L'homme et la bête

Coucou, les gens !

J'espère que vous allez bien ! Bon, je n'ai pas eu la possibilité de poster avant parce que, qui dit vacances dit 'va voir ta grand-mère dans le trou du cul de la France, s'il-te-plait, chérie' et donc, pas de réseau XD D'ailleurs, je passe ma vie à faire ma crevarde et à me balader le téléphone en l'air (génération internet, bonjour).

Bref, me voici, me voilà !

Pour les news de posts, je préviens ici mais je pense que, si j'y pense, je ferais une annonce sur mon profil – parce que c'est à ça que ça sert – mais, en gros (putain ce que cette phrase est décousue avec toutes ses virgules, tirets et parenthèses putain…) :

Même si j'ai l'impression de vous dire ça tous les ans, y a des risques pour que j'ai moins le temps d'écrire l'année prochaine (passage en khâgne validé pour cause) mais y a toujours moyen pour que, comme l'année dernière, j'arrive à coloniser une petite période de mon emploi du temps XD

/!\ PAR CONTRE ! /!\

(ça va ? t'as compris que j'avais une annonce à faire ou c'est pas assez clair ? Nan parce que j'adore la subtilité, en fait)

Ma prochaine fic est rédigée de moitié ! Donc, si je m'arrange bien, vous aurez toujours l'impression que je suis active, même quand j'écrirais plus. Malin, le singe !

Pour ce qui concerne 'l'Homme et la bête', il risque d'y avoir des coupures (que je minimiserais au maximum) pour diverses raisons. Moi qui aime être régulière, ça me donne envie de mordre mon coussin mais bon… La prochaine fic sera régulière, elle (puisqu'elle sera finie lorsque je posterais le premier chapitre – sauf si je pète mon câble entre temps).

Donc voilà le résumé de ma vie passionnante (kof ! kof !)

Sans plus de discussions : les réponses aux reviews !

Mimichan :

Merci, tu m'as bien rassuré (trop gentil, ton commentaire :D) Ouais, on peut dire que les Anglais se sont bien fais avoir, ça me fait presque mal de voir qu'ils ont été roulés par de fausses promesses qui ne leur apporteront finalement rien de bon (au contraire) M'enfin… Pour Francis, je me demande si je toucherais décemment le fond un jour… Que ne ferais-je pas au nom du drama ? Donc, sinon, merci beaucoup !

Arsenall :

P'tite flemmarde, va ! Je te retiens, tu seras châtiée ! è.é Quoique… ce n'est peut-être pas une bonne idée de châtier ses potes-lectrices, non ? Décidemment, faut que je m'améliore en communication ! XD J'explique un peu la manière de penser de la petite Lucile dans ce chapitre, histoire de justifier son comportement. Et oui, Francis est une grosse victime, en fait ! XD Merci pour le comm' !

Asahi :

'Tain… Je l'ai lu avec l'air… j'suis maudite… D': Pour te répondre, Francis continue implicitement de se faire Amélia, mais osef, c'est Arthur qui nous intéresse (l'auteure qui ne respecte pas ses persos, bonjour ! XD) Bon, par contre, t'as grave raison, 15 chapitres sans qu'on ait tout, c'est grave, là ! Faut que je me bouge le cul ! Et pour finir, oui, Ed est un frère d'Arthur (tout est liééééé dans c'te fic ! Touuut ! Soyez môôôôdiiits !) Kof, kof, kof… Bref ! Merci, mon sucre d'orge aromatisé au miel !

Et sur ce : bonne lecture !

Et rien n'est à moi, blabla…

Rappel : Lucile, c'est Monaco (je sais plus si je l'ai dit donc, au cas où…)


Chapitre XVI :

Après l'incident de la veille, Francis ne se sentait plus le cœur à travailler dignement. Il se trouvait inefficace, toujours perdu dans ses pensées pour élaborer des stratagèmes qui retarderaient l'instant fatidique où son secret volerait en éclats. Ça n'allait plus tarder à ce stade… La grand-mère qui ne voit plus ses petits-enfants depuis bientôt cinq ans allait finir par suspecter quelque chose. Alors comment prouver que son ex-femme mentait ? Il fallait la prendre à son propre jeu, sans doute, sauf que madame était née sous le signe de la suspicion, elle se méfiait de tout et restait souvent sur ses gardes. Une femme d'affaire, en somme.

Il pianota sur son clavier pour se donner l'illusion de travailler (et des illusions, il s'en berçait de plus en plus), jusqu'à ce que l'on tape à sa porte. En espérant ne pas recevoir plus de boulot, il autorisa la personne à entrer. C'était ce bon vieux Antonio qui semblait sourciller d'embarra pour quelques obscures raisons. Par expériences, Francis pouvait affirmer que ce n'était pas bon signe du tout. Parce que pour inquiéter ce joyeux lascar, il en fallait beaucoup.

« On a un problème, vieux ».

La phrase qu'il ne voulait pas entendre… Puis associé à ce regard qu'il ne voulait pas voir, il avait devant lui le cocktail de la mauvaise journée en perspective.

« Que se passe-t-il ? se força-t-il à demander quand bien même il ne voulait rien savoir.

_ Notre taupe a récidivé. Un gros projet vient de nous passer sous le nez et « comme par hasard », nos concurrents sont déjà dessus. La nouvelle est tombée ce matin dans la bouche de Beilschmidt cadet, qui le tient de Gil. Je te laisse imaginer la déception que ça a causé ».

Francis n'aima pas spécialement cette once de reproche préventif qu'il décelait dans la voix de son ami. Comme s'il lui disait « au cas où ça serait toi, saches que t'as déconné », alors qu'ils s'étaient pourtant mis d'accord sur cette histoire. Décidemment, l'Espagnol gardait une éternelle âme de détective au fond de lui, même envers ses propres amis.

« Tu as prévenu Kirkland ? demanda le Français en espérant détourner un peu la suspicion de son frère de cœur.

_ Non. J'ai cru comprendre que vous étiez proches, je te laisse donc le soin de le tenir au courant ».

C'était encore une critique ou Francis devenait-il paranoïaque ? Antonio n'était pas du genre à blesser volontairement, en temps normal. Donc il l'accablait inconsciemment de reproche ? Ou en avait-il conscience ? Ou Francis pensait-il trop ? Il n'aimait pas cette ambiance et il se détesta de douter autant de la gentillesse de son vieil ami.

« Tonio… Je te jure que je n'y suis pour rien dans cette affaire ».

L'aveu eut l'air d'avoir un certain effet sur l'hispanique qui baissa les yeux après s'être, semble-t-il, rendu compte de son comportement. Sa petite moue coupable était touchante, tellement que Francis se sentit d'humeur à lui pardonner son comportement suspicieux, surtout qu'il avait de bonnes raisons. L'espion mettait en péril la pérennité de l'entreprise et diminuait ses bénéfices, ce qui leur faisait naturellement moins de chances d'être promus ou d'obtenir une prime de salaire. Ce problème les concernait directement. Et même d'un point de vue orgueilleux, ils ne pouvaient pas laisser faire ça sans réagir.

« Je suis désolé, Francis. Je te fais confiance parce que tu es mon meilleur pote, mais… enfin… je crois qu'intérieurement, j'ai vraiment envie de t'accuser pour mieux t'innocenter. Mon cerveau doit être en train de se dire 'il est trop suspect, le Francis, garde-le à l'œil' alors qu'au fond de moi, je sais que tu n'y es pour rien. C'est très bizarre, j'ai l'impression d'être tiraillé de l'intérieur.

_ Je ne pensais pas provoquer ça chez toi… désolé…

_ Non, c'est pas de ta faute. Je suis juste trop à cran quand il s'agit de mes potes, et on va pas dire que tu as le meilleur des comportements en ce moment. Vraiment, on dirait presque que tu veux avoir l'air suspect.

_ Qu'est-ce que tu racontes ! On avait dit qu'on reparlerait plus de… ça.

_ Je sais, je sais ! Mais reconnais que recevoir de l'argent tombé du ciel sur ton compte, ça te rend louche !

_ Arrêtons ce dialogue de sourd, Tonio, et dis-moi clairement ce qui ne va pas, une bonne fois pour toute.

_ Je pense qu'utiliser ses relations comme tu le fais pour atteindre le sommet est condamnable.

_ Tout comme accuser sans preuves ses amis alors qu'ils ne vont pas bien, acheva une voix venant de derrière eux ».

L'Espagnol bondit en se retournant hâtivement, la main sur le cœur après cette frayeur sortie de nulle part. Vu sa tête, il ne s'était pas attendu à être coupé de la sorte par un visiteur impromptu. Ce dernier s'avéra être cette fouine d'Arthur – qui d'autre ? – qui ne masqua pas son mépris pour Antonio – un mépris qui devait avoir pour source une certaine forme de jalousie. Francis fit la grimace devant cette scène un peu gênante, conscient qu'avoir son amant et son meilleur ami dans la même pièce au même moment par des temps aussi troublés n'était pas forcément « l'instant cool » de la journée.

Autoritaire, Arthur foudroya le gêneur du regard en lui sortant de but-en-blanc :

« Carriedo, tu sors. Je dois parler à Francis ».

Depuis qu'il avait découvert ce qui se tramait entre les deux, Antonio était plus réticent à l'idée de les laisser seuls. Il était très inquiet pour Francis et sentait que ses agissements lui porteraient préjudices un de ces jours. La méfiance qu'il inspirait à l'Anglais était réciproque.

« Et d'ailleurs, faites attention quand vous parlez de sujets fâcheux, cracha l'Anglais en s'avança dans la pièce. J'ai pu tout entendre sans problèmes. Au risque de vous étonner, je vous rappelle qu'il y a une putain de taupe dans cette entreprise, alors faites un effort pour rester discrets ».

Antonio lui reconnaissait cette vérité, même s'il ne tolérait pas de s'être fait espionner par cet Anglais envahissant, qui reconnaissait ouvertement les avoir observé. A croire que Francis était sa chose et que ça lui donnait le droit de le suivre à la piste dans toutes ses actions. Non, décidemment, il y avait quelque chose de très malsain dans cette relation adultère.

Pour l'heure, il n'allait pas s'y opposer de front, surtout en sachant que Francis prendrait sa défense. Ça le tuait de le reconnaitre mais si son meilleur ami devait choisir entre l'un ou l'autre, il y avait fort à parier pour qu'Arthur passerait au premier plan. Soit parce qu'il aurait développé une sympathie puissante pour son patron – et Antonio ne voulait pas imaginer le bazar sentimental que ce serait – soit juste pour garder son « portefeuille ambulant » dans la poche, sauf que le Français était bien trop respectueux pour considérer le Kirkland comme ça.

Craintif à l'atroce idée selon laquelle Francis ait pu développer des sentiments pour son patron, l'Espagnol se retira en priant pour s'être trompé. Son ami était quelqu'un de sensible au fond, il s'attachait vite et trop, ce qui lui avait déjà coûté une fois son bonheur. Pourvu qu'il ne refasse pas la même erreur. Puis surtout pas avec un homme marié. Une histoire sincère entre eux ne les mènerait nulle part.

La porte se referma derrière lui et Arthur put enfin adoucir quelque peu son regard. En apparence. Parce qu'au fond de ses yeux, on voyait qu'il bouillonnait encore.

« Tu as oublié de me dire quelque chose, Francis ? »

Il y avait tellement de reproches dans cette intonation que la déesse de la Subtilité devait hurler du haut de son nuage.

« Il est possible qu'Antonio soit effectivement au courant de deux-trois petites choses qu'il n'aurait pas dû savoir…, avoua Francis à demi-voix. Mais ne t'inquiète pas ! Il ne dira rien, je lui ai fait promettre !

_ Wahou… je me sens tellement rassuré, ironisa l'Anglais.

_ Il ne me foutrait pas dans la merde.

_ Mais moi si.

_ Il ne le fera pas.

_ Mais comment peux-tu faire confiance à un type qui te suspecte de trahison ? s'ébahit Arthur. C'est ça, un ami ?

_ Faut avouer que je sais me conduire de manière suspecte… puis il me connait très bien, il remarque quand je cache des choses. Du coup, il est perdu parce que, oui, je lui ai caché ma relation avec toi, mais non, ce n'est pas moi le traître. Sauf que dans sa tête, le fait est le même : je reçois d'étranges quantités d'argent depuis quelques temps. Lui et moi sommes trop proches pour que j'arrive à lui cacher tous mes secrets ».

Ce dernier aveu ne plut par à Arthur qui lui lança un regard assez agacé.

« Tu parles d'une situation catastrophique…, clama le Britannique. Va dire à ton prétendu ami que, quoiqu'il en pense, tu m'es lié pour diverses raisons et qu'il ne peut pas faire le poids.

_ Pourquoi « prétendu » ami ? suspecta Francis qui sentait que quelque chose d'autre se cachait sous cette dispute.

_ C'est bon, ne me prend pas pour plus bête que je ne suis. Si Antonio n'avait été que ton ami, il n'aurait pas réagi avec autant de vergogne en apprenant notre relation. Ecoute, on s'est mis d'accord toi et moi : on peut s'enfiler qui on veut quand on veut. Mais le fait d'avoir mis ton… ton… je sais pas… ton « copain » – et mets-y le sens que tu veux – dans la confidence, c'était vraiment une mauvaise idée.

_ Mais Arthur… je ne couche pas avec Antonio ».

Avec un petit rire mauvais, Arthur s'approcha de sa proie avec une démarche animale, le faisant un peu bondir vers l'arrière à cause d'un frisson d'appréhension. Le dos un peu cassé d'avoir dormi dans des positions improbables, Francis tituba légèrement et se rattrapa à la fenêtre sous le regard amèrement satisfait du Britannique.

« Pourquoi tu me regardes comme ça… ? s'inquiéta le Français en se demandant s'il avait affaire à Arthur ou à sa version démoniaque.

_ Carriedo boitait un peu ce matin et, comme par hasard, tu as l'air un peu cassé toi aussi.

_ Mais puisque je te dis qu'on ne couche plus ensemble ! s'exaspéra le Français en levant les yeux au ciel. Y a rien de sentimental ou de sexuel entre nous, c'est juste mon meilleur ami. Bon, je conçois que, de ton poids de vue, ce soit ambigu, mais pour tout t'expliquer, c'est qu'on a dormi à l'arrache dans mon lit hier soir. Je l'ai embarqué à un concert de musique et puisqu'il vit loin, je l'ai laissé dormir chez moi.

_ Et personne ne vous a appris à dormir droit ? reprocha l'Anglais toujours sceptique.

_ La fatigue. On s'est jeté dans les draps comme deux phoques échoués sur une plage ».

Pris de court par l'expression ridicule, Arthur lâcha un sourire avant de reprendre un air un peu plus grave, histoire de ne pas perdre tout son reste de crédit. Face à lui, Francis semblait avoir repris un peu contenance, souriant sournoisement alors qu'il venait de mettre un terme à un léger quiproquo.

« Ouais bah… fais attention quand même. Je lui fais pas confiance à ton ami !

_ Tu es rassuré, maintenant ?

_ Oui, oui, c'est bon… Moi au moins, je te crois.

_ Ne sois pas jaloux, Antonio est très à fleur de peau depuis le début de cette histoire d'espionnage. Je crois qu'il prend tout ça trop à cœur.

_ Il est surtout trop derrière toi. Essaye de le rassurer un peu plus, ça va vite m'énerver qu'il te course partout sous couvert de l'inquiétude.

_ J'ai l'impression que tu t'acharnes un peu sur lui. Pourquoi tu le déteste autant ?

_ Parce que je le suspecte d'être l'espion, répondit Arthur l'air de rien ».

Immédiatement, le sourire du Français mourut sur ses lèvres. Le changement d'humeur fut brutal, preuve qu'il n'avait même pas émit la possibilité de suspecter son meilleur ami.

« Mais qu'est-ce que tu racontes ? balbutia-t-il. Antonio est… trop gentil pour ça.

_ Gentil ? T'es au courant que c'est une vraie rapace ?

_ Epepep ! On n'insulte pas gratuitement mon meilleur ami !

_ Mais il te lobotomise le cerveau ou quoi ? Je te dis qu'il est fourbe ! Je vois bien que, d'apparence, il a l'air sympathique et innocent mais ce n'est qu'une couverture ! Dans le fond, il n'est pas si prompt à faire régner la justice !

_ Mais il…

_ Et ne me parle pas d'apparence parce que je te rappelle que tu es le champion en déguisement ! »

C'était douloureusement vrai. Gêné d'être ainsi catégorisé, Francis baissa les yeux au sol en repensant à tout ce qu'il était devenu en si peu de temps. Arthur n'avait pas tort en affirmant qu'il était éventuellement possible qu'Antonio cache aussi ses vraies intentions sous un masque, mais ça ne lui plaisait pas d'imaginer cette possibilité.

« Moi je pense plutôt que c'est Ludwig Beilschmidt, marmonna-t-il en réfléchissant à toutes les options qui s'offraient à lui. C'est lui qui est entré dans ton bureau l'autre soir ».

A son tour, Arthur tira une tronche mémorable qui lui fit définitivement perdre son panache. Ils allaient être deux à devenir dingue de cette histoire de trahison. A force d'en parler, ils étaient en train de devenir paranoïaque et d'accuser tout le monde sans preuves. Quoique Francis se sentait en droit d'accuser l'Allemand.

« J'ai reconnu ses chaussures, justifia le Français. Et avant que tu ne me le demande : non, je n'en t'en ai pas parlé parce que je ne suis pas non plus sûr à 100% de ce que j'avance. Avoir une simple paire de pompe comme indice, c'est assez maigre.

_ Le salaud… Je vais vite régler cette affaire et on n'en parlera plus ! »

Blessé dans son orgueil, l'Anglais fulminait sur place, adorablement observé par un Français amusé de sa réaction. Il fallait dire que sa tête enragée était plaisante à contempler, surtout parce cette colère n'était pas tournée vers lui donc il pouvait en rire sans soucis. Mieux valait être son ami que son ennemi…

« D'ailleurs, je suis venu pour te parler de cette affaire d'espion, reprit l'Anglais avec sérieux. Cette histoire commence à nous pourrir sérieusement la vie, et c'est pas toi qui me diras le contraire, donc il va être temps de piéger ce connard. Et j'ai un plan ! »

Francis hoqueta en entendant toute cette assurance qui lui éclatait au visage. Son patron semblait animer d'une fraicheur nouvelle, comme un petit enfant fier de sa découverte et pressé de partager sa trouvaille à ses amis. Son regard vert luisait de malice et un fin sourire arrogant s'étalait sur sa figure, preuve totale du cynisme dont il allait faire preuve pour piéger le coupable. Arthur devait avoir une âme de tacticien. Ou de sadique.

Parodiant un fataliste devant son destin, Francis écarta les bras comme pour se sacrifier en déclamant.

« Eblouis-moi de ton superbe intellect ! »

Flatté et amusé, l'Anglais alla fermer la porte d'un coup de verrou pour empêcher quiconque de rentrer à un moment aussi crucial. Intérieurement, les paris étaient lancés. Arthur était persuadé que le coupable était Antonio, Francis était convaincu qu'il s'agissait de Ludwig.

Mais au-delà de cette petite affaire d'espionnage, Arthur semblait particulièrement enthousiaste à l'idée de montrer de quoi il était capable. Francis l'ignorait mais son patron ne serait pas mécontent à l'idée de l'éblouir par ses bonnes idées. Pas qu'il était foncièrement jaloux quand le Français le délaissait un peu pour se montrer plus intrigué par les prouesses des autres (par exemple – et au hasard – ce fichu Espagnol), mais il y avait toujours une partie de lui qui voulait être le seul à capter son attention. S'il lui montait un plan aux petits oignons pour attraper le salaud qui leur piquait leurs bénéfices, ça lui ferait du bien au moral, et il espérait que Francis… bref. Arthur rougit et oublia le fil de ses pensées. Trop de sentimentalisme lui porterait préjudice, il devait rester sérieux.

Il jurait adorer les iris bleus intrigués que son vis-à-vis faisait glisser sur sa silhouette. Le petit regard curieux suivait le moindre de ses mouvements, impatient de voir ce qui mettrait un terme à cette sale histoire. Il avait réellement l'air de croire aux capacités d'Arthur à mener une opération comme celle-là, et rien que pour savourer cet instant où il était au cœur de l'attention, Arthur se contenta de lui tourner autour en faisant mine de chercher ses mots.

« Oh Arthur… Si je ne te connaissais pas aussi bien, je jurerais que tu cherches à me faire languir…, soupira ironiquement le cadre ».

L'autre lui répondit par un regard provocateur.

« Mais quel superbe plan as-tu bien pu prévoir… ? »

La voix langoureuse coula dans l'organisme d'Arthur jusqu'à lui donner un frisson au creux des reins.

« Rien de bien impressionnant, mais de quoi le prendre à son propre jeu… »

Le Britannique enroula ses bras autour du cou de son amant pour s'y balancer doucement, laissant ses lèvres frôler celles de sa proie, amusé de sentir dans le corps de l'autre une réponse positive à ce petit jeu. Deux mains se posèrent sur ses hanches pour maintenir le contact, caressant sa peau malgré le tissu encombrant qu'était sa chemise.

« Allez, dis-moi tout… Le suspense me rend fou ».

Y avait autre chose qui allait le rendre fou.

« Disons que j'ai peut-être 'accidentellement' parlé à un petit journaliste du dimanche d'un 'gros projet' à plusieurs millions de dollars de bénéfices… si tu vois ce que je veux dire ».

Francis se mordit l'intérieur de la joue en souriant cyniquement. Le petit futé savait que leurs concurrents allaient tomber sur cette déclaration par un moyen ou par un autre – et il n'était pas exclu qu'Arthur force encore le destin en leur brandissant l'article sous le nez. Dans ce cas-là, l'espion allait très certainement devoir enquêter pour trouver ledit projet. A force de semer des indices comme le Petit Poucet, Arthur allait donc attirer la taupe directement dans son piège.

« Il faudrait qu'on commence à parler de ce projet imaginaire autour de nous, poursuivit l'Anglais. Plus il y aura de gens au courant et plus on aura de chance de faire croire à l'espion que ce projet existe réellement. Pour l'instant, j'ai dit aux journalistes que nous ne pourrons le travailler qu'à partir de l'année prochaine à cause d'une réglementation budgétaire, et que d'ici-là, il sera scellé dans mon bureau puisque j'en suis le responsable.

_ Il ne va sûrement pas attendre l'année prochaine pour faire main basse sur le butin.

_ Exactement. Il va falloir rester un peu plus tard le soir.

_ Je peux m'arranger avec Antonio pour installer des caméras, si tu veux ».

L'idée ne parut pas plaire au Britannique qui gonfla les joues en resserrant sa prise autour du cou de son amant.

« Mais j'ai pas envie que mon bureau soit surveillé h24… Surtout avec ce qui s'y passe entre nous…

_ Bon, alors dans les coins stratégiques autour, si tu préfères. Ce serait juste pour pouvoir le suivre à la trace dans le cas où il s'échapperait.

_ Eh bien, fais donc ».

Contre toute attente, Arthur se dégagea soudainement de son perchoir pour tourner les talons, créant un vide chez son camarade. L'étreinte avait pourtant été douce et chaleureuse, c'était brusque de la rompre aussi crument. Ce n'était pas une marque de sadisme de la part de l'Anglais, lisait-on dans ses traits, mais juste qu'il ne voulait pas abuser plus. Chuchotant quelque chose comme quoi il allait continuer à potasser son plan, il glissa jusqu'à la porte et tourna le loquet pour l'entrouvrir de quelques centimètres.

La seconde d'après, la porte claqua, rabattue hâtivement alors qu'Arthur avait encore la main sur la poignée.

« C'est tout ? Tu vas partir comme ça ?

_ Tu penses qu'il y a autre chose ?

_ T'es yeux t'ont trahis, je sais ce que tu désires ».

Arthur ronronna en couchant sa tête en arrière, sur l'épaule de son amant, totalement comblé qu'il le connaisse déjà aussi bien. Francis venait de lui apporter un sentiment de sécurité absolument délectable, rien qu'en lui prouvant qu'il pouvait sonder ses envies en un regard. Il adorait ça. Avoir enfin quelqu'un capable de le comprendre et qui ne le jugeait pas… Francis savait trouver le vrai Arthur qu'il avait pris l'habitude de cacher.

Le loquet fut de nouveau tourné pour sceller la pièce silencieuse.

Pantalon tombant aux chevilles, joue contre la porte, Arthur ne tarda plus à sentir une douce intrusion qui le fit papillonner des yeux. Une paire de lèvres caressa sa tempe et deux bras forts glissèrent autour de lui pour l'enlacer avec passion, et il ne se gêna pas pour soupirer son plaisir. Allant et venant dans une rythmique languissante, Francis mit tous ses problèmes de côté pour se concentrer sur la tendresse de cette union charnelle, prenant autant de plaisir qu'il en donnait. Il fit rire son partenaire en lui grignotant doucement l'oreille, détournant son attention de la légère douleur liée à l'étirement de ses muscles internes.

« Tu dois être la plus belle chose qui m'est arrivé depuis longtemps…, lâcha Arthur entre deux soupirs ».

Francis oscilla entre crainte et fierté. La dernière personne à lui avoir dit cela l'avait abandonné pour ensuite lui arracher son bien le plus précieux… mais là, il s'agissait d'Arthur, pas de n'importe qui. C'était un homme honnête – même jusque dans sa malhonnêteté conjugale – et profondément droit dans ses bottes. Francis prit donc le parti d'accepter cette flatterie dans sa globalité, sans penser au passé et à ses souffrances. S'il avait pu donner assez de réconfort à son amant rien qu'en l'étreignant, c'était temps mieux. Au moins une chose de réussie dans sa vie.

Après tout, là était le contrat de base. Changer les idées d'Arthur, le rassurer, lui faire passer du bon temps. Lui rendre goût à la vie, l'aider à la retrouver…

Mais n'allaient-ils pas devenir trop dépendants l'un de l'autre à force de tout partager ainsi ?

Francis affectionnait terriblement son patron, de plus en plus à mesure qu'il apprenait à le connaitre, mais ça ne lui apporterait rien de bon de s'y attacher. Arthur était marié, même si cela n'était que pour sauver Amélia de la dépression que lui inspirerait sa mère, et tenait une réputation. Lui était un jeune divorcé, menteur, père de deux enfants qu'on lui avait arraché. Une épave humaine en soi.

Il avait réussi à tirer Arthur vers le haut et ne supporterait pas d'inverser la tendance à force de trop le mêler à ses affaires personnelles. L'Anglais allait mieux, donc tout allait bien. Tout simplement. Moins il serait au courant des affaires de son amant et mieux il se porterait.

Mais… qui avait réellement besoin de l'autre ?

Si Arthur allait mieux, n'était-ce pas plutôt Francis qui se rassurait d'exister dans cette étreinte ? Il était en furieux manque d'affection, autant que l'avait été Arthur quelques mois plus tôt, ce qui faisait de lui la désormais victime de son destin. Seul. Seul parce qu'Arthur allait mieux.

Il avait gagné. Il l'avait sauvé de son abattement, de sa tristesse, il lui avait donné une bonne raison d'aller au travail le matin. Mais cette victoire esseulait Francis. Sentimentalement.

Il le serra fort dans ses bras, enfouissant son visage dans sa nuque. Cette odeur noble… pourrait-elle ne jamais le quitter ? Arthur accepterait-il de prolonger leur contrat et de lui autoriser encore un peu de plaisir ? En devenant son pilier, Arthur s'était imposé comme sauveur dans la vie de Francis. Il était devenu tout.

Pourvu qu'il ne le quitte pas. Pas encore. C'était trop tôt. Encore un peu de bonheur. Du temps. Juste un peu de temps. Encore.

« Je ne te lâcherais pas…, prévint-il entre deux râles signalant l'approche de l'orgasme ».

Il butait contre sa prostate avec vigueur, excité à le voir sautiller contre la porte en gémissant son nom comme s'il s'agissait du dernier mot de son vocabulaire. Appuyé sur la pointe des pieds tant les coups le feraient sauter au plafond, le sexe frottant contre la porte, les yeux machinalement clos, Arthur agrippa par derrière une mèche des longs cheveux de son amant pour forcer un baiser salvateur, arquant et tournant le dos à s'en faire mal. Ses cris de plaisir furent étouffés par l'union de leurs lèvres, alors même qu'une main familière s'activait à le masturber par à-coups répétés et délectables.

Ils attinrent la jouissance promise peu de temps après, dans un silence relatif mais satisfait. Francis jura même avoir entendu Arthur ronronner contre la porte, les cuisses écartées juste pour lui et l'esprit parti loin. Il était délicieux à regarder, surtout après l'amour.

L'instant de délice étant passé, ils durent se résoudre à se rhabiller, même si Francis ne résista pas à l'appel d'un dernier baiser réconfortant avant de le laisser quitter la pièce. Un baiser réconfortant… C'était donc bien ça ? C'était désormais au tour de Francis de désirer du réconfort ?

Cette inversion des rôles lui prouva à quel point ça n'allait pas dans sa vie.

Arthur ouvrit la porte pour réellement partir mais percuta Matthieu sur le palier, qui réarrangeait ses feuilles. Pauvre Canadien… il se sera pris toutes les portes de l'entreprise dans la figure.

« J-j-j-j-je suis désolé ! clama-t-il en se baissant pour récupérer une feuille tombée du tas.

_ Non, ce n'est rien. C'est moi qui t'ai fait mal, pardon ».

Vu que la dernière fois qu'ils s'étaient parlés, Arthur lui avait passé un savon, cette discussion avait peut-être un fond de repentie planqué derrière. L'Anglais avait fait l'effort de se baisser pour aider Matthieu qui, entre temps, avait fait tomber d'autres documents. Une fois la tâche accomplie, le patron retourna travailler à son bureau, le cœur léger, pendant que le stagiaire faisait corriger son travail à un cadre au cœur de plus en plus meurtri.

0*O*o*O*0

La journée finie et n'ayant pas eu d'autres informations sur ce plan fabuleux supposé leur permettre de cueillir le traître, Francis s'en était allé faire une petite course en ville, puis regagna le bar où il avait fait la rencontre d'Emil qui, s'il se souvenait bien, venait y prendre un verre tous les mardis et jeudis soirs. Bonne nouvelle, on était jeudi. Cela allait être une soirée amusante s'ils se rencontraient à nouveau. Francis avait besoin de se détendre et, aussi méchant cela puisse-t-il être, entendre quelqu'un cracher son venin sur le dos d'un autre, ça l'amusait.

Comme il s'y attendait, Emil était assis au bar, à la même place que la dernière fois, en pianotant ses doigts sur la surface cirée. A première vue, il avait l'air plongé dans ses pensées, mais Francis devrait s'approcher pour en être certain. De toute manière, il n'avait pas envie de s'asseoir autre part.

Puis pendant que lui irait boire peinard, le pauvre Antonio allait passer sa soirée à installer des caméras dans le couloir menant au bureau d'Arthur. Ce n'était pas comme s'il avait pu refuser, de toute façon. Même ce joyeux bougre avait dû admettre que le plan de Kirkland était bien trouvé et, sans doute, le plus efficace qu'ils pourraient mettre en place.

Remettant cette histoire au lendemain, il posa son sac de courses devant lui et prit place sur le siège à gauche d'Emil, attendant que ce dernier capte que quelqu'un s'était assis à côté de lui. C'était pas gagné. En désespoir de cause, Francis claqua des doigts juste devant son nez, ce qui eut pour conséquence de le faire bondir sur son tabouret. Emil avait poussé un petit cri de surprise en sortant de sa torpeur, puis identifia l'individu.

Automatiquement, il rougit d'embarra et se redressa, la stature noble et droite, en réajustant son nœud de cravate. Le jeunot essayait de jouer à l'homme, c'était adorable.

« Francis… Bon sang, je ne m'attendais pas à vous revoir…

_ Désolé pour la frayeur, je voulais juste faire une petite surprise.

_ C'est réussi ».

En rigolant, le Français commanda un whisky au barman avant de retourner son attention sur son voisin.

« Comment ça va depuis la dernière fois ?

_ J'ai rabattu le clapet à mon frère, comme vous m'aviez conseillé de le faire. Depuis, il ne sait plus comment m'aborder et me fiche la paix. Je revis.

_ Pour quel mensonge avez-vous opté, finalement ?

_ Je lui ai dit que j'avais un compagnon et donc que j'aurais moins de temps à lui consacrer dorénavant, puis que s'il espérait que je m'en sorte dans la vie active, il avait intérêt à me lâcher la grappe. Il en est devenu rouge de colère.

_ Bien joué, jeune Jedi. Maintenant, il va falloir maintenir le secret hors de sa portée. Je suppose qu'il va s'interroger sur ce mystérieux compagnon.

_ Il m'a déjà interrogé à ce sujet. Pardon, d'ailleurs…

_ Pourquoi ?

_ Parce que, sur le coup, je me suis inspiré de vous pour lui faire une description approximative… ».

Le Scandinave baissa les yeux sur son verre, gêné de son aveu mais trop honnête pour le cacher. Pour parfaire le mensonge devant son frère suspicieux, il avait dû donner quelques informations sur son prétendu compagnon. Francis étant celui qui lui avait soufflé ce plan, son visage s'était instantanément gravé dans sa tête.

Ce dernier ne savait pas trop quoi en penser. Dans l'absolu, ça ne le dérangeait pas mais il espérait ne pas se retrouver avec un frère jaloux aux talons. Quoiqu'il n'avait jamais divulgué son nom de famille donc peu importe. Il restait relativement anonyme dans cette histoire.

« Vous lui avez dit quoi, au juste ?

_ Que je sortais avec un 'pur souche' aux cheveux blonds et aux yeux bleus… C'est pas par racisme que je disais 'pur souche', bien sûr ! C'est juste une blague familiale qu'on se trimballe depuis plusieurs années au sujet des profils type qu'on peut croiser dans tel ou tel pays… Sans outrance…

_ Je ne le prends pas mal, ne t'inquiète pas ».

Francis ne le saura certainement jamais mais Emil avait abusé à mort sur la description qu'il avait faite à son frère. Sauf qu'il aurait honte d'avouer à Francis qu'il l'avait glorifié à un point presque gênant pour se faire passer pour un amoureux transit. Donc, dans la tête de son frère, Emil sortait avec un homme aussi 'magnifique' que 'charmant', au sourire 'lumineux', à l'allure 'gracieuse' et au caractère 'doux'. Un homme qui savait 'le contenter' et 'le charmer' avec un parler à la fois 'intelligent' et 'drôle'. Et ça, ce n'était qu'un bref résumé de tout ce qu'il lui avait dit. Emil s'était repu de voir son aîné défaillir à vue d'œil et ouvrir la bouche comme un poisson hors de l'eau. Il en avait peut-être un peu trop rajouté, d'ailleurs… Maintenant il était gêné face à Francis puisque son cerveau essayait de justifier chaque mot qu'il avait employé pour le décrire.

Mieux valait que le Français ne sache jamais ça.

« Bref…, coupa Emil en finissant son verre cul sec. Le fait est que ça a parfaitement fonctionné. Merci encore.

_ J'aime rendre service ».

Emil recommanda à boire. Il avait l'impression d'avoir la gorge sèche mais ce n'était que psychologique, sans doute parce qu'il se sentait un peu coupable vis-à-vis de cet homme qui lui avait rendu un fier service.

« Ce n'est certes pas bien de mentir, mais je dois dire que ça m'a aidé sur ce coup-là. Comment pourrais-je vous remercier ?

_ Oh ! Pas de ça entre nous ! »

Après une légère dispute sur l'importance ou non d'être redevable à son sauveur, Francis comprit qu'il aurait du mal à y couper. Emil était assez psychorigide sur les règles qu'il jugeait légitime, c'était peine perdue de lui faire changer d'avis. Il promit donc de réfléchir sérieusement à un service qu'il pourrait lui rendre en échange, en espérant silencieusement qu'il oublie cette histoire. Francis n'était pas du genre à réclamer, même si c'était pour rembourser quelque chose.

Sur un statu quo, ils commencèrent à se tutoyer et à refaire le monde.

Quelque part, Francis avait une injustifiable impression de pactiser avec l'ennemi, tout ça à cause du fait qu'il venait de l'entreprise ayant payé un espion chez eux. Surtout qu'il apprit au fil de la conversation que le grand frère dont il était question depuis le début était le co-directeur de l'entreprise. Le co-directeur… Donc, un haut placé… Et donc un homme potentiellement au courant de cette histoire. Qui lui disait qu'Emil n'était pas dans la confidence ?

En bon gros paranoïaque, Francis décida de taire le lieu où il travaillait, bien qu'il lui ait laissé entendre qu'il était un simple cadre commercial dont le travail n'avait pas grand intérêt. Il espérait taire les questions à ce sujet grâce à ça.

Il fut cependant inquiet devant la descente de son camarade. Alors que lui venait de finir son verre de whisky, Emil en était à entamer son troisième. Et peut-être avait-il commencé à boire avant qu'il n'arrive. Pas bon, ça. Francis n'était pas à l'aise à l'idée de laisser un jeune se saouler au bar. Au moins, il était avec lui pour le surveiller. Déjà, c'était hors de question qu'il prenne la voiture pour rentrer.

« Tu vis loin d'ici ? demanda Francis au détour de la conversation.

_ Non. A un quart d'heure à pied tout au plus ».

C'était déjà ça.

Emil posa sa tête sur le bar pour souffler, justifiant son geste par la fatigue de sa journée. Il marmonna quelque chose comme quoi il fallait qu'il réfléchisse à un moyen efficace de parfaire davantage son mensonge pour que son frère n'ait plus aucun doute.

En entendant ça, Francis jeta un petit coup d'œil à son sac de course. Il était passé dans une parfumerie avant de venir se terrer ici, pour refaire ses provisions d'eau de Cologne. Depuis quelques semaines, il avait pris l'habitude de changer de parfum mais Arthur lui avait récemment fait comprendre qu'il préférait son ancienne odeur. Allez savoir pourquoi, Francis était revenu sur sa décision et avait abandonné la nouvelle eau de toilette pour la précédente.

Ça avait peut-être à voir avec le fait qu'Arthur avait su se montrer convaincant pour le faire changer d'avis. Comme humer son odeur en lui baisant le cou… oh ! voilà qu'il s'égarait dans ses pensées !

Reprenant pied dans la réalité, le cadre farfouilla dans son sac pour y prélever des échantillons de parfum, ceux que les esthéticiennes ajoutent en plus de la commande pour promouvoir leurs produits. Il reporta ensuite son attention sur le jeune Scandinave qui le fixait avec beaucoup d'attention, la tête toujours vissée au bar.

« Et si tu utilisais ça ? proposa Francis en lui glissant les mini-flacons sous le nez ».

Emil se redressa avec un regard éreinté et en attrapa un au hasard pour l'identifier. Ce faisant, il but une n-ième gorgée d'alcool avant de cligner machinalement des yeux. Ça y est, il venait de percuter.

« Tu veux dire…

_ Oui. Si tu diffuses ces odeurs sur tes vêtements et chez toi, ton frère va penser qu'il s'agit de l'odeur de ton compagnon. Je suppose qu'il connait bien la tienne donc nul doute qu'il va vite comprendre de quoi il est question. Ce que je te conseillerais, ce serait de remettre les mêmes vêtements demain pour lui faire croire que tu as passé la nuit dehors. Si tu vois ce que je veux dire ».

Ça, oui, il voyait très bien. Emil avait le rouge aux joues devant cette insinuation. Parler de sexualité, ce n'était pas son train habituel, mais il reconnaissait que l'idée était bien trouvée. Francis jugea que son camarade était peut-être encore un peu puritain sur les bords malgré son entrée dans l'âge adulte. S'il voulait que son plan fonctionne, il allait devoir faire un effort pour se comporter de manière plus mature.

Francis témoigna à voix haute ce qu'il venait de penser, ne serait-ce que pour rendre service à ce jeune homme en devenir. D'ailleurs, il l'écoutait attentivement sans mal le prendre, ce qui était déjà une preuve de maturité en soi. Emil avait l'air d'être le genre de personne à faire feu de tout bois et à accepter la critique. Quoique là, il s'agissait plutôt de conseils sur sa manière d'être, tant devant son frère que pour le reste de sa vie.

Quel plaisir que d'avoir un élève attentif à qui apprendre des choses ! C'était rafraichissant !

En pleine discussion, Francis fut coupé par l'arrivée d'un texto sur son téléphone. Continuant de bavarder avec son camarade, il y jeta subtilement un coup d'œil, craignant qu'Arthur ou Amélia n'ait besoin de lui. En vérité, il ne s'agissait ni de l'un, ni de l'autre, mais du fameux Edwyn de la dernière fois.

Sa bouche resta en suspend sur un mot dont il oublia le sens et qui ne sortirait de toute façon jamais. Il se dépêcha d'ouvrir le message, le cœur battant à tout rompre en appréhendant ce qu'il pourrait y lire. Du point de vue d'Emil, la scène était perturbante. Francis était littéralement passé du calme à l'empressement. Son regard s'était dilaté et ses mouvements parurent perdre de leur élégance naturelle. Etonnant.

Puis un soupir soulagé le gagna une fois qu'il eut lu le mystérieux message. Celui-ci disait :

« Ta sœur est revenue bosser aujourd'hui. Son état est tout à fait normal mais sa meilleure pote la suit de près comme si elle craignait une rechute. De mon point de vue, y a rien à signaler de grave. Bonne soirée, l'ami.

Ed ».

Lucile allait mieux. Elle n'avait donc bel et bien fait qu'une crise de toux liée au stress de se sentir observée par son frère. Comme prévu, c'était lui le coupable de son sale état. Il se sentait tellement inutile et faible devant la détresse de sa sœur… Mais il savait d'où cela venait et ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même.

A cause d'un problème cardiaque, Lucile avait passé son enfance entière à être surprotégée par une mère poule, un père hypocondriaque et un frère protecteur. Pas un jour de sa jeunesse ne s'était passé sans que sa famille ne l'observe avec inquiétude et tristesse. Il suffisait qu'elle trébuche sur une branche d'arbre pour que tout le monde se rue autour d'elle avec pansements et désinfectant.

Francis regrettait amèrement ce comportement qu'il avait eu avec elle et qui justifiait sa répulsion pour tout ce qui relevait de l'ordre familial.

Lucile avait été tellement surprotégée et couvée qu'elle en était venue à fuir sa famille.

Ils l'avaient étouffés d'attention sans jamais lui laisser la chance de vivre par elle-même, de se battre. Maintenant, elle le leur faisait payer en s'enfuyant de leurs griffes. Sauf qu'entre temps, son état ne s'était pas amélioré… Francis devait donc se déchirer entre son inquiétude grandissante pour sa santé et son respect pour les valeurs de liberté qu'elle prônait. Loin d'être stupide, il comprenait qu'il en avait trop fait quand ils avaient été enfants – chose que sa mère n'avait toujours pas réalisée.

C'était pour ça que Francis devait jouer les boucliers entre sa famille et sa sœur.

Si d'un côté, il voulait que Lucile revienne vers lui, il ne pouvait pas la forcer à revivre ce qu'elle avait souffert toute sa jeunesse. Dans un sens, en mentant à sa mère, il protégeait sa cadette. Par contre, il ne savait pas encore de quoi il la protégeait… Comment pourrait bien réagir leur mère en apprenant la vérité ? Serait-elle effondrée ? En colère ? Redoublerait-elle d'amour ? Nul ne le savait. Et dans le doute, le secret était maintenu.

Tout ce que Francis vivait n'était en réalité qu'un affreux concours de circonstances. Les problèmes lui étaient tombés dessus en même temps sans lui laisser une seconde de répit, mais rien n'était lié à la base.

Devait-il réellement convaincre sa sœur de revenir ?

Peut-être serait-il plus sain pour lui de tout avouer à sa mère et de laisser les deux femmes se débrouiller entre elles… Quoique ce serait assez lâche de sa part… Il ne pouvait abandonner ni l'une ni l'autre. Son destin était donc de tenir le lien entre elles jusqu'à l'implosion ? Vraisemblablement, oui.

Il était condamné.

S'il avouait tout à sa mère, peut-être obtiendrait-il gain de cause en passant pour un pauvre homme malmené par les événements et ayant voulu bien faire. Mais en échange, sa sœur le haïrait du plus profond de son cœur…

Et s'il laissait sa mère le découvrir par elle-même, il passerait pour le complice et risquerait de perdre définitivement sa confiance. Ou pire, son affection.

Condamné.

« Francis ? Tu vas bien ? s'enquit Emil en lui enserrant le bras pour le ramener à la réalité.

_ Désolé… Je crois que je vais rentrer.

_ Oh… Très bien… Repose-toi, alors.

_ Merci beaucoup. Je reviendrais bientôt te voir, promis ».

Rassuré, le Scandinave le regarda quitter le bar avec son sac, après avoir déposé sa monnaie à côté de son verre vide. Il aimait bien ce Francis, c'était un chic type qu'il serait ravi de compter parmi ses amis, même s'il avait l'air d'avoir quelques problèmes de son côté.

Un peu fatigué lui aussi, il se leva de son siège, sans oublier de payer sa consommation, puis se dirigea vers les toilettes pour se rafraichir le visage. Devant le miroir un peu terne, il examina son reflet, un peu embêté de son état. Ça se voyait qu'il avait forcé sur l'alcool, et en plus il tanguait un peu sur ses deux jambes. Sacré spectacle.

Il avisa avec un air troublé les échantillons de parfum que lui avait remis son nouvel ami, puis avec un haussement d'épaule, il aspergea son costume de cette senteur trop forte et virile pour lui. L'arôme sentait la robustesse et, en fermant les yeux, on pouvait imaginer deux bras musclés nous enserrer fermement comme un trésor à protéger. L'esprit complètement flouté par sa consommation abusive, Emil ferma les yeux pour imaginer et rendre vivant ce mensonge qu'était son mystérieux amant. Il en ferait un être si réel et palpable que jamais son frère ne se douterait de la supercherie.

C'était bien la première fois qu'il fantasmait sur un corps d'homme. Un corps sans visage, qui plus est… Il aurait trop honte de calquer celui de Francis après avoir autant abusé de sa gentillesse, alors il préféra imaginer un être sans figure, aux bras chauds et puissants, dont la carrure épouserait tendrement la sienne lors de leurs étreintes.

Même ce parfum était vivant.

« J'ai changé d'avis, déclara une voix derrière lui ».

Francis, revenu comme un héros conquérant, le tint par l'épaule en le voyant tanguer sur place.

« Ce serait plus raisonnable de ma part de te ramener chez toi ».

Quel galant…

Emil se laissa guider en titubant, fermement maintenu par cet adulte inquiet mais charmant. Son cerveau n'étant pas capable de prendre de vraie décision, ainsi se décida-t-il à laisser son camarade le guider dans les rues fraiches de la nuit, téléphone à la main avec la fonction GPS activée. Emil se souvint de lui avoir baragouiné son adresse entre deux bâillements puis n'eut plus vraiment de souvenir après, si ce n'est qu'il avait enlacé son ami pour le remercier de son geste. A la base, il avait juste voulu lui donner l'accolade, sauf qu'il avait trébuché et s'était retrouvé dans ses bras comme un crétin.

Le parfum de Francis était bien différent des échantillons qu'il lui avait donné… plus fin et plus fleuri. C'était amusant que l'esthéticienne lui ait donné le genre de parfum qu'il ne mettrait jamais. Ça contrastait délicieusement de sentir les deux flux aromatisés se mélanger.

Après s'être une dernière fois enquit de son état, Francis le laissa rentrer chez lui et ne s'en alla qu'une fois qu'il eut bien entendu le verrou de la porte être tiré. Puis, rassuré de savoir son jeune ami enfermé chez lui à double-tour, il put s'en retourner chez lui avec satisfaction.

Emil ne pouvait pas être son ennemi, il était bien trop pur pour ça.

Il était bientôt vingt-trois heures trente quand Francis regagna son petit chez-lui.

Quelle ne fut pas sa surprise en voyant qu'une silhouette était gentiment posée devant son palier, à attendre sagement son retour. Dans la pénombre de la nuit, Francis ne vit pas immédiatement de qui il s'agissait. Sa partenaire la lune était retenue prisonnière par une armée de nuages sombres, et le lampadaire le plus proche faisait l'angle de la rue voisine. Il lui fallait donc s'approcher encore davantage pour identifier cette personne.

« Arthur ? »

Par réflexe, il prononça ce nom, parce qu'il lui semblait que ce soit le seul capable de l'attendre devant sa porte.

« Francis… »

C'était bien lui !

Quand il eut compris cela, il se jeta à ses pieds pour vérifier son état, attrapant son visage de ses deux mains avec une mine inquiète. Qu'Arthur se soit déplacé en soirée pour venir le voir devait cacher quelque chose. Une rechute de déprime ? Une dispute avec Amélia ou avec sa famille ? Une peur ? Que se passait-il ?

« Je peux rester avec toi, cette nuit… ? Je suis seul à la maison et ça me rend nostalgique… »

Arthur avait peur de l'isolement ?

Le Français cligna des yeux en se faisant la réflexion qu'ils partageaient tous deux la même frayeur. L'esseulement était quelque chose de particulièrement douloureux pour eux, c'était sans doute pour cela qu'ils se sentaient si bien ensembles.

L'idée même qu'Arthur aille mal à cause de ça était terrible pour Francis. Il ne souhaitait ce sentiment à personne, et surtout pas à lui. Alors il le serra dans ses bras et posa ses lèvres sur les siennes pour le rassurer. Prit dans la chaleureuse étreinte, Arthur se colla à son corps naturellement pour lui rendre son affection. Ils se redressèrent comme un seul homme, toujours enlacés l'un contre l'autre, et ouvrirent maladroitement la porte dans cette triste pénombre.

Jusqu'au lit, dans un silence entrecoupé de baisers bruyants, ils titubèrent en se fixant tendrement. Puis avec lenteur, passion et douceur, Francis lui fit l'amour en le contemplant comme s'il était l'étoile de sa vie, se glissant dans son corps sans jamais le brusquer, ôtant une à une toutes les tensions, toutes les peurs, toutes les barrières, pour le laisser pantois de gémissements chauds et profonds.

Cette nuit de délice, tellement mystérieuse que Francis eut cru la rêver, s'acheva au petit jour lorsqu'il entendit frapper à sa porte.

Un vendredi matin ?

Complètement endormi, Arthur n'entendit rien, allongé comme un bébé sur les draps doux, la respiration légère et un fin sourire détendu plaqué sur ses lèvres encore rouges d'union charnelle. Attendri par cette image divine de son amant, Francis se leva en enfilant son bas de pantalon à la hâte, curieux de découvrir l'identité de son visiteur.

La personne ne perdait pas patience, tapotant quelques petits coups francs de temps à autre pour rappeler son existence.

La distance qu'il dût parcourir pour atteindre la porte lui parut étrangement interminable. Il y parvint cependant, la main hésitante, puis se décida à ôter le verrou de sa porte. La brèche s'ouvrit sur une lumière solaire douce et chaleureuse, celle du soleil matinal se frayant un chemin à travers les petits bâtiments voisins.

D'abord éblouit, Francis cligna des yeux en reconnaissant le sourire frais devant lui, puis se sentit immédiatement pris au piège. Par sa propre faute. Désespoir le prit, un frisson glissa dans son dos et sa bouche devint sèche et muette.

Son monde s'écroula.


Alors ? Elle est pas belle ma fin de chapitre en cliffhanger (je sais toujours pas comment on écrit ce mot) ?

Du coup, je vais peut-être enfin faire avancer cette enquête d'espionnage ! Il serait temps ! Les prochains chapitres devraient lever le mystère donc, pour les dernières théories, c'est maintenant ou jamais ! XD

Donc, voilà ! Je vous remercie du fond du cœur ! Pour ceux qui commentent, ceux qui lisent, ceux qui se touchent (attends… what ? j'ai vraiment écris ça… ?) et biz' !