[Oui, je sais, je publie des chapitres peu longs en prenant beaucoup de temps. C'est condamnable; je m'en excuse. Oh, merci beaucoup de vos commentaires, au fait, ça me fait toujours autant plaisir ^-^ Kira : Bram et Daisy ne resteront pas que tous les deux, ils rencontreront des compagnons plus loin dans l'histoire. Je suis heureuse que vous ayez toutes apprécié le chapitre précédent :D]
Il est important de préciser que jamais ni Bram, si Daisy n'avaient affronté d'ennemis à cheval. Aussi, ils ne surent pas le moins du monde comment s'y prendre durant les premières minutes de leur combat contre le chevalier Karbon. Si le premier avait toujours la possibilité d'atteindre le mort-vivant avec la pointe de sa lance, en s'approchant très près, la seconde ne pouvait absolument pas tenter quelque offensive que ce soit avec sa rapière.
Tout-Puissant ! Comment suis-je supposée causer le moindre dommage à ce chevalier, alors que même sa monture est plus grande que moi !
Elle conclut très vite qu'elle ne pouvait pas, et se retira, non sans un sentiment de lâcheté qui lui déplut, à l'arrière. De cette position en retrait, elle pouvait néanmoins affaiblir leur ennemi grâce aux sorts offensifs qu'elle connaissait, Glace et Tornade. Et comme ses sortilèges causaient plus de dégâts au chevalier Karbon que les coups de lance de Bram, ce fut naturellement elle qui devint sa cible privilégiée. Contournant le novice Célestellien, le mort-vivant cavala en direction de la jeune Gardienne, lance en avant. Le choc fut si violent que Daisy se retrouva projetée en arrière et atterrit durement sur le dos, le souffle coupé. Pressé d'en finir, son adversaire fit se cabrer sa monture et plongea de nouveau son arme vers la jeune Célestellienne à terre, sans tenter de donner de la précision à son coup. Alors que la lance allait lui transpercer les genoux, Daisy écarta instinctivement les jambes, et la pointe métallique s'enfonça dans la terre. Elle s'empressa de reculer en s'appuyant sur les coudes, le coeur battant.
... J'ai bien failli y passer, cette fois. Quel adversaire terrifiant !
Un cri rageur se fit entendre tandis que le chevalier s'échinait toujours à essayer de retirer son arme profondément enfoncée dans la terre. Bram jaillit derrière leur ennemi, et faisant un saut incroyable, lui asséna un puissant coup de lance.
Coup critique !
Daisy se remit debout sur ses jambes flageolantes. Le temps d'une inspiration, elle lança plusieurs sorts Glace à la suite dans l'espoir d'en finir le plus vite possible avec ce chevalier. Mais ce dernier n'avait visiblement pas l'intention de se laisser faire : d'une puissante secousse, il arracha sa lance à l'emprise de la terre dure, et se soigna aussitôt d'un sort Premier Secours. Daisy poussa un soupir découragé et Bram, un grognement de mécontentement.
"Daisy ! cria-t-il. Nous devons en finir avec lui le plus vite possible, avant qu'il ait la possibilité de se soigner !
-Je sais bien ! répliqua-t-elle. Mais il va falloir... Attention !"
En effet, le chevalier opéra un volte-face et projeta sa lance sur le novice célestellien. L'arme crépitait étrangement, comme emplie d'électricité, et sa cible se retrouva aussitôt électrocutée -en plus de recevoir un choc physique. Bram s'effondra sur le sol, le corps parcouru d'étincelles et d'inquiétants filets de fumée s'échappant de ses vêtements. Sa compagne, heureusement pour lui, avait un peu retrouvé de sa réactivité et se dépêcha de le soigner avec son Premier Secours. Bram recouvra ses esprits juste au moment où le chevalier Karbon allait lui asséner un ultime coup de lance, et il s'empressa de s'abriter derrière son bouclier de cuir. L'arme le transperça de part en part en la pointe ne s'arrêta qu'à quelques millimètres du ventre de Bram. Ce dernier décida alors de passer à l'action, las du combat qui s'éternisait -heureusement que son manque de patience le boostait quand il fallait. Il agrippa fermement les bords du bouclier à deux mains, et, avec une force physique que Daisy ne lui avait jamais vue, il jeta l'accessoire au loin, arrachant du même coup la lance des mains de son propriétaire. Celui-ci parut complètement éberlué -pour autant qu'un zombie puisse paraître éberlué- et eut quelques instants d'hésitation sur la marche à suivre. Bram en profita pour se relever d'un bond et raffermir sa prise sur son arme. Mus par la même idée, lui et sa semblable n'eurent besoin que d'un seul échange de regards pour coordonner leur assaut final : Daisy franchit la distance qui la séparait de son compagnon en quelques pas, puis plia les genoux et noua ses mains devant elle, paumes vers le haut. Bram prit appui sur ses mains et elle le projeta vers le chevalier, auquel il asséna un violent coup de lance, le faisant choir de sa monture. Le mort-vivant s'écrasa par terre et toute lueur belliqueuse déserta ses orbites mortes. Il se releva lentement, l'air soudain très fatigué d'un seul coup. Les deux Célestelliens continuèrent de le fixer avec méfiance. Mais leur ancien adversaire ne semblait plus disposé à se battre.
"Je ne comprends pas, se lamenta-t-il. Pourquoi la princesse vous a-t-elle envoyés à sa place ? Pourquoi ma bien-aimée Lise m'a-t-elle oublié ? Notre promesse ne veut-elle plus rien dire pour elle ?"
Les paroles du chevalier interpelèrent Daisy.
Lise ? Soit ma mémoire me fait défaut, soit j'ai mal entendu, mais il me semblait que la princesse d'Ablithia se nommait Élise.
Comme un écho à ses pensée, Stella, qui s'était montrée dès la bataille terminée, s'enquit :
"Tu comprends ce qu'il raconte, Daisy ?
-Pas vraiment, admit son amie. Je me demande surtout...
-... qui est cette Lise, devina le fée. Oui, moi aussi. La princesse d'Ablithia s'appelle Élise, non ?Pas Lise.
-C'est bien ce qu'il me semblait, à moi aussi. Et toi, Bram ?
-Oui, tout à fait. La fille du roi Marthus s'appelle Élise, et non pas Lise.
-Si vous voulez mon avis, conclut Stella avec son tact habituel, ce chevalier a les fils qui se touchent."
Surprise par cette expression inconnue, Daisy faillit se mettre à rire, mais la réaction de leur ancien ennemi la ramené au sérieux.
"C... C'est vrai ? balbutia-t-il en se redressant."
Les deux Célestelliens reportèrent leur attention sur lui, tandis que la fée poussait un cri de surprise et filait se cacher derrière Daisy.
"Dites-moi la vérité, les pria le chevalier Karbon sans prendre garde à Stella. Est-il vrai que la demoiselle du château n'est pas la princesse Lise ?"
Même si elle se sentait mal pour ce mort-vivant qui, maintenant qu'il n'essayait plus de les embrocher sur sa lance, lui paraissait fort sympathique, Daisy se trouva contrainte de confirmer.
"Pauvre de moi ! gémit-il. Ce n'est donc pas ma princesse ! Maintenant que vous le dites, c'est vrai qu'elle ne portait pas le collier royal de Mortepeine... "
Mortepeine ? C'est quoi, ça ? Une ville ?
Daisy lança un regard interrogateur à Bram, mais celui-ci se contenta de hausser les épaules. Ce nom ne lui disait rien non plus. Le chevalier Karbon se tourna vers le lac et fixa longuement les eaux limpides, comme plongé dans ses pensées. Ne pouvant l'abandonner là après ce qu'il venait d'apprendre, les deux Célestelliens patientèrent.
"Je dormais très profondément..., se remémora-t-il enfin. Puis il y a eu le tremblement de terre. Je me suis réveillé dans ce pays étrange. C'est comme si j'avais été libéré d'une... prison. J'avais complètement perdu la mémoire... A tel point que je ne me souvenais même plus qui j'étais. En voyant cette princesse, tous mes souvenirs sont revenus. Ceux de Lise et moi."
J'aurais souhaité que cette princesse soit la vôtre.
"Je me suis souvenu, poursuivit le mort en se tournant de nouveau vers eux, que j'étais le chevalier Karbon. Je me suis rappelé que Lise était la princesse de mon pays, Mortepeine. La princesse Lise et moi nous étions juré un amour éternel et étions sur le point de nous marier."
Stella profita de cette pause dans son récit pour appuyer son menton sur l'épaule de Daisy et s'enquit :
"Il a donc confondu la princesse Élise et la princesse Lise ?
-Il semblerait que oui.
-Mazette ! siffla la fée. Elles doivent vraiment se ressembler comme deux gouttes d'eau !"
C'est vrai que c'est plutôt étrange.
"Mm... Il ne me reste plus qu'une chose à faire, décida le chevalier. Je dois retourner au château pour y présenter mes excuses.
-Oh oh, à ta place, j'essaierais de le faire changer d'avis, Daisy, objecta Stella. Ca ne ferait qu'aggraver la situation.
-Je n'ai pas très envie de l'admettre, mais elle a raison, intervint Bram. Le roi est particulièrement remonté contre lui, et les soldats qui n'ont pas été blessé se sont entrainés sans relâche pour être prêts à l'arrêter si d'aventure il pénètre de nouveau au château. Je doute que le monarque fera montre de suffisamment de sang-froid pour accepter ou ne serai-ce qu'écouter ses excuses.
-Aggraver la situation ? répéta le mort-vivant. Oui, soupira-t-il, j'ai bien peur que vous n'ayez raison.
-Toutefois, avança Daisy, nous pourrions peut-être leur transmettre le message de votre part ?
-Très volontiers, acquiesça le chevalier Karbon. Dites-leur, je vous prie, que je n'approcherai plus du château.
-Très bien, c'est entendu. Et maintenant, que comptez-vous faire ?
-Eh bien, je suis sûr que la véritable princesse Lise m'attend à Mortepeine. Il ne me reste plus désormais qu'à retrouver le chemin qui y mène."
Après les avoir salué, le chevalier Karbon enfourcha de nouveau sa monture et s'élança au galop dans la nuit. Les trois êtres divins le suivirent un moment des yeux, autant que ce fut possible, ne sachant pas trop quelle conduite adopter.
"S'il erre au hasard à la recherche de sa ville d'origine, il risque de mettre beaucoup de temps à la retrouver, finit par observer Bram.
-C'est certain, soupira sa semblable. De plus, le nom de cette ville ne me dit rien. Tu l'as déjà ouï quelque part, toi ?
-Non, jamais. Pourtant, je suis sûr que nous avons dû au moins une fois apprendre à localiser toutes les villes du Protectorat sur une carte."
Tout en parlant, ils se remirent en route vers Ablithia.
"Ne trouves-tu pas étrange, poursuivit Daisy, que les princesses Élise et Lise se ressemblent au point que ce chevalier en est venu à confondre sa bien-aimée avec une illustre inconnue ?
-Peut-être viennent-elles de la même famille ?
-Tu veux dire, comme des jumelles ?
-Non, non, je ne pense pas que le roi Marthus ait gardé une de ses filles auprès de lui et ait envoyé la seconde dans un royaume aussi lointain. Mais peut-être ont-elles un ancêtre commun."
La nuit étant déjà bien avancée, les deux Célestelliens résolurent de se coucher dès qu'ils rentrèrent au Havre des Aventuriers. Daisy monta dans la chambre que Bérangère lui louait, et Bram descendit au sous-sol avec les aventuriers fraîchement arrivés et qui souhaitaient intégrer une équipe.
Leur entrevue du lendemain avec le roi ne se passa pas très bien. Demandant à être reçus très tôt le matin, les deux Célestelliens entrèrent dans la salle du trône en même temps que Lise annonçait à ses parents :
"Mère, Père... J'ai décidé d'aller au rendez-vous du chevalier."
Oh, inutile de vous donner cette peine.
La mère de la princesse, la reine Geneviève, que Daisy n'avait jamais vue auparavant, éclata alors en sanglots :
"Oh, non, Élise, s'il te plaît ! gémit-elle.
-Inutile de pleurer, femme ! répliqua le roi. Je ne lui permettrai jamais de partir !"
Habitué sans doute aux larme de la mère et à l'entêtement de la fille, il se frotta les yeux et soupira :
"Ces deux-là ! Un jour, elles auront ma mort sur la conscience..."
L'arrivée de Daisy et Bram lui apporta visiblement une distraction plus que bienvenue. Son visage s'éclaira un peu et il s'exclama :
"Ah ! Voici Daisy ! J'attendais votre retour avec impatience ! Mais au fait, qui est ce jeune homme qui vous accompagne aujourd'hui ?"
Les deux Célestelliens s'approchèrent, et tandis que son compagnon se présentait et expliquait (en modifiant un peu) les raisons de son association avec Daisy, cette dernière en profita pour détailler la reine plus avant. Tout comme son époux, elle avait des cheveux blonds (c'était à se demander où Élise avait pu récupérer cette chevelure châtain), très épais et coupés très courts. Ses yeux sombres paraissaient emplis d'une grande gentillesse, mais exprimaient aussi une grande faiblesse d'esprit, traduite par ses fréquentes crises de sanglots. Elle portait une robe mauve à la jupe ornée de deux rayures dorées et au bas blanc. Ses gants de soie blanche remontaient jusqu'à ses coudes. Son cou était paré de bijoux et un petit diadème doré enserrait son front.
"Je suis content de vous revoir, Daisy, lui assura le roi, l'obligeant à se reconcentrer sur lui. Alors, qu'avez-vous à me dire sur ce chevalier Karbon ?
-Il semblerait, narra la jeune Gardienne aussi brièvement qu'elle le pût, que ce chevalier ait confondu votre fille avec une certaine Lise, sa fiancée et princesse d'un royaume lointain répondant au nom de Mortepeine. Il dit avoir été prisonnier d'un maléfice pendant... humm... une assez longue période de temps, et sa confusion à son réveil explique sa méprise.
-Mais, la coupa-t-il, vous êtes en train de me dire qu'il avait perdu la mémoire et pris Élise pour sa fiancée ?
-Eh bien... oui.
-Et je suppose qu'il a dit aussi qu'il retournait à Mortepeine et qu'il ne nous ennuierait plus ?
-Vous avez deviné.
-Et vous l'avez cru ?! s'emporta le souverain en se levant brusquement de son trône."
Cette explosion prit Daisy au dépourvu. Le chevalier Karbon lui avait semblé sincère et très courtois, contrairement à ce que tous semblaient penser.
"Ca m'a tout l'air d'être une belle carabistouille, martela le roi. On ne peut pas faire confiance à un sournois dans son genre !"
La Célestellienne réprima un grognement d'indignation.
Quelle obstination ! De quel droit s'acharne-t-il ainsi sur ce chevalier, alors qu'il ne le connaît même pas ? Est-ce donc si difficile pour lui d'admettre qu'il a eu tort en prétendant que cet... homme était le mal incarné ?
Sans le savoir, la princesse Élise fit écho à ce que Daisy pensait, bouillonnante d'indignation :
"Père ! protesta-t-elle. Pourquoi avez-vous une si mauvaise opinion de lui ? Que vous a-t-il fait ?
-Mpft, grogna le souverain en se rasseyant. Tout d'abord, je n'ai jamais entendu parler de Mortepeine. Ca prouve qu'il ment. "
Non, ça ne prouve rien.
"Comprenez-moi, Daisy, se justifia le roi. Je ne donne pas longtemps avant que cette canaille ne revienne chercher mon Élise. Si vous ne vous occupez pas sérieusement de lui, vous pouvez faire une croix sur votre récompense."
Qu'on la crût de ces gens qui rendent service uniquement pour l'appât du gain suscita une nouvelle bouffée de colère chez Daisy.
"Allons, calme un peu tes nerfs, lui conseilla Stella en se déportant près de son épaule. Qu'il nous paye ou pas, les habitants d'Ablithia déborderont quand même de reconnaissance quand on se sera débarrassées du chevalier Karbon."
Sa compagne se retint de lui répliquer que ce n'était pas l'idée de voir s'envoler une récompense qui faisait monter sa colère, et qu'il n'était pas question qu'elle se "débarrasse" du chevalier. Pendant ce temps, la princesse Élise s'exaspérait :
"Pourquoi ne voulez-vous pas croire son histoire, Père ? Imaginez que vous vous retrouviez seul et loin de chez vous.
-Ma petite fille... Je fais tout cela pour te protéger, essaya de se justifier le monarque d'une voix radoucie. Essaie de me comprendre."
A la surprise générale, la princesse se contenta de tourner les talons et de s'enfuir sans répondre.
"Élise ?! la rappela son père, surpris."
Comme elle ne faisait pas mine de revenir, le roi Marthus congédia les deux Célestelliens d'un geste.
"Allez, leur ordonna-t-il, je vous prie de partir à la poursuite de ce chevalier de malheur. Et acquittez-vous de votre engagement, cette fois !"
Daisy se détourna sans répondre. La reine Geneviève l'attrapa alors par la manche et lui glissa doucement :
"S'il vous plaît, pardonnez à mon époux pour sa dureté. C'est juste que... il aime tellement sa fille. S'il venait à la perdre..."
Elle étouffa de nouveaux ses sanglots dans son mouchoir. La Célestellienne, sans savoir quoi répondre, se retourna pour partir et aperçut Bram bifurquer à gauche au bout du couloir, puis se ranger près du mur pour ne pas être vu. Perplexe, elle le rejoignit. A sa grande surprise, la princesse Élise se tenait dissimulée près de lui.
"...dois vous parler, confiait-elle au novice célestellien. Je ne veux pas qu'on nous entende. Ma chambre est un peu plus loin, à l'est, derrière cette porte. Pouvez-vous m'y rejoindre ? C'est... C'est au sujet de Mortepeine."
Après que son interlocuteur eût acquiescé, la jeune femme s'éclipsa sans bruit et disparut derrière la porte qu'elle avait désigné plus tôt.
"Tu crois qu'elle sait des choses sur Mortepeine ? s'enquit Daisy.
-On dirait bien, admit son compagnon, même si je me demande d'où elle les tient, puisque son père le roi lui-même n'en a jamais entendu parler."
Tous deux se faufilèrent eux aussi par l'entrebâillement de la porte et débouchèrent sur un vaste espace dallé, comme une sorte de cour sur le toit même du château. Au détour d'un mur, ils avisèrent une imposante tourelle séparée en deux. Seule la pièce du bas était accessible depuis ce premier toit -sans doute la chambre de la princesse. En effet, lorsqu'ils poussèrent le battant, ils émergèrent dans une pièce ronde et spacieuse, couverte d'une moquette rouge cerise, aux murs ornés de motifs dorés délicats et richement meublée. D'imposantes armoires aux veines dorées prenaient tout un angle de la chambre, mais leur taille ne pouvait rivaliser avec le spacieux lit à baldaquin aux rideaux de velours rose qui prenait tout un mur de la pièce. Une petite table couverte d'une nappe en dentelle se trouvait près du lit, entourée de petits pliants. Enfin, au fond de la pièce, un paravent doré dissimulait sans doute la salle d'eau de la princesse. Cette dernière se tenait près d'une fenêtre, les mains jointes devant elle.
"Je suis désolée de vous avoir fait venir ici, entama-t-elle sans détour lorsqu'elle les vit, mais Père s'en serait mêlé s'il avait entendu.
-Oh, pas de problème, la tranquillisa Daisy. Vous souhaitiez nous entretenir au sujet de Mortepeine ?
-Tout à fait, confirma la princesse. Pour tout dire, j'ai déjà entendu parler de Mortepeine.
-Comment est-ce possible, intervint Bram, alors que même votre père ignore tout de cette ville ?
-En fait, ce nom revenait dans une comptine qu'une des servantes me chantait quand j'étais petite, expliqua la jeune femme. Peut-être cette chanson pourrait-elle nous donner un indice quand à la manière dont nous pourrions résoudre cette histoire !
-C'est possible, répondit Daisy. En tout cas, c'est la seule piste que nous ayons. Cette servante travaille-t-elle toujours au château ?
-Malheureusement non, soupira son interlocutrice. Elle est retournée dans son village natal, Le Plicata. C'est un petit village situé au nord d'Ablithia, à trois jours de marche.
-Enfin un nom connu, observa Bram, soulagé."
La princesse porta ses mains serrées à son coeur et affirma avec conviction :
"Le chevalier Karbon n'est pas le monstre que mon père imagine. Je le sais. Il a besoin d'aide, Daisy. Faites tout ce qui est en votre pouvoir.
-Bien sûr que nous le ferons. Cet... homme n'est pas une mauvaise personne; nous vous le confirmons. Mon ami et moi mettrons tout en œuvre pour lui venir en aide.
-Vous avez notre parole, ajouta Bram.
-Je vous remercie du fond du coeur, souffla la princesse, débordante de reconnaissance. Je prierai pour que le Tout-Puissant vous protège !".
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"Il semblerait que nous allons devoir quitter Ablithia pour quelques jours, observa l'apprenti d'Héphaïstos en se renversant sur sa chaise.
-Notre seul moyen d'aider le chevalier, c'est de nous rendre à Mortepeine, la ville dont il serait originaire. Et la seule façon de connaître la localisation de Mortepeine, c'est de nous rendre au Plicata, puisque notre seule source d'information potentielle s'y trouve, résuma Daisy. Plus je m'éloigne de Chérubelle, plus je me sens mal à l'aise, soupira-t-elle en se frottant les yeux du bout des doigts. Mais ce chevalier a besoin d'aide, et il faut absolument que l'on recueille de la bienveillessence pour faire démarrer l'Orion Express.
-Peut-être, hasarda son compagnon, qu'il retrouvera le chemin de cette ville tout seul ?
- Dans tous les cas, nous devons quand même nous y rendre. Cette ville mystérieuse m'intrigue.
-Oui, moi aussi. Nous devrions partir sans tarder.
-Partir ? répéta une voix féminine. Partir où ?"
Daisy et Bram sursautèrent, surpris. Bérangère, en slalomant habilement entre les tables et les clients, s'était rapprochée de leur table pour venir les saluer. Elle tira un siège vide et s'installa avec eux. Rapidement, son amie lui résuma avec joie la situation.
"Oh, tu veux donc partir à la recherche de cette ville, Daisy ? soupira-t-elle. Vous ne savez même pas où chercher. Ca risque d'être une aventure longue et périlleuse.
-Humm... comme la fois où je suis allée chercher Tulipe au fin fond de l'Hexatère ? s'enquit la jeune Gardienne avec un sourire."
Son amie rit un peu et la devança :
"Je sais ce que tu vas me dire. Que tu n'es pas en sucre, que tu as déjà vécu des choses tout autant dangereuses et que tu ne renonceras pas à aider ce chevalier. C'est bon, je n'essaierai pas de t'en dissuader. Laisse-moi juste vous préparer des vivres et de l'eau pour la route. Trois jours, c'est long !
-Oh, eh bien... merci, c'est gentil. J'admets que nous n'y aurions pas pensé sans toi.
-Ahahah, vraiment, Daisy, tu sembles à la fois si débrouillarde et si naïve ! la taquina Bérangère."
Son amie lui tira la langue tandis qu'elle s'éloignait, amusée. La jeune aubergiste eût tôt fait de leur préparer deux sacs à dos, dans lesquels elle glissa, de façon équivalente : une grosse gourde en métal de deux litres pleine, une couverture légère (heureusement que l'on était entré dans une période plus clémente de l'année), cinq pommes, une grande quantité de lamelles de viande séchée, un couteau, plusieurs tranches de pain, leurs sous-vêtements de rechange et des mouchoirs.
"Merci, Bérangère, la remercia chaleureusement Daisy. Tu es prêt, Bram ? Il est temps de nous mettre en route vers Le Plicata !".
[Je m'excuse si le contenu des sacs de Daisy et Bram n'est pas très crédible, mais je ne suis pas vraiment une experte en expéditions. Peut-être pourriez-vous me donner des idées de vivres et équipement à transporter pour leurs autres voyages ?]
