Oui je suis vivante. ewe

Je mets juste longtemps à sortir mes chapitres QAQ désolée, j'essaierais de me rattraper cette année ! (comment ça je ne tiens jamais mes résolutions ?)


La porte de l'infirmerie s'ouvre en grand, alors que je suis en pleine discussion avec Pip. Mon cœur rate un battement quand j'aperçois Craig dans l'encadrement de la porte, ses yeux bleus nuits nous fixant à tour de rôle, Philipp et moi.

J'aurais dû m'en douter. Il allait de toute façon se mettre à me chercher d'un moment à l'autre.

Ma poitrine se serre, je le fixe, ayant peur de la suite. Pour résumer la situation, Pip – son vrai nom étant Philipp - m'a conduit à l'infirmerie sous la demande de notre professeur et je n'ai pas voulu qu'il s'en aille. J'avais besoin de m'exprimer, de m'ouvrir à quelqu'un, et je pense que je l'aurais fait peu importe qui ce fût. Je lui ai tout raconté : mes sentiments à sens visiblement unique, mon premier baiser volé la veille par celui qui me rend le plus heureux et me fait le plus souffrir, ses deux autres baisers aujourd'hui dans le placard. J'évoquais même le passage Léo – Kenny, omettant toutefois quelques détails pas forcément bons à savoir.

Philipp m'écouta attentivement, un sourire à peine perceptible sur ses lèvres. Quand mon long monologue s'acheva, il entreprit de me raconter sa vie à lui. Il était amoureux de ce garçon de notre classe – Damien, Damian, un truc comme ça… – mais ce dernier lui accordait autant de considération qu'il en montrait en reste de la planète. Pendant les récréations, le blondinet allait fréquemment s'assoir près du brun. Ce dernier ne refusait ni n'acceptait cette présence c'était comme s'il ne la voyait pas. Et cela durait depuis tellement longtemps qu'il avait cessé d'espérer quoi que ce soit en retour. Son amour ne serait jamais partagé, et cette cruelle réalité, il ne la connaissait que trop bien. Des larmes avaient perlés au bout des cils inférieurs de Philipp tandis qu'il me racontait son histoire. Je fus pris d'une envie soudaine de le prendre dans mes bras, avant de me résigner. Je ne le connaissais pas vraiment, et ce geste était sans doute un peu trop familier. Je baissais la tête et continuait à l'écouter, mi-attentif mi-dans mon monde.

Jusqu'à ce qu'une de ses phrases vienne me tirer dans ma rêverie. À peine audible, franchissant péniblement la barrière de ses lèvres, une pensée fugace.

- Toi au moins il t'accorde de l'attention…

Il battit l'air d'une main, l'air de me dire d'oublier ce qu'il vient de prononcer. Mais aucune chance d'oublier cette phrase.

Cette phrase qui refait surface en ce moment même, quand Craig me jette un regard haineux.

Des tremblements me parcourent, certains deviennent des spasmes et je commence à me triturer les cheveux. Et c'est reparti. Je vais encore me retrouver seul, parce que Craig va faire dégager Philipp d'un moment à l'autre, et il va m'insulter, me rabaisser, profiter de moi, encore, encore, encore. Ce n'est pas vraiment différent d'avant en fait. Il a juste inclus le fait que je sois amoureux de lui là-dedans, et il m'embrasse, me donnant de faux espoirs, me faisant du bien tout en me faisant un mal infini.

Je vois Philipp se relever et m'adresser un petit signe de la main accompagné d'un regard désolé, avant de sortir de l'infirmerie. La porte claque derrière lui, Craig la verrouille. Je lève les yeux vers lui. Si seulement je pouvais arrêter de l'aimer…

- Tweek.

Je pousse un petit glapissement à l'entente de mon nom. Nos regards sont ancrés l'un à l'autre, le sien fixe et imperturbable, le mien trouble et désespéré. Il s'approche et s'assied là où était Pip quelques minutes plus tôt. Sauf que lui n'a visiblement pas l'intention d'écouter tout ce que j'ai envie de faire sortir de mon cœur trop rempli.

POV CRAIG

- Qu'est-ce que tu foutais avec lui ?

J'essaie d'adopter un ton calme, neutre, froid, apathique. Pas question de lui montrer que je suis en colère. D'ailleurs je ne le suis pas vraiment. Ça me fait juste horriblement chier qu'il se soit enfermé dans cette pièce avec quelqu'un d'autre pendant quelques heures. Et non je ne suis pas jaloux. C'est les gamines de 13 ans qui sont jalouses. Pas moi. Pas Craig Tucker.

- J-J-Je…je me sentais pas très bien a-a-a-a-alors… il m'a a-accompagné à l'infirmerie e-et…

Aucune envie d'écouter son explication longue et inutile.

- Ouais, t'avais simplement envie de te sentir aimé en fait.

Ses yeux tremblent, lui aussi, ça me ferait presque sourire, mais j'ai dit presque.

- N-n-non….ce n'est pas ça…m-mais…..

Il se tait et commence à jouer avec ses doigts longilignes. J'observe rapidement ses phalanges blanches comme du lait, puis détourne le regard. C'est pas le moment de s'intéresser à son anatomie.

- Je te jure que si tu lui as dit quoi que ce soit je te tue.

Il se fige et sa lève inférieure commence à se tordre étrangement. Je ne sais pas pour quelle partie de ma phrase c'est, mais en tout cas sa réaction est parfaite. Beaucoup trop facile à cerner. Je souris en mon for intérieur et me penche vers son visage terrorisé.

- Ça ressemblerait presque à des aveux tu sais ?

Il déglutit, m'implorant imperceptiblement du regard.

- C-C-Craig….

- Sors de ce lit.

Il s'exécute docilement et se lève. Je l'imite et me retrouve face à lui. Il tremble tellement qu'une partie de moi se demande s'il ne va pas tomber d'un instant à l'autre. Je l'attire – ou plutôt le pousse brutalement – contre le mur, comme ce matin. J'attrape ses lèvres sans même me demander pourquoi, c'est la quatrième fois que je l'embrasse et ce n'est pas vraiment le moment de se poser des questions. Il ne montre aucun signe de résistance particulier, poussant même un petit gémissement quand ma langue vient rencontrer la sienne.

C'est le moment de le marquer comme mien.

Nos bouches se détachent, la sienne halète et la mienne se dirige vers son cou. Je suçote, mordille, aspire sa peau pâle comme du lait. Il pousse des petits cris plaintifs, et ça me donne envie d'en entendre plus, encore plus.

- Craiiig…

Putain. C'est limite un appel à la souffrance qu'il me lance.

POV TWEEK

Encore un baiser, encore un espoir, encore une douleur transperçant mon cœur de part en part.

Ses lèvres sont maintenant dans mon cou, et je ne sais pas trop ce qu'il y fait.

J'ai tellement envie de partir.

Mais j'ai envie de rester aussi.

Des larmes silencieuses dévalent mes joues comme une avalanche dévalerait une montagne, et je laisse échapper un petit hoquet plaintif. Arrête Craig. Continue Craig. Ces deux paroles totalement opposées s'entrechoquent dans ma tête, bousculant la confusion qui règne dans mon esprit depuis qu'il a recommencé à m'embrasser. Je commence à avoir mal là où il me mordille et me suçote la peau, je me tortille pour me dégager de cette douleur, mais il ne me plaque que davantage au mur.

- C-C-C-Craig…

Il se détache, me plante son regard perçant dans les yeux. Je me soustrais à son affront, il me force à le regarder en me prenant par le menton, maintenant mon visage devant le sien. Mes larmes continuent de couler, sans un sanglot. J'ai tellement peur, je veux tellement continuer.

- Tweek.

Sa voix. Doucereuse, pleine d'espoir, pleine de déception aussi. Mes poings agrippent les manches de son blouson, le suppliant silencieusement.

- Qu'est-ce que tu veux Tweek ?

Ce que je veux ? Il me demande ce que je veux ? Quelle ironie pitoyable, comme si mon avis pouvait changer quoi que ce soit à ses actions futures. Il fera ce qu'il voudra de moi, et je ne pourrais rien y faire. Son regard caresse le mien. Je dois répondre. Je dois répondre. Je d….

- L-L-Laisse-moi partir Craig….

C'est sûrement la seule chose que je veux. Et peut-être bien la dernière aussi.

Il sourit. Je voudrais fermer les yeux, mais si je fais ça il serait encore capable de m'ouvrir les paupières par la force. Il se détache de moi, m'étonnant. Il va me laisser partir ? Vraiment ? Je n'ose pas y croire. Non. Ça cache forcément un truc.

- Abaisse-toi Tweek.

Pourquoi tout ne se passe jamais comme je le voudrais ?


Sur ce je retourne dans ma grotte.