L'homme et la bête

Bonne rentrée 2016 à tous ! Et bonsoir, aussi !

Je stress trop, je vous raconte même pas ! La khâgne va me tuer, je le sais ! Je le sais !

Par contre, je crois que mes cours se finissent vers mai, voire un peu avant pour laisser place aux concours. Le temps va passer vite… pfiou…

Du coup, j'essaye de maintenir un rythme de post raisonnable, même si ça va être de plus en plus dur (sauf si j'arrive par miracle à m'organiser efficacement – chose que je faisais l'année dernière – pour me fournir un petit temps d'écriture par semaine). Je croise les doigts.

En tout cas, j'ai bien avancée ma future fic (je note l'avancée sur mon profil et j'essayerais de me mettre à jour aussi souvent que possible). Donc, normalement, je continuerais à poster pour votre plus graaaand plaisir~ ! Mouahahah !

Ça me fait bizarre de poster le dernier jour des vacances XD comme si je les enterrais loin de moi… Bon, j'arrête la séquence émotion !

Réponses :

Asahi :

Madame review un chapitre sur deux ! C'est quoi ce travail ! Tu mériterais que j'te croque et qu'j'te gobe tout rond U.U Miam ! Une Asahi en sauce, ça doit être bon… (Par contre, non, j'n'ai pas de chat, mais c'est pas grave ParceQueJePréfèreLesChiensKofKof). L'amouuuur briiiiille souuuus leeees étoaaales ! Ouais, tu m'as mise la chanson dans la tête avec ton putain de commentaire (j'vais te gober, j'te le jure !) mais je te passe cet écart, pauvre mortelle, car tu m'as fait rire U.U Bon j'abrège sur un « j't'aime, merci, t'es bonne, kisssssouuuu » parce que, au pire, on en parlera plus tard (et mon petit doigt me dit que lorsque j'aurais posté ça, je vais avoir une notif skype… XD) Donc voila, merci et prends-moi ces feelz dans la gueule, 'spèce de… -pan-

Mimichan :

Je sais pas pourquoi mon cerveau s'est dit « azzzi, on va faire une double-action simultanée dans la fic, geeeenre un glissement de point de vue tellement subtil que personne n'y verra que du feu ». Et je sais pas pourquoi ma conscience lui a répondu « ok, gros, c'est une bonne idée, lolilol ». Le coup de la voiture téléguidée était donc trop évident ? huuum –prend des notes- je ferais mieux. Par contre, est-ce qu'Ivan ne nagera pas à tout jamais dans l'ignorance~ ? :D Qui sait ? Je crois que ce perso est un immense troll, en fait… (oups, c'est la grosse faille de ma fic, j'ai des persos qui servent d'arbre de Nowel)… Bref, merci ! Keur sur toa !

Beyond :

OUI ! TU AVAIS DEVINE ! –te donne un cookie- Félicitation, tu savais tout ! Façons, vous m'aviez tous percée à jour, bandes de gniouf ! :T Azziii, j'suis vénère ! C'est comme Feli, tout le monde l'avait cramé (en tout cas, c'est que me disent vos reviews XD) Vous êtes trop forts pour moi, je m'incline ! Gros pourou à toi aussi, ma belle ! J'te kiss à mort !

Yukihana :

Etes-vous un ange, mademoiselle ? O.O Je suis… émue (tellement que j'te pardonne direct de pas m'avoir laissé de review avant MêmeSiCeCrimeMériteraitMortEtChâtim/PAN/) hum, hum… Franchement, t'es trop mimi ! T'as pointé du doigt exactement ce que j'essayais de faire avec mes persos, t'as analysé à la perfection (et tu m'as fait des compliiimeeeents ! blblblblbl – oui, je suis faible devant ça). Du coup, tout ce que je peux te faire, c'est te remercier mille fois pour ta bienveillance, ça me touche beaucoup. Merci, merci, merci, t'es adorable ! Je t'aime déjà ! (il en fauuut peuuu pour être heureuuux) J'espère ne pas te décevoir par la suite ! Kiss !

Voiiila !

Merci à tous, ça fait plaiz d'être lue ! Je vous embrasse fort et vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre XVIII :

Lovino Vargas fut balancé au sol à côté de son jumeau en plein milieu de l'open-space, rapatrié par un Francis agacé par autant de résistance de la part de cette furie que son frère de cœur semblait aimer à la folie. Quoique leur couple risquait d'imploser avec cette terrible découverte. D'ailleurs, l'Espagnol les avait rejoint avec tant d'empressement qu'il s'était mangé une chaise dans le tibia, sous le regard consterné de tous.

Le silence fut pesant lorsque tous les acteurs furent réunis.

Agrippé à son frère comme à une bouée, Feliciano se faisait tout petit tandis que la honte inondait ses iris dorés. Mais cette fois-ci, Francis jura de ne pas se laisser attendrir. Il en avait marre d'être mené en bateau par tout le monde. Maintenant, il avait de plus en plus envie de tout prendre en main, de tout contrôler, de manière à ne plus jamais souffrir d'être le grand perdant de chaque jeu. Que ce soit dans le domaine familial ou professionnel, il se laissait faire pratiquement tout le temps au nom de la générosité. Mais c'était fini. Il ne protégerait plus sa sœur et n'accorderait plus jamais sa confiance au premier venu. D'abord Lucile, puis Matthieu, maintenant Feli… Tout le monde se fichait de sa gueule.

« Dites quelque chose, ordonna-t-il aux deux suspects qui se muèrent davantage dans le silence ».

Le sentant particulièrement agacé, Arthur lui caressa discrètement le dos du bout des doigts avec un air inquiet. Depuis le début de leur mission, l'aura apaisante de Francis avait disparue, remplacée par beaucoup plus d'empressement, d'anxiété et maintenant de colère. Il se doutait bien que la dispute entre la mère et le fils n'avait pas dû être des plus joyeuses, mais l'état émotionnel de Francis jouait beaucoup sur son caractère. De moins en moins apaisé dans sa vie, il devenait à cran en société. A vrai dire, il semblait excessivement sur ses gardes…

« Ecoutez…, reprit-il en plissant les yeux. Je suis tout près d'exploser de rage alors profitez de ces derniers moments de calme pour vous expliquer, parce qu'après, il sera trop tard.

_ Doucement, commanda Ludwig en voyant Feliciano trembler. Tu vas les braquer.

_ Ce serait un moindre mal.

_ Calme-toi, chuchota Arthur. Je n'aime pas te voir comme ça ».

La voix angoissée d'Arthur eut plus d'effet que celle de l'Allemand, il se tut donc et détourna les yeux en laissant son amant mener l'interrogatoire.

« J'ai du mal à croire que vous ayez fais une chose pareille…

_ Lovi…, insista l'Espagnol. Pourquoi t'as fait ça ?

_ Laissez tomber, cette histoire vous dépasse complètement.

_ Vee… Calme-toi, fratello. On pourrait leur expliquer…

_ Inutile de mettre le monde entier au courant. De toute façon, on est en tort, un point c'est tout ».

Assumant ses responsabilités, Lovino joua les grands frères matures aux yeux de tous pour masquer le fait qu'il ne contrôlait absolument pas la situation. Puis ce n'était comme si le regard brisé d'Antonio allait l'aider à retrouver ses esprits. Il détestait décevoir les gens, et encore moins une personne qu'il appréciait.

« Je ne te lâcherais pas la grappe tant que tu n'auras pas craché le morceau ! s'emporta l'Espagnol.

_ Mais cherche pas, bordel ! On ne peut pas t'en parler à toi, ça gâcherait tous nos efforts !

_ Je m'en fous, dis-moi !

_ Non !

_ Si !

_ Non !

_ Si ! »

Arthur, ayant perdu à son tour le contrôle de la discussion à cause de cet enfoiré de pirate informatique, gonfla les joues pour s'empêcher d'exploser, avant de tirer l'oreille d'Antonio pour le jeter quelques mètres plus loin. Le fracas fut sourd et Ludwig haussa les sourcils devant ce geste digne d'une mama italienne au bord de la rupture nerveuse. Les Italiens restèrent pantois en priant pour ne pas subir le même sort et Francis laissa couler parce que, au fond de lui, il avait eu envie de faire pareil.

« Bon. Oubliez ce sale gosse, c'est à moi que vous vous adressez, attaqua l'Anglais sans aucun regard pour sa victime. Je vous ordonne de me dire précisément ce qu'il se passe ici ou je vous jure que c'est à la police que vous devrez rendre des comptes. Au cas où vous l'auriez oublié, vous n'êtes clairement pas en position de force, alors ne vous payez pas le luxe de me faire languir. Je veux et j'exige des réponses précises et honnêtes. Pour qui volez-vous ces dossiers ?

_ … Pour la Nordics corporation

_ Depuis combien de temps ?

_ Quelques mois tout au plus…

_ Pourquoi ?

_ … »

La voilà, la question qui bloquait. Les jumeaux n'avaient pas l'air d'avoir très envie de faire cette confidence, un peu comme s'ils en avaient honte. Leur regard se faisait fuyant et leurs lèvres refusaient de se dénouer. Pourtant, c'était nettement cette question dont Arthur voulait la réponse. Arthur entre autre. Francis était peut-être même encore plus curieux puisqu'il connaissait le caractère de Feliciano et ne pouvait donc pas concevoir qu'il y avait une affaire de fric sous-jacente. A moins que, comme lui, ils aient eu besoin d'argent pour des problèmes personnels.

Antonio, revenu silencieusement en se frottant l'oreille et en fusillant le Kirkland du regard, se posa à même le sol, en face des deux suspects, pour les détailler avec intérêt. Pour sûr, cette histoire cachait quelque chose de plus suspect qu'une simple trahison pour une liasse de billets, d'autant plus que les jumeaux n'étaient pas connus comme étant spécialement vénaux ou en difficultés financières.

« Pourquoi ? répéta Antonio une ultime fois ».

Dans son regard nageaient tendresse et tristesse, poignardant de plein fouet le duo le plus honteux de l'année, qui fut bien démuni devant ce regard si intense et déçu. Décevoir Antonio… ce devait être une première.

« Pour toi… bastardo… »

Antonio cligna des yeux sans comprendre.

« Pour… moi ? Comment ça ? De quoi tu parles ?

_ J'ai dit 'pour toi' ! Qu'est-ce que tu piges pas là-dedans ! On a fait ça 'pour toi' ! »

Sur les nerfs, Lovino avait lâché le secret pour ne plus avoir à subir la figure engluée de pitié de son cher et tendre partenaire. Le voir complètement perdu était beaucoup plus supportable pour son cœur. Par réflexe, Francis échangea un coup d'œil circonspect avec Arthur pendant que Ludwig tentait d'obtenir des aveux de Feliciano par intimidation visuelle. Seul Matthieu restait en retrait, bras croisés, avec une petite moue plaquée au visage parce qu'il ne comprenait vraiment rien de ce qu'il se passait.

En désespoir de cause, Lovino lâcha la sauce avec certainement une grande colère contre lui-même.

« T'es vraiment con ! Tu le sais, ça ?! Toutes tes conneries d'ado attardé… mais merde ! Comment t'as pu te faire griller ?!

_ Mais de quoi tu… ?

_ DE TES PUTAIN DE PIRATAGES ! »

Antonio sursauta et perdit un peu l'équilibre, bousculé par cette attaque verbale qui cachait beaucoup de frustration. Feliciano se taisait et n'osait pas arrêter son frère, sans doute parce que le poids du secret lui était devenu insupportable et que c'était donc une libération de lâcher le morceau.

« On a été contacté y a quelques temps par ces fullanculo de la Nordic's Corporation, qui ont trouvés le moyen de cramer tes magouilles ! Ils ont de quoi te faire coffrer pour cinq ans avec des sommes indécentes d'amendes en prime ! Voire pire parce que t'es un tel génie que tu peux représenter un danger pour la société ! Et ça, ils en ont la preuve ! »

Si Antonio avait pâli en entendant ça, Francis se sentit encore une fois trahi dans sa confiance, notamment car son meilleur ami lui avait juré de n'avoir jamais rien fait de grave avec son talent d'informaticien – si ce n'est changer le fond d'écran de Lovino pour déconner. Mais quel con aussi… Il aurait dû se douter que son ami mentait. Un tel don ne se gaspille pas, bien sûr. Et à côté de ça, Arthur se sentait fier d'avoir eu raison de se méfier de l'Espagnol. Orgueil, quand tu nous tiens…

« Mais… mais j'ai arrêté depuis…

_ Pas assez longtemps, apparemment.

_ Si on ne veut pas que la vérité éclate, on doit leur remettre régulièrement les gros projets de l'entreprise, reprit Feliciano pour calmer le jeu. A la base, il n'y avait que moi qui subissais ce chantage, mais fratello a tout découvert… Donc il s'est embourbé dans ma bêtise…

_ T'as jamais été particulièrement discret. C'est à se demander comment ces cons de nordiques ont pu croire un instant que tu ne te ferais jamais choper.

_ Antonio, faut qu'on parle, coupa sèchement Francis. Je crois que t'as oublié de me parler d'un truc ».

Automatiquement, Ludwig s'interposa, ayant flairé le danger.

« Calme-toi. Ce qui est fait est fait, nous devons trouver une solution avant toute chose.

_ Explique-moi d'abord ce que toi, tu foutais ici en pleine nuit ».

Un peu trop amer pour être dans son état normal, le Français croisa ses bras en lançant des éclairs par les yeux, inutilement agacé pour un rien alors que, dans ce genre de situation, il devrait plutôt se poser et réfléchir comme un adulte responsable. Mais il n'avait pas envie de se donner la peine d'être mature et sympathique. Ça allait trop mal dans sa vie pour qu'il reste la bonne poire de service.

« Feliciano agissait de manière suspecte ces derniers temps. J'enquêtais sur lui de mon côté, mais sans savoir qu'il y avait une histoire de vol derrière ça.

_ On avait chacun les éléments de l'affaire, soupira Arthur. Dommage qu'on ait été trop suspicieux pour penser à communiquer. Par contre, pénétrer mon bureau de nuit n'était peut-être pas nécessaire.

_ Oh, euh… je…, blêmit l'Allemand. Je pensais qu'en lisant le dossier de Feliciano, je trouverais de quoi me donner quelques pistes de réflexion… Puis comme Francis aussi devenait suspect, j'ai aussi ouvert son dossier… Je sais que je n'aurais pas dû, mais c'était plus fort que moi. Il fallait que je fouille leur CV.

_ Plus j'y pense, plus je me rends compte qu'on ne peut faire confiance à personne, ici, résuma le Français en plissant les yeux ».

Maintenant, même le plus niais du groupe avait compris que quelque chose n'allait pas avec Francis, parce que passer du bon gars gentillet souriant à un homme colérique, amer et agressif, ça se voyait vite. Et Arthur avait beau lui offrir sa chaleur en s'approchant de lui, cela ne refroidissait pas l'atmosphère. Il fallait le comprendre aussi, tout le monde mentait ou le laissait derrière, que ce soit dans la famille ou au travail. Lui qui s'était complu dans une vie rythmée et stable, c'était un changement trop brusque.

Son regard azuré fila rapidement sur Matthieu, qui se sentit un peu agressé lorsqu'il comprit qu'il était fixé et jugé.

« Et toi ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

_ Je t'ai entendu parler avec monsieur Kirkland, ce matin… A la base, je devais juste te ramener quelques dossiers mais j'ai surpris votre conversation sur cette histoire de vol. Ma curiosité a été titillée donc j'ai décidé de rester au travail jusqu'à ce que vous partiez pour voir comment les choses allaient se passer.

_ Tu te fous de moi ?

_ Désolé… »

Sa colère venait de muter en fatigue. Francis se frotta le visage avec lassitude en digérant toutes ces informations qu'il peinait à se récapituler. Feliciano et Lovino en voleurs, ça allait être dur à intégrer. Antonio en pirate informatique ayant très, très, très certainement fait un truc salement illégal par le passé, ça piquait. Ludwig en fouine, pourquoi pas. Et maintenant Matthieu en petit espion du dimanche ? Pire journée de sa vie, en plus de celle où sa mère lui avait fait comprendre qu'elle ne lui adresserait plus jamais la parole.

Tout ce qu'il prenait pour acquis se dilapidait morceau par morceau devant ses yeux. Lui qui avait pris l'habitude de contrôler et d'être celui qui mentait…, ça le rendait juste fou d'être également victime de ce genre de manège.

Si même un être doux et pur comme Feliciano pouvait être amené à commettre un crime, c'était bien que le monde était corrompu jusque dans sa chair. Et ceux qui ne l'étaient pas finissaient par en être victimes. C'était ça la finalité ? Faire partie des belligérants ou des victimes ? Il fallait être foncièrement malhonnête pour s'en sortir ? Malhonnête en se faisait passer pour honnête ? Tout le monde portait un masque, tout le monde essayait de manipuler autrui pour arriver à ses fins. Et Francis n'était plus qu'un belligérant, il était passé victime. Ça le dégoûtait.

Ce monde injuste lui avait volé ses enfants et ses amis, sa confiance. A quoi bon se donner du mal pour être charitable si au final, il faut manipuler pour gagner ce qui nous est dû ? Francis n'aurait pas eu à prostituer son corps pour grimper dans la hiérarchie si sa femme ne lui avait pas planté un tel couteau dans le dos par orgueil. Et maintenant, pour récupérer son bien, il devait encore mettre ses principes de côté, quitte à perdre l'amour d'une mère et la confiance d'une sœur. Pourquoi sa vie lui ordonnait-elle de perdre quelque chose pour en gagner une autre ? N'y avait-il aucun moyen pour lui d'avoir ses enfants et sa mère ?

Qu'il rêve. De toute façon, c'était terminé pour lui. Quitte à choisir, il devait aller au bout.

« Je suis tout de même surpris que tu ais infiltré mon ordinateur, avoua Antonio sur un ton reproche. Comment as-tu su que j'étais là ?

_ Parce que j'ai vu ton écran ce matin, crétin ! Quand tu m'as fait venir dans ton bureau pour… pour… parler. Tétais en train de vérifier les branchements de tes putains de caméras ! T'es encore moins discret et subtil que mon frère, faut le faire ! Donc, je suis repassé à la pause déjeuné pour péter la protection de ton ordi depuis le tien, ce qui m'a permis de m'y infiltrer tranquillement quand je suis revenu à mon bureau ».

La bouche de l'Espagnol s'était ouverte en grand sous le choc. Pour le coup, il se sentait vraiment très con.

« Bon…, reprit Arthur dans un élan de maturité. Plutôt que de se reprocher nos actes, on va essayer de régler le problème.

_ Bon courage parce que la Nordic's ne nous lâchera pas, trancha Lovino. Et on ne va pas gentiment dire à la police qu'Antonio a détourné les fonds d'une entreprise voilà quatre ans ».

Tout le monde tira une tronche mémorable en fixant l'Espagnol défait qui se tenait la tête entre les mains. Francis manqua de péter un câble en comprenant que son ami lui avait reproché son propre crime. Monsieur avait détourné de l'argent mais lui reprochait d'en gagner par des moyens peu conventionnels ? Quelle blague !

« On ne peut rien faire pour débloquer la situation, pleurnicha Feliciano. On n'est bloqué… Toutes les preuves sont dans les locaux de la Nordic's, sur l'ordinateur du grand patron… Il nous a nargués avec ça quand on a été convoqué.

_ Dans le bureau du patron ? reprit Francis à demi-mot en fixant la lune à travers la fenêtre.

_ Oui… Il a un dossier sur son ordinateur, je crois…

_ Comment t'y es-tu pris pour détourner de l'argent ? »

Antonio mit un temps avant de comprendre que son meilleur ami s'adressait à lui avec un air absent.

« Euh… Je… J'ai piraté l'un des ordinateurs de l'entreprise que je visais parce qu'il était moins bien protégé, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, la cyber-police renforce chaque jour un peu plus la sécurité. J'avais déjà eu beaucoup de mal, il y a cinq ans. J'ai tenté d'effacer mes traces mais faut croire que j'ai laissé une preuve derrière moi. Pourtant, j'avais mis au point mon super-virus…

_ Ton 'super-virus' ?

_ Ouais, j'avais fabriqué un logiciel ultra-poussé, capable d'annihiler absolument toutes les données d'un ordinateur après en avoir pris le contrôle. C'était un virus contagieux, en plus, qui se glissait dans les câbles et dans le réseau pour détruire les données des ordinateurs partageant sa connexion. J'ai dû me faire choper en brisant les défenses de l'ordinateur, ce n'est pas possible que ce soit mon virus qui ait oublié de masquer ma présence après mon acte ».

Francis ne dit rien, obnubilé par sa précieuse lune. Elle avait l'air de lui murmurer des paroles corruptrices puisqu'il se sentait fléchir dans ses propres valeurs. Des idées lui venaient en tête, des plans se formaient, des informations se liaient et tout ça à son grand déplaisir. Il n'aimait pas du tout les conclusions auxquelles il arrivait.

Puis c'était ridicule… Il était en train de réfléchir à un plan pour sauver Feliciano et Lovino de leur piège. Mais pourquoi se donner du mal pour eux ? Parce qu'ils n'étaient que les victimes de ce monde cruel et pas des belligérants comme lui ? Etait-ce là un ultime acte de philanthropie de sa part ? C'était ridicule, oui. Il pouvait risquer gros dans cette histoire, surtout qu'il ne pouvait pas se payer le luxe de jouer avec la loi dans sa situation.

Et pourtant, l'idée caressait son esprit comme la clarté lunaire baisait son visage.

C'était sûrement plus à cause de la fatigue et de son état émotionnel que de la lune, mais il aimait tellement cet astre qu'il voulait lui accorder l'honneur d'être responsable de ses pensées malhonnêtes.

Si Lovino avait pu pénétrer le système d'Antonio, c'était parce qu'il avait directement agi sur son ordinateur. C'était en effet plus pratique pour ne pas être repéré pendant un piratage.

Le démon en lui ressorti, il se lécha les lèvres avec machiavélisme en pensant à quelque chose. Quelque chose qui confirmerait qu'il était une ordure mais qui sauverait le reste d'innocence des deux victimes. Il pouvait les aider, même à son niveau. Il pouvait se mettre en danger et prendre ce délicieux risque.

« Très bien, conclut-il en reprenant son sourire faux à la surprise générale. Je vais m'occuper de ce problème, ne vous inquiétez pas ! »

Inquiet, Feliciano regarda son frère avec scepticisme, perturbé autant par le changement d'humeur de son patron que par cette mystérieuse promesse.

« Qu'est-ce que tu comptes faire, Francis ? demanda curieusement l'Anglais.

_ Je vais aller supprimer ce dossier ».

Ils froncèrent tous des sourcils, incertains. La détermination de Francis avait un je-ne-sais-quoi d'effrayant, comme si toute la malice du monde venait de s'emparer de lui. Une atmosphère de conquérant lui collait à la peau et son regard était teinté de dédain. Ce n'était clairement plus le même homme, mais il gardait cette énergie et cette fougue qu'on lui avait toujours connue. Francis n'avait pas complètement changé, il avait plutôt évolué, mais pas forcément dans la bonne direction.

« Je peux savoir comment tu comptes t'y prendre ? attaqua l'Allemand avec un air suspicieux ».

Leur discussion fut soudainement mise en suspend lorsque le son caractéristique de l'ascenseur près à ouvrir ses portes retentit. Comme une furie, Arthur se rua sur l'interrupteur pour éteindre la lumière et ordonna à tout le monde de se coucher à terre avec un certain empressement. Il n'y avait donc plus que la lune et les milliers d'étoiles comme source de clarté.

« Euh… Pourquoi on se cache ? demanda Lovino en acceptant cependant l'ordre de son patron.

_ Reflexe, répondit l'Anglais en se collant à Francis pour le forcer à reculer dans l'ombre d'un siège ».

Apparaissant comme une brise de printemps, Ivan Braginsky traversa l'open-space en contournant involontairement ses employés, se plaignait au téléphone qu'il avait eu la bonne idée d'oublier son ordinateur portable dans une des salles de réunions. En chemin, il frôla le pauvre Matthieu qui s'était planqué où il avait pu mais n'y prit pas garde, ce qui était tout de même un peu insultant pour le Canadien.

La scène était grotesque, mais Arthur n'avait pas voulu prendre le risque d'être interrogé par qui que ce soit sur leur petite escapade nocturne, d'autant plus qu'il y avait du monde dans la pièce. Heureusement, tout le monde joua le jeu et attendit gentiment que le grand patron – complètement à l'ouest par rapport à la réalité de la situation – ne leur fasse l'honneur de déguerpir de là.

Dans tous les cas, toutes les personnes ici présentes avaient compris qu'ils avaient le même but et qu'il serait donc plus intelligent de se serrer les coudes que de faire cavalier seul. Feliciano et Lovino étaient très clairement victimes d'une situation qu'ils n'avaient pas voulus, et provoquée involontairement par un Espagnol plus qu'embarrassé, et il était moralement du devoir de Francis de faire quelque chose – c'était du moins à ça qu'il se persuadait pendant qu'Arthur se pressait contre son corps pour faire barrage.

Trop mignon.

Le danger passé, ils se relevèrent en chancelant et Ludwig alla rallumer la lumière avec une mine déconfite car peu habituée à ce genre de jeu. Il n'avait concrètement rien fait d'illégale mais, rien à faire, il se sentait coupable de quelque chose.

Devant le silence global, le Français reprit son sourire victorieux et le fil de la conversation.

« Je vais aller directement dans le bureau du patron de la Nordic's Corporation, puis je supprimerais le dossier.

_ Arrêtes, tu affabules, coupa l'Espagnol. Ce n'est pas aussi simple.

_ Je me fiche de ton avis, ma décision est prise. Et si tu veux servir à quelque chose, donne-moi ton virus informatique, ça les punira de leur chantage ».

Antonio était outré que Francis ignore ses conseils et vienne lui demander l'objet même qui était responsable de cette situation. Le problème pour lui, c'était qu'il ne pouvait pas trop se permettre de l'ouvrir après tout le mal qu'il avait fait. Evidemment, supprimer ce dossier arrangerait tout le monde, puisque les salauds de l'entreprise concurrente n'auraient plus de matière à chantage, mais le projet était dangereux à mener. Trop dangereux. Antonio ne voulait pas mettre son meilleur ami dans une situation plus critique que celle où il était.

« Francis… On ne peut pas pénétrer les bureaux de la Nordic's, et encore moins celui du patron.

_ Si. Il suffit de forcer la serrure.

_ Ne fais pas l'idiot, tu sais comme moi qu'ils ont un système d'ascenseur intelligent ».

Devant la mine interrogative de Matthieu, Ludwig étoffa ce que son collègue venait d'annoncer.

« Les membres ont un badge qu'ils placent devant un détecteur et qui les amène à leur propre étage. C'est pour éviter justement les indésirables ou les fuites. Les derniers étages de leur bâtiment ne sont accessibles que par un petit nombre de personnes, dont le directeur et le sous-directeur ».

Francis lâcha un sourire cruel.

« Donc, tout ce que j'ai à faire, c'est de me procurer le badge d'un haut placé. Rien de plus facile.

_ Facile ? s'étonna Feliciano. Dis plutôt que c'est impossible.

_ Ne t'inquiète pas, lui répondit amicalement son patron. J'ai mes propres contacts ».

Arthur nota la pointe d'amusement dans cet aveu et comprit que son amant avait déjà pensé à une solution. Il semblait si sûr de lui que c'en était intriguant, et à vrai dire, Arthur était prêt à le suivre dans n'importe quelle situation rocambolesque, tout bonnement parce qu'il lui faisait confiance et savait que lui seul pouvait réussir un tour de force pareil. Il était bien déterminé à aider Francis dans sa quête, même si cela signifiait les compromettre tous deux.

Puisqu'après tout, ils étaient deux belles ordures.

0*O*o*O*0

Erika contemplait le petit Alfred avec une moue intriguée. L'enfant était de nature assez turbulente et le tenir relevait de l'exploit par rapport à sa petite sœur Océane, qui savait se faire discrète quand il le fallait. Mais aujourd'hui, le petit garçon jouait en silence avec ses kaplas, lancé dans la construction d'une tour géante avec ses petits bouts de bois, et le tout dans une atmosphère de dépressif.

En tant que nourrice, Erika avait de quoi s'inquiéter. Surtout que même la petite sœur avait capté que son aîné n'allait pas bien. Pour une enfant de peut-être cinq-six ans, elle avait l'œil.

« Qu'est-ce qui ne va pas, mon chéri ? demanda-t-elle en se posant à ses côtés.

_ C'est la faute à l'école…, bafouilla-t-il en attaquant un nouvel étage de sa construction.

_ Tu as eu une mauvaise note ? Ta maman t'a punie ?

_ Non… Maman me demande pas mes notes…

_ Alors ce sont tes camarades de classe qui ont été méchants ?

_ Oui… J'ai défendu un élève qui pleurait et les autres, ils ont dit des choses méchantes…

_ Qu'ont-ils dis ? »

Alfred arrêta sa construction en fixant son petit kapla d'un œil triste. Sa lèvre inférieure avait presqu'intégralement recouverte la supérieure et ses yeux commençaient à se noyer d'eau salée. Finalement, il inséra le bout de bois dans un interstice laissé à la base de sa construction et tira violemment dessus, détruisant l'intégralité de son travail.

« J'ai pas de papa… »

Et il fondit en larmes dans ses bras.

Interloquée de cet aveu, Erika le prit contre elle pour calmer son chagrin, acceptant même de recevoir l'étreinte d'Océane – gagnée à son tour par l'émotion. En tant que femme à tout faire de la maison, la jeune demoiselle était au courant pour le divorce de sa patronne, bien qu'elle n'en connaisse ni les raisons, ni les origines. L'ex-madame Bonnefoy restait très fermée sur le sujet, tant et si bien que jamais sa subordonnée ne s'était risquée à insister sur la question. Elle n'avait eu que quelques informations à tout hasard, de quoi connaitre le nom du père et que son ex-femme le haïssait comme personne. Cependant, Erika ne se laissait pas corrompre quand Juliette disait que c'était un salopard ou ce genre de chose. Sous l'énervement, il est facile de transformer la réalité et de diffuser des rumeurs infondées.

Surtout qu'entendre de la bouche d'une mère absente que son ancien mari était un salopard, c'était risible. D'autant plus que devant les services sociaux, Erika avait été obligée, sous menace de renvoi, de mentir en disant que sa patronne était là pour ses enfants et ne rentrait pas si tard que ça du travail. Depuis ce jour, elle n'accordait plus beaucoup de crédit aux dires de Juliette – menteuse professionnelle – et ne restait à son service que pour protéger les enfants. La mère n'y voyait pas d'inconvénient, vu le dévouement de son employée pour faire les tâches ingrates de la maison. Parfois, Erika avait l'impression d'être la véritable propriétaire des lieux, ainsi que la mère des petits.

Jusqu'à ce jour, elle n'avait pas saisi l'importance pour les enfants de connaitre la véritable histoire du divorce de leurs parents. Ce sont des choses qui arrivent, certes, mais que le père n'ait absolument aucun droit de visite sur eux… c'était assez extrême. Surtout connaissant les talents de Madame pour tisser des mensonges, Erika craignait que l'histoire ne fût qu'une immense tragédie pour le père. Ça ne l'étonnerait pas.

Elle avait aussi peur que ce conflit familial et le mutisme constant de Juliette sur la question ne freine l'épanouissement d'Alfred et d'Océane. Sans père ni mère, leur enfance en prenait un sérieux coup, et la jeune Suissesse ne pouvait pas éternellement jouer les substitue. Ce n'était pas sain pour eux. La preuve aujourd'hui avec la crise de larmes du petit. Il aurait su où était et qui était son papa, il aurait répliqué à ses agresseurs que c'était normal, mais le fait de ne rien savoir le bloquait.

« Si tu veux, je ferais des recherches pour vous, rassura-t-elle. Je vais découvrir qui est votre papa et je vous dirais aussi pourquoi il ne peut pas vous voir. Ça vous va ? »

Deux paires d'yeux curieux et remplis d'espoir la couvèrent, suivis de francs remerciements et de bises sur les deux joues. Bien qu'elle se fut embourbée dans une promesse qui mettrait son poste en danger si elle se faisait choper, Erika prenait très à cœur de mettre enfin des mots sur les silences gênants de Juliette. Madame avait beau être forte et professionnelle, elle avait complètement ratée sa transition pour devenir une mère. Peut-être qu'elle était trop obnubilée par sa jeunesse pour ça, mais le résultat était là : elle n'était pas faite pour être mère.

Et si de la mère l'on ne pouvait rien tirer, il fallait regarder du côté du père. Tout simplement.

Ainsi, lorsqu'elle eut couché les enfants le soir venu, Erika se rua dans sa petite chambre pour ouvrir son ordinateur. Comme elle s'y était attendu, Francis Bonnefoy avait une page Facebook – plus professionnelle que personnelle, d'ailleurs, vu le mur du jeune homme – et elle se motiva donc à chercher deux-trois informations sur lui. Quand on dit que Facebook est la porte ouverte à votre vie privée… Et encore, elle n'avait pas tout en main puisqu'elle n'était pas dans ses contacts !

De toute manière, elle avait déjà ce qu'elle voulait, c'est-à-dire l'adresse de son travail. Même si elle passait pour stalkeuse ou une fangirl en manque – et vu la tête de Monsieur, c'était loin d'être insensé –, elle était satisfaite d'elle. D'abord, elle l'observerait de loin, puis elle irait lui toucher deux mots.

Sur sa photo de profil, il n'avait vraiment pas l'air d'être un mauvais bougre. Voir ce genre de personne être accusé de maltraitance, c'était incroyable. Evidemment, l'habit ne fait pas le moine, disait-on, mais même… il n'avait pas l'air d'un ancien alcoolique. Pourtant, il était aussi accusé de ça. Juliette disait qu'il avait été violent envers elle quelques fois, après être rentré ivre du travail. Pour une obscure raison tout à fait subjective, Erika n'en croyait pas un traitre mot. Elle avait déjà vu ce à quoi ressemblait un homme habitué à téter la bouteille et, franchement, le profil de Francis, frais comme la rosée du matin, n'y correspondait pas. Surtout vu tous les posts glorieux que ses collègues lui avaient collés au dos. Francis avait l'air d'être un bien-aimé, et non un salopard.

Décidemment, cette histoire cachait quelque chose.

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Ayant décidé de s'occuper lui-même de punir la Nordic's pour son odieux chantage, Francis avait décidé de ne faire part de son plan à personne pour le moment, car ne souhaitant pas mêler les autres à cette histoire. Arthur serait très certainement mis dans la confidence vu le regard tinté d'admiration qu'il lui avait envoyé tout à l'heure, mais en ce qui concernait les deux victimes ou Ludwig, c'était hors de question. Mieux valait être peu nombreux à connaitre la vérité et il y avait déjà trop de témoins.

Dans tous les cas, il était préparé à mener son plan à bien, d'autant plus qu'il s'agissait sans doute de son ultime sacrifice altruiste.

Tout le monde prit donc l'ascenseur pour enfin quitter le bâtiment – et à presque deux heures du matin, ça ne ferait de mal à personne. Bien que Francis acceptât d'être raccompagné par Arthur, il décida de le faire attendre dix minutes pour escorter Matthieu au bus nocturne de la Défense, le petit n'ayant pas manifesté l'envie d'être raccompagné en voiture malgré les propositions de l'Anglais.

L'aller-retour serait court, mais Francis n'avait pas envie de le laisser seul.

En chemin, le silence fut brisé par le Canadien, bafouillant timidement :

« Je suis désolé… J'ai écouté ta conversation avec Kirkland.

_ C'est bon… C'est pas grave, rassura l'autre sans vraiment croire à ses mots.

_ Non, je… ce que je veux dire, c'est que… j'ai 'écouté'… votre conversation.

_ Oui, ça, j'ai bien compris, pourquoi est-ce que tu… ? »

Francis arrêta de marcher lorsque l'information fit 'tilt' dans sa tête, se remémorant qu'il avait fait l'amour à Arthur contre la porte juste après leur petite discussion. Ce n'était pas dans ses habitudes mais Francis se sentit rougir d'embarras et frotta ses yeux d'une main en espérant rêver. Pour le coup, Matthieu l'agaçait sensiblement.

« Je suis désolé…

_ Tu peux l'être, en effet ».

Et le pire, c'était que ce bon gros paranoïaque de Français commençait à suspecter son subordonné d'avoir prévu de lui en parler en chemin vers le bus, et que c'était donc pour cette raison qu'il avait refusé d'être raccompagné en voiture : il savait que son patron se dévouerait pour le conduire à bon port. Il s'était fait avoir, il le savait. Il en était sûr. Tout le monde se foutait de sa gueule et tout le monde le manipulait. Et le Canadien plus que tous.

Celui-ci resta effacé après avoir été sèchement remis à sa place, peu habitué à subir l'agacement de Francis. A vrai dire, il s'était attendu à autre chose qu'à cette amertume, mais même lui devait avoir remarqué le changement de personnalité s'étant opéré chez le cadre. Avec ses yeux fatigués, il commençait à faire peur, à tel point que Matthieu était plus angoissé par la présence de Francis que s'il avait été seul pour aller prendre son bus. Et c'était la première fois de sa vie qu'il voyait son bienfaiteur comme une menace potentiel. Que se passait-il ici ? Depuis quand les choses avaient-elles autant changées ? Personne n'avait vu la métamorphose de Francis.

Ce dernier soupira et marcha en tête de file sans regarder son interlocuteur, réfléchissant vivement à la meilleure stratégie à adopter.

Il pourrait faire comme avec Antonio et jouer la carte de l'honnêteté en lui balançant tout, mais vu la réaction de l'Espagnol quand il lui avait avoué son histoire avec Arthur, il n'avait pas envie de retenter. D'autant plus qu'il n'avait plus envie de faire confiance à quoique ce soit, ni Antonio, ni Matthieu, car les deux lui avaient prouvés qu'ils n'étaient pas aussi purs que ça.

Et si la carte de l'honnêteté ne l'attirait pas, il lui restait le mensonge.

« Matthieu… »

Sa voix se fit plus faible, brisée même, alors qu'il avait stoppé sa course en pleine rue. Attentif mais suspicieux, le Canadien resta à une distance de sécurité raisonnable sans trop donner l'impression de s'être éloigné. Il attendait patiemment la suite des explications, jugeant du même coup que le temps se rafraichissait étrangement. Une brise s'était engouffrée entre deux gratte-ciel pour fouetter leurs joues.

« Je l'aime ».

Toute la méfiance du plus jeune s'envola avec le souffle du vent, ses yeux s'élargir d'eux-mêmes et il contempla interdit le visage souffrant de Francis qui s'était tourné pour lui faire face. Dans ses magnifiques yeux bleus passaient tant d'émotions que Matthieu ne suspecta pas une seule seconde que cela puisse être un mensonge. L'authenticité de cet aveu lui semblait réelle car elle avait l'air de lui faire mal. Le Canadien commençait déjà à s'imaginer des scénarios d'amour impossible, justifiant avec ses affabulations ce qui pourrait avoir amené ces deux-là à franchir le pas.

« Sans lui, je ne serais rien. C'est le seul à m'avoir compris et à être là pour moi. Alors que tout va mal dans ma vie, lui reste. Je l'aime. Même si on ne devrait pas, je n'y peux rien. J'ai besoin de lui pour vivre ».

L'acteur ne sut pas d'où il tirait toute cette émotion mais elle eut l'air de convaincre son interlocuteur, dont le regard bouleversé et mouillant ne laissait place à aucun doute sur ses pensées. A peu de choses près, Francis pourrait y croire lui-même, d'ailleurs il était gagné par son personnage puisqu'il sentit ses jambes trembloter. Pourtant, il savait qu'il mentait. N'est-ce pas ?

Arthur était certes sa bouée de sauvetage, mais tout ça n'était qu'illusion. Ils s'appréciaient beaucoup mais l'amour n'y avait pas sa place, ce serait ridicule. Après tout, l'un comme l'autre avait des obligations qui, de toute manière, prenait largement le pas sur une quelconque histoire entre eux. Francis était obsédé par l'idée de retrouver ses enfants et d'un jour retomber en grâce aux yeux de sa mère, Arthur devait protéger Amélia de sa mère… Où mettre de l'amour là-dedans ? Nulle part, bien sûr. Ils avaient un contrat, ils s'aimaient bien et basta.

Francis avait trop souffert de l'amour pour oser en parler dignement, quant à Arthur, il ne l'avait jamais connu.

« Je ne savais pas, bafouilla Matthieu. Pardon… J'ignorais que tu allais mal, à vrai dire…

_ Je ne peux pas passer ma vie à m'apitoyer sur mon sort. C'est difficile de le cacher au quotidien mais je n'ai pas vraiment le choix.

_ C'est triste… Moi qui pensais que ta vie ne comptait aucun nuage, je me suis fourvoyé.

_ Désolé, ce n'était pas contre toi en particulier.

_ Je sais, je comprends. Quand on va mal, on ne veut pas que nos proches s'inquiètes, c'est normal de vouloir garder la tête haute. Je te retrouve bien là. Merci de me l'avoir dit et pardon de t'avoir espionné. En fait… quand j'ai compris que Kirkland et toi étiez ensembles, j'ai imaginé des choses vraiment pas sympas à ton sujet et j'en ai honte.

_ Tu pensais que je passais sous le bureau pour arrondir mes fins de mois ?

_ … Disons que… ça m'a traversé l'esprit… une seconde… Désolé.

_ Heureusement que tu as compris que ce n'était pas mon genre.

_ Oui, c'est vrai. Je n'aurais pas dû douter de toi ».

Il y a quelques temps, Francis aurait eu le cœur brisé de jouer ainsi sur les apparences. Il rebondissait de mensonges en mensonges, manipulant son pauvre ami en utilisant l'image qu'il renvoyait au quotidien comme bouclier, analysait ses émotions pour mieux l'amener où il voulait. Et ça l'amusait. Il n'en avait plus honte. Tant pis pour Matthieu et sa naïveté. Francis ne pouvait pas prendre le risque de le laisser au courant de son histoire avec Arthur sans y apporter son grain de sel. En faisant croire à un amour impossible, il se garantissait le silence du Canadien.

Leur discussion prit fin à l'arrivée du bus, forçant le plus jeune à courir pour l'obtenir – car à cette heure tardive, les passages étaient peu fréquents – et ce au plus grand bonheur de Francis qui put enfin respirer. Mentir était utile, mais ça lui coûtait de plus en plus d'efforts.

En fin de compte, les choses n'allaient pas si mal pour lui.

Son secret avec Arthur restait protégé, Feliciano et Lovino seraient prochainement vengés et Antonio ne se risquerait sûrement plus à lui mettre des bâtons dans les roues. Bon, il avait toujours ce procès au cul mais avec tout l'argent qu'il avait amassé, il pourrait se payer un excellent avocat. Surtout qu'à force d'en rajouter à chaque fois, Juliette allait finir par se trahir. Francis était bien placé pour le savoir : un mensonge pouvait être géré facilement, mais un tissu entier filé d'absurdités devenait difficile à gérer. La moindre erreur ou incohérence dans le discours de Madame causerait sa perte. Surtout qu'elle appuyait essentiellement ses preuves de témoignages (des faux surtout).

Par exemple, ils se souvenaient tous les deux très bien du jour où le meuble suspendu dans la cuisine était tombé au sol dans un vacarme monstre – réveillant au passage les petits qui faisaient leur sieste. Eh bien, avec un brin de fantaisie, Juliette avait réussi à faire croire que Francis l'avait poussé contre le meuble dans un élan de rage, appuyé par le témoignage des voisins qui, comme par hasard, se souvenaient tous avoir entendus fracas et cris d'enfants ce jour-là. Bien sûr, Francis avait sorti le constat du technicien qui prouvait que les gonds avaient céder à cause de l'humidité, mais les deux camps du procès continuaient de se balancer cet argument en boucle à chaque fois.

Il y aurait bien un jour où tout cela prendrait fin. Trop de mensonges conduisent à une implosion.

Juliette faisait la belle en le narguant mais Francis n'était pas dupe. Elle marchait sur un fil et le savait. Son seul avantage était d'être une femme et de se faire passer pour une mère inquiète.

S'il parvenait à prouver qu'elle mentait, il serait sauvé.

Il se traina jusqu'au bureau et retrouva Arthur à l'accueil, vautré sur un fauteuil de la réception avec lassitude. C'était étonnant qu'il ne soit pas encore tombé par terre vu sa dégaine, le siège n'était clairement pas assez grand pour qu'une personne s'y allonge. Les petits yeux verts clignèrent à son arrivée pour réveiller ce pauvre Britannique épuisé par les événements. Il s'était redressé mollement puis dirigé vers Francis à pas feutrés pour se coller naturellement à lui.

« Je pense que je vais conduire à ta place, jugea le latin. Enfin… seulement si tu acceptes de me prêter les clés de ta voiture.

_ Mmm… Vas-y, je te fais confiance ».

Voilà qui faisait chaud au cœur. Un grand sourire s'étalant sur ses lèvres, Francis attrapa son amant pour l'épaule pour ne pas le perdre, glissant avec lui dans l'ascenseur pour atteindre le sous-sol.

Beaucoup de choses s'étaient passées aujourd'hui mais ils se sentirent un peu hors du temps. C'était une étrange sensation, celle de suivre un événement sans se sentir complètement concerné, un peu comme s'ils le vivaient à la troisième personne, de loin…
Peut-être parce que les principaux acteurs de ce conflit n'étaient plus Francis et Arthur mais Feliciano et Lovino. Quand ils avaient menés l'enquête, ils s'étaient sentis au cœur de l'action, comme de vrais détectives, mais maintenant que tout était dévoilé, ils n'étaient plus que des figurants dans l'histoire.

D'où l'intrigante promesse du Français sur sa future vengeance.

Arthur avait hâte d'être de la partie, même s'il sentait que cette histoire allait être à double-tranchant. Sur cette curieuse appréhension, il grimpa au siège passager et laissa son partenaire mener la danse. La voiture ne se fit pas prier et fila sur les routes, entourée par la nuit silencieuse.

Dans les rues mal fréquentées, quelques commerces gardaient leurs lumières allumées, aidés par les fiers lampadaires et les flammes timides des cigarettes. Les deux amants ne se risquèrent pas à allumer la radio, préférant profiter de ce moment de calme succédant à une vraie tempête de révélations.

« Tu me diras, hein ? »

Francis lança un coup d'œil rapide à son passager qui avait tourné son visage vers la fenêtre. Il savait très bien de quoi il parlait. Ce petit curieux voulait connaitre son plan de combat pour bousiller les preuves des Nordic's. Pour ça, il allait forcément devoir lui avouer deux-trois choses qu'il n'avait jamais pris le temps de lui dire – plus par oubli que par réelle dissimulation. Sa rencontre avec Emil, notamment. En espérant qu'Arthur ne soit pas jaloux face à ce petit jeune sorti de nulle part qui avait trouvé le moyen de faire de Francis un mensonge contre son frère surprotecteur.

A bien y réfléchir, c'était évident qu'Arthur allait être jaloux.

Quelle importance ?

« Promis. Mais quand tu seras plus frais, par contre ».

Railleur, Arthur sourit à la critique, sachant qu'il ne devait pas avoir bonne mine, et accepta d'être tenu au mystère pour la soirée – la nuit plutôt. Si Francis avait promis de lui dire, il le croyait. Un peu de patience ne le tuerait pas.

Le silence qui revint n'était absolument pas gênant pour eux. Au contraire, il les relaxa après toutes ces émotions. Arthur se serait même endormi si la voix grave et délectable de son partenaire n'avait pas retenti dans son demi-songe, pour lui poser LA question qui allait définitivement l'empêcher de dormir cette nuit :

« Tu te sentirais capable de divorcer ? »

Le siège couina quand son passager se redressa, papillonnant des yeux avec l'air hagard et le cœur battant trop fort pour être normal. La question, au-delà de son indiscrétion, le prit par surprise par sa spontanéité. Il ne se serait pas attendu à pareille curiosité venant de Francis, et d'ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi il lui demandait ça maintenant. Quel rapport avec leur discussion ?

« Non. Je n'ai jamais envisagé cette option ».

Francis resta silencieux et mit le clignotant pour bifurquer sur un carrefour. Rien dans son visage ne trahissait ses pensées, il se contentait d'écouter et de déduire sans juger.

« Pourquoi tu me demande ça ? »

Un instant. Juste l'espace d'un instant, Francis grimaça pour lui-même, puis reprit un air neutre, suivi d'un sourire fragile.

« Pour rien. La question du divorce me travaille beaucoup en ce moment ».

Donc il n'avait pas posé cette question pour espérer la séparation du couple Kirkland ? En vérité, ça n'avait été qu'une curiosité mal placée due à sa propre situation ? Arthur ne sut pas s'il était soulagé ou déçu de cette conclusion, il aurait sans doute aimé que la demande de Francis ait caché un réel intérêt pour son amant, plutôt qu'une question rhétorique formulée dans le vent.

« Tant que sa mère sera susceptible de lui pourrir la vie, je la garderais sous mon aile, expliqua-t-il en se frottant les yeux. Si elle apprenait le divorce de sa fille, elle lui mettrait la misère. Je ne veux pas risquer ça. Vu l'état de la vieille, je peux en avoir pour encore quinze ou vingt ans ».

La voiture fit un petit soubresaut sur la gauche avant de se stabiliser. Pourtant, le visage de Francis ne disait rien. L'Anglais aurait donné cher pour être dans sa tête à cet instant-là, pour savoir quelle était la finalité de leur histoire selon lui, pour comprendre ce que son partenaire espérait au fond de son cœur.

« C'est noble de ta part.

_ Non, c'est lâche.

_ Ne dis pas n'importe quoi.

_ Si j'étais réellement noble, j'aurais eu la force de la protéger de sa mère sans avoir à m'enchainer à elle. Mais je sais que je ne serais pas capable de m'opposer indéfiniment aux volontés d'une vieille dame qui, j'en suis sûr, cherchera à me nuire par tous les moyens pour obtenir ce qu'elle veut. Et elle est puissance, crois-moi ».

Avant cette déclaration, Francis n'avait jamais soupesé l'importance de cette alliance pour Arthur. Il ne s'était pas simplement marié avec une amie pour lui sauver la mise, il s'était littéralement enchaîné à elle. Et s'en séparer reviendrait à l'abandonner aux griffes de sa mère, réduisant à néant tout ce qu'il avait entrepris pour maintenir les apparences.

Arthur ne pouvait pas divorcer d'Amélia. Il était prisonnier.

La voiture continua son chemin dans un silence qui, cette fois-ci, fut réellement pesant.


Vu que vous m'avez prouvés que vous étiez trop forts pour deviner mes scénarios, je suppose que vous avez déjà saisi plus ou moins où Francis va en venir. De toute façon, j'emmerde la subtilité, et ça tout le monde le sait.

Mon Francis part encore plus en steak mais on n'est plus à ça près donc osef. Je n'abandonnerais pas le happy end, même si ça part mal ! Ma volonté est de fer (… de faire :D jeu de mot ! C'est drôle, hein ? Quoi « ma gueule » ?)

Je précise juste comme ça qu'Erika, c'est Liechtenstein !

Du coup, je vous remercie tous de me lire, je vous aime et à bientôt pour la suite !

Biz' !