[Tu sais, Kira, il ne faut pas que tu t'en fasses pour ma fic. Je sais que les chapitres se font beaucoup plus rares qu'au début, mais c'est normal, je suis plutôt occupée maintenant. Cependant, je n'arrêterai jamais ma fic avant qu'elle soit complète. Tes commentaires me font toujours autant plaisir. Merci encore ! ^w^]
"Tu sais, les monstres ne sont pas stupides. S'ils te pensent plus forte qu'eux, ils filent sans demander leur reste !
-Je sais, Stella. J'ai conscience d'être encore une débutante, mais quand même...
-En tout cas, les monstres qu'on croise depuis qu'on a quitté Chérubelle passent leur temps à te fuir. Ca doit vouloir dire que tu n'es pas si mauvaise que ça, Escrimeuse !"
Escrimeuse ? Tu t'es lassée de Ménestrelle ?
Daisy croqua dans sa pomme sans ralentir sa marche. Elle n'avait pas pris la peine de s'arrêter pour manger, désirant rentrer chez elle le plus vite possible. Stella semblait de bien meilleure humeur depuis qu'elles avaient quitté Chérubelle, elle voletait à un ou deux mètres devant sa compagne de route et babillait gaiment depuis environ une heure. Cela en faisait presque trois qu'elles étaient parties et le col n'était plus très loin. Bérangère et Tulipe avaient dû décider de passer par les bois, où les montres étaient moins nombreux, car malgré leur courte avance, Daisy ne les avait pas ne serait-ce qu'entraperçues.
"Cette Tulipe savait vraiment ce qu'elle voulait et paraissait déterminée à ne pas lâcher son affaire, continua Stella, changeant complètement de sujet. Cette femme est tout le contraire de moi, qui suis si douce et timide.
-Comment ? s'exclama Daisy. Toi, douce et timide ? Je te trouve plutôt... irrespectueuse et impatiente.
-Pff ! Tu peux parler ! s'indigna la petite fée. Tu as eu beau attendre dans ce village ennuyeux pendant des jours et des jours, la patience n'a pas trop l'air d'être ton fort non plus !
-Non, c'est vrai, admit sa compagne. Mais je n'ai jamais prétendu que je l'étais.
-Je ne l'ai pas prétendu non plus !"
Elles continuèrent de se disputer. Heureusement, si Stella s'emportait facilement et tempêtait dès qu'elle était en colère, Daisy, par sa nature calme, ne s'énervait pas trop et ne lui criait jamais dessus. Leurs éclats de voix semblèrent effrayer les monstres des environs encore davantage. Une petite demi-heure plus tard, les deux voyageuses arrivèrent enfin à l'embranchement où elles avaient laissé l'Orion Express. Stella dépassa sa compagne à toute vitesse pour aller déverrouiller la porte.
"Nous y voilà, constata la fée. En voiture, tout le monde !"
Contrairement à Daisy deux semaines auparavant, elle n'eut aucun mal à ouvrir la porte et s'engouffra sans plus de manières à l'intérieur. La Célestellienne, pour sa part, resta figée quelques instants sur le seuil de l'attelage céleste, un peu intimidée à l'idée de pénétrer à l'intérieur du vaisseau sacré de la légende. En compagnie de Stella, les mythes vénérés de son peuple semblaient tout à fait accessibles et même plutôt communs à côtoyer. Lentement, la jeune Gardienne franchit les quatre marches et s'avança dans la cabine de pilotage. Tout était plongé dans une semi-pénombre telle que les ailes roses scintillantes de Stella n'en paraissaient que plus lumineuses. Les parois, le sol, le plafond et les murs de l'habitacle ressortaient clairement dorés, mais d'un doré éteint et privé de brillance, tout comme l'était la locomotive de l'Orion Express vue de l'extérieur. Tout au fond trônait un imposant tableau de bord, tous voyants lumineux éteints. Daisy s'arrêta à côté de la conductrice présumée de l'engin.
"Nous voilà à bord de l'Orion, l'informa celle-ci comme si ça n'était pas une évidence. Qu'est-ce que tu en penses ? Plutôt chicos, pas vrai ?
-Oui, je trouve aussi que c'est impressionnant, avoua la Célestellienne. Mais il est un peu... éteint."
Stella hocha la tête avec approbation.
"En fait, j'aimerai l'égayer un peu plus, lui confia-t-elle. Ca manque encore de fantaisie, là-dedans, tu ne trouves pas ?"
Admirant la cabine de pilotage plongée dans l'obscurité avec fierté, la fée continua de babiller, les mains jointes comme une petite fille excitée le matin de son anniversaire, au grand dam de Daisy à qui ses idées de rénovation étaient un peu égales :
"Je pensais à de faux diamants rose cerclés d'or, pour que ça rappelle un peu les étoiles."
Elle finit par remarquer le regard vide de sa compagne et son absence de réponse. Stella eut une petite moue boudeuse.
"Quoi ? Mes idées lumineuses en matière de décoration ne t'intéressent pas ? s'indigna-t-elle. J'imagine que tu veux juste qu'on se mette en route...
-Exact, admit Daisy sans trop s'inquiéter de savoir si elle allait la vexer ou pas.
-Très bien, très bien. Trêve de digression. J'ai hâte de revenir à l'Observatoire pour voir de mes propres yeux dans quel état il est.
-Pour ma part, je suis surtout pressée de savoir si les miens vont bien."
Stella voleta jusqu'au tableau de bord et y jeta à peine un coup d'œil avant de s'exclamer :
"Alors, c'est parti ! DECOLLAAAAAAAAAGE !"
Et elle enfonça résolument un bouton. Il ne se passa absolument rien. La fée patienta une ou deux secondes, histoire d'être sûre que l'Orion Express ne bougerait pas d'un pouce, et finit par marmonner :
"Nom d'une météorite ! On a un problème !
-Lequel est-ce ? s'inquiéta sa passagère."
Si l'attelage céleste est endommagé et incapable de quitter le Protectorat, je n'aurais alors plus aucun moyen de retourner chez moi !
Stella resta figée devant le tableau de bord.
"Je pensais que la présence d'une Célestellienne suffirait à le faire voler, soupira-t-elle. Je me demande ce qui cloche."
Daisy sut sans aucun doute ce que la fée allait ajouter. Comme elle le pensait, celle-ci pivota brusquement vers elle et s'écria :
"Hé, mais tu n'as pas vu la bienveillessence, alors que tu affirmes être une Célestellienne ! Ca doit être ça le problème !"
Elle rejoignit Daisy dare-dare et s'arrêta à un cheveux de son visage.
"Je veux dire..., développa la conductrice de l'Orion Express, c'est un peu gonflé de vouloir me faire croire que les Célestelliens peuvent perdre leurs ailes et leur auréole, hein ?"
Stella, tu commences vraiment à m'agacer, avec cette question. Je sais encore ce que je suis, tout de même !
"Bon, écoute bien, répliqua la jeune Gardienne, qui commençait à perdre patience. Je ne sais pas pourquoi l'Orion Express ne fonctionne pas, je ne sais pas comment j'ai pu me retrouver dépossédée de ses ailes et de mon auréole, je ne sais même pas ce qui a causé ma chute, exactement ! Mais je suis certaine d'être une Célestellienne, quand même !
-Hé, pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! protesta Stella. Je disais juste ça comme ça !"
Un sourire amusé, mais pas méchant, flottait sur ses lèvres. Daisy lui rendit son sourire et s'appliqua à se calmer.
"Enfin bref, assez rigolé, trancha la fée en jetant un coup d'œil au tableau de bord qui ne présentait pas la plus petite réaction. Le Tout-Puissant ne sera pas content si on se la coule douce alors qu'il y a du pain sur la planche.
-Tiens donc, tu connais personnellement le Tout-Puissant, toi ? s'étonna la Célestellienne.
-Bien sûr ! Je suis une immortelle, tu te souviens ? Ca inclut quelques traitements de faveur, même si ça implique de donner un coup de main en période de crise céleste, ou divine, ou tout ce que tu voudras d'autre."
A la grand surprise de sa compagne, la petite fée leva le visage vers le plafond et apostropha le Tout-Puissant avec très peu de manières :
"Ohééééé, Tout-Puissant ! Vous entendez ?
-Tu penses qu'il va te répondre ? s'enquit Daisy, tellement éberluée par la désinvolture et la familiarité de l'immortelle, qui semblait trouver très normal de s'adresser ainsi à leur dieu, qu'elle n'était pas loin de croire qu'une voix divine surgie de nulle part allait leur indiquer la marche à suivre."
Evidemment, personne ne leur répondit. Stella émit un sifflement agacé.
"Nom d'une météorite ! s'emporta-t-elle. On est en train de pédaler dans la choucroute ! Pourquoi vous ne nous donnez pas un coup de main ?"
Comme l'Eternel ne se manifestait toujours pas, la petite fée se perdit en conjectures, portant son pouce à ses lèvres et en se mordillant délicatement le gras du doigt, un tic nerveux qui paraîtrait ô combien familier à Daisy plus tard :
"C'est bizarre... Il est sûrement trop occupé pour nous prêter attention..."
Stella pivota de nouveau vers sa passagère, la faisant sursauter.
"Bon, très bien, Daisy, voici ce qu'on va faire, entama-t-elle sans détours. On va suivre la route jusqu'à Ablithia.
-En quoi cela va-t-il nous aider à faire décoller l'Orion Express ? l'interrompit son interlocutrice, perplexe.
-Attends, écoute jusqu'au bout ! Une fois là-bas, on aidera un max de monde pour récupérer un max de bienveillessence. Ca devrait ouvrir les yeux du Tout-Puissant."
Ca va prendre énormément de temps ! D'ici là, je n'ose imaginer quelles catastrophes peuvent encore tomber sur l'Observatoire. Et Ablithia est, paraît-il, une ville immense. Comment vais-je m'y prendre ?
Stella éclata soudain de rire.
"Ha ! La tête que tu fais ! s'exclama-t-elle. Tu ne m'as pas l'air très emballée par cette idée, pas vrai ? Eh bien, tant pis pour toi ! J'ai décidé qu'on ferait comme ça, alors en avant !"
Et, sans prendre garde aux protestations de la jeune Gardienne, elle la poussa dehors et verrouilla la porte de l'attelage céleste derrière elles.
Une fois qu'on avait passé le col, il fallait encore plus de trois heures de route pour rejoindre Ablithia. Daisy n'eut donc pas d'autre choix que de continuer cette activité peu familière pour son peuple qu'était la marche à pied. Au niveau du col, d'imposants rochers et d'épais troncs d'arbres découpés avaient été repoussés sur le côté et attendaient, du moins pour les rondins, d'être rapatriés à la ville pour servir de bois de chauffage. Quatre ou cinq bûcherons travaillaient à ça; ils saluèrent Daisy lorsqu'elle passa près d'eux et lui offrirent à boire, puis elle reprit sa route sans s'éterniser. Elle déboucha dans une vaste et immense vallée au sol tapis des premières fleurs printanières peu après. Au bout des trois heures prévues, elle fut enfin en vue de l'imposant mur de pierre qui encerclait cette ville fortifiée qu'était Ablithia. Cependant, il lui fallut bien trente-cinq minutes pour parvenir aux portes de la ville. Lorsqu'elle y entra, la jeune Célestellienne en resta complètement abasourdie. Logées à l'intérieur de l'imposant rempart, les innombrables maisons de pierres et de bois, aux toits jaunes, s'alignaient et s'étendaient à l'infini de chaque côté d'une large route pavée d'où partaient des dizaines d'autres, plus petites. Les rues grouillaient de gens de tous les âges, toutes les vocations et toutes les origines, et le brouhaha qu'ils produisaient était assourdissant.
Incroyable ! C'est encore plus gigantesque que tout ce que j'aurais pu imaginer !
"Ah ah ! se moqua Stella à son oreille. Si tu voyais la tête que tu fais ! Alors, Ermite, ça te fait quoi de sortir enfin de ton village de montagne ?
-Rhoo, ça va, toi, répliqua Daisy avec un geste agacé de la main. Ca n'est tout de même pas de ma faute si on m'a attribué la Garde de Chérubelle."
A gauche, tout de suite après avoir passé la porte de la ville, se dressait un imposant bâtiment à deux étages, le seul à posséder un toit de tuiles rouges, et sur la façade duquel se détachait l'inscription "Auberge".
Est-ce là l'établissement dont parlait Tulipe ?
Justement, la jeune femme en question et sa nouvelle recrue avaient marqué une pause devant la porte de l'auberge. En s'approchant, Daisy put entendre leur conversation :
"Alors, Bérangère, qu'est-ce qui se passe ? s'inquiétait la propriétaire de l'établissement. Tu n'as pas le trac, quand même, mon chou ?
-J'ai bien peur que si, avoua Bérangère d'une voix découragée en se tordant les mains. Comment une fille de mon âge pourrait-elle du jour au lendemain reprendre une auberge de cette taille ? C'est la question que tout le monde doit être en train de se poser...
-Tu as sûrement raison, admit Tulipe. Mais j'ai confiance en mon instinct et tu devrais t'y fier toi aussi ! Je sais que tu en es capable. Honnêtement, arrête de t'inquiéter.
-Si tu le dis...
-Bon, embraya la jeune femme pour ne pas la laisser se décourager complètement, le moment est venu de te présenter à tes nouveaux collègues !"
Elle poussa résolument la porte de l'auberge et clama :
"Salut, tout le monde ! Je suis de retour ! Et je ramène un beau et grand rayon d'espoir avec moi !"
Bérangère soupira et lui emboîta le pas. Lorsque la porte se fut refermée derrière elles, Stella s'exclama :
"On va bien rigoler ! Viens, rejoignons-les à l'intérieur et voyons comment Bérangère s'en sort !"
Les deux êtres divins poussèrent à leur tour la porte de l'établissement. La salle, plongée dans une semi-pénombre à cause des volets à demi fermés, était très large et très spacieuse. A cause de l'obscurité, Daisy n'apercevait que quelques tables de bois, celles les plus près de la porte, aux chaises renversées posées sur le plateau massif. A sa gauche, elle aperçut un escalier qui s'enfonçait vers les ténèbres, interdit d'accès par un cordon rouge. A sa droite, un petit comptoir derrière lequel s'alignaient des dizaines et des dizaines de coffres-forts blindés. Des bougies à la lueur vacillante étaient posées sur les trois seules tables dont les sièges avaient conservé leur place au sol. Ceux-ci étaient occupés par huit personnes : quatre filles portant un tablier, trois hommes en habit rouge et une jeune femme vêtue d'une robe dorée au bas de la jupe, au col et aux manches noires, avec, par dessus, un tablier blanc noué à la taille par une bande de tissus bleu ciel. Cette femme avait des cheveux châtain clair noués en une queue-de-cheval qui lui dégageait le front et retenue par un ruban doré. Ses yeux, qui brillaient d'un éclat agacé, étaient gris pâle. Parmi tous les membres du personnel regroupés là, elle semblait la seule à avoir vraiment son mot à dire quand à la nouvelle venue, Bérangère.
"Honnêtement, Tulipe, qu'est-ce que tu crois ? s'indignait-elle. Que ce petit brin de femme va réussir à diriger une auberge comme celle-ci ? Tu veux nous donner le coup de grâce ?"
Le petit brin de femme en question avait les yeux piteusement rivés au sol et elle se tordait nerveusement les mains. Tulipe, en revanche, fidèle à son habitude, ne semblait pas perturbée par le scepticisme de sa collègue.
"Allez, Capucine, du calme, répliqua la jeune femme. Tu crois vraiment que j'aurais ramassé la première petite jeunette venue ? Bérangère ne paye pas de mine, mais tenir une auberge, elle a ça dans le sang, affirma-t-elle avec force. Elle nous remettra vite sur la bonne voie.
-Tu n'as pas dit la même chose sur moi quand tu m'as fait entrer ici ? railla Capucine. En plus, tu as dit que tu partais chercher "le seul homme capable de sauver cet endroit". Ne le prends pas mal, mais je n'ai pas l'impression d'avoir cet "homme" en face de moi."
Et elle tourna violemment le dos aux deux arrivantes. Devant cette indignation et cette colère, dues sans doute au fait qu'elle craignait de perdre son emploi plus que tout, Bérangère prit son courage à deux mains et releva la tête. Affrontant bravement les regards curieux ou sceptiques des serveurs, et la franche animosité de Capucine, elle intervint d'une voix forte :
"Laisse-moi au moins ma chance ! Tu ne verras jamais quelqu'un se donner autant de mal que moi. Et mon père m'a tout appris sur le métier d'aubergiste !"
Son interlocutrice pivota de nouveau face à elle.
"Ah, tu es une fille d'aubergiste ! Et tu es venue ici pour que ton papa soit fier de toi, c'est ça ? se moqua-t-elle. C'est très mignon, mais faire tourner une auberge, c'est plus difficile que de promettre de se donner du mal. Et tu peux dire tout ce que tu veux sur ce que ton père t'a appris, mais on ne sait même pas qui c'est, ton père."
A ces mots, Bérangère et Tulipe échangèrent un regard entendu.
"Le voilà ! s'exclama cette dernière. Le défi que nous attendions ! C'est le bon moment pour lui montrer, mon chou !
-Mm... Lui montrer quoi ? Oh, ça ?"
La jeune fille aux cheveux lavande ouvrit son sac -où s'entassaient les quelques effets qu'elle avait emporté de Chérubelle- et en exhiba triomphalement le trophée de son père, qui scintillait de mille feux, même dans la pénombre. Les serveurs et serveuses en restèrent bouche bée. Capucine, complètement ébahie, bondit de sa chaise.
"Attends ! s'étouffa-t-elle. Ce trophée, c'est...
-Mais oui ! confirma Tulipe, amusée, un petit sourire triomphant au coin des lèvres. Le Hautberge d'Aubergistissime ! Décerné par notre bien-aimé roi Marthus en personne ! Voilà qui doit te donner une idée du talent de son père. Et sa fille n'est pas moins douée pour le métier !"
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tout le personnel admiratif se retrouva à plat ventre par terre. Daisy et Stella échangèrent un regard dubitatif.
"La fille de l'Aubergistissime ! s'écria Capucine, le nez sur les dalles du sol. Je n'en crois pas mes yeux !
-Bon, ça va, lança Bérangère en secouant la tête. Pas la peine de faire des courbettes, non plus."
Une fois que tous eurent repris une posture un peu plus digne, la Célestellienne décida de les mettre au courant de sa présence. Elle s'avança vers ses deux amies, sous le regard intrigué du personnel de l'auberge.
"Oh, Daisy ! s'exclama Bérangère, à la fois surprise et ravie. Tu nous rends visite, comme tu l'avais promis ! Et tu n'as pas attendu longtemps !"
En même temps, je n'ai pas eu à repasser par "mon village", comme tu as l'air de le penser. Et puis, une certaine fée de ma connaissance ne m'a pas exactement laissé le choix.
"Eh bien... Je me suis dit que je pouvais passer voir comment tu te débrouillais sans attendre, mentit la jeune Gardienne.
-Malheureusement, nous venons nous-mêmes d'arriver, s'excusa son amie. Nous ne sommes pas encore prêtes à accueillir des clients.
-Hé, relaxe, chérie, intervint Tulipe. Je suis sûre que Daisy ne compte pas rester longtemps.
-Ma foi, ça ne va pas vraiment dépendre de moi, avoua l'intéressée.
-Ah bon ? Attends voir... Je parie que tu t'inquiètes pour Bérangère et que tu veux voir comment elle se débrouille, le temps qu'elle prenne ses marques et s'habitue à son travail ici, n'est-ce pas ?
-Heu... oui, c'est ça.
-Et tu adores aider les autres, poursuivit Tulipe, mais tu ne sais pas comment t'y prendre dans une auberge. Je me trompe ?
-Eh bien... Non.
-Bon, eh bien... Si je te disais qu'il y a quelque chose que tu peux faire pour nous aider..."
Elle semblait avoir réfléchi à cette idée dès qu'elle avait vu la Célestellienne franchir la porte de son auberge. Bérangère, en revanche, ne semblait pas sur la même voie qu'elle.
"Euh... Tulipe, qu'est-ce que tu racontes ? intervint la jeune fille aux cheveux lavande.
-Eh bien, d'après ce que j'ai vu, Daisy a le chic pour rencontrer toutes sortes de gens par hasard, expliqua sa nouvelle collègue."
Tulipe, tu n'imagines même pas la variété de gens que je rencontre au gré de mes errances.
"Si elle acceptait de nous attirer un peu de clientèle, je parie que l'auberge serait pleine en un rien de temps !
-Tulipe ! On ne peut pas demander à Daisy de faire ça ! s'indigna Bérangère avant même de laisser le temps à l'intéressée de donner sa réponse. Elle n'a rien à voir avec cette auberge !
-Hé, mais donner aux autres l'envie de vous aider est un don, mon chou, répliqua Tulipe. Tu devrais te féliciter de le posséder. Si Daisy n'a rien à faire et a envie de donner un coup de main, ne l'en dissuade pas ! Son aide nous sera utile."
Tulipe devait avoir marqué des points car sa nouvelle collègue ne protesta plus. Au contraire, elle finit par admettre que la jeune femme avait sans doute raison. Elle s'enquit ensuite auprès de la jeune Gardienne :
"Tu penses pouvoir nous donner un coup de main, Daisy ?
-Evidemment ! s'exclama la Célestellienne. Ca me ferait plaisir de vous aider un peu. Et puis, Tulipe a au moins raison sur deux points : en ce moment, je n'ai pas grand chose à faire, et j'aime bien rendre service aux gens.
-Merci, Daisy ! Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir ! En fait, j'ai déjà remarqué que tu attirais beaucoup l'attention des gens.
-Heu... vraiment ?
-Oui ! Je t'assure que tu possèdes un charisme incroyable !"
La Célestellienne jeta un coup d'œil vers le personnel de l'auberge. Capucine et la plupart des serveurs ne la quittaient pas des yeux, l'air étrangement captivés.
Je suppose que c'est dû à mon aura de Célestellienne.
"Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas prêtes à ouvrir tout de suite, l'informa Tulipe. Daisy, si tu allais visiter un peu la ville ? Tu as vraiment la tête de quelqu'un qui débarque, mon chou.
-Mmh... Oui, c'est une bonne idée."
Tout-Puissant, j'ai vraiment un air si perdu que ça ?
Deux des serveurs s'étaient éclipsés dans une petite pièce située dans le fond de l'auberge, d'où ils ressortirent bientôt en portant des sceaux d'eau et des serpillères. Une serveuse ouvrait les volets un à un, une autre soufflait les bougies et le reste de leurs collègues descendait les chaises des tables et les remettait correctement par terre. Capucine vint s'entretenir avec Tulipe et Bérangère. Daisy les laissa donc et sortit en même temps qu'un serveur qui allait remplir ses sceaux au puits installé juste en face de l'auberge. Il était prêt de cinq heures et demi du soir.
Jamais Daisy n'avait vu autant de monde de toute sa vie. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, des jeunes gens, se pressaient dans les rues de la ville en un flot coloré et bruissant de vie et de bruits. La jeune Gardienne ne s'aventura guère dans les petites rues perpendiculaires à la voie principale, le temps de s'habituer à la présence de tant de monde autour d'elle. Stella, infatigable petite boule d'énergie, évoluait dans les airs loin au dessus de la foule et sa compagne la perdait souvent de vue. La Célestellienne blonde avait remarqué qu'en cette fin d'après-midi, la plupart des gens se dirigeaient vers un grand lac situé dans une cuvette en contrebas, directement à main droite quand on entrait à Ablithia. Ce coin de nature à l'intérieur des murailles semblait le lieu de prédilection des mortels pour se dégourdir un peu les jambes. Il était vrai qu'ils étaient davantage en sécurité ici qu'à l'extérieur, où rodaient les monstres. Alors qu'elle remontait la rue principale, Daisy remarqua deux soldats en faction sur le bas-côté, la lance à la main et le regard attentif. Elle en avait croisé un autre qui montait la garde à l'entrée de la ville. Intriguée, elle s'approcha pour saisir des bribes de conversation.
"Nous n'avons vraiment pas de chance, se lamentait l'un.
-C'est certain, acquiesçait l'autre. Moi qui croyais que, après avoir déblayé le col menant à Chérubelle, nous n'aurions enfin plus de problèmes majeurs à affronter...
-Excusez-moi ? les interpela Daisy. Que voulez-vous dire par "problème majeur", exactement ? La ville rencontrerait-elle quelques difficultés ?"
Les deux hommes contemplèrent la petite troubadour avec curiosité.
"Tu n'es sûrement pas d'ici, toi, devina le premier d'entre eux. Sinon, tu serais au courant.
-Si tu veux savoir ce qui se passe, tu n'as qu'à lire le panneau juste derrière toi, l'informa son compagnon."
"Un panneau ? Où ça ?
-Juste ici !"
Sortie de nulle part, Stella jaillit derrière sa compagne et la poussa énergiquement à travers la foule assemblée jusqu'à un large panneau de bois. Une énorme affiche prenait la plupart de l'espace. Daisy y lut ces mots :
Un mystérieux chevalier portant une armure noire terrorise notre ville. Que quiconque étant assez brave pour le défier se présente au château.
Roi Marthus d'Ablithia
"Voilà qui devrait nous permettre d'amasser plus de bienveillessence qu'en aidant tes amies à attirer de la clientèle dans leur auberge, remarqua Stella. Tu devrais faire un tour au château, pour connaître les tenants et les aboutissants de cette requête.
-C'est bien ce que j'ai l'intention de faire, la rassura Daisy. En plus, j'ai comme l'impression d'être la seule Célestellienne présente au Protectorat. Si Tucano et Cygne ne sont pas là pour protéger la ville, il faut bien que quelqu'un s'en occupe à leur place.
-Qui sont Tucano et Cygne ? Tes copains célestelliens ?
-Pas des copains, non. Ce sont les Gardiens d'Ablithia."
Au fur et à mesure qu'elle approchait du château, la foule se faisait plus dense et plus compacte. La situation ne fit qu'empirer lorsqu'elle dut traverser le marché -innombrables étals en bois dressés de chaque côté de la rue principale, collés les uns aux autres et présentant toutes sortes de marchandises, armes, vêtements, objets, équipement, nourriture, babioles, jouets...-. Les gens qui s'arrêtaient devant les étals pour faire des achats gênaient la circulation et la ralentissaient. La Célestellienne, grâce à sa petite taille et sa silhouette fluette, n'eut pas trop de mal à contourner les gêneurs et à se faufiler dans la foule. Plusieurs fois, il lui sembla entendre son nom, crié loin derrière elle, mais lorsqu'elle se retourna, elle ne vit personne de sa connaissance. La foule la poussait et la ballotait tant et si bien qu'elle n'eut pas d'autre choix que de se retourner et de continuer à avancer. Heureusement, les gens se dispersaient à la sortie du marché et les passants de raréfièrent singulièrement. Lorsque Daisy parvint devant le château, il n'y avait plus personne autour d'elle.
L'imposant édifice était construit de solides pierres gris pâle non dépourvues d'élégance. Il avait été érigé au milieu d'un lac immense et en prenait presque toute sa superficie, avec ses innombrables chemins de ronde, balcons, étendues herbeuses, tours et tourelles élégantes coiffées de briques rouges. Un pont reliait la grande porte de bois à double battants à la route principale, et son accès était défendu par deux soldats en armure portant des lances aiguisées et à l'œil attentif. S'ils faisaient grande impression, ils n'étaient ni grossiers ni rudes, et c'est avec une grande politesse que l'un deux ordonna à Daisy :
"Indiquez la raison de votre présence, voyageuse. Je ne peux pas vous laisser entrer au château sans raison valable. Désolé, c'est le règlement.
-J'ai lu le panneau situé au centre-ville, lui expliqua la Célestellienne, et je...
-Oh, c'est l'annonce concernant l'élimination du chevalier noir qui vous amène ? la coupa le garde avec espoir.
-Oui, c'est cela même, lui confirma-t-elle, un peu étonnée par ce regain d'intérêt.
-Dans ce cas, vous feriez mieux d'entrer dans le château, si vous voulez en savoir plus. Je vous en prie, téméraire voyageuse, entrez !"
Et les deux hommes s'écartèrent pour la laisser passer. Si le château était véritablement immense, il ne pouvait en rien rivaliser avec l'Observatoire et c'est donc sans émotion particulière que Daisy en arpenta les couloirs. Le sol était couvert de briquettes rouges pour les couloirs et de marbre blanc pour les pièces. Les murs immaculés étaient décorés d'arabesques d'or figurant des colonnes antiques, du blason de la famille royale -or sur fond rouge- et de toiles de maître. De larges parterres de petites fleurs blanches recouvraient le sol par endroit. Dans une pièce exigüe, Daisy tomba sur des rangées et des rangées de lits de camp tous occupés et dans lesquels gisaient des soldats blessés. Toute une troupe de servantes s'activait à leur chevet. L'une d'entre elles, apercevant la voyageuse, s'empressa de la rediriger vers la salle du trône, où siégeait le roi, auteur de l'affiche du centre-ville, à laquelle on accédait par l'escalier qui faisait face à l'entrée. La Célestellienne suivit ses instructions et gravit les marches sous l'œil curieux des gardes postés de chaque côté.
Un large et long tapis rouge rebrodé d'or traversait toute une immense salle pour s'arrêter au pied de deux trônes imposants. L'un d'entre eux, celui de gauche, était vide, mais un homme à l'embonpoint confortable se tenait debout devant celui de droite. Il était enveloppé dans un ample manteau de velours vert sombre et serré à la taille -ou plutôt, en dessous du ventre- par une ceinture de cuir à boucle d'or. Une cape rouge retenue par une massive broche en or complétait sa tenue. Ses épais cheveux étaient d'un blond pâle, ainsi que sa moustache, sa courte barbe et ses épais sourcils, qui donnaient une expression sévère à ses yeux noirs de jais. Enfin, une imposante couronne arrondie rouge et or était posée sur sa tête. Le roi Marthus -car c'était forcément lui- se trouvait en compagnie d'une charmante jeune femme à la silhouette gracieuse et élancée. Comme elle était de dos, Daisy ne vit d'elle que sa robe de soie de plusieurs nuances de bleu, ses très épais cheveux châtain clair noués en une très longue queue-de-cheval qui allait du haut de sa tête jusqu'à ses pieds et son petit diadème d'or. Ces deux royaux personnages étaient en pleine conversation et ne se rendirent pas tout de suite compte de la présence de la Célestellienne.
"Elise ! grondait le souverain. Combien de fois dois-je te le répéter ? Tu n'iras pas le retrouver !
-Et combien de fois dois-je vous le répéter, Père ? répliqua la jeune femme sans pouvoir masquer son ton suppliant. Le chevalier Karbon revient sans cesse en ville parce qu'il me cherche ! Vous ne comprenez donc pas ? Si je le rejoins, la paix reviendra à Ablithia et la vie pourra reprendre normalement.
-Ne sois pas ridicule, Elise ! Est-ce que j'ai l'air d'un homme qui donnerait sa fille à ce maudit chevalier ?
-Mais, Père... ! s'écria la princesse."
C'est à ce moment que son père s'aperçut de la présence de Daisy, qui avait fini par avancer vers eux. Au regard décontenancé et un peu gêné -une étrangère avait surpris une conversation qu'il croyait privée- qu'il lança derrière elle, Elise se retourna. Elle avait véritablement un visage de poupée : peau rose et lisse, sourcils parfaitement dessinés et yeux gris-vert. Le roi prit place dans son trône et ordonna sèchement à sa fille :
"Ca suffit ! Nous avons de la visite. Je ne veux plus t'entendre ! Vous, là... Approchez un peu !"
De prime abord, cet homme ne m'a pas l'air bien aimable. Je me demande si je suis censée m'incliner devant lui ou quelque chose comme ça...
Oh, et puis après tout, il n'y a pas de raison que je le fasse. Il n'est ni mon chef, ni mon Maître.
La Célestellienne s'approcha donc du trône et attendit. Le monarque commença par se présenter, même si c'était superflu :
"Je suis le roi Marthus, seigneur de ce château et souverain d'Ablithia. Êtes-vous venue ici parce que vous avez lu le panneau qui se trouve en ville ? poursuivit-il immédiatement sans même prendre la peine de demander son nom à sa visiteuse.
-Oui, c'est bien l'annonce que vous avez faite qui m'amène, répondit Daisy.
-Vraiment ? s'exclama le souverain avec le même regain d'intérêt que ses gardes à l'entrée. Alors vous allez nous aider à vaincre ce chevalier maléfique ?"
La jeune Célestellienne acquiesça de nouveau. Le roi ouvrit de grands yeux. Il ne semblait pas en revenir.
"Tournebidouille ! Vous entendez mener cette mission et affronter le chevalier Karbon ? Dites-moi votre nom, mon amie ! la pria-t-il avec chaleur.
-Je m'appelle Daisy, répondit la Gardienne de Chérubelle.
-Daisy ? répéta le roi. Eh bien, Daisy, écoutez bien ce que je vais vous dire. Vous devez savoir que j'ai de bonnes raisons de demander à une étrangère de me débarrasser de ce chevalier de malheur."
Il indiqua d'un geste la jeune femme debout à son côté et qui ne pipait mot.
"Ce malandrin, poursuivit-il, s'est infiltré dans mon château dans le seul but d'enlever ma fille ! Il a eu le culot de demander qu'on la lui amène au lac d'Ablithia à un jour et à une heure précis !
-Le lac d'Ablithia ? l'interrompit Daisy. Celui là même qui se trouve à l'entrée de la ville, sur la droite ?
-Non point. Je parle d'un autre lac, qui se situe en dehors des murailles, à une dizaine de minutes de marche d'ici. Quoi qu'il en soit, je suis certain que cette demande impertinente est un piège. Selon moi, il veut que j'envoie des troupes escorter ma fille au lac. Le château sera alors à sa merci et il attaquera !
-Est-ce lui qui a mit la plupart de vos gardes hors d'état de se battre ? s'enquit la jeune Célestellienne.
-Exactement ! Vous avez vu de quoi cette brute est capable !"
Mmm... Dans ce cas, son hypothèse ne tient pas debout. Pourquoi diantre ce chevalier aurait-il pris la peine de battre en retraite et de mettre en place un stratagème pareil si sa victoire était assurée ? Serait-ce les quelques gardes encore en état de se battre qui l'auraient mis en déroute ?
"C'est pour cette raison que je voulais faire appel à quelqu'un de capable dans votre genre, conclut le roi."
La princesse, ne pouvant en écouter davantage, se décida à intervenir :
"Mais Père ! Vous ne pouvez pas proposer une mission de cette ampleur à la première personne qui se présente !"
Hein ? Oh, si, il peut ! Parce que ça m'arrange énormément !
"Ca suffit ! la tança le monarque. Je ne laisserai pas ce ruffian faire sans rien dire !
-Je trouve ça triste, Père, souffla Elise d'une voix mêlant colère et désespoir. Très triste que vous ne teniez aucun compte de ce que je pense."
Elle fit volte-face et s'enfuit en courant. Son père parut gêné par son comportement, qui le mettait dans l'embarras devant une étrangère. Il s'excusa donc à l'intention de Daisy :
"Je suis désolé. Ma fille est assez têtue et elle est persuadée que la seule solution est de le rencontrer. Ceci dit, Daisy, j'aimerais que vous alliez au lac d'Ablithia pour vous assurer qu'il ne prépare pas un mauvais coup.
-Comment s'y rend-on ? se renseigna la jeune Gardienne.
-En traversant le pont situé au nord de la ville et en continuant toujours plein nord, vous y serez assez vite, lui indiqua son interlocuteur. N'hésitez pas à lui donner une bonne leçon si vous le trouvez, d'accord ? Faites mordre la poussière à ce malotru !
-Quel jour et à quelle heure a-t-il exigé que vous lui ameniez votre fille ?
-Demain, à cinq heures de l'après-midi. Je désespérais qu'une courageuse guerrière comme vous vienne nous proposer son aide. Bien entendu, une belle récompense vous attendra à votre retour. Je place tous mes espoirs en vous, Daisy !
-Je ferai tout mon possible."
La seule récompense que j'attends, vous ne serez pas en mesure de me la donner. Ou plutôt, vous en aurez pas conscience.
Elle s'apprêtait à quitter les lieux lorsque le roi la rappela :
"Vous voyagez seule, jeune fille ?
-Oui, répondit Daisy en jetant un coup d'œil à Stella, qui voletait partout dans la salle du trône depuis le début de sa conversation avec le roi.
-C'est très dangereux, la mit-il en garde. Vous devriez peut être vous rendre au Havre des Aventuriers. Il y a là-bas une jeune femme, Tulipe, qui peut vous mettre en relation avec toutes sortes de voyageurs comme vous. Cela vous faciliterait la tâche pour éliminer le chevalier Karbon.
-Oh, eh bien, j'irai peut être y faire un tour, alors, assura évasivement la jeune Célestellienne."
Il faut que j'implique le moins de mortels possible dans toute cette histoire. Avoir des coéquipiers pourrait se révéler problématique lorsque je devrai quitter le Protectorat.
Stella revint voleter près de Daisy dès que celle-ci eut quitté le château.
"Tout le monde en veut à ce chevalier Karbon, remarqua la fée. Ce serait peut être le moment de faire une bonne action. Le Tout-Puissant apprécierait sûrement que ces gens nous soient reconnaissants et que nous recueillions plein de bienveillessence.
-Je ne vois toujours pas ce que le Tout-Puissant vient faire là-dedans, répliqua la Célestellienne, mais si tu penses qu'on a besoin de bienveillessence pour remettre l'Orion Express en marche, alors j'ai bien fait d'accepter la mission que le roi Marthus m'a confiée.
-Tout semble se mettre en place ! s'enthousiasma sa compagne. Demain, nous remettrons le chevalier Karbon à sa place !"
Et elle réintégra le corps de Daisy. Dehors, la nuit avait commencé à tomber, bien que l'obscurité ne fut pas totale, et les rues étaient pratiquement désertes. La jeune Gardienne longeait une rangée de maisons particulièrement éclairées lorsqu'elle entendit qu'on l'appelait :
"Daisy ! Hé, Daisy ! Te revoici enfin !"
Je connais cette voix... !
Elle se retourna, stupéfaite. Un jeune garçon, sensiblement de son âge, plus grand qu'elle, et plus large d'épaule, brun d'yeux et de cheveux, accourait vers elle depuis une rue perpendiculaire. Tout ce qu'il manquait à ce garçon, c'étaient son auréole et ses ailes. Daisy n'en revenait pas.
"Bram ?! s'exclama-t-elle. Bram, c'est vraiment toi !"
