L'homme et la bête
Salut !
Pour votre plus grand plaisir, je mets enfin un terme à cette histoire de taupe ! Car oui, mesdames et messieurs, vous aurez les noms à la fin de ce chapitre ! *se met à genoux* ENFIN !
Le chapitre est assez dense en informations, j'espère que je ne vous ai pas donné l'impression d'aller trop vite (mais faut dire que cette fic s'éternise à mort ! XD) Donc voilà, vous avez du scénar, vous avez du feelz et vous avez toute mon affection (si c'est pas merveilleux, tout ça !)
Tout de suite, les reviews :
Beyond :
Les fins bien puputes, j'en abuse peut-être un peu trop… mais c'est pour vous tenir en haleine ! :D Je ne te spoilerais pas qui est à la porte puisque tu vas le découvrir direct à la première ligne mais voilà, j'apprécie l'effort de déduction ! – et tu m'as manqué aussi, ma belle Q.Q Me fais pas pleurer comme ça, espèce de gniouf ! – kofkof ! Bref, je te remercie d'être toujours là pour supporter mes 'trucs' qu'on ose appeler chapitres ! XD T'es un ange ! Bisou !
Mimichan :
OMG, la police ! XD Carrément ! Tu m'as fait imaginer plein de scénarios alternatifs, merci pour ce franc moment de rigolade (surtout que dans ma tête, les flics ont tous un accent marseillais… la faute à une vidéo de What the cut, je suppose). Et sinon, tu auras toutes tes réponses dans ce chapitre (je vous ai assez torturés comme ça). Par contre, pour les explications, ça attendra le prochain ! Merci de me lire, en tout cas ! C'est trop gentil ! Kiss !
Arsenall :
Hey ! Petit nuage ? Oh mais c'est trop chou comme surnom ! Ca fait genre je me drogue donc je plane souvent parmi les… euh… kofkof ! J'ai rien dit ! Merci pour ta review ! Mon Antonio est un poil trop à fleur de peau, en effet :/ Pénible, cet enfant ! Tu auras ton coupable à la fin du chapitre, promis ! Et belle analyse que tu me fais là sur la relation Francis-Emil. Je n'ai pas fini de la développer mais c'est effectivement ce que je veux faire… pour cette partie-là de la fic, seulement ! Mouahah ! Ce passage de la taupe va tout changer à cette fichue fic ! Bref, merci encore ! Je te nem !
Invité-inconnu :
Merci beaucoup !
Voilà-voilà ! Cette partie sur le traître et sur la relation entre Francis et 'la personne qui est à sa porte' va marquer un tournant dans l'histoire. Ça va décamper grave ! Youhou !
Merci encore de votre soutient !
Je vous souhaite une lecture pas trop désagréable !
Chapitre XVII :
Francis fixa avec défaitisme le sourire tendre et sincère de sa mère, dont la visite inopportune marquait pour lui la fin de tout ce qu'il avait entrepris jusqu'alors. Il pouvait lui mentir au téléphone, avec juste sa voix comme témoin, mais pas en face, pas les yeux dans les yeux. Il ne pourrait jamais justifier toutes les preuves de la fuite de Juliette au fur et à mesure que sa mère s'interrogerait. Pourquoi n'y avait-il qu'une brosse à dent dans la salle de bain ? Pourquoi la chambre des enfants était-elle fermée à clé ? Pourquoi n'y avait-il aucun vêtement féminin ? Pourquoi n'y avait-il que tes chaussures et tes manteaux dans le rangement de l'entrée ?
Pris localement, il pourrait mentir sur chacune de ses questions, mais l'ensemble ne serait que trop suspect.
Il était perdu.
« Mon chéri, tu n'embrasses pas ta mère ? demanda-t-elle en lui faisant un clin d'œil complice ».
Parce que ce serait certainement le dernier avant l'explosion de leur doux noyau familial, Francis lui accorda un baiser sur la joue avant de l'enlacer fermement. Contente de cette attention, elle se laissa faire en chantonnant d'un air amusé, inconsciente que son fils se décomposait lentement dans ses bras. Il sentait poindre la fin de tous ses efforts…
« Je ne m'attendais pas à ta visite, avoua-t-il d'une voix faible. Il s'est passé quelque chose ?
_ Oh mais depuis quand doit-il se passer quelque chose pour que je vienne te rendre visite ? On se voit tellement peu souvent et c'est toujours toi qui viens… Du coup, je me suis dit que tu devais avoir besoin d'un petit coup de main. Je sais que vous travaillez dur Juliette et toi, ce n'est pas facile d'élever des petits dans ce genre de conditions, surtout qu'avec ta sœur, ça ne doit pas être évident tous les jours ».
Elle était tellement généreuse et adorable que Francis se sentit poignardé en plein dans le cœur. Elle aurait dû rester éternellement en dehors de ça, dans son petit cocon de bonheur, loin de l'Enfer qu'était la vie de son fils. Il n'avait réellement pas envie de la faire souffrir avec ses mensonges… mais c'était inévitable.
Le problème était : comment aborder le sujet ?
« Tu as une tête à coucher dehors, Francis ».
Toujours aussi honnête et directe...
Si seulement elle savait qu'il tirait cette tronche par appréhension, elle n'en rirait pas. En fait, elle n'en riait déjà plus puisque son air redevint grave. Loin d'être stupide, la mère avait bien compris que quelque chose le troublait – assez pour qu'il ne lui réplique pas quelque chose au sujet de son 'magnifique visage, beau en toute circonstance'. Il avait perdu ses punch-line habituelles et toutes leurs blagues personnelles. Leur complicité.
Là, elle sentit que sa famille était en danger.
« Francis ? Quelque chose ne va pas ? »
Il évita son regard avec tant de soin qu'il semblait évident que la réponse était 'oui', sauf qu'il avait l'air déterminé à ne pas desserrer les lèvres. Trop honteux pour énoncer tout haut la vérité qu'il s'était acharné à dissimuler pendant cinq ans, il se mura dans un silence coupable, plongé vingt ans en arrière quand sa mère le punissait avec les mains sur les hanches et les sourcils froncés.
Etant sur le palier de la porte depuis déjà quelques minutes, elle tendit l'oreille à la recherche d'un son quelconque qui pourrait trahir ce silence gênant. Elle ne savait pas ce qu'elle cherchait elle-même. Peut-être un rire d'enfant, une lessive en route, une femme d'affaire au téléphone avec ses clients… et lorsqu'elle s'aperçut qu'il n'y avait rien, elle s'assombrit aussitôt.
« Pourquoi tu ne me laisses pas entrer ? »
Il se renferma à son tour, horrifié d'entendre à nouveau cette voix autoritaire et suspicieuse alors qu'il ne s'était plus fait crier dessus depuis des années et des années. Elle avait déjà remarqué que certaines choses ne collaient pas dans cette histoire, les cruels aveux allaient venir.
« Qu'est-ce que tu caches derrière la porte ? »
Rien, justement. Il n'y avait rien là où il aurait dû y avoir quelque chose.
« Tu as… fais beaucoup de chemin, lui murmura-t-il en désespoir de cause. Peut-être qu'on pourrait sortir se balader et se poser quelque part…
_ Avec ma valise ? Tu n'y penses pas ! Ouvre-moi la porte ».
La technique supposée l'éloigner du logis échoua lamentablement – bien sûr ! comment aurait-il pu en être autrement ? – et il dut se résoudre à s'écarter du chemin, marchant à la suite de sa pauvre et innocente mère. Qu'avait-elle pu commencer à émettre comme supposition face à ce comportement suspect ? Elle pourrait croire qu'il avait égorgé toute sa famille… Pour le cas de Juliette, ça pouvait se discuter, mais les enfants ! Certainement pas !
En entrant dans le salon, elle déposa avec sa délicatesse naturelle son veston sur le dossier du sofa, les yeux s'attardant sur ce sombre appartement à l'allure austère, qui n'avait rien à voir avec le doux foyer chaleureux de ses souvenirs.
Pendant qu'elle inspectait l'ambiance de la pièce, Francis se sentit obligé d'énumérer intérieurement toutes les merdes qui venaient de lui tomber dessus avec cette simple visite surprise – partie d'un bon sentiment, hélas.
Il était seul dans un appartement supposé contenir sa femme, sa sœur et ses deux enfants, avec son patron endormi dans la pièce d'à-côté. Et il ne pouvait rien justifier du tout. D'ailleurs, il s'agaçait de constater que son seul réflexe face à la situation soit de réfléchir à un éventuel n-ième mensonge plutôt que de chercher les mots pour dire la vérité. Il était prêt à s'enfoncer encore plus pour une illusion. Pathétique.
Il avait cru pouvoir tout arranger avant que sa mère ne s'en aperçoive. Quel idiot. Cinq ans ? Cinq ans et toujours rien ? A quoi bon se battre encore ?
« Où sont Alfred et Océane ? Et ta femme ? »
Elle se tourna brusquement vers lui.
« Et ta sœur ? »
Ah… Son ton était devenu dangereux. S'il y avait bien un sujet avec lequel Aodrena ne rigolait pas, c'était sa fille. En même temps, c'était compréhensif vu l'état médical de la jeune demoiselle. Si elle avait laissé son bébé la quitter, c'était parce qu'elle avait eu confiance en Francis pour veiller sur elle.
« Partis ».
La vérité venait de lui échapper comme si cela avait été une entité vivante, trop longtemps brimée et étant enfin parvenue à déguerpir de cette prison mentale. Le jeune homme ne se risquait plus à un contact visuel maintenant qu'il était mis en tête-à-tête avec ses erreurs et ses fautes.
Il se sentit à l'étroit dans son bas de pyjama. Sa demi-nudité allait de pair avec son état mental. Il se sentait… dépouillé et isolé.
Sa mère ne put pas comprendre avec ce simple mot tout l'ampleur du désastre. Elle se contentait de pencher la tête avec ses sourcils froncés, essayant d'attraper son regard par en-bas, mais il se déroba en détournant à nouveau le regard.
« Partis où ? Qui est parti ? Pour combien de temps ? »
Le gamin se mordit la lèvre avec un air coupable, se demandant pourquoi il avait si peur de la colère de sa mère. Il devait craindre comme la Peste sa déception inévitable.
« Je ne sais pas ».
Elle perdit patience et avança dignement vers lui, tête haute.
« Francis ! Je n'ai pas le temps de jouer aux devinettes, dis-moi immédiatement ce qu'il se passe !
_ Je…
_ Tout de suite ou tu vas m'entendre !
_ Juliette m'a… quitté. Et elle a emmené les enfants avec elle ».
Aodrena fit deux pas en arrière, touchée au cœur, mortifiée. Le divorce était pour elle une notion éloignée et incompréhensible, surtout car elle avait été témoin du bonheur de son fils et de sa belle-fille. Qu'ils se soient séparés était… incompréhensible. Ne s'étaient-ils pas aimés avec fureur ? N'étaient-ils pas proches depuis l'enfance ? Si, bien sûr que si. Alors qu'est-ce qui avait dérapé ?
« Quand est-elle partie ?
_ Je… je ne compte plus les années… »
La noble dame passa une main fébrile sur son visage, par réflexe, épongeant son front en inspirant par le nez, les lèvres closes avec sévérité.
« Et Lucile ?
_ Elle va bien.
_ Ce n'est pas ce que je te demande ».
Voyant qu'il ne lui donnait pas la réplique, elle en conclut que quelque chose d'autre n'allait pas. Dangereusement, elle avança vers le fautif d'une démarche lente mais ferme, avec des éclairs de colère dans les yeux, le faisant reculer de quelques pas à cause de cette intensité tournée uniquement vers lui.
« Elle est partie aussi ».
Cette fois-ci, la gifle partit toute seule, mais la mère ne sembla pas regretter son geste. L'affaire était trop grave pour qu'elle se retienne de filer une correction à son fils indigne, qui avait laissé une malade dans la nature alors qu'il avait fermement juré de prendre soin d'elle jusqu'à guérison définitive. Il avait donc menti. Et pire, cela faisait des années entières qu'il mentait sciemment, à chaque coup de fil, au détour de chaque discussion.
Cela faisait longtemps que Francis ne s'en était pas pris une dans la figure. Il avait oublié la honte qui l'envahissait toujours dans ces moments-là, qui le rendait misérable… et sa joue brûlante le forçait à se remémorer des souvenirs peu agréables. Pour peu, il en aurait eu les larmes aux yeux. Plus que la douleur, c'était l'angoisse d'avoir perdu la confiance de sa mère qui le terrifiait. Et le pire, c'était qu'il avait bien conscience d'avoir fait n'importe quoi et de mériter ce qui lui arrivait. Mais l'avouer lui ferait mal au cœur. Il n'avait pas envie de s'asseoir sur les cinq dernières années comme si elles n'avaient servies à rien…
Cinq ans d'efforts, de stress, de pleurs et de nuits blanches pour ce résultat ?
Peu importe la manière dont il tournait cette constatation, elle était inacceptable. Et pourtant, ce qu'il craignait arrivait. Il voyait la déception se profiler dans le regard mouillant de sa mère, dont les dents serrées prouvaient que la dispute allait être sèche.
« Tu as laissé ta sœur partir dans son état ? répéta-t-elle avec une peau plus blanche que les draps dans lesquelles Arthur venait de se réveiller.
_ Elle s'est enfuie quand j'avais le dos tourné… j'ai rien pu faire.
_ Ta sœur… cardiaque. Seule. Dehors ? »
Les mots s'enchainaient sur ses lèvres sans former de phrase précise, bien que Francis ait compris à quel point sa mère commençait à angoisser. Ce n'était pas impossible que, comme ça, d'un instant à l'autre, la petite jeunette fugueuse fasse un arrêt cardiaque à cause de tel ou tel élément extérieur random. Elle aurait été avec sa famille, ils l'auraient eu à l'œil pour appeler une ambulance. Mais là, que faire ? Ils resteraient ignorants quoi qu'il advienne.
Elle pouvait très bien mourir sans qu'ils ne l'apprennent.
« Pourquoi ne m'as-tu pas appelé quand elle est partie ?
_ Je comptais la ramener à la maison de force et oublier cette histoire… mais tout s'est éternisé… de plus en plus… J'espérais toujours mais… plus j'essayais et plus elle me fuyait, jusqu'au jour où j'ai réalisé que ce que je tentais inlassablement ne servait à rien… j'ai eu honte, je… Pardon… »
L'enfant baissa tristement la tête mais l'heure n'était pas encore au pardon. Aodrena avança avec raideur pour lui attraper violemment le visage, le forçant à la regarder dans le blanc des yeux. Ce qu'il y vit le terrifia. Derrière la colère, une émotion proche du dégoût perçait ses yeux bleus. Plus que tout, elle haïssait les trahisons.
« Mais comment as-tu pu… ? C'est ma fille… ma petite fille… malade, Francis. Malade… Tu as perdu ma fille malade… depuis cinq ans… et tu m'as menti… Mais qu'est-ce que tu es devenu, au juste… ? »
Les mots serties de tristesse le poignardèrent, d'autant plus qu'il n'avait pas de réponse à cette question qu'il se posait lui-même parfois. Le bon Francis était mort dans les assauts de la vie. Que restait-il sous les décombres ?
« Maman… »
Il allait pour dire pardon quand une voix tierce retentit depuis le couloir, pour finalement apparaitre à l'entrée du salon, ensommeillée et douce.
« Francis ? Où es-tu pass… ? »
Arthur se figea lorsqu'il comprit qu'ils n'étaient pas seuls.
Son regard croisa immédiatement celui de l'intruse, une femme absolument magnifique dont le visage rappelait sans mal les traits fins et réguliers de Francis – il ne lui fallut d'ailleurs pas plus de trois secondes pour comprendre qu'il avait sa mère sous les yeux –, mais l'ambiance paraissait tellement lourde qu'il ne put que supposer que les deux étaient prêts à se disputer.
Il avait bien choisi son moment pour se lever…
Aodrena fut si surprise que sa colère s'évapora le temps qu'elle digère ce qu'elle voyait. Après les atroces révélations de son fils, voir un inconnu en caleçon avec des traces d'amour sur tout le corps n'était pas vraiment la bonne nouvelle qui allait illuminer sa journée. Femme d'expérience, elle comprit de suite ce qu'il se tramait dans cette maison et là, elle vit rouge.
Arthur assista, incrédule, à la transformation de cette beauté en véritable furie. Les joues pourpres de rage, le regard accusateur, elle serra les dents en attrapant son fils par l'oreille pour lui renverser la tête – comme quand il était petit. Un petit groupe de larmes s'était formé dans ses yeux – de rage, d'inquiétude ou de désespoir, qui sait ? – alors qu'elle grinçait des dents en répétant 'c'est une blague ? Tu te fiches de moi !' d'un air dangereux.
Sans une ni deux, Arthur partit chercher ses affaires – parce que le regard suppliant de Francis avait très clairement voulu dire 'pitié, va-t-en et laisse-moi gérer' – et finit de s'habiller dans le couloir pour gagner du temps, même si ce n'était pas une attitude très élégante. Gêné comme jamais il ne l'avait été, l'Anglais se congédia avant que cette femme ne le fasse et, bien qu'il comprenne son état et sa colère, il ne pouvait s'empêcher d'être apeuré. En espérant que Francis s'en sorte vivant, il disparut rapidement en prenant bien soin de garder la tête baissée.
Lorsque la porte claqua, elle lâcha son courroux d'un coup.
« Mais de qui tu te moques ?! Ta femme te quitte et tu batifoles avec un gosse ?!
_ Arthur a… le même âge, presque…, essaya-t-il de contrer faiblement.
_ Je m'en fous ! enragea-t-elle. Je. M'en. Fous ! Est-ce que tu te rends compte de ce que tu fais, au moins ?! Francis ! Regarde-moi quand je te parle ! »
Ses pupilles sursautaient toutes seules mais il parvint à soutenir le regard tueur de sa mère.
Là, il était clairement pris sur le fait.
Ça lui laissait un choix merveilleux pour la suite des événements. D'un côté, il pourrait justifier ses aventures avec Arthur en lui avouant qu'il cherchait de l'argent en masse pour, un, se payer un avocat efficace et, deux, payer les médicaments et les opérations de sa sœur (qui à ce jour, était toujours persuadée que c'était l'Etat qui la prenait en charge car la considérant comme invalide). Mais ce serait avouer qu'il offrait son corps contre de l'argent – et quand bien même sa relation avec Arthur était plus profonde que ça, il se voyait mal lui expliquer qu'ils étaient devenus inséparables tant ils se complétaient parfaitement bien. Ou alors, il pouvait passer cela sous silence et assumer de se taper quelqu'un malgré sa situation déplorable, auquel cas, il passait juste pour un irresponsable. C'était mieux que passer pour une pute. Surtout aux yeux de sa mère.
Il fit donc silence avec un regard implorant.
« Je suis désolé… Vraiment… J'ai perdu le contrôle de ma vie…
_ C'est le moins qu'on puisse dire ! C'était qui ce gars ? »
Aïe. Il n'allait pas répondre que c'était son boss, auquel cas, il allait se faire exterminer purement et simplement. Le seuil de tolérance de sa mère avait déjà explosé, pas la peine d'en rajouter davantage.
« Un ami… Il n'y est pour rien, ne lui en veux pas…
_ Inutile de le défendre, je préfèrerais que tu gardes ta salive pour t'expliquer ».
Elle était tellement amère… A quand remontait la dernière fois qu'il l'avait vu aussi furieuse ? Où était donc passé sa douceur ? Sa gentillesse ? Son calme ? A croire que ça n'était plus la même femme qu'il avait en face de lui.
« Je ne peux pas croire que tu te compromettes de la sorte dans ta situation. Tu n'as pas de problèmes plus importants à régler plutôt que d'entretenir ta libido ? »
Si elle savait…
« Comment avez-vous organisé le divorce ? continua-t-elle alors que ses yeux crachaient des éclairs. Je suppose que tu ne peux garder les enfants que le week-end et elle le reste du temps, vu comme la loi est mal faite de ce côté-là.
_ Non…
_ Quoi, 'non' ?!
_ J… J-je n'ai pas le d-droit de voir les enfants…
_ Quoi ?!
_ Juliette a porté plainte contre moi… Elle m'a trainé devant la Justice pour maltraitance et… »
Voyant sa génitrice tanguer sur ses deux jambes, il jugea bon de s'arrêter et de lui attraper le bras pour qu'elle ne chute pas. Heureusement pour lui, elle ne l'éloigna pas comme il aurait pu imaginer, mais ne répondit pas non plus à son geste inquiet, trop déboussolée pour réagir d'une quelconque manière.
« Mais pourquoi a-t-elle fait ça…, grinça-t-elle. Ne me dis pas que tu…
_ Non ! Bien sûr que non ! Je n'ai jamais fait de mal à qui que ce soit !
_ Francis… Tu es poursuivi en justice par ton ex-femme et tout ce que tu trouves à faire, c'est baiser avec un ami ? »
Dis comme ça, c'est vrai que ça craignait pas mal. Cependant, elle n'avait pas toutes les cartes en main pour comprendre, c'était donc normal qu'elle en arrive à cette constatation. Son timbre de voix était tellement tremblant qu'il ne le reconnut pas, et il eut la présence d'esprit de lâcher le bras de sa mère lorsqu'il la vit le regarder avec déception.
Tout ce qu'il craignait était arrivé.
D'un pas ferme, elle se dirigea vers la table basse, déterminée comme jamais, et attrapa le téléphone portable de son fils, abandonné nonchalamment là depuis la veille lorsqu'il l'avait jeté en déshabillant Arthur. Etonné de ce changement d'attitude en pleine situation de crise, il fronça nerveusement des sourcils.
« Maman… Qu'est-ce que tu fabriques avec mon téléphone ?
_ J'appelle ton ami, là… Arthur. Il est hors de question que tu continues à te compromettre dans une situation aussi grave. Imagine que Juliette se serve de ça contre toi, ce serait pire ! Je vais ordonner à ton ami de ne plus t'adresser la parole, ça vaut mieux pour t…
_ Lâche ça tout de suite ! »
Francis ne sut jamais pourquoi une telle impulsion l'avait envahie à ce moment-là, quand bien même il s'était écrasé tout le long de la dispute. Le simple fait d'entendre qu'une tierce personne voulait lui arracher Arthur l'avait rendu dingue, il n'en avait même pas écouté la fin du discours. Qu'Arthur ne lui adresse plus la parole ? Hors de question !
Il avait perdu sa femme, ses enfants, sa sœur, sa mère, mais il ne perdrait pas son amant !
Sur un coup de folie, il s'était précipité sur elle pour lui arracher le téléphone des mains. Leur lutte s'acheva très rapidement lorsqu'Aodrena fut bousculée en arrière à cause d'un coup de coude trop violent pour être involontaire. Elle culbuta contre le mur et attira un vase de fleur dans sa chute, finissant au sol, tétanisée devant la force que son propre fils avait utilisé contre elle. Jamais il ne lui avait fait ça.
D'ailleurs, il ne s'était jamais rebellé lorsqu'elle avait pris une décision pour lui. Parce que depuis tout petit, Francis était habitué à entendre sa mère expliquer chacune de ses résolutions. Si elle jugeait que quelque chose était mieux pour lui, elle le lui justifiait, à tel point que le petit avait fini par ne jamais remettre en doute sa parole.
Et aujourd'hui, il avait refusé de reconnaitre que sa relation avec Arthur pourrait le tirer plus bas que terre.
Choquée, elle attrapa son bras d'où s'écoulait de minces filets de sang et se décala des bouts de verre qui venaient de lacérer sa peau. Francis la contempla en tremblant des jambes, refusant ce qu'il venait de faire. Voir sa mère à terre, le bras marqué par une blessure qu'il lui avait sciemment infligé, le fixer avec crainte – crainte ! –, ce fut trop lourd pour lui. Il regretta aussitôt, malgré son téléphone porté contre son cœur comme une chose précieuse.
« Maman, je…
_ Stop ! »
Elle s'agita lorsqu'elle le vit approcher, clairement mal à l'aise.
Une limite impardonnable venait d'être franchie. Francis n'aurait jamais dû la blesser, surtout pas pour un téléphone. Et il savait qu'elle avait raison dans le fond, mais il ne pourrait jamais renoncer à Arthur. Pas dans cette situation où il était devenu sa bouée de sauvetage.
Il venait de sacrifier l'amour de sa mère pour Arthur… mais quel con !
Non, l'amour de sa mère s'était éteint au moment où elle avait compris qu'il s'était fichu d'elle pendant cinq ans. Même en une vie de martyr, il ne pourrait sans doute jamais racheter son affection et, pire, sa confiance. Il l'avait perdu. Il le vit d'ailleurs dans son regard quand elle se releva, l'œil humide d'être arrivée à la même conclusion que lui. Ces mensonges, elle ne pouvait pas les lui pardonner. Pas maintenant, pas comme ça.
« Maman, attends…
_ Non… ne dis plus rien, j'ai compris… »
Elle avait l'air tellement mal qu'il en eu le cœur meurtri.
« Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter ça mais je viens de perdre mes deux enfants ».
Il hoqueta en s'entendant renié de la sorte. Aodrena n'avait pas reconnu son fils dans cette attitude violente et égoïste. Cette série de mensonge n'appartenait pas à son enfant bien-aimé, c'était comme si un autre avait pris sa place. Le lien profond qui les avait reliés jusqu'alors céda, coupé par les deux bouts. Pour une fois dans sa vie, Francis allait devoir assumer ses actes et le fait qu'entre sa mère et lui, il n'y avait plus rien. Il l'avait déçu. Il l'avait trahi.
Le bras toujours en sang, elle se hâta de quitter la maison, oubliant sa valise et son manteau, pressée de s'enfuir de cette prison.
Lorsque Francis réalisa qu'il avait tout perdu encore une fois, il s'abandonna aux larmes en serrant contre son cœur son précieux téléphone d'une main, et le manteau délicat de sa mère de l'autre.
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Francis étant bien trop déprimé pour faire quoique ce soit, il sécha sans honte toute sa journée de travail, ce qui inquiéta vite Arthur alors qu'il en était déjà à son troisième aller-retour jusqu'au bureau vide de son amant. Quelques autres semblaient également perturbés de son absence, ne sachant pas à qui montrer leurs dossiers. En tant que supérieur direct, Arthur s'encombra de cette tâche, et fut agréablement surpris de constater que Francis les avait parfaitement bien coachés. Il leur donna donc le feu vert pour continuer dans cette voie.
Mais le problème restait le même.
De retour dans son bureau – et non sans avoir foudroyé du regard la caméra discrètement placée par Antonio dans le couloir –, il attrapa nerveusement son téléphone dans l'espoir d'avoir quelques nouvelles fraiches. Heureusement, en voyant son nom s'afficher sur l'écran, le disparu décrocha immédiatement.
« Bon sang, Francis, tu m'as fait une de ces peurs !
_ Je suis désolé…
_ Est-ce que ça va ?
_ Pas trop. J'ai besoin de quelques jours de repos, en fait.
_ C'était ta mère, n'est-ce pas ?
_ Oui…
_ Je suis désolé. Si j'avais su, je serais resté caché.
_ Ne t'inquiète pas, le vrai sujet de dispute ne tournait que très sommairement autour de toi. Elle avait plus important à me reprocher.
_ Est-ce que je peux faire quelque chose… ?
_ Non. Ça ira. Je reviendrais dès que j'aurais digéré.
_ D'accord. Prend soin de toi ».
Francis n'ayant placé aucun RTT depuis longtemps, il pouvait largement se permettre de prendre ces quelques jours, même s'il n'aimait pas prévenir au dernier moment. A la limite, dans son état, il aurait presque pu se mettre en arrêt maladie.
Pendant ce temps, il comptait sur Arthur et Antonio pour garder les caméras de surveillance à l'œil. Le traître allait sans doute passer à l'attaque dans le courant du mois prochain. Plus il attendrait et plus il prendrait le risque que le dossier-appât soit déplacé. Il avait donc tout intérêt à se bouger s'il désirait toucher le pactole.
Finalement, plus il y repensait et plus Francis craignait pour Arthur. Si le coupable avait remarqué leur petit manège avec les caméras, il pourrait se montrer plus offensif. Rien que d'imaginer l'Anglais avec un couteau sous la gorge, il eut des sueurs froides. Ce fut cette vision qui le poussa à revenir travailler au bout du troisième jour de déprime. Il prit sur lui pour ne pas montrer son trouble et revint au travail avec une boule d'angoisse au ventre.
Ça lui faisait bizarre d'avoir tout perdu. D'un côté, la solitude lui faisait peur mais, d'un autre, il était rassuré de ne plus rien devoir à personne. Il ne couvrirait plus la fugue de sa sœur et c'était bien fait pour elle. A coup sûr, Aodrena allait appeler sa fille jusqu'à ce qu'elle daigne lui répondre, pour pouvoir allégrement l'engueuler pour son comportement irresponsable. Ouais, bien fait. Il aimait sa famille mais lorsque sa sœur méritait une correction, elle le méritait vraiment.
Accueillit par d'heureux sourires de soulagement, Francis salua toutes les personnes qu'il connaissait avec douceur, puis regagna son étage en regardant une dernière fois son reflet dans la vitre. Illusion parfaite.
Encore une fois, il allait mentir à son monde en faisant croire que tout allait bien autour de lui. Merveilleux.
Il fut cependant surpris de constater que beaucoup de bureaux étaient vides. A croire qu'ils étaient tous partis en congé en même temps… Curieux, il jeta un coup d'œil à l'agenda de son téléphone et constata qu'il avait choisi de revenir au boulot un jour férié. Il se traita d'ailleurs de crétin.
Avant de réaliser que c'était une véritable aubaine.
Si d'un côté, il allait être payé double pour sa journée de travail, il comprit aussi qu'à la place du traître, il aurait saisi cette occasion. Peu de personnel resterait tard aujourd'hui, ça faisait moins de risques de se faire choper sur le fait. Plus il y pensait et plus cela lui semblait inévitable, la taupe allait sortir de sa tanière ! Tant mieux puisque penser à cet enfoiré allait le détourner de ses problèmes pour la journée, ce qui était hautement appréciable.
Cette fois, son réflexe ne fut pas de rejoindre son bureau comme d'habitude, mais de passer voir Arthur, qui avait eu la bonté de s'inquiéter pour lui.
Lorsqu'il tapa les trois coups, il n'entendit pas le fameux 'entrez' et s'en alarma, mais sa crainte disparut lorsque l'Anglais vint de lui-même ouvrir la brèche qui les séparait, choqué de le voir sur pieds. Il cligna plusieurs fois des yeux et le tira dans son bureau comme un ours dans sa tanière, puis claqua la porte derrière eux.
« Tu vas mieux ? s'enquit-il en le prenant dans ses bras. Ça s'est arrangé avec ta mère ? Elle doit m'en vouloir… Dis-moi si je peux t'aider ! »
Francis fut ému de cette charmante intention pour sa personne. Il espérait que cette sincérité reste éternellement mutuelle entre eux.
« Arthur, j'ai de bonnes raisons de croire que le traître va faire son coup aujourd'hui. Il faut qu'on mette un plan d'action au point avec Antonio ».
Bien qu'il grinça des dents en entendant le nom de ce foutu Espagnol, Arthur comprit très vite où son interlocuteur voulait en venir. Son inquiétude était justifiée, si la taupe voulait à tout prix s'emparer du dossier, ce serait maintenant ou jamais. Monter un stratagème ne poserait aucun problème à Arthur, spécialiste des coups fourrés. Le seul bémol, c'était qu'il allait devoir se farcir le meilleur ami qui se prenait pour un détective. Pourtant, il était suspect aussi !
De toute façon, si la taupe ne venait pas ce soir, Arthur aurait un argument en plus pour accuser Antonio. Parfait !
Les deux amants filèrent vers le bureau du pirate informatique pour le tenir au courant de leurs intentions. Ils tentèrent de ne pas réagir en voyant un certain Lovino quitter ledit bureau en rougissant et avec la cravate de travers, puis tapèrent à la porte en se lançant un regard sceptique. Il y en avait un ici qui ne perdait pas le nord.
« Tu as oublié quelque chose, mi corazón? »
Lorsqu'il tomba face à un Arthur au sourire cynique, Antonio pâlit en bondissant en arrière, choqué de se retrouver face à ce sale type. Heureusement, Francis intervint pour prévenir toute dispute inutile entre les deux rivaux – qui n'avaient pourtant aucune raison de se haïr autant. Le sujet intéressa immédiatement l'Hispanique qui comprenait bien l'enjeu de cette soirée. Ça le démangeait de mettre un terme à cette histoire d'espionnage. Il voulait innocenter son meilleur ami à tout prix, lassé d'être aussi suspicieux envers lui. Ses propres réactions le gavaient.
« Les caméras sont bien branchées ? interrogea Arthur.
_ Affirmatif, parodia l'Espagnol. J'en ai foutu une vingtaine à notre étage et trois à l'entrée. Et une dans l'ascenseur, au cas où.
_ Je peux savoir avec quel blé t'as acheté une vingtaine de caméras ? suspecta Francis.
_ Un pote technicien me devait un service.
_ Et tu les as placé quand, les caméras ?
_ La nuit, pardi ! Manquerait plus que quelqu'un me prenne sur le fait ! »
Arthur chuchota à l'oreille de son amant que son meilleur ami était un probable psychopathe et qu'il avait eu raison de s'en méfier, quoiqu'on en dise.
« Par contre, c'est du matériel basique, ne vous attendez pas à une vision infrarouge ou quoique ce soit. Tout ce que je pourrais faire avec, c'est tracer l'itinéraire du coupable, mais pour avoir son visage en gros plan, il faudra l'arrêter manuellement.
_ On se croirait dans un film…, remarqua l'Anglais. Donc, si je comprends bien, Francis et moi allons devoir attraper ce chien pendant que toi, tu te branles ici.
_ Eh oh ! Vous avez besoin de quelqu'un comme moi pour vous guider ! J'ai réussi à choper un micro pour qu'on soit en contact sans avoir à utiliser les téléphones. Mais je n'en ai qu'un donc vous vous démerdez pour communiquez entre vous.
_ Je le prendrais, décida Francis. Ça vous empêchera de vous hurler dessus toutes les huit secondes.
_ J'apprécie ton dévouement pour faire réussir cette mission, minauda l'Espagnol alors qu'il se faisait fusiller du regard par Arthur. Si vous voulez, j'irais acheter des lampes électriques pendant la pause déjeuné, ça peut servir.
_ Enfin une bonne idée, provoqua l'Anglais en se faisant à son tour fusiller du regard ».
Francis roula des yeux. La soirée allait être mouvementée.
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« Alpha, t'es en place ?
_ M'appelles pas comme ça, crétin.
_ S'il-te-plait ! J'ai toujours rêvé de faire ça ! »
Accroupis dans le noir, sous un bureau de l'open-space, Francis se fatiguait à expliquer à Antonio à quel point la situation était supposée être sérieuse, et qu'il n'y avait en conséquence pas le temps de jouer au soldat de jeu vidéo. Sous le bureau d'en face, Arthur réglait une dernière fois sa lampe torche vers une luminosité assez modeste, souhaitant rester discret pour les biens de la mission
« S'il prend l'ascenseur, il est foutu ! rappela l'Espagnol. Il est toujours allumé lorsqu'on monte dedans, même la nuit ! J'aurais alors sa tête en visuel, et là il sera coincé !
_ Sauf s'il prend les escaliers, coupa le Français à voix basse.
_ Tu veux que je te rappelle à quel étage on est ?
_ Si c'est Ludwig, il en serait capable ».
Voyant qu'Arthur lui faisait signe, Francis se déconcentra de son oreillette pour fixer son complice. Il pointait sa montre du doigt avec un regard sceptique. Il était déjà vingt-trois heures trente et toujours aucun signe de vie. S'étaient-ils emballés trop vite ? Peut-être n'y aurait-il personne ce soir…
« Personne n'a encore pris l'ascenseur ? interrogea Francis à voix basse.
_ Non. Et personne à l'entrée du bâtiment, non plus.
_ Bizarre… Tu penses qu'on se fourvoie complètement ?
_ Je ne sais pas. C'est pourtant l'occasion parfaite pour lui, il serait bête de… »
Antonio ne dit plus un mot, le regard rivé vers ses écrans. Il s'était enfermé à double-tour dans son bureau, plongé dans le noir pour n'attirer personne, et avait emprunté – sans demander la permission – les ordinateurs de ses collègues de travail pour les brancher au sien et visionner toutes les caméras en même temps. Ça faisait un sacré bordel sur son bureau.
« Quelque chose à bouger aux Archives. Toute une pile de papiers vient de glisser au sol !
_ Attends… Il est déjà là ? s'inquiéta Francis. Et l'ascenseur ?
_ Merde ! Il a fait comme vous, il est resté caché jusqu'à ce que le dernier employé soit parti ! On modifie le plan ! Allez voir vers les Archives avant qu'il n'en sorte. C'est un accès sans issue, de toute façon !
_ On bouge ! annonça-t-il à l'intention d'Arthur ».
Antonio ne voyait pas grand-chose sur ses écrans, juste de quoi percevoir du mouvement dans un coin de la pièce, juste derrière une haute étagère, comme si quelqu'un rangeait quelque chose.
Le cœur battant d'appréhension, les deux faux agents se dirigèrent vers ladite salle, prêts à en découdre de leurs poings. Francis se sentait dopé à l'éclairage lunaire, appréciant la noirceur déchirante qui pointait aux fenêtres. Il ouvrit doucement la porte des Archives d'une main, n'éclairant la pièce qu'avec l'aide de l'astre nacrée et des milliers d'étoiles qui l'accompagnaient.
« Qui que vous soyez, sortez de là ! ordonna Arthur d'un ton acide. Vous êtes encerclés, c'est terminé ! »
Un son rythmique de bazar déplacé se faisait entendre dans le fond, mais aucune réponse verbale ne vint l'appuyer. Les deux hommes se lancèrent un regard entendu avant de pénétrer à l'intérieur de la pièce, poings levés pour parer toute attaque. Le mouvement était de plus en plus proche, de plus en plus audible, ce n'était plus qu'une question de secondes… Francis bondit d'un seul coup pour se donner un effet de surprise, se préparant à subir une attaque de défense.
Mais rien.
Il baissa les yeux au sol pour tomber face à une voiture télécommandée qui poussait un carton rempli de bordel. Les petites roues peinaient dans leur tâche mais cela suffisait à produire un bruit sourd et répétitif, juste de quoi faire croire que quelqu'un y était. Leur sang ne fit qu'un tour lorsqu'ils réalisèrent qu'ils avaient été dupés.
« Antonio ! On s'est fait avoir, c'est un piège !
_ Merde ! Y a du mouvement près du bureau de Kirkland ! On nous a eus avec une diversion ! La taupe savait qu'on l'attendait ! »
Arthur à sa suite, Francis courut vers la zone à risque en espérant arriver à temps. Les bureaux étaient grands et peut-être labyrinthiques de nuit si leur proie avait l'idée de ramper sous les tables pour les contourner. Sinon, ils pouvaient très bien tous se tourner autour toute la nuit, puisqu'il était possible d'atteindre l'ascenseur par les deux côtés. En plus de ça, les bureaux au centre du bâtiment admettaient plusieurs portes, tant au nord qu'au sud, à l'est ou bien à l'ouest. Il y avait une infinité de chances de sortie et très peu de pièces acculées.
Heureusement, il n'y avait qu'un ascenseur, un escalier juste à côté et un autre de secours à l'opposé. Tous sous contrôle des caméras.
Ils allaient devoir jouer au chat et à la souris. Espérons juste que le fuyard ne se cache pas dans un angle mort où Antonio ne pourrait le voir.
« On se sépare ! déclara Arthur. Je vais contourner par l'autre côté en espérant le prendre en sandwich !
_ Ok, allume ton téléphone et mets-le dans la poche extérieure de ton veston en haut-parleur. Il faut qu'on puisse communiquer ».
Arthur était déjà en train de bifurquer à l'angle d'un couloir lorsqu'il fit ce que venait de lui conseiller son partenaire. Francis répondit à l'appel et rangea son téléphone dans la poche haute de sa veste, sur la poitrine et donc près de ses lèvres. Puisqu'Arthur avait fait de même, ils ne risquaient pas d'avoir trop de mal à s'entendre.
« Par où est-il parti ? demanda-t-il à Antonio.
_ Au nord de là où tu es. Vers la machine à café ! Il courre vite !
_ Tu crois qu'il se dirige vers les escaliers de secours ?
_ Possible, ils sont toujours ouverts.
_ Je suis à l'opposé, prévint Arthur. Je vais arriver vers toi en sens contraire.
_ Très bien ».
De son côté, la taupe dérapa à un tournant, manquant de tomber lamentablement. Il serrait contre lui le dossier-appât comme si sa vie y était. Le plan ayant marché, il se savait en avance de quelques minutes par rapport à ses poursuivants, il n'y avait donc pas une seconde à perdre. Lorsqu'il arriva près de la porte de secours, il tira le charriot abandonné par la dame de ménage pour barrer le passage derrière lui et, tout fier, il se glissa contre la porte pour la pousser.
Mais elle ne bougea pas.
Elle était fermée !
Il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps à réfléchir au pourquoi du comment, car les deux autres pourraient vite le rattraper. Sans plus de cérémonies, il reprit sa course par les bureaux intérieurs, coupant par une des nombreuses salles de réunion qui s'y trouvaient. Puis il plaça un doigt sur son oreillette.
« Pourquoi n'as-tu pas laissé la porte ouverte comme prévu ?!
_ Mais je l'ai fait ! répondit une voix ».
Il tiqua nerveusement en coupant la communication. Il ne lui restait plus que l'ascenseur ou les escaliers normaux.
Antonio suivit son parcours comme il put, incertain sur la direction qu'il avait l'air de prendre.
« Il revient vers l'ascenseur ! Demi-tour !
_ J'y suis déjà ! déclara Arthur à Francis qui le répéta à l'Espagnol.
Le Français se dirigea donc vers cette direction.
« N'y vas pas ! s'alarma une voix dans l'oreillette du fugitif. Ils t'y attendent ! »
Il changea encore d'itinéraire.
« Merde ! Il a disparu au coin d'un couloir ! Je crois qu'il va vers les open-space à l'Ouest ! prévint Antonio.
_ Cache-toi pour reprendre ton souffle ! ordonna la voix mystérieuse ».
Silence.
Francis et Arthur n'obtenant plus d'indications une fois arrivés sur place, ils se permirent de s'arrêter pour reprendre leur souffle, prenant d'assaut la salle par deux portes différentes pour examiner les lieux.
« Et maintenant ?
_ Je sais pas où il est. Il a disparu dans un angle mort…, avoua piteusement l'Hispanique. Il a dû se planquer pour remettre son plan à jour. Soit il est dans cette salle, soit il a filé vers le nord, dont le couloir n'est pas surveillé par mes multiples yeux électriques… Séparez-vous, les gars, ça vaut mieux.
_ J'y vais, décida Francis ».
Il se dirigea donc vers la porte nord, déboulant dans un autre couloir s'ouvrant sur de multiples salles de réunion. S'il prenait à gauche au fond, il retournerait près des Archives, et à droite, plutôt vers la machine à café.
Attentif au moindre son, il passait sa lampe torche devant chaque salle en entrouvrant d'abord discrètement la porte, puis plus franchement, cherchant leur suspect plutôt vif. Les salles de réunion n'étaient pas les meilleures cachettes qui soient, car les tables hautes laissaient voir ce qui pouvait se tramer en-dessous. Puisque leur suspect faisait partie de l'entreprise, il ne pouvait pas l'ignorer.
Quelques pas en avant, puis une porte. Fermée à clé.
Encore quelques pas, une salle de réunion. Vide.
Puis d'autres pas. Pas les siens.
D'un coup de pied sourd, il défonça la porte menant à une partie plus 'privée' du bâtiment, où les open-space étaient plus volontiers utilisés pour les gros clients et le PDG de l'entreprise. PDG qui n'avait aucune foutue idée de ce qui se machinait dans ses locaux à minuit passé.
La porte vola et trembla sur ses gonds. Une silhouette se dégagea. Francis plissa des yeux.
Sa lampe torche rencontra la lumière d'un téléphone.
« Francis ?
_ Ludwig ? »
Arthur entendit cet échange et, pensant avoir enfin mis la main sur leur suspect, il se dirigea à la suite de son amant. Sauf que lorsqu'il eut passé la porte, un son bien distinct de fuite résonna derrière lui.
« Arthur ! Le suspect vient de quitter l'endroit où tu es ! Cours ! ordonna l'Espagnol ».
Francis et Ludwig entendirent également ce message depuis le téléphone allumé qui trainait dans la poche du Français, puis Arthur s'exécuta sans demander son reste, faisant confiance à Francis pour gérer le cadet Beilschmidt.
Ils avaient donc deux suspects.
Qu'est-ce que cela signifiait ?
« Ne me dis pas que vous étiez deux dans le coup ! s'exclama le latin en se mettant en position de combat pour prévenir toute tentative désespérée de fuite.
_ De quoi tu parles ?
_ De la taupe qui nous vole des dossiers depuis des mois ! »
Ludwig pâlit, prouvant du même coup qu'il n'en avait eu aucune idée. Francis sentit immédiatement qu'il était sincère et jura en entendant le souffle saccadé d'Arthur, toujours en train de courser le véritable ennemi.
« Merde ! Il faut que j'aille l'aider !
_ Je viens avec toi ! décida l'Allemand. Il y a quelque chose que je dois mettre au clair.
_ Ouais, mieux que tu me suives, comme ça tu pourras m'expliquer ce que tu fiches ici.
_ Après tout ça, promis ».
Ils se mirent donc en chasse, guider par Antonio qui n'y comprenait plus rien. Il tapa nerveusement sur son clavier pour extérioriser sa frustration. Il avait l'impression que le fugitif savait parfaitement se diriger de manière à ne jamais rencontrer ses poursuivants. Et si… ?
Il analysa les icônes ouvertes sur son ordinateur et fouilla les données internes, toujours en jetant un coup d'œil à ses écrans pour guider ses amis. Son cerveau pulsa à cent à l'heure, dopé par l'adrénaline. Des pages s'ouvraient au fur-et-à-mesure qu'il tapait sur son clavier sombre. Des données chiffrées apparurent, puis un plan du réseau de tout le bâtiment, où chaque PC était représenté par un point rouge. Mais son ordinateur s'excita tout seul au bout de deux secondes.
C'était bien ce qu'il pensait.
« J'ai été hacké par un pirate, déclara-t-il. Quelqu'un a accès hic-et-nunc à ce que je regarde… Le suspect est aidé par quelqu'un !
_ Eh bah trouve-le ! s'époumona Francis alors qu'il voyait Arthur par-delà une baie vitrée. Merde, il va falloir qu'on coupe vers le sud pour ne pas être distancés !
_ Je te suis ! affirma Ludwig.
_ Si vous l'avez en visuel, ne le lâchez pas ! déclara l'Espagnol. Je vais éteindre mes écrans pour que le pirate ne puisse pas aider son complice.
_ Bonne idée ! »
Arthur était à bout de souffle mais il refusait d'abandonner. Il le voyait pourtant ! Devant lui, à quelques mètres, le suspect filait avec sa capuche relevée, de manière à ce que les caméras ne le reconnaissent pas. S'ils avaient pu se payer le luxe de s'arrêter, ils auraient allumés toutes les lumières pour que la course-poursuite soit plus évidente. Trop tard.
Pendant ce temps, Antonio était en plein conflit avec cette fichue machine qui s'était retournée contre lui. Le pirate l'empêchait d'avoir accès au plan du réseau, c'était donc qu'il était dans le bâtiment mais ne voulait pas être trouvé par la localisation de son ordinateur qui, parce qu'il était allumé, serait visible sur l'écran. L'Espagnol devait donc annihiler ce virus à tout prix.
« Putain, putain, putain…, paniqua-t-il en cherchant la clé pour désactiver la brèche par laquelle le virus était entré. Attends… oh ! »
Il reconnut finalement la bête à laquelle il s'attaquait. En quelques secondes, il sortit une clé USB de son sac pour la brancher à l'ordinateur, espérant que cette petite chose fonctionne.
Quelques jurons et beaucoup de pages incompréhensibles plus tard, une alarme retentit depuis son ordinateur pour le prévenir qu'il était en train de forcer les défenses de son adversaire. Adversaire qui répliquait ! Mais Antonio, ayant prévu le coup, lui balança gratuitement un virus de SA composition pour le ralentir. Il espérait que l'écran spammé de têtes de troll suffise à désorienter sa Némésis. Finalement, le virus de ce dernier était assez faible. C'était un amateur qui avait juste bien potassé son sujet avant de se lancer dans cette guerre. Dommage pour lui, Antonio était un professionnel.
Pendant que son ennemi se battait à supprimer le fichier corrompu, l'Espagnol parvint à son but en poussant un cri de joie, atteignant même l'extase lorsqu'il vit l'un des points de la carte réseau clignoter en blanc. Il le tenait !
« Francis, j'ai besoin que tu ailles cueillir le complice ! Je l'ai trouvé !
_ Super ! haleta-t-il. Ludwig, je te passe… huuuf… mon portable… Rejoins Arthur… huuuf… et attrapez la taupe.
_ Ok… »
Il prévint Arthur du changement de plan et donna son téléphone avant de bifurquer là où l'oreillette le guidait. Il en profita pour reprendre sa respiration et arriva devant l'un des nombreux bureaux fermés de l'aile ouest. Ces locaux n'étaient pas exploités à 100% en temps normal, il y avait donc des ordinateurs de libres à exploiter pour un pirate informatique en herbe.
Voyant que la porte était fermée, il fit un rapide détour par l'open-space pour piquer quelques trombones sur un bureau, puis il revint à bon-port et força la serrure avec minutie. Il devait juste passer les extrémités dans la fente, appuyer sur les loquets du fond, et tourner le tout sans lâcher… Heureusement, il savait toujours le faire (parce que dans sa jeunesse, ça lui était arrivé de forcer le cadenas du journal intime de sa sœur pour la taquiner – et il n'en était pas fier aujourd'hui).
Discrètement, la porte s'ouvrit. Francis pénétra et vit un homme, de dos, pianoter sur son ordinateur en rageant et en se frottant la tête. Enfin ! Il était tout proche ! Il allait avoir ce fichu complice qui leur avait mis la vie dure !
Sa main s'approcha.
A bout, Arthur allait pour abandonner quand il vit une jambe dépasser d'une porte et faire un croche-pied au fugueur, arrêtant nette sa fuite. Ludwig eut le temps de les rattraper et éclaira l'inconnu qui était sorti de l'ombre pour les aider, souhaitant mettre un nom sur ce visage dissimulé. Le Kirkland et le Beilschmidt le reconnurent immédiatement.
« Williams ? »
Matthieu sourit timidement sous le regard consterné d'Arthur.
Le suspect fut retourné de force par un Ludwig assez agacé de ce jeu de poursuite. Et comme il l'avait supposé, il reconnut également leur suspect qui tentait de se débattre.
« Feliciano… »
Francis retourna le hacker et l'illumina de sa lampe.
« Vargas ? »
Et les jumeaux furent faits.
Haaaaaaaaaaaaan ! Tout est diiiiiis ! Le scénario délicieux a enfin cessé de nous faire chier ! Ouiiiiii !
Les explications viendront au prochain chapitre, je vous laisse la liberté d'imaginer le pourquoi du comment X) En tout cas, y a du monde dans les bureaux de Braginsky la nuit !
J'espère que l'action n'était pas trop dégueulasse, c'est difficile de rythmer un chapitre où ça bouge… Q^Q
Bref, vu qu'il est tard, j'abrège mes bêtises ! Je vous remercie et vous souhaite une bonne nuit !
Biz' !
