[Pfffffiou, j'ai cru que ce chapitre ne finirait jamais ! Je m'excuse de son absence d'action et de continuation de l'histoire de Dragon Quest IX -je crois me souvenir que certaines étaient impatientes de redécouvrir l'intrigue de Bacili-, mais je voulais parler du voyage. J'avoue que l'inspiration m'a beaaaaaucoup manquée; voilà pourquoi ce chapitre a du retard. Je ferai mieux pour le prochain, promis !

Loyiens : C'est toujours un plaisir de découvrir une lectrice de plus ! ^-^ Je suis enchantée que tu aimes autant mon style et ma façon de raconter cette histoire. L'intrigue de Bacili sera vraiment développée dans le chapitre suivant, j'espère que tu pourras attendre encore un peu.

Einalem : Je suis heureuse que le manque d'action du dernier chapitre ne t'ait pas dérangée. Ahaha tu n'es pas la seule à douter de Calipso, c'est drôle x3 Mais je ne dirai rien sur elle ici, je te laisse la juger par toi-même. Alors, pour ta question, il se trouve que Daisy est le premier perso que j'ai créé dans ce jeu, donc elle a une place vraiment spéciale dans mon coeur (dans ma partie actuelle, j'en ai une autre, pour changer). Bram est un novice que j'ai inventé comme ça, pour imaginer des histoires de Célestelliens, et puis finalement, sans que je sache trop comment, il a atterri dans l'équipe de Daisy. Dans ma première partie, il ne ressemble pas au guerrier que j'avais inventé, et n'a pas le même nom. Calipso est le troisième personnage que j'ai créé dans ma première sauvegarde, sauf qu'elle ne s'appelait pas pareil. Enfin, le dernier à apparaître sera moitié celui que j'ai inventé dans ma première partie, moitié inspiré d'un ami à moi qui a joué au jeu.

amuto67100 : Je suis contente que tu aies aimé ! Oui, de nombreuses complications en perspective avec le recrutement de Calipso, mais ça ne rendra l'histoire que plus intéressante (et puis, ça m'aurait paru barbant de ne recruter que des Célestelliens à chaque fois). Oui, il est vrai que Bérangère voit toujours le bon côté des gens, mais je ne la vois pas si naïve non plus. Après, comme tu l'as dit, chacun sa vision du personnage.]

Calipso commença à leur parler d'elle lorsqu'ils se furent éloignés d'Ablithia. Assise en haut de l'un des chariots, elle laissait ses jambes pendre dans le vide, et offrait en clignant des yeux son visage au soleil. C'était une journée venteuse, mais ensoleillée, et les nuages rebondis filaient à toute allure dans le ciel bleu. Le marchand, qui leur avait demandé de l'appeler par son prénom, Guy, étais assis à l'avant et tenait les rênes des deux chevaux au poil chocolat qui tiraient le chariot, encombré de marchandises attachées aux piquets en bois qui formaient les rebords, et de vivres emballés avec précaution. Deux autres convois suivaient le premier, et Daisy s'étonna que les montures qui les tiraient suivent le premier avec autant d'aisance. Il se trouvait être un homme affable et convivial, qui conversait amicalement avec ses passagers. Comme l'attelage allait au pas, Daisy et Bram cheminaient à côté, d'une démarche égale et tranquille, et écartaient de temps en temps les mèches de cheveux qui leur volaient dans le visage. Au moment de débuter son récit, leur nouvelle compagne se pencha en avant, ramenant ses jambes sous elle et verrouillant ses coudes, position bien instable mais qu'elle semblait tenir à la perfection.

Pas de doute, cette mortelle est forte et agile, exactement comme elle nous l'avait promis.

"Je suis née très loin d'ici, de l'autre côté de l'océan, entama la jeune voleuse en écartant la mèche folle qui s'était coincée entre ses lèvres. Dans une ville qui s'appelle Pontaudy.

-Pontaudy ! s'exclama Guy. Cette ville est un repère de voleurs et de coupe-jarrets, à ce qu'on dit !

-Eh bien oui, répliqua Calipso en gonflant les joues comme une enfant, sans doute heurtée par ce ton légèrement horrifié. Ce sont principalement des voleurs et des assassins qui vivent à Pontaudy. En quoi cela est-ce digne de susciter votre dédain ?"

Le marchant tourna vers elle de grand yeux incrédules et secoua lentement la tête.

"Pardon, petite, mais les voleurs et autres meurtriers n'attirent pas immédiatement la sympathie. Détrousser les honnêtes gens est vraiment une habitude honteuse !

-Et dépouiller les escrocs et les menteurs, alors, est-ce davantage à votre goût ? Parce que c'est exactement ce que nous faisons, nous, les Voleurs de Pontaudy. Nous ne sommes pas de vulgaires cambrioleurs !

-Qui sont ces fameux "Voleurs de Pontaudy" ? intervint Daisy, histoire que leur nouvelle recrue leur donne de plus amples informations sur sa vie -et que leur voyage ne tourne pas en querelle après seulement dix minutes."

Calipso tourna de nouveau son attention sur elle, et la Célestellienne se demanda une fois encore comment on pouvait embrasser une telle vocation lorsqu'on était dotée d'un visage si angélique.

"Les Voleurs de Pontaudy est un groupe de voleurs, comme moi, qui détroussent les riches et les escrocs pour donner aux pauvres, exposa sa nouvelle compagne. Ma ville n'accueille pas uniquement des voleurs et des assassins, c'est aussi là-bas que se regroupent tous ceux qui n'ont nulle part où aller. Ceux qui ont fui une guerre, une vie misérable, ou fait faillite. Tu vois, Pontaudy n'est pas qu'un ramassis de coquins !

-Tu t'exprimes dans un langage très correct, pour quelqu'un de ton milieu, observa le marchand d'un ton appréciateur. N'y vois pas d'offense, surtout ! s'empressa-t-il d'ajouter lorsque son interlocutrice gonfla de nouveau ses joues enfantines avec colère.

-L'explication est on ne peut plus simple, consentit à répondre la voleuse. Ma mère est la fille d'un riche marchand; en temps que telle, elle a bénéficié d'une solide éducation qu'elle nous a ensuite dispensée, à mon frère et à moi.

-Excuse-moi de te contrarier à nouveau, petite, mais si ta mère est une personne aussi aisée, que fait-elle dans une ville telle que Pontaudy depuis des années ?

-Oh, ne vous en faites donc pas, elle n'y est plus !".

Le ton de Calipso s'était durci, et Daisy l'observa avec attention. Ses yeux de ciel s'étaient assombris comme à l'approche d'un orage -ou peut-être était-ce seulement du à l'amas de nuage qui venait tout à coup de cacher le soleil. Il y avait tant de reproches dans sa voix que personne n'osa lui en demander la raison, et tous attendirent qu'elle reprenne son récit.

"Ma mère est la fille d'un riche marchand, recommença Calipso d'une voix incertaine, mi-conteuse, mi-orageuse. Elle était fiancée à un riche marchand de Finefleur -c'est une ville côtière où le commerce maritime est florissant grâce à ce fameux marchand, dit-on. Un jour qu'elle et son père se rendaient à Finefleur pour y rencontrer son fiancé, ils ont été surpris par la nuit et obligés de s'arrêter à Pontaudy. Vous avez raison sur un point, Guy, il ne fait pas bon s'arrêter à Pontaudy et descendre dans la ville même si l'on a beaucoup d'argent, ou y déambuler la nuit. Mais les Voleurs de Pontaudy sont de bonnes personnes; leur chef de l'époque a proposé à ma mère et à mon grand-père de séjourner chez lui jusqu'au lendemain. Apparemment, ma mère est tombée amoureuse de lui."

La voix de Calipso se fit critique, et elle fronça légèrement les sourcils en fixant de ses prunelles bleues les vallons qui ondulaient à l'infini, loin à l'ouest; il semblait y avoir beaucoup d'amertume en elle concernant cet aspect-là de l'histoire de sa famille.

"Elle est tombée amoureuse de lui, et il est tombé amoureux d'elle, reprit-elle avec un reniflement sceptique. Et elle a pris la décision de s'installer à Pontaudy avec lui. Sans doute trouvait-elle l'idée charmante et romantique. Après tout, quoi de plus exaltant que de renier sa vie de richesses, un riche fiancé, même, pour mener une vie trépidante aux côtés d'un voleur et hors-la-loi ?"

Daisy fronça les sourcils, songeuse. Sa nouvelle compagne faisait transparaître un nouvel aspect d'elle, une amertume et une colère qui couvaient sous la surface et, peut-être, finiraient par émerger avec violence.

Elle semble pleine de rancune à l'endroit de sa mère... J'ose espérer que sa colère n'est pas portée sur tout ce qui la contrarie, autrement, cela pourrait faire d'elle une personne à surveiller.

"Bien sûr, son père l'a reniée, après cet affront, continuait Calipso. Les fiançailles ont été rompues, mon grand-père l'a abandonnée à Pontaudy après l'avoir injuriée copieusement et le chef des Voleurs de Pontaudy s'est trouvé un peu embarrassé d'avoir, malgré lui, provoqué tout cela. Elle et lui se sont mariés, et ils ont eu un fils, mon frère Robin. Puis je suis née, moi, quatre ans plus tard. J'ai vécu aussi heureuse que l'on peut l'être à Pontaudy, puis alors que je venais d'avoir cinq ans, ma mère est partie."

Au vu de l'amertume de la jeune voleuse, de son scepticisme face à l'amour de sa mère pour son père et le fait que celle-ci ne "vive plus" à Pontaudy, ses trois compagnons de route s'attendaient un peu à ce genre de chute. Pourtant, cette affirmation jeta un long silence sur l'attelage. Guy n'osait plus rien dire, Bram non plus, Calipso fixait la route qui défilait sous ses pieds d'un air pensif et Daisy récapitulait les informations dans sa tête.

Je vois... Ainsi donc, sa mère l'a abandonnée et c'est pour cela qu'elle est si en colère... Et pourtant... je ne peux juger cette femme comme elle le fait alors que je ne connais rien d'elle.

"Elle est partie, et je ne l'ai plus revue depuis, acheva finalement Calipso. Elle ne nous a jamais écrit, à mon frère et à moi, ni rien du tout. Quelques temps plus tard, nous avons appris qu'elle s'était apparemment mariée à son fiancé d'origine, qui n'avait jamais trouvé de femme depuis elle. Mon père était dévasté et très confus après son départ, mais il a fallu qu'il s'y accommode. Il a été un père aimant et s'est occupé de nous seul -enfin, aidé des autres membres de sa bande et des propriétaires de l'auberge. Après tout, il était le chef des Voleurs de Pontaudy. Mais il y a deux ans, mon père est mort dans des évènements assez troubles -mais toutes les affaires sont troubles à Pontaudy. Mon frère Robin est devenu le chef des Voleurs de Pontaudy à sa place, et il l'est toujours. Quand à moi... Je voulais tenter quelque chose de nouveau, faire de nouvelles rencontres et voir du pays, c'est pourquoi je suis partie de chez moi. Parvenue à Ablithia, il ne m'a pas fallu longtemps pour trouver le célèbre Carré de Tulipe, où des voyageurs du monde entier se rassemblent pour s'associer. J'espérais pouvoir m'intégrer rapidement à une équipe, et voilà que vous êtes arrivés et m'avez recrutée, sans vous préoccuper du fait que je sois une voleuse."

Il n'y avait, naturellement, pas grand chose à répondre à cela. Le fait était que ses trois compagnons de route qui, en ce qui les concernait, n'avaient pas eu une vie composée de tels déchirements -les deux Célestelliens avaient été réellement heureux jusqu'à leur chute de l'Observatoire, et même encore, ils se doutaient que leur destin aurait pu être davantage funeste- et ne savaient pas comment reprendre la conversation sans avoir l'air de ne pas se préoccuper de la vie de la jeune voleuse, ou sembler dégoulinants de pitié, ce qu'elle n'aurait sûrement pas apprécié. Daisy elle-même ne savait plus à quoi penser. Un silence inconfortable s'installa, et Calipso n'en parut pas le moins du monde troublée. Elle se contenta de rejeter à nouveau sa tête en arrière pour offrir son visage au soleil. Au bout de quelques minutes, la jeune Gardienne allait prendre l'initiative de dire quelque chose -n'importe quoi-, quand leur nouvelle alliée se redressa tout à coup et tourna la tête vers l'arrière du chariot, les sourcils froncés, attentive. Ils étaient loin d'avoir achevé la traversée de l'immense plaine herbeuse qui s'étalait aux pieds d'Ablithia, où se dressait parfois un arbre solitaire. Un petit vent soufflait; toutefois, le frémissement continu qui se faisait entendre derrière eux ne pouvait être par le seul effet de la brise. Daisy tourna de nouveau la tête.

Il y a des monstres juste derrière nous. Sans doute espéraient-ils nous prendre à revers. Le grincement des roues du chariot est fort; je n'ai pas entendu le bruit qu'ils faisaient en avançant dans les herbes, la première fois. Calipso possède une ouï étonnante pour l'avoir perçu tout de suite...

La Célestellienne s'arrêta et la voleuse sauta à bas du chariot tandis que Guy et Bram, qui n'avaient rien entendu, poursuivaient leur chemin. Elles échangèrent un regard. Dans les iris bleus de Calipso, Daisy crut luire une étincelle de défit, et d'appréciation aussi. Malgré ses précédentes paroles qui laissaient sous-entendre qu'elle se tiendrait en marge de l'équipe, qu'elle respecterait les décisions de ses coéquipiers et qu'elle était juste heureuse d'avoir été intégrée à une équipe, il était clair qu'elle jaugerait ses partenaires tout autant qu'ils la jaugeraient, elle. Elle voulait savoir de quoi ils étaient capables, et le fait que Daisy ait perçu le léger mouvement dans les herbes presque en même temps qu'elle l'impressionnait. Elle esquissa un sourire appréciateur.

Tu sembles vouloir te faire ta propre opinion de nous, à ce que je vois. Fort bien. Montre-moi ce dont tu es capable, et j'en ferai de même !

Cinq blaireaux-bongo jaillirent des plus hautes herbes à ce moment-là, brandissant haut la feuille tranchante qui leur servait d'arme. Sans se concerter davantage, les deux filles se lancèrent à l'attaque, l'une détachant sa rapière d'un ample mouvement de bras, l'autre dégainant un de ses couteaux. En entendant leurs deux compagnes de route partir en courant, Guy et Bram se retournèrent d'un air confus. Ce dernier, avisant la situation, s'indigna :

"Que n'auriez-vous pu me prévenir que nous étions attaqués !"

Mais il resta en retrait pour protéger le marchand, qui avait blêmi d'effroi. Ni Daisy ni Calipso ne prirent garde à eux. La première avisa le monstre le plus proche et le choisit immédiatement pour première cible. Elle se jeta sur lui, et lorsqu'il essaya de la faucher de sa grande feuille aux bords tranchants, elle s'immobilisa et l'arme de fortune lui passa au ras du nez. Sans attendre, alors que, dans son mouvement, la feuille se trouvait emportée au-dessus de la tête poilue de son possesseur, le laissant brièvement sans défense, elle l'attaqua et le pourfendit d'un remarquable coup critique. Il disparut dans une fumée bleutée. La jeune Gardienne s'accorda ensuite un bref répit pour chercher son alliée des yeux. Calipso possédait une rapidité et une agilité déconcertantes; il semblait presque que ses pieds ne touchaient même pas le sol tant elle filait au-dessus de l'herbe. A la façon dont elle tenait son poignard quand elle abattit coup sur coup deux blaireaux-bongo, Daisy comprit qu'elle avait recours à l'aptitude Besticide, et qu'elle ne leur avait donc pas menti. La jeune voleuse fit volte-face dans un gracieux mouvements de manteau et de cheveux roses et se tourna vers Daisy.

"Allez, semblaient dire ses yeux, montre-moi ce que tu sais faire !"

Je n'ai jamais vu autant de défi et d'assurance mêlés dans les yeux d'aucun mortel que j'ai croisé. Tulipe possède l'assurance sans le défi, et la princesse Élise parvenait à défier son père sans avoir l'air. Cette mortelle-ci est vraiment différente de ceux que j'ai déjà rencontrés...

La Célestellienne n'avait guère le temps d'y penser plus avant. Elle encaissa presque sans sourciller l'attaque d'un quatrième blaireau-bongo et contre-attaqua. En quelques passes et peu de dommages, elle l'avait vaincu. Elle se tourna alors vers le cinquième, le plus gros de tous, que Calipso observait avec méfiance. La jeune voleuse avait pris quelques coups de feuille, et l'un d'entre eux lui avait entaillé la tempe. Le monstre se jeta sur elle; elle esquiva le coup mais de justesse. Puis, prenant appui sur la pointe de ses pieds, elle bondit sur son assaillant pour le pourfendre de sa lame. Mais le montre para le coup de sa feuille, avec une force telle que l'onde de choc remonta dans la lame du couteau et jusque dans le bras de la jeune voleuse, qui en resta sonnée quelques instants. Le blaireau-bongo s'apprêtait à profiter de ces quelques instants pour attaquer à nouveau, mais Daisy le prit de vitesse. Elle se rua sur lui et le frappa dans le dos. Il fit volte-face et Calipso eut juste le temps de se pencher pour éviter la feuille. La jeune Gardienne recula un peu, hors de portée du monstre.

Quel colosse... et quelle force impressionnante !

Calipso bondit sur le dos de leur assaillant et le décora d'une entaille supplémentaire. Quand il se retourna pour la frapper, Daisy se jeta sur lui à son tour et réitéra le mouvement. En quelques passes, la Célestellienne et la voleuse vinrent à bout du monstre, qui s'effondra sur le sol et disparut. Essoufflées, elle prirent le temps de nettoyer leur arme et Calipso essuya le sang qui traçait un mince filet vermillon sur sa tempe et rougissait une mèche de ses cheveux roses. Elle se tourna vers Daisy et la regarda dans les yeux. Celle-ci lui rendit son regard.

Ainsi donc, voici de quoi tu es capable... Tu ne nous a pas mentis. Tu es vive, forte et adroite. Nous aurons certainement besoin de toi pour les combats à venir.

Et toi, alors ? Es-tu satisfaite de ce que tu viens de voir ? J'ose espérer que tu ne feras pas la fine bouche...

Calipso lui sourit, et cette fois-ci, c'était un vrai sourire, sans défi ni arrogance, juste un sourire appréciateur et amical.

"Tulipe ne m'avait pas menti à ton sujet, observa-t-elle en tendant la main. Tu es une guerrière impressionnante. Je crois que, désormais, nous pouvons réellement affirmer appartenir à une équipe.

-En effet, admit Daisy de bonne grâce en lui serrant de nouveau la main. J'étais curieuse de voir de quoi tu étais capable, moi aussi. Tu es définitivement la bienvenue parmi nous !

-Sans vouloir interrompre cette magnifique scène de sororité, intervint Bram qu'elles avaient presque oublié, je tiens à préciser que je n'ai pas eu l'occasion de me battre, moi. Tout ça parce que vous n'avez pas cru bon de me prévenir ! Pensez-vous donc que je vais me contenter de couvrir vos arrières ?"

Son ton était davantage boudeur que vraiment fâché. Calipso se tourna vers lui sans se départir de son sourire.

"Eh bien, nous t'enverrons une invitation, la prochaine fois, répliqua-t-elle sans méchanceté. J'ai hâte de te voir faire tes preuves.

-Tu penses donc que mes compétences sont inférieures à celles de Daisy, c'est ça ?

-Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, mon cher. Je suis sûre que tu seras parfait."

Difficile de savoir si elle se moquait ou était sincère.

Après cela, Calipso ne reparla plus de sa famille. C'était comme si exprimer enfin toute sa colère et son amertume lui avait permis de s'apaiser, temporairement, et de laisser tout cela de côté. Daisy soigna sa tempe grâce à Premiers Secours et ils se remirent en route. Les quatre voyageurs parlèrent d'Ablithia; Guy y raconta son expérience en temps que marchand, sans omettre une foule d'anecdotes toutes plus amusantes les unes que les autres sur les clients qu'il avait rencontré. Calipso parla de ses premières impressions quand elle y était arrivée, avec une foule de détails tantôt sérieux, tantôt légers, mais qui prouvaient son incroyable capacité d'observation et son attention à l'égard de toutes ces petites choses. Daisy et Bram avaient peu d'histoires à narrer sur la ville, mais ils firent de leur mieux afin que leurs compagnons ne leur posent pas de questions sur l'endroit d'où ils venaient tout de suite. Heureusement pour eux, Calipso et Guy parlaient assez pour quatre, et comme ils avaient l'air de bien s'apprécier, la conversation ne se tarit pas. Le groupe ne croisa plus aucun monstre de tout le trajet; apparemment, leur niveau était désormais trop élevé pour les créatures d'ici. A la tombée du jour, ils firent halte au bord d'un ruisseau. Le marchand transportait une tente démontable dans son chariot, et tandis que Bram et lui s'employaient à la monter, Daisy et Calipso s'éloignèrent en quête de bois pour faire un feu.

"Bien, ne crois pas que tu pourras te taire plus longtemps, entama la jeune voleuse une fois qu'elles se furent suffisamment éloignées. Tout à l'heure, Bram et toi avez fait votre possible pour éviter le sujet, mais je mérite de savoir.

-De savoir quoi ? demanda sa compagne alors qu'elle savait très bien de quoi il en retournait."

D'ailleurs, Calipso ne fut pas dupe.

"Tu sais très bien de quoi je parle, répliqua-t-elle. D'où venez-vous, Bram et toi ? Et qu'en est-il de votre famille ?"

La jeune Gardienne se pencha pour ramasser quelques branchages secs, près d'un petit bouquet d'arbres, pour se laisser le temps de se remettre en mémoire la fable qu'elle avait servie à Martial -enfin, avant de tout bêtement envoyer en l'air.

"Je n'ai pas de parents, commença-t-elle avant le plus de conviction qu'elle put. D'ailleurs, je ne les ai jamais connus.

-Orpheline, alors ? Comme moi, remarqua Calipso. As-tu des frères et sœurs ? Des grands-parents, des oncles ou tantes ? Des cousins, pour le moins ?

-Non, non, rien de tout cela.

-En ce cas, qui t'a élevée ?

-Deux... deux femmes, Enora et Libellule, qui s'occupent des orphelins de mon village. Elles m'ont appris à lire et à écrire. Et puis, mon maître a pris en charge mon éducation militaire. L'escrime, le combat rapproché, mais aussi la connaissance des plantes médicinales, l'histoire, la géographie, toutes ces choses."

Ah, Maître...

Calipso interrompit sa besogne, qui consistait à arracher un buisson sec et rabougri. Sans lâcher sa prise, elle se redressa et contempla longuement Daisy.

"Tu sembles très attachée à lui, remarqua-t-elle.

-En effet, reconnut la jeune Gardienne de bonne foi. C'est mon maître, j'ai passé des journées entières avec lui. Il m'a appris tant de choses et a toujours été là lorsque j'en ai eu besoin, même s'il n'est sûrement pas le plus chaleureux des mentors. Maintenant que j'y pense, il est à peu près le seul repère que j'ai.

-Je comprends, répondit la jeune voleuse en retournant à son arbuste. Cette déférence et cette admiration que tu éprouves à l'égard de ton maître, je les éprouvais pour mon père. Ce n'était sans doute pas le plus ouvert ni le plus démonstratif des pères, mais je l'aimais très fort."

Elle soupira, puis tira d'un coup sec sur l'arbuste et l'arracha du sol. Tandis que de la terre lui tombait sur les chaussures, elle s'enquit :

"A ce sujet, comment s'appelle-t-il ?

-Qui, mon maître ? Aquila. Il s'appelle Aquila.

-Aquila ? Ca sonne bien comme nom. J'apprécie."

Calipso n'ajouta rien ensuite, et Daisy ne sut pas comment reprendre la conversation. Elles revinrent auprès de Guy et de Bram avec leur provision de bois sec et l'arbuste desséché, juste au moment où la plaine se retrouvait plongée dans le noir. Experte dans l'art d'allumer des feux, la jeune voleuse ne prit guère de temps à faire s'embraser le bois et bientôt, de grandes flammes crépitaient joyeusement au milieu du cercle qu'ils avaient formé. Guy improvisa une broche avec l'une des branches qu'il avait mise de côté et y disposa de grands morceaux de viande encore fraîche, et qui devrait être mangée rapidement, qu'il fit ensuite rôtir au-dessus du foyer. Il coupa ensuite de larges tranches de pain blanc, trancha des lamelles de pommes de terre qu'il fit également griller au-dessus du feu et enfin, exhuma de l'un des chariot un ballot rempli de fruits frais.

"C'est bien la première fois que je mange autant en un seul repas, s'extasia Calipso une fois le copieux dîner expédié. Transportez-vous assez de cette délicieuse nourriture pour que nous puissions nous remplir correctement l'estomac jusqu'à Bacili ?

-Voyons, petite, un marchand prépare toujours soigneusement ses voyages, répliqua-t-il en riant devant les yeux brillants de convoitise de la jeune voleuse. Il y a assez de nourriture dans ces chariots pour tenir un mois ! Il faudra par contre vous contenter de produits séchés au fil des jours, les prévint-il ensuite. Sauf si nous trouvons des villages pour nous approvisionner en chemin."

Des villages entre Ablithia et Bacili ? Je ne connais rien de tel... Ces régions sont censées avoir été dévastées par les mortels...

Comme tout le monde se sentait fatigué après ce premier jour de voyage et que, se connaissant peu, on avait peu de choses à se dire, Bram et Calipso allèrent se coucher dans la tante -il y avait de la place pour deux personnes-, tandis que Guy s'occupait de ses chevaux et que Daisy montait la garde à côté des braises mourantes du foyer. Les genoux remontés et le menton posé dessus, elle laissa vagabonder ses pensées en fixant l'horizon plongé dans le noir.

Je prends conscience seulement maintenant que ce voyage sera terriblement long. Deux semaines...

Je ne me rappelle même plus depuis combien de temps je suis tombée de l'Observatoire. Il me semble être coupée des miens depuis plus d'un an !

Enfin, au moins, Bram est avec moi... Mais nous n'aurons guère plus l'occasion de converser à propos de chez nous et des nôtres, maintenant que nous avons recruté une mortelle...

Cette fille est une bonne alliée. Habile, forte, et je lui fais confiance. Pourtant, lorsque nous rentrerons chez nous, nous serons obligés de la laisser derrière nous. Comme Bérangère et Tulipe...

Qu'est-ce que disait Stella, déjà ? "Les adieux seraient bien trop douloureux". Elle avait raison.

Tiens, à ce propos, elle ne s'est plus manifestée depuis notre départ...

Daisy vérifia que Guy était trop absorbé par sa tâche pour l'entendre, puis elle appela à voix basse :

"Stella ? Tout va bien ? Je te trouve bien silencieuse depuis notre départ."

La petite fée ne prit même pas la peine de sortir du corps de la jeune Gardienne pour répondre. Sa voix de princesse retentit aussitôt dans son esprit, et Daisy la sentit vexée :

"Pfff, pourquoi me casserais-je les ailes à voler autour de vous ? Pour que vous me bousculiez ? Pour entendre les platitudes qui sortent de la bouche de vos nouveaux amis ? Nom d'une météorite, je n'ai jamais vu de mortels aussi ennuyeux !

-Tu dis ça de tous les mortels que je croise, remarqua Daisy par le même biais.

-Eh bien, cela sont les pires ! riposta Stella. Mais si tu veux faire ami-ami avec des personnes aussi indignes d'intérêt, alors que tu m'as, moi, grand bien te fasse !

-Stella, serais-tu jalouse ou bien je rêve ?

-Jalouse, moi ? Comment pourrais-je être jalouse de quelqu'un qui ne m'arrive pas à la cheville ?

-C'est toi qui nous a suggérés de les prendre avec nous.

-Eh bien, j'aurais pu m'abstenir !"

Et la petite fée ne parla plus. Daisy haussa les épaules et décida de la laisser bouder. Plus tard, Bram et Calipso vinrent la relayer pour monter la garde. Allongée sur le ventre, dans sa couverture, et la tête tournée vers l'entrée de la tante, elle les vit s'assoir par terre et bavarder gaiement. Maintes fois, elle les entendit éclater de rire.

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Les jours suivants furent fort semblables; le convoi avançait bon train en direction de Bacili, Daisy, Bram et Calipso éliminaient les monstres qui s'en approchaient trop -sans doute attirés par les provisions-, la tombée du jour était l'heure de la halte, on mangeait, on parlait un peu de sa vie, on dormait à tour de rôle et le voyage reprenait le lendemain. Les quatre voyageurs parlaient si souvient qu'au bout de quelques jours à peine, ils connaissaient tout les uns des autres -ou du moins, tout ce que chacun se permit de raconter. Daisy avait raconté à Guy la même histoire qu'à Calipso, et de fait pouvait parler presque librement des autres novices, de celles qui l'avaient élevé, de son chef et de son maître. Bram faisait passer Héphaïstos pour son père adoptif, et narrait avec conviction tout ce qu'il lui faisait faire -d'injuste bien évidemment-, décrivait les autres mentors, les autres apprentis, les imitait et se moquait d'eux gentiment, provoquant souvent des éclats de rire de la part de tout le monde. Calipso parlait de son enfance à Pontaudy, et décrivait cette ville délabrée avec tant de passion qu'on ne pouvait s'empêcher de lui trouver du charme. Guy enfin narrait son expériences et ses nombreux voyages à travers le monde, dont il avait une vision bien différente des deux Célestelliens. Stella continua de bouder, ou peut-être s'était-elle endormie car Daisy ne la vit plus de tout le périple.

Au bout de deux jours, ils mirent le pied dans la région de Bacili à proprement parler. Les deux Célestelliens et Calipso furent époustouflés par ces immenses champs de toutes sortes qui parsemaient la plaine, surtout une fois que le soleil se coucha, les baignant d'or. Ce fut à cette occasion-là qu'ils tombèrent sur les villages-relai. C'était une fin de journée semblable aux précédentes, le soleil éclaboussait les champs de sa lumière et le ciel se parait d'orange. En périphérie de l'un des champs, Bram le premier aperçut une série de bâtisses en pierre blanche et au toit bleu, au nombre d'une vingtaine tout au plus, et autour desquelles s'activaient des femmes étendant leur linge, de jeunes enfants dans leurs jupes.

"Ôtez-moi d'un doute, lança Bram une fois que ses compagnons l'eurent rejoint. Ce petit village ne peut pas être Bacili, n'est-ce pas ?"

Le groupe de bâtisses n'avait en effet rien de commun avec l'immense cité grouillante de monde qu'on leur avait promise. Guy ne semblait pas déstabilisé pour autant.

"Non, répondit-il, c'est l'un des villages dont je vous avais parlé. Vous doutiez de leur existence; en voici la preuve."

Daisy avait un peu du mal à en revenir.

Des villages ? Ici ? Au milieu de nulle part ? On ne nous a jamais rien dit de tel ! Cette région était supposée avoir été dévastée par les mortels... Qui s'occupe donc de ces gens ? Il n'y a l'air d'avoir de statue de Gardien nulle part...

"Je n'avais jamais entendu parlé de villages dans cette région, annonça Bram, faisant écho aux pensées de sa compagne. Et pourquoi semble-t-il désert ?

-Les villageois exploitent les champs qui se trouvent alentour, et emmènent brouter leurs pâturages à divers endroits, expliqua le marchand. Ils changent donc de villages -il y en a une dizaine comme celui-là, dans la région- régulièrement. Mais certains habitants demeurent dans les villages pour les défendre et éviter que des monstres ne viennent le saccager.

-Ces dames savent donc se battre ?

-Bien sûr. N'oublie pas, mon jeune ami, qu'ils vivent avec ce qu'ils peuvent depuis des siècles. Ils savent tous se battre."

Pourquoi donc ne nous avoir jamais parlé de ces villages ? Je ne puis envisager l'option qu'aucun Célestellien n'est au fait de leur existence : de nombreux Patrouilleurs quadrillent la région de Bacili. Est-ce parce que ce sont des villages mineurs ? Ou parce que leurs habitants n'y restent jamais bien longtemps ?

Les quatre voyageurs firent une courte halte dans ce village presque désert, le temps d'une nuit. Ils furent hébergés dans une des nombreuses maisons vacantes, et purent dormir dans un lit pour la première fois depuis plusieurs jours. Pendant le souper, les villageoises leur parlèrent peu -il n'y avait pas quand chose à dire-, mais leur offrirent du fourrage pour les chevaux, ainsi que des fruits frais et de la viande fraîche. Avant de partir, Daisy leur demanda quel était leur Gardien. Elles répondirent qu'elles n'en avaient pas, qu'elles croyaient au Tout-Puissant et aux Gardiens en général sans en vénérer un en particulier. Cela laissa la jeune Célestellienne songeuse.

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Vers la fin de la treizième journée, la colossale silhouette blanche de la ville se dessina à l'horizon. Déjà de loin, cette ville paraissait imposante, peut-être davantage qu'Ablithia. Daisy partit devant, avançant rapidement sur le petit chemin de terre, tandis que Bram et Calipso poursuivaient leurs bavardages à côté du chariot. A l'heure où le soleil déclinant éclaboussait d'orangé les champs dorés, les murs blancs de la ville et les vagues blondes des cheveux de Daisy, le convoi parvint devant les portes de Bacili. La Gardienne de Chérubelle se tenait là, au pied des hauts murs, et s'étalait devant elle la large avenue pavée qui traversait la ville en son milieu. Sans un mot, interpelés et vaguement inquiétés par son silence, Bram et Calipso vinrent se ranger de part et d'autre de leur amie. Tandis que les charrettes s'arrêtait derrière eux dans un grincement de roues, Daisy déclara, les yeux levés vers les hauteurs de la ville :

"Ca sent la mort, par ici."

Une légère brise soufflait sur les champs et souleva les cheveux des quatre amis. En effet, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l'air, un relent putride qui donnait vaguement la nausée, avec une légère arrière-odeur de sang. Cette odeur dérangeante avait tout pour rappeler la mort.

"La maladie, plutôt, la corrigea Calipso sans s'émouvoir. Et pour une ville aussi gigantesque, celle-ci me paraît curieusement calme."

La cité avait en effet tout pour impressionner. De pierre blanche crayeuse bordée d'ardoise argentée, bâtie en terrasses, elle s'élevait sur trois étages, peut-être même quatre, et sur chaque hauteur pointaient les toits bleus des maisons, se dressaient des bouleaux et s'étendaient des plaines herbeuses. Les portes de la ville étaient ouvertes, et, perché au sommet de deux tourelles, deux statues de Gardien se dressaient vers le ciel, le soleil déclinant les parant d'un halo doré éblouissant.

Deux Gardiens ? Tiens, voilà qui est étrange... A ma connaissance, seul Pincio veille sur Bacili.

"On dit que Bacili est une ville marchande, grommela Guy, préoccupé. Pourtant, comme l'a dit la petite, il n'y a pas âme qui vive et cette cité est par trop paisible.

-Pas paisible, calme, le détrompa Calipso avec un froncement de sourcils démontrant clairement qu'elle avait compris quelque chose."

Les trois amis s'entreregardèrent.

"Quoi qu'il en soit, nous n'apprendrons rien en restant ici à nous dévisser le cou, alors entrons, décida Daisy."

Alors qu'elle s'avançait d'un pas sur le chemin de terre, une silhouette émergea de derrière l'une des tourelles. L'homme, car c'était un homme, pâle, maigre, las, visiblement soucieux cependant, leur adressa un regard d'avertissement.

"Je ne veux pas vous faire peur, mais je ne m'approcherais pas de cette ville, à votre place, les prévint-il.

-Et pourquoi donc, Monsieur ? s'enquit poliment Daisy.

-Parce que les jours de Bacili sont comptés, répondit l'homme d'une voix fatiguée. Souvenez-vous de mes paroles. Si vous ne voulez pas mourir, passez votre chemin."

C'est bien ce qu'il me semblait. Il se passe quelque chose, ici... Quelque chose de bien plus effroyable que ce qu'il s'est passé à Ablithia.

La jeune Célestellienne se tourna vers ses deux compagnons de route et vers Guy. Ce dernier ne descendit même pas de son chariot, il secouait la tête d'un air qui suggérait tout à fait qu'il ne fallait pas le lui dire deux fois.

"Hors de question que je mette les pieds dans cette ville après un avertissement comme celui-ci, décida-t-il d'une voix sans appel. Si nous entrons, nos jours seront comptés, et je n'ai pas l'intention de me mettre en danger pour si peu. Vous devriez faire comme moi, les enfants, et vous éloigner de cette cité dès maintenant.

-Ce vieux marchand ne sait pas de quoi il parle, s'exaspéra Stella, , qui avait fini par réapparaître, à l'oreille de Daisy. Vous êtes des Célestelliens, tout de même, pas de faibles mortels ! Et vous avez besoin de la bienveillessence que vous récolterez ici pour rentrer à l'Observatoire !

-J'ai bien peur que nous ne puissions pas faire demi-tour, répondit la jeune Célestellienne. Notre but était d'atteindre Bacili, et c'est chose faite. Maintenant, si un si grand péril plane sur cette ville, notre devoir est d'aider ses habitants.

-Les héros ne sont pas toujours invincibles, petite, la prévint Guy. Et tu as entendu ce que cet homme a dit. Tu y laisseras ta peau, si tu entres dans cette ville."

Daisy regarda tour à tour Bram, puis Calipso.

"Qu'en pensez-vous ? leur demanda-t-elle. Êtes-vous prêts à courir le risque ?

-Mais on s'en fiche, de ce qu'ils pensent ! s'exaspéra Stella. S'ils n'ont pas le courage de passer outre des menaces aussi vagues, tant pis, on peut très bien se débrouiller toutes seules !"

Sa compagne l'ignora, et Bram fit de même, répondant plutôt :

"En ce qui nous concerne, nous n'avons guère le choix. Par contre, Calipso, peut-être ne voudras-tu pas prendre ce risque...

-Nous sommes une équipe, désormais, rétorqua la jeune voleuse d'un ton sans réplique. Si vous désirez vous aventurer dans cette ville, je viens aussi. Peu importe ce danger inconnu, je le braverai avec vous."

Daisy hocha la tête, appréciant cette intégrité.

"Je suis désolée, Guy, dit-elle ensuite à celui qui les avait accompagnés. Il semblerait que nos chemins se séparent ici.

-Vous devez être à moitié fous, les enfants, soupira-t-il en secouant la tête, ou peut-être votre âge vous fait-il penser que vous surmonterez tous les périls. Soit, que nos routes se séparent ici. J'espère que, quelque soit cette menace qui plane sur Bacili, vous en ressortirez indemnes."

Quelques poignées de main maladroites s'échangèrent, puis le marchand fit volte-face et fit faire de même à ses deux autres chevaux.

"Pour ma part, je vais continuer vers l'est, conclut-il en les saluant de la main. Au revoir, les enfants, et bonne chance !

-Si vous passez par Pontaudy un jour, lui cria Calipso avec un petit sourire en coin, dites que vous me connaissez, moi, Calipso, la sœur du chef des Voleurs de Pontaudy. Cela devrait vous éviter un tas d'ennuis, et sans doute un traitement de faveur !"

Guy lui répondit d'un dernier geste de la main et ne se retourna plus. Les trois aventuriers pivotèrent de nouveau vers la ville, et cette fois-ci, y entrèrent sans hésitation. Une fois à l'intérieur des murailles, on était tout de suite saisi par la grandeur de la ville. Pas seulement par ses larges escaliers, ses terrasses qui s'élevaient vers le ciel ou ses murs titanesques : cette cité était tout bonnement splendide. Toutefois, le silence presque total qui y régnait, et cette répugnante odeur dont ils finiraient par s'habituer, couvraient les rues d'une chape de malaise et d'appréhension. Parfois, leur regard saisissait le mouvement d'une silhouette à l'angle d'un mur, mais toujours ces silhouettes étaient voûtées, traînantes, affaissées, se mouvant les épaules basses et laissant souvent échapper un soupir. Dans tout ce silence, aucun des trois voyageurs n'osa prendre la parole. Stella, bien sûr, ne se gêna pas :

"Eh bien, ce n'est pas la grande joie, par ici, fit-elle remarquer sans paraître autrement perturbée. Je crois que tous ces mortels ont besoin d'un sérieux remontant. Ca ira sans doute mieux quand tu les auras aidés."

Daisy, pour ne pas passer pour folle auprès de Calipso, ne répondit rien. La route pavée qui traversait la ville en son milieu les mena tout droit à l'une des auberges de la ville, nichée sous un large pont qui reliait les deux terrasses supérieures.

"Nous devrions peut-être entrer et louer une chambre pour la nuit, fit valoir Daisy, qui allait en tête, en s'arrêtant devant l'immense double porte de l'auberge. Il fera nuit sous peu; toute enquête maintenant n'aboutirait sûrement pas à grand chose.

-Ca me va, répondit Calipso. Nous serons plus à même d'aider ces gens avec l'estomac plein, après un bain chaud et une vraie nuit de sommeil.

-Je me demande quand même, déclara Bram tout haut, ce qui peut peser sur cette ville.

-Si tu veux savoir ce qui se passe à Bacili, tu devrais discuter avec le maire, intervint une voix sur leur droite."

Les trois amis se tournèrent vers l'origine de la voix, un homme d'âge mûr à l'air un peu moins abattu que les rares passants qu'ils avaient croisés jusque là.

"Le maire, dites-vous ? répéta Daisy pour en apprendre davantage. Où pouvons-nous le trouver ?

-Germain le maire habite le manoir sur la terrasse qui surplombe la ville, la renseigna-t-il. Tu ne peux pas la louper."

La jeune Gardienne le remercia et interrogea ses compagnons du regard.

"Il semblerait que nous allons devoir reporter repas et bain chaud à plus tard, remarqua Calipso sans que son amie ait besoin d'ouvrir la bouche. Rendons-nous tout de suite chez ce maire, histoire d'en apprendre davantage.

-Ne pourrions-nous pas nous restaurer d'abord ? se lamenta Bram, dont le ventre grommelait depuis une ou deux heures déjà.

-Eh bien non, nous ne pouvons pas, répondit la jeune voleuse sans se laisser attendrir. Nous aurons faim, et au moins aurons-nous étanché notre soif d'informations !"

Et, espiègle, elle ajouta :

"Et puis, c'est bientôt l'heure du souper... Avec un peu de chance, il nous conviera à sa table.

-Oui, s'il commence par nos recevoir, fit valoir Daisy."

Il leur fallut plus d'une demi-heure de déambulations hasardeuses de terrasses en terrasses, entre les maisons identiques et les espaces verts, en passant par de nombreux escalier harassants et des passages en intérieur, avant de parvenir devant un somptueux manoir de pierre blanche, au toit bleu, qui comportait deux étages. La lourde porte aux anneaux de cuivre était légèrement entrouverte. Daisy n'hésita pas longtemps.

"Je crois qu'il est temps de tirer cette affaire au clair, déclara-t-elle."

Les trois amis pénétrèrent avec prudence dans l'immense bâtisse.