L'homme et la bête

Bonsoir !

En retard, n'est-ce pas ?

Pour ma défense, la fin des cours a été synonyme pour moi de stress intense puisque, étant dans une prépa orpheline, je n'avais aucune idée du lieu où je pouvais faire ma khâgne (car oui, je vais en khâgne comme la bonne maso que je suis). J'ai donc passé une semaine ABOMINABLE (si, si XD) à faire de la paperasse et à mendier aux portes des lycées… comme une clocharde… chose que je suis, en fait… O.O

Donc, vous comprendrez… je suis pas très bien, émotionnellement parlant. Je me sens toute déprimée et toute triste, c'en est ridicule.

Du coup, j'ai honte de vous présenter ce chapitre qui, pour moi, est raté. Mais si je ne l'avais pas fini, j'ignore où ça m'aurait emmené. Me dire que je vais commencer un autre chapitre très différent va me faire du bien, je pense.

Donc : pardon. Je vais me reprendre.

Puis l'abandon des anglais m'a laissé un goût amer dans la bouche, en plus… Q.Q Heureusement que j'adore Arthur parce que là… j'ai une sacrée rancœur contre ce pays qui me fait craindre le pire pour la suite. J'ignore ce que vous en pensez mais, au XXIème siècle, vivre replié sur soi ne me semble pas être judicieux. Surtout que l'Angleterre est sortie de la crise un peu grâce à l'Europe et… et ils nous lâchent quoi…

Faut que j'arrête de rager, je sais ! XD Mais ça me rend psychologiquement dingue, ce genre de comportement ! J'ai peur pour mon avenir, en fait (surtout à ce stade de ma vie) – ça pue la crise existentielle, ça, Kurea… retourne chez ta sophrologue avant de dégénérer…

Bon, j'ai pourri l'ambiance, je suis désolée. Vraiment. Quand ça va pas, ça va pas. Je ferais mieux la prochaine fois (puis en plus, vous me manquez ! XD quand je poste pas, je me sens loin de vous alors que fanfiction est un endroit que j'adore)

Encore désolée, je ne sais jamais m'arrêter.

Je vais répondre aux reviews, ça va me réveiller !

Mimichan :

Ahhhh… Le malheur des personnages insoumis… ça apporte du bon mais comme j'ai tendance à être une grande stressée de la vie, ça m'angoisse plus qu'autre chose U.U'' Après, c'est vrai que ça laisse une part de liberté à la création, genre tu sens que ton inconscient prend le relais et c'est cool de pas toujours tout contrôler. Mais franchement, ces persos sont anarchiques ! XD Et oui, madame, je vais tuer ce Francis à la tâche comme tu dis ! Nyark ! Merci en tout cas !

Baedocks :

Bah je vais te faire une confidence, le chapitre précédent à divisé tout le monde ! XD Je te jure qu'un tiers l'a vu comme un viol, l'autre pas du tout, et le dernier hésite encore ! C'est dingue, je ne sais pas où me positionner ! è.é Bon, pour l'action, je vais décevoir ici mais ce n'est que partie remise ! Faut juste que je me bouge le cul ! Merci de ta review, ça m'a fait plaisir ! Kiss !

Ambrecleo :

Si quelqu'un a encore des doutes sur la santé mentale d'Arthur, c'est que cette personne est bizarre ! :D Le petit Kirk en devient flippant ! Bon, certes, Francis est pas clean non plus mais il a plus de circonstances atténuantes, on va dire. Ah oui, la petite Amélia ! :O Je dois la développer un peu plus parce que, mine de rien, son utilité dans la fic, je l'avais prévu vers la fin et pour autre chose, mais ça ne serait pas crédible… Merci de ton avis, il m'a été utile pour orienter ce personnage ! Bisouu !

Apparence :

J'ai déjà dû te remercier vingt fois mais osef ! Une de plus, ça ne fait pas de mal ! Merci pour ta review (et d'être aussi entrainée dans le scénario, j'adore tes reviews ! XD) N'aie crainte, gente demoiselle ! Le personnage d'Amélia ne sera pas trop abimé (pas tout de suite, voyons, attendons encore un peu /SBOM/) Façon, t'as dû le comprendre, je ne suis pas accro aux tragédies ! XD J'ai une âme de bisounours, ouaip ! Donc, t'inquiète pas, je vais essayer de pas trop faire de la merde (ce que je peux être pessimiste aujourd'hui… U.U'' Désolée, ma belle) Merci encore ! Gros bisou !

Alice :

Bah ! T'as mis huit jours à reviewer mais j'ai mis deux semaines à poster cette merde donc t'es pas la pire, dis-toi ça ! XD J'espère que tes oraux se sont bien passés, au moins :/ Et fiantreuh ! Je suis délaissée de ma petite Alice pour One Piece ?! Sacrebleu ! (:P) Et pendant ce temps, tous les persos partent de travers ! (tu vois, c'est parce qu'ils ont besoin de toi U.U) Bon, ceci à part, merci pour ton commentaire et bon courage pour tes examens ! Je croise les doigts pour toi !

Et voilà !

Merci à tous les lecteurs anonymes également !

BJe vous souhaite à tous une bonne lecture malgré ce caca !

P.S : rien n'est à moi, bien évidemment

P.P.S : Et j'espère que le BAC s'est bien passé pour tous ceux qui se le sont tapé cette année ! OwO


Chapitre XV :

Lorsque Francis ouvrit les yeux, il était seul dans sa chambre, vers 15h, en pleine après-midi, les volets toujours fermés et englobé dans une forte odeur de sexe. Un élan de solitude le gagna à contempler cette pièce morne qu'il connaissait par cœur mais où aucune âme ne passait plus d'une nuit. Même lui la fuyait parfois. Arthur était parti au travail mais n'avait pas eu le courage de le réveiller, surtout pas après la nuit qu'ils avaient passés ensembles. Heureusement, les pilules faisaient leur effet. Ça et le sommeil, c'était le cocktail parfait pour reprendre des forces. Et en plus, il n'avait même pas à justifier son absence à son patron – puisqu'Arthur l'avait veillé un bon bout de temps. Même son salaire n'en souffrirait pas.

Donc, au final, il avait son argent et du repos. Comme quoi, tout s'arrange !

Fut un temps où il se serait giflé pour avoir eu ce genre de pensée. Maintenant, il s'en fichait éperdument. Parce qu'il assumait que c'était vrai.

Désrmais remis de ce violent coup de mou, peut-être dû à un changement trop brutal dans son mode de vie, il allait pouvoir enfin se reprendre en main. Pas qu'il avait du boulot à faire, mais un peu quand même. Des dossiers à traiter, un traître à choper, Arthur à surveiller… en plus de tous les suspects potentiels sur cette affaire…

Et rappeler sa mère !

Il avait failli oublier ! Elle l'avait appelé la veille, en pleine nuit, chose alarmante, et il s'en était fichu complètement pour se concentrer sur Arthur. En y repensant, il se sentait gêné de cet irrespect pour sa tendre génitrice, qui elle, aurait fait des pieds et des mains pour voler à son secours s'il l'avait appelé de la sorte au beau milieu de la nuit. De toute façon, il se savait fils indigne depuis quelques temps.

D'un geste maladroit, il se jeta sur son téléphone et chercha ses vêtements du regard. Sa mère ne tarda pas à décrocher.

« Mon chéri !

_ Maman ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu m'as appelé cette nuit, ça ne te ressemble pas. Il s'est passé quelque chose ?

_ N-non… Je… Enfin… Pardon, c'était stupide de ma part…

_ Quoi ? Attends, n'essaye pas de me la faire à l'envers.

_ Je ne te la fais pas à l'envers. Ce n'est rien… Vraiment rien…

_ Arrête. Je sais quand ça ne va pas, alors vide ton sac. Je t'écoute, promis.

_ Inutile, c'est n'importe quoi… Tu me connais, je suis une vraie paranoïaque quand il s'agit de toi et de ta sœur…

_ Raison de plus pour le me dire. Ce n'est pas bon de garder ses angoisses pour soi ».

Et c'était lui qui disait ça…

A l'autre bout du fil, Aodrena soupira longuement en reposant ses cisailles avec les autres outils de jardinage. Elle demanda à Francis d'attendre quelques minutes, puis retira ses gants de travail pour les laisser reposer sur une petite table. Cachant ses longs cheveux châtains sous un chapeau de paille brune, elle quitta la serre, où vivaient plusieurs espèces de plantes diverses et variées, pour quitter cette atmosphère brûlante où elle se réfugiait pour travailler. Arrivée à l'olivier derrière sa maison, elle s'agenouilla pour y coller son dos et reprit la ligne.

« C'est bon, mon chéri, on peut parler.

_ Dis-moi ce qui ne va pas. Je n'aime pas te sentir triste.

_ C'était juste une petite crise d'angoisse… Je me suis réveillée en sursaut cette nuit, un peu comme si je me sentais… abandonnée. Alors, par réflexe, j'ai essayé de t'appeler. Mais c'était stupide, bien sûr. Il n'y a que moi pour craindre de vulgaires songes et pour en faire tout un plat. Je ne t'apprends rien, d'ailleurs. Tu sais à quel point je suis… anxieuse de nature. J'avais… j'avais peur que tu sois parti et que tu m'aies abandonné… Mais tout va bien, je suis pleinement réveillée ! Et ton père m'a réconforté, donc tout va vraiment bien… je… Francis ? Tu es encore là ? »

Elle l'avait senti.

Au moment où lui avait décidé de mettre ses principes de côté, elle l'avait senti. Par pur instinct maternel, elle avait senti au loin son fils se briser. Elle avait senti le danger de cette rupture et ce qu'il serait capable de faire pour arriver à son but. Elle était éloignée de lui par des vingtaines et des vingtaines de kilomètres mais elle l'avait senti. Sa mère l'aimait trop, le connaissait par cœur et lui était infiniment lié. Pas étonnant qu'on l'appelle la « Gauloise », avec ces étranges capacités de mère télépathe…

Et pendant qu'elle s'inquiétait et faisait des crises d'angoisses dont elle ignorait l'origine, lui… non content d'en être la source, l'ignorait pour se couvrir de honte dans les bras d'un homme qui commençait à prendre de plus en plus de place dans sa vie. Et Francis lui ouvrait les portes à bras ouverts. Alors quoi faire ? Lutter ou s'y abandonner ? Arthur ou sa mère ? Qui avait le pas sur l'autre ? Qui le sauverait ?

« Je suis là… Pardon, je… j'ai mal dormi cette nuit parce que j'étais un peu malade. J'ai pris tes médicaments et ça a très bien marché…

_ Ta voix est un peu… faible. Tu es sûr que ça va mieux ?

_ Oui, oui. Beaucoup mieux. Et je vais pouvoir me reposer un peu plus dans les jours qui viennent. Juliette emmène les enfants en vacances, ça leur fera du bien… »

Il s'arracha le cœur de son mensonge. Au moins, ça lui fournirait une autre excuse pour que sa mère ne découvre rien.

« Oh… Et toi, mon chéri ? Tu continues de travailler ?

_ Oui, mais ça va se décanter, je le sens. On a un gros dossier à finir mais toute l'équipe est dessus, je ne nous ai jamais vu avancer aussi vite sur un projet. Et je suis presque sur pied, en plus. Tout va très bien aller, maman. Je te le promets.

_ Bon… J'aimerais tout de même voir mes petits-enfants, un jour. Ça fait quoi ? Quatre ans que je ne les ai pas vu ?

_ Désolé… Avec le travail, c'est compliqué…

_ Je sais, chéri. J'en suis passé par là aussi. Gérer ses enfants en plus du travail, c'est presque mission impossible. Heureusement que tu as une épouse et une sœur pour t'aider.

_ Oui… Heureusement… »

Arrêterait-il de mentir un jour ? Cette ridicule protection approchait de sa limite finale. A la base, il n'avait voulu que gagner du temps pour ramener sa sœur et obtenir la garde de ses enfants, mais les choses n'avaient eu cesse de dégénérées. Maintenant, il ne faisait que gagner du temps pour tenter de sauver les meubles. Comme s'il pouvait s'en sortir…

Plus il reculait et plus sa chute serait douloureuse. Mais il lui semblait impossible d'avancer dignement dans une situation si désespérée. Quoiqu'il tente, sa sœur s'était enfuie et sa femme l'avait quitté. Comment pouvait-il espérer changer les choses ?

« Excuse-moi, maman… je suis en train de me rendormir…

_ Tu n'es pas encore complètement guéri, n'est-ce pas ? Je le sentais bien à ta voix. Va te coucher, mon chéri. Maintenant que je sais que tu vas bien, je vais pouvoir dormir sur mes deux oreilles.

_ Je t'aime, maman.

_ Moi aussi, Francis. De tout mon cœur ».

Le menteur raccrocha en se s'insultant. Mais quel con ! Trop lâche pour avouer la vérité, il se complaisait à fermer les yeux sur le désastre de sa vie ! C'était pitoyable de sa part… Il n'était pas digne d'être père et encore moins d'être fils. A part son compte en banque, il ne s'intéressait plus à rien…

Qu'attendait-il pour bouger ? Pour faire avancer les choses ?

Se souvenant soudainement d'un détail, Francis se redressa comme un piquet sur son lit, une expression impayable plaquée au visage. Etourdis du cadavre de sa fièvre et de sa tristesse, il bondit de son lit et partit à la douche pour se préparer. Déjà le soir !

Il devait assister au concert !

S'habillant rapidement – mais toujours avec la volonté de bien paraitre –, il attrapa son téléphone pour appeler Antonio. Son pauvre ami restait à prendre avec des pincettes. Pour le garder dans sa poche, Francis avait tout intérêt à passer du temps avec lui, ne serait-ce que pour lui faire comprendre qu'il n'avait aucunement l'intention de le laisser tomber malgré les récents événements. C'était son meilleur ami, après tout.

« Francis ? Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

_ Désolé, Tonio, j'étais malade comme un chien. Mais ça va mieux maintenant ! Du coup, ça te dirais de m'accompagner quelque part, ce soir ?

_ Tu ne devrais pas te reposer ?

_ Oui mais, si je n'y vais pas, je m'en voudrais toute ma vie.

_ Où veux-tu aller ?

_ A un concert de musique classique ».

Cette réponse fit tout de suite écho dans la tête de l'Hispanique, qui retint son souffle en réalisant ce que cela sous-entendait. Il était l'unique personne au monde à être courant de cette partie de la vie de Francis, car il était son principal confident – chose qui ne changeait pas même avec l'arrivée de ce très cher Arthur Kirkland. Antonio restait le joyeux larron qu'il avait toujours été, après tout. Francis ne pouvait pas régler cette histoire sans son concours. L'inviter était donc plus que nécessaire, c'était vital !

« Ce soir ?

_ 19h30 au Conservatoire.

_ C'est comme si j'y étais.

_ Très bien ! A tout à l'heure, Tonio…, chantonna-t-il avant d'être brusquement interrompu par la voix grave et sérieuse de son ami.

_ Attends !

_ Oui ?

_ … merci de me faire confiance ».

Le bouche en cercle, Francis fit silence lorsque son confident lui raccrocha au nez par embarra. Il avait bien entendu ce qu'il avait entendu ? Les difficultés de la vie ne viendraient donc pas altérer leur amitié ? Nul doute qu'Antonio resterait suspicieux à son sujet, mais il venait de lui certifier implicitement qu'il restait son plus proche ami et qu'il avait bien conscience de la situation terrible dans laquelle il nageait. Leur bonne entente était donc plus forte que leurs erreurs passées. Antonio faisait confiance à Francis pour rattraper la situation. En vérité, ce n'était pas tant les agissements du Français qui l'énervaient, mais surtout le fait d'être mis à l'écart et d'être dupé. Antonio ne voulait pas que son ami lui mente, pas à lui qui, parmi tous, le soutenait inlassablement depuis des années.

Quel gentil garçon… Encore une fois, Francis se sentit minable.

Il attrapa sa veste et quitta son appartement. La migraine s'éloignait mais c'était désormais son cœur qui le faisait souffrir.

Entre le sentiment de trahison provoqué par sa femme, le manque de ses enfants, l'illusoire bonheur d'Arthur et l'angoisse que lui faisait subir Antonio, il en avait pour ses nuits. Au moins, il gardait espoir, c'était déjà une bonne chose… enfin… en théorie. Il avait tout de même hâte de sortir de ce labyrinthe de problèmes.

Dehors, il attrapa un bus au passage pour faire son chemin jusqu'au Conservatoire – assez loin de chez lui malheureusement. Pendant tout le trajet, il fit son possible pour remettre son masque de bonne humeur, malgré sa crainte grandissante. Ce concert de musique classique, il l'avait longtemps attendu… Mais maintenant qu'il y était, il angoissait et ne savait pas comment réagir dignement. Pas qu'il avait de la dignité, mais il devait toujours faire semblant d'en avoir.

Le bus le recracha à trois rues de son but. Pas certain d'être en avance, il pressa le pas pour que les portes ne se referment pas sur lui une fois arrivé. Manquerait plus que ça…

Heureusement, il n'était pas en retard. De toute manière, Antonio était en train de gagner du temps en bavardant gentiment avec l'ouvreuse. Son grand sourire gorgé de soleil semblait intéresser la jeune demoiselle – plus que le discours en lui-même. De toute manière, c'était souvent ça avec Antonio… on se fichait de ce qu'il disait pour se concentrer sur l'aura charismatique et empli de bonté qu'il dégageait. Pauvre Espagnol… Jamais écouté. Pourtant, Francis ne doutait pas qu'il devait dire des choses passionnantes.

« Antonio ! »

Emballé par son discours, l'Hispanique ne fit pas tout de suite attention à son prénom venant d'être crié depuis l'autre bout de la rue. Au bout de la seconde fois, cependant, il se retourna, la bouche ouverte sur un mot qui ne sortirait jamais, pour scruter son meilleur ami. Cela mit fin au dialogue, la jeune femme fut implicitement congédiée par l'arrivée éclair du Français, toute triste de cet abandon d'intérêt pour sa personne. Autre particularité de l'Espagnol : il sautait du coq à l'âne.

Soulagé de constater que leur relation semblait aussi normale que d'habitude, Francis donna une tape sur l'épaule de son ami pour le saluer chaleureusement. Il y eut une étreinte fraternelle qui laissa entendre qu'ils ne reparleraient pas de la fameuse affaire de la dernière fois. Quel bonheur qu'Antonio soit aussi facile à vivre… Avec deux ou trois promesses, il acceptait de donner sa confiance, chose rare de nos jours. Francis allait devoir faire des pieds et des mains pour rester dans son estime. L'amitié d'Antonio lui était très précieuse.

« J'ai failli t'attendre ! sourit malicieusement l'Espagnol.

_ Heureusement qu'avec ton charme naturel, tu sais faire passer le temps ».

Antonio parodia les Grandes Dames de la noblesse en s'éventant le visage d'un air faussement noble. Ce petit jeu eut pour effet de déstresser le pauvre Francis, qui attrapa son frère de cœur pour le tirer à l'intérieur du Conservatoire, l'heure continuant de tourner malgré leurs idioties. Fort heureusement, on les accepta tous deux sans hésitation (leurs grands sourires innocents n'y étant pas pour rien) et ils purent tracer leur chemin sans problème.

Ils entrèrent dans ce qui devait être une salle de cours de musique tout à fait banale, mais aménagée de telle sorte qu'elle put sans problème accueillir une multitude de spectateurs. Des chaises pliantes avaient été positionnées face à une petite estrade en bois où quelques instruments attendaient déjà. Autour, un système de microphone promettait une excellente acoustique et un spectacle sûrement très agréable à l'oreille.

Les gens bavardaient doucement en attendant le début, un fin sourire entendu aux lèvres comme s'ils savaient déjà qu'ils allaient aimer la prestation.

Pour laisser s'installer un couple de retraités, Antonio et Francis prirent le parti de rester debout avec quelques autres personnes, un peu en retraits. Accoudés au mur, ils attendirent silencieusement que la lumière ne baisse dans le fond de salle pour illuminer uniquement l'estrade boisée.

Ce fut l'affaire de quelques instants puis, enfin, un modeste orchestre composé de cinq musiciens grimpa les marches pour se positionner en face de chaque instrument. Francis se tendit comme un piquet en observant la violoniste, une très belle jeune fille aux cheveux châtains-blonds et aux yeux bleus, qui ajustait sa position avec sérieux. Dans sa longue robe de moire, elle avait une allure à la fois terne et mystérieuse, pour bien trancher avec la clarté que diffusait son visage.

« Ta sœur est décidément une vraie beauté, remarqua Antonio sans aucun sous-entendu vulgaire.

_ Je sais… C'est le portrait craché de ma mère avec quelques années de moins ».

Lucile plaça la mentonnière de son instrument contre sa gorge et entama un petit test son en laissant glisser l'archet sur les cordes sensibles. Les autres firent de même mais le Français était trop obnubilé par les gestes précis de sa cadette pour s'intéresser aux autres. Pour une malade, elle faisait illusion.

Le concert commença quelques minutes plus tard, dans un silence religieux. Les oreilles étaient ouvertes et quelques spectateurs se jetaient des coups d'œil respectueux pour témoigner du plaisir qu'ils ressentaient à entendre pareille musique. Les sons étaient harmonieux, authentifiant d'un immense travail de synchronisation, et les artistes se débrouillaient à merveille avec leur instrument de prédilection.

La violoniste allait de plus en plus vite pour montrer aux yeux de tous ce dont elle était capable, au point où l'archet avait l'air de s'allonger sous ses doigts sans jamais revenir. Quelques perles de sueurs attestaient de l'immense concentration dont elle faisait preuve dans son entreprise artistique. Se donnant toute entière à la musique, elle semblait anoblie jusque dans l'âme, provoquant un sentiment de fierté chez son frère qui, l'espace d'un instant, se demanda s'il avait réellement intérêt à la convaincre de revenir vivre avec lui. Que pourrait-il lui apporter de bien alors qu'elle s'épanouissait ailleurs ?

Lucile passa d'une note à l'autre avec dextérité, pinçant les cordes au bon moment, papillonnant des yeux quand la lumière l'hallucinait de délires euphoriques. Puis tout explosa lorsque les quatre orbes bleus se trouvèrent.

Caché dans une foule attentive, Francis n'aurait pas cru qu'il soit possible pour sa sœur de le voir mais, force fut de constater que si, et une fois qu'elle eut concentré toute son attention sur lui, il comprit qu'il avait tout gâché en venant égoïstement à ce concert d'où il aurait dû être exclu. Sa sœur extériorisa immédiatement son trouble, bien qu'il fût évident qu'elle cherchât par tous les moyens à se contrôler. Essayant de dissimuler un début de toux – celle qui ne lui venait que lorsqu'elle angoissait –, ses notes se mirent à sonner faux, autant par les soubresauts qui animaient son corps que par les tremblements incontrôlables de ses mains.

Habitué à la voir ainsi, Francis fut le premier à réagir en demandant au groupe d'arrêter.

Interloqués, les musiciens firent enfin attention au fait que leur compagne s'étouffait sur place, repliée sur elle-même alors qu'elle en lâchait son violon au sol, une main sur le cœur et l'autre sur la bouche pour étouffer sa crise. La salle fut plongée immédiatement dans une inquiétude extrême, comblée de murmures en tout genre, avant qu'une petite blonde aux yeux émeraude ne sorte de derrière les coulisses improvisés pour soutenir la jeune malade.

« Excusez-nous, clama-t-elle. Nous sommes obligés d'interrompre le concert, veuillez évacuer le plus rapidement possible ».

Consciencieux, les spectateurs se levèrent comme un seul homme pour se diriger vers les sorties, tandis que la violoniste était évacuée vers les loges pour reprendre contenance.

Francis fit comprendre par un regard à Antonio qu'il ne lâcherait pas l'affaire.

« T'inquiète, vieux. Je vais attendre dehors avec les autres pendant que tu fais tes affaires. Prends ton temps, surtout ».

Soulagé de ne pas être abandonné alors que la culpabilité commençait à lui grignoter la peau et le cœur, le cadre s'élança à son tour dans les couloirs des loges – normalement interdits d'accès au public. Ce n'était pas comme s'il pouvait rester tranquille alors que sa petite sœur faisait une crise de stress à cause de lui. D'autant plus que son rêve lui revenait en mémoire, avec le corps mort de sa sœur en gros plan sous ses yeux. Non, tout sauf ça ! Lucile ne mourrait pas !

Les couloirs du Conservatoire avaient quelque chose de labyrinthique mais Francis n'eut qu'à suivre les bruits de pas inquiets qui piétinaient dans le couloir – sans doute l'escorte de sa sœur – et qui l'amena jusqu'à une porte où une étiquette « loge n°6 » y était plaqué. Un certain remue-ménage s'activait derrière, des éclats de voix angoissés, des sons étouffés de tissus ou de bordels déplacés… Puis la voix de la blonde aux yeux verts s'éleva au-dessus des autres.

« Calmez-vous, ça va empirer si vous vous agitez comme ça ! Il lui faut juste un peu de temps pour s'en remettre, c'est tout ».

Elle avait raison. Patience et calme étaient les clés pour régler efficacement ce problème.

Lucile respirait mal, ça devenait dangereux pour elle. La fibre fraternelle de Francis était dangereusement titillée, comme il en devenait coutume. Il aurait été rassuré si sa mère eut été présente, grande magicienne de la détente et de l'amour, mais à défaut de l'avoir sous la main, il allait devoir faire sans. Avec une bonne dose de courage, il entra dans la salle pour se précipiter vers sa petite sœur.

« Respire, Lucile ! Doucement et profondément ! Je peux te faire faire tes exercices de relaxation si tu veux ! »

Lorsqu'elle le vit en face d'elle, tout inquiet et assez insistant, la jeune violoniste eut un mouvement de recul, comme si on l'avait brûlée au septième degré. Sa mine se fit plus grave malgré sa toux régulière et elle baragouina entre deux prises de respiration :

« V-va… Va t'en, Francis… C'est pas le moment… »

Piqué à vif par ce rejet, le Français tenta de camoufler cette blessure dans son cœur en avançant sa main vers la joue pale de sa petite sœur. Elle y donna un vague coup, nullement douloureux mais très clair dans sa signification, puis ce fut comme si elle était prise dans un affreux dilemme. Loin d'être stupide, elle avait bien remarqué la cassure dans le regard de son frère, ce nuage de tristesse qui couvrait ses iris. Elle l'avait blessé, encore une fois. Et ça devenait une habitude.

« S'il-vous-plait, monsieur ! interrompit une jeune femme avec un léger accent belge. Vous ne pouvez pas rester ici, partez.

_ Non, attendez ! Je suis son grand frère, elle a besoin de moi !

_ Non… J'ai besoin de personne, contra Lucile en respirant difficilement.

_ Vraiment, il faut que vous partiez…, insista la Belge avec une mimique gênée.

_ Mais je… je suis son… »

Tous les yeux étaient rivés vers lui, froids, accusateurs, agacés, comme si l'univers entier s'était accordé pour le virer de la pièce et lui ôter son rôle de frère aîné.

« Dégage, Francis… »

Et parmi tous ces gens, sa propre sœur le congédiait sans même avoir le courage de le regarder dans les yeux. Comme à chaque fois. Et alors qu'il le savait pertinemment, con comme il était, il se forçait à aller la voir, juste pour lui demander de revenir. Il savait qu'elle refuserait mais il continuait. Et elle le rejetait continuellement sans lui faire face. Au nom de quoi Francis s'infligeait-il pareil supplice ? Pour une stabilité perdue ? Risible.

La Belge apposa ses deux paumes contre le torse l'intrus pour le pousser gentiment dehors, la figure grave. Se sachant en position d'infériorité, il ne put que subir lamentablement, sans quitter Lucile des yeux en espérant qu'elle lui rende son regard, qu'elle ait ne serait-ce qu'un minimum d'estime pour lui, juste de quoi avoir le courage de le regarder. Mais il se faisait décidemment trop de films. Ejecté de la salle et de sa fonction en même temps, il se fit raccompagner par cette inconnue, embarrassée sans doute parce qu'elle connaissait les subtilités de la relation entre Francis et Lucile. A coup sûr, il s'agissait de sa meilleure amie. C'était donc peut-être chez cette femme que sa sœur se cachait depuis tout ce temps… Donc, non seulement Lucile arrondissait ses fins de mois en jouant dans ce conservatoire, mais elle était également logée par une des responsables. Plutôt pratique.

Il reconnaissait bien sa sœur dans ce stratagème. La petite était douée dans son genre, sans que ce soit réellement de la manipulation ou du mensonge. Il y avait fort à parier qu'elles soient réellement amies et complices. Et vu le caractère autoritaire et insistant de la Belge, il n'en tirerait pas grand-chose. Lucile avait trouvé le bouclier absolu contre lui. Elle savait que, face à quelqu'un muni d'une telle personnalité, Francis avait tendance à s'écraser pour ne pas s'attirer d'ennuis.

Il s'était fait avoir sur ce coup-là.

« Puis-je au moins connaitre le nom de mon bourreau ? demanda-t-il avec amertume en se dirigeant vers la sortie de service.

_ Ce n'est pas contre vous, je ne fais que mon travail… Et… Je m'appelle Bella.

_ Bella comment ?

_ Contentez-vous de ça ».

Evidemment, elle n'allait pas lui donner le moyen de la retrouver. Quelle professionnelle.

Sans lui laisser la moindre chance de retourner sur ses pas ou de retarder l'échéance, elle le mit littéralement à la porte en faisant barrage de son corps pour qu'il n'ait pas l'idée de rentrer par surprise. Mais cette brutalité ne traduisait aucune amertume particulière. En vrai, comme l'avait témoigné Lucile, Bella semblait également en proie à un dilemme intérieur. Elle devait savoir aussi que Francis n'était pas spécialement en tort dans cette histoire. Puis avec son air abattu, il jouait à merveille le rôle du grand frère inquiet. Il n'en fallait pas plus pour agacer l'empathie de la Belge. D'ailleurs, avec son caractère, Francis ne pouvait que supposer qu'elle aille ensuite parler à Lucile de son comportement envers son frère.

Elle lui en parlera certainement après que cette fichue crise de stress soit achevée.

Avec un regard désespéré, il contempla la porte se refermer sur sa propre lumière, le laissant seul dans le noir, près des poubelles pleines à craquer de détritus. C'était peut-être ça qu'il était, dans le fond. Rejeté par tout le monde : un détritus. C'était du moins comme ça que sa sœur le considérait et c'était vexant.

« Putain ! »

De frustration, il se jeta sur la porte pour y plaquer ses avant-bras, la faisant trembler sur ses gonds. S'il avait pu défoncer cette barrière métallique, il l'aurait fait, aurait couru pour rejoindre sa sœur et l'aurait kidnappé pour la séquestrer chez lui. Là, il aurait eu la paix. Mais à la place, il restait à insulter la porte comme si elle était responsable, jusqu'à se calmer quelques minutes plus tard.

Trainant des pieds, il fit quelques pas dans la noirceur de la ruelle avant d'apercevoir une silhouette accoudée au mur de droite, qui pianotait sur son téléphone portable avec un air détaché. Francis rosit des joues en se disant qu'il avait dû assister à sa crise de nerfs contre la porte, ce qui n'était pas la situation la plus noble pour une première impression. Il devait le prendre pour un malade mental… Quoiqu'il n'avait pas pris ses jambes à son coup paradoxalement.

« Calmé ? »

Donc, il l'avait bel et bien vu. La journée finissait en beauté.

« Désolé… Je n'avais pas prévu de me faire expulser de la sorte.

_ Vous avez agressé une ouvreuse pour obtenir pareil traitement ?

_ Non, je me suis précipité vers ma sœur malade qui ne veut pas me voir.

_ Aie… Famille compliquée ?

_ Vous n'imaginez pas à quel point…

_ J'ai toujours su que cette Lucile avait du caractère, mais alors de là à renvoyé son frère… »

Francis fut surpris qu'il ait deviné le nom de sa sœur. L'inconnu eut l'air de noter cette interrogation malgré la pénombre étouffante et ricana doucement en rangeant son téléphone dans sa poche arrière.

« Une minette malade, on n'en a qu'une. Ça ne pouvait pas être quelqu'un d'autre que la Lucile Bonnefoy.

_ Vous… vous travaillez ici.

_ Bien vu, l'ami ! J'étais en pause le temps que le spectacle ne se termine, puis avec le bordel qui s'est produit, on va dire que je me suis permis de glander un peu plus longtemps que prévu.

_ Et… avec tout le respect que je vous dois… pourrais-je vous solliciter pour un petit service ?

_ Quel genre de service ?

_ Juste… juste passer un petit message de ma part à ma sœur inconsciente.

_ C'est dans mes cordes, ouais.

_ Dites-lui juste que j'ai besoin de son aide autant qu'elle a besoin de la mienne et qu'il va falloir qu'elle revienne un jour à la maison ».

Francis se trouvait désespérant à espérer comme ça. Sa sœur ne reviendrait jamais mais il n'abandonnait pas, pour l'amour de sa mère, pour ce passé idyllique qu'il ne lâchait pas, pour se donner l'illusion que tout allait bien ou qui-sait pourquoi il faisait ça… Le résultat était triste à voir. En venir à quémander l'aide d'un parfait inconnu dont il ne distinguait même pas les traits, dans une ruelle puante de déchets, un soir sans lune…

« Allez, fais pas cette tête, blondinet ! Elle est entre de bonnes mains ici ! Bella prend bien soin d'elle à ce qui parait, puis elle travaille pour gagner son pain. Je pense qu'elle a de quoi gérer ses médicaments toute seule. En tout cas, elle n'a pas l'air de se plaindre du coût de ses soins.

_ Normal, je paye son médecin traitant pour qu'il lui fasse croire que tout est payé par la sécurité sociale. En vrai, je finance ses médicaments dans son dos pour qu'elle puisse vivre convenablement. Par contre, si elle l'apprend un jour, elle va me refaire le portrait.

_ Non mais vous êtes à ce point de déni ? s'offusqua l'inconnu. Je ne la savais pas si orgueilleuse…

_ C'est de ma faute, en partie. Et l'autre partie, c'est ma mère…

_ Tss… Je vais pas être capable de grand-chose à mon niveau mais, si tu veux, je peux te tenir informé de ses soucis si j'en ai connaissance. Passe-moi ton numéro de téléphone et, si jamais il se passe quelque chose, je t'envoie un SMS pour te tenir au parfum.

_ Pourquoi faire ça ?

_ Pure empathie, je pense. Puis je sais ce que c'est que les relations familiales houleuses donc je me retrouve un peu dans ce genre de merdier. Façon, il ne s'agit que d'un message de temps à autre, rien de plus. Je peux au moins faire ça ».

Un ange venait-il de tomber du ciel ?

Comme quoi, Francis pouvait aussi avoir un peu de chance dans sa vie, parfois. Tomber sur un mec sympathique et prêt à aider pour le simple plaisir de l'aider… c'était en quelques sortes ce que Francis aurait dû être si sa philanthropie n'avait pas dégénérée en recherche de gain social. Avant que tout ce merdier ne lui tombe dessus, il avait été ce genre de personne. Maintenant, il calculait tout.

« Vous vous appelez comment ?

_ Edwyn. Et toi ?

_ Francis ».

Ils s'échangèrent leurs numéros rapidement, scène assez ridicule finalement, puisqu'ils ne se connaissaient absolument pas. Comme quoi, on peut sympathiser avec n'importe qui en cinq minutes quand c'est pour la bonne cause.

Dans tous les cas, Francis repartit avec le numéro d'un Edwyn qui travaillait au Conservatoire, réalisant peu à peu à quel point tout ceci n'avait aucun sens. Mais au moins, il n'avait pas totalement perdu sa soirée. Avec ce petit espion du dimanche, il avait une source sûre de l'état de santé de sa sœur, ce qui allait lui permettre de souffler un peu. N'avoir aucune nouvelle pendant tout ce temps lui avait pesé sur le cœur.

L'esprit un peu plus apaisé qu'avant, il contourna le bâtiment pour retrouver Antonio qui devait l'attendre depuis tout ce temps. Et en effet, l'hispanique se frottait les mains pour se les réchauffer, assis sur les marches du Conservatoire, avec un air assez troublé. C'était sûrement juste l'angoisse de l'attente qui le mettait dans cet état, mais il n'empêche que Francis avait tout intérêt à se dépêcher d'aller le rassurer.

Il n'arrivait d'ailleurs toujours pas à se positionner par rapport aux récents événements, et en quelques sortes, ça le déprimait. Tout ce qu'il avait saisi, c'était que sa situation était toujours aussi catastrophique et qu'il n'allait rien pouvoir faire d'autre que de mentir allégrement à sa mère en attendant une évolution plus sérieuse. Déjà, il allait pouvoir dormir sur ses deux oreilles en sachant que sa sœur était gardée à l'œil.

Soit, le truc qu'elle haïssait le plus au monde.

Si jamais elle l'apprenait…

Niant cette possibilité, Francis se dirigea vers son frère de cœur en pressant le pas, attirant finalement son attention. Antonio ne masqua pas son scepticisme en le voyant arriver de derrière et non par la porte d'entrée. Un petit sourire triste lui fit comprendre que ça n'allait pas au mieux.

« Ne me dis pas que tu t'es fait mettre dehors…, s'enquit l'Espagnol en agrippant le bras de son ami pour le rassurer.

_ Par la sortie de service.

_ Ils n'ont aucune empathie là-dedans ?

_ Lucile m'a rejeté ouvertement et c'est une de ses copines qui m'a éjecté du bâtiment. Evidemment qu'ils n'allaient pas m'inviter à dîner alors que j'étais clairement vu comme un intrus.

_ Elle abuse, ta sœur.

_ Pas grave, j'ai chopé le numéro d'un espion entre temps ».

Le regard que lui envoya Antonio était un curieux mélange entre la pitié qu'on ressentirait en fixant un malade mental en plein délire hallucinatoire, et le scepticisme. En tout cas, Francis n'était très clairement pas pris au sérieux, il dut donc lui résumer brièvement ce qu'il venait de se passer en essayant de tourner les choses de telle manière à ne pas être pris pour le dernier des crétins.

De son air absent, l'Espagnol se frotta la nuque en fixant ses chaussures, clairement pas rassuré à l'idée que son frère refile son numéro à un glandu croisé au hasard dans une ruelle sombre. Bon, encore, ce n'était que le téléphone et le prénom, mais dans le pire des scénarios possibles, cela aurait pu être une agression. Après, un grand gaillard comme Francis savait se défendre mais pour le moral, il y a mieux, surtout après la dégénérescence qu'était devenue sa vie. On n'arrivait jamais à savoir si Francis était chanceux ou non. En fait, il avait toujours un peu de chance dans sa malchance, juste de quoi ne pas creuser trop profond dans la catastrophe.

Combien de temps cette chance resterait-elle présente pour sauver les meubles ?

« Allez, rentrons ! conseilla le Français en tirant le bras de son frère. Il fait nuit noire, on n'y voit que dalle !

_ Tu m'invites à dormir ?

_ Bien sûr ! Hors de question que tu te tapes tout le chemin du retour à cette heure, seul dans les rues de Paris. Je tiens à ta survie !

_ Mon héros ! »

Cette tentative désespérée de penser à autre chose fonctionna puisque Francis mit de côté son sentiment de trahison et Antonio étouffa son inquiétude. Blaguant sur tout et rien, ils empruntèrent le chemin du retour à pied, puisque le prochain bus de nuit promettait d'être long.

Ils mirent plus d'une demi-heure à faire le trajet, baillant de plus en plus souvent entre deux rires. Ça allait être beau le lendemain… Rien que d'imaginer ses cernes, Francis fut déprimé. Il s'était promis de faire en sorte que ses problèmes ne transparaissent pas sur sa figure, surtout pas au travail, mais il devait aussi avouer que la tâche devenait de plus en plus complexe. Cacher son abandon familial… ça faisait mal.

Il n'en revenait toujours pas que sa sœur soit buté à ce point. Jusqu'à quel stade était-il persuadé que son frère était une nuisance pour elle ?

Le pire, c'était qu'il se savait être une probable nuisance pour elle. Le problème, c'était qu'au lieu d'en discuter et de lui laisser sa chance, madame avait préféré se faire la malle et le rejeter de toutes les manières possibles. Les appels étaient froids et rares, les visites en tête-à-tête finissaient plus ou moins de cette manière (quand il arrivait à retrouver sa trace) et sinon, il n'avait absolument aucune nouvelle. Puis sachant qu'elle ne pétait naturellement pas la forme, il avait de quoi être inquiet (même si, elle, ça l'énervait prodigieusement). Mais il n'y pouvait rien, c'était dans sa nature. Une particularité irritée de sa mère.

Il aurait dû prendre plus au sérieux les gens qui lui avaient fait remarquer à quel point il était le portrait physique et moral de sa mère. Y prendre plus garde lui aurait évité bien des problèmes vis-à-vis du comportement de sa sœur…

« Francis ! Réveille-toi, on est arrivé ! »

Sortant brusquement de ses pensées, le Français remarqua qu'il venait de dépasser son appartement à force d'être dans les vapes. Antonio, arrêté au grillage, le contemplait avec inquiétude. Un peu gêné de lui causer tant de soucis pour pas grand-chose, Francis rougit en revenant sur ses pas, avouant qu'il avait vraiment besoin de dormir.

Bien d'accord sur ce point, ils entrèrent tous les deux en balançant leurs affaires à l'arrache sur le sol – vêtements compris – et s'écroulèrent sur le lit tels deux phoques sur une plage, dans des positions franchement improbables qui leur causeraient moult courbatures le lendemain. Les faibles ronflements ne tardèrent pas à poindre sous le tic-tac agaçant de l'horloge et, enfin, la journée prit fin.


Mon pauvre Francis… toujours dans la merde, quoiqu'il arrive… Je te comprends teeeellement.

Ouais, le style est patraque, les mots hasardeux, le dynamisme inexistant mais je ne sais pas comment améliorer ce chapitre, j'ai tout essayé mais celui-là ne veut pas. Ça me donne un sentiment d'inachèvement pas très cool ! è.é

J'ai intérêt à me reprendre viiiiite !

En tout cas, merci de me suivre malgré mes chapitres parfois bien en-deçà de ce qu'un humain décent devrait proposer. C'est la faute à… à… euh… bah à moi XD

Allez ! Biz' à vous tous !