Bonjour tout le monde,
voilà, nous y sommes, la fin de ce travail. J'espère que vous avez pris du plaisir à me lire.
Bonne lecture
Ailleurs qu'au près d'elle
Partie 4
Londres
Vous sortez du bureau sous une pluie battante. Camouflés sous vos capuches vous rejoignez rapidement votre bar habituel, celui dans lequel vous venez vous détendre lorsqu'une journée ou, comme maintenant, une semaine a été particulièrement longue. L'ambiance des lieux ressemble à n'importe quel pub de Londres, la musique est légèrement trop forte et les lieux sentent la friture et la bière mais vous vous y sentez bien d'autant plus qu'ils cuisinent à emporter ce qui vous arrange particulièrement sur certaines enquêtes. Auguste s'engouffre le premier suivit de David puis de toi. La porte claque derrière toi due au vent et tu ressens rapidement le bien être de la chaleur ambiante du lieu. Le pub est presque vide mais il est encore tôt pour un vendredi soir.
Tes collègues s'installent à votre table habituelle tandis que tu te diriges vers le bar pour commander vos bières. La barmaid te souris en déposant ta commande devant toi et glisse sa main sur la tienne en te donnant les dernières bières. Tu rougis à ce geste et elle en profite pour s'approcher de ton oreille alors que tu te figes.
- Si tu as le temps, je finis dans deux petites heures.
Son souffle caresse ton point sensible juste en dessous de l'oreille et tu frissonnes le manque de sexe te va assez mal. En retournant à table avec les trois bières tu éloignes de tes pensées les images de la dernière fois où on a touché ton corps. Cela fait maintenant deux mois que tout cela est derrière toi. Tu as changé ton mail et ton numéro de téléphone et même si tu sais qu'Henry sera blessé que tu l'aies abandonné une nouvelle fois, tu ne pouvais plus supporter les choses après ce qu'il s'est passé au mariage. Bon sang ! Quelle mariée se tape sa maîtresse le jour des noces.
Tes collègues t'interpellent et cela te fais redresser la tête. Tu t'installes aux côtés d'Auguste et vous levez vos verres.
- A Em', pour ta titularisation. On est content de t'avoir dans l'équipe. Te dit David avec un grand sourire.
- Merci les gars, je sens que je vais bien me plaire ici.
Et tu le penses vraiment. Tes collègues sont très sympa, la ville est charmante même s'il pleut tout le temps et surtout il y a des milliers de kms de distance entre Régina et toi. La voix d'Auguste finit par te sortir une fois encore de tes réflexions.
- Je crois que t'as une touche ma grande… dit-il en te montrant la serveuse qui te dévisage du bar.
Elle est vraiment jolie, une rousse avec des pupilles vertes et un air espiègle porté sur son visage. Vos regards se croisent et tu lui souris. Finalement tu peux attendre deux heures.
Tu passes au bar récupérer les commandes pour tes coéquipiers et tu en profites pour déposer un baiser sur les lèvres d'Anna. Ta petite amie t'accueille avec un grand sourire et prolonge votre contact.
- Je vous ai mis une double dose de frites. Je te retrouve chez toi ce soir ?
Tu réprimes une grimace et lui réponds avec ton air désolé que l'enquête sur laquelle vous vous trouvez risque de prendre du temps et que tu ne sais pas à quelle heure tu vas finir. Elle comprend, et tu la remercies pour sa bienveillance. Toi qui refusais la moindre relation jusque-là tu veux vous laisser une chance. Tu ne peux plus laisser Régina embrumer ta vie sentimentale.
Alors que tu déposes un dernier baiser sur les lèvres d'Anna avant de te saisir de ta commande pour t'en aller, tu ne remarques pas, plus loin, le regard de braise qui est posé sur toi tandis que des phalanges se serrent contre le bois de la table.
La fin de la semaine arrive avec bonheur. Tu ne sais plus quel jour tu vis et la seule chose dont tu rêves, c'est de passer le week-end en amoureux avec ton lit. Sauf que lorsque tu rentres chez toi, Anna est déjà là à t'attendre, des bougies sur la table et une bonne odeur de cuisine. Ses efforts sont louables et tu apprécies à sa juste valeur tout le mal qu'elle s'est donnée pour que votre soirée soit agréable. Cela fait un mois que tu sors avec elle et quand elle te le fait remarquer, cela te crispe. Visiblement ce n'était pas suffisamment discret car sa mine déçue t'indique que cela avait de l'importance à ses yeux. Voyant que tu lui as fait de la peine, tu t'approches d'elle pour la prendre dans tes bras et t'excuser. Ton air désolé doit être convainquant.
- C'est pas grave Em'… tu te rattraperas une autre fois.
Elle t'embrasse pour te faire comprendre qu'elle ne t'en veut pas mais toi tu n'arrives pas à passer au-dessus du fait que tu es vraiment engagé dans une relation. Parce que relation veut dire sentiments et que tu es bien décidée à ne pas refaire dans le sentimentalisme. Anna ne remarque pas ton absence mentale et se détache de toi pour t'emmener vers la chambre. Cela te parait plus simple que de discuter alors tu la laisses t'emmener.
Les bancs de St Marylebone School se remplissent de parents et tu te demandes encore ce que tu fais là. Anna te tient la main tandis qu'elle discute avec sa sœur, une blonde un peu froide du nom d'Elsa. Tu ne participes pas à la conversation et tu te sens presque de trop dans cet établissement. Il y a quelques semaines quand Anna t'as dit qu'elle souhaitait te présenter à sa sœur, tu n'avais pas imaginé que cela aurait lieu le jour de la fête de l'école de sa nièce. Alors, quand la voiture de la famille Andersen a débarqué chez toi, tu as suivi le mouvement. L'accueil d'Elsa avait été froid, tu te doutes bien que ta place n'était pas avec eux. D'autant plus que leur voiture et leurs tenues respirent le fric. Tu fais quand même légèrement tâche avec tes fringues, même si ce sont les plus classes que tu avais dans ta pauvre armoire. Anna, elle, est très belle dans sa robe mi longue bleue, ses cheveux sont relevés dans un chignon un peu lâche et sa veste blanche finit sa tenue. Toi tu n'avais que ton éternelle veste en cuir rouge alors ton amante t'en a prêté une. Elle est légèrement trop petite pour toi mais cela ne se remarque pas si tu la laisses ouverte. Evidemment tu aurais préféré pouvoir la fermer car il ne fait quand même pas chaud au mois d'octobre.
Tu regardes ta montre en soupirant, tu espères que cette fête ne va pas durer longtemps car te retrouver ainsi entourée de gamins ne fait que te faire penser à ton fils que tu as lâchement abandonné une fois encore. Evidemment, vu que tu n'as pas raconté cette partie de ta vie à Anna, tu ne peux pas lui fournir cette excuse pour t'échapper. Tu espèrerais même une urgence au boulot, c'est dire !
Les lumières de la salle s'éteignent soudainement, faisant taire immédiatement le brouhaha des conversations. Une jeune femme, qui se présente comme institutrice fait un discourt d'ouverture alors que les enfants se rangent en silence derrière elle. Anna finit par montrer une petite fille blonde au premier rang, dans une robe verte de l'école.
- C'est ma nièce Lily là-bas au premier rang.
Anna semble très enthousiaste, Lily est le rayon de soleil de sa vie même si tu sais qu'elle rêve de fonder une famille. Elle t'a déjà lancé quelques perches à ce sujet mais tu les évites continuellement. Tu n'es pas encore prête à assumer ton passé et c'est ce qu'elle te reproche le plus. Alors que tu allais lui répondre, ton sourire disparaît complètement pour laisser place à un sentiment d'horreur qui pénètre ton cœur. Ton regard s'est arrêté sur un uniforme bleu. Tu fermes les yeux dans l'espoir que la vision de cauchemar que tu viens d'avoir disparaisse. Sauf qu'en rouvrant les paupières ton fils n'a pas disparu.
Tu recraches tes boyaux sur le béton entre deux voitures et les gens qui passent à côté de toi te regardent avec un regard de dégoût. Tu ne sais pas vraiment comment tu as fait pour t'extirper de la salle mais tu as réussi. Tu n'as rien dit à Anna et même si elle t'en voudra surement d'être partie, rien ne peut être pire que de se retrouver face à ce regard qui te fait tant penser à Neal.
Tandis que tu recraches encore la bile amassée au fond de ton estomac, une main vient se poser sur ton épaule et une autre te tend un mouchoir. Anna est vraiment une chouette fille et tu relèves finalement les yeux pour la remercier mais tu ne t'attendais pas à croiser un regard brun que tu connais par cœur. Une sueur froide remonte ton dos et tes jambes lâchent sous la chute de tension dans ton organisme. Les fesses par terre dans tes restes de repas, tu craques nerveusement. Les larmes de rage coulent sur tes joues silencieusement alors que Régina se penche vers toi pour te remettre une mèche de cheveux derrière l'oreille. Comme brulée, tu fais un bond pour échapper à ce contact mais tu ne vois pas la route derrière toi et tu manques de te faire renverser par une voiture. La main de Régina te rattrape de justesse et dans le mouvement, elle t'attire dans ses bras.
- Emma…
La manière dont elle prononce ton prénom te fait réagir et tu la repousses.
- Putain, qu'est-ce que tu fous là ! T'es pas sensée être en train de vivre le parfait conte de fée avec ton bucheron ! Non parce que t'es pas supposée te faire sauter lors d'une lune de miel ?… A moins que vous n'ayez justement décidé de me pourrir un peu plus la vie en venant vous installer dans le coin ! T'as pas le droit Régina, tu m'entends, t'as pas le droit de réapparaître comme ça dans ma vie, de foutre tout en l'air !
Ca y est ! La sensation d'étouffement a été remplacée et tu es en colère. Malgré son air triste et son regard coupable tu es trop énervée pour te laisser avoir. Alors que tu continues de l'accabler de phrases plus méchantes les unes que les autres, la pluie se met à tomber. Manquait plus que ça. Pourtant vous restez là et lorsque plus un mot ne semble sortir de ta bouche, elle s'approche de toi, malgré l'odeur de vomi et vos vêtements trempés, elle t'embrasse.
Vidée de tes forces, tu ne sais plus dans quelle réalité tu vis. Malgré tous les efforts du monde, les baisers d'Anna ne pourront jamais te procurer un dixième des sensations de ceux de ton ex-amante. L'air finit par vous manquer et elle t'attrape la main pour vous ramener à l'intérieur. En passant par un dédalle de couloirs pour rejoindre son appartement de fonction, vous disparaissez derrière une porte sans voir qu'au loin, Elsa serre les poings tandis qu'elle projette déjà de te faire souffrir.
Régina te conduit vers la salle de bain et elle t'aide à te déshabiller. Son regard de dégout se pose sur tes vêtements et elle s'empresse de les mettre dans un sac plastique. Tu te glisses dans le bain sans pudeur, de toute façon elle t'a déjà vue à poil et vu l'affaiblissement dans lequel tu te trouves, tu n'es pas capable de refuser son réconfort. Ses mains massent ta tête et doucement, ta respiration se fait plus lente et tu te laisses bercer par sa voix qui chante de manière apaisante.
Délicatement, tu sens ses bras se glisser sous ton corps et t'allonger dans un lit. Les effluves de parfum à tes côtés t'enferment dans une bulle de confort et finissent par te faire sombrer dans un sommeil imperturbable.
Régina est réentrée dans ta vie depuis maintenant deux semaines et depuis que tu l'as quittée le lendemain de ta soirée de crise, un respect commun de distance s'est installé. Quand tu t'es réveillée ce matin-là, juste un numéro était posé sur le bar te demandant de la rappeler. Tu ne sais pas bien encore si tu vas la rappeler ou pas pourtant la curiosité de savoir ce qu'elle fait installée à Londres est vraiment forte. Ton esprit chasse tes réflexions et se porte sur un dossier lorsque ton téléphone sonne. Un numéro inconnu apparait à l'écran et tu t'empresse de répondre.
- Swan…
- Bonjour, c'est Elsa. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je suis devant le restaurant de ma sœur et je vous attends.
- Excusez-moi mais il ne me semble pas qu'Anna ait mentionné un quelconque rendez-vous ?
Tu ne sais pas ce que te veux la sœur de ta petite amie mais son ton peu commode t'agace prodigieusement.
- Ecoutez, je sais que le soir du gala à l'école vous avez fini votre soirée chez une femme. En réalité, je m'en fou mais je ne veux pas que vous fassiez souffrir ma sœur alors je vous attends devant son restaurant car je préférerais qu'elle l'apprenne de votre bouche plutôt que de la mienne…
Sa menace et ses informations te laissent surprise, tellement que lorsque ta réflexion sur le fait que cela ne la regarde absolument pas arrive, elle a déjà raccroché.
Tu enfiles ta veste rapidement sous le regard suspect de David.
- Un problème ?
Tu lui souris en lui répondant que tout va bien et tu espères que le mensonge ne sera pas trop visible.
David te retrouve vers 14h avachie sur un banc du parc jouxtant Scotland Yard.
- Tu veux en parler…
Tu relèves les yeux vers lui et lui adresse un sourire triste. Y'a pas grand-chose à dire finalement. Anna n'a pas bien pris les choses, bien qu'en réalité tu ne l'aies pas trompée, l'idée que tu aies pu lui cacher autant de choses sur toi lui a prouvé ton faible engagement personnel et émotionnel. En même temps Régina a toujours eu la place que tu as voulu lui garder et quoi que tu fasses tu ne peux lutter contre ça. Le seul moyen que tu as trouvé était de t'éloigner mais maintenant que la distance est si faible, comment imaginer faire comme si ça n'existait pas… Tu sors de tes pensées lorsque tu réalises que David s'est installé à tes côtés.
- L'Amérique te manque ? te demande-t-il prudemment.
- Non, c'est plus compliqué…
- C'est Anna ?
Tu soupires, Anna n'avait pas tort. Bien qu'elle ne sache pas toute l'histoire concernant Régina, elle n'a pas tort dans le fond. S'accrocher à une femme mariée… bon sang, t'as rien retenu ! David parle à tes côtés, de tout, de rien pourtant tu ne l'écoutes pas. Tu revois danser devant tes yeux l'image d'une femme qui te hante. Tu ne sais pas ce qu'elle fait désormais à Londres surement une mauvaise blague cosmique qui te poursuit.
- Toi, t'as rien écouté de ce que je viens de te parler
La voix de David te fait reprendre tes esprits et tu lui adresses un regard désolé. Il ne t'en tient pas rigueur et d'un regard à sa montre, il te propose de venir manger chez lui ce soir. Une bière ne te fera pas de mal alors tu acceptes.
La porte de l'appartement de David s'ouvre alors que vous êtes dans la cuisine et la voix d'une jeune femme que tu connais bien tente de se faire entendre.
- David ! Je suis rentrée… viens, il faut que je te présente ma nouvelle responsable. Je lui ai proposé de rester manger. Ho tiens ! Emma ! C'est cool que tu sois là !
Ton estomac vient instantanément de descendre dans tes chaussettes. Tandis que vous aviez rejoint Mary dans le salon, tu as instantanément mis les yeux sur la personne qui l'accompagnait. Regina ne lâche pas ton regard et tu sens la blessure de ton cœur se faire rouvrir par ses talons aiguilles. Malheureusement, l'étreinte chaleureuse que t'offre Mary n'est même pas assez suffisante pour t'éviter d'avoir l'impression de suffoquer. Elle finit par s'éloigner de toi et reprends avec son air enjoué qui te file la nausée.
- David, Emma, je vous présente Régina. C'est la nouvelle directrice de St Marylebone. Elle est toute seule alors je me suis permise de l'inviter.
- Bonjour, effectivement, Mary a eu l'extrême gentillesse de m'inviter, j'espère que je ne dérange pas. Mon fils doit rester à l'internat comme ses amis pour ne pas être soupçonné de favoritisme.
Tu te doutes que la dernière phrase t'es destinée car tu sens bien que son regard ne te lâche pas. Personnellement, tu regardes tes chaussures le plus possible et c'est quand David te mets une claque dans le dos que tu réalises qu'il est temps de te présenter… Quelle ironie. Tu lui tends la main sans la regarder franchement et tu marmonnes.
- Emma Swan… collègue de David.
Tu mâches tellement tes mots que tu n'es pas sûre d'avoir toi-même compris ce que tu as dit. Visiblement Régina ne t'en tient pas rigueur et semble elle aussi assez mal à l'aise si tu te fis à son regard détourné. Tes amis ne se rendent compte de rien et dans un mouvement David vous invite à vous installer sur le canapé pendant que Mary va s'afférer en cuisine. Tu sens que le repas va être long.
- Alors Régina, comment se fait-il que tu sois arrivée à Londres ?
Alors que la conversation était dirigée vers le général, tu avais espéré que personne ne pose de questions personnelles, évidemment cela aurait été trop beau. David, son éternel sourire aux lèvres posa la question qui te brûlait les lèvres. Bien sûr tu avais imaginé échapper à cet enfer en prétextant n'importe quoi mais David sentirait le mensonge à plein nez alors tu prends ton mal en patience et tu te rassures en sachant que Régina n'est pas plus à l'aise que toi. Tu as beau lui en vouloir d'avoir joué avec toi, il n'en est pas moins que face à elle tu flanches comme une ado.
- He bien, ma mère travaille auprès du premier ministre et comme après mon divorce j'avais besoin de changer d'air, j'ai…
Ta fourchette tombe dans ton assiette dans un bruit sourd interrompant la conversation. Cette fois s'en est trop. Tu la fusilles du regard et tu te lèves brusquement manquant embarquer la table sur ton passage. Tu récupères ta veste dans un mouvement rapide ignorant la voix de Mary qui t'appelle.
Les larmes ruissellent sur ton visage depuis de longues heures déjà. Tu es assise sur ton canapé, broyant du noir avec pour seule lumière l'éclairage indirect des réverbères de la rue. Parfois un éclair traverse le ciel donnant reflet sur la photo que tu tiens dans tes mains. Une photo encadrée dont le verre est brisé et sur lequel on peut apercevoir deux femmes et un enfant. Tu l'as reçue il y a quelques semaines avec le changement d'adresse, foutue poste ! Tu as bien pensé à la jeter ou à la couper mais à chaque fois, une douleur et un sentiment que tu détestes t'en a empêché. Et là tu es faible, tu la regardes et tu pleures comme tu n'as pas pleuré depuis des mois, de rage et d'abandon. Encore une fois tu fûts celle qu'on ne garde pas, celle du deuxième choix…
La sonnette de ta porte retentit et l'orage l'aurait sûrement couverte s'il était tombé au bon moment. Mary et David doivent s'inquiéter et quelque part ta conscience te fait lever pour aller ouvrir. Sauf que derrière la porte ce n'est pas eux. Régina te regarde avec peine, visiblement elle aussi a pleuré. Vos regards s'accrochent comme deux âmes blessées et alors que tu ouvres la bouche, venimeuse, pour la congédier, elle comble la distance entre vous et t'embrasse avec abandon. Elle te pousse contre le mur d'en face, fermant la porte dans son dos au passage. Vos lèvres se cherchent avec fougue, rien ne semble doux mais pourtant ce contact sonne comme une réelle retrouvaille de vos deux cœurs. Vous vous séparez quand l'air vient à manquer et cette fois tu peux voir dans son regard ce qu'elle cache en permanence, de l'amour et du soulagement sur une base de souffrance.
- Je t'aime…
Sa voix se livre tellement doucement que tu crois avoir rêvé mais ton corps semble bien avoir assimilé sa déclaration car ta respiration s'est coupée et tes jambes t'ont lâchée. Heureusement son bras autour de ton corps t'a retenu. Tu relèves les yeux, perdue mais tu croises son regard sûr.
- Je m'en suis rendue compte quand j'ai réalisé que je t'avais perdue. Je sais que j'ai été trop loin et que je n'ai aucune excuse. J'ai quitté Robin le soir même, provoquant un scandale dont ma mère n'est pas prête de me pardonner. Je…
Tu lui coupes la parole mais c'est plus fort que toi, tu ne peux pas résister. Tes lèvres se posent sur les siennes avec douceur. Tu l'aimes, inconditionnellement depuis plus de dix ans alors tu ne veux plus perdre de temps. Vos corps se collent dans le mouvement et tu l'entraînes vers ta chambre. Rapidement ses vêtements finissent à terre et tu ne peux t'empêcher de te rendre compte du manque que son absence a créé en toi. Elle aussi semble avoir besoin de votre contact charnel alors tu ne la lâches plus jusqu'aux lueurs du jour.
Un café à la main, tu savoures les délicats rayons du soleil sur ta peau. L'avantage de vivre au dernier étage te permet d'observer la ville qui s'agite du haut de ton balcon. Tu repenses à cette nuit, à la femme qui dort encore dans ton lit, à ce que vous avez partagé. Malgré ce qu'elle t'a dit hier, tu ne peux empêcher la pointe de doute qui s'insinue dans ton cœur. Celle qui te dit qu'elle est trop bien pour toi ou bien qu'elle s'amuse encore une fois. Finalement, avec le recul, tu te sens mal d'avoir cédé si facilement. Le méritait-elle ? N'aurais-tu pas été plus heureuse avec une fille comme Anna ?
Ton cheminement de pensées est interrompu par le bruit de la baie vitrée qui coulisse et par deux bras qui viennent enserrer ta taille. Régina hume ton parfum et dépose un baiser dans le creux de ta nuque.
- Est-ce que tu vas partir ?
Ta question sort faiblement, tu redoutes la réponse car chaque fois c'est le même scénario, elle t'attire sous la douche pour ne laisser après son passage qu'une odeur de son gel douche à la pomme.
Son étreinte se resserre et un non délicat est soufflé à ton oreille.
- Pas cette fois.
Le souffle coincé dans ta gorge s'évapore et tu te retournes pour lui faire face. Ton cœur manque un battement lorsque tu t'aperçois qu'elle est nue.
- Tu sais que les voisins peuvent te voir…
Elle sourit d'un air mutin avant de se coller plus encore contre toi.
- A toi de faire en sorte que ce ne soit pas le cas.
Vos lèvres se rencontrent et tu sens le désir poindre à nouveau dans ton corps. N'est-il pas fatigué, jamais ? Cependant, tu t'écartes d'elle. Il y a de nombreux points à mettre au clair et tu ne comptes pas te laisser à nouveau envahir par ses caresses.
- Régina, stop ! J'ai besoin de savoir où on va ? Ce que tu veux de moi ? Je ne veux plus de ce qu'on avait avant… tu comprends ?
Elle t'écoute patiemment et quand elle est certaine que tu ais fini, elle attrape tes mains, t'obligeant à croiser son regard.
- Em', je ne vais pas te promettre ce que je ne peux pas…
Tu détournes la tête, les larmes aux yeux… évidemment ! Tu t'échappes de son contact et la détourne pour rentrer à l'intérieur sauf qu'elle voit ton intention de fuite et t'attrape avant que tu n'aies pu bouger.
- Laisse-moi finir… Je ne sais pas de quoi demain sera fait et je ne te promets pas de t'épouser dans les mois à venir mais s'il y a une chose dont je suis certaine, c'est que la seule histoire d'amour que je veux, la seule que j'ai envie de vivre aujourd'hui, c'est avec toi.
Son regard finit par trouver le tien et son pouce vient délicatement essuyer la larme qui s'échappe de tes yeux. Alors c'est ça, l'impression que quelqu'un ait enfin décidé de te choisir, toi ! L'impression d'être celle qui compte dans sa vie. Parce que jusque-là tu as juste eu le droit à son corps mais là elle t'ouvre son cœur et tu n'avais pas imaginé ça comme ça. Alors oui, rien n'est réellement arrangé, les blessures mettrons sûrement des années à guérir et il faudra du temps et de la patience pour accepter ce qu'il s'est passé mais pour une fois, depuis 10 ans, tu n'as pas envie d'être ailleurs qu'au près d'elle.
Voilà, cette histoire est finie, merci de m'avoir soutenu dans cette aventure.
A très vite j'espère et n'hésitez pas à laisser un dernier avis.
A+
