Bordel, bordel de merde. Je tire une dernière taffe sur ma clope avant de la jeter dans la neige et d'en rallumer une autre. Fumer me détend, à défaut de résoudre mes problèmes. Et quels problèmes. J'avais toujours pensé que Tweek aimait un mec. Sur ce coup-là je ne m'étais pas trompé. Mais dans ce cas-ci, le mec c'est moi. Et ça me fait plutôt chier.
J'inhale la fumée, la laisse embrumer mes poumons puis je la souffle. Et je répète ces trois actions jusqu'à ce que j'aie fini ma seconde clope.
Je saute de la rambarde sur laquelle je m'étais assise, écrase le mégot sous mon pied avant de me diriger vers le lycée. La récré de 10 heures ne va pas tarder à finir. Et je n'ai pas très envie de sécher les cours. Sinon je vais me morfondre sur moi-même, fumer encore et encore, et la fumée va attirer le surveillant.
Je me glisse discrètement dans le rang, tous en lançant un regard noir à ce connard de McCormick qui n'arrête pas de me fixer depuis tout à l'heure.
Le cours se déroule normalement, enfin je suppose. Si ce n'est que toute la classe me dévisage comme si je venais de violer quelqu'un sous leurs yeux. Bordel de merde. J'ai l'air si fâché que ça ? Bon, Craig, prends un air calme. Calme ? Moi ? Sans déconner. Je préfère broyer du noir dans mon coin plutôt que d'afficher un air serein pour faire plaisir au reste du monde.
La pause de midi. Moment de la journée où je suis sensé bouffer avec Tweek seul à seul, mais comme il est parti en compagnie de Butters, ça va être dur. Je m'assois donc à notre table habituelle, tout seul. Et la cafeteria entière a décidé de me fixer. Génial.
Je mange mon sandwich, le nez rivé dans mon plateau, comme pour faire comme si je ne voyais pas tous ceux qui me fixaient. Quelle blague.
- Craig.
Je relève la tête rapidement. Trop rapidement. Je me retrouve nez à nez avec McCormick et l'autre tapette de juif.
- Qu'est-ce que vous voulez ?
Très intelligent de parler la bouche pleine. Les femmes de ménage se feront un plaisir de ramasser à la main ces bouts de pain prémâchés.
- Sache que je ne m'excuserais jamais pour tout à l'heure.
Je fronce les sourcils. Pourquoi j'attendrais des excuses d'un McCormick ? Bon, c'est vrai que je suis en rogne pour le coup qu'il m'a donné tout à l'heure. Coup qui a laissé le temps à Tweek de s'échapper. Mais ce n'est qu'une question de temps avant qu'on ne se recroise.
- J'm'en bats les yeuks de tes excuses.
Au tour du juif de parlementer.
- M-Mais Craig, tu vois bien que…. Enfin…. Tweek ne t'a rien fait, alors pourquoi tu t'obstines à le harceler ?
Je plante mes yeux dans son regard vert de soumis. Je me suis déjà posé la question bien sûr. Mais que quelqu'un d'autre me la pose, ça me fait assez chier en fait. Surtout venant de ce type qui n'est même pas capable de faire autre chose à part étudier ses maths. Je vous jure, il ne sait même pas se servir d'une brosse, d'où le chapeau pour cacher la touffe.
- Ferme ta gueule juif. T'as rien à me dire.
Il quitte mon regard, visiblement gêné, baragouine un truc incompréhensible et fais signe à Kenny de gérer tout tout seul. Après quoi il s'en va rejoindre l'autre gros et Stan. Me laissant seul avec l'autre pute au masculin.
- Dégage aussi McCormick.
Il secoue la tête et m'agresse un grand sourire. Il me donne franchement envie de vomir. Il tire la chaise en face de moi en arrière et pose son cul dessus sans se départir de cet ignoble sourire.
- Dégage j't'ai dit.
Il hausse les épaules cette fois. Il a quelque chose à me dire, et je ne semble pas avoir d'autre choix que de l'écouter. Soit. Mais je vais de toute façon n'en avoir rien à foutre.
- Craig, il faut que tu lui foutes la paix, honnêtement. C'est… Tu ne peux pas savoir à quel point ça le blesse.
Je m'en doute, d'à quel point ça le blesse. Mais je m'en fous. J'aime le faire souffrir, ça me fait plaisir.
- Qu'est-ce que tu ressens pour lui ?
Je manque de m'étouffer avec ma propre salive. C'est quoi cette phrase pleine de sous-entendus malsains ? Ressentir quelque chose pour Tweek…. Haha, n'importe quoi. Tout ce que j'aime, c'est l'embêter à longueur de journées, rien de plus.
- Rien du tout.
- Menteur.
Je serre le poing, putain mais ce mec commence franchement à me taper sur le système. Encore quelques phrases comme ça et l'hôpital peut l'accueillir une fois de plus.
- Si tu ne ressentais rien pour lui, tu l'ignorerais à longueur de temps.
J'hausse les épaules. Malgré moi, je commence à réfléchir. Ce que je ressens pour lui ? Pas de la haine. Pas de l'amitié. De…. De…. Comment on dit encore ?
- Amour obsessif, lâche McCormick avant de se lever et de rejoindre sa table.
Je le regarde avec des yeux ronds. Parce que c'est justement ce que j'étais en train de me dire. Pas l'amour hein ! Juste l'obsession. Moi ? Obsédé par Tweek Tweak, le névrosé caféinomane ? Vous foutez pas de moi. Je vais tuer McCormick, il m'a encore mis des conneries en tête
Je crois que le reste de l'après-midi va être mouvementé.
POV Tweek.
Assis en tailleur sur le lit rose bonbon de Léopold, j'attends. Mais qu'est-ce que j'attends exactement ? Que mon hôte vienne m'apporter mon café ? Peut-être. Qu'il s'asseye à côté de moi pour venir me parler ? Sûrement. En fait, j'attends surtout qu'un ange tout droit descendu du paradis vienne m'annoncer que je vais renaître sous le corps d'un chat. Mais cette dernière envie est complétement impossible. Je devrais bien à un moment ou un autre affronter Craig.
- Y a que du déca, ça te va ?
J'hoche la tête en direction du petit blond qui vient de rentrer dans la pièce. Ce n'est pas celui que je préfère mais ça me suffira pour l'instant. Je prends la tasse qu'il me tend et le regarde s'installer au pied du lit.
- Kenny arrive vers 19h00… Tu voulais me parler avant ?
- Euh…
Je bois une longue gorgée du café qui me brûle la langue et la gorge. Enfin, on dirait que je me plains quand je suis dit ça. Alors que j'adore quand le café est brulant.
- B-bah… Je voulais s-savoir… GAH ! Comment était Craig a-après ?
Le blondinet hausse les épaules et penche la tête en arrière. Ses yeux bleus me fixent, incrédules. Je tremble un peu en tentant de soutenir son regard.
- Q-quoi ?
Il se redresse en soupirant. Wow. Léopold soupire. Une première.
- Je pense que Kenny veut t'en parler… de lui-même.
Je tremble un peu plus, mes phalanges se resserrant sur la tasse. Le récipient devient tout de suite plus intéressant lorsqu'un silence gêné s'installe. Et au final, quand Kenny finit par sonner, je connais tout de cette tasse comme si c'était moi.
- Je vais ouvrir !
Le visage heureux de Léo me donne un coup violent au cœur. Je ne pourrais jamais sourire comme ça en voyant Craig moi.
POV Kenny.
Un visage adorable vient m'ouvrir la porte en criant béatement mon prénom. Il est trop mignon. Je me penche immédiatement sur ses lèvres rosées avant qu'il ne me le demande. Nos lèvres se rejoignent une fois de plus, puis c'est au tour de nos langues de s'emmêler dans un ballet éternel. Lorsque nous nous détachons, nous haletons légèrement, mais un sourire se peint quand même sur nos deux bouches.
- Il est là ?
Léo hoche la tête, et mon sourire devient plus faible. Comment suis-je supposé expliquer au meilleur pote de mon petit ami … que Craig Tucker a littéralement pété un câble le reste de l'après-midi ,après que je lui ai dit qu'il avait un amour obsessionnel pour Tweek ?Qu'au lieu de se taire en cours comme d'habitude, il s'enflammait dès qu'un prof ne posait ne serait-ce qu'un cil sur lui ? Tout le monde a compris que ce mec est devenu hyper affecté suite à ce qu'il a appris sur Tweek. Enfin. Tout le monde n'a pas compris. Je pense qu'il n'y a que Craig et Kyle, puisque ce dernier et moi sommes venus en parler avec Tucker à la pause de midi.
Je suis mon Léopold jusqu'à sa chambre. Tweek est recroquevillé sur le lit, une tasse entre les mains, ses grands yeux verts cernés nous fixant comme si nous venions d'assassiner tout une communauté. Mais je suis habitué.
- Yo.
- S-s-salut K-Kenny…
Je m'assois à côté de lui et pose Léo sur mes genoux, comme si c'était une poupée. Une poupée vraiment adorable dans ce cas-ci.
- Kenny… Dis euh…GAH! C-comment Craig a réagi après que…. Enfin…. C'est t-trop de pression !
Il se tortille, attrape une mèche de cheveux pour jouer avec et je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire. Il est mignon lui aussi, et bien que Craig soit la personne qui le fasse le plus souffrir au monde, il l'aime. Le syndrome de Stockholm, ou je ne sais quelle ville européenne perdue.
- Disons que ça l'a perturbé pour le reste de la journée.
- P-perturbé ?
Ses yeux me fixent, insistants. Je le regarde quelques secondes, puis reporte mon attention sur Léopold.
- Oui. Il était de très mauvaise humeur après ça.
Je m'amuse avec une mèche blonde de mon petit ami, qui n'est pas très d'accord, visiblement.
- E-et il a parlé de moi ?
Je secoue la tête. Sans mentionner que je l'ai plus au moins forcé à lui faire parlé de Tweek.
- Non, mais je pense que pour se mettre dans tes états-là pour toi, c'est qu'il t'ai… Hmmpff !
La bouche de Léo sur mes lèvres m'indique que je ne dois pas dire ça. Dépassé comme technique pour faire taire quelqu'un, mais malgré tout ça me plait. Je le repousse après quelques instants en souriant.
- Ce que je veux dire, c'est que tu ferais mieux d'aller lui parler.
Là, Tweek devient rouge, balbutie des mots sans cohérence les uns avec les autres et manque de tomber du lit.
- P-P-P-Parler avec lui ? GAH ! C'est vraiment impossible ! I-Impossible !
Il gémit et tire un pan de sa chemise.
- J-Je ne peux plus lui p-parler…. E-Et même, il n'écouterait pas…. E-E-En plus… il va me d-dire qu'il ne m'aime p-pas… Même si j-je le sais je n-ne veux pas l'entendre…
Ses yeux se brouillent de larmes et mon Léo s'empresse de se lever pour aller prendre son meilleur ami dans ses bras. Il sèche ses larmes comme si Tweek était son enfant, le console, lui dis des mots doux, et moi je reste là comme un con à regarder la scène. Jusqu'à-ce que je décide de vouloir un câlin moi aussi.
- Ne m'oubliez pas hein !
Léopold tire la langue et me laisse participer au câlin collectif. Tweek doit être jaloux de nous, je suppose. Lui, il ne peut pas être complice avec Craig comme je le suis avec Léo.
POV TWEEK
- K-Kenny, il pourrait se réveiller…
- Mais non, il dort à poing fermés Léo… On peut le faire sans problème…
- J-je ne veux pas faire ce genre de choses avec mon ami à côté !
Je me tortille dans mon lit pour signifier que je risque de me réveiller à tout moment, et pour dissuader Kenny de coucher avec Léo avec moi juste à côté.
- Regarde Kenny ! Il bouge ! Il va se réveiller !
- Au moins un baiser…
- …. Juste un.
Je ferme les yeux, c'est trop gênant. Pour résumer la situation, je suis sur un futon à terre, en bas du lit de Léo, tandis qu'eux sont sur son lit. Ils ne peuvent heureusement pas voir mon visage, car je suis tourné vers le mur. Mais si ça continue, je ne saurais vraiment pas comment réagir.
- Ça t'a suffi ? Maintenant on dort !
- Un peu plus…
- Mais t'es vraiment obsédé Kenny !
- Léo…
Bruit de claques.
- Aïeuh ! ça fait mal idiot !
- Laisse-moi dormir. Et retire ta main de !
Bruit étouffé.
- Kenny… A-Arrête…
- Mais tu aimes ça non ?
Je ne veux même pas imaginer ce qu'ils font à l'instant. Même si j'ai une petite idée. Les bruits d'halètements de Léo laissent assez d'indices.
- Ah….
Pourquoi je ne me suis pas endormi plus tôt moi ? Je commence à trembler de tout mon corps, me mordant la lèvre. Et si ça va encore plus loin ?
- Je peux aller jusqu'au bout aujourd'hui ?
- Non Kenny…. Je ne veux pas que ma première fois se passe en présence de mon meilleur ami.
- Mais il dort !
Ou pas.
- Même… Ah ! Arrête Kenny ! C'est trop embrassant !
- Tu veux que je les retire ?
- Oui !
- Mais si je la rentre maintenant, tu auras mal…
- Quand est-ce que je t'en ai donné la permission ?
J'étouffe un cri en mordant dans la couverture. Ce n'est pas possible. Je suis un voyeur, et c'est dégoutant.
- Léo… S'il te plaît…
- … S-Si tu promets d'être doux….
Oh non, oh non… Que faire ? Si je me réveille, ce sera encore plus gênant… Mais rester à les écouter faire ça…. Non, non… C'est pas possible…
- Je le serais Léopold….
- Aah… Pas là !
Il faut que je fasse quelque chose. Rien qu'un tout petit quelque chose, pour leur signifier que je ne dors pas… Oui ça sera gênant, mais quand même…. Je ne peux pas rester là à écouter mon meilleur ami se faire sauter.
Mais finalement l'idée, c'est mon corps qui la trouve toute seule. Sans vraiment m'en rendre compte, je commence à renifler, puis mon nez me chatouille horriblement… Et finalement, un énorme atchoum s'échappe de ma bouche, interrompant en même temps les gémissements de mes deux amis.
Oh mon dieu, la pression est beaucoup trop forte…
