Jingle : Cet os est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "zèle" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.
Disclaimer : L'univers d'Hunger Games est à Suzanne Collins
Panem et Fabula
Excès de zèle
Définition : vive application à très bien faire son travail.
Seneca Crane n'aurait jamais cru que les efforts qu'il avait mis dans les Soixante-quatorzième Hunger Games pour en faire un succès lui soient fatals.
Il ne courrait pas après l'audience, chaque habitant de Panem étant obligé de regarder les jeux, mais après le spectaculaire. A la veille de l'Expiation, qui serait comme à chaque fois inoubliable, il voulait des jeux capables de marquer l'histoire des Hunger Games. En tant que producteur, il voulait pousser le concept au-delà de ses limites.
Et les tributs avaient été parfaits pour cela cette année-là, en particulier ceux du district Douze. Seneca avait frémi d'excitation lorsque Katniss Everdeen et Peeta Mellark étaient apparus en flamme devant une foule en délire. Il avait jubilé après la révélation choc du garçon à Caesar Flickerman la veille du jour J. Ce jour-là, le plan qu'il avait déjà commencé à former dans son esprit avait gagné sa consistance et il avait croisé les doigts pour avoir l'occasion de le mettre en application.
L'arène en elle-même n'avait rien d'exceptionnel. Si les fonds pour leurs créations étaient en général importants, ils étaient colossaux pour les Expiation. La prochaine arène étant déjà en travaux, celle de Seneca avait subi un petit raccourcissement budgétaire, ce qui avait empêché le producteur de bâtir la scène de spectacle qu'il aurait espéré. Une forêt, un champ, quelques rivières et ruisseaux. Si le décor ou les conditions de survie n'étaient pas phénoménales, c'était à lui de pousser les tributs à agir de façon intéressante. Personne ne voulait s'ennuyer en les regardant s'affronter. Et après plus de soixante-dix éditions, c'était souvent ce qui arrivait.
Alors oui, Seneca avait travaillé sur plusieurs mutations capables de mettre un peu de piment dans l'émission et il avait imaginé des méthodes inventives pour obliger les tributs à se diriger là où il le voulait : météo, banquet, pièges de zone. Mais bien qu'originales, ces techniques n'avaient rien de nouveau. Manipuler la peur ou les instincts de survie des tributs ne suffisait pas, c'était du vu, revu et re-revu.
Mais manipuler leur psychologie, ça c'était du génie. Quand il avait exposé son idée, l'équipe s'était montrée plutôt enthousiaste.
« Mais, il ne doit y avoir qu'un seul vainqueur aux jeux, avait cependant opposé une de ses assistantes.
- Justement ! Imaginez-vous le final que cela ferait si deux tributs du même district parvenaient à s'en sortir ensemble ? Leur affrontement serait le point d'orgue du spectacle.
- Ne risquerions-nous pas de perdre en crédibilité si nous instaurions une nouvelle règle, pour ensuite l'abolir ?
- Il n'existe aucune règle à ce jeu, si ce n'est de ne quitter son piédestal qu'au moment du coup d'envoi. Il n'est pas certain que les conditions pour poser la nouvelle règle apparaissent, et il est encore moins sûr qu'un binôme parvienne en finale. Mais cela marquerait les esprits, c'est certain.
- En fait, ce n'est pas vraiment un changement fondamental du règlement, c'est plus une sorte de piège supplémentaire.
- Exactement ! »
Et Seneca était parvenu à jouer ses cartes. Bien que cela soit illégal, il avait même sponsorisé Katniss, anonymement bien sûr, pour lui permettre de continuer l'aventure. Il avait obtenu le final dont il avait rêvé, avec les tributs dont il avait rêvés. Les cris de la foule en délire dehors dans la rue, au pied du studio de production où tout se décidait, lui promettaient déjà lauriers et richesses.
Et puis il y avait eu les baies. La seule chose que Seneca n'avait pas été capable de prévoir, ni de contrôler. Il avait été persuadé que les tributs finaux s'entretueraient, pas qu'ils se suicideraient. Il n'y avait jamais eu de suicide à ce stade du jeu. Katniss avait même bandé son arc. Et puis Seneca s'était souvenu de l'interview de Peeta.
L'amour. C'était un sentiment inédit dans les Hunger Games, et donc idéal pour le projet ambitieux qu'il avait. Mais il en avait sous-estimé la force. Deux tributs simplement associés se seraient retournés l'un contre l'autre. La certitude ne tenait pas pour deux ados amoureux. Seneca aurait dû comprendre que jamais Peeta n'aurait fait de mal à Katniss. Il avait déjà manqué de mourir plusieurs fois pour tenter de la sauver. Et Katniss n'aurait jamais fait de mal à un innocent sans défense. Elle s'était portée volontaire pour sa sœur, elle s'était alliée à Rue qui n'avait pas eu d'autre talent que de se cacher.
Seneca aurait dû prévoir cette fin. Et si, comme on le lui avait fait remarqué, les jeux n'étaient censé avoir qu'un seul vainqueur, il était impensable qu'il n'y en ait aucun. Les jeux étaient là pour punir les districts et leur rappeler que le Capitole avait le contrôle, mais aussi pour leur montrer qu'il savait être clément et qu'ils devaient donc travailler de concert avec lui.
Alors Seneca avait annoncé la fin des jeux, il avait couronné deux vainqueurs. C'était une première et elle rentrerait dans les annales, mais il y aurait des conséquences. Quand le producteur vit les deux Pacificateurs venir le chercher il se le répéta : il y a des conséquences à tous les excès.
