vers la fin (finalement, j'ai peur ne pas assez l'utiliser, celle-là, puisque ma base, c'est le Fruk… ._. Va falloir que j'y remédie) La fin t'intrigue, n'est-ce pas ? :P Comment finir en Fruk avec une épouse entre eux ? XD Ah grande question ! La fin… c'est toute une histoire, en fait… U.U A moi les migraines et les pages blanches… Enfin, bref ! Biz et merci pour ton commentaire !
Beyond :
On enverra Tonio se faire ausculter par le Ludwig psy d'Interdiction (au point où on en est, on est plus à ça près niveau cohérence ! XD) Façon, ils sont tous timbrés dans cette fic ! A croire que les critères de recrutement d'Ivan étaient « être dingue », « n'avoir aucune fierté » ou « se battre les couilles de la morale » :P Sinon, je ne pense pas te refaire rire avant longtemsp mais j'espère que tu resteras intéressé par l'histoire. Là, c'est une partie assez abstraite de la fic, j'ai hâte de passer à l'action et tout ! ^q^ Merci en tout cas !
Voilà !
Alors, avant de lire, je mets les avertissements parce que, oui, y en a… :
/!\ Peut-être que, dans le fond, un certain passage ressemblera à une probable et éventuelle tentative de viol mais… bah je ne comprends pas mes personnages moi-même donc bon… Je ne pense pas mais, au cas où, je vous mets au parfum /!\
Je préviens que, mine de rien, la folie essaye de se frayer un chemin dans cette fic, même si c'est pas trop le thème que je veux développer XD (c'est tout moi, ça… intégrer des trucs pas prévus et me retrouver la bouche en cul de poule devant les demandes des lecteurs qui, parfois, en redemandent…)
Je ferais de mon mieux.
Désolée d'avance pour ce que vous allez lire. C'est bizarre…
Chapitre XIV :
Arthur conduisait prudemment sur les routes de ce début de soirée, repensant à sa journée avec un fond de radio en guise de divertissement. Déjà la veille, il avait fini tard et le voici à récidiver le lendemain même sans s'accorder un instant de repos. Mais ça, il s'en fichait. Ce qui retenait son attention, c'était la brutale disparition de son amant tout au long de la journée. Francis ne ratait jamais un jour de travail, que se passait-il ? Et comme Arthur n'avait pas voulu se rabaisser à demander de ses nouvelles à ce couillon d'Espagnol, il avait passé la journée entière à hypothétiser bêtement des scénarios plus ou moins crédibles, l'air béat devant un bureau vide où il passait « sans faire exprès » toutes les heures. On eut dit un chien attendant le retour de son maître, assis en face de la porte d'entrée, papattes en ronds et bouche en cul de poule.
De façon tout à fait illégale, il sortit ses oreillettes pour pouvoir téléphoner au volant, espérant ne pas tomber sur un policier à cette heure avancée. Il allait tenter un ultime appel pour la journée – peut-être le dixième – et tant pis s'il le dérangeait, cet idiot n'avait qu'à pas disparaitre sans laisser de nouvelles.
La sonnerie retentit dans le vide, longtemps… très longtemps, à tel point qu'Arthur souffla avec rage et frustration. Encore un peu et il allait sincèrement flipper. Sauf qu'à la dernière seconde, la sonnerie s'arrêta et Arthur sut qu'enfin, on lui répondait.
« Francis, merde ! Tu m'as fait peur ! Où es-tu ?!
_ Chez moi… »
Voix déraillée, faible, mélancolique. Message reçu, ça n'allait pas du tout.
« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
_ Fatigué… Malade… Je sais pas… Je n'ai envie de rien… »
Lasse, déprimé, éreinté. Message reçu, ça n'allait vraiment pas du tout.
« Tu as de quoi te soigner ?
_ Rien ne me guérira ».
Ok, là c'était flippant.
« Mais bordel, mais qu'est-ce qui se passe, ici ?! Francis, tu fais peur…
_ Désolé… »
Non mais… quoi ? Juste « désolé » et puis hop ! au lit, au revoir, va-t-en, lâche-moi ? C'était hors de question, Arthur ne lâcherait pas l'affaire tant qu'il ne saurait pas avec précision ce que Francis avait chopé, d'où il le tenait, pourquoi et comment.
« J'ai fait… une grosse bêtise… »
Sa voix semblait si lointaine et fragile que l'agacement d'Arthur se mua instinctivement en crainte qu'il ne se brise. Il allait de soi que Francis était en pleine déprime pour une raison qu'Arthur ignorait encore (mais qu'il allait bien découvrir), le genre de déprime qui vous colle à votre lit et vous empêche de faire quoique ce soit de constructif.
« Quelle bêtise… ? Dis-moi… Tu sais que je ne te juge pas.
_ Je… Hier soir… je… »
Arthur attendit une suite qui n'arriva pas. Il prit la décision de se garer sur le bas-côté en attendant d'avoir une réponse. Conduire et téléphoner en même temps, le tout associé à son inquiétude grandissante, ça risquait de ne pas faire bon ménage. Si Francis s'accaparait toute son attention, il serait capable de se manger une voiture ou un piéton. Fâcheux.
« Ma femme continue de m'attaquer en justice, poursuivit le malade avec une voix trainante traduisant sa fatigue. Parait-il que je serais un ivrogne… que c'est à cause de ça qu'elle m'a quitté en vrai, qu'elle n'avait « pas osée le dire au moment du divorce » parce qu'elle voulait protéger les enfants de mes coups… Elle dit que je battais mes enfants après avoir trop bu…
_ Quelle horreur…
_ Alors je… il y a tellement de choses que je dois faire, Arthur… J'ai besoin d'argent, tu comprends… ? Alors je… j-je suis allé… chez toi hier… – et à ces mots, Arthur se tendit sur son siège – pour… pour… Je… Amélia m'a écouté sans m'interrompre… Elle trouvait terrible ce qui m'arrivait… Je lui ai promis de la combler contre de l'aide… J-j-je… Je… Qu'est-ce que j'ai fait… ? Elle avait envie de… de quelqu'un pour lui donner de l'affection, juste comme ça… une histoire simple sans sentiments… alors j'ai saisi ma chance… mais… c'est pas bien, n'est-ce pas ? C'est pas bien de réclamer de l'argent de cette façon-là… Mais elle s'en fiche tellement que… j'ai pas résisté… Je suis tellement désolé, Arthur… Je t'avais dit que je ne le ferais pas… que c'était trop pour moi… et regarde où j'en suis… Tout ça pour du fric… Je la hais. Je hais ma femme. Je voudrais qu'elle meure pour ce qu'elle me force à faire ».
Une crise de larmes avait commencé au bout du combiné, Arthur en eut le cœur brisé.
Francis pétait littéralement un câble. Sans doute parce qu'il venait de réaliser à quel point il avait atteint un stade critique dans sa vie, sans retour possible. Tout était parti en vrille, le sens n'existait plus, la logique n'était plus que relative. Un seul but lui restait en tête, le hantait, c'était son désir de retrouver une vie stable. Et pour en arriver là, il devait exploser tout le reste. Sa morale ? Déchirée. Ses valeurs ? Oubliées. Son caractère ? Transformé. Francis se noyait dans une bouillasse continue et pour en sortir, il n'avait plus le choix, il devait nager dedans. Pour vaincre le mal, il allait se servir du mal. Comment avait-il pu espérer s'en sortir en ne s'impliquant qu'à demi dans le problème ? Francis se raillait. Au nom de son reste de valeurs humaines, il avait refusé de s'offrir à Amélia.
Foutaises ! Elle aussi pouvait jouer un rôle dans l'histoire ! Et si elle acceptait d'être utilisée en toute connaissance de cause, c'était encore mieux. Il devait s'en foutre, de ces questions de moralité, de l'avis des autres. Tant qu'il avait son masque, il pouvait tout se permettre. Et si sa vie entière devait en devenir une immense comédie théâtrale, soit ! Il jouerait son rôle jusqu'à l'acte final ! Et si personne ne l'applaudissait, peu importe ! C'était sa pièce, c'était son art.
Alors pourquoi cette conclusion le faisait-elle pleurer ? Que venait-il de briser en lui ? Le souvenir de sa mère, peut-être ? Ou juste l'intégralité de son enfance ? Il ne savait plus.
« J'ai le cœur… en lambeaux… »
Arthur aussi, mais pour d'autres raisons.
« J'arrive tout de suite ».
La voiture redémarra d'un coup sec, changeant totalement d'itinéraire. Elle roula, roula, vite, longtemps, pour rejoindre l'appartement mortuaire de Francis, grand et vide comme son cœur. Arthur s'était garé à l'arrache sur le trottoir et en était sorti hâtivement en claquant la portière derrière lui. Se jetant sur la porte d'entrée, il se rendit compte que le verrou n'était pas mis, chose très dangereuse. Arthur entra et fit deux tours avec la clé pour cadenasser la porte et empêcher quiconque de les déranger. Cela fait, il dériva dans toutes les pièces jusqu'à tomber enfin sur la chambre – dans le feu de l'action, il avait oublié où elle se trouvait.
Le malade était couché sur son lit comme s'il s'y était jeté sans bouger. Il était habillé comme la veille, avec ceinture, cravate et tout le bazar, à tel point qu'Arthur comprit de suite que ça faisait presque vingt-quatre heures qu'il était dans cet état. Rentré tard – ou tôt devrait-on dire – de son escapade chez Amélia, il était parvenu à sa chambre fatigué et brisé psychologiquement par ces récents actes, et n'avait pas bougé d'un pouce, se laissant bien le temps de tomber malade. Quoiqu'on se demandait si sa maladie était plus mentale que physique.
« Francis ! »
Arthur se dépêcha vers lui pour prendre sa température avec sa main. Comme prévu, il était bouillant de fièvre.
« J'appelle les urgences !
_ Non… Pas eux… Pas l'hôpital…
_ Pas le temps pour les caprices, tu vas te bousiller le cerveau à ce rythme !
_ Je guéris vite… et seul… Juste besoin d'eau froide… Et les pilules de maman… »
De quoi parlait-il ? Arthur était circonspect quand à tout ce qui n'était pas production médicale contrôlée. Pas qu'il ne faisait pas confiance en les talents de la mère Bonnefoy mais était-ce bien raisonnable de remplacer des soins donnés par des professionnels avec un outil de fabrication artisanal ?
« Ils fonctionnent… promis… Va dans la salle d'eau… Dans la boîte à pharmacie derrière la glace… Le bocal orangé… Puis de l'eau… Beaucoup d'eau… »
Ça n'allait pas fort dans sa tête. Les neurones étaient d'ores-et-déjà en train de surchauffer.
« D'accord, mais si dans une heure ça ne va toujours pas, j'appelle une ambulance.
_ Très bien… »
Bon, au moins, ils avaient réussis à tomber d'accord. Ça aurait pu se passer plus mal, Francis aurait pu péter un câble et lui hurler de le laisser tranquille. Il gardait donc finalement une part de lucidité. Rassurant.
Arthur fouilla dans l'armoire à pharmacie qui surplombait le lavabo, puis trouva rapidement un flacon orange sans étiquette – tellement pas rassurant qu'il en eut des frissons – et passa par la cuisine pour remplir un gant de toilette avec des glaçons piqués du réfrigérateur. Son butin en main, il revint à la chambre et posa le tout sur le lit, le temps de bouger le malade pour l'étaler plus dignement sur le drap. Assis à ses côtés, Arthur posa le gant sur le front bouillonnant et décapsula la bouteille de médicaments avec un regard sceptique.
« Combien ?
_ Juste 2… »
Arthur lui présenta les pilules, que Francis goba immédiatement. Redressé par l'aide de son patron, le Français obtint un verre d'eau pour aider les billes à passer dans son œsophage. Puis il fut reposé sur le matelas avec tendresse.
« N'oublie pas. Une heure max.
_ Dans trente minutes, ça ira déjà mieux… »
Il avait l'air convaincu. C'était peut-être de cette auto-persuasion que Francis lui avait parlé la dernière fois. Avec un peu de motivation, il pourrait se relever de cette mauvaise passe.
L'Anglais décida de rester à son chevet, il avait envoyé un petit message à Amélia pour la prévenir qu'il ne rentrerait pas ce soir non plus, et puisqu'elle ne répondit pas, il en déduisit qu'elle devait déjà dormir à poings fermés. D'un geste qui se voulait tendre, il caressait parfois les mèches teintées de sueurs de son amant pour les retirer de son visage blême et souffrant. Quand il ne lui arrangeait pas les cheveux, il épongeait sa figure ou retournait chercher des glaçons pour le refroidir. Il l'avait aussi débarrassé de quelques accessoires encombrants, comme la ceinture qui lui serrait les hanches ou la cravate qui l'étranglait, puis avait déboutonné le pantalon et la chemise dans le projet de les lui retirer – mais il avait vite abandonné.
« J'ai oublié de le faire réchauffer…, marmonna Francis pendant son délire (et une demi-heure de délire, c'est long, croyez-moi).
_ De quoi ?
_ Il ne vole pas ? Il pourrait faire un effort pour battre des ailes… »
Arthur n'avait même pas envie d'imaginer de quel genre d'hallucinations souffrait son amant. C'était peut-être des souvenirs déformés. Ou un débridage de son imagination.
« Le concert…
_ Quel concert ?
_ Il faut que j'aille au concert.
_ Lequel ?
_ Joli, joli… Et toute belle… »
Arthur avait le doigt sur son téléphone, à deux doigts de faire venir une ambulance, quitte à rompre sa promesse d'attente. Bon, il devait avouer que Francis avait repris quelques couleurs mais il allait lui en falloir davantage pour le convaincre qu'il guérissait. Et en plus, lui-même était prêt à tomber de fatigue, ce qui n'allait pas beaucoup aider.
Francis, dans un élan de conscience, remarqua son état et lui caressa la joue du bout des doigts, l'œil maladroit et incertain.
« Dors, toi aussi. A ton réveil, je serais guéri.
_ Hors de question…
_ Quel enfant… Tu me causes du souci à toujours me tenir tête. C'est toi qui va me rendre malade.
_ On en reparlera de ta convalescence. Pour l'instant, repose-toi ».
Ça sentait la grosse discussion au réveil. En même temps, l'histoire venait de changer de rive avec la récente action d'un certain Français à la recherche d'argent facile. Maintenant que sa femme était en jeu, Arthur allait devoir recevoir quelques comptes. C'était son bon droit. Puis il n'était pas aveugle, il voyait bien que l'état de Francis se dégradait avec cette histoire de procès. Il était victime de ses propres décisions et pourtant, il ne pouvait pas faire autrement. Piège.
Malgré toute sa bonne volonté, Arthur ne put s'empêcher de piquer du nez, surtout lorsqu'il entendit le ronronnement régulier du souffle endormi s'échapper, entre deux silences, des lèvres entrouvertes de son compagnon. Ses paupières se fermaient toutes seules dans la noirceur de la chambre à coucher, comme pour l'arracher à son rôle d'infirmier improvisé. Il avait beau lutter, il dut s'avouer vaincu peu de temps après, déchiré par la fatigue qu'il avait accumulé. Son cerveau n'avait même pas eu la force d'analyser le retournement de situation que lui imposait Francis en couchant avec sa femme. Il ne ressentait qu'une infinie lassitude et un pincement discret mais omniprésent au cœur.
A chaque mouvement inconscient du malade, Arthur entrouvrait les yeux pour tâter son front, toujours un peu plus rassuré de sentir la chaleur stagner à un niveau moins alarmant. Il était toujours fiévreux, mais ne risquait plus de rupture nerveuse. Le Britannique put récupérer quelques heures de sommeil, même si cela restait très relatif. Plus il se reposait et plus ses esprits s'éclaircissaient. C'était sans doute une bonne chose mais, paradoxalement, plus sa tête était fraiche et plus il se sentait mal. Ça y est, il percutait pleinement ce qu'il se passait. Ou alors, Francis lui avait refilé un virus. Non… Dur à croire.
Mais qu'est-ce qu'il se passait ici, au juste ? Qu'avait fait Francis comme folie ?
Plus cette question tournait dans son demi-sommeil, plus Arthur se réveillait. Impossible de dormir en ayant conscience de ça, il allait en devenir fou ! Francis avait renoncé à Amélia avant même de commencer quoique ce soit, alors pourquoi se raviser maintenant ? Ah oui, il se souvenait… L'ex-femme récidiviste avait planté un clou supplémentaire dans la poupée vaudou qu'elle devait avoir fabriquée à l'effigie de son ancien mari. Donc, pouvait-on donner raison à Francis pour ce retournement brusque ?
Et pourquoi il en faisait tout un plat, lui ? Ça avait été le premier à encourager Francis à le faire, il ne récoltait que ce qu'il avait semé. Mais non, bien sûr, il ne pouvait pas s'en réjouir et faire comme de rien ! Celui qui s'en réjouissait, ce n'était pas lui… c'était l'excès de folie dont il avait fait preuve qui riait de cette situation. Lui, Arthur, il n'était pas un tel salaud. Il ne pouvait pas s'enthousiasmer à voir Francis s'enfoncer.
Mais c'était plus que ça.
Ce quelque chose qu'il ne comprenait pas s'embrasait en lui. Arthur eut une bouffée de chaleur qui le réveilla totalement, le rendant amer. Il ne sentait aucune joie ni aucune nuance d'espoir particulière dans son cœur, pas même d'empathie pour Francis qui avait fait ce sacrifice pour s'en sortir. Même conscient de ça, Arthur n'était pas heureux pour lui. Oui, Amélia était une solution pour lui, mais non, ce n'était pas réjouissant pour Arthur, malgré les envies de son autre lui. Cet autre n'était que spontanéité, il prenait des décisions à court-terme, illogiques, contrairement à Arthur qui pensait au long-terme et logiquement. Cet autre n'était même pas capable de se mettre d'accord avec lui-même. Il hurlait dans ses entrailles comme un gamin capricieux, mais pourtant, ce gamin n'obtenait que ce qu'il avait voulu.
C'était le bordel en lui, Arthur se sentait comme une bête assoiffée et enragée, mais tout ce trouble restait confiné en son cœur, invisible aux yeux du monde. Il bouillonnait de l'intérieur pour quelques obscures raisons (s'il n'y en avait eu qu'une, il ne serait pas sentit comme ça), et le jour où cela exploserait… mieux valait ne pas y penser. Contre combien de choses rêvait-il donc de hurler pour ressentir ça ? Il avait l'impression que la décision de Francis venait de réveiller toutes ses haines d'un même bond, même celles qui n'avaient aucun rapport avec leur actuel problème.
Toujours un peu pale, Francis somnolait en ignorant totalement le trouble qui animait son partenaire. Celui-ci se mordit la lèvre en tiquant et commença à se redresser sur le lit pour observer son jouet dissident en pleine convalescence. Les iris verts sombres parcoururent le corps avec attention, malgré la luminosité quasi inexistante, une expression de frustration colée au visage.
Il avança, le nez à deux centimètres de cette peau chaude et moite, les yeux plissés.
Puis il la trouva. La preuve. La marque. Cachée dans le cou, sous une cascade de cheveux. Une marque qui n'était pas la sienne et dont il ne put que deviner la provenance. Elle était moins prononcée que celles que lui faisait, parce qu'elle avait dû être faite dans la précipitation. A l'inverse de son épouse, Arthur prenait toujours son temps pour marquer la peau de Francis, pour être bien sûr que la morsure resterait longtemps après. De ce point de vue-ci, Amélia était une petite joueuse par rapport à lui.
Il attrapa les deux pans de la chemise ouverte sans trop s'attarder sur le ventre un peu creusé de son patient, glissant son nez dans le tissu caressante. Ses mains tremblèrent – tiraillant légèrement la chemise dans le processus – et ses yeux se convulsèrent. Il se calma de paroles silencieuses pour se retenir de hurler mais déjà, son souffle se fit court. L'autre était à deux doigts de sortir de lui.
L'odeur.
Ce n'était pas l'eau de Cologne qu'utilisait habituellement le Français, ce parfum qu'Arthur connaissait par cœur et saurait retrouver dans une mer de senteurs, non, ce qui se dégageait de lui à cet instant était plus doux, plus rond, plus floral, une autre odeur qu'il connaissait (qu'il connaissait trop bien, même) et qui le rendait acerbe, un arôme de femme. Sa femme.
Elle avait imprégnée ses vêtements et sa peau, joueuse, comme la vraie Américaine qu'elle était qui marquait son territoire partout. Surtout qu'Amélia aimait bien montrer que telle ou telle chose lui appartenait et, jusque-là, Arthur avait trouvé ça drôle et charmant. Sauf que là, elle avait revendiqué quelque chose qui lui appartenait à lui.
Il secoua la tête et tiqua encore plusieurs fois, réalisant qu'il commençait à jouer au psychopathe alors que, concrètement, il n'avait rien à craindre. Déjà parce que Francis n'était pas sa chose, puis parce que, de toute manière, aucune romance n'était possible entre son épouse et son amant, comme l'avait si bien dit Francis dans sa fièvre.
Mais même en sachant ça… l'autre grondait comme un enfant à qui on volait son jouet.
Pour endiguer tout comportement extrême, Arthur prit la décision d'aller quérir une serviette mouillée dans la salle de bain et de commencer à nettoyer la peau de Francis, encore assoupi. Ce dernier gémit de mécontentement en sentant un essuie-main se balader sur son corps à nu et frotter parfois plus fortement qu'ailleurs. A peu de choses près, Arthur allait lui arracher la peau…
Retirer l'odeur. Retirer l'odeur. Retirer cette odeur.
Francis, à demi-conscient, commençait à se demander pourquoi un Arthur assis sur ses hanches le frottait avec autant de vergogne, alors que lui ne désirait que dormir pour les quelques vingt prochaines années. Mais avec l'autre qui gesticulait sur lui, c'était très mal barré, même avec toute la meilleure volonté du monde.
« Huuum… Arthur… Tu fais quoi… ?
_ Chuuuut… »
L'Anglais ne préférait rien dire sous peine de lâcher des aveux gênants qui ne viendraient pas de lui. De toute façon, il était plutôt occupé à nettoyer et ne voulait pas perdre un instant à bavarder.
« Arthur… Tu me fais mal…
_ Tais-toi ».
Le malade commença à se réveiller pleinement en sentant le trouble prendre possession de son patron. La voix était tellement cassante et ferme qu'une angoisse grimpait en flèche dans son cœur. Quelque chose n'allait vraiment pas avec Arthur. Même crevé et en nage, Francis était capable de le déceler et de s'en inquiéter. La serviette lui brûlait la peau à tel point qu'il commençait à se sentir agressé.
« Arrête, Arthur ! Tu me fais mal !
_ Ferme-la ! »
Ils avaient commencés à lutter l'un contre l'autre en s'attrapant les bras et en se bousculant. Mais avec son défaut de santé et sa position de contrebas, Francis était en net désavantage et se fit vite maîtriser malgré toute la force qu'il déployait. Arthur se pencha sur lui pour humer son odeur, le bloquant contre le lit avec un visage figé sur une expression horrifiée.
« C'est encore là… L'odeur…
_ Arthur, merde ! Qu'est-ce que tu fiches ?!
_ Il faut la retirer… Ou la remplacer ».
Le Britannique avait plus l'air d'une biche en danger de mort et cherchant à survivre que d'un monstre sanguinaire. On sentait un peu de peur et beaucoup de spontanéité dans ses gestes, comme s'il ne contrôlait plus rien de ce qu'il faisait. Francis comprit trop tard qu'il recommençait une crise de folie comme il en avait fait lorsqu'il l'avait invité chez lui. Sauf que là, il était encore plus enragé et incontrôlable que prévu, car contrairement à la dernière fois, il ne s'amusait pas dans sa démence mais extériorisait une frayeur sincère.
Arthur s'appuyait sur ses reins avec beaucoup d'insistance. Courbé vers l'avant, il avait cessé de flairer son odeur pour plutôt sortir les crocs. Trop tard. Francis n'avait pas réagi assez vite. La bête mordit la base du cou, juste en-dessous de la précédente marque, d'abord durement, puis il sembla reprendre un peu contenance – au dernier moment – et préféra quelque chose de plus subtile. Trop tard encore une fois, la douleur était déjà là, cachée derrière la prétendue douceur qu'Arthur revendiquait. Celui-ci faisait comme de rien, suçotant amoureusement la peau pour transformer la morsure en suçon, basculant un peu les hanches vers l'avant pour – sans faire exprès – rencontrer l'entre-jambe de sa proie. Les bruits de succions se mêlaient à des soupirs franchement échauffés de la part de l'Anglais. Il prenait son pied à le posséder de la sorte. Et alors que sa bouche suçait différents bouts de peau, il continua à rouler des reins avec un soupçon d'innocence.
Sauf que Francis ne fut pas dupe face à cette technique de séduction très… étrange. Arthur était en train de ne compter que sur l'attirance physique pour le charmer, ce qui était assez inespéré venant de lui, un homme pourtant accro à l'union du corps et de l'esprit. Pour l'Anglais, Francis était plus qu'un organisme fait de chair et de sang normalement… c'était une personnalité, un nid à contradiction, une machine d'intelligence sur laquelle il s'appuyait au travail… Là… ce qui se passait était insolite !
Qu'Arthur se comporte comme un enfant, ce n'était pas si étonnant, c'était même un peu sa marque de fabrique (dans le domaine du privé, tout du moins), mais le voir se comporter comme un animal… c'était plutôt pour Francis, ça. Arthur était supposé être le plus civilisé des deux car sincère dans son humanité, là où Francis mentait et se cachait sous un masque.
« Qu'est-ce qui t'arrive, Arthur ? »
Les rôles s'étaient inversés.
Arthur venait de lui rappeler qu'ils étaient deux à être dans la merde. Que si l'un était un menteur en plein procès et couchant à droite-à gauche pour arrondir ses fins de mois, l'autre était tiraillé entre cette civilité – qui faisait de lui un homme noble – et le désir de liberté et d'indépendance qui sévissait en lui. Alors, Francis se posait la question : qui avait-il en face de lui ?
« Stop ».
L'Anglais l'ignora, continuant de dévorer sa peau en faisant ses éternels mouvements de reins dans le but – désormais plus qu'évident – de réveiller ses désirs primitifs. Donc l'animal voulait réveiller son compère et l'attirer dans cette bestialité libératrice ?
Ou, en d'autres termes, Arthur était tombé en pleine démence et pétait complètement un câble.
« Arthur, j'ai dit stop !
_ Chuuut ».
Francis aurait aimé lui répliquer « y a pas de chut qui tienne ! Descends de là, c'est toi qui dois aller à l'hôpital ! » mais le baiser brutal qu'il reçut le dissuada d'ouvrir la bouche. Arthur n'avait jamais paru aussi passionné et hors de lui qu'à ce moment-là. Sa créature intérieure le rendait attirant mais uniquement d'un point de vue charnel. Intellectuellement, il n'y avait plus rien, ce n'était plus Arthur comme on le connaissait, et c'était terrifiant à voir. Francis sentit d'ailleurs deux mains grimper sur son ventre pour le caresser, passant de l'estomac au torse, puis à la gorge, pour redescendre à nouveau dans un geste languissant. Arthur s'était même attardé quelques instants sur ses tétons, mais s'était presque immédiatement senti attiré par le creux des reins, qui lui permis de glisser dans le bas du dos grâce à la courbe naturelle de son corps. Pendant ce temps, le Français avait tenté quelques manœuvres de libération mais ses muscles restaient trop endoloris. Malade, plongé dans une pénombre déprimante, terrifié à l'idée de faire à nouveau face à la seconde personnalité de son amant, il ne valait pas grand-chose face à un animal en pleine possession de ses moyens. Et pour ne rien arranger, la chaleur continuait de lui monter à la tête pour relancer sa fièvre.
Par contre, quand une main rentra dans son boxer pour empoigner son sexe à demi-érigé, il eut une montée d'adrénaline qui le poussa à insister pour contrer cette attaque malsaine sur sa personne. Il avait attrapé le poignet de son patron pour le retirer de son sous-vêtement pendant que l'autre main luttait pour s'échapper de la poigne d'Arthur. Ce dernier se jeta à nouveau sur ses lèvres, le regard dans le vague, tellement inconscient de ses gestes que Francis souffrait d'avance du chemin que prenait cette lutte. Autant, il essayait de préserver son reste d'intégrité physique, autant il avait plutôt l'impression de se battre pour retrouver l'Arthur qu'il connaissait.
« Lâche-moi tout de suite !
_ Retirer l'odeur… A moi… A moi… »
Le délire semblait prendre racine dans quelque chose d'assez anormal. Francis avait du mal à percevoir ce qui n'allait pas avec son amant, ce qui avait pu le mettre suffisamment en rogne pour l'amener à perdre contenance.
Un sourire fleurit sur les lèvres de l'Anglais, doux et lointain, presque mélancolique.
« Je serais celui qui reste. Je me fiche des autres… d'elle… je veux juste être l'éternel… l'odeur qui s'accroche… la mienne ».
A ce moment-là, Francis eut un éclair de génie et compris enfin de quoi il pouvait être question. Avec quelques degrés de trop de fièvre, il lui avait fallu du temps pour avaler tous les éléments et les analyser. En fait, et de façon parfaitement illogique, Arthur était juste en train de crever de jalousie pure. Et ça alors qu'il lui avait fait tout un cirque pour le convaincre que prendre Amélia pour maîtresse, c'était cool pour les affaires, mine de rien. Et pire ! C'était la seconde personnalité d'Arthur qui lui avait fait ce caprice et qui, là encore, faisait parler de lui ! Cela signifiait que le vrai Arthur avait lâché prise et que l'agacement – pourtant minime – qu'il aurait dû ressentir s'était mué en cette… chose.
Bon, ça n'arrangeait rien à la situation mais c'était déjà plus clair.
Arthur était jaloux, avait fait une crise de folie et s'était libéré de lui-même pour clamer sa possession.
La main ne voulait pas se retirer de son sexe malgré ses efforts pour s'en défaire. Il craquait bêtement face à ses instincts. Bêtement oui. La maladie ne retirait pas la lucidité de Francis, il avait conscience de faire preuve de stupidité en baissant peu à peu ses défenses. Qu'Arthur soit jaloux et veuille le posséder, ça flattait délicieusement son égo et lui faisait très plaisir.
« Dis-le, Francis… Dis-le… »
La demande était soupirée avec envie entre deux baisers de désespoir. Arthur avait une veine apparente sur la tempe droite, pour bien signifier que ça bouillonnait trop dans sa tête. D'un point de vue médical, Francis n'avait peut-être pas intérêt à le repousser. Qui sait ce qui pourrait lui arriver en représailles.
« Dis-le… »
Et il continuait de le toucher au bas-ventre en bloquant un de ses bras contre le drap, dans un angle assez douloureux qui l'empêchait de se redresser.
« Tu es à moi, non ? Tu me l'as dit, alors dis-le encore.
_ Tu as besoin de repos, Arthur. Regarde-toi, la fatigue t'a rendu complètement dingue.
_ Dingue de toi.
_ …, à ça Francis ne put rien répondre car trop choqué.
_ Dis 'je suis à toi' et après, je m'offrirais autant de fois que tu le voudras. Promis.
_ Ta femme s'est offerte à moi hier, ce serait salaud de ma part de vous enchaîner l'un après l'autre.
_ Je m'en fiche que tu te tapes ma femme, elle n'est rien pour toi. Moi je suis tout. J'ai les clés de notre compte en banque, je suis celui que tu peux voir partout et tout le temps. Elle n'est qu'un bonus, une prime sur la paie que je te verse. Dis-le.
_ Arthur… Ce serait…
_ Ne me sors pas que ce serait amoral, j'en rirais. Tu n'as plus de moral. Tu n'as plus qu'un but dans la vie : retrouver tes enfants. Le reste, tu t'en fous… Tu t'en fous… Dis… Est-ce que tu t'en fous, de moi ?
_ Non, bien sûr que non. C'est même pour ça qu'on devrait s'en arrêter là. J'honorerais ton corps quand tu voudras mais… pas cette nuit.
_ Mais moi, je veux cette nuit.
_ Reprends toi, je ne te reconnais plus…
_ Je m'en fiche. Avoue l'évidence, tu es à moi. Je t'offrirais tout. Grâce à moi, tu retrouveras ta famille rêvée et tu seras heureux ! Ce n'est pas quelque chose qu'Amélia seule pourra t'offrir.
_ Mais je ne veux pas d'Amélia seule…
_ Tant mieux. Parce que je suis celui qui te sauveras ».
La chaleur montait encore plus dans son bas-ventre sous la caresse lente d'Arthur, qui reprenait ses droits malgré la résistance – de plus en plus faible – dont l'autre faisait preuve. Francis avait un peu peur de le mettre en colère. Il devait bien reconnaître que son patron était le meilleur parti pour lui, bien plus que son épouse, et que donc se le mettre à dos serait une mauvaise idée. Mais il craignait, en se lâchant, de perdre… de perdre…
Mais quel con…
Toujours à craindre de perdre sa morale alors que ça faisait des heures qu'il avait réalisé qu'il n'en avait plus. Il déconnait, n'est-ce pas ? Il déconnait grave.
Il en était à un stade de sa vie où il devait choisir entre sa morale et l'argent. Et le choix était cornélien. S'il se débarrassait de ses valeurs, qu'allait-il pouvoir apprendre à ses enfants ? « Prostitue-toi, mon fils, et tu t'en sortiras ? » Impossible… Mais pourtant, il ne pouvait pas laisser ses deux trésors entre les mains d'une si mauvaise mère, il devait à tout prix les récupérer. Elle ne leur apprendrait que la solitude et la rancœur. Lui au moins avait de l'amour pour eux.
Sa hampe continuait de s'ériger et sa poigne se fit de plus en plus incertaine. Il n'arriverait jamais à retirer la main d'Arthur sur lui, sa prise sur ses sentiments. Arthur avait déjà tout, même sans le savoir.
« J-j-je… Je suis… à toi… »
Arthur se redressa, une expression étonnée plaquée au visage. Ses paupières se fermèrent lentement et il bascula la tête vers l'arrière pour ingurgiter ces mots et les apprécier. Non, plus que ça, il les dégustait littéralement. Sa tempe avait l'air de moins marteler, comme s'il se calmait. C'était bien ça, après tout… Arthur avait crisé par jalousie et, comme avec un enfant, il avait fallu lui prouver qu'il avait toujours notre attention pour le calmer.
Le Français reçut un gros câlin un peu sorti de nulle part mais compris qu'il y avait une volonté cachée derrière cette tendresse lorsque l'érection d'Arthur rencontra la sienne. Ce diablotin se jouait bien de lui…
Collant leurs deux sexes l'un contre l'autre pour les toucher d'un même mouvement, Arthur ronronna de plaisir, les joues toutes rouges et toutes rondes, comme celles d'un enfant heureux. Leurs hanches entamèrent un roulement vers l'avant, tendre, langoureux, pour approfondir le contact.
Je n'ai plus grand-chose à perdre, se répétait Francis en se laissant aller. Et j'ai tout à y gagner à devenir fou, moi aussi.
Occupés à sexualiser leur folie, les deux déments en vinrent à gémir en cœur, la tension redescendant soudainement au point mort. Francis se sentit moins fiévreux et Arthur avait perdu la veine d'excitation palpitant à sa tempe. Pour le moment, ça allait mieux, mais combien de temps cette illusion tiendrait-elle ? Longtemps, peut-être. Après tout, Francis avait tenu, face à sa mère, l'illusion d'être dans une vie stable et parfaite pendant cinq ans. Il avait de la suite dans les idées et pouvait tenir encore longtemps.
Tout était toujours une question de morale. En s'en débarrassant, il se débridait ultimement. C'était la solution parfaite. Plus de contraintes, plus de peurs. Juste son objectif en ligne d'horizon et Arthur en guise de barque – puis Amélia comme rame. Avec eux, il ne se noierait pas en chemin.
Et le masque pour se confondre avec les humains, bien sûr.
Oui. Evidement. Tout allait bien maintenant.
Si Arthur craignait d'être mis de côté, Francis allait juste se montrer de plus en plus aux petits soins pour lui. Il fallait le rassurer, ce pauvre enfant esseulé. Lui aussi souffrait dans sa vie, bien que son combat soit contre lui-même. Un jour, sans doute, il parviendrait à reprendre le contrôle de sa vie. Et ce jour-là, ce sera Arthur qui n'aura plus besoin de Francis, et non l'inverse. Pour l'instant, le Français était tout pour lui, mais ce n'était que temporaire.
En toute innocence, il se demandait combien de temps leur couple caché fonctionnerait. Et qui abandonnerait l'autre le premier, une fois sa vie reprise en main. On pouvait d'ores-et-déjà prendre les paris.
Mais pour l'heure, ils allaient tous les deux se complaire dans leur double-crime, à frotter leur sexe contre l'autre et à crier de plus en plus fort pour extérioriser leur extase. Francis perdit pied, perdit le contrôle, perdit le sens en gémissant sans honte, l'esprit allégé par les opportunités qu'il avait durement gagnées. Et alors que sa complaisance le rendait ivre de désir, le téléphone sur sa table de chevet se mit à sonner, malgré l'heure avancée. Son bras libre le chercha à tâtons pendant que les mouvements sur son sexe l'échappaient du monde réel.
C'était sa mère.
Sa mère qui appelait tard le soir ? Une urgence ? Un problème ?
Alarme ! Il devait répondre !
« Non ! »
Les larmes aux yeux comme si on venait de le trahir, Arthur attrapa le téléphone avec les dents pour le cracher plus loin, puis embrassa Francis à en perdre haleine, plaintif et horrifié.
« Pitié… pitié… Juste moi… Aujourd'hui, c'est juste moi… »
Pour la première fois de sa vie, le Français fit passer sa précieuse famille en deuxième position dans sa liste de priorité, et ce malgré toutes ses inquiétudes et ses paranoïas.
Complices et confidents, ils s'attendirent pour jouir d'un même élan, dans un râle grave et profond, déversant leur semence mêlée sur le ventre du Français, dont le souffle haletant vint se fusionner à celui de son compagnon dans un baiser réconfortant.
Puis, vidés de leur énergie, ils s'allongèrent l'un à côté de l'autre afin de poursuivre cette nuit trop souvent interrompue.
0*O*o*O*0
« Pardon… »
Allongé sur le dos en fixant le plafond, le crâne enfoncé dans les bras qu'il croisait derrière sa nuque, en silence, Francis tourna la tête sur le côté, vers son patron, lui-même couché dos à lui, sur le flanc, comme s'il fixait les volets fermés avec intérêt.
« Je suis tellement désolé pour tout ça… »
Francis étira son corps pour recouvrir celui d'Arthur et le combler de chaleur.
« Je ne sais pas ce que je fous… Je suis à fleur de peau pour rien… Jaloux de tout le monde… Je me sens seul et inutile… J'ai pensé qu'avec Amélia dans les pattes, tu me laisserais… alors que j'ai tant besoin de toi…
_ Je n'ai aucunement l'intention de t'abandonner, Arthur ».
Le corps sanglotant de l'Anglais se tendit en percevant la texture douce et chaude de la peau du Français couvrir la sienne. Cet homme était si doué pour réconforter les autres… un vrai plaisir. Comment Arthur pourrait ne pas souhaiter rester au centre de ses priorités ? Certes, c'était égoïste, mais la faute revenait aussi à la tendresse naturelle du latin, qui était devenu tout son monde grâce à sa gentillesse.
« Quoiqu'il se passera à l'avenir, tu fais déjà partie intégrante de ma vie. Tu as un statut particulier pour moi, quelque chose… de plus. N'aie pas peur d'être seul, je mourrais cent fois plutôt que de te faire subir pareil affront Il faut juste que tu crois un peu en ma parole. Je sais que ça peut paraitre risible venant de moi, mais je te demande de me faire confiance. J'ai conscience que tu seras toujours mon principal soutient, plus qu'Amélia, plus qu'Antonio, plus que n'importe qui. Alors, n'aie pas peur. D'accord ?
_ … oui… »
Un baiser sur le sommet du crâne vint clore cette discussion qu'ils espéraient ne plus avoir.
Francis avait largement sous-estimé le comportement déviant de son partenaire, qu'il ne pouvait maintenant plus prendre à la légère. Quand Arthur lui faisait comprendre qu'il était tout pour lui, c'était à prendre au pied de la lettre. Il avait une immense responsabilité désormais, il était devenu le gardien du mental d'Arthur. Le seul capable de le calmer et, à l'inverse, de le faire craquer.
A l'avenir, il ne pouvait plus se permettre de prendre des décisions à la légère sans lui en parler avant.
Vous comprenez pourquoi je ne sais pas si c'était une tentative de viol ou non ? Arthur m'échappe tellement que c'en est flippant, là ! Je vais recadrer ce perso vite fait bien fait avant de tomber dans l'anarchie ! /zieut sa frise chronologique et pleure/ J'suis foutuuuue ! Ce perso part en sucette ! Et Francis aussi ! Ils savent pas ce qu'ils veulent !
Fuck la morale ! Il faut que je m'en débarrasse puisqu'il n'y en a plus dans cette fic ! C'est moi, le problème, en fait ! Je peux pas m'empêcher de laisser des valeurs à mes persos alors qu'ils ne sont plus sensés en avoir… C'est pas possible, ça ! Francis ! Tu t'en fous, ok ?! Fais un doigt à Miss Morale et fais ce que je te dis de faire !
Ah mais ces persos dissidents ! Méritent une baffe !
Bref, merci d'avoir lu ! J'ai hâte que ça devienne plus intéressant et qu'il y ait un peu plus d'action !
Biz' !
