[Je profite de ce nouveau chap' pour répondre au commentaire de Kira. Déjà, je suis tellement folle de ce jeu que j'ai déjà recommencé la partie cinq fois ^^; Bien sûr, ça n'est pas suffisant pour retenir les dialogues avec exactitude, du coup, pour ceux de la trame principale (par j'entends "ceux qui font avancer l'histoire"), je regarde des let's play en français lorsque j'ai besoin de les retranscrire. Pour les autres, ceux qu'on peut lire en dialoguant avec les personnages qui nous entourent, je note ceux qui me paraissent intéressants parce que je sais très bien que ceux qui font des let's play de s'embêtent pas à parler à tous le monde dans le jeu. Bon, c'est vrai aussi que je suis en train de refaire le jeu pour la cinquième fois, mais ça n'était pas spécialement pour les besoins de ma fic.

Concernant Aquila, je l'adore. C'est vraiment mon personnage préféré de toujours. Il est génial, défauts compris, c'est pour ça que j'essaie de le mettre en scène de le façon la plus proche du "vrai" personnage possible.]

"'Nous regagnerons le Royaume du Tout-Puissant, où nous pourrons enfin nous reposer pour l'éternité'. Voilà ce que mon maître m'a dit. Mais cela n'a aucun sens ! Si nous disparaissons, les mortels réduiront leur royaume à feu et à sang !"

Ca n'était pas Daisy qui venait de s'exprimer ainsi, même si elle pensait exactement la même chose. Ces paroles venaient de Mésange, l'apprentie du Gardien Tucano.

Lorsqu'ils étaient revenus à l'Observatoire, quelques minutes plus tôt, Aquila avait pris congé de son élève en prétextant qu'il devait parler au Commandait Apodis de toute urgence. Daisy ne savait donc pas si elle devait offrir directement ses cristaux de bienveillessence à l'Yggdrasil ou faire son rapport au patriarche avant. Un groupe de novices, composé de Mésange, Marcus, Merle et Ange, l'avait interpelée pour qu'elle se joigne à leur discussion.

"Il y a beaucoup de monde, comparé à d'habitude, observa la jeune Gardienne en avisant les petites groupes de Célestelliens disséminés ici et là.

-Tout à fait juste, confirma Marcus. C'est parce que tout le monde est rentré à l'Observatoire -sans exception. Pour tout dire, on n'attendait plus qu'Aquila et toi.

-Pourquoi ça ? Nous ne sommes jamais tous présents à la maison en même temps. Qui s'occupe des mortels ?

-Personne, mais la raison est des plus sensées. La rumeur dit que l'Yggdrasil va bientôt donner des fruits, expliqua Ange. Le Commandant Apodis veut que nous soyons tous là au cas où la Prophétie se réaliserait ce soir.

-Si on en revenait à notre Prophétie, justement ? intervint Mésange avec impatience. Êtes-vous d'accord avec ce que j'ai dit tout à l'heure ou pas ?

-A propos de ce que deviendront les mortels si nous ne sommes plus là ? Je ne peux pas me prononcer là-dessus, s'excusa l'apprentie de Colombe. Je ne suis jamais descendue au royaume inférieur.

-Ca n'est pas étonnant, ta maîtresse travaille uniquement sur l'Observatoire. Bon, et vous, les autres ?

-Je suis du même avis que toi, Mésange, soupira Daisy. Les mortels n'ont jamais su se débrouiller sans nous.

-De plus, ajouta Merle, les monstres sont déchainés en ce moment. La plupart des humains ne savent pas se battre correctement ; ils seront réduits en pièces si nous ne sommes plus là pour les protéger.

-Peut-être que l'apparition des fruits sacrés répandra un vent de changement sur le Protectorat et rendra soudain les mortels irréprochables, supposa Marcus.

-J'en doute fort.

-Bon, les coupa Daisy, je vais voir si mon Maître en a fini avec le Commandant Apodis. A plus tard !"

Elle grimpa quatre à quatre les escaliers jusqu'à l'étage du dessus et se figea sur place devant le trône de son chef. Il était vide. Ses deux gardes du corps, en revanche, étaient toujours à leur poste.

"Le Commandant Apodis s'est rendu au pied de l'Yggdrasil, la renseigna Davy, celui de droite.

-Ton maître vient de passer, précisa Faucon, celui de gauche, et son rapport a semblé faire le plus grand plaisir à notre patriarche. Je ne l'avais jamais vu aussi heureux.

-D'accord. Merci."

Elle aurait eu mieux fait de passer directement par la case Yggdrasil, finalement. Mis à part quelques groupes de quatre ou cinq Célestelliens dispersés ici et là, l'étage paraissait étrangement vide.

"Où sont-ils tous passés ? s'interrogea Daisy à voix haute.

-Je crois que la plupart sont sur les terrasses de dehors, la renseigna Avica, qui l'avait entendue, depuis un groupe composé de sa sœur Lynn, d'Aaron, l'apprenti armurier, et de Cody, celui de la Gardienne Pétale. Ils sont certainement sortis voir ce qui arrive au grand Arbre du Monde.

-Il se passe vraiment quelque chose ?

-A ce qu'il se dit, oui.

-Daisy ? l'interpela un Patrouilleur non loin de là. Rapportes-tu de la bienveillessence avec toi ?"

La jeune Gardienne répondit par l'affirmative, et les yeux de ses congénères brillèrent de joie et d'émotion.

Se pourrait-il... que la bienveillessence que je m'apprête à offrir à l'Yggdrasil fasse pousser les fruits sacrés ?

Tout le monde en semblait persuadé, en tout cas, et cette certitude leur emplissait le coeur de félicité. Seule Colombe, appuyée sur le rebord d'une fenêtre, ne semblait pas se réjouir avec les autres.

"Quelque chose vous tracasse, Colombe ? s'inquiéta Daisy en faisant un écart pour la rejoindre.

-Est-ce que la rumeur dit vrai, Daisy ? s'enquit l'amie d'Aquila. L'Yggdrasil va-t-Il bientôt donner ses fruits ?

-Il semblerait que oui, répondit prudemment la jeune Célestellienne. Du moins, c'est ce que tout le monde semble croire.

-Et c'est certainement vrai, soupira Colombe d'une voix à la fois douce et triste. Bientôt, un envoyé viendra pour tous nous conduire au Royaume du Tout-Puissant. Mais qu'en est-il de Corvus ? Il ne nous est toujours pas revenu. Reviendra-t-il un jour... ?"

Elle se tut, semblant soudain prendre conscience qu'elle abordait là un sujet interdit.

Corvus. Encore ce nom. C'est vraiment étrange... il sonne curieusement familier à mes oreilles... comme un très lointain souvenir dont on peine à se souvenir avec exactitude...

"Qui c'est, ce Corvus ? murmura Daisy.

-Corvus était..."

Un instant, Colombe sembla sur le point de le lui révéler. Elle hésita et finit par souffler :

"Je ne peux pas t'en dire plus. C'est là un sujet interdit, tu comprends ? Aquila va encore me dire que je parle trop.

-Et que vous pensez trop, aussi...

-Et que je pense trop aussi, confirma la responsable des archives avec un sourire. Quoi qu'il en soit, fais comme si tu n'avais rien entendu.

-Je crois..., avança lentement la jeune Gardienne en fronçant les sourcils, je crois... que j'ai déjà entendu ce nom autrefois, quand j'étais petite. Les autres... je ne sais pas exactement qui, mais... on disait que je lui ressemblais... Oui... Je crois bien avoir déjà entendu une phrase qui mettait en relation mes yeux et ceux de... d'un certain Corvus.

-C'est fort possible, fut forcée d'avouer Colombe. Oui, Daisy, tu ressembles à ce Célestellien prénommé Corvus. Tu as des cheveux blonds comme le soleil et des yeux verts semblables aux siens. Je ne peux t'en dire plus. Ce sont là des choses que le temps a recouvertes d'un voile."

Elle la poussa doucement mais fermement du bout de son aile.

"File, maintenant ! Va retrouver Aquila et Apodis au pied de l'Yggdrasil !

-Oh, vous avez raison ! Ils doivent certainement m'attendre."

Daisy salua une dernière fois l'amie de son maître et s'en fut en courant.

Comme Avica l'avait prédit, les terrasses étaient bondées de Célestelliens qui contemplaient le ciel étoilé avec espoir, comme si l'Orion Express allait soudain jaillir des nuages. Cependant, au fur et à mesure que Daisy grimpait les marches, leur nombre diminuait singulièrement. Lorsque, essoufflée, elle gravit l'avant dernier escalier - qui conduisait au toit proprement dit, juste avant celui qu'il fallait monter pour atteindre la plateforme où se dressait l'Yggdrasil -, seuls trois Célestelliens se trouvaient là. Des vétérans tous les trois.

"Daisy, vous voilà enfin ! l'accueillit d'un d'entre eux. Nous n'attendions plus que vous.

-Ah, souffla un autre avec extase, penser que la bienveillessence que j'ai récoltée va contribuer à la floraison des fruits sacrés de l'Yggdrasil m'émeut."

La jeune Gardienne se faufila entre ses semblables pour gagner l'ultime escalier. Alors qu'elle s'apprêtait à poser le pied sur la première marche, son regard fut attiré par un éclat immaculé sur sa droite. Elle rebroussa chemin et contourna le promontoire où se dressait l'Arbre du Monde pour aller voir de plus près. Une forme immobile était recroquevillée là, les ailes frémissantes.

Bram ?

Intriguée, elle posa la main sur l'épaule de son ami. Il fit un bond spectaculaire à son contact et tourna vers elle de grands yeux anxieux et coupables.

"Non ! s'écria-t-il. Tu m'as retrouvé ! P... Pardonne-moi, je..."

Il s'arrêta net lorsqu'il s'aperçut que c'était la petite silhouette de Daisy qui se tenait devant lui, et non pas l'impressionnante carrure de son maître.

"Oh, c'est toi, Daisy. Tu m'as fait peur, avoua-t-il.

-C'est ce que j'ai constaté, répliqua son amie, un peu éberluée. Que fais-tu donc ici ?

-J'ai entendu parler d'étranges activités au pied de l'Yggdrasil, et je suis venu me cacher ici pour me protéger de tout mal, confessa Bram d'un air sombre.

-Pourquoi te cacher ? s'étonna l'autre. Au contraire, ce qui arrive à l'Yggdrasil est synonyme de réjouissances."

L'apprenti Gardien se tendit soudain, tous sens en alerte, les plumes hérissées.

"Daisy... Je sens une force considérable s'élever..., professa-t-il d'une voix incertaine. Quelque chose... quelque chose arrive droit sur nous. Quelque chose de mauvais...

-Tu en est certain ? insista sa camarade, gagnée par son appréhension.

-Oui... Quelque chose va bientôt nous atteindre... Et ce sera la fin... Daisy ! As-tu de la bienveillessence ? s'enquit-il d'une voix pressante en pivotant brusquement vers elle.

-Oui.

-Vas-y ! Offre-lui-en plein ! la pressa Bram. Vite, avant qu'il ne soit trop tard !"

Elle recula, consternée par son affolement. Pour sa part, elle ne percevait nulle menace imminente, mais se pouvait-il qu'il ait raison ?

Les vétérans l'auraient senti, si nous étions en danger. Non ? Ou alors, ils sont bien trop accaparés par la promesse de notre délivrance prochaine...

Incertaine, la jeune Gardienne regagna l'escalier et grimpa lentement les quelques marches qui menaient au pied de l'Yggdrasil, le ventre noué par l'appréhension. Son Maître et son chef s'y trouvaient déjà, les yeux levés vers l'arbre sacré. Ils se tournèrent simultanément vers elle lorsqu'elle s'approcha.

"Bravo, Daisy, la félicita Aquila. Tu as vraiment choisi le bon moment pour venir nous rejoindre."

Ah bon ? Moi qui croyais que je serai en retard à force de bavarder avec tout le monde...

"Regarde l'Yggdrasil, poursuivit-il en se tournant de nouveau vers l'arbre. Il est prêt à porter des fruits grâce à toute la bienveillessence que nous Lui avons offerte.

-Oh oh ! se réjouit le Commandant Apodis. Oui, Il est bien sur le point de donner des fruits."

En effet, l'arbre sacré scintillait vivement et Daisy plissa les yeux, éblouie. D'une voix profonde et pleine de mystère, le patriarche entonna :

"Les fyggs ouvrent les portes célestes et révèlent aux Célestelliens la voix du salut...

-... et c'est dans ce vaisseau céleste que nous, Gardiens élus, entrerons au Royaume du Tout-Puissant, compléta Aquila."

Il ordonna alors à son élève :

"Le moment est arrivé, Daisy. Offre la bienveillessence que tu as recueillie au grand Yggdrasil. Fais donc et Il donnera enfin les fruits tant attendus.

-D'accord..."

Deux émotions contradictoires se bousculaient en elle, une étrange excitation mêlée de tristesse. Elle venait tout juste de devenir Gardienne, le rêve de toute sa vie, et il était déjà temps pour elle de rejoindre le Ciel ? Elle aurait bien aimé poursuivre sa tâche de protectrice des mortels encore un peu. Et puis, elle s'inquiétait pour les humains.

Que deviendront-ils sans nous ? Qui protègera Bérangère et son grand-père lors de leur prochain voyage à Ablithia, par exemple ? Personne, sûrement. Comment va-t-elle réagir en découvrant que la Gardienne qu'elle vénère tant l'a abandonnée ?

Sous le poids de dizaines d'yeux braqués sur elle, Daisy tendit ses deux mains en coupe, où scintillaient ses trois cristaux de bienveillessence, vers le ciel. La lumière qui résulta de leur fusion avec l'arbre sacré fut dix fois plus éblouissante que de coutume. A la stupeur et l'émerveillement de tous, de gros et lourds fruits d'or poussèrent instantanément sur les branches, les faisant ployer sous leur poids. Des murmures subjugués se firent entendre un peu partout. Ceux-ci s'accentuèrent lorsque l'Orion Express fendit le ciel à toute allure.

"Les fyggs sacrées poussent... et l'attelage céleste apparaît..., souffla le Commandant Apodis. Louanges ! La Prophétie se réalise !"

Aucun des autres Célestelliens assemblés ne parvient à proférer le moindre mot, tant leur émerveillement était grand. De plus, les plus âgés d'entre eux avaient peine à croire que le jour annoncé depuis la naissance de leur peuple était enfin là. Aquila, comme tous les autres, suivait l'Orion Express des yeux, l'air fasciné, lui qui était si difficile à impressionner d'habitude.

Le train doré fit deux ou trois fois le tour de l'Observatoire, avant de s'arrêter progressivement près de l'un de ses flancs. Il y eu une seule seconde de silence parfait, qui sembla à la fois infinie et brève, comme si le temps s'était arrêté d'un seul coup. Plus un bruit. Nul frémissement de plume, nul souffle léger du vent dans les branches de l'Yggdrasil, nul grincement de roue de l'Orion Express. Rien. Le silence.

Puis, Daisy vit le regard de son maître s'assombrir d'un coup et ses ailes se tendre subitement, en alerte, comme celles de Bram. Il se tourna vers elle et ouvrit la bouche pour la mettre en garde, mais aucun son n'eut le temps de franchir ses lèvres. Un grondement sinistre se fit entendre. Venu d'on se sait où, un violent rayon de magie noire, chargé d'une électricité malsaine, déchira la nuit et vint percuter l'Orion Express de plein fouet. Les wagons se détachèrent les uns des autres et tombèrent dans le vide en crépitant.

"Qu'est-ce que... qu'est-ce que cela veut dire ? balbutia le patriarche, sous le choc.

-Seigneur, l'interpela Aquila d'une voix maîtrisée mais pressante, vous devriez vous mettre à l'abri. Toi aussi,..."

Le nom de son élève, qu'il s'apprêtait à prononcer, fut couvert par un bruit assourdissant, celui de dizaines d'éclairs semblables au premier qui jaillirent de tous les côtés. L'un d'entre eux percuta l'Observatoire, faisant trembler le foyer des Célestelliens sur ses fondations. La secousse fut telle que nombre d'entre eux furent projetés au sol. Daisy, déséquilibrée, tomba en arrière.

Mais... Mais je croyais que l'Yggdrasil nous protégeait de tout mal, quel qu'il soit...

La jeune Gardienne entendit sans aucun mal les cris terrifiés de ses congénères, qui s'intensifièrent lorsque de gros nuages menaçants encerclèrent l'Observatoire et cachèrent le ciel et les étoiles. Un vent violent se leva, si puissant que même Aquila fut forcé de s'accroupir pour résister aux bourrasques. Tandis que l'enfer se déchaînait autour d'eux, Daisy le vit jeter un rapide coup d'œil dans sa direction pour s'assurer qu'elle tenait le coup. Presque à plat ventre par terre, sa jeune élève lui rendit un regard empli de confusion.

"Maître, que se passe-t-il ?"

Elle aurait voulu pouvoir crier par dessus les mugissements du vent, mais sa voix n'était qu'un murmure.

"Aurions-nous été... dupés ? souffla le Commandant Apodis, cramponné à une racine, quelques pas sur sa gauche."

Aquila et lui échangèrent un regard, mais, à voir leur visage calme mais désorienté, Daisy comprit qu'ils ignoraient, comme elle, ce qui était en train de se passer.

Curieusement, la jeune Gardienne ne parvenait pas à être terrorisée, juste inquiète. Elle jeta un coup d'œil à son maître qui, les yeux fixés au sol, semblait réfléchir intensément. Tant qu'il était là, elle se sentait en sécurité.

C'est complètement idiot... Même lui n'a aucune emprise sur ce qui nous arrive.

Le vent forcit encore. Dans une ultime tentative pour lui résister, Daisy plaqua ses ailes contre ses flancs. Impuissante, elle suivit des yeux les quelques fragiles plumes blanches qui s'en étaient détachées et qui tourbillonnèrent quelques instants avant d'être déchiquetées, malmenées et battues par la tempête. Ses cheveux blonds volaient dans tous les sens; elle les écarta brièvement de main avant de s'accrocher de plus belle à la racine la plus proche.

Bram avait raison. Quelque chose de dangereux est bien sur le point de nous anéantir.

Les éclairs de lumière étaient de plus en plus nombreux. Daisy se passe brièvement la main sur les yeux, aveuglée par l'un d'eux.

Cette tempête va-t-elle encore durer longtemps ?

Les puissantes rafales de vent redoublèrent d'un seul coup, de façon si inattendue et si violente qu'elles propulsèrent Daisy dans les airs. Surprise, la jeune Célestellienne eut cependant la présence d'esprit de resserrer brutalement ses mains sur sa racine.

"M...Maître ! gémit-elle d'une voix suppliante et terrifiée à présent, certaine que la tempête allait l'aspirer d'une seconde à l'autre."

Aquila redressa brusquement la tête, comme s'il venait tout juste de se souvenir qu'elle était là, et non pas en sûreté à l'intérieur. Les doigts de son élève glissèrent sur l'écorce et elle lâcha prise au moment même où il tendait la main vers elle pour la rattraper. Mais il avait réagi trop tard -une minuscule seconde trop tard. Même si Daisy eut elle aussi le réflexe de tendre le bras pour s'agripper à lui, les doigts tendus au maximum, ils étaient déjà bien trop loin pour s'atteindre -en une minuscule seconde, le vent l'entrainait déjà hors de portée.

"Daisy ! DAISY !"

Le cri de son maître résonna au milieu de la tempête, malgré les hurlements du vent. Dans ses yeux gris orage, la petite Célestellienne discerna, en plus du choc de la voir se faire emporter, une autre émotion qu'elle ne lui avait jamais vu. La peur. De la vraie peur.

Daisy, pour sa part, était terrifiée. Les violents bourrasque l'entrainèrent vers le haut à une vitesse folle, pourtant elle eut largement le temps de voir le bras d'Aquila toujours tendu vers elle. Puis, finalement, au bout d'à peine quelques secondes, elle se retrouva propulsée au dessus des nuages menaçants et son foyer disparut de sa vue. Et là, elle se retrouva violemment expulsée de l'Observatoire. Elle eut juste confusément conscience que des sphères dorées tombaient vers le Protectorat avant que sa propre chute commence. Si rapide, si violente que Daisy perdit immédiatement connaissance.

Horrifiés, impuissants, les Célestelliens accrochés où ils pouvaient suivirent des yeux le corps frêle de la petite Gardienne, la masse blonde de ses cheveux et le petit paquet de plumes que formaient ses ailes, jusqu'à ce qu'elle disparaisse définitivement de leur vue. Seules quelques plumes blanches restèrent dans son sillage comme témoins de sa chute.