BLIND MEN


- Je ne comprend pas ... Je ne comprend pas ... Et ça me déçoit, oui vous me décevez toutes les deux ! s'exclama le Docteur en pointant du doigt Clara et Angie.

On était mercredi et ils étaient tous les trois dans le Tardis.

- C'est stupide Docteur ! On ne peut pas tout connaître..., soupira Clara. Et il n'est même pas anglais selon vos dires.

- Mais ce n'est pas une raison ! Angie, tu as ramené l'ordinateur ?

Angie passa son ordinateur portable au Docteur. Il le posa en équilibre sur la console et commença à taper des mots sur le moteur de recherche. Il souffla et s'en écarta rapidement.

- Il est lent ! Trop lent !

- Je vais m'en charger Docteur, souffla Angie en faisant les gros yeux. Voilà, Victor Hugo. Il est surtout très connu pour sa poésie lyrique.

- Non, il n'y a pas que ça. Va plus bas.

- Le drame romantique ?

- Mais non ! Notre Dame de Paris, les Misérables ! Vous devez connaître ça ! Ce sont ses grandes œuvres majeurs !

- Désolé, mais je n'en ai jamais entendu parler, dit Clara.

Le Docteur leva les bras au ciel en signe de désespoir et mit en route le Tardis. Il y eut quelques soubresaut mais le Tardis n'eut pas trop de difficultés à se matérialiser. Le Docteur ouvrit la porte du Tardis et en sortit, suivit de Clara et Angie.

- 1861 alors que Victor Hugo écrivait Les Misérables !

Clara et Angie furent exaspérés par la ténacité du Docteur mais le suivirent dans les avenues pavés quand même. Ils arrivèrent devant une grande bâtisse illuminée. Le Docteur frappa à la porte avec un grand sourire aux lèvres, Clara et Angie derrière lui. Un majordome vint leur ouvrir. Le Docteur n'attendit pas qu'il parle et entra directement dans la maison. Clara et Angie se regardèrent, haussèrent les épaules et le suivirent. Le hall était grand et peu réchauffé. Ils le traversèrent rapidement et arrivèrent dans un petit salon douillé grâce aux différents fauteuils et au feu qui ronflait dans la cheminée. Un homme était assit dans un des fauteuil, un vieil homme. Le Docteur prit place en face de lui tandis que Clara et Angie restait à l'écart.

- Qui êtes-vous ?! s'exclama l'homme. Comment êtes-vous entrés ?

- Je suis le Docteur ! Et je vais quasiment où je veux, quand je veux !

Le vieil homme se leva.

- Dégagez avant que je vous botte le derrière moi-même ! On n'entre pas comme ça chez les gens ! Partez maintenant !

- Je partirai mais avant, j'aimerais vous poser une question. Quel livre écrivez-vous en ce moment ?

- Rien, pour l'instant. J'ai besoin d'une pause en ce moment.

- C'est impossible ... Et Les Misérables ?

- Les quoi ?!

- Vos romans, Les Misérables ! Sur la Guerre de Waterloo, les émeutes de juin 1832. Jean Valjean !

- Mais de quoi parle t-il ? demanda Victor Hugo en se tournant vers Clara et Angie qui haussèrent toutes les deux les épaules.

Le Docteur partit comme une furie vers l'extérieur en grommelant dans la barbe qu'il n'avait pas. Clara et Angie s'excusèrent et le rejoignirent dans le Tardis.

- Docteur qu'est-ce qui vous arrive ? demanda Clara en s'approchant de lui et en posant une main sur son épaule.

- Il me faut une barbe ! s'indigna le Docteur.

Il se frappa ensuite le front devant les yeux écarquillés de Clara.

- Mais qu'est-ce que je raconte moi ! Ce n'est pas possible ! Rien n'est logique, il y a quelque chose d'anormal. Quelque chose que j'ai remarqué mais dont je ne me souviens plus ...

Angie bougea et alla récupérer et ranger son ordinateur.

- Mais oui ! La page était à peine remplie. La moitié de ses œuvre n'existait pas et vos têtes. Vous avez froncés les sourcils ... quand ... j'ai parlé de Waterloo ... Vous ne savez pas ce que c'est ...

Il fit le tour de la console.

- Je sais ce qu'il se passe ! Mais oui ! C'est tellement logique, bien sûr !

- Docteur, vous nous expliquez ? demanda Clara en lui faisant rappeler sa présence par la même occasion.

Elle n'obtint pas de réponse, juste des marmonnements et des grognements. Elle l'entendit ensuite chuchoter « Révolution Française » avant qu'il ne tape des chiffres et qu'il actionne une commande.

- Docteur !

Il lui fit un sourire, fit se matérialiser le Tardis et vint lui embrasser le front.

- J'ai comprit Clara, lui dit-il en mettant ses mains sur ses épaules. Je vais résoudre le problème.

- Quel problème ?! Docteur ! Répondez-moi !

- Restez ici.

Le Docteur sortit du Tardis, vite suivit de Clara et Angie.

- Je vous avez dit de rester dans le Tardis.

- Pas tant qu'on n'aura pas de réponses, affirma Clara en croisant les bras.

Le Docteur partit alors. Il faisait jour et ils parcouraient tout trois un marché. La pauvreté se remarquait de tous les côtés. Les enfants courraient dans tous les sens et on pouvait entendre des hurlements au loin. Les marchants chuchotaient entre eux et les regards étaient sombres.

- La colère monte, chuchota le Docteur. Il va y avoir des milliers de victimes ...

- Mais de quoi parlez-vous ? demanda Clara en lui attrapant le bras.

- La Révolution Française ! La Révolution partout en Europe ! Mais vous ne vous en souvenez pas, personne ne s'en souvient. Mais pourquoi ? Là est la question ... Et la réponse n'est pas loin.

Le Docteur recommença à marcher tout en sortant son tournevis sonique de sa veste. Il se dirigeait vers une petite rue adjacente. Elle était sombre et les odeurs étaient nauséabondes. Angie mit son écharpe devant son nez, prête à vomir.

- Mais c'est quoi cette odeur ?!

- C'est eux ...

Le Docteur pointa son tournevis sonique vers un coin sombre de l'allée et des formes en sortirent. Ils avaient un corps d'humain, des hommes. Tout en eux paraissaient humains. Mais il y avait une différence : leurs paupières avaient été cousues et leurs yeux avaient été arrachés. Angie se cacha derrière Clara et le Docteur.

- J'avais raison. C'est donc vous qui avez effacés la mémoire de tous les humains se trouvant sur cette Terre.

- Nous ne leur avons pas effacés la mémoire, nous leur avons épargnés de terribles souffrances, dit le premier homme aveugle de la file.

- Vous leur avez fait oubliés toutes les guerres, toutes les batailles. Pourquoi avoir fait ça ?

- Nous savons ce que c'est de se souvenir. Nous avons juste voulu leur retirer le poids de la guerre. Les humains sont si jeunes et si frêles. Ils ne pourront pas supporter la tristesse de tout ces morts dans leur conscience. Nous les avons juste aidé. Voyez ce que la guerre nous a fait. Nos ennemis nous arrachés les yeux pour que l'on se souvienne. Eux n'auront pas à se souvenir.

- C'est faux. S'ils ne se souviennent pas, ils n'avancent pas. Il n'évolueront jamais s'ils ne se rendent pas compte de leurs erreurs passés. Et croyez-moi, je sais ce que je dis. J'ai vécu une guerre, une grande et terrible guerre. Mon acte a causé la perte de mon peuple. Et je vis chaque jour avec ce poids sur la conscience. Chaque jour, je me souviens et j'essaye de ne plus jamais refaire la même erreur et que personne d'autre ne la fasse. Les humains se débrouilleront seuls, ils n'ont pas besoin de votre moi. Ils ont déjà quelqu'un pour les protéger. Les protéger des autres et d'eux-mêmes. Moi. Et c'est suffisant. Alors partez, rejoignez votre vaisseau et redonnez leurs leur mémoire. Il faut qu'ils se souviennent.

- C'est une mauvaise idée mais nous acceptons. Par contre, ne venez pas nous voir si vous changez d'avis.

- Je ne changerai pas d'avis.

- Vous non, mais peut-être qu'eux si ...chuchota le dernier homme aveugle présent.

Ils avaient à présent tous disparus. Le Docteur eut un sourire et se retourna vers Clara et Angie qui venaient de s'évanouir au même moment.

Clara se réveilla dans son lit. La nuit était en train de tomber dehors mais Clara ne vit que les gâteaux et la tasse de thé posés sur sa table de chevet. Elle sourit et se glissa hors de sa couverture. Elle était encore toute habillée. Elle trouva un peignoir pour la réchauffer un peu et descendit. Comme elle s'en doutait, le Docteur l'attendait dans la cuisine. Il lisait Summer Falls, assit derrière le comptoir et il ne l'avait pas entendu arriver.

- Le 11ème est le meilleur chapitre.

Le Docteur sursauta et referma le livre en souriant.

- Ça va mieux ?

- J'ai encore mal à la tête mais ça va passer.

Clara s'assit face au Docteur et le regarda un instant.

- Qui y a t-il ?

- Je crois qu'on devrait parler Docteur ...

- Parler de quoi ?

- De nous. De notre relation.

Le Docteur bégaya et descendit de la chaise.

- Je ferais mieux d'y aller ...

Clara le suivit jusqu'au Tardis et entra à l'intérieur à sa suite.

- Ne fuyez pas s'il vous plaît. J'ai besoin qu'on mette les choses au point.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler Clara.

- Je crois ... non j'en suis sûre que je suis amoureuse de vous.