L'homme et la bête
Waaaah… J'ai l'impression que ça fait une éternité depuis mon dernier post… Vous n'avez pas idée du nombre d'heures que j'ai dû mobiliser pour avancer petit à petit dans ce chapitre ! Je n'en peux plus ! XD
Du coup, encore pardon pour ce retard, je souffre pas mal cette année…
Après autant de temps d'absence et autant de chapitres, je crois que le rythme s'accélère (en tout cas, je trouve ce chapitre assez dense en événements). Ce qui m'amène, d'ailleurs (reine des transitions, bonjour) à vous mettre en garde sur la portée peut-être un peu malsaine de ce chapitre (bon, j'ai fait pire donc ça passe) mais disons que c'est 'abusé', comme je dirais XD En tout cas, c'est ce que je me dis quand je me résume mes scénar'…
Beaucoup de plans, de manipulations, de mensonges mais c'est ce qu'on aime alors yolo !
Reviews :
Asahi :
Si on me donnait une pièce à chaque fois que tu rages en review je serais… bon, pas riche, mais t'as l'idée ! :P C'est tellement rafraichissant de te voir hurler~ ! Huum ! Je m'en gargarise ! (oui, ce mot existe encore ! OwO). J'ai hâte de te rencontrer IRL ! Juste pour le plaisir de cracher mes dents (je suis toujours aussi classe, décidemment…) En ce qui concerne le chapitre, ne crois pas que c'est si bien ficelé que ça Q.Q Y a beaucoup de pif' là-dedans, même si j'ai plus ou moins prévu les événements. Et oui, si j'ai fait trainer tout ça c'est UNIQUEMENT pour le bien du scénario ! Si ma fic ne fait pas 52.000 chapitres, je ragequit ! (è.é) Ah, et au fait ! *te donne un verre d'eau* Tiens, c'est pour faire passer la pilule *part en courant, les bras en l'air* Je t'aime quand même ! J'te le jure ! *lance des figurines Fruk pour faire diversion*
Aelig :
Je crois que le pire dans tout ça, c'est que tu y arrives à chaque fois…
Mimichan :
Me parle pas d'embrouille avec les scénar' que tu fais, eukay ? XD Je vais avoir éclipse en travers de la gorge pendant longtemps, je le sens (PuisCestPasCommeSiTenAvaisUneNouvelleSurLeFeu). Mon Francis fera tout péter comme un terroriste un jour ! Sauf si… hum… Je n'en dirais pas plus ! Merci pour ta review (même courte, j'apprécie, façon !). Bon courage de ton côté !
Pirate-Cosmique :
Oww, trop mimi ! Mais non, t'es pas gogole ! La fan de Spamano en moi a kyatté en écrivant ce passage donc on est plutôt en symbiose, c'est bon signe :D Il voulait protéger son amant et son frère, le petit Lovi ! Apprécie le sacrifice ! Bon, je suis désolée d'avoir tant tardée pour la suite, j'aimerais avoir plus de temps pour écrire… Q^Q (J'espère sincèrement que les vacances me seront bénéfiques sur ce plan, parce que je ne peux rien faire d'autre que de poster mon autre fic pendant ce temps-là…). En tout cas, merci beaucoup pour ton commentaire, ça fait énormément plaisir ! Kiss !
Arsenall :
Tu ne prends même plus la peine de te connecter, qu'est-ce que c'est que ce laisser-aller, mademoiselle ? XD Mais je suis contente que tu prennes le temps de reviewer malgré ta flemme :D Je me sens flattée ! Tonio, il est chou mais c'est vrai qu'à cause de ses erreurs de jeunesse, il fout tout le monde dans la merde ! En même temps, il ne pouvait pas savoir que les Nordics tomberaient sur l'info. Ta comparaison avec la saucisse de Frankfort m'a achevée au sol ! Je crois que malgré tes louanges charmantes, la fatalité aura lieu… *RIP Francis et sa vertu* Bref ! Merci, ma belle, t'es un namûr ! Je te kiss aussi très fort !
Voilà !
Cela étant dit, je vous fais un bisou et rendez-vous en bas de page !
Bonne lecture !
Chapitre XIX :
Le téléphone.
Il ne lui fallait que ça, ce fichu téléphone.
La petite musique cadencée en fond sonore noyait les rires des quelques clients, attroupés autour d'une table où une partie de poker était en cours. L'ambiance était plus vivace qu'à ses dernières visites, il fallait même parfois se taire, le temps qu'un éclat de rire ne se meurt. Sur son vieux tabouret crissant à chaque mouvement, Francis sirotait une boisson en faisant mine d'être ivre pour inciter son camarade à en faire autant. Il payait des verres à Emil depuis le début de la soirée. Allait bien venir un moment où le petit serait déchiré. Surtout qu'il n'y allait pas à la petite bière comme le Français, mais plutôt aux Shot de Tequila (avec les majuscules, s'il-vous-plait). Sûrement habitué à bien se comporter devant ses clients et son frère, Emil avait l'air de prendre énormément de plaisir à se défoncer la gueule. Un jeune homme sacrément naïf, se disait parfois Francis entre deux gorgées fraiches. Mais pour sa défense, Emil ne pouvait pas imaginer que celui qui se voulait son ami des mauvais jours cherchait désormais à l'utiliser pour piéger son grand frère et le Président des Nordics. Francis avait beau avoir le rôle du méchant, il agissait tout de même pour un bien commun, ce qui soulageait son âme de tout regret intempestif. Bien entendu, perdre l'amitié d'Emil le rendait triste, mais la vie est toujours faite de sacrifices et ça, Francis était bien placé pour le savoir. Il avait son plan en tête, ne restait qu'à le mettre en œuvre.
Et pour ça, il lui fallait absolument le téléphone d'Emil.
D'où l'intérêt de le saouler à l'extrême. Francis voulait avoir les mains libres pour faire ce qu'il avait prévu en toute discrétion.
Or, vint le moment où le propriétaire du bar remarqua l'état dans lequel était le jeune Scandinave et lui refusa donc d'ingérer quoique ce soit d'autre pour la soirée. Francis jura face à ce contretemps et pris sur lui pour garder un comportement bienveillant. Plus ou moins viré de l'établissement, il proposa à son camarade de finir leur soirée chez lui, où attendaient quelques bouteilles de bons vins, sans aucun barman pour leur gâcher le moment. A son grand bonheur, l'idée plut à son ami qui se laissa conduire à bon port en tanguant sur ses jambes. Francis le rattrapa dans un élan de pitié mais resta ferme dans son projet, bien parti pour ne pas se laisser émouvoir par la bouille adorable du jeune homme.
Les Nordics ne s'étaient pas émus de faire du chantage aux jumeaux Vargas, il ne devait avoir aucune pitié à son tour.
Heureusement qu'Emil était naïf, finalement. Francis n'était plus d'humeur à se battre pour obtenir ce qu'il voulait comme il dut faire jusqu'à ce jour, il désirait que tout lui tombe enfin dans la main, que les choses lui soient accessibles. Las. Il était las de tout.
Apparemment enrhumé et fiévreux, Emil lui racontait sa vie en hoquetant parfois, les yeux dans le vague. Le vin coulait à flot, comme les informations. Francis en savait déjà trop sur la Nordics family, comme il aimait les appeler. Apparemment, cette entreprise était familiale, ce qui expliquait qu'ils soient tous à de hauts postes. Le grand patron, Matthias Køhler, était accompagné de son vice-président, bras-droit et amant : Lukas Bondevik, lui-même grand frère d'Emil. Ces deux-là avaient pour cousin un certain Tino qui s'était épris d'un Berwald. Si Francis n'avait pas fait d'erreur d'interprétation, le schéma était ainsi fait.
Et tous Scandinaves, bien sûr. On ne mélange pas les torchons avec les serviettes.
Køhler et Bondevik devaient être au courant de l'affaire, mais rien n'indiquait que les autres étaient de la partie. Dans ce genre de situation, le mieux était de mettre le moins de monde au courant. En tout cas, il semblait quasiment sûr qu'Emil n'y était pour rien. Dommage, d'ailleurs, Francis aurait eu moins de scrupule à le saouler si ça avait été le cas.
En attendant, il désespérait de ne pas le voir s'arrêter. Même s'il était complètement défoncé et à moitié crevé par sa rhinopharyngite, il continuait de parler inlassablement, se purgeant d'absolument toutes ses frustrations, ses ennuis, ses interrogations, ses crises existentielles, devant un Français qui ne faisait que fixer la poche où le téléphone de sa victime reposait. Il avait l'impression d'être un voyeur, à ce niveau. Sauf que son obsession n'était rien de plus qu'un vulgaire engin électronique. Mais avec ça, il aurait sa vengeance.
Tout ce qu'il avait à faire, c'était de continuer à simuler un intérêt pour les demi-mots de son ami bourré, puis de le laisser dormir et de lui prendre son téléphone. Rien de plus simple.
Mais bien sûr, rien n'est jamais simple dans sa vie.
C'est ainsi que dix minutes plus tard, lui-même un petit peu ivre, Francis se retrouva plaqué au canapé par un scandinave plutôt… entreprenant.
Oups. C'était pas prévu, ça.
« Tu devrais peut-être allé dormir, proposa le blond. Je te donne mon lit, si tu veux.
_ Huuuum… »
Indifférent à cette proposition responsable et logique, le Nordique s'amusait à grignoter la peau sensible qui lui tombait sous les lèvres.
Et en plus, je vais avoir des marques…, soupira Francis.
Qu'à cela ne tienne, si Emil le voulait vraiment, ils coucheraient ensembles. Au moins, avec ça, le plus jeune était sûr de roupiller longtemps et profondément. L'orgasme assomme mieux que le pinard, comme on dirait. Consciencieux, le Français se saisit de son ami pour le porter à la chambre à coucher, où il entreprit de le faire jouir comme jamais pour être bien sûr de le crever. Et il avait mis le paquet. Tellement que c'en était ridicule.
Ridicule que Francis se donne autant à quelqu'un pour qui il ne ressentait rien d'ordre sexuel.
Emil devait être aux anges. Francis avait tout fait pour être le plus caressant possible, quitte à ignorer ses propres envies, offrant sa bouche sans sourciller. Apparemment, c'était la première fellation que subissait le jeune homme et ce devait être divin vu ses cris de plaisir. Entre ses cuisses, le plus vieux ne semblait pas complètement emporté par cette ferveur. Vu qu'il ne ressentait rien, il avait plutôt l'impression de mécaniser ses gestes comme un robot. Ou comme une prostituée. Voilà qui ne le changeait pas de sa vraie nature, se disait-il en repensant au nombre de queue qu'il avait dû sucer pour obtenir ses promotions et payer ses avocats.
Il allait vraiment buter son ex-femme pour avoir autant ruiner sa vie.
Pour l'heure, il s'appliqua comme il put, attendant le sommeil de son partenaire qui tardait à venir.
Bordel, mais il a la résistance d'un Viking !
Alcool, sexe et toujours pas sommeil. Il était drogué à quoi, le gamin ?
Francis jura dans sa barbe et retourna le jeunot une fois qu'il eut jouit. Ok, si la fellation ne suffisait pas, il fallait passer au niveau supérieur !
Avec l'impression cocasse d'être en train de mener une bataille tout seul pendant que son partenaire prenait son pied innocemment, Francis entreprit une union plus intime avec son ami, perdu quelque part entre son fantasme du petit-ami imaginaire et son plaisir.
Et enfin, cela fonctionna.
Emil obtint un second état de jouissance qui lui fut fatal : il tomba comme une masse sur les draps, ronflant à petits souffles hachés alors que son ami était encore en lui.
Se sentant un peu sale dans cette situation, Francis préféra se retirer et mettre fin au massacre. Il bandait toujours mais peu importait, Emil était profondément endormi dans ses draps, c'était le principal. Cette soirée était vraiment pitoyable, il se sentait honteux. Surtout quand on sait qu'il pouvait être le plus gentil des amants quand il le voulait. Ses nuits avec Arthur n'avaient jamais été que délice. Avec Amélia… aussi, mais il se sentait également sale lorsqu'il couchait avec elle. Cependant, là, il eut réellement la sensation d'avoir touché le fond. Emil ne lui avait rien fait et il l'utilisait pour se venger. Pathétique.
Par pudeur, il prit dix bonnes minutes pour se débarrasser de son érection gênante et, du même coup, vérifier l'état du sommeil de sa victime.
Lorsqu'il fut débarrassé de son problème et sûr que le petit dormait de tout son saoul, il quitta la chambre en boxer, ignorant les vêtements froissés qui trainaient de-ci, de-là. Le téléphone devait être dans la poche de veste d'Emil, et celle-ci avait été abandonnée sur le canapé lorsque le petit avait plaqué son aîné comme un rugbyman. Il entreprit donc de sortir sans glisser sur les masses de tissus abandonnés, ne faisant pas pleinement confiance à ses jambes vu qu'il avait également pas mal bu malgré ses restrictions.
Et dans le salon, devinez qui était là ?
« Arthur ? »
Francis se massa les tempes comme pour chercher l'origine de cette hallucination. Il n'avait bien invité qu'Emil, comme convenu dans le plan… Arthur était au courant, en plus, puisqu'il avait été son seul confident sur toute cette histoire. Alors comment était-il arrivé là ? Que faisait-il sur le canapé où lui-même avait été une heure auparavant ?
« Pas trop crevé ? lui demanda naturellement son patron en sirotant un thé piqué à son amant. J'ai essayé d'ouvrir le téléphone du gamin mais je ne connais pas son code PIN.
_ Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
_ Je t'ai emprunté un double des clés la dernière fois que je suis venu pour pouvoir t'épauler en cas de besoin. Pas question que tu te morfondes seul dans cette situation. N'oublies pas que je suis ton seul et meilleur complice. Si tu tombes, je veux tomber avec toi ».
Venait-il de rougir en disant ça ?
C'était adorable mais glauque, d'autant plus que Francis était à moitié nu avec des traces de sexe sur tout le corps, juste sous le nez de son amant – le vrai, cette fois. Arthur devait tout de même avoir un grain de folie pour s'imposer ça alors qu'il lui avait fait une crise de jalousie après qu'il ait laissé son amant toucher à sa femme. La jalousie de l'Anglais variait autant que le cours de la bourse, c'était perturbant.
Par acquis de conscience, Francis lui demanda tout de même ce qu'il pensait de cette situation.
« Ça m'indiffère, lui répondit-il sans sourciller. Il est comme Amélia pour toi : rien. Je suis le seul et je le sais. Pourquoi chercher la petite bête quand les choses sont aussi simples ».
En effet, c'était radical mais justifié. Arthur faisait totalement confiance à Francis et celui-ci avait assuré son implication totale dans sa relation adultère avec lui, au détriment de tout autre. Il n'y avait donc pas mort d'homme s'il se tapait un de ses amis dans la pièce d'à côté.
Non, ça restait glauque, quoi qu'on en dise.
Arthur avait sans doute tout entendu, les cris, les gémissements, les sucions, les appels, tout.
« Bref, occupons-nous du téléphone, reprit Arthur en lui tendant l'objet du crime. Je ne sais pas comment tu comptes l'ouvrir mais fais-le juste.
_ Antonio m'a passé un logiciel pour forcer les accès numériques.
_ Tss… Je le retiens, ce chien.
_ Laisse, Arthur. Ce qui est fait est fait, passons à autre chose.
_ Tu as raison ».
Francis prit place à côté d'Arthur et ouvrit son PC pour y brancher le téléphone d'Emil. Sur un port USB, il amena un petit boitier noir supposé l'aider à craquer les barrières de protection de la petite machine. Il commença donc à pianoter sur son clavier, attentif à ce qu'il faisait, en plus de laisser trainer ses oreilles vers sa chambre, au cas où. A côté de lui, l'Anglais fit basculer sa tête contre l'épaule moite et chaude de son amant, se voulant doux et caressant. Le contact était plaisant, de quoi rappeler à Francis à quel point Arthur était son oxygène.
Le code PIN sauta et, avec lui, toutes les défenses du téléphone, désormais à sa merci.
Francis ouvrit l'icône des messages en se callant plus confortablement dans le canapé, passant son autre bras derrière les épaules du Britannique qui, devant ce geste de tendresse, rajusta sa position à son tour pour observer à tour de rôle le téléphone puis Francis.
Ce dernier chercha dans les contacts en marmonnant les noms qui défilaient, oubliant son autre main dans les mèches sableuses qui lui chatouillaient le cou. L'instant était tendre, les gestes aussi. Seules les intentions étaient maléfiques. Leur but n'était que de faire du mal, après tout.
« Lukas Bondevik »
Trouvé. La proie était là, entre ses doigts, inconsciente du danger. Elle vivait sa vie dans son petit cadre parfait, en haute posture, intouchable, pensait-il, alors que le chasseur avait déjà sorti sa carabine pour la verrouiller dans son viseur. Il chargea l'arme de ses munitions, inspirant profondément. Compatissant, son complice se redressa pour fondre discrètement dans ses bras, enlaçant son cou sans trop le gêner. Francis sentit une paire de lèvres mouiller la peau de son cou, remplacer les suçons d'Emil par ses baisers à lui. Soupirs.
Les doigts reprirent leur activité. Sur la gâchette. Il tira.
« Demain soir, au bar des 'Croisés', j'ai trop envie de toi ».
Francis relut son message et décida d'y intégrer des fautes de frappe pour faire comprendre que l'envoyeur était probablement ivre. Puis il envoya le message avec le consentement d'un Arthur de plus en plus envieux, qui ravageait sa peau de marques d'affection, jusqu'à voler ses lèvres au moment où le message fut envoyé.
Francis se déconcentra du téléphone pour rendre ce baiser implorant, appréciant cet instant de complicité avec le seul être au monde qui parvenait à le comprendre sans le juger.
La réponse du frère ne se fit pas attendre. Furieux, Lukas avait répondu :
« Il t'arrive quoi, là ? »
Souriant narquoisement dans son baiser, Francis entreprit la complexe tâche de répondre sans trop laisser son amant à l'abandon.
« C'bon… oublies, m'suis trompé de num ».
Faire croire que l'alcool l'avait amené à se tromper de destinataire paraissait bien crédible, surtout qu'en tant que frère aîné, Lukas devait savoir à quoi ressemblait son cadet bourré. Et pour ce qu'en avait vu Francis, c'était un sacré spectacle.
« Ah qui as-tu envoyé ça ? »
« C'té une blague à un pote, laisse »
« Où es-tu ? »
« J'te le dirais pas »
« Ok, tu vas voir ce que tu vas prendre demain »
« Pfff ! T'as cru tu m'faisais peur ? »
Après ça, Francis arrêta la discussion et ignora les appels, trop occupé à baiser cette bouche qui le tentait. Il avait réussi à titiller l'intérêt du frère aîné qui, à coup sûr, irait au bar le lendemain pour comprendre à qui son frère avait envoyé ce message rempli de sous-entendus.
Mais Emil n'y serait pas.
Surtout que Francis prenait garde à bien effacer les SMS au fur et à mesure pour qu'Emil ne tombe pas dessus par inadvertance.
Le téléphone criminel continuait de vibrer dans le vide, oublié par les deux amants enlacés. Tout n'était question que de petits gestes tendres, juste de quoi les relaxer, les réconforter dans ce qu'ils faisaient. Ils étaient deux salauds et n'avaient plus aucun scrupule. Tout allait pour le mieux.
Francis lui caressa le bas du dos, y apposant le téléphone vibrant. La secousse fit trembler Arthur de surprise mais il se reprit vite en rigolant doucement, appâté par ce petit geste coquin sur une de ses zones sensibles.
Pendant que la victime dormait dans la chambre à coucher, les deux amants glissaient leurs lèvres dans une danse harmonieuse, mais qu'ils durent interrompre pour le bien de leur plan, car Francis devait se réveiller aux côtés d'Emil. Il devait simuler l'étonnement, l'inquiétude, la honte qui suit naturellement ce genre d'événement. A contrecœur, ils durent mettre fin à leurs embrassades pour que l'un s'en aille et que l'autre se glisse sous ses draps, où tant de corps avaient déjà dormis. Le lit conjugal que Francis avait acheté avec sa femme ne faisait plus sens. Tout le monde y était passé. Les amis, les chefs, les inconnus, les amants. Tous. Ce lit ne faisait plus aucun sens et n'était plus rien pour lui.
Il entendit vaguement au loin la porte d'entrée se refermer, signe qu'Arthur était rentré chez lui puis, dans un intense sentiment de solitude et une angoisse profonde, Francis ferma les yeux, attendant que ses crimes ne l'assomment de cauchemars.
Le lendemain matin, ce fut un festival.
Inutile d'allumer la télévision pour se divertir, le vrai spectacle est ailleurs.
Francis fut réveillé au son strident et amer que fut le cri de surprise d'Emil, complètement désorienté, nu dans les draps, le nez un peu rouge de son rhume. En plus, il avait l'air d'avoir de la fièvre. Evidemment, le sexe n'étant que chaleur, son corps devait avoir surchauffé la veille.
« Merde…, marmonna le Nordique. J'ai fait ça… »
Pour le coup, Francis dû reconnaitre qu'il était étonné. Emil semblait plus hébété par le fait d'avoir incité ce qu'il s'était passé plutôt que par l'acte lui-même. Bizarre. Avait-il nourri des désirs pour son ami ? Ou l'avait-il confondu avec son amant imaginaire ? Dans tous les cas, il semblait évident qu'il avait réclamé cette coucherie, vu l'état du corps de Francis. Encore, ce dernier n'avait pas trop marqué Emil. Un petit suçon ça-et-là quand il le lui avait demandé, mais sans plus. Par contre, le Français ne ressemblait plus à rien. Pour cause, il y avait les marques de deux hommes sur lui.
Si Emil croyait avoir fait ça tout seul, ce n'était pas étonnant qu'il fasse une fixette sur la quantité astronomique de marques qui parsemaient toute la peau de son ami. Là, on dirait surtout que Francis avait été battu au fer rouge… D'ailleurs, il n'osait pas se regarder dans la glace. Etait-il ravagé à ce point-là ?
« Je suis désolé, Francis, j'ai merdé ».
Quel amour. Il était persuadé d'être le coupable. Le diabolique adulte lui rendit un sourire gêné bien forcé pour lui répondre d'une voix incertaine :
« Ne t'excuse pas… on avait bu, c'est de ma faute ».
Emil avait beau être gêné, il n'avait pas non plus l'air de regretter comme s'y serait attendu le latin. C'était peut-être là une sérieuse marque de maturité car Francis ne connaissait pas deux personnes au monde capables d'une telle maitrise dans ce genre de situation. Il ne sautait pas au plafond, ne hurlait pas, ne l'accusait pas, ne s'emballait pas. Rien de tout ça, il restait assis au lit en cachant timidement son corps avec le drap, réfléchissant aux bons mots à se dire. De toute façon, ils avaient visiblement l'air aussi embarrassés l'un que l'autre. Pour laver cette erreur, ils allaient sans doute faire ce que tout homme honorable ferait : rester humble et juste se quitter quelques temps puis reprendre lentement contact une fois que la honte sera purgée. Faire comme si de rien n'était, dans leur cas, n'était pas une bonne idée pour leur amitié. S'engueuler, encore moins. Il n'y avait que ça à faire. Et encore, il était évident qu'ils ne reprendraient jamais contact après. Emil ne serait pas dupe longtemps, surtout que la vérité finit toujours par exploser à un moment ou à un autre.
« Je… Je vais rentrer chez moi…
_ Et restes-y, conseilla l'adulte. Tu es malade et je crois que ça empire. Tu mérites de prendre une journée.
_ C'est vrai… Je ne me sens pas bien du tout ».
Et avec ça, il n'irait pas travailler et n'aurait donc pas à subir l'interrogatoire de son frère. A la base, Francis avait prévu de le retenir chez lui une journée entière pour l'empêcher de s'en aller au travail, mais il semblait que les choses se passaient enfin mieux pour lui. Il allait donc pouvoir aller lui-même au travail avec la certitude que son ami ne ferait pas capoter le plan.
« Envoies-moi un message quand tu seras chez toi ».
Le dernier message avant longtemps.
« Promis ».
Emil le savait.
Quelque chose venait de s'écorcher entre eux.
0*O*o*O*0
Pendant toute sa journée de travail, Francis avait été obligé de fuir les questions pressantes d'Antonio, inquiet quant à ce fameux 'plan' auquel seul Arthur avait accès. Pour préserver l'ignorance de son frère, le latin ne laissa rien passer, quitte à se montrer particulièrement dur avec lui. A la machine à café, ils s'étaient même un peu engueulés à ce sujet. Antonio lui reprochait de se mettre encore en danger et Francis lui rappelait que sans ses conneries, il n'en serait pas là. Bien sûr, l'Espagnol n'était pas fou et savait appuyer là où ça faisait mal. Francis se sentait agressé parce qu'il ne pouvait pas lui donner tort. C'était une telle évidence qu'il se mettait toujours plus dans la merde qu'il n'avait aucune envie de se l'entendre répété. Son procès, sa sœur, sa mère, ses enfants et maintenant ses amis. Il s'occupait de trop de choses à la fois.
Puis avec Antonio qui lui mitraillait ses quatre vérités au visage, l'humeur de Francis commençait à se dégrader.
Comme une fine fleur poussant dans un champ, Gilbert Beilschmidt arriva comme un boulet de canon en voyant ses deux meilleurs amis réunis au même endroit. Complètement ignorant de ce qui s'était passé depuis tout ce temps, il les avait enlacés en même temps en leur pétant la nuque, gazouillant sa joie de les retrouver. Gil avait passé un mois terrible à crouler sous le travail, il rêvait de déconner comme avant avec ses deux complices. Et si Antonio s'était montré particulièrement réceptif à l'enthousiasme de son ami, Francis était resté tout à fait réservé sur ses sentiments.
« Braginsky a failli m'agresser quand il s'est rendu compte que j'avais deux heures de retard sur le rendu d'un dossier. J'ai cru vivre mes derniers instants ! Heureusement que ma wunderbäre Person venait de mettre un point final au rapport ! Il est à peine entré dans mon bureau en pestant que je lui ai foutu le dossier sous le nez ! C'était chaud !
_ Si t'arrêtais de roupiller toutes les deux heures, tu serais dans les temps, remarqua Antonio.
_ J'ai besoin de pauses régulières pour rester efficace ! Et jusque-là, ça a toujours été efficace ! Pour preuve, je suis directeur !
_ Je dois vous laisser, déclara soudainement Francis »
Les deux amis furent particulièrement sidérés de cette froideur. De leur point de vue, leur camarade était visiblement d'humeur massacrante, trop distant pour être dans un état normal. Et si Antonio se doutait des raisons de cet état, Gilbert n'avait jamais été aussi perdu de toute sa vie. Il ne connaissait que le Francis joyeux et généreux. Il n'avait jamais vu le Francis brisé, lassé, fatigué.
Ce dernier s'éloigna doucement en essayant de rester digne. A vrai dire, de son côté, les choses n'étaient pas ce qu'elles semblaient être. Ses deux amis le croyaient rabat-joie mais en réalité, il se savait à deux doigts de faire un malaise vagal. Il dormait mal depuis des semaines, il était stressé, se rajoutait des contraintes, souffrait nuit et jour, alors venait bien un moment où le corps ne suivait plus.
Sa mère avait eu assez de connaissance médicale pour lui apprendre que ce genre de malaise est en fait tout à fait bénéfique pour l'être humain. Son corps lui lançait un avertissement et lui laissait le temps de se mettre en sécurité. Il devait s'asseoir dans les plus brefs délais, ramener son sang à la tête, boire un peu d'eau et attendre que ça passe. Et jusque-là, son corps ne le lâchera pas. Mets-toi à l'abri, disait-il. Alors Francis déambula jusqu'à son bureau en perdant peu à peu des couleurs. Ses mains se firent moites, prêtes à s'accrocher en cas de fuite face à un prédateur. Le corps était bien fait. En cas de danger, il était prêt.
Mais au XXIème siècle, où est le danger ?
Francis était son propre danger.
Il réussit à s'asseoir dans son bureau et se laissa tomber sur son bureau. Il laissait le temps à son organisme de se remettre et de régler le problème. Ses anticorps partaient en quête du mal pour l'éradiquer, de telle sorte que, même endormi, Francis se battait encore et toujours. Il s'était battu toute sa vie et allait continuer encore longtemps.
Lorsqu'il reprit conscience trois heures plus tard, il comprit qu'il ne s'était pas endormi mais bel et bien évanouie. Sous son visage, une pile de dossiers non-traités attendait ses yeux et ses mains pour évoluer. Il y avait encore temps à faire et il était si en retard… Comment allait-il rattraper ça ? En déléguant à ses subordonnés ? Il fallait le faire subtilement, dans ce cas, ou au moins avoir la décence de ne pas s'attribuer leur travail – terrible situation injuste qu'il avait déjà vécu par son ancien boss, celui à qui il avait pris cette place dans l'entreprise.
La matinée était bien avancée, midi approchait mais Francis n'avait ni faim ni goût à rien, en retard au fond de lui-même, car sa vie entière marchait au ralenti. Dans son œil vitreux ne brillait plus rien, sa vengeance s'amenuisait aussi avec la lassitude. Mais il fallait continuer, comme il se l'était promis.
Il oublia donc le repas et le remplaça par une quantité indécente de café. Jusqu'à ce soir, jusqu'à la mise en place de la deuxième partie de son plan, il devait retrouver ce vieux lui-même qui se serait coupé en quatre pour travailler efficacement, pour montrer l'exemple à ses employés. Enfermé dans son bureau comme un lapin dans sa cage, il laissa ses doigts cribler les touches du clavier d'impacts plus ou moins violents. Ses nerfs étaient à vif mais personne ne vint le déranger, fort heureusement.
Il ignorait à quel heure allait venir sa proie mais sans doute allait-il quitter le travail comme tout employé normal avec un poste si élevé. Ainsi, Francis prévu de se retirer pour 18h30, pour se laisser le temps de marcher tranquillement vers le bar. S'il se pressait trop, son corps risquait de le rappeler à l'ordre.
Ce n'était pas le moment de refaire un malaise.
L'heure arriva. Au bout de sa vie, Francis avait réussi à bien se rattraper, même s'il avait bâclé une partie du travail pour la reprendre plus tard. Le lendemain allait encore être une journée compliquée. Heureusement, Arthur couvrait ses erreurs avec gentillesse, s'attirant du même coup tout l'affection de son amant reconnaissant.
En quittant le travail, il aperçut justement Arthur dans le couloir, qui recadrait un employé avec fermeté. Sans se détourner de son interlocuteur au visage honteusement baissé vers le sol, l'Anglais eut un regard complice vers son amant, ainsi qu'un mince sourire cruel s'étalant sur les lèvres. Je suis ton allié, sous-entendait-il. Francis camoufla un soupir d'envie et se résolut à ne pas se jeter sur lui pour une caresse attendrie.
Il était en manque d'affection et d'humeur mélancolique.
Non, rien de tout cela. Il quitta simplement les bâtiments en fixant avec nostalgie sa chère lune qui se levait dans le ciel encore rouge. Son amie aussi lui souhaitait bon courage, n'est-ce pas ? Il était soutenu. Francis se sentait et se savait soutenu dans ses actes. Il allait mettre fin aux crimes de la Nordic's Corporation puis reprendrait ses combats personnels juste après. Tout cela n'était qu'une pause dans sa vie.
Arrêtes de te stresser, tu arriveras à ton but.
Il s'illusionna avec candeur, les mains dans les poches, en repensant à son plan.
Je suis un salaud, de toute façon. Alors qu'importe la portée de mes actes.
La nuit s'impatientait de subir les dernières tâche de soleil dans le ciel qu'ils ne pouvaient jamais partager. Bientôt, l'ombre s'insinua de toute part, encapant le jeune homme dans un tendre manteau d'anonymat. C'était la nuit, il n'était plus Francis Bonnefoy, donc plus de remords à avoir.
Une surprise sincère anima ses yeux lorsqu'il surprit une main lui retenir le bras par derrière. Toute une série de visage lui passa en tête pour identifier cette personne – parce qu'il devait des comptes à une multitude de gens – mais celui qu'il vit en faisant volte-face ne lui disait rien.
Elle avait la vingtaine, vraisemblablement, était belle comme un cœur, quoiqu'un peu petite et fragile, avec un regard déterminé. Francis avait-il fait quelque chose lui ayant déplu ? Il ne se souvenait pourtant pas avoir un jour rencontré cette femme…
« Mademoiselle ?
_ Etes-vous Francis Bonnefoy ?
_ Oui… ? »
Il n'était pas sûr que répondre honnêtement à une inconnue qui connaissait son nom et son visage soit la meilleure idée qui soit. Surtout qu'avec son regard de tigresse, elle avait de quoi faire peur. A vrai dire, elle avait surtout l'air de l'analyser rigoureusement.
« Je suis Erika Zwingli, je travaille pour votre ancienne épouse ».
Evidemment, elle le testait pour lui sortir ça de but-en-blanc au beau milieu de la rue. Francis sentit sa mâchoire se serrer et il se mit automatiquement sur la défensive, plissant les yeux comme un loup aux aguets. La petite ne s'en formalisa pas, apparemment au courant que les deux anciens amants ne se portaient plus dans leur cœur. Et même, la réaction lui plut.
« Je suis chargée de m'occuper des enfants, acheva-t-elle ».
La misérable seconde qui suivie marqua une transition fulgurante dans l'expression faciale du père, qui passa du stade de suspicieux à 'papa inquiet'. A quand remontait la dernière fois où il avait entendu parler de ses enfants ? Hors procès, il nageait dans le flou, étant interdit de visite. Se retrouver devant la nounou, c'était… inespéré.
A son tour, Francis analysa son interlocutrice – après tout, elle avait la vie de ses petits entre les mains – en radoucissant son regard. Elle avait l'air honnête et bonne, pas comme sa patronne, et son regard de tigresse la faisait maintenant passer pour une matrone prête à tout pour remplir son travail à la perfection. Les enfants étaient entre de bonnes mains.
« Comment vont-ils ? osa le père. Alfred s'est remis de sa blessure à la hanche ? Et est-ce qu'Océane se défend bien à l'école ? »
Francis se remémorait avec émotion le moment terrible où son fils était tombé dans les escaliers tandis que le divorce commençait à peine. Juliette avait bien sûr utilisé la marque visible sur la hanche de l'enfant pour accuser son époux de maltraitance, mais surtout, Francis n'avait pas eu de nouvelles de l'enfant. Les juges l'avaient congédié alors que le petit était encore en convalescence. Quant à Océane, ce fut une longue angoisse pour Francis à partir du moment où il avait appris que sa femme attendait une fille. Carrément anxieux à l'idée qu'on lui fasse du mal à l'école, il avait passé la grossesse à se ronger les ongles en élaborant des stratégies pour que la petite ne se fasse pas embêter. Finalement, il n'aura pas eu le temps de les mettre en œuvre.
Visiblement satisfaite de tout l'amour qui paraissait dans ces simples questions, la jeune femme se détendit et reprit un sourire candide comme on lui connaissait, comprenant qu'elle avait bien fait de chercher à prendre contact avec le père des enfants. Il était infiniment plus aimant que son ex-femme, ça ne faisait pas un pli.
Elle justifia cette rencontre en faisant part à Francis du désir des petits à découvrir qui était leur papa absent, et en profita pour le rassurer sur l'état d'Alfred qui était bien parti pour avoir des os en acier. Il guérissait à une vitesse hallucinante et ne tombait que rarement malade. Pour le forcer à manger de la soupe, Erika passait ses hivers à louer sa vivacité en lui disant que s'il continuait comme ça, Superman ne serait plus qu'un vulgaire nourrisson à côté de lui. La technique avait marché.
Malgré son plan finement pensé pour piéger Lukas Bondevik, Francis n'eut aucun remord à passer des dizaines et des dizaines de minutes à parler de tout ce qui se rapportait de près ou de loin à sa tendre progéniture. Il raconta sa version des faits à la nounou, qui ne sembla pas remettre une seconde en doute ses paroles tant elle ne faisait pas confiance à sa patronne, et lui affirma qu'il ferait tout pour récupérer ce qui lui revenait de droit.
Sentant qu'il avait trouvé une alliée responsable, un poids conséquent descendit des épaules fragiles du père déchu. Par obligations personnelles, ils durent se quitter mais ce fut sur un ton léger et complice. Erika savait quel était son rôle dans cette histoire, elle protégerait les enfants de tout coup fourré de leur mère et n'hésiterait pas à témoigner contre elle en cas de problème. Avec tout ce qu'elle avait entendu ces derniers temps, on pouvait dire que ses dossiers étaient remplis. Mais ça ne suffirait sans doute pas. De son côté, Francis devait trouver des preuves de son innocence.
Au moins, les affaires évoluaient dans le bon sens.
Enfin une bonne nouvelle dans cette triste vie.
Il força le pas vers le bar en dégustant chacun des mots que lui avait partagé sa nouvelle amie, suffisamment en retard sur ses projets pour ne pas se laisser trop aller. Il était heureux de ce peu qu'il venait de recevoir.
En se souvenant de ce qu'il avait l'intention d'accomplir ce soir, la joie s'effaça de son visage. Il redevint sérieux en un instant, respirant profondément.
Puis il passa la porte.
Revenir dans le même bar que la veille lui fit un effet bizarre. Surtout pour piéger les deux membres d'une même famille. A peu de choses près, Francis passerait pour un prédateur. Son regard d'azur arpenta les différents corps qui s'affalaient au bar ou autour des tables, espérant que le plan ait fonctionné.
En voyant une silhouette aux cheveux blonds délavés soupirer sur une chaise haute, il comprit que, oui, le plan fonctionnait. Fier, dopé à l'adrénaline et à l'espoir, il avança en mettant en place son masque d'acteur, puis prit place juste à côté de sa proie en s'avachissant lourdement.
« Une vodka, s'il-vous-plait ».
En entendant qu'on se servait la même boisson que lui, Lukas lui jeta un bref regard en biais, juste de quoi constater l'état de son nouveau voisin. Francis avait l'air mal à l'aise et préoccupé, sa peau pâlissait, ses cernes ressortaient et ses cheveux étaient assez négligemment attachés par un élastique noir. En plus, sa barbe commençait à pousser nonchalamment, le vieillissant d'une bonne dizaine d'années au moins. Cela ne fit que lui offrir un pallier supplémentaire en matière de charisme.
Francis rencontra son regard fatigué et eut presque pitié à voir cet inconnu si affaibli par les événements.
« Vous permettez ? »
Le grand blond fit semblant de se croire en trop pour forcer le dialogue.
« Faites comme bon vous semble.
_ Merci ».
Petite politesse, faibles sourires, ils titillaient l'intérêt et la curiosité de l'autre. Bon début.
Pour rester digne de cet intérêt, Francis se retournait vers la porte d'entrée toutes les cinq minutes avec un regard inquiet, finissant deux verres de façon précipitée.
« Vous devez de l'argent à quelqu'un ? ironisa faiblement son voisin après une bonne demi-heure de ce petit manège.
_ Hum ? Oh non, nullement, monsieur ! bafouilla le latin. Mon petit frère a rendez-vous avec un inconnu et ça m'inquiète ».
Sa phrase à peine finie, il contempla le visage déjà blanc de son camarade changer de couleur, analysant les mots sans oser tirer de conclusion malgré l'incroyable coïncidence.
« Vous allez bien ? s'enquit faussement le Français. Vous avez perdu quelques couleurs…
_ Vous… Votre frère ?
_ Oui, mon frère. Il y a un problème ?
_ Euh… Je… C'est que… »
Le voyant bafouiller, Francis changea un peu son rôle. Plutôt que de simplement s'inquiéter pour son frère inexistant à demi-mot, il se fit passer pour un homme en quête de confident.
« Pour tout vous dire, chuchota-t-il comme s'il s'agissait d'un secret que nul ne devait entendre, mon imbécile de cadet semble s'être attaché à un jeunot ces derniers temps, ce qui fait que je suis plutôt anxieux… J'ai peur que cela finisse mal ».
Lukas cligna des yeux et se reprit, l'instinct fraternel titillé.
« Comment cela ?
_ On a eu une enfance difficile et mon frère a, disons, un peu dégénéré. Il enchaîne les conquêtes et les abandonne ensuite. Depuis deux ans que j'essaye de le forcer à mettre le frein, il m'ignore tout le temps. J'ai donc décidé de le suivre et de prévenir ses potentielles victimes mais… on dirait qu'ils ne sont pas là ce soir.
_ Ce soir…, répéta le Norvégien d'un air absent.
_ Oui, il vient souvent ici pour rencontrer ses partenaires et passer du temps avec eux. C'est comme son terrain de jeu, vous voyez ? »
Le piège était diabolique et Lukas tomba pieds joints dedans.
« Mais c'est atroce !
_ Je ne vous le fais pas dire ! Il va vraiment falloir que je le recadre ! »
Ce qui était amusant, c'était la façon dont le Nordique passait sous silence que son frère était la prétendue victime, comme s'il cherchait à garder l'ascendant en se disant qu'il en savait plus que son interlocuteur. C'était plus pour se donner de la contenance que par réelle dissimulation, mais cela restait curieux. Francis s'étonnait de cette propension des gens à tout garder pour eux pour se donner l'infâme illusion d'être le plus au courant de l'affaire.
Réitérant la même technique que la veille, Francis paya des verres à cet inconnu qui buvait la moindre de ses paroles en lui racontant bobard sur bobard sur leur enfance tragique et le sort émouvant des précédentes victimes. Lukas écoutait tout pour avoir le maximum de matière à ressortir à son petit frère. Puisqu'il ne parlait pas, il buvait plus facilement que Francis qui réussissait à nouveau à se prémunir de l'ivresse en ne sirotant que quelques verres légers alors que l'inquiétude rongeait son camarade qui ne faisait plus attention à ce qu'il ingérait. Lukas se rendait misérable et, quelque part, son orgueil de Nordique devait le persuader qu'il tenait bien l'alcool. Et à force de se bourrer la gueule, il devenait de plus en plus réceptif au mensonge, finissant par accuser Francis de ne rien faire d'efficace contre son danger de frère.
L'accusé ne s'en formalisa pas et asséna le coup de grâce :
« Rassurez-vous, j'ai un nouveau plan ».
A partir de là, Francis devint en quelques sortes le probable sauveur d'Emil aux yeux de Lukas, qui le pressa de lui en dire plus. Joueur, le Français paya les boissons et déclara qu'il devait rentrer, faisant geindre de frustration le jeune homme.
Francis quitta le bar avec un sourire en coin et, comme il s'y serait attendu, un Lukas Bondevik brinqueballant le suivit au pas de course, les sourcils froncés comme son rôle d'aîné avait dû l'habituer. La proie étant ferrée, Francis le garda aux aguets en lui décrivant son faux plan (une histoire de déménagement forcé et de rendez-vous en psychiatrie – peu importe puisque Lukas était trop déchiré pour chercher la logique). Le temps de finir son plan, ils étaient devant le vieux logis presque inhabité du Français, dont le grand final du plan devait enfin avoir lieu.
La veille, c'était le téléphone d'Emil qui l'avait obsédé.
Ce soir-là, ce fut un autre objet en possession de sa victime qui l'intéressait.
« Je me demande si mon frère est à la maison…, provoqua naïvement le Français en grattouillant son menton barbu ».
Le piège prit puisque instinctivement, le Norvégien demanda à le voir. Heureusement qu'il était ivre car, autrement, Francis aurait été suspect d'accepter alors qu'ils ne se connaissaient pas et que, officiellement, il ignorait qu'Emil était le frère de Lukas. Pour l'heure, tout semblait en ordre et, avec un peu de chance, le Scandinave serait tellement ivre qu'il aurait tout oublié le lendemain. Peut-être que le cambrioler tout simplement serait plus rapide…
Non, Francis préféra faire tout comme il l'avait prévu, angoissé à l'idée de subir un contretemps. Et c'était si bien parti qu'il serait dommage d'improviser maintenant.
A l'intérieur, ils durent bien se rendre à l'évidence : il n'y avait pas âme qui vive.
Pendant que le Norvégien pestait en fouillant une dernière fois dans le frigo pour être sûr qu'ils étaient seuls, Francis lui offrit un 'dernier verre' de vin (le même qui avait achevé son cadet la veille) et le regarda se mettre à nouveau misérable avec une intense satisfaction. C'était si bon d'être méchant…
« Asseyez-vous, je vous en prie. Il me semble que nous avons encore des choses à nous dire… »
Croyant à une nouvelle révélation sur le frère irresponsable du Français, Lukas s'avachit comme une otarie en plein milieu du canapé, pendant que son hôte s'installait avec plus ou moins de délicatesse sur le siège d'en face, attrapant un monstrueux livre de plusieurs centaines de pages entre ses doigts. Les Fables de la Fontaine, en format obèse des éditions de la Pléiade. Qualité oblige.
Il l'ouvrit au milieu, finement observé par le regard vide et fatigué de son homologue.
« Mon frère et moi avons toujours été… fascinés par les livres… »
Il tourna doucement les pages, une à une, en soutenant son regard, la voix langoureuse et monotone.
« C'est une passion d'enfant. Tourner les pages. Lentement. Presque amoureusement. Se laisser… porter par l'histoire. Par l'odeur du papier jaunis. Sentir ses membres se détendre. Clore les paupières lentement. Se sentir devenir lourd. Lourd. Les paupières qui s'alourdissent. Les bras qui retombent de part et d'autre du corps. Les muscles qui se décontractent… »
Les iris vitreux de la proie finirent par se fermer d'eux-mêmes. Alcool et hypnose furent fatals, Lukas se laissa choir dans les méandres du royaume de Morphée en soupirant de bienêtre, complétement détendu.
L'ultime étape du plan pouvait donc être mise à jour.
Francis ferma son livre d'un coup franc et le replaça dans la bibliothèque avec une infinie douceur, puis se dirigea vers le sac de sa victime pour y sortir son badge. Le logo de la Nordics apparut en gros au-dessus d'une photo récente du vice-président, accompagné du nom et des étages où il était autorisé à aller avec le fameux ascenseur intelligent.
Une fois l'objet dérobé, il porta le pauvre Scandinave pour le poser avec une douceur toute relative sur son lit, avec un soupire de lassitude. Il avait hâte que sa journée se termine (voire, que la semaine se termine). Depuis la dispute avec sa mère le week-end dernier, il n'avait pas eu une seule journée normale.
Mais avant que la soirée ne se termine définitivement, il devait achever sa vengeance contre cet individu qui avait participé à la situation injuste et cruelle des jumeaux Vargas.
C'était bien le moment d'hésiter, tiens…
« Qu'est-ce que tu attends ? ricana Arthur qui venait de s'accouder à l'extrémité de la porte ».
Sur le coup, le latin sursauta et se tint le cœur d'une main.
« Sérieusement, arrête d'apparaitre par surprise, tu vas me tuer…
_ J'aime te voir surpris ».
Le petit sadique avança dans la pièce sans se sentir particulièrement gêné.
« Alors ? Tu le fais ?
_ Oui, oui… »
Le plan de Francis avait bien fait rire Arthur lorsqu'il le lui avait raconté (même si c'était un rire cynique et machiavélique), et il avait hâte de voir ça en œuvre. Se sentant comme observé par un scientifique, Francis débarrassa Lukas de ses vêtements et le coucha sous les draps avec un semblant de pudeur. Puis, sous le regard plissé d'amusement de son fou furieux d'amant, il entreprit de sucer la peau du cou de Lukas pour laisser une marque, de quoi lui faire croire qu'il s'était passé quelque chose entre eux. Sachant qu'il était en couple avec le directeur de l'entreprise, ça allait le rendre fou au réveil. Cette fois-ci, il y avait peu de chance que Francis soit de la partie. Il allait sans doute se 'réveiller avant' et lui laisser un petit mot d'au revoir. De toute façon, il avait déjà ce qu'il voulait.
Honteux, jamais Lukas n'irait travailler le lendemain, laissant le champ libre à Francis pour attaquer. Surtout que, sans sa carte, il allait lui falloir une procédure pour désactiver l'ancienne et s'en créer une autre. Francis n'avait donc qu'une journée de pleine sécurité pour agir, sinon quoi, il risquait de prendre du retard.
Encore une journée sans bosser… Mauvais ça…
Soupirant en s'imaginant toutes les tonnes de paressasses qu'il allait devoir traiter, il travailla la position de son camarade dans le lit pour être sûr qu'il ait mal aux reins le lendemain matin. Il devait laisser le maximum d'indices, surtout que le Norvégien avait l'air fin et malin. Dans le doute, Francis fit d'autres suçons à divers endroits (parfois vraiment extrême et suggestifs), puis arrêta son geste lorsqu'il jugea dépasser de peu sa limite personnelle.
« Il manque quelque chose, remarqua l'Anglais en haussant les sourcils.
_ Quoi ?
_ Le préservatif ».
A force de le côtoyer, Francis comprit tout de suite le sous-texte de cette remarque, qu'il pouvait aisément traduire par :
« Si tu me prends maintenant contre le mur et que tu jettes le préservatif à la poubelle, ça fera illusion. Donc, baise-moi ».
Petit vicieux.
Francis fouilla dans sa table de chevet pour y sortir le nécessaire, encouragé par le regard exalté de son amant. Pauvre Arthur qui se sentait délaissé, c'était adorable de le voir si heureux de retrouver les bras de son précieux partenaire. D'ailleurs, Francis n'eut pas à faire grand-chose puisque la passion de l'Anglais se chargea de le dévorer tout cru. Une pluie chaude de baisers coula en même temps qu'une cascade de caresses. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Francis était en lui, baisant la base de sa nuque avec envie en le serrant dans ses bras. Il ressentait le plaisir de son amant à être ainsi enlacé, à se sentir supérieur à tout autre dans les yeux chatoyants du Français, à l'entendre susurrer son nom au coin de son oreille pour faire réagir sa peau. Ils eurent des frissons en se chuchotant quelques mots tendres, pendant que les va-et-vient s'intensifiaient sauvagement.
Arthur retint ses gémissements, même alors qu'il jouit avec délectation, laissant l'union charnelle le ronger jusqu'à l'os. Le corps de Francis, même à bout de force, continuait de brûler pour lui et de réagir à ses caresses. C'était leur fusion qui lui rendait toute sa vigueur, quand bien même il allait mal, quand bien même il était dans une mauvaise passe, quand bien même son existence perdait peu à peu tout sens.
Arthur avait parfois l'impression que Francis se dématérialisait et se débarrassait de sa couverture corporelle. Il ne devenait plus que la concrétisation du Malheur social, voire familial pour ne rien arranger. C'était bien pour cette raison que l'Anglais était rassuré lorsqu'il pouvait le toucher, le palper, se souvenir de toute la puissance de son existence concrète. Il ne voulait jamais oublier la chair de Francis, cette chair qui collait à sa peau pendant leurs embrassades.
Tant qu'il serait réceptif à ses caresses, Arthur serait rassuré.
L'instant de délice s'évapora dans la moiteur âpre de la chambre à coucher, empourprant l'atmosphère d'une odeur de sexe qui ne ferait que parfaire le mensonge du lendemain matin. Les deux criminels finirent le moment par un échange de caresses réconfortantes et de baisers encourageants. Ils étaient alliés, complices, ils étaient un. A force de fondre dans l'autre, ils en étaient réduits à partager une même âme, à tel point que les paroles mêmes n'étaient plus nécessaires entre eux.
Tous deux le savaient : s'arracher l'un à l'autre leur serait fatal.
« Demain, j'irais mettre en œuvre la troisième étape du plan.
_ Je te couvrirais, sois tranquille ».
Francis l'embrassa en reconnaissance.
Ils se comprenaient à merveille.
Meh.
Mon Francis joue avec le feu U.U et ne parlons même pas d'Arthur qui pète son câble un chapitre sur deux…
J'ai fait un retour éclair de Gilbert, c'était magnifique ! Entre lui et Ivan, je m'éclate à rendre certains de mes persos complètement ignorants ! XD Ce décalage me fait hurler de rire (même si, sur papier, c'est un peu pus pitoyable que l'idée que je m'en fais… T.T)
Bref ! Le malsain n'était pas extrême, hein ? Je vous ai habitués à pire ! D'ailleurs, je « « « crois » » » (j'insiste bien sur ce verbe, hein) que j'en ai fini avec le malsain… Je crois… J'espère… Maintenant, normalement, je reste axée sur les fellz'.
Bref, je vous aime, je vous embrasse et à dans 20 ans pour la suite !
*part*
Biz' !
