[J'ai l'impression de devoir dire quelque chose sur les évènements de vendredi... Alors, voici : qui que soit la personne qui lira ceci, que ce soient mes chères lectrices qui me soutiennent depuis un moment maintenant, ou n'importe qui d'autre en France, j'espère que vous allez bien, ainsi que vos proches !

J'ai bien peur qu'il ne se passe pas grand chose dans ce chapitre, charnière entre l'intrigue d'Ablithia et celle de Bacili, si ce n'est l'arrivée à la fin d'un nouveau membre dans l'équipe ! :3

Einalem : Merciiiii je suis contente que le combat t'ait plu ! Ainsi que mon idée de faire se chamailler Bram et Stella (je trouvais qu'ils étaient FAITS pour se disputer tout le temps, comme ça x3). Pour Harmonie, je n'ai malheureusement pas prévu de retour pour elle... Enfin, "malheureusement", ça dépend, car si tu te souviens bien, il y a un charmant jeune homme qui lui offre des pommes et chante pour elle, dans le jeu ! J'espère que tu ne seras pas déçue par ce chapitre où il ne se passe pas grand chose.

amuto67100 : Grandiose ? C'est vrai ? Wahou merci ! Ce compliment me va droit au coeur ! Je ne pensais pas que tu trouverais le combat tellement génial; ça me semblait juste normal de faire plus qu'une succession d'attaques. Ensuite, non, Harmonie n'est pas une Célestellienne dans le jeu, mais j'avais envie de rajouter ça, pour que plus de Célestelliens aient un rôle dans l'histoire. Ahaha désolée de rappeler tout le temps qu'il n'y a pas de Aquila x Daisy ^^; Mais moi aussi, j'adore leur relation maître-apprentie !

Voilà, bonne lecture et rendez-vous au chapitre suivant !]

"Bram... Je pense que... nous devrions... utiliser... une aile de... chimère... maintenant... ! Ces chaos me... donnent vraiment... mal aux fesses !"

Montés l'un derrière l'autre sur le dos de l'ancienne monture du chevalier Keurbon, Bram et Daisy galopaient depuis environ une petite heure en direction d'Ablithia. Leurs os, creux comme ceux des oiseaux, allégeaient considérablement leur masse, si bien que le brave animal devait à peine se rendre compte qu'il transportait deux passagers. Daisy admettait volontiers qu'il était bien agréable de filer ainsi à toute allure, les cheveux au vent -c'était même grisant; pour un peu elle retrouverait presque l'illusion du vol-, mais que c'était assez inconfortable à la longue. De plus, toute caracolante et galopante qu'était la belle jument noire, la jeune Célestellienne était à peu près certaine qu'elle ne pourrait pas supporter ainsi leur poids toute la journée. Enfin, il fallait qu'ils retournent vite à Ablithia pour conclure définitivement l'affaire du chevalier Keurbon auprès du roi, pour ensuite pouvoir faire route vers l'Orion Express qui les ramènerait à l'Observatoire... avec un peu de chance.

L'ancienne monture du chevalier ralentit progressivement tandis que Bram tirait sur les rênes. Le novice célestellien paraissait ravi de cette expérience, et s'étira avec une satisfaction qui laissa sa compagne un peu perplexe.

Pourquoi semble-t-il si extatique d'avoir monté une jument pendant une heure ?

"Aaaaaah, j'ai toujours rêvé de faire ça ! avoua Bram avec une réelle satisfaction. Quand Héphy saura ça, il va être on ne peut plus jaloux.

-Je vois, fit Daisy en secouant la tête, presque blasée, c'est pour ça que tu es si heureux de cette inédite expérience ? Parce que tu as expérimenté quelque chose que ton maître ne pourra jamais essayer ?

-Pas du tout ! protesta le jeune Célestellien avant de se raviser : Bon... oui, peut-être un peu, concéda-t-il. Mais je t'assure qu'Héphy et moi avons toujours rêvé de monter à cheval.

-Vous vous amusez bien, à Rivesall, observa son amie tout en fouillant dans son sac pour en sortir une aile de chimère. Mon maître et moi n'avons pas ce genre de distraction.

-Aquila est bien trop strict pour s'autoriser ce genre de fantaisie. De quoi parliez-vous lorsque vous restiez plusieurs jours de suite à Chérubelle ?

-Pas d'équitation, c'est certain. Mais nous discutions de choses et d'autres.

-Uniquement de ta mission de Gardienne, je parie.

-Souvent oui... Mais pas toujours. Il profitait parfois que nous soyons de garde au village pour parfaire ma connaissance des astres, des coutumes humaines et de la nature."

Une vague de nostalgie la parcourut à ces souvenirs.

Ah, Maître... Vous me manquez tant...

"Enfin... voici une aile de chimère, conclut-elle. Transportons-nous vite à Ablithia, afin de pouvoir tenter le plus vite possible de rejoindre l'Observatoire."

Ils s'approchèrent de la jument arrêtée docilement près d'eux et la jeune Gardienne jeta l'objet à leurs pieds. Ils se rematérialisèrent devant les portes de la cité fortifiée... où les attendait une immense foule joyeuse, qui se mit à les acclamer en les voyant.

"Bienvenue, Daisy, Bram, sauveurs d'Ablithia ! s'exclama une jeune femme en tête de la foule compacte. Toute la ville ne parle que de vous, vous savez !"

Les deux Célestelliens échangèrent un regard surpris et ne purent réfréner un mouvement de recul instinctif, comme effarouchés d'être soudain le centre d'attention de tant de monde.

Eh bien... je ne m'attendais certes pas à un tel accueil ! La princesse Élise a dû s'empresser de diffuser la nouvelle.

"C'est... c'est bien aimable à vous, répondit la petite Gardienne en haussant la voix pour se faire attendre par dessus la clameur. Mais si vous le permettrez, nous aimerions gagner le château, à présent.

-Bon, laisse-moi prendre les choses en main, intervint Bram avec assurance."

Plus grand et plus large d'épaule que Daisy, il prit les devants pour leur frayer prudemment un chemin à travers la foule en délire.

"Quel frimeur, celui-là ! marmonna Stella, installée sur les épaules de Daisy, telle une petite fille jugée sur le dos de sa grande sœur."

Les habitants enthousiastes d'Ablithia finirent par comprendre qu'ils gênaient le passage de leurs deux héros et ils se divisèrent petit à petit en deux groupes, chacun d'un côté de la large route principale de la ville. Tandis qu'elle avançait, Daisy aperçut Bérangère et Tulipe, un peu en arrière dans la foule. La première lui faisait de grands gestes ravis, et la seconde la considérait avec un sourire en coin, peu surprise des exploits de leur amie. La jeune Célestellienne prit le temps de leur retourner un grand signe de la main, et plusieurs têtes se tournèrent instantanément vers celles que leur héroïne saluait ainsi. Moins vite qu'ils ne l'auraient voulu, les deux Célestelliens progressèrent en direction du château.

"Tu as vu ça, Daisy ? lança Bram en se retournant brièvement. Ces mortels sont plein de reconnaissance ! Cela me change agréablement des rares remerciements que je reçois pour mes actes, d'ordinaire !

-Ils peuvent éprouver de la gratitude parce qu'ils savent qui les a sauvés, objecta son amie, en même temps que cette réplique lui faisait prendre conscience de quelque chose."

Au fond, les choses seraient bien plus simples si nous étions visibles pour les mortels... Nous nous plaignons qu'ils ne nous sont pas assez reconnaissants, mais comment le pourraient-ils alors qu'ils ne savent pas avec exactitude qui remercier ?

"Hé, ce n'est pas le moment de te creuser la tête avec des questions existentielles, intervint Stella, qui avait pris la liberté de lire dans ses pensées. Nous sommes bientôt arrivés au château !

-Dis-moi, Stella, pourrais-tu avoir l'obligeance de m'expliquer pourquoi tu espionnais ainsi mes pensées ?

-Si tu étais un peu moins distraite, je n'aurais pas besoin de fouiller dans ton esprit embrouillé de pensées inutiles ! répliqua la fée avec véhémence."

Daisy leva les yeux au ciel.

"Oh, Daisy ! l'interpela une femme aux yeux brillant d'émotion, sur le côté.

-Oui ? répondit poliment la jeune Gardienne, un peu interloquée par la vibrante gratitude de la mortelle.

-Vous êtes si forte et si courageuse ! s'exclama son interlocutrice avec emphase. Je suis en admiration devant vous !"

Daisy se sentit rougir.

"Oh, eh bien, merci, je...

-Hé, Daisy, viens voir un peu par là ! l'appela Bram."

Il se tenait devant le panneau où le roi faisait afficher les nouvelles importantes pour la ville, celui-là même où était placardé la demande à tout guerrier courageux de se débarrasser du chevalier Keurbon. Maintenant, l'affiche guerrière et agressive avait été retirée. A sa place, une nouvelle proclamait :

Le chevalier Karbon n'est plus une menace. Sujets d'Ablithia, vous pouvez reprendre le cours paisible de vos vies ! Au cours de vos réjouissances, n'oubliez pas de lever votre verre aux courageux Daisy et Bram, qui nous ont tous sauvés !

"Tu as vu ça ? lança le novice célestellien. Je ne pensais pas que ce que nous avons fait susciterait une telle joie.

-Moi non plus, admit sa compagne. Pour tout dire, je ne pensais pas que la ville serait au courant aussi vite.

-Excuse-moi, l'interpela un homme, mais c'est toi la fille courageuse qui a rembarré le chevalier Karbon, pas vrai ?

-Eh bien, oui, c'est moi, répondit Daisy, mais pas toute seule, et puis, c'est une histoire plus compliquée qu'elle n'en a l'air.

-Oh ? Eh bien, dans tous les cas, avoir eu le courage de défier un tel homme est un bel exemple pour tout le monde, ma foi ! J'ai décidé de faire comme toi et de partir à l'aventure, moi aussi. Je veux aider les gens du monde entier, exactement comme toi.

-En ce cas, je ne peux que vous encourager, répondit la jeune Gardienne, à la fois surprise et flattée d'avoir animé cet homme d'un tel esprit chevaleresque.

-Bon, bon, ça n'est pas tout, mais ces louanges vont finir par vous faire gonfler les chevilles, à tous les deux, s'impatienta Stella en quittant son vivant perchoir. Cessez donc de prendre des bains de foule et retournez voir le roi Marthus, vous deux !"

La petite fée les poussa de toute la force de ses bras graciles en direction du château tout proche. Elle ne cessa de leur écraser le haut du dos que lorsqu'ils se furent arrêtés devant les lourdes portes, où les attendaient deux soldats au garde-à-vous. Un instant, tous trois se tournèrent vers la foule toujours aussi dense qui les acclamait, arrêtée à quelques pas.

"Daisy, Bram, héros d'Ablithia, les salua un des gardes, soyez de nouveau les bienvenus ! Par ici, je vous prie; le roi Marthus vous attend."

Les soldats du souverain leur faisaient une véritable haie d'honneur à travers tous le château, le menton bien haut et la lance droite. Sur leur passage, les domestiques tentèrent de les entrapercevoir et deux soubrettes aux bras chargés de linge gloussèrent, émoustillée, en croisant le regard de Bram.

"Toute cette attention me semble... un peu extrême, glissa Daisy à son ami. Je ne sais pas toi, mais pour ma part, tout ceci me met quelque peu mal à l'aise.

-Tu minimises bien trop nos exploits, Daisy, répliqua le novice célestellien. Nous avons chassé un chevalier mort-vivant qui terrorisait la ville, même si en vérité il ne voulait de mal à personne, retrouvé une cité en ruines inconnue de tous et éliminé une démone cruelle et sanguinaire. Je ne vois pas en quoi ces exploits méritent moins d'honneurs que ceux que nous recevons maintenant.

-Il est vrai que je n'ai guère l'habitude d'être ainsi couverte de louanges, admit la jeune Gardienne, tout en se rendant compte que ce n'était pas tout à fait vrai."

Son camarade s'empressa d'ailleurs de corriger cette affirmation :

"Attends, tu plaisantes, Daisy ! s'exclama-t-il. Tout le monde à l'Observatoire s'extasie sur tes talents de Gardienne et à quel point tu étais une apprentie douée !

-C'est vrai, c'est vrai, j'ai parlé trop vite, concéda-t-elle en levant les mains. Ce que je voulais dire, c'est que mon maître ne me félicite jamais avec tant d'emphase pour mes menues actions. Nos congénères semblent certes très au fait de mes progrès, mais ils ne savent en vérité pas de quoi me féliciter au juste. Que mes actes soient ainsi reconnus est assez inhabituel pour moi.

-Héphy non plus ne me complimente jamais. Alors crois-moi, je suis bien content que mes exploits soient reconnus, pour une fois.

-C'est bien ce que je disais tout à l'heure, intervint Stella. Un vrai frimeur, celui-là !"

Bram la foudroya du regard mais n'eût guère le loisir de lui répondre. En effet, ils venaient de pénétrer dans la salle du trône. Le roi Marthus et la reine Geneviève se tenaient bien droit sur le trône, impériaux, la princesse Élise debout près de son père, mains jointes et sourire un peu piteux sur le visage. Lorsque Daisy s'arrêta près d'elle en lui lançant un regard interrogateur, elle expliqua à voix basse :

"Père est fâché parce que je me suis éclipsée pour rejoindre le château sans prévenir personne. Mère et lui ont pleuré de soulagement quand ils m'ont vue revenir saine et sauve. Alors j'imagine que j'ai de la chance.

-De la chance ?

-Oui... Qu'ils ne m'aient pas enfermée dans mes appartements pour les mois à venir."

Elle paraissait tellement piteuse et gênée que Daisy se prit à sourire.

"Vous avez tant fait pour nous, Daisy, reprit la princesse en lui rendant un léger sourire. Je ne vous remercierai jamais assez...

-C'était un plaisir et un honneur, je vous le promets, lui assura son interlocutrice.

-Nous ne vous oublierons jamais, même lorsque vous serez loin de chez nous, jura la princesse Élise avec émotion."

Daisy allait répondre lorsque le roi Marthus s'adressa à elle d'une voix forte :

"Ah ! Vous voilà, Daisy ! s'exclama-t-il. Je suis heureux de vous revoir, mon amie ! Et vous aussi, Bram ! Élise m'a tout raconté."

Les deux Célestelliens ne trouvèrent rien à répondre et hochèrent simplement la tête. Après un instant de silence, le monarque reprit :

"On dirait que le chevalier Karbon n'a pas eu une vie facile. Je me sens un peu coupable avec le recul."

Ah ! Vous admettez donc enfin que votre hostilité n'avait pas de raison d'être ! Que n'auriez-vous pu vous en apercevoir plus tôt !

"Enfin, tout est bien qui finit bien, conclut le roi. Vous avez accompli un travail exemplaire. Je suis impressionné, mon amie !

-Comme je le disais tantôt à la princesse votre fille, répondit Daisy, ce fut un plaisir et un honneur pour nous de venir en aide au chevalier et à tous les habitants d'Ablithia.

-Il n'empêche que votre ami et vous êtes un exemple pour tous, et que vous méritez bien la récompense que je vous avais promise."

Un instant, la jeune Célestellienne ne se souvint plus de quelle récompense il parlait, puis cela lui revint.

Ah, oui... Il est vrai qu'une somme d'argent conséquente devait nous être remise si nous nous débarrassions du chevalier. Peu m'importe, du moment que les mortels nous inondent de bienveillessence.

"Je vais donner l'ordre que l'on ouvre la petite salle au trésor, affirma le roi Marthus. Servez-vous. Vous pouvez tout prendre si vous voulez !

-Heu... en êtes-vous certain, Votre Majesté ? insista Daisy, éberluée. Cela ne va-t-il pas conduire votre royaume à la ruine que de nous laisser vider votre salle du coffre ?

-Ah ! Vous vous inquiétez pour mes sujets ! Vous avez vraiment beaucoup de coeur, mon amie ! s'enthousiasma le souverain. Mais ne vous en faites donc pas, je parlais d'ouvrir la petite salle au trésor, celle où nous entreposons quelques unes de nos richesses, mais pas toute. Jamais je ne conduirai Ablithia à la ruine !"

Les ayant ainsi rassurés, il entreprit de leur décrire précisément le chemin qu'ils devraient emprunter pour gagner la petite salle au trésor. Alors que, après une ou deux salutations d'usage et courbettes, les deux Célestelliens allaient prendre définitivement congé, le roi les rappela :

"Tournebidouille ! J'ai failli oublier ! s'exclama-t-il. J'ai fait rouvrir le point de passage à l'est. Il était fermé suite à toute cette histoire avec le chevalier. Au-delà de ce pont se trouve une grande ville. Cela pourrait vous intéresser, vous qui voyagez."

Une grande ville... Une grande ville inconnue à découvrir...?

Daisy échangea un regard excité avec Bram, tout en sachant un peu tristement que, si leurs exploits leur avaient apporté suffisamment de bienveillessence, ils n'auraient sans doute jamais l'occasion de voir cette ville de près.

"Nous vous remercions de cette utile information, Votre Majesté, affirma Bram en prenant le relais."

Un instant de silence indécis s'étira, puis le roi lança tour à tour un regard entendu à sa femme, qui tamponnait ses larmes d'émotions de son mouchoir brodé d'or, puis à sa fille. Celle-ci hocha légèrement la tête et s'inclina en une profonde révérence devant les deux Célestelliens, pour les remercier.

"Je vous souhaite un bon voyage, conclut le monarque. Vos pas vous ramèneront peut-être à Ablithia un jour ? Vous serez toujours les bienvenus, Daisy, Bram !"

Tous deux le remercièrent poliment puis, comme la royale famille l'attendait certainement d'eux, ils contournèrent les deux trônes pour regagner les escaliers qui conduisaient aux jardins intérieurs du château, à l'étage au dessus, qu'il fallait traverser pour gagner la petite salle au trésor.

"Bram, qu'allons-nous faire de cet or qu'ils nous ont cédé ? s'enquit Daisy. Si nous rentrons à l'Observatoire sous peu, nous n'en aurons pas besoin.

-Sait-on jamais ? L'Orion Express ne démarrera peut-être pas une fois encore. Nous serons alors obligés de rejoindre cette grande ville dont le roi Marthus a parlé.

-Ce serait bien... enfin, je veux dire... J'aimerais rentrer à la maison, bien sûr, mais...

-... explorer de nouveaux endroits est vraiment excitant ? C'est ce que tu penses aussi ?

-Eh bien... j'avoue que oui.

-Oui, moi aussi."

Ils échangèrent un regard un peu piteux, ne sachant ni l'un ni l'autre s'ils étaient si pressés que ça de retourner à l'Observatoire, finalement.

Non... Nous devons nous assurer que nos semblables vont bien. Et surtout, je m'inquiète pour nos amis et pour... mon maître.

Dans la petite salle du coffre étaient entreposés des objets de valeur faisant partie de l'héritage royal et qu'ils pourraient revendre dans les quartiers riches de la ville. Un chambellan leur remit une lettre signée de la main du roi et où était apposé le sceau royal, certifiant que les possesseurs de ce message pouvaient revendre les biens royaux qu'ils transportaient. Les deux Célestelliens remplirent leur sac avec tout ce qu'ils pouvaient y rentrer, et laissèrent le reste. Lorsqu'ils repassèrent par la salle du trône pour quitter le château, les souverains étaient en pleine audience et ne les virent même pas repartir. Dehors, le jour avait commencé à décliner et le ciel se parait de bleu, rose et violet pastel. Les trois êtres divins s'arrêtèrent un instant devant les lourdes portes pour contempler ce ciel délicat et les rues calmes et paisibles de la ville fortifiée, où ne se pressaient plus que de rares passants.

"Bravo, Daisy ! Pour tout le monde, tu es une héroïne, maintenant ! finit par la féliciter Stella pour mettre fin à cette contemplation un peu béate. Et toi, le Célestellien de pacotille, eh bien... disons que tu n'as pas été complètement inutile.

-Moi, "pas complètement inutile" ? râla le novice célestellien. J'en connais une qui...

-Vous avez vu ? Regardez ! le coupa la fée en faisant mine de ne pas l'avoir entendu."

Elle désignait les rues et les rares passants d'un grand geste de la main.

"De la bienveillessence comme s'il en pleuvait ! s'extasia-t-elle, impressionnée.

-Oui, je suppose que ce doit être fabuleux à voir, commenta Daisy mine de rien.

-Oh ! Désolée ! J'oubliais que vous ne pouvez pas la voir ! Nom d'une météorite, je suis vraiment trop bête !

-Et c'est maintenant que tu t'en rends compte ? intervint sournoisement Bram.

-Bram ! s'exaspéra sa semblable. Tu cherches vraiment à déclencher une dispute, ma parole !"

Le Célestellien allait protester avec toute la mauvaise foi du monde, mais leur compagne devait être pressée d'en finir, car elle enchaîna sans faire attention à leurs éclats :

"Je suis sûre que le Tout-Puissant remarquera ce qu'on a fait. On sera de retour à l'Observatoire dans pas longtemps. On ferait mieux de retourner à l'Orion Express en vitesse. Tu es prête, Daisy ?

-Hein ? Attends, non ! Pas aussi rapidement, quand même ! s'étrangla la Célestellienne.

-Quoi ? Nom d'une météorite, tu veux rentrer chez toi, oui ou non ? On a récupéré assez de bienveillessence pour tenter le coup, alors qu'attends-tu ? Ne me dis pas que tu veux aller voir cette ville dont le roi Marthus a parlé !

-Non, ça n'est pas ça, nia Daisy alors que c'était assez vrai. Mais... je voudrais au moins dire au revoir à Bérangère et Tulipe avant de...

-Trêve de sensiblerie ! On n'a pas le temps ! Peut-être que les effets de la bienveillessence vont finir par s'estomper, ou quelque chose comme ça ! Et puis, les adieux seraient bien trop douloureux. Allez, hop, hop, hop, vous deux, on se met en route, et en vitesse !"

Ni l'un ni l'autre ne trouva quoi que ce soit à redire et, un peu assommés par l'avalanche de paroles de la fée, ils quittèrent la ville et se mirent en route vers le coin de verdure où se trouvait niché l'Orion Express. Les trois longues heures de marche se passèrent dans le silence, puisqu'aucun des trois membres de cette curieuse équipe n'avait très envie de parler. Daisy se sentait triste et vaguement coupable de ne pas avoir dit adieu à ses amies, Bram était frustré de ne pouvoir se lancer de nouveau à la découverte d'une ville inconnue, et Stella était occupée à se perdre en conjectures pour déterminer si l'attelage céleste allait enfin décoller ou non, et à adresser des semblants de prières en ce sens au Tout-Puissant. Il faisait nuit lorsque les deux Célestelliens et la fée arrivèrent au col d'Ablithia, dans le petit renfoncement au milieu de la verdure où s'était écrasé le véhicule. Celui-ci ne semblait guère plus rutilant ou prêt à décoller que lorsque les deux filles l'avaient laissé avant de rejoindre Ablithia.

Je me demande ce qui cloche... Que faire si Stella a fait fausse route et que récolter de la bienveillessence ne nous est d'aucune utilité ?

Daisy jeta un coup d'oeil à Bram, curieuse de voir comment il allait réagir en présence de train sacré de leurs légendes. Il levait certes vers l'engin de grands yeux impressionnés et un peu incrédules de le voir en vrai et d'aussi près, mais n'avait pas la même expression d'admiration béate qu'avait affiché le visage de Daisy en découvrant le train pour la première fois.

"Attendez un peu ! L'Orion Express est exactement le même ! remarqua la fée. J'étais sûre qu'on lui aurait redonné un peu d'énergie, à ce stade.

-Tu t'es peut-être fourvoyée ? supposa son amie tout en espérant très fort que ce n'était pas le cas... sinon ils n'auraient aucun moyen de renter à l'Observatoire.

-C'est ce que je commence à me demander, concéda Stella en se remettant à se mordiller délicatement le gras du pouce. Si le Tout-Puissant avait remarqué tout ce qu'on a fait et avait décidé de nous aider, l'Orion Express serait tout brillant..."

Elle paraissait si dépitée que la jeune Gardienne fut un instant tentée de la prendre dans ses bras... mais fut découragée par son brusque mouvement de recul.

"Je n'ai quand même pas fait n'importe quoi, sur ce coup-là ? s'horrifia la fée, atterrée."

Je me demande si c'est le fait de ne pouvoir nous ramener chez nous qui t'angoisse autant, ou juste le fait de t'être potentiellement trompée...

"Te connaissant, ça ne m'étonnerait pas, marmonna Bram, trop tendu à l'idée que rien ne puisse les ramener à l'Observatoire pour réellement chercher une dispute.

-Bien sûr que non ! Qu'est-ce que je raconte ! Venez ! Je suis sûre qu'il redémarrera quand on sera montés dedans, tenta de se rassurer Stella."

Vite, elle s'empressa de déverrouiller la porte et s'engouffra à l'intérieur. Les deux Célestelliens échangèrent un regard et lui emboîtèrent le pas plus lentement. La petite fée tournait la tête de droite et de gauche, les mains ramenées près de sa poitrine, et soupirait avec découragement.

"Nom d'une météorite ! Je n'en reviens pas. Ca ne change absolument rien. Avec tout le mal qu'on s'est donné..., se lamenta-t-elle."

Daisy s'attendait à ce que son camarade fasse une nouvelle remarque sarcastique sur le "on", mais la situation était assez désolante comme ça. De plus, il se sentait tout intimidé de se trouver à l'entrée de l'attelage de leurs légendes.

"Le Tout-Puissant a décidé de faire la sourde oreille ou quoi ? continuait Stella sans se soucier si ses amis l'écoutaient."

Les deux Célestelliens, qui se tenaient jusqu'à présent dans l'embrasure de la porte, se décidèrent à entrer. Au moment où ils mirent les pieds dans la cabine de pilotage, l'Orion Express sembla pris d'une espèce de sursaut et un flash de lumière clignota brièvement devant les yeux de Daisy.

Que... Qu'est-ce que c'était que ça ?

Stella sursauta jusqu'au plafond et se jeta sur ses deux amis, qui clignaient des yeux d'un air sonné.

"Qu'est-ce qui s'est passé ? s'écria la conductrice de l'Orion Express. Ca a bougé quand vous êtes arrivés..."

Il fallut quelques instants pour que la phrase qu'elle venait de prononcer arrive jusqu'à son cerveau. Elle cessa aussitôt de s'agiter en bougeant les bras en tous sens et en battant frénétiquement des ailes et répéta, comme sous le coup d'une illumination divine :

"Quand vous êtes arrivés ! Mais oui ! C'est ça, Daisy !

-C'est ça quoi ? L'Orion Express a soudainement décidé de décoller, finalement ? fit cette dernière, qui ne trouvait pas que leur moyen de salut potentiel avait changé d'un pouce.

-Mais non ! La bienveillessence que vous avez recueillie en aidant le chevalier vous a redonné une partie de vos pouvoirs célestelliens ! expliqua calmement la fée, d'un ton si professionnel que cela semblait l'évidence même, et scientifiquement prouvé. On dirait que ma première réaction n'était pas idiote ! L'Orion Express ne volera que s'il y a un Célestellien à bord ! Et avec deux, ça devrait aller deux fois plus vite !"

Maintenant que leur situation semblait s'être arrangée, elle put reprendre son comportement habituel et se tourna vers Bram pour ajouter :

"Quoi que toi, je doute encore que tu puisses être un Célestellien. Tu n'as vraiment pas la tête de l'emploi.

-Tu peux parler ! riposta Bram. Toi non plus, tu n'as pas une tête à la hauteur de ton statut d'hôtesse sacrée de l'Orion Express !

-Il faut d'abord que vous aidiez des gens pour retrouver vos pouvoirs, réfléchit l'intéressée après avoir foudroyé le Célestellien du regard. Retrouvez vos pouvoirs et nous pourrons refaire voler l'Orion Express comme avant !"

Allez... je suis prête à parier que je sais déjà ce qu'elle va dire.

"On va mettre le cap sur cette ville après le point de passage, décida Stella comme son amie s'y attendait. Je suis sûre qu'il y a plein de gens qui ont besoin de notre aide. Allez ! Tout n'est pas perdu ! Tous à quai ! Notre mission va consister à aider les mortels ! Hahahah !

-Dis donc, tu m'as l'air bien enthousiaste, toi, remarqua Daisy avec un sourire goguenard tandis qu'ils quittaient l'attelage céleste. Je ne pensais pas que prolonger notre périple te réjouirait autant.

-On n'a pas vraiment le choix, tête de linotte ! répliqua la fée. En plus, tu devrais être contente, toi aussi. Tu mourrais d'envie d'aller voir cette ville, avoue-le !

-Oui, oui, je l'avoue. C'est... vraiment amusant de découvrir de nouveaux lieux."

Grâce à une aile de chimère, ils évitèrent de refaire trois heures de marche et se téléportèrent directement devant l'entrée de la ville, presque endormie. Il était neuf heures du soir. Bras dessus, bras dessous, Daisy et Bram pénétrèrent dans l'auberge de Bérangère et Tulipe. La salle de restauration était très calme, à peine trois ou quatre clients étaient encore attablés devant leur assiette presque vide, les serveuses commençaient à nettoyer la salle et à renverser les chaises sur les tables. Les deux gérantes de l'établissement se trouvaient toujours à leur poste, la première frottait son comptoir avec un chiffon et la seconde revenait des cuisines avec une tisane. Elles se tournèrent vers les deux arrivants dès qu'ils entrèrent.

"Tiens donc ! lança Bérangère tandis que son visage s'illuminait d'un grand sourire. Bonsoir !

-Bonsoir, Bérangère, la salua son amie. Il y aurait moyen d'avoir quelque chose à souper ?

-Oh, bien sûr ! Asseyez-vous, je vais vous chercher quelque chose aux cuisines !"

Elle s'empressa de contourner son comptoir et de disparaître par la porte du fond. Les deux Célestelliens s'installèrent à leur table habituelle, près du fond.

"Bonsoir, vous deux, les salua Tulipe en venant s'appuyer sur le comptoir, près d'eux, sa tasse à la main. Il paraît que vous avez encore accompli des exploits !

-Exactement ! renchérit Bérangère en trottinant vers eux, deux assiettes dans les mains. Tout le monde parle de la manière dont Daisy et Bram, la troubadour et le guerrier itinérants, ont sauvé Ablithia. Si vous les entendiez !"

Elle secoua la tête en riant un peu et déposa les plats fumant devant eux. Puis, elle se tira une chaise et prit place avec ses deux amis.

"Les nouvelles se sont propagées très vite, observa Daisy tout en plongeant sa cuillère dans la soupe épaisse. Je ne pensais pas que cela susciterait une telle euphorie parmi la population.

-Tu es devenue une vraie célébrité, appuya Bérangère. On vient souvent me voir juste parce que je suis amie avec toi !

-Heu... c'est vrai ? A ce point ? s'étonna la Célestellienne, interdite.

-Je t'avais demandé de nous attirer un peu de clientèle, mon chou, intervint Tulipe, amusée, mais je ne m'attendais pas à ce que tu affrontes un chevalier mort-vivant et une sorcière démoniaque pour ça !

-Tous deux ne faisaient pas vraiment partie du plan, répondit Daisy en étouffant un petit rire. Mais ma foi, si tout cela vous est bénéfique, je ne vois pas pourquoi nous nous en plaindrions.

-Tu es tellement gentille et altruiste, Daisy, soupira Bérangère en secouant ses courts cheveux lavandes, un léger sourire aux lèvres. C'est vraiment rare, de nos jours.

-Eh bien... Il est normal de rendre service à ses amies et aux gens dans le besoin, non ?

-Quelle façon de penser exemplaire, mon chou, lança Tulipe avant de finir sa tisane. Il faudra que tu expliques à tout le monde comment tu fais."

La conversation s'étira ainsi pendant une bonne heure, où Bram narra leurs aventures, parfois repris par sa camarade -car il avait un sens certain de l'exagération. Ils parlèrent aussi de beaucoup de petites choses sans importance, et longtemps Daisy garda dans son coeur le souvenir de cette soirée comme l'une des meilleures et des plus douces qu'elle ait jamais passé. Tout le monde partit se coucher un peu après dix heures, et Tulipe les quitta sur ces mots :

"Ah, oui, au fait, tous les deux... Demain, j'aurai quelqu'un à vous présenter. Je pense que cette personne vous plaira."

Elle aimait sans aucun doute entretenir le mystère, et les deux Célestelliens se couchèrent vaguement intrigués. Daisy ne dormit pas beaucoup cette nuit-là, d'une part parce qu'elle n'en avait pas grand besoin, et d'autre part à cause des interrogations qui tourbillonnaient dans sa tête et l'empêchaient de se reposer tout à fait.

Demain, nous repartirons vers une nouvelle destination. Je me demande à quelle distance se trouve cette ville ? Le voyage sera-t-il long ? Et quels périples nous attendent encore ?

Du reste, rien ne nous dit que des gens en difficulté auront besoin de notre intervention. Peut-être cette ville est-elle calme et paisible ? Quoi que, sans son Gardien, le Tout-Puissant sait quels sombres malheurs peuvent affliger les mortels.

Tout-Puissant... Nous avez-vous vraiment abandonné ? Parviendrons-nous à rentrer chez nous un jour ? Nous sommes tombés de l'Observatoire il y a assez longtemps maintenant. Et nous n'avons pas la moindre nouvelle des nôtres. Pourquoi ce silence... ? Maître... Commandant... Êtes-vous sains et saufs ?

Harmonie... pardonnez-moi, je vous en prie. Je... J'ai renoncé à vous ramener parmi nous...

Elle tomba endormie au milieu de ce remord. La pâle lumière tamisée qui filtrait entre les volets l'éveilla à huit heures le lendemain. Elle répéta ces gestes humains dont elle était jadis peu coutumière et dont elle avait pris l'habitude, s'habilla, se lava le visage et les mains, se coiffa et fit son lit. Dans le couloir, elle croisa six ou sept clients qui quittaient leur chambre et qui lui adressèrent un signe amical de la main. C'était l'heure de pointe à la salle de restauration; la plupart des tables étaient occupées, par des personnes seules ou par deux, qui dégustaient des viennoiseries ou buvaient leur thé ou leur café en bavardant. Dans un coin de la salle, une des employées restituait des paquets de linge propre, lavé et repassé pendant la nuit, aux clients qui les réclamaient. Il flottait dans la salle une délicieuse odeur de croissant et de chocolat chaud, qui fit saliver Daisy malgré elle. Sa table attitrée était libre, une panière de viennoiseries y trônait; elle y prit place comme la veille et leva les yeux vers Bérangère en attendant qu'elle la remarque. Son amie raturait soigneusement le nom d'un client quittant l'auberge sur son registre, puis reprit la clé de la chambre qu'il lui tendait et lui souhaita bon voyage.

"Bien le bonjour, Daisy, modula gracieusement une des serveuses de sa voix douce. Désirez-vous du thé, du café ou du chocolat chaud ?

-Je veux bien un chocolat, s'il vous plaît, commanda poliment la jeune Gardienne. Et serait-il possible d'avoir un verre de jus d'orange en complément, je vous prie ?

-Mais assurément, Daisy. Je vous apporte ça tout de suite."

La soubrette s'éloigna et Daisy entreprit de grignoter un croissant. A son comptoir, Tulipe bavardait avec une jeune fille, mais le regard de la Célestellienne glissa sur elle sans s'y attarder, peu intéressée par la nouvelle venue. Bram arriva un quart d'heure après, alors que sa camarade avait fini de prendre son petit-déjeuner. Encore un peu embrouillé par le sommeil, il la salua d'un geste endormi et piocha un pain aux raisins dans la panière.

"Daisy ! Bram ! Bonjour, vous deux ! les salua Tulipe, qu'ils n'avaient pas vu arriver. Alors, bien dormi ?

-Mm... pas très bien, j'en ai peur, avoua Daisy en haussant les épaules. Et toi, Tulipe ?

-Comme un bébé, mon chou ! Séléné, s'il te plaît, interpela-t-elle une des serveuses qui passait près d'elle en se retournant, sois un chou et apporte une tasse de café à ce jeune homme. Si ça continue comme ça, il va s'endormir sur son pain au raisins !"

En effet, le Célestellien n'avait pas l'air très réveillé. Daisy réprima un petit rire.

"Alors, Tulipe, il paraît que tu veux nous présenter quelqu'un ? enchaina-t-elle, toujours piquée par la curiosité.

-Ah, oui, tout à fait ! J'ai ici une jeune fille qui aimerait beaucoup se joindre à vous dans vos aventures."

La gérante de l'auberge se retourna et cria par dessus le vacarme :

"Allez, Calipso ! En piste !"

La jeune fille avec qui elle bavardait à l'instant, et qui attendait probablement ce signal, s'approcha d'une démarche agile et gracieuse. Daisy se leva, embarrassée par les paroles de son amie.

Se joindre à nous dans nos aventures ? Tout-Puissant, je ne pense pas que ce soit une très bonne idée...

La jeune fille ainsi interpelée, qui se nommait Calipso, devait avoir aux environs de seize ans, mais il était assez difficile d'en juger avec exactitude du fait de sa petite taille et de ses joues, qui conservaient encore quelques innocentes rondeurs de l'enfance. Cela conférait à son charmant visage une aura d'ingénuité et de candeur, renforcée par les beaux yeux bleus de la fille, dans lesquels brillaient pourtant, lorsqu'on si attardait, une lueur ravageuse et une grande débrouillardise. Ses cheveux, d'un rose délicat, étaient noués en queue-de-cheval mal attachée au sommet de sa tête, et une dizaine de mèches folles s'en échappaient. Ses vêtements étaient sobres et confortables : une robe rose foncé toute simple, qui s'arrêtait au dessus de ses genoux, serrée à la taille par une ceinture de cuir où pendaient deux poignards; de solides bottes de marche un peu boueuses; de légères mitaines en toile souple aux mains et enfin, un long manteau noir à manches courtes complétait sa tenue.

"Ravie de vous rencontrer, déclara l'inconnue avant que Daisy n'ait le temps de réagir, en tendant sa petite main fine. Je m'appelle Calipso, voleuse de vocation. Je me bats principalement au poignard, mais je peux également me servir d'une épée si besoin est. Je maîtrise les sorts de soin Antipoison et Premiers Secours, l'aptitude Fauche n'a aucun secret pour moi et je connais également les coups Dague Toxique et Besticide. Mon coup de grâce est Pille-Dépouille, comme vous le savez peut-être déjà, et nous permettra de gagner un butin systématique après un combat. Mes points forts sont l'agilité et l'adresse, qui compensent tout à fait ma faible puissance magique."

La Célestellienne ne sut que répondre, un peu assommée par l'avalanche d'informations.

"Eh bien, je... Je suis enchantée de te connaître, balbutia-t-elle tandis que la nouvelle venue lui serrait amicalement la main. Je suis Daisy, troubadour de vocation.

-Oh, je le sais ! répondit Calipso en lui adressant un magnifique sourire. Tulipe m'a énormément parlé de toi et de ton compagnon Bram."

Le novice célestellien, qui paraissait jusque là tout autant assommé que sa compagne, se leva pour lui serrer la main.

"Je serais très heureuse de faire partie de votre équipe, acheva la jeune voleuse. Si vous ne craignez pas d'engager une voleuse ou ne prêtez pas attention au qu'en-dira-t-on, qui risquerait d'endommager votre réputation, je serai flattée de vous prêter mon adresse et mon habileté... tout autant au combat que pour dénicher des trésors."

Les deux Célestelliens échangèrent un regard incertain.

Cette personne m'a l'air charmante... mais je ne sais pas si nous pouvons prendre le risque de nous enticher d'une mortelle... Garder notre identité secrète risque de se corser, et les adieux seront d'autant plus durs si nous nous en faisons une amie.

"Moi, je trouve que c'est un super idée, commenta Stella, en jaillissant tout à coup du corps de Daisy. Les choses risquent de se corser pour vous, et à mon avis, un peu d'aide ne vous sera pas de trop, surtout si vous rencontrez encore une folledingue comme cette Sylvane."

Oui... Je dois admettre qu'elle n'a pas vraiment tort...

"Qu'en penses-tu, Bram ? le questionna la jeune Gardienne.

-Eh bien... Il est vrai que nous aurons peut-être besoin d'un combattant supplémentaire lors de nos voyages. Je ne pensais pas que nous aurions l'opportunité d'enrôler quelqu'un dans notre équipe mais, après tout, pourquoi pas ?

-Fort bien... En ce cas, c'est décidé. Bienvenue parmi nous, Calipso, conclut Daisy en se tournant vers la jeune fille."

Le visage de cette dernière s'éclaira de soulagement et elle s'inclina en une curieuse révérence.

"Je vous remercie de m'accorder votre confiance. Je saurai m'en montrer digne ! assura-t-elle.

-Bien, bien, voilà une bonne chose de faite, intervint Tulipe qui s'était fait complètement oublier. Maintenant, il va falloir que vous vous prépariez pour votre voyage jusqu'à Bacili. Le trajet est très long, presque deux semaines, ça risque d'être compliqué pour vous.

-Mmm... Excusez-moi de me mêler de votre conversation, se fit entendre une voix grave et un peu cassée derrière eux. Mais j'ai malgré moi ouï votre situation et j'aurais une solution à vous proposer."

Tous les cinq se retournèrent, pris au dépouvru, même Tulipe qui pourtant ne s'étonnait pas de grand chose. A la table suivante se tenait un homme qui paraissait âgé d'une cinquante d'années, aux cheveux noirs courts et à l'imposante moustache.

"Nous vous écoutons, Monsieur, lança Daisy, qui se demandait avec résignation s'ils allaient devoir le recruter, lui aussi.

-Voyez-vous, je suis marchant itinérant, raconta l'homme. Je désire depuis plusieurs jours me mettre en route vers Bacili, qui est à ce qu'on dit une très grande ville, pour y vendre mes produits. Toutefois, le trajet est long et les monstres, nombreux. J'ai bien peur de ne pas être un guerrier, mais vous trois semblez être qualifiés. Je vous propos donc ceci : voyageons ensemble jusqu'à Bacili, vous pourrez profiter de mes chariots pour dormir et soulager vos pieds lorsque vous aurez trop marché, et je m'engage également à vous fournir eau et nourriture. En échange, je vous demande simplement de m'offrir votre protection jusqu'à ce que nous arrivions à la ville.

-Cela me semble un marché honnête, confirma Daisy, qui n'avait pas envie de se casser la tête pour préparer leur voyage. Qu'en dites-vous ?

-Cela nous ôtera certes une épine du pied, concéda Bram. Je nous voyais mal assembler suffisamment de vivres pour un si long périple.

-En temps que nouvelle venue, je ne me sens pas à donner mon opinion tout de suite, rétorqua paisiblement Calipso. Mais puisque vous me demandez mon avis, et en vertu de mon expérience de voyageuse, je pense également que s'allier à ce marchand est une très bonne idée.

-Tu es des nôtres, maintenant, Calipso, fit valoir Daisy, qui trouvait leur nouvelle recrue vraiment sympathique. Peut-être avons-nous besoin de faire connaissance, mais ton jugement est tout autant valable que le nôtre."

Ainsi, l'affaire fut vite conclue et les quatre voyageurs se trouvèrent prêts à partir à peine une demi-heure plus tard. Tulipe et Bérangère suspendirent brièvement leur service pour leur dire au revoir, et cette dernière serra longuement Daisy dans ses bras.

"Bacili est vraiment une ville très lointaine, soupira-t-elle. Ca me donne vraiment l'impression que tu pars pour toujours.

-Mais non, voyons, la détrompa sa Gardienne en se tortillant, guère habituée aux démonstrations d'affection. Nous repasserons par Ablithia avant de... retourner chez nous, d'accord ?"

La jeune aubergiste se détacha d'elle et rit un peu, comme pour se moquer d'elle-même.

"Désolée, Daisy, s'excusa-t-elle, mais j'ai l'envie irrépressible de te faire mille recommandations, comme à une petite fille. Je crois que pour moi, tu resteras toujours la petite blonde inconsciente dans le bassin de la cascade, à Chérubelle.

-Bérangère, je ne suis pas en sucre, fit valoir Daisy en souriant un peu. Nous reviendrons vous voir, c'est promis. Prenez bien soin de vous, surtout !"

Les deux gérantes du Havre des Aventuriers s'attardèrent encore un peu sur le seuil en leur faisant de grands signes. Daisy et Bram les leur rendirent pendant un moment, puis se détournèrent pour fixer leur attention sur la route, qui serpentait vers l'inconnu.