Tweek, Tweek, Tweek. Ce petit salopard. Un mois qu'il n'avait pas pointé son petit cul en cours, un mois qu'il restait chez lui.
Je n'y vais plus non plus, depuis une semaine. C'était chiant. Je m'emmerde comme un rat mort là-bas. Et voilà qu'aujourd'hui, alors que je sors pour chercher un paquet de clopes – je suis de plus en plus en manque ces temps-ci - je l'ai vu. Sac de cours sur le dos, un sourire de plus idiots scotchés sur son visage. Heureux, totalement heureux. Sans moi. J'ai soudainement envie de le chopper, le tirer en arrière, l'engueuler, le faire se sentir mal à un point...
...D'ailleurs c'est sans doute la première fois que je vois son sourire.
Je chasse rapidement ces pensées et m'approche vers lui. Il ne me voit pas approcher, dos à moi. Dans un mouvement irréfléchi, je lui attrape le poignet, l'attire à moi.
- A-ah !
Il pousse un cri et se retourne précipitamment, les sourcils légèrement froncés. Puis son visage se transforme en une mine étonnée et apeurée. De me voir. Étrangement, l'idée qu'il aie peur de me voir m'énerve d'autant plus. Je plisse les yeux, lui demandant calmement :
- Tu te pointes que maintenant ?
La main que je ne tiens pas se serre en un poing, et Tweek baisse la tête, tremblant légèrement. Je raffermis ma prise, le secouant.
- Réponds.
- J-j'étais malade.
...J'ai un léger rictus. Bien sûr. Bien sûr, il est malade depuis autant des semaines. Cela fait peut-être même plus d'un mois, non ? Putain j'ai la flemme de réfléchir à ce genre de conneries. J'veux juste... être au calme. Et rentrer.
Et c'est ce que je fais, l'autre blondinet toujours pendu à mon bras.
- C-Craig !
Il y a des soubresauts dans sa voix, il doit , c'est pas la première fois... Mais je sais pas. Flemme de penser j'vous dit.
Je finis par arriver chez moi. J'ouvre la porte, jette un coup d'œil dans la pièce à vivre. Ma sœur, et la p'tite McCormick. J'accélère, histoire de ne pas nous faire voir. Quelques instants plus tard, nous sommes dans ma chambre. Je me tourne enfin vers lui, pour constater qu'il a les yeux rouges. Mais il ne pleure pas. Ou plus, semble t'il.
- Assieds toi, je fais en indiquant le lit.
Il m'obéit, ses yeux parcourant peu discrètement ma chambre. Ses yeux s'activant de gauche à droite, sa bouche qui tremblote légèrement mais où je pourrais presque apercevoir l'ombre d'un sourire, ses mains serrant le tissu de son jean au niveau de ses genoux. Ses dents qui viennent mordiller ses lèvres, sans doute pour essayer de se calmer. Et ses cheveux blonds tout emmêlés qu'il n'a sans doute pas eu le temps de coiffer ce matin.
Sur ce coup là, j'ai sûrement un bug. Mais je ne sais vraiment pas. Avec une envie étrange qui me titille le ventre, je m'approche de lui, lentement. Ses yeux verts d'eau qui se lèvent vers moi. Goutte d'eau qui fait déborder je ne sais quel putain de vase.
Je lui attrape ses poignets et le renverse sur le lit, ce qui lui arrache un petit cri, venant me mettre au dessus de lui. Son air apeuré, son air apeuré est craquant putain. Il est à moi, ce mec est à moi. Il a peut-être prétendu pouvoir vivre sans moi pendant plusieurs semaines, mais il se mentait. Ouais, il se mentait à lui même. Il a besoin de moi.
Et juste quand je fonds sur ses lèvres, je ne peux m'empêcher de penser que moi aussi.
POV TWEEK
La chambre de Craig. Je l'ai souvent imaginé, en rêves. J'avais toujours imaginé que notre première se passerait ici... Mais ce n'était qu'une chimère. Des espoirs sans fondements que j'avais, une simple escapade à la réalité que je vivais. Autrement dit, ce Craig que je pensais qui me détestait du plus profond de son âme. Pourquoi aurait-il fait tout cela sinon...
Et là, il vient de me plaquer,dos contre son lit. Et étrangement, cela ne...Ne me déplaît pas autant que ça le devrait... Ses lèvres viennent posséder les miennes dans un mouvement rapide, et je ferme mes yeux. Craig m'embrasse,encore, et c'est aussi bon que les fois précédentes, voire plus.. Son mouvement de lèvre m'emporte, quand il insiste contre les miennes je me sentirais presque partir... C'est si bon... Son odeur est présente partout autour de moi, le lit sent Craig, la pièce sent Craig, son corps sur moi, sa langue dans ma bouche. Je gémis contre ses lèvres et il se détache de moi, me regardant avec cet air hautain.
- C-Craig...
Il lâche mes poignets, venant s'asseoir sur le matelas, me lâchant du regard.
Je me mords la lèvre inférieure. Non. Je ne dois pas, je ne peux pas. Aller me réfugier dans ses bras, me rendant encore plus dépendant que je ne le suis déjà, à la limite de n'être qu'un objet pour lui, une vulgaire chose.
Et ce n'est pas ce que je veux...
Mais qu'est-ce que je veux réellement de tout cela ?...Qu'il m'aime, évidemment... Lui faire comprendre que, moi aussi, j'ai des sentiments.. j'aimerais tant lui faire comprendre tout cela.
À moitié décidé, je m'approche de lui, doucement, comme si j'avais peur de le faire fuir...
- Craig, j-je..
Ses yeux si froids se posent à nouveau sur moi, et je manque de me résigner...Mais non, définitivement non. J'ai enfin une occasion de lui parler. Et je ne vais pas la laisser partir.
- C-Craig ce... Je ne veux pas.
Il me jauche de son regard, je déglutis... Je ferme les yeux un instant, poussant un long soupir, avant de les relever vers lui, déterminé. D'une voix qui ne semble pas m'appartenir, je commence :
- Je ne veux pas de... Que tu sois comme ça avec moi. J-je veux que tu... m'aimes comme moi je... Enfin... J'veux que tu sois g-gentil avec moi, que tu sois attentionné, que t'arrêtes d-de..d'être comme ça envers moi, je..J-j'ai des sentiments pour toi moi Craig.. Je veux pas que ça continue comme ça.. ça me fait du mal Craig, e-e-et même si ça ne t'importe pas.. J'..j'aimerais que ça s'arrête.
A la fin de cette tirade, je lève les yeux vers lui, m'apprêtant à recevoir au visage une bordée d'injures, de reproches, de moqueries, que sais-je... ?
Mais non.
Il a juste ce putain de visage froid habituel. Un drôle de frisson me parcourt, et je vois sa main se lever et me pousser, sa bouche bougeant légèrement, me disant :
- Barre-toi.
Je ne cherche même pas à riposter, je me lève et obéit, sortant en me perdant à moitié dans sa maison, ne sachant pas où est la sortie. J'ouvre la porte, la claque, mon cœur battant à tout allure... Mais je ne suis pas apeuré, triste, ou quoi que ce soit.
Je suis juste en rogne contre tout cela. Et mon cerveau se retourne, dans tous les sens. Tous ces moments, tous ces... « baisers » qu'il m'a donné, que j'ai aimé, que j'ai adoré... Ces espoirs que j'ai eu, toutes ces fois où j'ai cru qu'il allait me dire ces trois putain de mots fatidiques.
Et je n'en peux plus, d'un coup.
Mon corps se tourne vers la maison de Craig, ma bouche, mue par la volonté de mes émotions, se met à hurler,des larmes incontrôlables se déversant sur mes joues.
- T'ES QU'UN PUTAIN D'ENFOIRE CRAIG TUCKER !
Et sur ce, je tourne les talons.
